‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 32 sur 119 · NOYON · texte numérisé non relu

NOYON

Noyou, appelée Moviomagus daiia ntinéraire d'Antonin, et lYoviomum dans lea actes latins d'une époque postérieure, était, à son origine, une forteresse de la cité des Veromandui. Assiégée et prise par César, elle devint ensuite une station de la voie romaine conduisant de Soissons k Amiens , et fut considérée comme un point militaire assez important pour servir dé résidence à l'un des préfets de la Gaule, ainsi que l'indique la Notice des dignités de l'empire. Ce fut là que saint Médcrd se réfugia en 530; forcé de fuir la ville de Vermand qui avait été brûlée et saccagée par les barbares, il devint le premier évéque de Noyon. Il s'établit sur l'emplacement du fort romain appelé château Corbault {Castrum carbouù), dans le lieu même où saint Amance, saint Aleiandre et leurs compagnons avaient souffert le martyre. En y transportant son siège épiscopal , saint Médard se rapprochait aussi de son pays natal, puisqu'il avait vu le jour à Salency , petit village prés de Noyon, fameux par l'institution de la rosière que le pieux évéque y fonda et que l'on célèbre encore chaque année. A la mort d'Eleuthère, évéque de Tournai , saint Médard réunit le diocèse de cette dernière ville à celui de Noyon , et ce fut vers ce même temps que la reine Radegonde, qui venait de fuir le palais de Clother I", son époux, se réfugia auprès du pieux évéque, et l'obligea, à force d'instances, à lui donner la consécration religieuse.

Un siècle environ après saint Médard , saint Ëloi vint illustrer le siège épiscopal de Noyon. Les travaux de l'apostolat ne remplirent pas exclusivement la vie de ce grand évéque; il fut le trésorier de Dagobert 1**, et un des artistes les plus éminents de son siècle. Saint Ëloi établit à Noyon une école dans laquelle il venait travailler lui-même, entouré de ses nombreux élèves qu'il traitait comme ses enfants, et qui, pour la plupart, étaient de jeunes esclaves rachetés par s(M) inépuisable générosité. Saint Médard et saint Ëloi sont donc les deux patrons de Noyon ; ils y ont tous deux leur chapelle dans le choeur de l'église , qui conserve précieusement leurs reliques. Mais une sainte vient partager avec eux les honneurs d'un culte particulier : c'est sainte Godeberte, patronne de la ville. Contemporaine de saint Ëloi, elle reçut de ses mains le voile religieux, et la cérémonie eut lieu , selon la tradition, devant le roi Chlother III , qui donna ensuite à Godeberte la maison royale qu'il possédait à Noyon , et où elle fonda une communauté de femmes.

Parmi les autres rois franks dont le nom se lie à l'histoire de' Noyon , citons Chilpérik II qui y fut transporté d'Attigny où il était mort , et reçut l'inhumation dans le cheenr de l'église; citons surtout Charlemagne qui, après avoir été saoè dans la viUe , releva et agrandit l'ancienne cathédrale. Ce monument , incendié en 1131 , fut remplacé par l'église actuelle. Sons le règne de son HIs Louis-le- Débonnaire, deux conciles sont tour à tour assemblés à Noyon, l'un en SU, l'autre en 831. En 860, les barbares du nord pillent cette ville et massacrent l'cvéque Immon et tous les chanoines à la porte même de la cathédrale. Au riède suivant, les Normands continuent leurs ravages, et un seigneur nommé Adelin,

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qui s'était signalé contre eux, profite de l'influence que lui avaient donnée s«'s exploits pour s'opposer & l'élection de l'évêque Valbert et s'emparer par surprise du château Corbault, en l'an 932. Mais les partisans du nouvel évêque l'assiègent , le poursuivent jusque dans l'église, et le tuent avec tous les siens au pied de l'autel où il s'était réfugié. Ce triomphe de la puissance ecclésiastique sur le pouvoir féodal se poursuivit et se répéta plusieurs fois sur le petit théâtre où nous suivons les événements. En 1001 , l'évêque Hardouin de Croy prit par surprise une énorme tour qu'on voyait s'élever entre la cathédrale et l'évêché, et dont le seigneur châtelain relevait de la couronne. La tour fut ensuite démolie, et ce prélat devint ainsi le fondateur de la puissance temporelle des évêques de Noyon.

L'élection de Huguesdapetê Noyon, en 987, attira sur l'église de cette ville la faveur reconnaissante du nouveau souverain ; son chef spirituel fut nommé l'un des cinq pairs ecclésiastiques du royaume. Plus lard Philippe -Auguste donna à Étienne de Nemours , évêque de Noyon, le litre de comte et seigneur de la ville, en compensation des droits que l'évêque lui cédait sur le comté de 'Vermandois (I2I3|.

En 1198, l'évêque Baudry de Sarchainville prit la grande et généreuse initiative d'établir une commune à Noyon. Il réunit en assemblée tous les habitants de la ville, clercs, chevaliers, notables et gens de métier, et il leur présenta lui-même une charte qui constituait le corps des bourgeois en association | erpétuelle , sous la conduite de magistrats appelés jurés. Baudry fit le premier le serment d'observer fidèlement cette charte, dont il obtint la confirmation du roi Louis VI. Du reste les successeurs de l'illustre prélat n'eurent pas lieu de regretter ces prudentes concessions. Leur influence en fut plus grande , leur pouvoir plus durable. Vainement la commune de Noyon essaya-t-elle de se remuer , et d'agir contre l'autorité de l'évêque et de son chapitre ; ces tentatives tournèrent presque toujours à l'avantage de la puissance ecclésiastique. Le beffroi de la commune fut construit deux siècles plus tard, par l'ordre de Philippe VI, lorsque ce monarque fila Noyon sa visite de joyeux avènement ( 1328].

Sous l'épiscopat de Simon, frère du comte de Vermandois et allié è la famille royale de France, un incendie dévora une partie de la ville et la principale église bâtie par (diarlemagne. I.e prélat se rendit au château de C.répy, où sc trouvait le souverain pontife, pour lui faire part de ce désastre, et le pape adressa une lettre aux archevêques, évêques et fidèles, dans le but de les engager à contribuer aux frais de la réédificalion de l'église incendiée. Mais ce ne fut que vers 1180, c'està-dire au commencement du règne de Philippe-Auguste, que fut construite Notre- Dame de Noyon , monument si important dans l'histoire de l'art. Cette église se compose d'une nef imposante et spacieu.-e, de deux Iranssepls à extrémités circulaires, et d'un chœur remarquable par la beauté de sa voûte, de ses galeries, et l'élégante hardiesse des colonnes annelé.s qui le soutiennent. Deux énormes tours, recouvertes d'un comble et flanquées de clochetons en encorbellements, surmontent la façade occidentale. Lorsqu'en 1293, un incendie vint encore détruire la ville, deux de ses églises et la maison des Templiers, cette admirable basilique fut heureusement épargnée par les flammes

Nous ne suivrons pas les évêques de Noyon à la cour de France , qui leur confie plusieurs missions importantes. L'un d'eux , Pierre, fils naturel de Philippe-le-îlel,

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meurt à la croisade en 12V9; un autre, Gilles de l/>rris, est fait prisonnier par les Jacques, en 1358, dans le château de Mauconseil près .Nojon; un autre enfin, Etienne Aubert, est proclamé pape, en 1338, sous le nom d'innocent VI. L'histoire militaire de Noyon peut se résumer, comme son histoire ecclésiastique, en quelques mots. En 1211», à la bataille de Bouvines, en 1A03, au Crotoy, et en 1A14, au siège de Soissons, les arbalétriers noyonnais sc distingueut par leur courage. Sous le règne de Charles VII, cette ville ouvre ses portes au duc de Bourgogne qui y reçoit'Jeanne d'Arc prisonnière de Jean de Luxembourg. En l'année 1516, les ministres plénipotentiaires de François I" et de Charles-Quint se réunissent è Noyon, et le 13 août, y signent le célèbre traité qui porte son nom. Après la bataille de Saint-Quentin, la ville est prise par les Espagnols et rrappf’-e d'une contribution de cent mille écus d'or. Assiégée tour à tour par Henri IV et par le duc de Mayenne pendant les guerres de la ligue , elle tombe successivement en leur pouvoir (1591-1.595). Au commencement du règne de Louis XIII, le prince de Condé et ses adhérents rassemblent des forces considérables à Noyon, et, en 1636, elle voit encore & ses portes les troupes espagnoles commandées par le prince de Ligne et le duc de Wittemberg, qui saccagent et brûlent les faubourgs. Enfin, en 1691 , Louis XIV, accompagné du dauphin , traverse les rues de la cité noyonnaise en allant faire le siège de Mons.

Outre sa cathédrale, Noyon comptait dix églises paroissiales et plusieurs couvents d'hommes et de femmes , dont le plus remarquable , après l'abbaye de Saint-Ëloi , était celui de Saint-Barthélemy, fondé en 1065. La ville avait également plusieurs hospices fort anciens, et l'un d’eux, aujourd’hui l'Ilûtel-Dieu , dont la fondation date du temps de Philippe-Auguste, fut plus tard rebâti sous Louis XII. Le palais épiscopal, aujourd'hui presque entièrement détruit, et l'hûtel-dc-ville actuel furent élevés dans la première moitié du siècle de la renaissance.

C'est près de Noyon que naquit le savant professeur Hamux. Gallant , le charmant conteur des Jfi’/fe rt une Nuits, élevé dans cette cité, fut chanoine de la cathédrale, ainsi que maître Jacques Le Vasseur, auteur des Annales de la ville et de l’église de Noyon. C’est aussi la patrie du célèbre sculpteur Surtazm. Au xviii* siècle, l’abbé Nollel,, physicien distingué, voit le jour à l’impré, village voisin de Noyon. En 1766, Blérancourt, un autre village peu éloigné de la ville, donne naissance à Sainl-Just, qui plus tard fut nommé député de l'Aisne A la Convention, où il joua un si grand rôle. Mais Jean Calvin est le plus illustre des enfants de Noyon. Fils d'un tonnelier, nommé Gérard Cauvin, il y naquit en 1509, dans une maison qu'on voit encore au coin de la rue Froincntcresse.

I.a ville de Noyon est aujourd’hui bien déchue de son ancienne importance. Son commerce de blé, autrefois fort considérable, est maintenant assez restreint, (|uoiqu’elle ait un port sur l’Oise qui passe A un kilomètre de la ville. Elle expédie pour Paris une assez grande quantité de fruits et de haricots ; elle possède aussi plusieurs fabriques de cuir, et deux manufactures de produits chimiques et de sucre indigène. Sa population s'élève à environ 6,000 habitants ‘

I, Le VDsseur — Kadulphe Glaber. — Guill. de Nantis — Regislresde rH6iei-iie-Ville. —Notes et oit.i>rvatiou)vcuu)muiiii)ué.;,a parM. Euiile Lan^luis, à qui ik)us adreaM>iis uo.-» rcroorciemeuts.

AGRiaXTCRE. - INDUSTRIE. - MŒURS. — U..ARACrÈRE. ANT1QUITÉ.S. ,

Le sol (le la Pitairdie, gi^néralcment plat, est favorable à toutes les productions agricoles. Dans le Veriuandois, la Thiéraclic et le Beauvaisis, les bois occupent encore la sixième partie de la surface du pays; l’Amiénois, le Ponthieu, le Boulonnais et le Calaisis donnent une quantité de terre beaucoup plus grande à la culture. Les blés, les seigles, les orges, les avoines de la province sont de la plus belle venue. Voici quelle en est la production dans quelques-uns de ses principaux arrondissements : Beauvais, 1,391,471 hectolitres; Clermont, 1,012,150; Senlis, 1,176,587. L'arrondissement de Beauvais donne de sept h huit hectolitres de grains par personne, quantité double ou triple de ce qui est nécessaire à la consommation locale. Aussi , les plantes sextiles, les céréales et les légumes forment-ils les objets d’un riche commerce d'exportation dans le Beauvaisis, qui contribue largement à l'approvisionnement de Paris. la masse des grains récoltés dans l'arrondissement de Senlis est encore plus forte; elle y fournit de quatorze à quinze hectolitres par personne, proportion énorme, et dont il n'y a probablement pas un autre exemple.

la culture maraîchère des environs d'Amiens, d'Abbeville et de Saint-Valéry est (‘gaiement très-productive , et les prairies naturelles et artillciellcs , le houblon , le chanvre, le lin, la betterave, le colza réussissent parfaitement sur les différents points de la Picardie. On engraisse en pdture, jirincipalement dans le Marquenterre, un grand nombre de bêtes à cornes, et les chevaux qu'on élève dans l'arrondissement de Boulogne sont (istimés pour le trait. Dans un grand nombre de localités du département de la Somme, on suit encore le système des jachères; mais, depuis quelques années , les perfectionnements sont très-sensibles , et la grande culture domine dans le Olaisis et le Boulonnais, c|ui peuvent, en certains points, rivaliser avec la Flandre. Ixs vallées renferment une grande quantité de tourbe, et c'est là , pour le chauffage du pauv re, une ressource précieuse ; car le bois , par suite de l'inexplicable imprévoyance avec laquelle on a accordé l'autorisation de défricher, (^t de jour en jour plus rare et plus cher. Depuis trente ans environ , In propriété foncière, dans la province, a doublé de valeur, et elle est parvenue aujourd'hui à un prix tellement élevé , qu'elle ne produit guère que deux et demi ix)ur cent, lai vigne, qu'on trouvait encore au xv* siècle dans la Basse-Picardie, ne se rencontre plus aujourd'hui qu'aux environs de Beauvais; mais le vin de ce crû est plus que médiocre , et il a bien dégénéré, sans doute , depuis le temps où les vignelons de Beauvais se présentaient au concours pour fournir la table de Philippe-

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Auguste. La température aurait-elle baissé depuis d'une manière sensible? c'est ce qu'il serait difficile de déterminer; mais dans l'état actuel des choses, la vigne est pour ainsi dire dépaysée sous un climat qui donne comme moyennes annuelles de neuf années, de 1833 à 1841 , cent soixante-sept jours de pluie , vingt-un jours de neige, vingt-deux jours de grêle et de grésil, vingt-cinq jours de tonnerre, soixante-six jours de gelée et cent quarante-quatre jours de beau temps.

L'industrie est relativement plus avancée que l'agriculture , et par malheur les populations agricoles s'affaiblissent chaque jour au proflt des populations industrielles. Le Beanvaisis a des fabriques de porcelaine , de toiles de chanvre , des filatures de coton , de laine peignée ; des fabriques de draps , de couvertures, de tapis ; de nombreux ateliers de tabletterie. La bonneterie fournit plus de cent cinquante mille douzaines de bas de laine ; et la couture des gants y occupe plus de deux mille femmes. Les fabriques d'étoffes en tous genres sont également très-nombreuses dans l'Amiénois ; il en est de même de la bonneterie , dont les articles sont extrêmement variés. Abbeville a les draps, les tapis, les ficelles, et dans son arrondissement , les toiles à matelas , les toiles à voiles et à sacs , le linge de table , les emballages , la serrurerie. Roulogne et Calais ont des fabriques de tulle ; Saint- Quentin , de très-importantes fabriques de tissus de coton et de linge de table. <3n trouve, en outre, dans la province de nombreuses blanchisseries, des huileries, des usines de fer. Le commerce maritime et la pêche ajoutent encore è ces ressources; mais les populations maritimes comme les populations agricoles vont chaque jour en décroissant. Cependant la prospérité industrielle ne peut qu'augmenter encore, à la faveur des grands travaux opérés pour la canalisation de la Somme et de ceux qui sont en voie d'exécution pour le chemin de fer de Paris à Amiens, avec embranchement sur Boulogne. En terminant ce qui concerne l'agriculture et le commerce, nous croyons devoir signaler un déplorable usage, consacré de temps immémorial dans la plus grande partie du Santerre. I.es fermiers de ce pays, pour conserver leurs terres A bas prix, et se maintenir dans la jouissance des biens qui leur ont été affermés, forment entre eux des associations dont on n'a pu triompher jusqu'ici; ils cèdent ces biens à leurs enfants, comme s'ils en étaient propriétaires. Les cultivateurs qui oseraient prendre à bail les terres que d'autres exploitent, sans leur payer ce qu'on appelle le droit de marché, seraient traités en ennemis publics. On a plus d'un terrible exemple des vengeances auxquelles ont donné lieu les infractions à cet usage.

Les mœurs des habitants de la Picardie ne présentent en général aucune particularité remarquable. On vit dans cette province fort retiré, avec ordre, avec économie, et souvent avec avarice, surtout dans les classes aisées; la population ouvrière des i illes dépense au contraire , avec une extrême facilité , les profits de son travail , et l'usage immodéré des spiritueux absorbe une grande partie de scs ressources. Les habitants des campagnes, de leur câté, sont très-Apres au gain , mais honnêtes, quoique le but unique de leur vie soit d'amasser pour acheter du bien. Esprits positifs, calculateurs, les Picards sont en général dénués d'imagination ; intelligents, mais peu ouverts au sentiment de l'art, on ne trouve chez eux ni ehansons, ni poésies, ni légendes populaires, è l'exception de celles qui sont partout, comme le Juif errant et Gargantua. Sur quelques points on croit encore

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à la puissance des bergers, aux descendants de saint Hubert, et à leur omnipotence pour guérir de la rage. Quand une personne vient à mourir, on jette l'eau qui se trouve dans la maison , de peur que l'Ame du défunt ne vienne s'y laver. Cest IA sans doute on usage qui se rattache vaguement au souvenir des cérémonies funèbres du paganisme et aux ablutions des cadavres. Du reste , le druidisme et le polythéisme romain ont laissé, surtout dans les habitudes religieuses, des traces qui se sont consenées Jusqu'au xviii* siècle, et qui ont même persisté depuis la révolution. A Mureuil , dans le siècle dernier, lorsqu'on était sur le point de conduire le cercueil d'un mort A l'église, toutes les femmes de la famille entouraient la bière, comme les pleureuses antiques, en poussant de grands cris et en appelant le défunt par son nom. Les feux de la Saint-lean rappellent encore les fêtes solsticiales , et dans un grand nombre de pèlerinages accrédités par des guérisons miraculeuses, il est facile de reconnaître les derniers vestiges du culte des pierres et des sources. Un trempe les enfants rachitiques dans des fontaines, ou on les assied nus sur des pierres. Certaines coutumes biiarres du naoyen Age se sont également maintenues avec une remarquable persistance. Jusque dans les dernières années de l'ancienne monarchie, à Ham, la nuit du jeudi au vendredi-saint, le cloqueman, suivi de ia populace, qui chantait le VexiUa régis, allait crier à ta porte des églises de k ville : On recommande à vos prières l’dme de défunt noire seigneur Jésus-Christ, lequel a passé cette nuit de vie à trépas: frappez sDVAt; et aussitét k foule lançait de grands coups A celui qui représentait le traître. Aujourd'hui même encore, A MoUen- Vidante, le jour des Cendres, les jeunes gens, en sortant de la messe , se rangent devant k porte de l'église et choisissent une maîtresse pour l’année , en saisissant au passage les filles qui leur pkisent. N’est-ce point lA comme une dernière scène des saturnales antiques ou des jeux désordonnés des guaresmiaux, transportée sur le seuil du temple par cet instinct frondeur de nos aïeux , toujours prêts A protester, au nom de k chair, contre les exigences du spiritualisme chrétien! Les fêtes des sociétés burlesques du moyen Age ont aussi kissé des traces dans différentes localités; A Douilens, par exemple, où l'on retrouve encore une société du jeu de Tare , dont les affiliés jurent de ne jamais tuer ni tourterelles ni pigeons bknes.

Sous le rapport archéologiqne, k Picardie mérite de fixer l'attention. On y trouve, parmi ies monuments celtiques, des buttes funèbres connues sous le nom de tombelles; ces buttes renferment, avec des débris d'ossements brûlés, des haches et des flèches ou cailloux aiguisés. L'absence d'objets en métai prouve qu'A l'époque où elles furent élevées , les Gaulois n'étaient point encore sortis de l'état sauvage. Il existe A Bràicourt , près Douliens , un dolmen dont k table a environ six pieds de longueur ; A Étrepigny, arrondissement de Péronne, une pierre fichée, dite de Gargantua; près de k raonkgne de Hez, en Beauvaisis, une allée couverte , connue sous le nom de pierre aux fées, et tes restes d’une enceinte druidique formée de grosses pierres; enfin sur le territoire de Bavelincourt, en Santerre , une pierre fichée , hante de quatre mètres environ , et large de plus de trois mètres. ,

Ia tour d’ordre, turris ardens, bAtie A Boulogne par Caliguk, pour servir de phare, s’étant écroulée en 16A4, U ne reste dans k province aucune construclioa

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