‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 31 sur 119 · II. 2t · texte numérisé non relu

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hauts dignitaires de l'église n'avaient pas le droit de s'assembler en concile sans leurs chapitres. Toutes les cathédrales de la France embrassèrent cette opinion, qui prévalut définitivement (I2:)3'. On vit tes Luxembourg, les Courtenai, les d'Avesnes, les Soissons, les Rond, les ChiUeau-Poreicn, les Irsins, les Cajetan, briguer l'honneur d'étre admis parmi les chanoines du chapitre de Laon. C'était une pépinière d'hommes éminents dans tous les genres. Du xir au xiv' siècle il en sortit trois papes (les puntifes Urbain iV, Nicholas III, et Clément VI) ; douze cardinaux, deux patriarches, huit archevêques, trente-quatre évêques, et six chanceliers de France Mais plus le chapitre était puissant, plus il supportait impatiemment l'existence de la commune. Pendant deux siècles, il travailla avec ardeur à la détruire. L'excommunication, lu violence, l'intrigue, tout lui fut bon pour abattre cette puissance rivale. En 1213, à l'occasion de l'emprisonnement de l'un de ses seniteurs , accusé de quelque délit, le chapitre fait condamner les magistrats de la cité à aller nu-pieds jusqu'au lieu des séances capitulaires, à s'agenouilier devant le doyen , et à lui demander pardon de leur prétendue faute (1213). .\ la fin du même siècle, le maire et les jurés, pour expier l'arrestation d'un choriste, sont encore contraints d'assister en suppliants à une procession solennelle (1294). I.e peuple, exaspéré par celte dernière huiiiilialion , était mdr pour la révolte, lorsqu'une rixe entre un bourgeois et deux nobles accompagnés d'un ecclésiastique, devint le signal des plus grand; excès : les gentilshommes et le prêtre, poursuivis jusque dans la cathédrale, où ils se réfugient, en sont arrachés par la foule, qui les trahie à la maison du bourgeois offensé , les accable de coups , et les laisse presque morts sur la place. On parvient à rappeler les deux nobles à la vie, mais l'ecclésiastique succombe quelques jours après.

Le phapitre ferme la cathédrale, suspend le service divin et lance contre les coupables une excommunication dans laquelle le maire et les jurés sont habilement enveloppés. Le pape Doniface VIII met la ville en interdit et exhorte Philippe-le-llel h supprimer les franchises municipales. C'était l,à surtout que le clergé en voulait venir. Le roi prunon(a l'abuiition de la commune dans le mois de mars 1296; le parlement condamna la ville à payer une amende de quatre mille livres. Mais , soit que les Laonnois eussent des protecteurs puissants à la cour, soit que rhilippe-lc-Bel ne voulût point frapper une faute passagère d'un châtiment étemel, la commune fut rétablie l'année suivante |9 février 1297). Une nouvelle humiliation fut le prix de cette faveur: cent habitants se rendirent, du pied de la montagne à la cathédrale, tête et pieds nus, en chemise et sans ceinture. Les porte-croix ouvraient la marche de celte élrange procession, qui était suivie de tout le clergé de la ville. Plus de quatre mille livres furent accordées, en outre, au chapitre à titre d'indemnité. Tout paraissait donc fini; il n'en était rien, le clergé n'était pas satisfait. Au commencement du xiv' siècle, l'évêque Rousselletse réunit au chapitre pour demander à Philippe-le-Long l'aladilion de la commune. \ défaut de récents griefs, il rappela les excès de 1294. La vive opposition des Laonnois ne put empêcher l'intrigue de prévaloir sur le droit. En 1322, le roi supprima définitivement la commune imii les excès commis en 1294, el conformément à l'intention de Philippc-lc- liel.

Une si grande injustice ne put abattre l'énergie des Laonnois. Ils portèrent

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luiirs réclamations à Philippe de Valois et ils en obtinrent une rliarte calquée sur les institutions municipales de la ville de Soissons ( mars 1332). On appela cette lui organique la l'hUippine. ün prévôt royal , assiste de siv conseillers de son chois , iidininistrala cité avec six magistrats élus tous les trois ans par le peuple. Deux autres cliartcs déterminèrent les limites de la juridiction royale et des justices de l'évêque et (lu chapitre ; celle des habitants fut incorporée à la juridiction des magistrat.s nommés par la couronne. Rappelons ici que depuis le règne de Philippe-Auguste Laon avait un bailli royal et était le siège du vaste bailliage du Vermandois. Cette ville avait aussi sa coutume particulière, fort estimée des jurisconsultes, et qui fut rédigée, avec les autres coutumes du A^ermandois, dans une assemblée des trois états de la Picardie réunis à Reims en 1556.

L'établissement des oBiciers royaux mit un terme aux violences et aux empiètements de l'autorité ecclésiastique. A l'avenir, le pouvoir de l'évéque comme celui du chapitre alla toujours en déclinant. Quelle était donc cette autorité épiscopale qui depuis huit siècles exerçait une si grande influence sur les destinées de Laon? Lorsqu'un nouvel évêque Taisait sou entrée dans cette ville, il se rendait , les pieds nus, de l'église de Saint-Michel à la cathédrale; là , l'abbé de Saint-Vincent le pré- .sentait au clergé en disant : A'ous vous le donnons virant, vous nous le rendrez mort. La seigneurie de la cité, dont le prélat prenait possession avec une si fastueuse humilité, appartenait, il est vrai, au roi; mais l'évêque y exerçait des droits de fief et de justice fort importants. Dès le ix' siècle, il avait le privilège de battre monnaie, et il existe encore des pièces frappées sous le règne de Philippe- Auguste dans l'hôtel de l'évêché. La livre lovisienne, lœvisknne ou laonnoisienne avait cours dans toçte la France ; elle ne valait que la moitié de la livre parisis. Plusieurs grands offlcien étaient attachés à la maison de l'évêque , montée comme celle d'un prince. Nous avons vu qu'après avoir porté le titre de comte, il avait pris celui de duc, et qu'il était le second des six pairs ecclésiastiques. Scs domaines étaient nombreux, ses revenus considérables. Peu de prélats, en un mot, jouissaient d'un pouvoir plus étendu et étaient entourés de plus d'éclat et de prestige.

A part les événements dont nous tenons d'esquisser l'histoire, la première moitié du XIV* siècle ii'offre qu'un petit nombre de souvenirs peu importants. Les principaux sont l'expulsion des juifs et l'établissement d'un mont-de-piété (1302); la fondation des collèges de Laon et de Prestes à Paris (13Ai) ; la révolte des vingtcinq villages du chapitre provoquée par l'établissement d'un impôt vexatoire (1335) ; la découverte d'un complot dont l'auteur fut lapidé, et qui avait pour objet de livrer la ville aux Anglais (1317) ; enfln, les ravages commis dans le diocèse par les bandes armées de la Jacquerie (1358). Vers le milieu de ce même siècle, l'évêque de Laon, Robert Lecocq , joua un grand rôle sur la scène politique, fl fut , après le prévôt de Paris, Étienne Marcel, le plus hardi meneur du parti populaire dans les étals de 1337 ; mais plus heureux que celui-ci , il ne périt point au milieu de la terrible tempête qu'ils avaient soulevée. En 1358, Itobert Lecocq se rendit dans sa vilhv épiscopale avec l'intention secrète de la livrer au roi de Navarre ; le complot fut découvert, et il fut contraint d'aller diercher un asile au delà des Pyrénées, tandis que six Ijionnois, ses complices , périssaient sur l'échafaud. En Ull, Laon fut

IMCAHDIE.

assiégée et prise par le duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur; en lïlA, eite retomba au pouvoir de Charles VII ; puis, en 1118, elle fut reprise par le duc de Bourgogne, qui, l’année suivante, la livra aui Anglais. Ceux-ci y établirent un atelier monétaire (li26). En 1^29, les habitants chassèrent la garnison anglaise, et Charles Vil fit son entrée à Laon , qu'il dota aussi d'un bétel des monnaies. Un établissement du même genre avait déjà existé dans cette ville au temps des rois de la seconde race. Louis XI, pour reconnaître les preuves de dévouement que lui donnèrent les Laonnais, leur conféra plusieurs privilèges , et les exempta de tailles à perpétuité. Le puissant crédit des évêques Guillaume de Champeaux et Jean Juvénal des Ursins, contribua sans doute à attirer les faveurs de la cour sur le siège du diocèse.

L'année 150à fut marquée par un tremblement de terre, qui occasionna de grands dommages à Laon. En 1552, un présidial fut établi dans cette ville; et, en 1555, Nicholas Carolez y fonda un collège à scs frais. Les Impériaux envahirent le Laonnais, en 1525, et y commirent quelques ravages. En 1551, les événements de la guerre aménèrent Henri II à Laon, où il passa une partie du mois de juin ; il y revint, et y rassembla des forces considérables, en 1558. C'est aussi sons les murs de cette ville que se rallia l'armée française après le désastre de Saint-Quentin.

L'introduction du calvinisme à I.aon date de l'année 1 560. Ses progrès furent bientôt assez rapides pour inspirer de l'inquiétude au parlement : tandis que ce corps sévissait contre quelques magistrats, accusés d'une tolérance secrète, le clergé cherchait à frapper les esprits par un spectacle extraordinaire. Nicole Obry, la jeune possédée de Vervins, amenée à I.aon , le 21 janvier 1566, y fut exposée sur un échafaud dressé dans la cathédrale ; les épreuves réitérées qu'on lui flt subir, et pendant lesquelles, le diable parlant par sa bouche, désigna tous les hérétiques comme ses meilleurs amis, rendirent pendant quelque temps une influence marquée aux catholiques. Mais le maréchal François de , Montmorency, ayant écrit à l'évëque Jean Débours d'étouffer au plus tôt un éclat qui n'était, disait-il, d’aucune édification, la délivrance de Nicole fut opérée en grand appareil, et toute cette émotion finit par s'éteindre, sans que les tentatives faites par d’autres femmes également possédées du démon pussent avoir plus' tard ni le même retentissement ni le même résultat. De 1567 à 1572, les religionnaires , dont le nombre avait considérablement augmenté, s'emparèrent de plusieurs places dans le rayon de Laon ; puis s'avançant jusqu'au pied de la montagne, ils envoyèrent un trompette sommer la ville elle-même de se rendre. Cette tentative n'eut aucun succès, et les calvinistes rebroussèrent chemin, après avoir incendié plusieurs maisons du faubourg d'Ardon.

Aux premiers états de Blois (1576-1577), Laon fut représenté par le conseiller Bodin , depuis procureur du roi au présidial , et l'un des hommes les plus distingués de son époque. En 1578, la ville fut menacée par les Espagnols; la mort de Don Jnan d'Autriche, leur général, arrêta seule cette invasion, qui s'était étendue déjà dans tout le plat pays. <

Le duc d'Aumale, gouverneur de la Picardie, voulut aussi, en 1585, assurer la possession de Laon aux ligueurs ; mais son complot échoua par la vigilance d'un avocat, nommé Jean Martin, qui avertit à temps les royalistes des intelligences

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du comnandant Rocourt avec le duc. Les ligueurs ne se découragèrent point ; ils coiitinuèient leurs sourdes menées dans la ville, et enfin, le 17 février 1.189, leurs ogeiils parvinrent à la faire déclarer en faveur des Seize. Les motifs qui entralnèr.Mit les habitants à abandonner la cause du roi furent le désir et l'espoir assez fondé, du reste, de se gouverner enfin par eux-mémes. L'assassinat du due de Guise avait causé d'ailleurs une extrême irritation dans cette cité, où la mémoire des Carlovingiens, dont la maison de Lorraine prétendait descendre, avait toujours été singulièrement «o vénération. Toute cette période fut fatale à la prospérité de Laon. Les émeutes, les violences de tout genre se succédaient 6 l'intérieur des remparts, pendant qu'au dehors les seigneurs se retranchaient dans leurs châteaux et que des Itandes de maraudeurs infestaient les chemins. Trois conseillers du grand conseil de la Ligue arrivèrent i Laon pour y rétablir l'ordre ; mais ils virent de jour en jour décroître leur autorité , dans l'impuissance où ils étaient de lutter contre l'ascendant des factieux , qui ne trouvaient jamais leurs mesures assez énergiques , et tous trois se retirèrent devant Bouchavaone , le nouveau gouverneur, nommé par le duc de Mayenne.

Au mois de juin 1590, Henri IV attaqua ce chef des ligueurs sous les murs de Laon; mais, n'ayant pu le contraindre à engager une action générale, il reprit presque aussitôt la route de Paris. Trois mois après, D'Humières, qui commandait pour le roi dans le pays, tenta vainement de s'emparer de Laon par surprise. Oitte ville devint l'un des foyers les plus ardents de la Ligue, et scs députés aux états de Paris eurent l'ordre de voter t’éleclien d'un roi fermement attaché à C t-^glise romaine, et pris dans la nation française, s’il était possible {\b93). On comprend combien la réduction de cette place importait à Henri IV. Le 25 mai 1591, son armée, forte de quinze à seize mille hommes, s'avança en bon ordre, et emporta le jour même les faubourgs. Ce siège est un des plus mémorables qu’aient jamais soutenus lc.s I.aonnuis. f.a défense fit le plus grand honneur au célèbre président Jeanuin , ainsi qu’au gouverneur Dubourg, l'un des meilleurs officiers de son parti, et au comte de Soinmerive, second Ois du duc de Mayenne. Laon capitula le 2 août; et .Marivaull de L'IsIe en prit possession au nom du roi. l^e lendemain Henri IV y entra par la porte Koyer [ Higata ou Hegalis ] ; il fut reçu par l'évéque et son clergé aux portes de la cathédrale. Il en partit le 8, en laissant l’ordre de réparer promptement les fortiücations. Une taxe de trente mille écus , dont le clergé devait supporter le tiers, fut levée pour cet objet sur les habitants.

.Marivault flt jeter, en 1595, les fondements d'une citadelle; Mayenne avait eu aussi le projet de dominer la place au moyen d'une forteresse ; mais les Laonnois l'avaient forcé de renoncer à cette entreprise. Les remparts de cette citadelle, élevés sur les ruines du quartier le plus populeux , furent achevés en 1596. Sous la régence de Marie de Médicis, Laon se déclara contre le maréchal d'Ancre. Le marquis de Oeuvres livra la ville, dont il était gouverneur, à une partie de l'armée des mécontents rassemblés à Noyon. Ceux-ci renforcèrent la garnison, et se mirent on devoir de construire trois forts : l'un à la pointe de CUsson , l'autre au-dessus de la Tour Penchée, le troisième derrière la citadelle. l.a conclusion de la paix put seule arrêter l'exécution de ces divers travaux.

En 1630, pendant une maladie du cardinal de Richelieu, le baron de Saint-Pierre,

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espèce il'avenlurier que les ennemis du cardinal poussaient en avant, se présenta sous les murs de la ville, afin de l'occuper, menaçant de la faire piller par les soldats si l'on tardait trop à lui eu ouvrir les portes. l.c$ bourgeois, après l'avoir amusé tout le temps nécessaire pour déjouer son entreprise , se montrèrent en armes sur les remparts. Le baron furieu.\ leur li>ra un terrible assaut qu'ils soutinrent bravement ; puis il décampa dès la nuit venue , et toute cetle ridicule alTaire n'eut pas de suite. En 16i9, l'archiduc I,éopold , à la tête de quarante mille hommes des troupes d'Espagne, s'étant porté au pied de la montagne de I.auu, enleva de vive force le faubourg de Vaux. Le 25 Juillet 1653, les Espagnols revinrent sur la ville : ils l'investirent sur tous les points ; mais ils consentirent b se retirer moyennant une rançon. Cette période fut singulièrement marquée par l'implacable opposition de l'évèque Pbilbcrt de Brichantcau au ministère du cardinal .Mazarin : rivalité politique dont le souvenir est depuis longtemps etTacé, tandis que la ville a précieusement conservé celui de toutes les fondations utiles ou charitables qu'elle doit à l'inépuisable générosité de ce prélat.

De 1653 à 1659, Laon eut beaucoup à soufl'rir des taxes et des charges occasionnées par un passage presque continuel de troupes. Le prince de Condé, alors ennemi de la cour, se disposa deux fuis à l'assiéger. Les habitants insultés chaque jour par les Espagnols, se décidèrent à leur offrir un tribut pour s'en débarrasser. Ix* pouvoir royal était si faible, que Louis XIV les y autorisa formellement, à la condition todtefuis que ce traité, purement individuel, ne serait point ratifié au nom même de la cité. La contribution fixée , le 29 août 1656, entre 1a municipalité et le gouverneur de Rocroy, au chiffre de trois cent quarante pistolcs d'or, payables tous les ans , ne cessa d'ètre acquittée par les t.aonnois qu'après la signature de la paix des Pyrénées. Cependant la ville, classée en 1665 au nombre des places d'armes du royaume, commençait à se remettre peu à peu de tant d'agitations et de revers, lorsque tout à coup la peste y éclata dans le mois d'aodt 1668. L'évèque, César d'Estrées, accourut aussitôt de Paris, afin de se dévouer à la consolation de tant de malheureux réduits au plus sombre désespoir. L'intendant de la province , Dorieu, fit preuve également du plus grand zèle. EuOn, après d'effroyables ravages, le fléau disparut complé!ement, le 10 de février 1669. Le même t^ésar d'Estrées, avant son abdication du siège épiscopal de Laon, y fonda un séminaire ( 1660], et un hôpital ( 1663). Son successeur, Jean d'Estrées, qui était son neveu , se signala par une extrême tolérance , à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes; tandis que la magistrature au contraire poursuivait les calvinistes avec le plus cruel acharnement. Il fut l'ami du peuple . le bienfaiteur des pauvres, iziuis Anet de Clermont, qui le remplaça ( 169'» à 1721 ), se mêla comme lui fort peu de disputes religieuses; mais, è son exemple aussi, il pratiqua beaucoup la charité. Etienne-Joseph de Lafare, le fils du poëte, nommé évêque en 172Ï, fut le pers('M;uteur des Jansénistes. Il ne se borna point è ces querelles ; il en souleva bientôt une plus vive, à propos de la mairie et du collège ( 1728). Par son crédit , les jésuites introduits dans la ville, y furent maintenus malgré la résistance des magistrats ; il réussit même à leur faire accorder le droit exclusif de fenseignement. Mais plus tard (les 7 septembre 1761 et 17 février 1763) intervinrent deux arrêts du Parlement de Paris retirant aux jésuites tout enseignement

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dans la ville de Uon, et rendant h la municipalité la surintendance pleine et entière du collège. Le cardinal de Rochechoiiarl , qu'on donna pour successeur à l.afare (17il), rétablit le ciilmcet la concorde parmi les membres du clergé de Mon. Sous son gouvernement tout paternel, la maison de retraite, dont le revenu était insullisant , fut pourvue d'une riche dotation.

En 1751 . Mon, qui jusqu'alors n'avait reconnu d'autre seigneur que le roi, fut réuni h l'apanage du duc d'Orléans. Le nouveau maître se montra fort jaloux de son autorité , à tel point même qu'il ne craignit point d'entraver et de corrompre la liberté des élections municfpales. En 1757, disparurent toutes les fortifications extérieures de la ville, que l'on remplaça par plusieurs promenades. En 1778, l'évèque, monseigneur de Sabran, attacha son nom à deux importantes améliorations : c'est-à-dire l'adoucissement des trois rampes les plus fréquentées de In montagne , et le transfèrement du collège , dont l'entretien était onéreux à la commune, dans l'abbaye de Saint-Jean, possédée par des bénédictins de la congrégation de Saint -Mnur.

Mon fut créé chef-lieu du département de l'Aisne, le 2 juin 1790, par décret de l'Assemblée constituante. Ce fut sous l'administration de M. Méchin (1805 à 1810) que fut construit l'hôtel de la préfeclure et l'hospice, un des plus beaux de France. M. .5liH-hin dota aussi la ville et le département d'un vaste dépôt de mendicité. Tous les tribunaux avaient été précédemment transférés dans l'ancien palais épiscopal, par .M. üaueby, premier préfet de l'Aisne (1800 à 18021.

Les désastres de l'empire ramenèrent la guerre sous les murs de Mon. M 12 février 1815, le prince Mponkin, à la tête d'un régiment de Cosaques, somma la ville de lui ouvrir ses portes. Cette place, dont le circuit est de plus d'une lieue, se trouvait ouverte en plusieurs endroits, et il n'était guère probable, qu'ayant pour tous moyens de défense quatre canons et quelques fusils, elle pdt tenir longtemps contre une attaque sérieu.se. Mpoukin accepta toutes les conventions que lui proposèrent les habitants et entra dans la ville. Le lendemain 13 arriva le corps de Wintzingerode , dont l'effectif était de près de quinze mille hommes. L'ennemi alors enfreignit toutes les conditions qu'il avait jurées, et la place , point central de quatre routes militaires , dont la conservation importait tant au salut de Paris , fut fortement occupée par les alliés. Pendant toute cette période de la campagne de 1815 jusqu'à l'admirable fait d'armes de Craonne, la ville de Mon resta plongée dans la plus profonde incertitude sur les mouvements stratégiques des deux armées, ainsi que sur les projets ultérieurs de l'ennemi. Tout à coup une canonnade terrible, tonnant sur les hauteurs voisines de la vallée de l'Ailette,vint réveiller à la fois ses angoisses, ses esp<'‘ranres : c'était Napoléon qui, avec moins de vingt-neuf mille hommes, se heurtait contre toutes les forces réunies de llliiiber, formant plus de ct'nt mille combattmits. On connaît les déplorables résultats de cette bataille : l'empereur, découragé, battit en retraite. L'ennemi, désormais assuré de sa conquête, la Imita sans aucune espèce de pitié. Une soldatesque insolente pilla les maisons renfermées dans la citadelle, et plusieurs autres dans lu ville même; tous les faubourgs furent en partie s.iccagés , démolis, brdiés.

Le 12 juin 1815, Napoléon en personne visita Mon, où s'était concentré l'un des dix corps de l'armée française. M 20, vers six heures du malin , les débris

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de Waterloo refluèrent sur la chaussée de Chambry. Napoléon ne tarda pas à se montrer dans la principale rue , il descendit de voiture, et quelqu’un lui ayant crié brusquement ; Vos soldats se sauvent ! il tourna la tète sans répondre. Ce fut , comme on sait, à regret que l'empereur quitta I.aon, et malgré les conseils du maréchal Soult, qui pensait |>uuvolr y réorganiser l'armée. Dès le IG juillet, le dra|>eau blanc fut arboré sur les remparts. Le 8 aoiU, sur un ordre exprès de Louis XVIII, les habitants consentirent à ouvrir leurs portes aux Prussiens, qui tenaient la place étroitement bloquée. Ces étrangers évacuèrent la ville le 12 décembre suivant, après quatre mois de la domination la plus tracassière et la plus avide. L'empereur .\lexandre s'y était arrêté' , quelque temps auparavant , dans la même maison où était descendu Napoléon fuyant vaincu des champs de Waterloo.

L'histoire de I.aon , sous la restauration, se réduit à quelques actes administratifs , qui eurent pour but de développer l'industrie et de donner une impulsion nouvelle au commerce. Dans cette voie de réparation et d'amélioration , plusieurs préfets déployèrent la plus active et la plus intelligente sollicitude pour les intérêts publics : nous citerons particuliérement M.M . de Talleyrand , du Floirac et Walekenaer. La profonde tranquillité dont jouit la ville de I.aon jusqu'aux dernières années de la restauration ne fut même pas troublée en 1830; et lorsque M. Walekenaer, alors préfet, demanda sa révocation, quelques mois après la révolution de juillet, il se retira en emportant l'estime de tous les habitants.

I^on ligure dans l'état de nos places fortes de seconde classe. I.es chambres ont voté, en 1811, 500,000 francs pour entretenir l'enceinte et restaurer la citadelle de cette ville qui, située sur la ligne d'opération d'un corps partant de Mous ou de Philippeville, offre encore une haute importance pour la défense du pays. Pendant longtemps les hommes de guerre l'ont regardée comme une place presque imprenable. L'historien Devisme |H>rte à trente et un le nombre des sièges qu'elle a soutenus depuis le commencement du iv* siècle jusqu'à la fin du xvi’; mais un de ces sièges, celui de 1031, attribué au roi de France Henri I”', ne repose que sur le témoignage fort suspect de la chronique de Normandie. Du sommet du plateau sur lequel Laon est située la perspective est admirable. Des vignes, étagées sur les flancs de la montagne, la revêtent d'une riche végétation; au bas s'étendent les six faubourgs de la ville : Vaux, Saint-Marcel, la Neuville, Sémilly, Leuilly et Ardon; plus loin, la plaine, d'un côté sans bornes, comme la mer; d'un autre côté, limitée par de verts coteaux. Quant à la ville, resserrée vers le centre, elle s'élargit aux extrémités suivant que la surface de la montagne s'étend ou se rétrécit. Elle était divisée, autrefois, en trois parties : la Cité, le Bourg, la V Mette , comprenant en tout vingt paroisses. Scs armes étaient d argent, à trois tnerleiles de sable 2 , 1 , au chef d’azur, chargé de trois fleurs de lys d’or.

Laon a perdu son évêché , ses abbayes, son bailliage et son présidial. département de l'àisne, dont elle est le siège administratif, contient 512,213 habitanb. Elle possède un tribunal de première instance , un collège communal cl une bibliothèque publique renfermant plus de seize mille volumes; son dépôt de mendicité a toujours offert, un sujet intéressant d'étude à nos économistes. La population de la ville qui , d'après Hessein, s'élevait, en 17G9, h lo.flOfl âmes, était descendue.

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in.i

en 18^9, è 7,700. Laon a des chapelleries, des fabriques de clous, de bas, de cuuvertures, et d’autres articles, soit de laine, soit de fli; elle fait un commerce assez étendu en blé. en vins, et en légumes d’excellente qualité. Ses monuments les plus remarquables sont l’iiôlel de préfecture, l’Hôtel-Dieu, l’hOpital général, la cathédrale et l’église Saint-Martin. La cathédrale, comme nous l’avons dit, fut on partie détruite par l’incendie de 1111. Quelques antiquaires ont prétendu que l’édifice actuel est complètement le même que celui qui fut restauré en UH; mais M. Vitet a récemment démontré l’absurdité d’une opinion qui ferait reculer jusque bien avant le xi* siècle l’existence d’un monument entièrement à ogive, tel que l’est la cathédrale de laon. Nous regrettons de ne pouvoir décrire toutes les beautés de détail de cette basilique , où se combinent avec autant d’élégance que de hardiesse les trois ordres distincts de la grande andiitecture gothique.

A quatre lieues de Laon on trouve le village de IJessc, célèbre |>ar son église, qui fut fondée en tl3&, et que plusieurs rois de France enrichirent de leurs libéralités. Notre-l)ame-de-Liesse attire encore de nos jours, pendant les mois de mai, juin et juillet , de nombreux pèlerins qui viennent y adorer une image miraculeuse de la Vierge. Louis XI, en Ü69, y jura le traité de Péronne; François I" s’y rendit avec sa famille, en l5:tH; et la duchesse de Berry l’a visitée en 1821. Iji population de Liesse est d’environ 1,300 habitants.

l.aon a produit un grand nombre d’hommes distingués; nous en citerons quelques-uns : dans les lettres , l'écolétre Anselme, dont nous avons déjà parié ; le chanoine yenn Aubert, éditeur et traducteur de saint Cyrille d'Alexandrie; Oérunl Cotumelle, commentateur du livre d’Aristote, De Interprétai ione ; le célèbre publiciste Bodin; l’bistorieo Gabriel-Henri Gaillard, de l’Académie Française, né à Ostel, à trois lieues de Laon; dans les arts, Jean Carlier, facteur d’orgues, qui construisit l’orgue de Saint-l>cnis ; les trois frères Lenain (Louis, Antoine et Uat- Micu], tous trois peintres estimés; dans les sciences, Guillaume de. Harcigmj, premier médecin de Charles VI , qu'il guérit d’une première atteinte de folie, et l’irrre-Françoi.'i- André Méchain , l’un des plus grands astronomes du xviii* siècle ; dans la magistrature , Nicolas Marguette , dont on connaît l’inébranlable fidélité au roi Henri III ; parmi les hommes de guerre, Lalande, surnommé le. Capitaine, et dont Brantème fait un si bel éloge; le maréchal Sérurier; dans l’Église, saint Remi, archevêque de Reims, fondateur de l’évéché de Laon, et enfin le pape Urbain II, né à Troyes, il est vrai, mais qui avait adopté cette ville pour sa patrie, parce que, élevé dans ses murs, il y avait été promu aux premiers honneurs ecclésiastiques.'

1. Manuscrits et autographes de la bibliolbèque de la rllle de Laoo. — Becutil deê hirtorienM de France. ^ 0£uvres de Guibert^ ablW* de Nogent, 1 vol. in-folio, PaHs, 16M. ~ Joumat mUitcire dé Benri IV. ^ J. F. L. Devisme, BiUoire de la ville de Laon, et Manuel hitlorique du département de VAiine, 3 vol. Laon , 1839 et 1836. — Reetteil dee acte$ adminietratifs de la préfecture de V Aisne. — Vitet , Essai archéologique sur iVolr«-2)afn« deMoyon. Cet essai, non moins remarquable par retendue des recherches que par U profondeur des aperçus et la connaissance eiquiae des caractères distinctifs de l'art, a {taru dans la Revue des Deux Mondes du mois du di'cembre IHii; c'est comme la préface ou rintroduetion d'un magnifique et important mivnige que MM. Vitet et Daniel Bainée soûl à la veille de publier sur Notre-Dame de Noyon.

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