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LesVisigotlis, maîtres de la Novempopulanie , persécutèrent les évêques catholiques de celte province. Plusieurs sièges épiscopaux furent supprimés, et particulièrement celui d'Auch , jusqu'en I8i , époque à laquelle il fut relevé et occupé par l’évéque Nicctius.
En 5U9, après avoir conquis les trois Aquitaines sur les Visigoths, Chlodwig dota l'évéché d'Auch de plusieurs terres; il fonda et fit bâtir sous les murs de la Cilé-V allée-Claire (c'est-à-dire de X'Augusla-Ausciorum, ainsi nommée pour la distinguer de l'ancienne cité des Ausci, qui consena le nom de Ville- Claire) l'église de Saint-Martin , près de laquelle fut construit un monastère où les évêques fixèrent longtemps leur résidence avec leur clergé. Pendant les deux siècles qui suivirent la mort de Chlodwig, la Novempopulanie fut ravagée tour à tour par les Franks et les Normands, En 732, les Maures se répandirent aux environs d'Auch, ruinèrent tout le district, et s'étant emparés de la ville, n'en épargnèrent qu'un faubourg, lequel subsiste encore aujourd'hui sous le nom de l'iacc de la Maure. Détruite par les Africains, la ville se relevait è peine, lorsqu'on 8ii les Normands dévastèrent une seconde fois la province. Il ne parait pas cependant qu'à cette époque .Audi eut déjà repris quelque importance , car ces hordes avides de pillage dédaignèrent de s'y arrêter. Après la fuite de l'archevêque de Bordeaux chassé par les Normands , l'évêché d'.Auch fut érigé en un archevêché dont lo premier titulaire fut Airard (879). Dans le x* siècle, le comte Guillaume-Garsic, fils de Garsie-Sanche , duc de Gascogne , à qui , dans le partage des états de son père , était échu le pays de Fezensac, fit construire un château sur le promontoire même où avait été située la ville des Auici. I-cs rares vassaux restés parmi les débris de la cité romaine accoururent se placer sous la protection du nouveau seigneur. Un mur d'enceinte protégea ces groupes de maisons ainsi que la forteresse du comte. C est vers ce temps-là qu'il faut rapporter l'accroissement définitif du diocèse d'Auch et l'autorité temporelle exercée par les archevêques sur tous les possesseurs de fiefs : autorité si extraordinaire qu'on peut dire, sans exagération, qu'ils furent pour les seigneurs de la Gascogne ce qu'étaient les papes pour les monarques de l'Europe.
Le comte Guillaume-Garsie, imitant son père, partagea son comté entre scs trois fils (960). Odon , l'un d'eux, eut le Fciensac ; c'est par son successeur Odon , dit Mancus Tinea, que fut fondé le monastère de Saint-Orens. La race de ce dernier s'éteignit dans la personne de Béatrix (1140). Alors Gérard III, comte d'Armagnac, le plus proche parent, réunit la succession à son fief, et ses descendants furent suzerains de la ville d'Auch jusqu'à la mort de Charles 1", qui ne laissa pas d'enfants légitimes (1484). Le Fézensac et l'Armagnac furent, depuis, administrés par différents seigneurs au nom du roi de France. Henri IV, à son avènement , les incorpora dans les domaines de la couronne.
En 1040, l'archevêque Raymond-Copa ayant permis la liberté de sépulture, établit un nouveau cimetière près de l'église de Sainte-Marie à Auch. Cette innovation déplut singulièrement aux moines du monastère de Saint-Orens dont le cimetière senait pour toute la ville, et qui avaient ainsi le monopole des inhumations. Il en résulta des querelles très-violentes , renouvelées dans plusieurs circonstances, pendant un espace de plus de soixante-quinze ans. L'affaire eut enfin un dénuu ment
l'ii 1119; lo pape Calixle II condamna par un bref les bénédictins de Saint-Orens. Tout semblait terminé, et le nouvel nrdievéque Bernard de Sainte-Christine devait procéder avec tout son clergé à la bénédiction du cimetière de Sainte-Marie, quand le 29 avril, jour de la cérémonie, pendant la grandmesse, les moines dépités de leur défaite marchèrent armés vers la cathédrale, suivis d'un grand nombre de partisans dévoués à leur cause. L’evéque de Tarbes, qui ofliciait, fut blessé au pied ; plusieurs personnes p(’*rirent dans ce tumulte, l’nc des flèches lancées par les assaillants perça même le corporal de l'autel. On sc hilta de fermer les portes de l'église, mais les moines eiaspérés y mirent le feu, et l'édifice entier, sans aucun doute, eût été la proie des flammes sans le secours des assistants qui , à la vue du danger, avaient ahandonné précipitamment l'intérieur de la basilique. Ces excès furent dénoncés au concile de Toulouse présidé par le pape. La conduite des moines fut condamnée, dit Brugèle, « par tous les pères, qui virent avec indignation le corporal avec la flèche dont il avait été percé ; » et l'établissement du cimetière fut enfin confirmé d'une manière irrévocable.
Bernard IV, comte d'.Armagnac, voulant placer un de ses fils sur le siège archiépi.scopal de la ville d'Auch , fit une guerre des plus adiarnèes à son l)caufrére Gérard de la BarIhe qui l'occupait. A diverses reprises il saccagea l'église Sainte-Marie, Tarchevéchè, le cloître des chanoines dont il abattit les tours, et pilla les biens et les meubles de son parent. Ces hostilités , continuées par son fils , le comte Gérard IV, no cessèrent qu'après le départ de Tarchevèque Gérard pour la Palestine où il mourut (1190).
La révolution communale qui s'accomplit au xii* siècle dans le nord de la France se fit à peine sentir dans les provinces méridionales, où, comme Ton sait, le régime municipal avait toujours existé. Ce n'est cependant que dans les premières années du xiii' siècle qu'on voit renaître le mot de citoyen et de république d'Auch. En 1205, Arnaud, comte d'Annagnac, prêta serment aux consuls de la ville de garder leurs privilèges et coutumes, leurs biens et personnes; privilèges, dit le préambule , « que Icsdits habitants et leurs tenants ont de tout temps, et dont n'est mémoire du contraire, » D'où Ton est fondé à croire (|uc, de tout temps, en effet , Audi a joui des bénéfices du régime municipal.
Gérard V, comte d' Armagnac, homme faible et pusillanime, s'engagea, par acte du C des ides de juin 12Vti, à tenir à foi et hommage de Simon de Montfort les comtés d'Annagnac et de Fezensac , excepté toutefois Audi et la conservation pour cette ville du droit de franc-alleu qu’elle possédait. Simon, par une lettre adre.sséc aux consuls, les assura qu'il maintiendrait les exceptions arrêtées avec Gérard. Ce fut dans le môme siècle que saint Louis porta plusieurs ordonnances contre les blasphémateurs. Les consuls d'Auch et Tofiicial , A l'exemple du roi, en rendirent aussi contre ceux des habitants de la cité qui seraient convaincus de blasphèmes. Ces ordonnances, écrites en langue romane, contiennent certaines dispositions fort originales que nous regrettons de ne pouvoir transcrire.
En 1279, Audi fut assiégée par le sénéchal de 'Toulouse. Gérard, montrant dans cette circonstance plus de hardiesse qu'on ne s'y attendait d'après son caractère, concentra des troupes dans la ville, la fortifia, et jeta le défi au sénéchal. Cclui-«i livra bataille au comte sous les rcm|)arts, le fit prisonnier et Tcnimena au
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cliâteau de Péruiine où il resta captif pendant deux ans. En 1280, Bernard, comte d'Aslarac, ayant élevé ta Bastide de Pavie sur les marches de son comté qui conrinuient avec l'Armagnac, les consuls d'Auch protestèrent énergiquement contre cet acte qui faisait ombrage à la commune. Il y eut un long procès entre les deux localités , et souvent on en vint aux coups. Mais la contestation Hnit par être décidée en faveur de ceux de Pavie.
Dans l’année 1289, fut élevé l'Iiôtel-de-ville, que suivant l'usage des communes du midi, on surmonta d’une mirande, en place de beffroi. On y établit en même temps une prison avec sa geôle, un magasin où l'on enferma les armures, les harnais , et , dit la chronique d’Auch « une arche ou coffre où furent mis tous les livres et papiers des sieurs consuls et citoyens de ladite ville, relatifs h toutes les affaires et ordonnances municipales. »
Les droits acquis et reconnus des habitants furent solennellement confirmés et sanctionnés l'an 1301, par Bernard VI, comte d'Armagnac, et par l'archevêque Amanieu II. Alors fut passée la sentence arbitrale ou transaction, entre le comte, l’archevêque , le chapitre et le syndic de la commune ; acte qui institua par écrit le code, auquel devaient être soumis les habitants, sous le titre de Coutumes d'Auch. Le préambule en est surtout intéressant par le soin qu'ont eu les rédacceurs de spécifier que, par discours et laps de temps, les choses qu'on fait pouvant facilement venir à oubli, il est beaucoup meilleur de les mettre à la notice et connoissance de témoins et de les éterniser par témoignages d'écritures. Ce code, écrit d’abord en latin , est resté en vigueur jusqu'à la révolution de 1789. Les comtes d'Armagnac, et, après leur chute, les rois de France à leur avènement, ainsi que les archevêques, en s’installant dans le diocèse, prêtaient serment aux consuls de respecter les privilèges et coutumes de la ville. I,es consuls, au nombre de huit , étaient élus pour une année , à l’expiration de laquelle ils nommaient chacun leur successeur. Ils avaient trente sols morlas de salaire en 1301 , deux cents liv res en 1730. Une de leurs prérogatives était de ne pouvoir être mis à la torture , sinon qu'en cas et quels les consuls de droit g doivent être mis. En sortant d'exercice , il fallait qu’ils attendissent deux ans avant de pouvoir être réélus ; et, en cas de nomination, s'ils s'excusaient et refusaient d'accepter, ils étaient passifs d'une amende de vingt sols morlas. Parmi les deux cents articles contenus dans le livre des Coutumes, traitant des droits politiques, civils, criminels, et de propriété, nous en choisissons un qui, par sa singularité même, nous semble assez remarquable pour être cité, a Item , est coutume que un chacun peut travailler « en son édifice ou en tout autre bâtiment , et élever sa maison plus haute à sa « volonté et jusqu'au ciel , etc. »
En 1317, un différend fort vif s'éleva entre le chapitre métropolitain et les magistrats municipaux , à propos du moulin de Filère apparlenant au chapitre, et où les habitants faisaient moudre leur grain. Le droit de pugnero [moulure], qui était d'un picotin sur trente, ayant été augmenté, les consuls rendirent une ordonnance publiée à son de trompe , par laquelle le moulin était mis en interdit. Cette mesure irrita le clergé ; l'official frappa les consuls d'excommunication ; mais ceux-ci ne se laissèrent point intimider et lui firent signifier une cédule appellatoire. Quelques années après , les consuls d'Auch furent pour la seconde fois en
contestation avec ceux de Pavie. Le Baitc de cette localité s'était permis, on ne sait pourquoi , de Taire faire le guet à la Trithe de Saint-ülarlin , faubourg d'Auch sous les murs. Las de réclamer en vain contre cet empiètement sur leur autorité , les consuls avec quatre mille hommes assiégèrent le Baite dans le faubourg , incendièrent son hôtellerie, pour le brûler lui et les sergents du guet. Traduits pour cet excès devant le sénéchal de Toulouse, les consuls et toute ri'université d'Audi furent condamnés à deux mille livres d'amende; mais le roi la réduisit à douze cents, « et furent maintenus les consuls à faire le guet à la trithe de Saint-Martin . n
En 1337, comme les .Anglais maîtres de la Guienne donnèrent des inquiétudes h toutes les provinces limitrophes , la commune imposa certaines marchandises et les biens des habitants pour réparer les murailles et mettre la ville en état de soutenir un siège. L'enceinte fut élargie : on y renferma les quartiers du Pouy, de Saint-Pierre, de la Treille , des Jacobins et du Barry. I-a cité eut pour limites : au nord, le ruisseau de Juillan; au sud, celui du (^illou; i l'est, le Gers; à l'ouest, le château. Les murailles furent flanquées de tours, de distance en distance; les portes de la ville, au nombre de six [Porte-Neuve, d'Eneape, du Caillou, de Saint-Pierre , de la Treille et Trompette) , outre des portes secondaires appelées Poutaaet , furent protégées par une galerie de mâchicoulis et par des meurtrières. A l'intérieur, le château des comtes et le premier mur d'enceinte défendaient le côté sud-ouest ; le château de l'archevêque et le cloître des chanoines le sud-est; le château de la Treille et le monastère de Saint-Orens le nord-est. A ces forlifications se reliaient plusieurs petits forts sur des collines , à l'entour de la ville , où l'on faisait le guet pour avertir la garnison en cas d'alerte ; de manière que la ville d'Auch pouvait être considérée comme une des places de guerre les plus importantes de l'époque.
Les dépenses occasionnées par les fortiQcations avaient épuisé les habitants : les démêle^ sans cesse renaissants des comtes de Foix et d'Armagnac les accablaient , en outre, chaque année, de nouvelles charges. .Aux calamités de la guerre vint se joindre une peste terrible qui décima la population [ 13'»1 ). Le comte d’Armagnac , louché de tant de malheurs, Ot don à la ville du droit d'entrée établi sur le vin.
Les Anglais guerroyaient toujours en Guyenne : l'entretien des forteresses exigeait dos dépenses annuelles. A ces causes, les consuls d'Auch, autorisés par le comte Jean I", taxèrent d’une somme de douze deniers chaque sept charges de vin (1370]. Deux ans plus tard, dans le même but, un nouvel impôt frappa les objets de première nécessité pour deux ans seulement; et de plus, sur la requête des consuls, le comte 6t aux habitants, pour les aider, rémission de la somme de douze livres, qu'il percevait sur chaque feu. La sûreté des murailles, principal objet de leurs sollicitudes , exigeait tous ces sacriflees : on trouve dans les archives de l'hôtel-de-ville un volumineux dossier d'actes consacrés au renouvellement de ces contributions.
Après le sac de Lectourc par Louis XI, et la complète ruine des .Armagnacs, le cardinal JoulTroy, commandant l'armée royale, se porta sur Auch afin d'y consommer la vengeance du roi et la sienne propre. Le comte Jean V était mort lâchement assassiné : tout ce que le pays possédait de troupes disponibles avait été rassemblé dans Lectoure , de sorte que la ville , privée de garnison , ne pouvait
opposer la plus faible résistance. Forcés de subir la loi du vainqueur, les habitants furent impitoyablement mis à rançon. Le chapitre vendit sa bibliothèque et donna un magnifique crucifix avec deux statues d’argent et plusieurs joyaux de prix. Le siège archiépiscopal , occupé par un d'Armagnac , fut regardé comme vacant , et , du vivant même du titulaire, soumis aux lois de la régale [ 1173).
En 15^0, l'archevêque, M. de Clcrmont-I>odève, à la muniflcence duquel un doit les vitraux peints de la cathédrale, dont il flt continuer la construction, les .stalles du chœur et la fondation du collège, ayant résigné son siège, le cardinal ' de Tournon, son successeur, arrivant à Auch, y fut reçu selon le cérémonial en usage. La mule du prélat, à son entrée dans la ville, fut conduite par le baron de Montant, dont le droit était de lui servir à table d'échanson. La mule et le buffet de l'archevêque, composé ordinairement d'un service en or ou en vermeil, étaient acquis au baron. Mais M. de Tournon, plus modeste que ses prédécesseurs, n'étala sur son buffet qu'une vaisselle de verre. le baron, furieux à cette vue, ne put contenir l'expression de son désappointement ; il brisa la vaisselle à coups de bâton, en présence même du prélat et des convives, et en l'apostrophant de railleries, d'injures et de menaces. L’archevêque fut si sensible à cet outrage, que peu de temps après il quitia la ville et n'y revint jamais.
En 1562, les calvinistes, dont les doctrines s'étaient insensiblement propagées dans la province, levèrent l'étendard de la révolte. Sur la demande des vicairesgénéraux et des consuls, .Montluc, qui était alors à son château du Sanpoy, près Auch, y accourut avec une compagnie. Montluc, contre son ordinaire, est très-laconique dans le récit qu'il fait de sa mission dans cette ville. Nous savons par lui seulement qu'il réussit à la paciQer; ensuite il se dirigea sur Toulouse. L’archevêque, M. de Chaumont, et plusieurs de ses sulfragants, suspects d'hérésie comme lui, furent excommuniés. Rientôt après, ce fut encore une fuis le tour de la peste : elle exerça les plus cruels ravages dans la cité et le pays [156'»). Un n’en avait pas fini non plus avec les partisans de la réforme. En 156!), .Montgomerri , généralissime des armées de la reine de Navarre , surprit Auch , où il pénétra avec toutes ses troupes. S'il faut ajouter foi à la chronique, la ville fut épargnée par le chef des huguenots, ce qui nous semble peu vraisemblable. Mais, en 1587, les calvinistes, ayant reparu à Auch, pillèrent les églises de Saint-Orens et des Jacobins ; ils mirent également à sac plusieurs maisons particulières et ravagèrent tout le pays environnant. La peste sévit de nouveau en 1632. Les habitanLs rivalisèrent d'ardeur afin de désarmer la colère du ciel par des œuvres pies , et la corporation des marchands fonda à perpétuité une messe , le 6 septembre , jour où la ville fut délivrée de ce fléau.
Cependant, à mesure que le pouvoir se centralisait, la municipalité voyait ses privilèges subir quelques atteintes. On avait pu remarquer déjà que les membres du présidial récemment établi à Auch (ils étaient onze], jaloux de l'autorité des consuls, avaient cherché, dans mainte circonstance, à paralyser l'action de la commune. Leurs prétentions éclatèrent tout à coup à propos d’une ordonnance sur les vendanges et l'entrée du vin , qu'ils traitèrent d'abusive et de séditieuse. Les consuls en référèrent au duc d’Épernon, gouverneur de la province; celui-ci reconnut leur droit, et l'ordonnance eut son plein et entier effet. Les membres du présidial.
dépités de leur défaite , n’attendirent plus qu’une occasion pour se venger. Cette occasion se présenta le jour de la Eéte-Oieu (1649]. l.e rang de préséance appartenait aux consuls dans toutes les cérémonies religieuses : ils se rendirent il l’église de Saint-Orens, «en robes rouges et livrée consulaire ,» dit le procès-verbal.
« comme ils en avoient le privilège , octroyé par lettres du comte d’Armagnac , en date de l’an 1357; accompagnés des huit gardes avec leurs casaques rouges, des portiers et messagiers et de leurs valets ordinaires, auxquels ils avoient joint quinze ou vingt habitants avec des hallebardes. » Deux d’entre eux , les sieurs Lafont et Aignan , restèrent sur le seuil de l’église avec la force armée ; les six autres, suivis de leurs gardes, «portant flambeaux et armoiries,» pénétrèrent dans l’église, où les présidiaux vinrent prendre place à leur tour au côté droit do cliœur. L’oflice terminé , et la procession se disposant à sortir, les présidiaux s’élancèrent sur les consuls pour leur disputer la préséance ; ils les assaillirent à coups de poing et à coups de pied , les frappant des cierges qu’ils avaient en main et déchirant leurs robes; l’un des agresseurs lâcha même un coup de pistolet sur son adversaire. Le tumulte fut Iicureuseraent apaisé , grâce â l’intervention de quelques personnes qui accoururent de l’église de Sainte-Marie, où elles assistaient à l’oflice ; les présidiaux se retirèrent et la procession eut lieu dans lu forme accoutumée.
Pendant les troubles de la Fronde la ville d’Auch, obligée de pourvoir au passage continuel de troupes et aux besoins d’une nombreuse garnison, fut obligée de contracter un emprunt de vingt mille livres, pour être alfrancbie de toute charge militaire pendant le quartier d’hiver ; car à ces époques la ville était sans casernes et les soldats logeaient chez les habitants. En 1680, la cathédrale, qui était restée inachevée depuis près de trois siècles, fut terminée par les soins et avec les secours pécuniaires de l’archevêque , M. de I.amoti'e-Houdancourt. L’un de ses successeurs, M. Desmarcts, couronna l’œuvre de son devancier, en faisant dégager les avenues et le parvis de l’édifice. Alors disparurent les masures qui encombraient le temple, et sur le terrain demeuré libre on construisit les bâtiments réguliers qui dessinent la place Sainte-Marie, l.e même prélat fit élever le palais archiépiscopal et fonda le séminaire (1720). Alors aussi sur les préaux ou placetot (petites places) précédant l’entrée des maisons remarquables du xv* siècle, on commença les maisons de la rue du Chemin Droit, actuellement rue Dessoles. La cité prit enOn une physionomie tonte nouvelle, lorsqu’on eut rasé les remparts avec les tours , les portes de ville avec leurs mâchicoulis et leurs guérites, ainsi que les maisons des xii'et xiii* siècles, vraies forteresses défendues par des tourelles surmontées de girouettes. Ce fut le dernier coup porté è la ville féodale et militaire, et l’époque où Auch perdit son aspect sombre mais piltore.sque du moyen âge.
En même temps que la cité se transformait, Auch devenait le chef-lieu d’une généralité , composée des démembrements de celles de Kordeaux et de Montauban et le siège d’une intendance ( 1715). Ce ne fut pourtant que plus de trente-cinq ans après, c’est-à-dire dans l’année 1751, qu’elle commença do naître en quelque sorte à la vie moderne. L’intendant d’Éligny, homme ou cœur généreux, au génie vaste et créateur, par ses encouragements, par ses largesses, introduisit le commerce et l’industrie dans une ville privée auparavant de tous débouchés, où l’on
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n'arrivait qu'au moyen d'un bac , et dont les habitants pouvaient vivre i peine de produits indigènes. Il flt construire de belles routes , redresser, paver et éclairer les rues , convertir les terrains incultes en promenades et en boulevarts , bâtir un hôtel-de^villc, des casernes, des halles, une salle de spectacle, des aqueducs et destdficMMiies{ il établit en outre des marchés et des foires, des manufactures de di^M ifig^ehie , des filatures , des miuoteries , etc., et mit une vaste plantation è la disposition des élèves des vers à soie. Ce ne serait pas trop
d’une notice .s'péciale pour énumérer et apprécier les bienfaits dont les habitants furent redevables à cet illustre citoyen. D'Étigny mourut à Auch, en 1767, emportant les regrets de tous scs administrés. La ville reconnaissante lui a élevé une statue sur le cours auquel on a donné son pom.
En 1770, au mois de mars, une épouvantable inondation afOigea la ville. La crue des eaux dura trois jours consécutifs; les bas quartiers furent submergés, les murs qui longeaient le Gers renversés en partie. Beaucoup de maisons s'écroulèrent. On logea tous ceux qui étaient sans pain et sans asile dans les casernes , ^occupées alors par la milice corse, en garnison i Audi. Le conseil municipal était en permanence : le maire Boutan montra dans sa conduite le plus noble dévouement, et l'archevêque, afin de conjurer une aussi grande calamité, fit exposer le Saint-Sacrement aux yeux des fidèles dans toutes les églises.
De 1770 jusqu'aux premières années de la révohUÎpu., nous ne rencontrons V aucun détail , aucun événement digne d'être mentiorfm dans l'histoire de la ville d'Auch. L'enthousiasme , excité par les idées rénovatrices de 1789 , y fut aussi ''unanime, aussi spontané, que dans toutes les autres provinces de France. I.e régime de la terreur pesa assez cruellement sur la cité ; l'échafaud y resta en per- ^nence,. pendant près d'un an , sur la place de /a Fraternité. C’est alors que l'es- «alier de l'hôtel-de-ville fut dépouillé des tableaux offerts par la commune à chacun des huit consuls, k l'expiration de leur mandat, et sur lesquels étaient peintes les armoiries d'Auch , avec le nom du consul et les années de sa magistrature. Cette période fut surtout marquée par l'attentat dirigé contre le représentant du peuple O^igoyte ; attentat dont la Convention nationale s'émut profondément. Un mal- ^ifeÀu^ux, nommé Lacassaigne, fut accusé d'en être l'auteur et tra^ au sup- Il mourut avec courage, en criant : Vive Louis XYU ! (floréal an il). Dix ' ans plus tard, k l'hôpital d'Auch, un gendarme, sur son lit de ,1^» tlfOoa coupable du délit qui avait fait condamner Lacassaigne ; il s'agissait d'bnpJkj|$ii|K lancée contre Dartigoyte, au moment où il haranguait les jacobins FiÉMMés dans la salle de spectacle.
Sous le consulat , la cathédrale fut restaurée et rendue au culte catholique. Le IG germinal an ix , on transféra solennellement k l'église Sainte-Marie les cendres de l'intendant d'Étigny , et ce fut sur la proposition de M. Santetz fils que le conseil général lui vota une statue f 1*'' vendémiaire an xii). On ouvrit ensuite un athénée, on établit une école centrale au collège; la société d'agriculture, en pleine activité , décerna des prix aux cultivateurs ; le conunerce reçut une certaine impulsion; on créa des filatures, une manufacture de droyu du Ceri ; mais cette derinère industrie tomba bientôt par l'inhabileté du directeur, malgré la supériorité constatée de la fabrication. Le 21» juillet 1808, Napoléon passa à Auch. La
ville lui 6t une réception brillante, l.’empereur, par divers décrets , accorda vingt mille francs pour la réparation du collège et de la cathédrale, et dix mille francs pour les pavés et les fontaines, etc.
En 181 II , les Anglais entrèrent à Anch sans coup férir ; on savait qu'ils se présenteraient en amis , et eux-mémes craignaient bien plutét une attaque de la garnison ; mais la retraite du maréchal Soult sur Toulouse avait démoralisé les esprits. La première restauration et les cent jours eurent pour les habitants d'.Auch les mêmes résultats, & peu près , que pour ceux de toutes les autres villes. La réaction royaliste de 1815 y fut beaucoup plus sensible ; le système d'intimidation prévalut, et les jugements de la cour prévdtale , présidée par le comte de Preisaac , sen irent d'aliment aux passions. •
Au mois de mars 1828, le maire, M. de Vie, ayant donné son autorisation pour qu'il fût procédé à la vente de la forêt de Lespoy, vulgairement appelée Hois ifAuch, on les pauvres allaient de temps immémorial recueillir leur bois de chauffage , il en résulta une émeute assez sérieuse. Pendant trois jours la gendarmerie fut sur pied , la ville en état de siège ; et , après que l'ordre eut été rétabli , la> compagnie des sapeurs-pompiers, recrutée parmi d'honnètes artisans qui avaient refusé leur concours au maire , fut immédiatement licenciée.
Depuis 1830, deux faits importants peuvent prendre place dans les annales de la ville d'Auch. L'inondation du mois d'août 1836 fut plus terrible encore que celle de 1770. l’n peu plus tard, le recensement, accompli par l'ordre de l'administration centrale dans le mois d'août 1851 , provoqua quelques démonstrations hostiles delà parL^ê I» population.
Aiich est le chef-lieu du Gers, qui contient 331,557 habitants, et le siège de la cour d'assises du département. Elle possède un tribunal de commerce, uh grand et petit séminaire, un collège royal, et un dépôt des remontes générales commandé par un colonel. Elle est aussi la résidence d'un archevêque qui , jusqu'en 1789, a porté le titre de primat ^Aquitaine , et d'un commandant militaire. Il n'y a plus aujourd'hui ni manufactures ni fabriques. La navigation projetée du Gers pourrait seule y raviver l'industrie et le commerce.
La ville est située, comme nous l'avons déjà dit, sur le plateau et les penchants d'un promontoire, ce qui la divise en cité hautf et cité On communique de l'une k Tautre’par des escaliers presque perpendiculaires, en. patois povtterlos. Sur le plateau sont le Cours d’Etigny et les principaux édifices ; sur les penchants l'hôpital, tomaison de Secours, les casernes et les jolies promenades du quai. On admire avec raison les boiseries, les sculptures du chœur et de la cathédrale; l'église de la Conception, ou plutôt de Saint-Orens, construction du xii' siècle, œuvre d'architecture ogivale-secondaire d'une véritable beauté; et le palais archiépiscopal, maintenant l'hôtel de la préfecture, dont l'effet est grandiose. Outre la bibliothèque publique, riche de sept mille volumes, une galerie de tableaux , et un musée d'antiques, on trouve une autre bibliothèque très-bien composée au séminaire, où le public a également accès, ainsi qu'une précieuse collection de manuscrits, et un cabinet de numismatique et d'histoire naturelle. La population » était, en 1715, de 7,510 âmes; en 1792, de 10,100 ; en 1803, de 7,896 ; elle est aujourd'hui de 10,561. Son revenu était, en 1789, de 50,000 livres; il est actuellement de 101,000 francs.
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Audi avait pour armes : Partie ou premier de gueules à un agneau eTargert portant croix d'or; au second (T argent au léopard lionne rampant de gueules. I,e maire actuel , M. Duron , bon archéologue, s'occupe à faire graver de nouveau les armoiries de la ville sur tous les édiflees communaux.
Le patois d'Auch est un des nombreux dialectes de la langue romane, dans lequel on découvre beaucoup de racines celUqtpb ibères, grecques et latines. Il est très-expressif, très-énergique, et partant rade quelquefois. Parmi les hommes illustres nés dans cette capitale de l'Armagnac, ou qui longtemps y ont habit*', nous citerons en première ligne les Armagnac; le poëte Dubartas et le puclc 'patois Gabriel Uédout; Joseph Duchesne, médecin de Louis XIV; les députés Sentrtz, Pérès et Ijiplaigne, l'un à la Constituante, les deux autres à la Convention ; Dominique Serres, qui fut peintre du roi d'Angleterre; l'abbé duc de Uontrsi/uiou, ministre de I.ouis XVlll, et qui.cuntresigna la charte de I8tt ; l'amiral VUlarclde- Joyeuse; M. Senlets , inspecteur et consenatcur des monuments historiques du département , bibliothécaire de la ville , auteur d'une notice fort curieuse sur l'église Sainte -Marie; et les généraux t'.aslex, Espagne, Eugène et Adrien tf Astorg, '