Romano aronw
Aleguiu^eU * WLsi-aiac üaroa
• • ' • • OlIfiOH....
Andi Artcliae ^
Guesto sinrloas ^
Betigo naiaa Nardoa....
(Adeltiiig Mitb. ChiDl tradittonoel irouré \mr J. IfaMex - Ibarguen.)
maison divine, ou, en d'autres termes, pour Gordien III et l'impératrice Tranquillina sa femme'. I.e prêtre qni immola le taureau s'appelait Trajanus Nundinius, et les deux déturions qni reçurent le sang pour la cité, Marcus Erotius Festus et Marcus Cariniua Carus. Ce même jour, le sixième des ides de décembre, le sacriBcatcur Nundinius avait fait couler le sang de deux autres victimes sur le front de Julia Nice et de Junia Domitia, nobles matrones gallo-romaines qui expiaient sans doute bien des années de volupté dans l'affreuse fosse du taurobole! .Soit du reste quelles voulussent honorer Diane, à qui ce sacrifice était particulièrement Bgmible , au dire de ses prêtres . soit qu'i'lles sentissent le besoin de eette rtTémonie expiatoire, les maU'unes de l.eetoure jetèrent souvent sous la hache du victimairc le taureau aux cornes dorées, aux longues bandelettes entrelacées de fleurs. Tantêt c'était la fille de .Marcianus, tantôt Valeria Remina, tantôt Pom'‘ ponia l’hiloméne, si dévote au culte de t'.ybèle, tantôt Julia Satumina, tantôt Aurélia Oppidiana, qu'on voyait sortir de la fosse i iiisselante de sang. Sérieusement religieuse , sa population ne manquait jamais de couvrir de couronnes les autels votifs du dieu tutélaire de la cité, et aussi pleine de respect pour les divinités funestes que pour les bonnes, à côté des marbres consacrés au génie local, elle avait érigé ceux des génies infernaux. Alors brillaient du reste, ou par leurs vertus civiques au sénat, ou par leur dévouement à la curie, ou per leur courage au camp, le noble Publies Sabinus, le décemvir Lucius Valérius Vernus, le chef de la troisième cohorte de la douzième légion , Pomponius. Alors on admirait dans son * gynécée la üdéiité conjugale de Julia Commenua, la tendresse maternelle de Sabina, et la beauté de cette jeune affranchie qui voulut que sur le tomhpau consacré à ses mânes, Caius )Iunatius, son maître, inscrivit cet adieu léger à la vie : Je n'ai point existé; si jai vécu, je ne me le rappelle pas. Je ne suis plus. Aucun soin ne m'occupe. Uonnia llalia était mon nom. Je dors ici depuis Câge de vingt ans.
Cet ordre de choses , meilleur que tous ceux qui avaient été établis depuis la réunion des tribus nomades de la Vasconie, reçut un grand ébranlement à la chute de fempire romain. Après la fatale et dernière journée de 406, où les Barbares franchirent lu barrière du Rhin , la cité (kv$ I.arturates eut lieu de s'applaudir de l'épai.sseur de scs murailles et de la hauteur de sou château bâti sur le roc. Aux yeux de ses habitants consternés, les Quades, les Vandales, les Hérules, les Sarmates, les Alains, les Gépides, les Saxons,. les llurgondes, les Huns, les Allemands passèrent successivement comme des trombes ; et à la place des terres cultivées par une foule d'esclaves ruraux et les colons, des villas délicieuses et des édiflees où brillait la grande pensée civ ilisatrice de Rome, on ne vit plus bientôt que des ruines, des monceaux de cendres, et des morts. Sous la monarchie militaire des Goths, qui s'étendait de Toulouse â Bordeaux, et comprenait toute la Gascogne, Lectoure commença à respirer. A l'administration si mauvaise de l'empire avait succédé un gouvernement t^uitahle et iloux qui s'attirait et méritait toutes les sympathies des peuples. Cet état de choses dura cent ans, et il aurait duré plus longtemps encore si Virgilius, te premier évéqua de Lectoure, n'eùt conspiré â Agde, avec dix-neuf
I. l>to Saldti et iscoldhitate Domi» divisa, b. P. Lactoeat. Tadeofol. FEnr. Celle liucriptimi aruit induit en erreur le saranl Duebesne, qui ne lisant en passant que le inot Tauropohum, en avait ronrlu que cVtait l'ancien nom de Leciourê.
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LECTOUHE.
prélats aquitains, la raine ü’Alaric, qui ne croyait point, comme eue, que Jésus fût consubstantiel à son père. Chlodwig, attiré par leurs intrigues et leurs promesses, passa la I/)ire, et, après l’heureuse rencontre de Vouglé, dévasta les bords de la Dordogne et les riches plaines de la I.omagne. La monarchie gothique, A la vérité , ne mourut pas ce jour-là, mais , s'affaiblissant de plus en plus pendant la tutelle du flis d'Alaric et sous son régne , elle ne Ot plus que se replier sur la Méditerranée et l'Espagne. En 581 il n’en restait plus que l’ombre , qui s’évanouit devant les Gascons descendus des montagnes pour reconquérir le pays de leurs pères.
A partir de cette époque, les (Uscons eurent leurs ducs, et se trouvèrent constitués, pendant trente ans, les adversaires naturel|]jifo9Brrasins. A ce titre, les Ijictorates combattirent probablement avec Eudo, en4^1, sur la chaussée romaine de Toulouse; ils virent passer, en 73:t, du haut de leurs murailles, cette multitude, en turban, qui allait mourir sur les bords de la Loire. Cent ans plus tard, les murs de Lectoure, au pied desquels s’était brisé le flot des invasions antérieures, cédèrent sous les efforts d’Ilastings. Ce pirate s’empara de I.ectoure et l’inonda de sang; ' puis, quand ses compagnons furent las de pillage, de vol et de meurtre, il mit le feu à la ville. A la dévastation de 8’fV succède un siècle qui est tombé tout entier dans l’oubli. Il n'a pas surnagé un seul fait relatif à la génération qui vécut depuis la lin du ix' siècle jusqu’au x", et il faut arriver à l’année 960, pour rencontrer une apparence d’organisation politique. Des .980, la féodalité régne : la république romaine de Lectoure est devenue la vicomté de Lomagne, et le premier vicomte connu s’appelle Odoat. Six de ses successeurs : Rnimond-Arnal, Arnal I” du nom, Arnal II, père d’Adalesa, Odoo> le contemporain de Turmapaler, comte d’Armagnac; Vivian I", son fils, dont on ignore le nom, remplirent, pendant deux cent vingt-deux ans, les fonctions vicomtales, et ne laissèrent aucune trace de leur passage. Il n’en fut pas de même de Vivian II. En 1182, il entra hardiment dans la ligue que les barons du Midi venaient de former contre l’Angleterre, à la voix de Bertrand de Born. A s’en rapporter aux fougueux sirventes du troubadour, Vivian aurait été très-puissant ; les vicomtes de Béarn et de Gabardan sont, en effet, présentés comme ses vassaux. Tout ce que nous savons de certain là dessus, c’est que, n’imitant pas d’abord l’exemple de ceux qui trahirent l’Aquitaine après avoir juré sur un missel de la défendre jusqu’au dernier soupir, Vivian se défendit vigoureusement dans Lectoure contre Richard-Cœur-de-Lion, et ne capitula qu’après avoir repoussé plus d’une fois les assauts du fils d’Aliénor. Il eut le tort pourtant de joindre ensuite sa bannière aux bannières anglaises , "et pendant que les vers brûlants du troubadour d'Autofort imprimaient à jamais la honte sur le front des lâches et des traîtres, d’aller recevoir, au mois d'août suivant, à Saint-Séver, la ceinture militaire aux genoux de Richard.
Quand on eut porté tous les Plantagenets à Fontevrault , Viv ian, dit l’Espagnol , succéda à son père et laissa peu après la seigneurie de Lectoure au faible Arnal , qui mourut en 1258. (>lui-ci avait deux enfants : l’ainéc, Mascarosa, devint vicomtesse, car la loi salique n’avait pas franchi les flots de la Loire, et l’on était plus galant au bord de la Garonne qu’au bord de la Seine. C’est en vertu de la même loi féodale que Vivian IV, successeur de .Mascarosa, sa sœur, morte sans II. 29
enfants, légua, vers t'280, sa seigneurie & Pbilippa, sa cadette, femme d'Ëlic Tallcyrand , comte de Périgord. Des mains de ce dernier la vicomté de Lomagne tomba dans celles de Pbilippe-lc-Bel , qui la donna à Gardas dcl Golb , frère du pape Clément, sans doute comme prix du ^aiig des malheureux Templiers, l^e fils unique de Gardas, Bertrand, n'ayant eu delà vicomtesse Bt'-atrix qu'une tille, mariée à Jean d’Armaguac, et le hasard ayant voulu que cette fille, appelée Régina, mourût sans enfants et fit héritier son mari, la Lomagne et Lectoure échurent, en 1312, à la maison d' Armagnac.
t’endant les trois cent cinquanic-deux ans qu'avait duré la dynastie vicomtale, en grcffiiul sur la lige de 960, qui se séchait souvent, des branches étrangères, le pouvoir et la juridiction des \icr>mtes avaient subi plusieurs vicissitudes. D'abord lieutenants des ducs de Gascogne et revêtus de la ilignité comtale, ils y renoncèrent sagement vers le c'ommencement du xii* siècle, pour prendre le titre plu.s modeste et plus réel de vicomtes de (îascogne. Au milieu du siècle suivant, tout en gardant le premier titre ils prirent celui de vicomtes de l.omagne. Ixur capitale était Lectoure et leur résidence particulière un antique et formidable château , a.ssis au sommet de la montagne sur l'emplacement de l'hOpital actuel. Vassaux des seuls comtes de Toulouse, ils avalent une sureraineté très-étendue : les vicomtes de Béarn , d'Auvillar, de Broullois , de Gimoés , de Gnhardan et les châtelains de Batz, de Rivière Verdun , de Fimarçon, de Monlagnar, de Terride s'inclinaient pour lui rendre hommage devant le fier lion de gueules au champ d'argent.
Ssi grande pourtant que fût leur puissance en Gascogne , les vicomtes avaient un rival à l.ectoure. Iæs évêques , profitant comme partout de la chute de l'empire et du mallieur des invasions, s'étaient .substitués à petit bruit aux autorités romaines. Dans presque toutes les villes ils se prétendaient maîtres du pouvoir, parce qu'ils l'avaient usurpé. Avw la féodalité il fallut rabattre étrangement de ces prétentions, mais là où ils s(v sentirent les plus faibles les évêques composèrent. A Lectoure, par exemple, ne pouvant lutter avec les vicomtes, ils voulurent bien consentir à partager la seigneurie. L'évêque de Lectoure était donc le seigneur de 1a ville : à quel titre? il eût été fort emliarrassé de le dire. Au dessous de l'évêqun et du vicomte existait une autorité plus obscure, mais autour de laquelle était groupée toute la force de la ville. Malgré dix siècles de désastres et de guerres sanglantes le vieux munici|H! était em ore delmut. Au xiii* siècle la vieille république de Lectoure vivait donc comme au v'; à |veinc même si elle s'était transformée. Voici, en etfet, quelles étaient, à la date de 1294, les libertés de Iz;cloure, libertés immémoriales, dont elle ne possède pas l'ombre aujourd'hui.
Alors tous les citoyens de Lectoure étaient francs de péage et de droits pour eux et leurs marchandises par tous pays et sur les terres de tout seigneur. Ils pouvaient couper du bois pour leur usage dans les forêts des vicomtes de Lomagne, mener paître leurs bestiaux sur leurs terres, ramasser les feuilles et entrer dans tous leurs taillis, excepté avec le gros bétail, à moins d'avoir leur permission. Si le seigneur vicomte avait une action à former contre un citoyen de l.ectoure il ne pouvait le forcer à fournir caution et devait juger le différend sans délai. Tout citoyen accusé par le vicomte ou l'évêque devait être acquitté sur son serment, s'il n'existait pas de témoins, fout citoyen de l.ectoure avait le dnùt d'arrêter son
LEirrOURE.
débiteur si la dette avait été fontrwtée ou le contrat passé dans la ville. Chaque* habitant pouvait faire des fourneaux et y cuire son (laiii et celui du voisin, pourvu qu'il n'eiigeét point de rétribution. 8'il arrivait qu'un citoyen de l.cctoure eiU procès avec son seigneur et qu'il ne trouviU point d'avocat, ce dernier était tenu de lui en fournir un. Quand un citoyen commettait un homicide il encourait la peine de mort et tous ses biens étaient partagés entre le vicomlc et la cité, de telle sorte que le seigneiir touchât d'abord cinq sols, le conseil de 1a cité quarante, et que le reste filt également divisé entre le vicomte et le seigneur, à moins toutefois que le meurtrier n'eüt versé le sang dans un cas de légitime défen.se.
Tel était l'état politique de laîctoure, lorsqu'elle tomba au pouvoir des comles d'.\rmagnac. D'après l'article 1" de leurs coutumes, confirmées par ÊlieT'alleyrand, leur vicomte, en 129V, les citoyens et les prud'hommes, nommés consuls dans cet acte, étaient tenus de garder la ville toutes les fois que les comtes se mettaient en campagne. Ce qui n'empèchait pas ces derniers de les aider vigoureusement au besoin. En 1377, des services'de cette nature d'une haute importance déterminèrent les prud'hommes, qui avaient repris l'ancienne dénomination de consuls, à céder la moitié de la juridiction haute et basse au comte Jean 11. Cet office de défenseur de la cité nul ne pouvait mieux le remplir, car c'était une race forte et énergiquement trempée que la race d' Armagnac : ils avaient coeur de marbre et bras de fer; les Anglais l'apprirent bien è leurs dépens, puisque pendant cent cinquante ans les d' Armagnac furent les chefs des guerres de France; la bannière d'Arroagnac flotta sur tous les champs de bataille, depuis le combat d'Auberoche jusqu'è celui de Castillon ; le cri d'Armagnac retentit aux oreilles des Derby, des princes de Galles, des Talbot. Pendant cette rude période ils restèrent toujours à cheval : ce fut la voix d'un comte d'Armagnac qui rassura la France quand le roi Jean eut succombé à Poitiers ; ce furent les nobles accénts d'un comte d'Armagnac qui .soulevèrent contre les Anglais toutes les populations méridionales en s'élevant avec courage aux états de Niort. Et cependant, bien qu'engagés de cœur et d'âme dans cette cause sainte, ils trouvaient le temps de combattre les Anglais d'une main et de soutenir avec l'autre une querelle féodale. Le 25 janvier de cette même année 1377, et pendant le feu de la lutte anglo-française sur le continent, le comte Jean, sur les instances redoublées du duc d'Anjou, faisait la paix avec le comte de Foix , et ce traité était ratifié deux ans plus tard dans une chapelle en bois construite exprès entre Aire et Barcelone. IA les deux parents éteignirent une querelle qui durait depuis quatre-vingt-dix ans; et en recevant chacun la moitié d'une hostie consacrée, que leur partagea l'évèque de Lectoure, ils jurèrent de vivre désormais en bons voisins et de cimenter leur traité par le mariage de leurs enfants. Le temps, qui change souvent les projets des hommes , eifaça ce dernier article; le jeune comte de Foix étant mort sans enfants, Jean d'Armagnac songea à ressaisir par une autre alliance les avantages que lui enlevait la mort de Gaston. Il s'agissait , en 1379 , de marier son fils Bernard avec 1a jeune comtesse de Comminges. La mère s'y opposant, Jean II les fit enlever toutes les deux à Muret, força Marguerite d'épouser son fils et enferma la mère, d'abord au château d'Auvillar et puis dans celui de Lectoure.
Le comte Jean III, successeur du Bossu, remplit vaillamment comme .son père
la charge de capitaine-général , au delà de la Luire, des forces françaises ; il louchait en cette qualité mille francs d'or par mois, outre trente mille francs d'or de pension et les gages de sept cents hommes d'armes. pays lui dut en partie l'expulsion de ces avides Routiers qui dévoraient le pauvre peuple et s'abattaient sur les campagnes comme des nuées de sauterelles. Bernard, son flis, non moins puissant, eut l'honneur de donner son nom au parti des Blancs, qui était alors le parti national ; lui seql combattait pour l'intégrité du territoire et l'expulsion de l'étranger. La récompense de ce grand athlète de la nationalité française fut néanmoins la mort : massacré à Paris, le 12 juin 1418, par les chaperons Meus de la populace parisienne, qui égorgèrent le même Jour, dans les prisons, trois mille de ces braves Gascons, la terreur des Anglais, il laissa ses vastes domaines et la vicomté de l.umagnc à Jean IV. Celui-ci , par son orgueil et sa persistance à s'appeler comte d'Armagnac par la yrdee de Dieu, Gt oublier un moment les senices de scs ancêtres a Charles VII, qui envoya le dauphin , depuis 1-ouis XI, dévaster la Lomagne. Il eut pour héritier, en 1450, le trop fameux Jean V. C'était du feu qu'il y avait dans les veines des d'Armagnac. Aussi violent dans ses désirs, aussi impétueux dans ses actions que Bernard, son aieul, dont le célèbre quos ego... S'y dabale.'... Si j'y descends! faisait rentrer dans le devoir les villes les plus turbulentes, Jean V n'avait pu voir sa soeur Isabelle, la plus belle femme du siècle, sans en devenir éperdument amoureux. En homme qui méprisait le frein des lois divines et humaines, il osa déclarer sa passion et eut le funeste bonheur de la faire partager. Les murs du château de Lectoure , témoins de ces amours incestueuses, nu furent point assez épais pour étouffer les cris de deux enfants qui naquirent du crime de la sœur et du frère. Cliarles Vil les entendit de Paris et véhémentement courroucé « pource que c'estoit contre la saincte foi et pource que celui comte estoit descendu de la couronne, il lui dépécha sur le champ bonnes et discrètes personnes pour lui remontrer sa faute, lui offrir d'intercéder auprès du pape aOn d'obtenir son absolution et le menacer de toute son Ire, au cas qu'il voulût persister en son abominable erreur. • Malgré la fougue de ses passions , Jean V, qui connaissait le sénéchal de Valpergue, et qui n'avait pas oublié les assauts livrés à Lectoure six ans auparavant et le séjour qu'il avait fait dans le château avec ses hommes d'armes , pressé d'ailleurs par les instances des citoyens, tremblants à l'idée de revoir ces bûtes indisciplinables, parut se soumettre aux ordres du roi et obtint le pardon du pape.
Mais ce n'était qu'une ruse pour gagner du temps ; au lieu d'abandonner sa sœur, Jean V s'occupait de calmer ses scrupules en jouant le pape et le roi. Antoine de Cambrai, référendaire du saint-siège, et Jean de Volterre, notaire apostolique , corrompus par des monceaux d'or, fabriquèrent une bulle qui autorisait son mariage avec Isabelle. Avec cette pièce il se fit donner la bénédiction nuptiale par un de ses cliapelains et recommença publiquement sa vie incestueuse. Un nouveau fruit de celte union contre nature vint bientût effrayer les populations superstitieuses de la Lomagne et mettre le comble à l'indignation de l'Église. Le saint-père eut beau toutefois chosser Jean de Cambrai et lancer les foudres de l'excommunication sur le couple rebelle , le roi eut beau lui envoyer son oncle Ih-rnard d'.Vnnagnac , comte de la .Marche, et la vénérable comtesse Anne d'AI-
uy V.
LECTOÜRE.
brel, pour essayer de le ramener, Jean resta sourd aux représentations de Paris comme aux menaces de Rome et senibla même se jouer de leur colère en rirritant par un nouveau défi, Philippe de Lévis, marchand du temple comme tous les prélats d'alors, quittait rarchevèché d'Auch et, en bon parent, le destinait à son neveu. I.c pape et le roi approuvèrent ce trafle, tout à fait dans les mœurs du temps , lorsque le comte d'Armagnac fit élire par le chapitre un bdtard de son père et le mit en possession , malgré les cris du pape et les protestations de Charles VII.
Alors le mariage incestueux devint un crime de lëse-majestë , et deux armées françaises, commandées l’une par Antoine du Chabannes et Saintraillcs , et l'autre par le comte de Clermont et le maréchal de Lohéac, l'illustre vétéran des guerres • anglaises, passèrent la l.oire au mois de mai U55. La première se dirigeait vers le Itouergue, qui appartenait aux d'Armagnac, la seconde entrait en Gascogne. Pris à l'improviste, le mari d’Isabelle s'enfuit dans la vallée d’Aran , tandis que le vieux ' LoliM prenait ses places une à une et ne mettait que trois jours pour forcer In triple enceinte de Lectoure. Cette dernière ville resta neuf ans au pouvoir du roi de France et ne fut rendue au comte que le 22 août 116V, par Louis XL Jean V lui montra sa reconnaissance l’année suivante en attachant à sa ceinture l'aiguillette de soie de la ligue , dite du liien public , et en marchant sur Paris à la tète du six mille hommes de cavalerie. Dès ce moment sa perte fut jurée par le roi de France. En IV69, feignant de croire qu'un émissaire de l'Angleterre s'était rendu A Lectoure, Louis XI accuse le comte d'Armagnac de haute trahison et lance en Gascogne , au moment où il s'y attendait le moins , une forte armée commandé*? par Chabannes. Celui-ci ne mit qu'un mois à prendre toutes les places de Jean V,qui n'abandonnait pourtant pas la partie : réfugié en Espagne , il épiait l’occasion de recommencer la lutte. Ellese présenta en 1471, et il la saisit avec habileté. LouisXI avait été forcé de donner la Guyenne en apanage au duc de Rerri. Ce prince ne vit pas plutôt son frère aux prises avec le duc de Bourgogne qu'il leva l'étendard de la révolte, tendit la main au comte d'Armagnac et le créa son lieutenant-général en Guienne. Investi de ce titre, Jean V lève des troupes, reprend ses places et rentre avec Isabelle dans le vieux château de lx;ctourc. Il devait encore en sortir.
Peu de temps après les habitants de Lectoure v irent arriver cinq,cents lances , suivant la bannière royale, les francs-archers, conduits per le sénéchal de Beaucaire, et des pièces d'artillerie que lU braquer immédiatement contre la ville Gaston du IJon , sénéchal de Toulouse. Cette première année avait à peine déployé ses tentes au pied de la montagne qu'il en arriva une seconde sous les ordres du sire de Beaujeu, et puis une troisième composée de l'arriëre-ban du Rouergue, que menait le baron de Calmont d'OIt. Au commencement de 1472, Lectoure était bloquée par quarante mille hommes. Malgré ses forces cependant et ses grands talents militaires, Beaujeu resta huit mois devant les portes et ne put les faire ouvrir que par une capitulation. Il fut convenu que Jean V lui remettrait la ville et le château, et recevrait bonne et suIBsante sûrcté pour aller se justiüer auprès du roi. Lorsque le comte eut rendu I.ectoure et qu'il demanda le sauf-conduit le sire de Beaujeu se moqua de lui et le somma de la part de Louis XI de sortir du royaume sous trois jours. Indigné alors d'un pareil manque de foi , et averti que l.ouis XI avait écrit à Chabannes ; « Si je pouvois prendre Lectoure elle seroit
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mienne de bon gain et ne l'auroient jamais ni l’un ni l'autre ( d'Armagiiac et Rcrri ) et seroit pour tenir le tout en subjection, » Jean V reparaît subitement dans la ville, et, seconde^ par les habitants, avant la fin d'octobre il avait recouvré le château et fait prisonnier Beaujeu lui-méme A cette nouvelle, Louis XI jura solennellement par la Pâques-Dieu de tirer vengeance du comte d'Armagnar, et les serments de ce genre étaient malheureusement pour son âme ceux qu'il tenait le mieux. Dès le mois de janvier 1173, en effet, il s'était porté de sa personne à la Rochelle et avait envoyé contre Lcctoure une armée commandée par le cardinal Jouffroi.
Ia: cardinal était accompagné de Robert de Balzac, sénéchal d'Agenais; de Gaston du Lion, sénéchal de Toulouse; de Jean d'Aillon, seigneur du Lude; des .sires de Montbron, de Guillaume de Montfalron, lieutenant du sénéchal de Beaucaire, et âi>n U'avires qui assiégèrent le comte d'Armagiiac, et si vigoureusement l'y pressèrent qu'après trois mois de siège il se rendit aux conditions suivantes : Qu'on accorderait amnistie tant'à lui qu'à tous ceux qui l'avaient suivi , lesquels seraient rétablis dans leurs terres et honneurs ; que la cité de Lectoure conserverait ses privilèges et ne serait ni détruite ni démolie ; qu'on donnerait le sceau du roi portant pouvoir de traiter en sûreté de sa personne au comte pour aller se justifier auprès du roi, et qu'on désignerait certaines places à la comtesse pour y séjourner pendant son absence.
Ces articles signés et scellés de part et d’autre , et après avoir juré sur les saints Évangiles , messire Ivcs du Fou , au nom du cardinal, rompit la sainte hostie entre les deux remparts, en ilonna la moitié au comte et reçut l'autre en s’engageant sur le corps de Jésus-Christ de tenir l'accord. Le comte, rassuré par un serment si solennel fait par un cardinal et nu nom d'un roi de France , promit de rendre la ville et le cliâteau. Le 1 mars 1173, on publia la paix, et les fourriers de l'armée royale entrèrent dans Lectoure pour marquer les logements. Le lendemain le comte remit le château entre les mains du cardinal , fit désarmer les soldats et descendre l'artillerie. Il envoya ensuite l'abbé de Fessant et le troisième président du parlement de ToukMiae à Jouffroi pour savoir quelles étaient les places désignées pour le séjour de la comtesse pendant son voyage à la cour. Pendant ce temps la porte du gmoil boalevard étant ouverte, les gens du roi entrèrent enseignes déployées, ayanti leur tète Robert de Balzac qui arrêta son cheval devant la maison du comte et cria tout haut : Tuez, tuez tout, hormis tes dames : à ce signal il y eut grand massacre des habitants. I.e sénéchal de Beaucaire attaquait en même temps avec sa compagnie la maison du comte , tuait de sa main un gentilhomme désarmé , et ayant forcé les portes ordonnait à un franc-archer limousin, nommé Pierre te Gorgias, d'exécuter ce qu'il avait promis. Alors ce misérable, qui n'avait encore osé s'approcher du comte , se jeta sur lui , le frappa deux fois nu cipur du poignard, et un autre archer lui ayant donné un coup de hached’armes sur la tête il tomba tout sanglant et sans vie à leurs pieds en murmurant le nom de la Vierge. Après cet assassinat, que Louis XI devait payer en donnant une tasse d’argent pleine d'écus au Gorgias, le cadavre du comte fut traîné sur le pavé et livré aux outrages de la soldatesque : Lectoure fut saccagée comme du temps des Huns et des Normands : presque tous les habitants furent mas.sacrés ,
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les églises mises au pillage , les cloches brisées à coups de marteaux , les morts déterrés pour devenir la proie des chiens, les murailles de la ville abattues ainsi que le clwlteau, et enfin le feu mis aux quatre coins pour qu’il achevét de consumer ce qui avait échappé à la fureur du cardinal. Quant à la comtesse, qui était enceinte de sept mois, on la traîna au chéteau de Buzet, où, sous les yeux de l’impitoyable .louffroi, trois misérables, dont nous savons les noms, le baron de Castelnau de Kretenous, (luersandon et Ollivier le Koux, la firent avorter de force, afin qu'il nu resUlt plus rien du comte d'Armagnac.
Il fallut presque un siècle pour clfacer les traces de celte effroyable catastrophe : au bout de quatre-vingt-huit ans, enfin, de nouvelles maisons s'élevaient sur les murs noircis de l'ancienne ville , une autre population avait pris la place de celle qui dormait sous les ruines et les monceaux de cendres de 1173, lorsque le calvinisme vint jeter le trouble dans l'état. Suivant l'exemple de Jeanne d'Albrcl leur reine, les habitants de Lectoure se laissèrent aller aux nouvelles opinions religieuses. Les apôtres de la réformation avaient beau jeu pour les gagner , car les désordres du haut clergé non moins que son incurie touchant le gouvernement spirituel des diocèses éclataient aux yeux des plus tolérants. L'archevêque d'Auch, qui aurait dd veiller sur ses suffragants, n'habitait pas même sa métropole et faisait les fonctions de vice-légat i Avignon; Jean de liarton, l'évêque de Lectoure, donnait depuis longtemps à ses diocésains le plus scandaleux des spectacles en disputant avec acharnement la propriété de ce siège qu’il tenait, du reste, de son oncle, à Georges d’Armagnac. Dans cette situation si favorable aux projets de la reine de Navarre , les émissaires de Genève obtinrent un succès complet et les huguenots de Lectoure, en tSfil , brisèrent les croix et les imag<;s des saints, et chassèrent les ecclésiastiques ; plus hardis à mesure qu'ils se sentaient plus forts, ils obéirent l'année suivante au signal qui fit soulever à la fois toutes les villes de la Guienne , de la Gascogne et du Languedoc, à l'exception de Bordeaux, Toulouse et Auvillar.
Il n'y avait alors dans le pays pour défendre les catholiques et faire exécuter les ordres du roi que le vieux Montluc. Presque de son propre mouvement et avant d'en avoir reçu l’ordre, .Montluc reprit d’abord Agen et quelques bicoques de In Garonne, puis il marcha sur l.ectoure. Le capitaine .Montluc, son fils, l'y avait déjà devancé; et trouvant en campagne l'élite de la garnison, il l'avait menée bat- Lint dans Terraube où il la tenait bloquée, la; vieux .Montluc , étant arrivé comme elle capitulait, se porta en toute hâte sur Lectoure. Il était deux heures du matin quand les troupes passèrent le Gers , et le jour commençait à poindre au moment où il s'avança suivi de .MM. de La Mothe Bougé et de Krédéville pour reconiiaitre la place et voir où il pourrait dresser la batterie. Après avoir bien examiné les lieux, il s'établit sur la petite colline qui fait face à In fontaine de Diane. Toute son artillerie consistait en trois pièces de campagne et trois gros canons qui commencèrent à tirer le 28 septembre 1.Ô62, et eurent fait brèche avant la nuit. Le lendemain le canon tira tout le jour sur les tonneaux et les gabions dont les assiégés avaient entouré le boulevard et ne cessa d'agrandir la brèche qui , étant enfin jugée assez basse, fut assaillie 1a nuit d’après par les deux compagnies du baron de Uermonl et du baron de Poudeac. Toute la noblesse moiituut avec eux , ils l'emportèrent vaHlamment et se jetèrent tête baissée sur ceux qui défendaient les hai ricades. La
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première était déjà forcée lorsque ceux qui montaient toujours aperçurent la '• traînée d’une grosse mine préparée pour les faire sauter ; ils n'eurent pas plotdt senti la poudre qu’ils s’enfuirent précipitamment, et dans le plus grand désordre. , l.a mine ayant éclaté dans ce moment même, Montluc perdit plusieurs bons soldats et le capitaine I.arroque Jourdan, un brave gentilhomme comme il n’en était pas né deux en Gascogne depuis cinquante ans.
Le troisième jour, par l'avis du baron dTrtubie, qui s’entendait merveilleusement aux sièges et à la conduite de l'artillerie, on plaça deux canons de l'autre (^ôté de la ville pour battre le petit boulevard. Le baron les pointait lui-méme vers midi quand il fut blessé mortellement à la cuisse d'un coup de fauconneau parti du grand boulevard. Cependant le gouverneur, qui s'appelait Krimond, soit qu'il . se sentit découragé par la faiblesse de sa garnison , ou qu'on eût pratiqué une brèche plus facile dans sa conscience, demanda tout à coup à capituler. On lui envoya trois otages; maiSi par imprudence ou à dessein, en se présentant au guichet ils furent salués d'une salve de mousqueterie : Montluc furieux lit aussitôt crier au gouverneur : que ce n’efloit la forj d'un lioiume de bien, mais d'un hvi/uenol; celui-ci s'excusait de son mieux en répondant qu’on verrait bientôt la punition do méchant qui avait commencé. Effectivement, au bout de quelques instants, un soldat fut pendu aux créneaux. Malheureusement Brimond était impuissant à retenir la rage de ses hommes ; le premier coupable s'agitait encore au-dessus du fossé qu'on tira de nouveau sur les catholiques. Alors Montluc, qui était c.vrhé derrière un pan de mur et voyait tout, dépêcha immédiatement Verduzand à Terraube avec ordre de faire tuer les quatre cents prisonniers qui s'y trouvaient.
On exécuta cet ordre barbare à la lettre : ils furent tous égorgés et jetés dans le • puils de la ville qui, bien que très-profond, en fut comblé de telle sorte qu'on touchait les cadavres avec la main. Deux riches bourgeois de Lccloure avaient été sauvés du massacre et conduits à Montluc, qui les fit pendre à un noyer placé en face de la brèche. Le lendemain, qui était un samedi, l.ectoure se rendit, et tous les soldats huguenots sortirent de la ville.
Les protestants, ga désespoir d'avoir perdu une place aussi forte et aussi utile, tentèrent plusieusa foiide'b reprendre : tant que Montluc vécut, cependant, il leur fut impossible de metbe sa vigilance en défaut ; mais, peu de temps après la mort du vieux reitre,^ prêche retentit de nouveau dans les murs de Lectoure.
En 1577, Henri de Navarre, chassé d'Agen par le maréchal de Biron, y transporta sa petite cour; puis, afin d’augmenter son importance, aux états-généraux protestants de 1588 tenus à La Rochelle, le 12 novembre, sous la présidence de ce prince, en organisant un ordre judiciaire tout à fait en dehors de l'ordre existant, on lui donna le présidial créé pour les comtés de Comminges et d'Armagnac. Dix ans plus tard, et après que le fumeux capilaitic Sus eut guerroyé tout à son aise avec scs casaques blanches contre les casaques vertes du ligueur Villars, Henri de Navarre, devenu roi de France, comprit Lectoure parmi les places de sûreté qui étaient accordées aux protestants. Un des articles s<*rrelsde l'édit de Nantes portait, à ce sujet, que les protestants auraient toujours à Lectoure cent vingt hommes de garnison entretenus aux dépens du roi. Cet état de choses dura jusqu’en IGlIi : c'était un trop long armistice pour les partis religieux. I.a grande et sage politique étant
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descendue dans les caveanx de Saint-Denis avec le cercneil d'Henri IV, et Marie de Hédicis commettant la faute de revenir trop brusquement sur le passé, les protestants se remuèrent comme au bon temps , et reprirent le chemin de Montauban et de Milhand. Avant la tenue du synode général convoqué dans cette dernière ville, Lcctoure devait leur fournir un nouvel argument; le gouverneur s’étant converti au catbolicisnie et ayant remis la place au roi , il n’y eut pas assez de malédictions, le 25 octobre 1621, dans le synode, contre les jésuites, assez de plaintes à sa majesté de cette violation de l’édit de Nantes. Hais les protestants s’étaient affaiblis pendant que la monarchie se fortiOait; ils ne se révoltèrent, en 1621, contre Louis XIII, que pour tomber, en 1629, aux pieds de Richelieu.
Trois ans plus tard, les habitants de Lectoure virent arriver, dans les premiers jours de septembre, une litière fermée qu’entourait un détachement des gardes du cardinal. Cette litière monta au vieux château ; les portes s’ouvrirent i moitié et se refermèrent avec promptitude : on en tira un homme à moitié mort et couvert de dix-sept blessures : une garde sévère s’établit dès ce moment autour de la sombre forteresse , et par les préparatifs funèbres qui se faisaient à Toulouse dans la cour du Capitole, on sut que te blessé s’appelait Montmorency, et que le cardinal n’attendait que sa guérison pour le faire décapiter dans la même ville dont ses pères avaient été si longtemps gouverneurs. Dès qu’il fut guéri , en effet , la litière sortit du château, reprit la route de Toulouse et porta sa victime au bourreau qui l’attendait, la hache à la main, sur l’échafaud noir et fleurdelisé, aux pieds même de la statue d’Henri IV. Émues d'une tendre pitié pour ce coupable qui portait au bras un riche bracelet de diamants, son plus grand crime, dit-on, aux yeux du cardinal, les dames de Lectoure avaient envoyé une députation à Richelieu pour demander sa grâce ; il la leur refusa comme â Marie de Médicis.
En 1685 , la révocation de l’édit de Nantes vint troubler pendant quelque temps la paix de Lectoure. Les dragons de Boufllers, en allant convertir le Béarn, y firent une mission militaire dont on se souvient encore en Limagne. Après cet orage qui passa vite, heureusement, les choses reprirent leur train ordinaire. L’évëque jouit, sans contestation, des honneurs seigneuriaux en partage avec le roi. Le gouverneur, fidèle aux instructions secrètes de Versailles, tout en surveillant rigoureusement les protestants avec sa maréchaussée, démantela peu i peu les fortifications qui portaient ombrage à la royauté, et le conseil politique, sous h direction des consuls, administra équitablement les affaires de la communauté et de la ville jusqu’à la révolution. Lorsqu’elle éclata, Lectoure était encore le siège d’un évêché et la capitale de l’élection de Limagne. Cette élection , bornée à l’est par Rivière-Verdun, le Comminges, et la Viguerie de Toulouse, touchait à l’ouest, l’Armagnac ; au nord , la Garonne ; et au sud , une autre partie du Comminges. Quant au diocèse de Lectoure, il renfermait deux cent vingt-neuf paroisses, et rapportait dix-huit mille livres en revenu, en 1698, à monseigneur de Polastron; un siècle plus tard, il en donnait vingt mille. Les prélats qui le gouvernèrent tour à tour s’occupèrent, au surplus, de leur temporel avec un soin particulier. Amal, par exemple, qui vivait en 1222, prit une part active àia croisade contre les Albigeois, et seconda Montfort de tout son pouvoir, afin d’en obtenir des concessions domaniales. En 1273, Géraud de MonUézun, fils du comte de Pardine, fit avec le II. 30
roi d’Angleterre la transaction en vertn de laquelle l'évêque possédait la moitié de la seigneurie et de la juridiction de Lectoure. C'est (HMidant la domination des Édouard que les Anglais élevèrent l'église paroissiale, vaste et lourd vaisseau de style saxo-gothique, surmonté d’une tour massive et carrée, d'où s'élançait, autrefois, la plus haute aiguille de France. L'église, dédiée à saint Gervais, était desservie par un chapitre. Il n'existait qu'une abbaye dans le diocèse, celle de Bouillac, de l'ordre de Cîteaux; mais on y trouvait, en revanche, le prieuré de Leirac, de l’ordre de Cluny , et ceux de- Saint-Gény et de Sainle-Gémine, à Lectoure. La vice-sénéchaussée, le gouvernement et le présidial complétaient l’organisation civile, militaire et judiciaire. Avant la révolution , la maison de Roquelaure jouissait, depuis des siècles, du gouvernement comme d'une rente de famille. L’arrière-ban de la généralité s’assemblait, à tour de rôle, à Montauban, Cahors ou Lectoure. Cette élection, détachée en 1718 de la généralité de Montauban, et réunie à celle d’Auch , députa , de concert avec l’Isle-Jourdain, aux états-généraux. Ce fut là son dernier acte politique. A la vice-sénéchaussée succéda d'abord le district, et plus tard, la sous-préfecture. Lectoure possède aujourd’hui un collège communal, un tribunal de première instance, et une société d’agriculture. On compte 5-2,H0 habitants dans l'arrondissement, et 6,187 dans la ville, dont la population, en 1700, ne dépassait pas 1,000 âmes.
Lectoure a produit plusieurs illustrations militaires , parmi lesquelles nous nommerons le général Suhervic. C’est aussi dans cette ville que naquit un des plus illustres généraux de l'empire, le duc de Monlebello, dont ses concitoyens montrent avec orgueil la statue de marbre. En 1790, Jean Lannes, fils d’un pauvre ouvrier du faubourg, gagnait à grand’peine sa vie en teignant des étoffes l’été, et en travaillant à planter, l'hiver, cette magnilique promenade du llastion, d’on apparaît, dans le lointain, quand les deux sont sereins, ce beau panorama des Pyrénées, couvert de neiges éclatantes. Au grand tocsin de 1792, le teinturier courut , comme volontaire, à l’armée des Pyrénées-Orientales. Trois ans après , il était colonel , et mis en demi-solde avec Bonaparte et Murat, pour cause de jacobinisme. Réhabilité le lendemain du 13 vendémiaire dans l’esprit des directeurs, il passa en Italie et en revint général de division pour aider à la surprise de brumaire. Napoléon le nomma maréchal de l’empire, en 1804. Il serait trop long de le suivre sur tous les champs de bataille , où il accrut encore la glorieuse renommée qu’il s’était faite pendant les guerres de la révolution. Atteint par un boulet à Essling, le 21 mai 1809, il mourut à Vienne, dix jours après, des suites de sa blessure.'
1. Gruter, In«r<pMoni. — Saint-lérflrao , Ad — Amobios, Adcerta Gmltt.—
MauuscriU de la Biblioltii'quc Royale, collection Dont. — Math, de Couci, Hitloire de Charlee VII — Archivée nmnicipalee de Koilee. — M.inuscrils du roi, fonds SaiiiUiermaio français. — Moulluc, CommentaiVM ; JWmofre» de la eociili royo/e des anliquairee de France. — Lettre inédile de feu Gail au baron Chaudrue de Crasannee sur les anliquilis grecques de Lectoure. — Archives municipales de Montauban, mémoires maniiscriu de la üéuéralité, 119». — Archives munieipales de /.«four», rcgisl. de 169ü; fVisigoihorum Lex scripiores franc., t. iv, — Gciiiiond , nisloire de ta rébellion protéfloni». — Daiibi|iné, Histoire un<uer»f/le. — Dupleix de Condom , Histoire de France. — Gros , Histoire du maréchal de Montmorency.
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