‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 41 sur 119 · AI · texte numérisé non relu

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taer les déFensears en présence d'nne cour nombreuse ; il était aussi placé sur les limites des évêchés de Lescar et de Tarbes, et ce fut là pour les deux sièges un sujet de luttes perpétuelles que plusieurs conciles assemblés tant à Latran qu'à Toulouse ne purent jamais terminer.

Peu de temps après la fondation du monastère, le comte de Bigorre, Centulle, le donna à l'évèché de Tarbes. Cette donation n'était pas de nature à paciBer les esprits. Un violent débat s'éleva entre les clercs de l'abbaye et leur métropolitain au sujet de la sépulture de Guillaume-Raimond de Batres qui avait exprimé le désir d'être enterré dans l'église de Saint-Pé. Ce gentilhomme était mort dans le village de Ludiez , aujourd'hui Loubajac. Au moment où les moines se préparaient à emporter le corps dans leur couvent, l'archidiacre Bernard d'Azereix se présenta tout à coup à main armée. 11 mit en fuite les moines, s'empara du cadavre au nom de l'évêque de Tarbes, et alla le remettre sur la place de Lourdes, entre les mains du prélat. Celui-ci le Gt conduire à Tarbes par ses chanoines. Une riche succession était-elle attachée à la possession du corps? Probablement; mais on ne pourrait en fournir aucune preuve. Quoi qu'il en soit, cette affaire causa un grand scandale. Le comte cita les deux parties au château de Lourdes, où elles comparurent devant lui. La preuve testimoniale ayant été admise, l'évêque fut déclaré coupable et condamné à céder à l'abbaye de Saint-Pé le quart de la dlme qu'il percevait à Jéméac, moyennant la cession que de son cêté Gt l'abbaye do casai de Saint-Martial qu'elle possédait à Tarbes, auprès de l’église de Sainte- Marie de la Sède.

A Raymond 1” succéda le comte Louis, et à celui-ci Amaud-Garcie, dont la Glle unique épousa Bernard-Roger de Carcassonne. La Bigorre devint ensuite pour la seconde fois l'héritage d'une femme , et passa par mariage dans la maison des vicomtes de Béarn. I.e comte Centulle, maître du Béarn et de la Bigorre, différant de rendre hommage pour ce dernier Gef au roi d'Aragon qui avait sur loi un ancien droit de suzeraineté, Sanche-Ramire , pour l'y contraindre, descendit en armes par la vallée de Lavédan. Après quelques désordres, suite de cette invasion, Centulle consentit à prêter hommage pour la Bigorre, et plus tard même, en 1090, il conduisit en personne des secours à Sanche-Ramire contre les Maures; mais un parti de guérilleros le surprit et l'assassina dans la vallée de Tena, en Espagne.

Gaston, l'ainé des Ois de Centulle (que les Bigorrais nommaient El Comi Centod lo premier), hérita du Béarn : Bernard II, son frère, eut la Bigorre. Celui-d, dès son avènement, s'occupa de faire rédiger par écrit les coutumes de son comté. Ces coutumes existaient encore , car malgré la domination des Franks, les lois étaient restées romaines; mais c'était seulement dans les usages et les souvenirs, tout monument de droit écrit ayant été complètement anéanti par les Normands. La féodalité s'était glissée peu à peu dans le pays, et les habitants étaient régis par diverses lois particulières, résultat incohérent de tant d'éléments opposés. En 1097, Bernard II les coordonna de manière à en faire une règle permanente, Gxant les rapports de ses sujets entre eux et envers lui ; c'est ce qu'on appela les Fort de Bigorre.

Le préambule de ces fors , véritable charte constitutionnelle des Bigorrais , porte qu'ils furent proclamés , du consentement de la noblesse , du clergé et du peuple.

Tout 7 est prévu ; l'état des diverses classes de la société , les droits et les devoirs de chacun y sont dcterminés Pour commencr r par la dernière de ces classes, quel était donc à cette époque ce peuple dont l'assentiment avait semblé nécessaire à la sanction des lois? Il n'y avait point encore de populations communales de vides, et nous ne voyons désignés dans la charte que les habitants des vallées de Lavédan et de Barëges, lesquels jouissaient de grands privilèges et traitaient d'égal è égal avec les comtes. Bien plus, leur consentement seul pouvait les obliger ; un article i part spéciBe même que le comte leur doit deux cautions. La charte parle, en outre,d'hommes libres, Liberi ou Crniuales librri; mais cette liberté était singulièrement mêlée de servitude. Ainsi, par exemple, la chasse et la pèche leur étaient interdites avec défense expresse de tenir ni épervier ni taverne dans les limites prescrites. De son cdté, le comte n’avait le droit de les mener à la guerre que dans les cas d'hostilités déclarées et d'invasion , et lorsqu'il était assiégé dans son camp. Il avait sur eux trois corvées de charroi, chaque année, plus, la redevance d'une poule à Noël et d'un agneau à PSques. Si le comte, quand ils avaient été offensés, différait de leur rendre justice , ils pouvaient choisir tel autre seigneur qu'il leur plaisait. Le mot de $rrf n'est jamais prononcé dans la charte; il n’y est question que des Censuales ruftici ( les manants ), assimilés pour la plupart aux hommes libres. Les bœufs de trait possédés par eux étaient insaisissables, en cas de dettes, tout aussi bien que les instruments de travail; et lorsque leur personne avait été donnée en caution par leur seigneur, ils n'étaient obligés de payer que ce dont ils lui étaient individuellement redevables. Quant aux hommes proprement libres, on comprend assez quelles faibles garanties sociales protégaient leur indépendance, dans ces temps de supériorité héréditaire et de subordination féodale : ils tendaient tous à se confondre insensiblement dans le vasselage; et la charte, en défendant l'acquisition des alleux dont la source était ignorée , ainsi que toutes recherches faites pour la découvrir, n'avait d'autre but, évidemment, que de restreindre autant que possible cette classe. Une pareille liberté n'était donc qu'un leurre. Tous les privilèges appartenaient aux gentilshommes, aux clercs et aux moines. Les uns et les autres avaient droit de chasse et de pêche; ils pouvaient posséder des tanreaux , des étalons , des verrats, des éperviers et des autours ; ils n'étaient passibles d'aucune corvée.

Le comte avait le commandement des armées, et on lui reconnaissait le droit d'hébergement dans six gîtes, c'est-i-dire chez le vicomte de Rarthe, à Posac, è Bénac, à Ossun, à Anti , et à Labatut. Parmi les articles concernant l'administration de la justice, nous en remarquerons deux principalement : le premier permettant aux étrangers de circuler librement dans l’intérieur du comté ; le second accordant franchise a aux clercs, aux monastères, aux dames et i leur suite, de telle sorte que si quelqu'un s'est réfugié auprès d'une dame , il obtient sdreté pour sa personne en restituant le dommage. » On voit poindre là l'aurore de la chevalerie; la dame jouit des mêmes privilèges qu’un monastère et qu'une église.

Sous le règne de Centulle III , et dans le dernier quart du xii' siècle, tontes les cités de la BIgorre reçurent des chartes d'affranchissement ou de commune. On ne sait malheureusement de celle de Tarbes ni la teneur exacte ni la date précise : on trouve aculemcnt enregistrée dans les titres de cette ville, sous la date de

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l'année 1268, une coiiflmiation faite par Eaquivat des prhdiégea antrefois concédét par Cenlulle aux habitants.

Tarbes était alors séparée du bourg par dtô murailles bordées de fossés; elle appartenait à l'évéque, taudis que le bourg était la propriété du comte. Mais quoique sous des seigneurs différents, quant au service féodal, la viUe et la banlieue ne formaient probablement qu'une s«iie association communale, comme c'était ailleurs l'usage. L'association se comptait de tons les habitants possédant meubles ou maisons dans la ville, artisans, marctiaods ou laboureurs; de tous ceux, en un mot, qui, n'étant attacliés exclusivement k personne, n'avaient cependant la qualité ni de clercs ni de gentUshommes , de tous les .bourgeois enOn. Centuile accorda à cette communauté le privilège de nonuner des magistrats pour juger sur les lieux mêmes les pr<M'é$des habitants; et cet article de nos codes : a Nul ne peut être distrait de ses juges naturels » eut sa pleine exécution é Tarbes dès le xir siècle. Ces magistrats, au nombre de six, constituaient un tribunal présidé par un onicier du comte nommé indifféremment baUe, bailli oa viguier. Leur élection se faisait, <diaque atinée, avec l'autorisation du comte ou de son lieutenant; et les juges nommés prêtaient serment d'exercer les charges et d'être fidèles à leurs obligations. Ile là leur venait le nom de jurais. Par un ressouvenir de l'ancienne Itume, ils prenaient encore le titre de consuls. Leur costume consista, un peu plus tord, eu une simarre mi-partie de bien et de rouge, sur le dos de laquelle étaient représentées les armes de la ville : Vn écu fcartêJé au premier et quatrième rie gueuif-s, et au deuxième et troisième dtor plein. Les armes de la maison de Bigurre étaient deux lions passants et l^pardés, avec cette devise ; Notre-Dame Bigarre. *

L'institution des communes ne tarda pas à en amener une autre plus importante, celle de l'assemblée des états formée de trois chambres, opinant séparément, et comp<Bées comme il suit : la chambre des clercs, où siégeaient l'évéque de Tarbes, les abbés de Seint-Sever, Rustan, Soint-Savin, Saiut-Pé et Saint-Urens de la Renie , les prieurs de Saint-Lezer et de Saiut-Orens de Lavédan , et le commandeur de Bordëres ; la chambre de la noblesse où se léunissaieot tous les barons du comté; la chambre du tiers- état, c'est-à-dire tous les consuls et jarats des villes. Le comte présidait l'assemblée par le sénéchal, son lieutenant politique et le chef de la noblesse du pays. Au sénéchal ressorlissaient également tous les appels des tribunaux inférieurs : celte juridicUon était présidée par un juge-mage , assisté de plusieurs conseillers.

A kl mort de Centuile III , surnommé ie Grand Justicier, la Ugorre éprouva diverses secousses politiques, et passa tour à tour sous la dominaUon de six maîtres différents, pendant la vie même de Pétronille, son héritière. Le premier fut Gaston de Moncade, vicomte de Béarn, qui, en 1192, avait épooaé Pétronille. L'hérésie des Albigeois commençait alors à se répandre dans le comté. Gaston de -Moncade ayant embrassé cette cause et .combattu même à. Muret dans les rangs des hérétiques , Simon de Montfort s'empara de plusieurs places ou villes qu'H garda malgré les réckmations de Moncade, à qui le pape avait fini par accorder l'absolution. PétrooiUe, veuve de Gaston, se remaria Jusqu'à cinq fois. L'un de ces nouveaux époux , lequel entra même dans son lit avant que le second mariage

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eût été rompu, fut le propre flis de renvahig<«ur. Pétronille, avant de mourir, voulut prévenir les conflits qu'allaient provoquer les droits créés par tant de mariages : elle institua pour unique héritier du comté de Bigorre , son petit-fils , Esquivât [né d’Alix, qu'elle avait eue de Guy de Montfort), lui substituant une autre de ses fllles , mariée au vicomte de Béarn, dans le cas où il décéderait sans enfants. Esquivât avait k peine recueilli la succession de Pétronille, que Gaston de Béarn dénonça l'illégitimité de la descendance de Montfort et disputa la Bigorre k main armée au nouveau possesseur. Esquivât implora le secours des Anglais de la Guyenne; mais Gaston ne cessa les hostilités qu'après avoir obtenu un démembrement de la province par l'arbitrage de Boger, comte de Foix. Quelques années après , Esquivât, qui n'avait point d’enfants , flt donation de son comté à Montfort, comte de Leicester, afin qu'à sa mort le pays ne retournât point tout entier à son compétiteur. Le comte de Leicester, regardant la donation comme réelle, n'eut rien de plus pressé que de se saisir de la Bigorre ; Esquivât fut contraint de s'adresser à Gaston pour conserver la partie du comté qui lui appartenait ; et , après une transaction qui laissait aux habitants de Tarbes le choix de leur nouveau maître , il ne resta bientôt plus à Leicester que le château de lourdes. Es(|uivat étant mort, trois prétendants se disputèrent la suzeraineté de la Bigorre ; les deux premiers simultanément, c’est-à-dire l'église du Puy et la maison de Navarre, celle-là en arguant d'une tradition mensongère, celle-ci en faisant revivre les droits des princes d'Aragon ; mais le troisième compétiteur, qui n’était rien moins que le roi de Frauce , Philippe-le-Bel , trancha le différend, de sa seule autorité, en prenant momentanément possession du pays. Ce fut pendant cette occupation provisoire que les Templiers de Bigorre comparurent devant le sénéchal du roi à Auch. La proscription s'étendit jusque sur plusieurs d'entre eux , qu'on avait laissés à l’hûpital de Gavamie ; et l’on montre encore, de nos jours, dans l'église de Sainte-Madeleine , douze crânes que l'on croit èire ceux de douze de ces chevaliers.

L'année 1353 fut pour Tarbes une année de deuil et de misère. La ville , après une grande stérilité dont elle avait beaucoup souffert, fut à moitié dépeuplée par la peste. L'évéque succomba aux atteintes du fléau , et on l'ensevelit dans l'église cathédrale de Sainte-àlnrie de la Sède , sous les dalles de la nef. .A tant de calamités succédèrent bientôt de bruyantes fêles. Malgré les réclamations des Bigurrais, leur pays avait été cédé par la France à l'Angleterre, dans le traité de Brétigny. En 1360, le Prince Noir fit son entrée à Tarbes, accompagné de la princesse du Galles, sa femme, et du brillant comte de Foix, Gaston- Phœbus, qui avait quitté sa cour d'Orthez pour venir visiter ces hôtes magnifiques. Ce hit pourtant ce même Gaston-Phœbus, héritier de la maison de Béarn, dont il n'avait point oublié les droits sur la Bigorre, qui recommença la guerre contre les Anglais. L'insurrection devint en peu de temps générale ; il ne resta plus à l'ennemi que la ville de Tarbes. Parmi les Bigorrais qui se distinguèrent par leur courage et leur patriotisme , il faut citer surtout le chevalier Armand-Guillaume de Barbazan , lequel combattit en Saintonge dans les rangs de l'armée française, et à qui Charles VI fit présent d'un anneau d'or orné de pierreries, et d'une cpée sur laquelle étaient gravés ces mots : Ut Utptu graviore eudanl. Ce même Barbazan mérita depuis le nom glorieux de restaurateur du royaume et de la couionne de France.

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