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aux comtes l'administration du Soissonnais et la confia à des gouverneurs royaux. Avec le rc^tablissement de la paix, cependant Soissons trouva quelque repos, et put effacer peu à peu les traces encore visibles du siège de titi. La commune se réorganisait , et recouvrant successivement scs propriétés confisquées et données par le vainqueur, faisait approuver ses privilèges par Louis XI. Un synode cherebait A réformer les miriirs du clergé, fort dépravées alors dans le Soissonnais, et la dédicace de la cathédrale fut enfin célébrée sous l’épiscopat de Jean de Milet , recteur de l'Université de Paris, et le dernier des grands évêques dans cet antique dim ése, prélat magnifique et libéral qui, chaque dimanche des Rameaux, seul, et debout au milieu de la place, tandis que son clergé garnissait le portail de la cathédrale, et qu'un diacre placé dans la galerie supérieure chantait la passion du Christ, conviait les pauvres h venir pui.ser familièrement dans des bourses suspendues à sa ceinture.
Soissons, malgré ses inquiétudes et scs pri'paratifs de défense, n'eut pas A souffrir de la guerre qui s'éleva entre Louis et son puissant vassal de Bourgogne; mais il n'en fut pas de même de scs comtes. Leur domaine fut confisqué A la mort du ccnnétabic de Saint-Pol, bien que, depuis l iC9, ce dernier en eût fait la cession A son fils Pierre de Luxembourg qui en portait le titre, et possédait les revenus par moitié et en indivis, comme on sait, avec le duc d'Orléans. Pierre de Rohan , maréchal de Gié, le reçut des mains du roi , mais il y a lieu de croire que bientôt Louis XI rendit la part de la famille de Bar à Marie de Luxembourg, fille de Pierre, mariée en secondes noces A François de Bourbon, comte de VendOme. Bientôt (IVSTj ciî fut le tour du duc d’Orléans. On connaît sa révolte. Sa moitié fut alors mise en saisine , faute d'hommage par l’évêque , et séquestrée par le roi ; mais reniré eu grAce en H90, il recouvra son bien qui devait, en 1A98, être réuni au domaine de la couronne, quand le duc d'Orléans deviendrait roi de France.
Un instant, la part du comté de Soissons qui appartenait à Louis XII , instituée de nouveau en titre de pairie, passa avec Claude, fille du roi, entre les mains du duc d’Angoulême pour retourner au domaine de la couronne A l’avénement de François I".
Sous le règne de ce prince et de ses deux successeurs, Soissons souffrit bien encore plus d'une fois des guerres et des désordres de ce temps. Elle eut l’imprudence, en 1521, d'ouvrir ses portes aux Diabtrs, compagnies d’aventuriers et de pillards qui dévastaient alors la Picardie, et qui, malgré leurs belles promesses, n’ép.irgnêrent pas la ville trop confiante ; en 15U, elle fut mise en étal de défense par ordre de François 1", mais cette précaution fut vaine et ne l'empêcha pas de se livrer sans coup férir A (iharle.s-Quint dont les forces imposantes avaient jeté l'épouvante dans ses murs. I.es citoyens n'eurent pas à s’en repentir, et l'empereur protégea autant qu’il le put leurs biens et leurs personnes. Henri II, peu rassuré par cette facile capitulation, fit de nouveau fortifier la v ille, et exécuter d’imporlanls travaux. On augmenta son enceinte, et on y comprit Saint -Jean-des Vignes, qui avait si souvent servi A l'ennemi de poste avancé, d'où il dominait la place; et pour suffire a finit de dépenses, on frappa une contribution A laquelle n'échappérent ni les nobles ni les gens d'église. .Mais le malheur des temps devait rendre ces nouveaux efforts non moins inutiles que les premiers. A mesure que les pouvoirs ecclésiastiques accomplissaient leur lente et continuelle décadence A Soissons, et que les
grandes et célèbres abbayes de Saint-Médard et de Saint^'.répin , toujours plus pauvres et toujours plus faibles, tombaient aux mains avides de quelques abbés commendataires, l'hérésie nouvelle faisait dans le Soissonnais des progrès rapides, et après la mort de Matthieu de [.onguejou , ne mettait plus de bornes à son audace. On crut d’abord, ici comme ailleurs, que la rigueur réussirait contre eux. On ferma le prêche, on emprisonna le ministre et les fidèles 11.558) , et l'on eut trois ans de tranquillité. On essaya des processions et même des miracles pour raviver la ferveur des catholiques; mais hientêt (15C1) les huguenots reparurent plus nombreux et plus forts que jamais; la lutte alors commence à devenir douteuse, et les réformés de la campagne ne craignent plus de hraver leurs adversaires et d'accourir pour célébrer la cène è Soissohs ; vainement les catholiques leur ferment les portes, leurs coreligionnaires les introduisent dans la place , et leur projet se réalise. Peu de temps après cependant, les coupables sont jetés en prison, les ministres chassés , et les fidèles qui les suivent emportent avec eux U meilleur de leurs biens. Après le ma.ssacre de Vassy et la prise d'Orléans, le gouverneur Joachim de Roucy, seigneur de Sainte- Preuve, somma les huguenots d'évacuer la ville, et vendit leurs biens qui leur furent rendus avec répugnance après l'édit de pacification de 1563; la peste entra en même temps qu’eux & Soissons, et le hasard de cette coïncidence servit encore les passions du parti catholique. Le clergé cependant et son admirable évêque, Charles de Roucy, pillé par les huguenots et dépossédé de ses droits par le roi lui-même, donnaient l'exemple de la douceur et de la tolérance. l.a disette s'ajouta aux autres maux |1565|, et les accapareurs à la disette. C'est alors qu'un riche marchand vint proposer au saint évêque de lui acheter le hié dont ses greniers étaient pleins. Celui-ci l'ajourna au lendemain pour établir la concurrence avec des marchands qui , disait-il , lui offraient davantage, et lorsqu'au jour fixé l'acheteur vint au rendei-vous, il trouva le prélat entouré des pauvres de la ville, et reçut cette réponse : « Voici mes marchands qui me promettent le Paradis en récompense du pain que je leur donne. Avei-vous quelque meilleur prix à m'offrir? i> Nous n’avons pu résister au désir de citer cette anecdote touchante. Nous reprenons. Aussi bien ce que nous avons è dire y fait un rude et triste contraste.
Quelques hommes du Soissonnais avaient eu vent de cette conspiration de Chêtillon-sur-Loing, si mystérieusement pourpensée. Ils demandèrent à faire la garde aux portes de la ville , on ta leur refusa ; quelques-uns encore , la veille du jour fatal , donnèrent avis à la municipalité réunie en un festin que les réformés s’attroupaient dans la campagne; on rit de cet avis, et l’on s’endormit tranquille. Terrible réveil! I.es huguenots, pendant la nuit 1-26-27 septembre 1567], s’étaient introduits dans la ville traîtreusement ouverte, et le lendemain, quand le peuple se réveilla, ils occupaient les rues, les murs, les tours, tout Soissons enfin. Il fallut céder. M. de Genlis, le chef des religionnaires, resta pendant deux jours dans la ville, qui fut livrée au pillage, puis il y laissa une garnison. Alors, durant six mois, et jusqu’au 29 mars 1568, s'organisa, si l'on peut ainsi dire, le désordre et la dévastation; rien n'échappa, si ce n'est les personnes, qui furent généralement épargnées, et par une faveur spéciale, l’abbaye de Notre-Dame, gouvernée alors par la courag>-use Catherine de Bourbon, sœur du prince de Cundé. Les églises, les abbayes s'écroulèrent sous la hache des vainqueurs , après avoir livré tous leurs trésors à
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leur cupi Jité et les choses saintes 6 leurs profanations ; les habitants épourantés prirent la fuite et abandonnèrent une ville qui semblait enfin condamnée è périr. En vain les catholiques répandus dans les environs traquaient ces impitoyables vainqueurs, ils se furtifiérenl dans Soissons pour y continuer plus tranquillement leurs rapines, à peine distraits par la crainte, tous les jours répandue, d'un siège entrepris par les armées royales ; en vain les bruits de la paix prochaine commençaient à circuler, ces bruits semblaient n'étrc qu'un encouragement pour eux à prendre ce qui restait encore. Ejifin , quand tout fut pris , ils voulurent imposer une taille pour l'entretien des troiqies, et le corps municipal, en cette extrémité, trouva le courage de répondre que cette taille était interdite par la lui, que d'ailleurs les riches étaient partis, « et que quant à eux, olficiers du peuple, si on prétendait les mettre dans le cas d'élre perplus plus tard, iis aimaient autant qu'on les pendit tout d'abord. » Le pillage désespéré du vainqueur se réfugia dans la campagne (la paix était alors signée), les réformés allèrent vendre aux paysans leurs églises, leurs verrières et leurs cloches, et, furieux de ne pouvoir exiger une semblable rançon des édifices de la ville où il n'y avait, hélas! plus rien è racheter, ils tentèrent un dernier elTort pour saccager ces ruines avaut de rendre (29marsl.'>(i8) au catholique l.a Chapelle des l’rsins les clefs de cette Soissons oik, selon l'eX'; pression d'un procès-verbal autlientique et contemporain, il ne restait plus que des pierres et un peu de bois.
Maîtres de la ville, les catholiques n'exercèrent aucunes représailles sur leurs adversaires, et plus tard la Saint-Barthélemy fut à peine aperçue à Soissons et n'y coûta pas la vie à plus de trois hommes. La triste victoire des huguenots laissa toutefois dans l'esprit des Soissonn^is un ressentiment profond qui ne fut pas moins long à s'éteindre que leurs ruines i se relever. Ils repoussèrent avec vigueur, sous le gouveruement aimé de M. de Suinte- Preuve, une nouvelle attaque de M. de Genlis, et, lorsque la Ligue éclata, les prédications furieuses de Matthieu de Launay firent de Soissons un des boulev ards et des derniers refuges du parti ligueur, bien que le comté fût alors pos.sédè par Charles de Bourbon, frère de Henri de Coudé, le c|ief des huguenots. C'est à Soissons que le duc de Guise avait des conférences avec ses plus chauds partisans ; c'est Soissons que madame de Montpensier avait choisi pour la prison du roi de France si elle avait réussi à s'em|>arcr de sa personne ; c'est à Soissons que devaient être tenus les états de la Ligue ; c'est à Soissons enfin que mourut chéri de la bourgeoisie, et après la pacification générale, le duc de .Mayenne, qui s'y était toujours maintenu contre les troupes royales, et qui, à la signature du traité, l'obtint pour place de sûreté. Henri IV, quelques mois avant (septembre et novembre lô9â), peut-être pour séduire le duc de Mayenne et l'attirer dans son parti , créa un présidial et un bureau de finances à Soissons, où il ne commandait pas encore.
Bientèt l'abaissement complet de la féodalité va faire rentrer Soissons comme toutes les autres villes de France dans une heureuse obscurité, en lui enlevant toute existence politique; mais pendant lu puérile guerre des Princes elle a encore quelque importance pour l'histoire. Elle eut beau protester qu'elle ne pouvait être autre que sujette tris-fidèle et très-obéissante au roi , elle eut beau offrir à la cour de cliasser les rebelles hors de ses murs , les ministres toujours hésitant rejefèrent
PICAHDIR.
la proposition, Mayonne livra la plarepar surprise aux mi^contents non sans quelques vexations de la soldatesque (t(il4), et à chaque nouvelle guerre elle devint le quartier général de la révolte, malgré le mauvais vouloir des habitants. Enlin le romte d'Auvergne tenait Soissons assiégée et allait transformer le siège en hlo< us lorsqu'on apprit la mort du maréchal d'Ancrc qui rendit la guerre inutile. Mayenne alors 01 porter au roi les clefs de la ville, qui n'eut plus qu'à réparer les désastres de la guerre (1610}.
Soissons désormais n'ouvrit plus, ses portes aux ennemis de la France, tant que dura l'ancienne monarchie: l.ouis de Bourbon, révolté contre Itichclieu , tenta vainement de renlrainer dans la rébellion (1636) ; la fermeté des olBciers royaux et rinlluencc du cardinal de Maznrin l'empêchèrent, malgré scs vives sympathies, de se jeter dans les bras des frondeurs.
Pendant prés d'un siècle et demi , et jusqu’à la révolution , nous n'avons plus à noter dans l'histoire de Soissons que dçs événements tout à fait locaux et de fort peu d'importance. I.a commune tente encore quelques efforts pour se réorganiser: ce sont comme les agitations qui précèdent la mort. Le prévôt royal et le procureur du roi avaient peu à peu usurpé les pouvoirs du maire et du premier éclieviii qu'on ne prenait plus même la peine d'élire ; quand les antres échevins voulurent réclamer il était trop tard, et un arrêt du parlement di'clara ces deux ofliciers royaux maire perpeluH et premier échevin (1643). Toutefois on accorda à ce qui restait du corps de ville la consolation de garder la moitié des clefs i|ui fermaient Soissons; mais le cens des électeurs communaux fut porté à vingt livres et les artisans furent exclus de la candidature, la commune ne se tenait pas pour battue; elle obtint, en liiô2, que le prévôt ne portilt plus le titre de maire perpétuel, et, en 1665, on lui rendit son maire quasi électif et ses quatre échevins. Ix premier était nommé par le roi sur une liste de trois candidats. Mais, moins de vingt ans après cette nouvelle organisation, les charges de maire et d'échevin furent rendues vénales (169*21; enlin, en 1699, un les supprima tout à fait pour leur substituer un lieutenant général de police, un procureur du roi, on greffier, deux huissiers et quatre commissaires créés en titre d’office. La ville se disjvosait à acheter ces charges lorsque quelques citoyens lui firent une concurrence déloyale et s’en emparèrent en secret. I.a commune semblait morte, il n’en était rien, car on la reconstitua en 1728, et Soissons fut replacée sous l'administration de son maire et de scs échevins , à l'époque et à l'occasion de ce célèbre et inutile congrès des puis.sances européennes qui fut convoqué par le cardinal de Fleury dans son encein'e, où les amba.ssadcurs , à l'exemple du ministre français, jetèrent une grande quantité d'argent en luttant de faste et de magnificence et où probablement notre, pays eut, pour la première fois, la singulière satisfaction de voir rôtir un IxTuf entier, à la façon britannique, dans l'hôtel de l'ambassadeur d’.tnglclerre. En 1750 et 1751, nouveau changement. Le roi d'abord restreint l'élection en la conférant à des députés des corps et parolssi's de Soissons , puis il l'abolit en conférant la nomination du maire sur une liste de trois candidats au duc d'Orléans, qui avait cédé à la couronne la moitié de ce comté, possédée par lui à titre patrimonial, à condition de recevoir le tout à titre d'apanage. Ce prince, au reste, trouva plus d'un moyen de s'attirer l'inimitié des Soissonnais ; peu satisfait de leur
SUISSüNS.
«vuir unlevc l'ùlcction de leurs magistrats, il leur prit, par d'iodigues chicanes et contre toute justice, la propriété de leurs remparts. Lorsque l'édit de 1771 donna le coup de grilce à la commune de Suissons, en supprimant tous les oflices municiitaux de Krance pour les ériger en charges vénales, la ville d('jà obt-rée ténia un dernier elTort |H>ur achi'ler ces cliarges; mais la nomination en fut accordée à ce même duc d'Urléans, qui les vendit à son prolit, sans vouloir consentir à dégrever Soissons des gages qu'elle payait à leurs détenteurs.
Nous n'nvons plus, avant d'arriver à l'ère nouvelle, qu'un seul fait 5 citer qui suit digne d'intérét : c'est la fondation de l'académie de Soissons , JilU aînée de r Académie l'rançaite, et dont la renommée pétulant le xviii* siècle jeta quelque t’s'Iat sur les destinées littéraires de cette ville. Elle fut fondée, en IC53 , par Lucien d'Héricourt, protégée par Patru et par le maréchal d'Estrées, repoussée longtemps |)ar Sc'guier, qui se déliait volontiers de toute association, sous quelque nom i|u'elle tentdt de se présenter, autorisée par lettres-patentes de 1675, et supprimée colin pendant lu révolution.
l-es événements qu'il nous reste à indiquer sont trop voisins de nous pour qu'il soit permisd'y insister. (Quelques mots peuvent suflire : Soissons se jeta d'abord avec ardeur dans le mouvement révolutionnaire; elle supporta avec courage la distUte et donna même un noble exemple de dévouement; car les marchands de blé de la ville consentirent à livrer leur grain à deux cent quatre-vingt-dix livres le muid , à lu condition que les laboureurs suivraient leur exemple. Soissons même put approvi.sionner Paris. ('.c|>cndunt la révolution diminuait son importance, elle changeait l'intendance en chef-lieu d'arrondissement et allait peut-être lui retirer l'évêché. Sous l'impression de ce coup funeste, Soi$.sons sembla éprouver un moment d'hésitation et peut-être de regret, mais elle se remit bientêt. Les événements marchant toujours, M. de Bourdeilles, évêque, refusa de prêter le serment et fut remplacé par .M. .Marolles, qu'élut la commune et qui présida le dub des .\inis de la t'.onstitution. Bientôt la guerre éclatant, un camp fut formé sous les murs de Soissons pour un corps de réserve, et l'on y envoya quelques milliers de l'i'ntérés. C.'e-st alors qu'un événement singulier faillit devenir funeste i la ville ; les soldats républicains trouvèrent quelques partielles de verre dans le (vain qu'on leur distribuait, des bruits de conspiration et d'empoisonnement se répandirent et furent aussitôt accueillis comme il arrive toujours dans les masses populaires. Déjà les fédérés préparaient leur vengeance, déjà l'Assemblée nationale retentissait de bruits sinistres, et la France était frappée de stupeur, lorsqu'on découvrit enfin que ces morceaux de verre s'étaient mélé.s à la pâte préparée dans |a nef de Saint- Jean-dcs-5'ignes, par suite du mauvais état auquel depuis deux ans les dévastations du peuple avaient réduit rot édifice. Soissons échappa ainsi par un bonheur inespéré à de grands troubles et peut-être à un massacre. Malgré son ardeur révolutionnaire, cette cité ne tomba jamais dans les excès que tant d'autres villes eua-iit à déplorer. I.e courage admirable du citoyen Lejeune sauva d'ailleurs bien des têtes. C'est à force de généreuses lenteurs que sur vingt mille dénonciations il parvint à n'envoyer que deux cent cinquante rapports au comité , et q\^'il laissa oubliées dans les prisons les tant trente victimes déférées au tribunal révolutionnaire.
L'histoire se tait sur Soissons pendant les prospérités de l'empire , mais elle
SOISSONS
quatre établissements religieux, dans lesquels tous les siècles avaient accumulé quelques beautés nouvelles, et qui présentaient comme un vaste tableau des arts de tous les temps : cinq paroisses et quatre cures s'y ouvraient chaque jour à la piété des fidèles ; de tout cela il ne reste plus guère que des ruines, si l'on excepte la cathédrale, assez bien conservée malgré tant de périls, et l'un des plus intéressants édifices du moyen ègc. Il ne reste plus de Saint-Médard que quelques débris avec une crypte dévastée, et l'on ne trouve plus de l'abbaye de Notre-Dame , qui couvrait autrefois la huitième partie de la ville, que quelques pans de murs, deux baies encore admirables pour la richesse de leur architecture romane, et une porte gothique autrefois entrée principaie de l'abbaye. Saint-Jean-des-Vignes, plus heureux, montre encore la porte du son église, triste portail qui n'introduit ptus nulle part, un grand réfectoire et plusieurs vestiges; tandis que Saint-Léger, à peu près (conservé, domine encore ie faubourg septentrional.
Depuis le temps des chefs gaulois Oiviliac et Calba jusqu'à nous , bien des noms ont paru dans l'histoire entourés d'éloges ou de blême, mais que Soissotis peut réclamer comme ceux de ses citoyens. Dans le temps de son antique céiébrité, elle vit naître tour à tour les rois franks Cnnbert, Clulpi’n/!, Gon/ran, CAother //, Sighberl, l'époux de Brunchaut, et Frédegonde sa terrible rivale; Bobon, ministre de t'.hilpérik; BoUegisi/e son frère, favori de Childebei t ; Mommot, général de Contran ; Fbroin , maire du palais , c’est-à-dire Un peu plus que roi. Plus tard , elle donna le jour à sept de ses comtes et elle fournit des hommes disünguës à l'Église, aux armes, aux lettres et aux sciences; saint Amoul, saint Bernard, cardinal abbé de SainW'répin-le-Grand ; Paschase, Ratbert, le célèbre abbé deCorbie; Abbon, grand aumènier et chancelier de France; Hugues de Champjieuri; Matthieu de Longuejoue; Gisète, abbesse de Notre-Dame; Jacques Petit, procureur du roi, dont la douce éloquence enclialna les rigueurs de Charles-Quint ; le duc de Mayenne, le célèbre chef de la Ligue ; le maréchal de Beznns et le général de Puyscgur; Nicolas Üesmarets, contrôleur-général des finances; Jeun Bue/, médecin de François 1", qui le premier composa en France un livre de botanique; François Petit, premier médecin du duc d'Orléans, zélé propagateur de l'inoculation , atiobli en 1780 pour ses senices, et Antoine Petit, qui dans la même carrière ne démentit pas la réputation paternelle ; Gauthier de Coiney, Tun tH^os plus vieux poètes; Guillaume de Soissons, professeur de l'Université de IVpbfk/ Julien de Hericourt, dont nous avons parlé plus haut; Imuis de Herieourt son frèci, le premier de nos canonistes ; Mercier, le savant bibliographe ; Tâcheron, le peintre sur verre ; et enfin , dans ces derniers temps, M. Quinetle, membre du gouvernement provisoire dans les %nt jours. Devons-nous ajouter à cette iiste Jean Poussin, le père du peintre fameux; et M. Quinquet, dont on aurait oublié le nom s'il ne l'avait attaché à son utile invention? ' •'
I. Histoire de Soissons depuis tes temps le plus reculés jusqu'à nos jours, par MM. Heur}’ Martin et P.-L. Jacob, a vol. in-S« tPenvirou la.VO pages; Soissons, 1837. Il serait puéril tl'aller chercher dans des livres oubliés l'histoire de Soissons, elle est IX tout entière et sous la lornte evrellente d'un récit plein d'inlérét et d’élégance. ,
LAON
NOTKK-SAMB-BE-1.IBSBS.
L’ancien nom celtiqne de Laon, Loon, c'eat-i-dire élévation , lui venait évidemment de sa forte position sur un site montueux, isolé, an milieu d'une vaste plaine. Tous les dérivés latins ou français de ce mot ( Lugdunum , Laudunum , Loun, Lom, Loom, Mouloom, Laonz, Laon) expriment la même idée. Cette cité a porté aussi dans le moyen ége l'épitliète de Laon-le-Cloué [Clavatvm). Sa situation avantageuse n'échappa point sans doute aux premiers habitants de la Gaule. Tout porte à croire qu’ils y formèrent un établissement entouré de quelques fortiBcations ; plus tard, les Romains en firent probablement un de leurs postes militaires. Mais ce ne sont là que des conjectures. On ne sait rien de positif sur l'origine de Laon. M les Commentaires de César, ni la Géographie de Ptolémée, ni la Notice de l'Empire, ni l'Itinéraire d'Antonin, ne parlent de cette ville. Si elle existait dès tors, comme il est permis de le présumer, elle ne jouissait d'aucune prépondérance. En l'absence de toute certitude historique , l'imagination des vieux chroniqueurs avait beau jeu; et c'est sans crainte d'étre démentis, qu'ils ont prétendu que lAon fut fondée six cent quatre-vingts ans après le déluge, par Lugdun , roi des Gaules.
Du sommet où elle est assise, cette ville a vu successivement se déployer contre elle les étendards de presque tous les peuples de l'Europe : les Romains, les Huns, les Franks, les Normands, les Anglais, les Bourguignons, les Espagnols, les Prussiens, ont assiégé tour à tour ou ont occupé la cité de la montagne.
La foi chrétienne fut introduite à Laon par saint Fortin et saint Béat, dans l'année 290 de J.-C. Les nouveaux prosélytes construisirent une église et la placèrent sous l’invocation de la Vierge. Laon prospéra bientét : dès le iv* siècle, son clergé, son école étaient célèbres. Vivent, le premier homme remarquable de cette cité dont l'histoire ait gardé le souvenir, d'abord simple clerc de Notre-Dame, se rendit à Rome; il y acquit une grande renommée due à sa piété, à sa science, et fut nommé par le pape Saint-Sirice au siège archiépiscopal de Reims. Au commencement du T* siècle , ce point culminant de la province fût le seul boulevard des Gaules qui opposa une résistance sérieuse aux continuelles invasions des Barbares. En k51 , tous les efforts d'Attila se brisèrent contre l’énergie des habitants. Plus tard, la ville se soumit à Chlodwig. Saint Remi, Laonnois de naissance, comme tout l'atteste, fut l’heureux instigateur de cette soumission toute volontaire, laquelle valut à Laon l'honneur d’étre érigée en chef-lieu de diocèse, et en capitale de gouvernement. Le nom de son premier évéque est Gènebaud, homme de qualité, marié à une.niëce de saint Remi (500): parmi les libéralités que celui-ci avait faites à l'évéché et au chapitre, on ne doit pas oublier le domaine d’Anizy, qui donnait aux évêques le droit de prendre le titre de comte. Bientôt le nombre des églises
LAON
s'accrut. A Saint-Christophe et Saint-IIilairc, situés hors de la ville, la reine Clotilde ajouta la collégiale de Saint-Pierre, dont le chapitre a subsisté jusqu'en 170-2, époque à laquelle il fut réuni à celui de Saint-Jean-au-Bourg. De 5G2 à GOO, Ijiiin échut en partage au plus jeune des quatre fils de Chlodwig, et après l'assassinat de Siglibert, Brunehaut sa veuve y fixa sa résidence dans un château au pied de la montagne. Elle fonda l’abbaye de Saint-Vincent, si riche et si puissante , qu'on appela son église le teeond siège de t évêque , et la fille de la cathédrale. En GV5 , sous l'épiscopat d'Attila, qui était aussi l'un des conseillers les plus inlluents du roi d'Austrasie, sainte Salaberge, fille d'un des premiers seigneurs de ce royaume, fonda l'abhaye de Notre-Dame , placée plus tard sous l'invocation de saint Jean. Le monastère renfermait sept églises, l’oraison y était perpétuelle, et les religieuses, au nombre de trois cents , étaient divisées en sept chœurs. En 680, l.aon, assiégé trois fuis par Ebroln, maire du palais de Thierri III, rui de Neustrie et de Bourgogne, fut emportée d'assaut , et le vainqueur y commit des excès épnuvanlaMes. En 682 , la ville fut surprise et saccagée de nouveau par Ebrohard , ou Uilimer, fils de Varaton, que les Neustriens avaient donné pour successeur à Ebroïu. Pépin et Carloman l'investirent en 7lvt ; le siège fut poussé par eux avec tant de vigueur, que la place se rendit à discrétiun. Lorsque, au commencement du nr’ siècle, les fils de Louis-le-Débonnaire se révoltèrent contre lui, l'empereur conduisit sa femme Judith à Laon, croyant qu’elle y serait parfaitement en sdreté dans l'abbaye de Notre-Dame. Pépin, l'un des rebelles, marche aussitôt sur la ville , s'en empare : l'impératrice est arrachée de l'une des églises de l'abbaye, puis emmenée à Poitiers, et contrainte de prendre le voile.
En 8U , Charles-le-Chauve, dépossédé de Laon par les intrigues d'Uildegarde , sœur de son frère Lothaire , réussit à y établir son autorité , et conserva aux habitants leurs privilèges. Vers les derniers mois de l'année 882 , les Normands envahirent la province; ils pénétrèrent, au commencement de l'année suivante, jusque sous les murs de la ville, et en formèrent le siège, puis l'abandonnèrent, étonnés de la résistance qu’ils rencontraient , puis revinrent en masses plus compactes et plus furieuses. Mais une défaite qu'ils essuyèrent auprès de Vailly, les contraignit pour la seconde fuis à renoncer à leur entreprise. L'attaque avait eu lieu du côté de Saint-Vincent : avant de se retirer, ils mirent à sac cette abbaye, ainsi que celle de Saint-Hilaire, et en massacrèrent tous les moines et toutes les religieuses. En 892, Eudes, comte de Paris, substitué par les grands du royaume è Cbarles-lc- (irus, assiégea dans Laon son propre cousin Valgaire, qui, mécontent de cette soudaine élévation , y avait fait proclamer roi le jeune Cbarles-le-Simple ; Eudes n'eut aucune peine à s'emparer de la ville , et Valgaire , conduit au supplice , réclama vainement les secours spirituels de l'évéque Didon. Celte lâche complaisance envers le nouveau souverain valut au prélat le droit de gîte, assuré désormais, à l'évéché et au chapitre de I>aon. A cette expédition succéda celle de Cbarles-lc- Simple lui-mème, couronné depuiajieu dans l'église métropolitaine de Reims. Les troupes auxiliaires de Zwcntibol<^i!lA.de Lorraine , investirent d'abord la place; mais Eudes arrivait à marches forcéés du fond de l’Aquitaine; Charles avait conçu des soupçons sur la loyauté de son allié : un accommodement réconcilia les deux compétiteurs; ZwcDtibold saisit la première occasion favorable pour s'éloigner, et
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l.aoD, restée au jeune prince, devint alors la capitale de la France. Le duc Robert, frère d'Eudes, aussi courageux, aussi ambitieux que lui, s’en empara en 922; Charles essaya vainement de la reprendre. Raoul , duc de Bourgogne , gendre de Robert, y conclut une trêve avec les Normands. En 928, Héribert, comte de Vermandois, parut à l’improviste au pied des murs, qu’il essaya de franchir : cet assaut échoua, mais Héribert, en feignant de vouloir relever le trène de Charles-le- Simple, n’en réussit pas moins à se faire céder le comté de I.aon par Raoul. Le nouveau comte choisit cette ville pour sa résidence, et y construisit, à la pointe occidentale de la montagne, une citadelle qu’on nomma le Château de Gnillot. Tous ces préparatifs militaires n’empèchèrent pas ensuite Raoul de l’y assiéger ; Héribert évacua la ville et garda la citadelle.
Le 19 juin 936, fut sacré à Laon Louis d’Outre-mer, Bis de CharIcs-le-Simple, que le duc de France avait rappelé d’Angleterre. La première pensée d’Ogine, mère de Louis, à peine investie de la régence, avait été d’enlever le chéteau de Gaillot à Héribert. L’exécution de ce projet manqua , et le comte de Vermandois non-seulement conserva sa forteresse , mais encore, une année plus lard, se rendit maître de la ville. Louis, alors en Flandre, revint en toute héte, à cette nouvelle, avec une armée imposante, reprit sa capitale, et réduisit la citadelle. Héribert et Hugues, ligués contre Louis d’Üutre-mer, livrèrent aux Launnois, en 910, un premier assaut que ceux-ci repoussèrent avec la plus brillante valeur ; tous les deux renouvelèrent, en 911, cette tentative qui n’alioutit, pour la seconde fois, qu’à une retraite honteuse. En 916, le duc de France, Hugues, exigea de Louis, pour sa ran(OD, la cession du comté de Laon. Louis vint assiéger la ville . en 917 , avec les rois de Bourgogne et de Germanie, et le comte de Flandres; mais le châtelain, Thibaut, comte de Blois, surnommé le Tricheur, l’avait si bien pourvue de munitions, que les princes confédérés dése.sjrérèrent du succès. Louis ne perdant pas pourtant toute confiance, revint en 919. U ville fut surprise, et 1'hibaut se sauva dans la grosse tour avec la garnison. La citadelle, bâtie par Héribert, était demeurée pareillement au pouvoir de Hugues : il crut, au moyen de ces deux forts, prendre une éclatante revanche sur son adversaire. Les dilRcultés qu’il rencontra le dégoétèrent , et, en 950 , par la médiation d'Othon , roi de Germanie, Louis recouvra la tour avec la citadelle de laion.
Nous passons sous silence l’enlèvement de la reine Ogine , qui s’accomplit à Laon de son plein gré et la livra au cinquième fils d’Héribert , comte de A'crmandois. Louis se vengea de l’union de sa mère avec ce prince , ennemi de sa famille , en retirant à la princesse la jouissance de l’abbaye de Notre-Dame et du domaine d’Attigny (951). Il donna l' abbaye à sou épouse, la reine Gerberge, qui, après la mort du roi , s’y établit avec son fils Lothaire, l’héritier de la couronne (951). Iæs démêlés de la petite cour de Laon avec le duc Richard de Normandie et le concile assemblé dans cette ville pour travailler au rétablissement de la paix n’appartiennent point à notre sujet (976). Déjà, en 918, pendant la lutte de Louis d’Outre-mer contre scs grands vassaux, un autre concile s’était assemblé à Laon dans le même esprit de conciliation et sans plus de succès. Les prélats qui avaient occupé ce siège épiscopal depuis deux siècles, y avaient, du reste, rarement trouvé le repos ; mêlés aux factions , aux troubles, aux guerres de leur temps, ils avaient
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presque toujours vu s'accomplir une révolution dans leur fortune chaque fois que le sort des armes avait donné un nouveau maître h la ville , dont ils étaient les comtes titulaires. On connaît le sort de l'évéque Hincmar, neveu du célèbre Hincmar, archevêque de Reims; on se rappelle ses débats avec Charles-lc-Chauve, an sujet de la terre de Pouilly. L’infortuné prélat , persécute par son oncle et condamné par le concile de Verberie, devait succomber dans une lutte inégale : l’intervention de la cour de Rome en sa faveur ne 6t probablement que hâter sa perte. Sa déposition ne sufli.sant pas pour apaiser la haitje de Charles-le-Chauvc , il lui Qt crever les yeux. La mort de ce prince délivra enfin Hincmar de son plus cruel ennemi ; et , réhabilité par le concile de Troyes , il fut remis en possession des honneurs de l'épiscopat (868-878).
Depuis le partage du royaume entre le comte Eudes et Charles-le-Simple , il y avait en réalité deux monarchies et deux capilales en France, l’n tel état de choses ne pouvait longtemps subsister ; la royauté de fait des comtes de Paris devait finir par l'emporter sur la royauté de droit des seigneurs de l.aon Nous sommes arrivés i l'époque où cette révolution va s'accomplir. Aux trbis quarts déshérités et relégués i la frontière comme dans une espèce d'exil , tandis que leurs heureux concurrents Irènaient au cœur de la France, les descendants de Charlemagne étaient à la veille de perdre les dernières provinces d’un empire dont les limites avaient embrassé l'Europe entière. Laon devait être le théâtre et son évêque, Adalbéron, l'un des principaux auteurs de cette révolution. Comme s’il eiH voulu préparer par des divisions intestines la perte des deux fils de l.ouis d'OuIremer, Adalbéron connnença par pousser Charles, duc de Lorraine, à réclamer sa part dans l'hérijage de son père. Ce prince se présenta tout à coup devant Laon , en , dans l'espoir de s'en rendre maître ; assez mal secondé par ses troupes lorraines, il échoua et reconnut bientèt la faute où il s'était laissé entraîner. En 98i, les deux frères firent la paix : Lothaire mourut deux ans après, empoisonné, dit-on, par la reine Emma, son épouse. Le mauvais génie de la famille, Adalbéron, ne fut prolaiblement pas étranger à cette mort : il avait un commerce criminel avec Emma , et peut-être lui suggéra-t-il lui-mème un attentat qui allait leur permettre de se livrer sans contrainte à leur passion. Louis V, fils de Lothaire, hérita de la couronne, .\verti par son oncle , le duc Charles de Lorraine, du scandale qu'Aldabéron et Emma donnaient à l’Église et à la France, le jeune roi les chassa honteusement de la cité épiscopale. Opendaut il leur fut permis de revenir à Laon, grâce à l’intervention d’Othon III, neveu d’Emma.
Louis V mourut , l'année suivante, empoisonné aussi , à ce qu’on présume, par sa femme la reine Blanche (987). Hugues-C^ipct, prompt à profiter des circonstances, se fit proclamer roi & Noyon. Il se saisit ensuite de tontes les places du domaine royal. La rapide succession de ces événements avait déconcerté le duc de [..orraine ; il fut prés de six mois avant d'entrer en campagne. Scs préparatifs terminés, Charles fond enfin sur le territoire français, marche droit i Ijion, dont il s'empare de nuit par trahison, et y fait prisonniers l'évéque .adalbéron avec la reine Emma. Hugues, qui accourait au secours de la place, étant arrivé trop tard, tente un assaut désespéré pour reconquérir la cité royale. Le duc de Lorraine, dans une sortie, met le feu i son camp, et le contraint de se replier devant lui dans le plus grand
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désordre. Hais lo nouveau roi ne se laisse point abattre; il revient sur Laon, puis négocie une trêve, dont il a soin d'annoncer lui-même l’expiration au mois d'octobre (988). Pendant ce temps, il traîne politiquement la guerre en longueur. Adalbéron s'introduit dans la ville : un portier, gagné par lui , ouvre aux assiégeants, dans la nuit du Jeudi saint , 1-2 avril 991 , une porte voisine de l'évêché ; l’infortuné Charles tombe, avec la place, au pouvoir du vainqueur. Avec lui, la race carlovingienne disparut pour toujours de la scène politique, et I.aon cessa d'être la capitale de la monarchie. Cependant en 996, le roi Robert s'y fit couronner.
Dès le commencement du siècle suivant, l'évêque Adalbéron, dont Hugues avait magnifiquement récompensé les services , se révolta contre son fils -, mais sentant l’impuissance de ses eflbrts, il implora presque aussitôt la clémence de Robert, et la ville reconnut de nouveau l'autorité royale.
Nous glisserons, ici, sur quelques événements assez peu significatifs, du reste, pour aborder la mémorable année de 1111, époque à laquelle fut instituée la commune de Laon. Depuis cinq ans, un Soissonnais, un simple clerc, qui s'appelait Gaudri, occupait le siège épiscopal. Il n'avait pas dû seulement à de puissantes recommandations, une si haute fortune : de grosses sommes d'argent, distribuées à propos , avaient fait tomber le choix des électeurs sur lui. Ses habitudes de luxe insolemmeut fastueuses, sa passion désordonnée pour les plaisirs, sa brutale impatience de toute opposition, et le meurtre d’un seigneur puissant, Gérard de Quiercy, assassiné par ses ordres dans l'église cathédrale, (janvier 1110) soulevèrent contre lui l’indignation publique. La ville se divisa en deux partis. Ut épiteopaux et les abbaiiens, et elle tomba dans une épouvantable anarchie. C'étaient chaque jour dans ses rues et ses églisv's des rixes, des meurtres, des brigandages. Ijes prêtres et les nobles, justement alarmés de pareilles violences, ne crurent pouvoir y remédier que par l'établissement des franchises municipales. Ils inclinaient d'autant plus pour la concession de cette faveur, que le peuple de Laon était disposé à la payer è prix d'argent. En l'absence de Gaudry, obligé de s'éloigner de la ville, on conclut le marché ; la commune fut jurée par les trois ordres, et Louis-le-Gros, moyennant la contribution d'usage, donna la sanction royale à la charte de Laon. Mais Gaudry, i son retour, travailla à détruire ce qui s'était fait sans sa participe tion. Il trouva la noblesse et le clergé, par un subit revirement, disposés à s'associer à ses projets. Pendant une visite que Louis le-Gros fit à Laon, dans la semaine sainte de l'année llt-2, les seigneurs ecclésiastiques et laïques lui offrirent sept cents livres pour l'engager è retirer la charte de commune. D'un autre côté, les Imurgeois, instruits de ces coupables manœuvres, firent proposer au roi de lui donner quatre cents livres, s'il consentait à les laisser jouir de leurs nouvelles franchises. La plus forte somme l'emporta, et la révocation fut prononcée le jeudi saint. Inquiet des suites de .sa mauvaise fui, Luuis-le-Gros passa la nuit chez l'évêque et quitta la ville de grand matin.
C'était sur une autre tête que devait fondre l’orage. Gaudry, poussé par sa nature audacieuse et perverse, en provoqua l'explosion. Il altéra les monnaies marquées à son coin , et ordonna une taxe sur les roturiers afin de remplir les engagements qu'il avait pris au nom des clercs et des seigneurs envers le roi. I.es bourgeois , exaspérés jusqu'è la fureur , ourdissent une conspiration contre cet
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indigne prélat. Soudain, le jeudi 25 avril, une multitude armée s'élance du parvis de la cathédrale ; elle se précipite tumultueusement vers la cour de l’évêché, au cri lie Cj>mmunet Commune/ Teudegaut, le chef des conjurés, homme d'intelligence, leur montre le chemin. Un combat terrible s'engage dans le palais même du prélat, où presque tous les nobles sont accourus pour sa défense. Gaudry, malgré ses serments et ses prières, tombe frappé d’un coup de hache. Le massacre continue dans la ville. Tous les ennemis de la Commune, nobles ou prêtres, qui n'ont pu fuir encore de leurs demeures ou qu'on rencontre dans les mes, sont égorgés sans distinction et sans pitié. Ni l'êge ni le sexe n'obtiennent grâce devant la fureur de Teudegaut et les eiéculeurs farouches de sa volonté. La ville nage dans le sang. A la nuit un incendie se déclare dans la maison de l'archidiacre Un vent impétueux chasse les flammes du cloître vers la cathédrale et vers l’évêché; des brandons tombent jusque sur l'abbaye de Notre-Dame. Le feu se propage dans deux directions opposées. .Mors ce n'est plus qu'un effroyable embrasement, où se tordent et s’abîment comme les matériaux d’un immense bdclier, dix églisw^ le palais épiscopal, le cloître des chanoines, et des groupes entiers de maisons. Les femmes, les enfants des proscrits se sauvent à l'abbaye de Saint-Tincent que la flamme n’a pas encore atteinte. Les conjurés volent au secours de leur propre famille : l'ivresse du carnage se dissipe devant les ravages de l'incendie.
L'horreur des excès auxquels s'élait emportée leur vengeance jeta les Laonnois dans une si profonde terreur, qu’ils désertèrent d'eux-mêmes la villç, le surlendemain samedi, et se réfugièrent sur les terres de Thomas de Marie, dans la protection duquel chacun espérait beaucoup , à cause de la haine invétérée qu'on savait avoir existé entre lui et l'évêque Gaudry. Mais le départ du peuple ne mit pas 6n au désordre et an meurtre. Les ecclésiastiques et les nobles, que l'incendie seul avait pu dérober au massacre du jeudi , exercèrent de cruelles représailles sur quelques bourgeois inoffensifs demeurés sans crainte dans leurs foyers. Bientêt arrivèrent presque tous les seigneurs des environs , à la tête de leurs paysans excités par la promesse du piHage , et la ville entière fut mise i sac comme une place prise d'assaut.
L'ordre fut long à rétablir. On ensevelit avec honneur les dépouilles mortelles de l'évêque Gaudry, ainsi que de toutes les victimes les plus marquantes de la vengeance populaire. Le vénérable Anselme, chef de l'école de Laon et doyen de son église, surnommé le docteur des docteurs, qui avait formé des évêques et refusé de l'être, s'appliqua, par sa douceur évangélique, par sa charité persévérante, k réconcilier entre eux les trois ordres , et surtout à calmer les ressentiments de la bourgeoisie sourdement irritée des virulentes déclamations que l'archevêque de Reims, à l'occasion des cérémonies expiatoires de la ville, avait prononcées contre l'institution des communes. Pendant ce temps, Teudegaut, prisonnier d'Enguerand de Coucy, l'un des nobles qui avaient conduit leurs paysans au pillage, expiait courageusement sur le gibet sa protestation armée contre l'avarice et le parjure des nobles et du roi ; et tous les chefs de la sédition , pris par le roi Louis-le- Gros, dans un fort de Thomas de Marie, étaient aussi conduits an dernier supplice. Laon se repeupla peu à peu. De 1111 à lllA, avec les auménes recueillies dans tout le royaume, et jusqu'en Angleterre, où l'on avait promené les reliques
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sauvée» de la cathédrale, on restaura cet édiOce dont toute la carcasse était restée debout; les travaux furent terminés au milieu de l'année même IIU, et la nouvelle dédicace solennellement célébrée le 5 septembre.
Anselme , déjà bien vieux , vécut pourtant encore assez pour voir la ville où il était né sortir de ses ruines, et pour assister à l'ollice divin dans cette glorieuse cathédrale dont sa patrie était si flère. Il mourut dans l'année 1117. Son frère Raoul lui succéda dans la direction de cette fameuse école de Laon, contemporaine, à ce qu'on prétend , de l'introduction du christianisme dans les Gaules. Les plus éminents personnages . les meilleurs écrivains du siècle, avaient été ses disciples ; et sa réputation était telle, qu'à l'époque même où les habitants abandonnaient leur cité livrée aux discordes civiles, les étrangers s’y portant en foule, il n'avait pu suspendre ses leçons. A cette époque commencèrent aussi à fleurir deux autres écoles, rivales de celles d'Anselme : l’une établie , à la fin du xi* siècle , par l'abbé Adalbéron, dans l'abbaye de .Saint-Vincent, et qui , au xiv* siècle, possédait déjà une bibliothèque de onze mille volumes ; l’autre fondée par l'abbé Drogon , dans l’abbaye de Saint-Jean , appartenant à l’ordre des Bénédictins Pendant le séjour du pape falixte II à Laon, et sous l'épiscopat de Barlbélemy, prélat d’une illu.«ilre naissance, un prêtre deClèves, nommé Norbert, se retira dans une gorge de la forêt de Coucy, avec sept d'entre les élèves de l’é'cole de Raoul, et y institua l'ordre célèbre de Prémontré. Quelque temps après, l'abbaye de Saint-.Martin, dont on n'avait pu soumettre les moines à aucune discipline, fut cédée aux religieux de cet ordre, et parvint bientét au plus haut degré de richesse et de splendeur. Enfin, dans l'année 1146, fut convoqué à Laon un concile (le quatrième de cette ville) auquel assistèrent tout le clergé de France, la noblesse, et le roi Louis-le-Jeune , et qui délibéra sur les préparatifs de la première croisade résolue dans les plaines de Vézelay.
Mais reprenons le récit de l'histoire municipale de Laon. Ce fut en 1128 que Louis-le-Gros répara ia faute dont il s’était rendu coupable envers les Laonnois, par le rétablissement de leur commune. La fameuse charte qui la reconstitua , et qui servit de modèle à celles de Reims, d'Amiens, de Montdidier et de Beauvais, est parvenue jusqu'à nous. Nous voyons par cette constitution, politique à la fois et civile, que la cité avait son maire et ses jurés. La charte laonnoise portait l'abolition de la main morte, et par suite, de toute servitude personnelle. Tout homme qui était admis à la commune devait bâtir une maison dans Laon, ou y acheter des vignes, ou s'y installer avec des effets mobiliers a sur quoi , dit l’article xv, justice pùt être faite. » Elle défendait toute exécution arbitraire aux seigneurs, établissait la liberté des mariages, et réservait au maire et aux jurés , les chefs naturels de la bourgeoisie , le droit et le pouvoir de juger les citoyens. Elle allait enfin jusqu’à garantir la liberté individuelle, puisqu’elle proscrivait l'arrestation de tout homme, libre ou serf, à moins qu’elle ne fût autorisée par un magistrat. En ce qui touche l’administration de la justice , elle admettait les compositions pé>cuniaircs, la peine du talion, le combat judiciaire et les épreuves par l'eau et le feu (11.30). On qualifia la charte A' lilal/lissnmnt de paix. Du reste, la Imurgeoisie laonnoise ne farda pas à avoir une occasion de se rallier sous la bannière de sa nouvelle commune. En ll:U), Louis-le-Gros rassembla à Lion une armée, à laquelle se
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réunit la milice bourgeoise. Il s'agissait d'une eipédition contre le château de Coucy, regardé comme inexpugnable, et où Thomas de Marie s’était renfermé après avoir arrêté, malgré le sauf-conduit du roi, des marchands qui passaient sur ses terres. Cet intrépide seigneur, ayant tenté une sortie, fut mortellement blessé dans une embuscade , et traîné à I.aon , où le roi fit une entrée triomphale. Le lendemain, le sire de Coucy expira dans cette ville. Pendant le xii' siècle, lu milice bourgeoise n’eut point d’autre occasion de servir la couronne ; mais au eoninicnccment du xiii* siècle, elle combattit à l’avant-garde de l’armée royale, à la bataille de Bouvines, et y fit des prodiges de valeur. Uans cette même journée, l'évêque Robert de Châtillon se distingua à la tête de scs vassaux laonnois.
La charte de 1128 n’avait pas été franchement acceptée par l’évêque, le clergé et la noblesse. Cet établissement de paix devait être, au contraire, un nouveau sujet de discorde entre la bourgeoisie et les classes privilégiées ; pour celles-ci ,1a commune était toujours une nouveauté détestable. Ce ne fut pas pourtant contre la ville que les premiers coups furent dirigés. Les villages dépendants de l’évêché avaient obtenu de Louis-le -Jeune une charte d’affranchissement et de confédération, qui, en dehors de la cité, avait constitué la commune du Laonnois. Vainement l’évêque Roger de Rosoy se flatta d’obtenir l’abolition de ces nouvelles franchises, le roi résista à toutes les sollicitations de l’orgueilleux prélat. Roger se ligua alors avec les comtes de Rosoy, de Roncy, de Rethel et d'Avesnes, pour contraindre ses vassaux eux-mêmes à renoncer à leurs libertés, La commune du Laonnais , aidée de quelques autres communes voisines , et commandée par le prévôt royal, rencontra les troupes de l’évêque sur les bords de l’Ailette ; après une courte mais vive résistance, les villageois, qui combattaient à pied, furent dispersés par la cavalerie de l’armée épiscopale ( 5 mars 1 178). Tandis que ces événements se passaient dans le diocèse de I.aon, l.ouis-le-Jeunc guerroyait en Auvergne Contre quelques-uns de scs barons révoltés. A la nouvelle du combat de l’Ailette, le monarque saisit aussitôt les revenus de l’évêque , et marcha contre les seigneurs ses alliés. Tous furent obligés de se soumettre et d’implorer la clémence royale. Mais cet échec ne découragea point le persévérant Roger de Rosoy. Il se rendit si agréable A la cour par ses services, qu’il obtint enfin l’abolition de la commune du I,aonnois. t'.e triomphe du pouvoir épiscopal était de mauvais augure pour la cité. f,es bourgeois de I,aon, dans la crainte de se compromettre, n’avaient donné aucun secours aux villageois ; leur réserve, qui n’était pas exempte de faiblesse, ne désarma pas le clergé.
Ce fut sous l’épiscopat de Roger de Rosoy, que l’évêque de Laon, qui déjà portait le titre de duc, fut élevé à la pairie , et prit la seconde place parmi les six pairs ecclésiastiques du royaume. I.e chapitre de la cathédrale , en donnant un chef spirituel au diocèse , l’investissait donc à la fois des titres d’évêque , de duc et de pair. Aussi ce corps illustre était-il fier des honneurs dont il disposait par voie d’élection. Jamais le chapitre de I.aon n’avait été plus riche, plus nombreux , plus considéré, plus paissant. Nous n’entreprendrons pas de tracer son histoire. Humilié un moment par Enguerrand lit, sire de Coucy, qui, A la suite de quelques démêlés, fit saisir et jeterson doyen dans un cachot 11215-1219], Use releva parla noble énergie avec laquelle il soutint, contrairement A la prétention des évêques, que ces