‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 42 sur 119 · TARBES. U.S · texte numérisé non relu

TARBES. U.S

Après trois ans de séquestre, la couronne de France rendit ta Bigorre i ses souverains naturels , les princes de Béarn; et, Biée désormais irrévocablement dans leurs mains, cette province éprouva les vicissitudes politiques et religieuses de leurs autres états.

Dans le xvi* siècle, les doctrines de Luther et de Calvin se répandirent promptement parmi les Bigorrais. Ije clergé de Tarbes, peu instruit, commença par laisser le champ libre aux prédirants ; les églises Rirent même communes aux deux cultes, et les doctrines nouvelles trouvèrent un apétre éloquent et passionné dans le carme Solon. I.es protestants avaient pour eux la reine Jeanne de Navarre. Celle-ci ayant voulu proscrire les processions publiques à Tarbes , le clergé catholique ameuta scs partisans. Jeanne, qui était venue dans la capitale de la Bigorre pour présider les états , Tut non seulement forcée de lever l'interdit, mais encore elle fit défense expresse d'ahatboles autels et les images , de se provoquer et injurier dans l'une et l'autre reNi^km. Charles IX dirigea bientôt deux armées en Bigorre et en Béarn, l'une sous le mnréchal de Montluc, l'autre sous Terride, lieutenant du maréchal , pour arrêter les progrès de l'hérésie. Le fameux Montgomerry, lieutenant de Jeanne, accourut sur leurs pas, et sous prétexte de refouler les catholiques, il couvrit la Bigorre de ruines. L'ne première fois il laissa Tarbes sur sa droite , pour marcher à la rencontre de Terride, se contentant de faire incendier par un petit détachement le faubourg de la Sède; puis il revint sur la ville, et ne lui imposa d'abord qu'une contribution , pressé qu'il était de rejoindre l'armée des protestants. Les habitants ayant refusé de l'acquHter, Montgomerry, qui était déjà à Condom , écrivit aux consuls pour leur annoncer sa visite, dans le cas oü , six jours après qu'on aurait reçu sa lettre , le trésorier qu'il avait commis à cet effet ne lui aurait pas rendu une réponse favorable, àfais les Tarbais ne pouvant ou ne voulant pas payer, se réfugièrent dans les montagnes. La ville était déserte, an retour de Montgomerry ; il se vengea de son désappointement en brillant les églises, les couvents, et d'intervalle en intenalle quelques maisons par passetemps. Montgomerry séjourna trois semaines à Tarbes : quand il se retira , Saint- Jean , Sainte-Marie de la Sède et le couvent des Carmes n'étaient plus qu'un monceau de débris; les soldats en partant iocendièrent la seule église qui restât debout et qui leur avait servi de temple.

A peine rentrés dans leur ville, les Tarbais s’empressèrent de relever les maisons et les églises : à cette nouvelle, le vicomte de Muntamat, chef des calvinistes du Béarn, se mit en marche contre eux, pour empêcher le parti catholique de se reconstituer à Tarbes. Les habitants épouvantés s'enfuirent encore une fois dans les mon • tagnes ; Montamat rebroussa chemin , mais les Tarbais n'osèrent de longtemps revenir dans leurs foyers : ce ne fut qu'après avoir recruté des partisans dans ies places ou villages des environs, et sur les assurances réitérées du duc d’Anjou, qu’ils se décidèrent à se jeter dans la ville, au nombre de huit cents, sous la conduite de Bonasse. Montamat reparut aussitôt, et voyant les habitants disposés à se défendre, il résolut de les attaquer. Tarbes, alors comme aujourd'hui, consistait en une très-longue rue , s'étendant de l'est à l'ouest en ligne droite, d'où le surnom qu’on lui avait donné de Tarbi-t-la Loiiyve. Aux deux extrémités étaient situés les deux faubourgs de Maubourguet et de Ciabé. Bonasse n'ajaut que huit cents

hommes à disposer sur cette ligne de défense, se reirandia dans les faubourgs, vieua et neuf, au sud et au nord. On se battit de part et d'autre avec toute la rage du fanatisme. Le siège aurait certainement trabté beaucoup de temps, si un traître n'eût livré aux huguenots une fenêtre basse par laquelle les assaillants s’introduisirent dans la ville. Pris entre deux feux , Bonasse et les siens tombèrent écrasés sous le nombre. !.« combat ne finit qu'avec le dernier soldat catholique; nul ne fut épargné, nul ne demanda quartier ni merci. .Montamat Qt raser tontes les constructions nouvelles, égorger tous les prisonniers. Quand il s'éloigna , le sol était tellement jonché de cadavres (car une foule de ses propres soldats avait péri dans la lutte), que les paysans d'alentour, pour éviter la contagion, furent obligés de les ensevelir dans les puits et les fossés, « et employèrent, dit un vieux chroniqueur, « huit jours environ en ce funeste office, a Trois ans s'écoulèrent avant que la désolation qui planait sur la capitale de la Bigoire se fût dissipée. L'herbe croissait dans les rues; les grandes places traversées de nombreux cours d'eau se couvraient de verdure comme des prair'ies , et nul n'avait le courage de revoir le seuil de sa maison caché sous une végétation épaisse.

En 1570, la paix de Saint-Germain ayantsuspendu la guerre civile en France, les anciens habitants de Tarbes s'enhardirent peu à peu jusqu'à rentrer dans leurs domiciles. Mais avec eux revinrent les luttes. Pendant près de cinq ans, la ville servit comme d'enjeu aux protestants et aux catholiques , qui se l'enlevaient alternativement. Montluc en fit une fuis le siège et s'en empara ; les catholiques la prirent aussi en 1575, et la conservèrent à leur parti. Enfin, le comté de Bigorre commença de respirer sous l'administration paternelle de Catherine, que Henri IV, son frère, avait nommée régente de ses états de Navarre. Elle y entretint si bien la tolérance, qu'on vit deux évêques occuper conjointement le siège épiscopal de Tarbes. L'un , la'ique et peut-être protestant , percevaH les revenus ; l'autre, sacré évêque de Bigorre, n'ayait que des droits modiques. Ce n'était là pourtant qu'une trêve mal assurée, et, malgré la sagesse du Catherine, chaque ville était partagée en deux partis toujours prêts à fondre i'un sur l'autre, à la première occasion. La garde des clefs, à Tarbes, ville également ouverte des deux cûtés, y provoqua une violente collision entre les protestants et les catlioliques. I.a paix, heureusement, ramena l'ordre; mais comme pour clore, par un dernier désastre, une si longue série de calamités, un essaim de pillards ligueurs s'abattit, cette aniiéc-là, sur la province, et y commit des dégâts si horribles, «qu'après ces brigandages, dit la chronique, les paysans de Bigorre abandonnèrent la culture des terres par manque de bestaiUc, et la plus grande partie d'iceux print la route d'Espagne. » Ne dirait-on point une razzia d'Afrique?

Henri IV confirma les fors et privilèges particuliers de la Bigorre, lorsqu'on 1607 il prononça la réunion de ses anciens états à la couronne de France. Chacun de ses successeurs, en montant sur le trûne, renouvela depuis cette confirmation. Les états du la province s'assemblèrent tous les ans, comme per le passé, sous la présidence du sénéchal , afin de voter les impositions et de discuter les mesures d'intérêt général. Plus tard, en 1611, la réaction catholique fit donner cette présidence à l'évêque de Tarbes, qui était alors Salvat d'Iharse le jeune.

Les guerres de religion avaient tellement épu'isé le sang calviniste en Bigorre ,

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qne le parti ne pnt s'y relever sous Louis XIII , et que la révoratlon' de l'édlt de Nantes n'y excita ni troubles ni opposition. Il n'en fiit pas de même pour l'êdit de 1693. créant des maires héréditaires en Biÿi'orre. I.es habitants crièrenl é la violation de leur indépendance que Louis XIV avait Juré de respecter; mais ces vaines clameurs d'un petit peuple perdu è l'un des contins de la France, ne soulevèrent pas même assez debruit pour arriver jusqu’aux oreilles du grand roi. Sous Louis XV, la Bigorre fut percée de routes royales. En 1743, on acheva de construire le pont de Tarbes, dont la première pierre avait été posée en 1734. Enfin, pour donner plus d'importance h des courses de chevaux, qui , dans les temps les plus reculés , avaient eu lieu aux environs de cette ville, dans la plaine de lüloubère , un haras y fut établi en 1784. Ce fut par ces amélioratioins successives que la Bigorre entra dans le mouvement général de la France, et atteignit paisiblement t'ère de 1789.

Les états de la province s'assemblèrent une dernière fois à Tarbes afin de nommer les députés aux Élats-Génraux de France. Les députés élus furent Bertrand Barrère de Vieusac et Duport de Luz pour le tiers ; le baron de Gonès pour la noblesse, et l'abbé de Rivière pour le clergé. Parmi ces hommes, il en est un qui restera justement célèbre dans nos fastes révolutionnaires.

Bertrand Barrère naquit à Tarbes le 10 de juillet 1755. 'Son père possédait à Vieusac, dans la belle vallée d'Argelès, un petit fief dont les revenus consistaient en redevances féodales; Barrère conserva toujours réuni à son nom celui de son fief, mais il renonça de bonne heure aux revenus qu’il aiiraK pu en tirer, comme le prouve un acte de remerciements des habitants de Vieusac antérieur è l'année 1789. Grandi dans un pays d'états , élevé par un père qui était échevin-consul de sa ville et s’était distingué dans la défense des droits du peuple, façonné aux luttes du barreau dans la cité parlementaire de Toulouse , toute la jeunesse de Barrère avait été comme une initiation i la longue carrière polltiqoe qu'il devait parcourir avec tant d'éclat. H était déjè conseiller à la sénéchaussée de la Bigorre , quand un procès de famille l'appela à Paris. Son père lui dit , an moment oè il partait r • Tu vas dans un pays qui ne tardera pas à devenir bien dangereux. La corde est trop tendue, il faut qu'elle rompe. »Le jeune Bigorrais, par le charme de son esprit , l'élégance de ses écrits , les agréments de sa' figure, 'que madame de Genlis nous a décrits, fut bientôt l'/iommt de toutes les Académies, l'homme de tous h-s salons, pour parler comme elle ; mais é travers le tourMIion des fêtes et des plaisirs, te souveuir de la patrie se présentait souvent à sa pensée. Dans un livre intitulé : Pages méianroUjues , nous trouvons quelques retours vers la vie des montagnes et une peinture des beaux jours de sa jeunesse. Après le récit qu'il faisait d'une de ses nouvelles soirées parisiennes , pa»ée au Palais-Royal , il terminait per ces mots : « Nous étions sous des treillages verts 'qui ne valent pas les ombres de nos campagnes de Bigorre , et le beurre fait h Paris ne vaudra jamais ' celui de nos Pyrénées. > Élu par le département des Pyrénées député à la Omvention nationale , il y fut porté à la présidence et devint un des membres du Comité de salut public. Un fait non moins glorieux pour lui que pour les Bigarrais , c'est qu'il conserva leur confiance è travers toutes les phases de la révolution : de t793 à (815 ses compatriotes l'envoyèrent trois fois, comme leur mandataire, au corps législatif. Exilé pendant la restauration , il vécut sur la terre étrangère’

■ 'dbi.'Googk

aW GASCOUNE.

josqu'i la révcrintion de 1830. Dans ce cœur généreux, le dévouement i la grande patrie n'avait jamais elTacé l'image chérie de la Bigorre. Lorsque les trois journées parisiennes eurent fait tomber devant lui les barrières de l'exil, il se héta d'écrire à son frère : « Mon frère, mon cher frère, mon meilleur ami; enfin, il a lui ce jour de liberté! Je pourrai donc te voir, embrasser toi et ma famille, coucher sous le toit pateniel et visiter encore ces belles Pyrénées , dont jamais je n'aurais dû sortir pour être heureux et tranquille. > Ses concitoyens, en 1834, le nommèrent membre du conseil municipal de Tarbes, et il donna aux petits intérêts de la localité les mêmes soins qu'en d'autres temps il avait donnés aux intérêts généraux de la France. Il mourut en 1840, à l'ège de quatre-vingt-cinq ans, huit jours après avoir envoyé sa démission, comme conseiller, par un sentiment honorable d'opposition politique.

La révolution transforma la Bigorre , réunie aux quatre vallées et h une partie du Nébousan , en un département qui reçut le nom de Hnula-Pyrénétt et dont la population s'élève aujourd'hui à 244,190 habitants. Tarbes en devint le chef-lieu. Placée sur la rive de l'Adour, qui circule dans ses rues, celte capitale de la Bigorre est une des plus jolies des Pyrénées; comme autrefois, elle s'étend régulièrement sur une longue rue coupée par de petites traverses qui donnent des échappées de vue sur les prairies, les vergers et les montagnes. Les édifices sont presque tous modernes. L'ancien château des comtes n'est plus qu'une prison délabrée. Le palais épiscopal est devenu l'hètel de la préfecture; c'est le seul monument un peu remarquable de la viUe. Les deux églises paroissiales de Saint-Jean et de la Sède n'appartiennent à aucun ordre d'architecture régulier. Celle-ci renferme six belles colonnes de marbre d'Italie qui soutiennent un couronnement d'une pauvre ordonnance.

Si Tarbes ne conserve que peu de monuments d'architecture, rien n'est plus curieux que le tableau des races d'hommes antiques et pittoresques qu'elle présente les jours de foire et de marché au voyageur qui traverse cette ville en se rendant aux eaux. Ces jours-lè, toutes les places, la place Marcadieu surtout, sont inondées des flots d'un peuple curieux, venu de tous les coins des Pyrénées et offrant sur un même point, dans leur infinie variété de types et de costumes, toutes les peuplades des provinces méridionales et des montagnes. On y distingue le provençal irascible et bouillant, aux proportions vigoureuses, à la voix éclatante, déclamant passionnément dans les groupes ; le basque, petit, musculeux et fier, développant avec intention la souplesse de ses mouvements et l'élégante conformation de ses membres, plein dans sa parole et son geste d'une fatuité naïve; le Béarnais, l'homme civilisé des grandes villes, tempérant la vivacité méridionale qui brille dans ses yeux par la calme intelligence que donne l'usage de la vie et par une langueur même toute espagnole ; le vieux Catalan , dont les traits respirent une rudesse sauvage sous la forêt de cheveux blancs qui retombent sur sa face cuivrée; le Navarrais i cheveux plats, à l'air primitif, è la taille haute, au corps vigoureux , présentant sous les grandes lignes de sa figure régulière et belle , une physionomie un peu idiote. Puis, au milieu de ces types caractéristiques, circulent pêle-mêle , formant une mosaïque mouvante de têtes hnines, rouges , bleues, variées à l'infini, les habitants des innombrables vallées de la Bigorre, lesquels

BAGNERES.

ont chacune leur nuance de costumes, de moeurs, de langage, qui les font reconnaître. La veste ronde et le pantalon large sont généralement communs à toutes ces peuplades , sauf A celles qui, éloignées de tout contact, végètent au fond des gorges les plus inaccessibles et qui portent encore la culotte courte et serrée sur les hanches ; mais toutes se distinguent par la forme et la couleur de leur coilTure, partie si importante et si pittoresque dans la toilette des montagnards des Pyrénées. Ceux de la vallée d'Aure portent la toque blanche à houppe de laine bleue; ceux de Gèdrc la toque blanche et rouge ; ceux d’.Aran une barrette grise, et ceux de Luz un bonnet rayé tombant sur les épaules et qui se rapproche de la résille espagnole. Dans le quartier des femmes, c'est une ondulation perpétuelle de capulets d'un rouge tranchant et foncé qui donne à ces foires de la Bigorre les tons chauds et animés d'un tableau de l'école (lamande. Ce qui reste donc de plus' précieux , à Tarbes, de l'antiquité, c'est l'aspect de sa population.

Ijl position centrale de Tarbes , qui renferme 12,630 habitants , en fait le principal entrepôt du commerce du département. I.«s bestiaux, les vins blancs, les cuirs, les fers, le papier, etc., se fabriquent dans ses murs ou se vendent sur ses marchés. Bertrand Barrère , dont nous avons parlé , n'est pas le seul homme éminent que cette ville ait produit ; elle est aussi la patrie du maréchal de Castelnau . da chevalier de Barbazan, du docteur Dasiieu, qui a donné son nom à une des sources thermales de Baréges, et de AT. D'Avezac, savant géographe et littérateur distingué, à qui nous devons , outre ses Essais historiques sur la Bigorre , un grand nombre de travaux remarquables par l'étendue des recherchés, la profondeur et la finesse des aperçus. '

BACNÈRES.

Bagnères est la métropole des eaux non-seulement des Pyrénées, mais de tonte la France. A moins qu'on n’ait entrepris la difficile ascension du Tourmalet pour passer de Baréges à la cité des bains par le sentier étroit qui circule en montant au^ tour des flancs de la montagne et débouche dans la délicieuse vallée de Campan, on y arrive par la route de Tarbes. Cette route n'est, pour ainsi dire, qu'une magniflque allée toute bordée de villages aisés et de champs de mais alternant avec les prairies; la plaine se rétrécit à partir de la capitale de la Bigorre, et s'enfonce de plus en plus dans la montagne , jusqu'au moment où l'on en touche le pied. Là est Bagnétes ; de l'autre côté, c'est déjà la vallée de Campan, qui s'évase en entonnoir

I. V. Commmtaires ds Citer. — Pline l’Ancien. — Aclei da Sainti. — GK<goirc de Tours. — Marcs, Bitloiredu Biarn. — Bitloirt KcliilailiiM de Bigorre, par Larcher. — romni«fila<re« de Moniluc. — Chartet dei abbaya de Saint-Paoin et de Saint-Pi. — ilimoiret de Barron. — Estait hitloriquet sur la Bigorre, par M. D’Areiac , 1 vol. in-8», Ba;jnéres de Bigorre, 18S8. Voir aussi les eicelicnis articles Bigorre et Aquitaine, du même auteur, dans l'Encyclopidie Komelle de Pierre Leroux et de lean Rejiiaud.

devant la viHe et présente dans le fond une large 'gorge entre deux rangées de hautes montagnes où coule précipitamment l'Adour, comme s’il était pressé de venir baigner les murs de ces blanches maisons. L'exLstence historique de Bagnères remonte aux temps des Romains ; car elle n’e.st pas sortie un jour à l'improviste de ses eaux comme une naïade timide. Dès son origine , nous la voyons recevoir dans son enceinte, petite alors, des hôtes fort illustres : les lieutenants de César, le proconsul Messala , qui soumit toutes les peuplades des Pyrénées, et Tibulle peut-être, qui partagea les combats de ces héros et les célébra dans ses vers, y passèrent dans le I” siècle de l'ère chrétienne. Selon toutes les apparences, ils apprirent aux habitants les heureuses propriétés des sources chaudes dont les eaux bouillonnaient dans leurs vallées. Ce qu'il y a de certain c'est que les Rigorrais ont conservé un souvenir durable du séjour des Romains au miiieu d'eux. Ici ils montrent, tout près de la ville , sur une verte colline, le camp de César ; lè , dans l’enceinte habitée, un grand nombre d'inscriptions latines. L’empereur Auguste traversa Ragnères, disent les traditions du pays, en allant soumettre les Cantabres des Asturies; elle s'appelait alors Vicus aquentU (le bourg aqueux); et les habitanbi, pour plaire à ce maître du monde , lui élevèrent un temple. Une inscription latine gravée sur une table de marbre y senait de frontispice et portait ces mots ; « A'umtni Augusii sacrum, Secundut, Semiedonis fil. nomine vicanorum aquensium et suo posait. A la divinité d'Auguste, Sccundus, fds de Sembedo, tant en son nom qu'en celui des habitants du bourg aqueux, a élevé cet autel. » Ce temple était situé sur la place de Saint-Martin , et subsista Jusqu'à l’établissement du christianisme.

Une autre inscription latine , qu'on voit aujourd'hui sur la porte d'entrée d'une belle maison , près du grand établissement des bains , et qu'on lisait autrefois près de la porte de Salies , témoigne de l'effet salutaire des eaux à cette époque éloignée, et de la gratitude du riche citoyen dont elle rappelle l'heureuse guérison. Mais la ruine de la civilisation romaine flt perdre à Ragnères toute son importance. Il n'en est question ni aux époques de l'invasion des barbares, ni aux temps des fondations religieuses du moyen âge. Dix siècles d’oubli pèsent sur elle, comme si le christianisme eût voulu la punir par le silence de sa célébrité païenne. EnOn, ou su* siècle, le vicus aquensis reparaît tout à coup sous ce nom de Ragnères, qui n’est que la traduction romaine de l'autre. Dès ce moment, Ragnères devient la seconde ville de la Rigorre. Le premier monument qui signale son nom constate aussi son affranchissement politique : c'est une charte d'octroi de commune écrite dans le patois du pays. Les montagnes des Pyrénées se divisent en une infinité de vallées, et à celte époque encore barbare, les habitants de chacune d'elles ou de plusieurs réunies formaient des ligues souvent dangereuses. Affranchis de tout Joug, ne respectant rien autour d'eux , parfois ils descendaient par les déBlés étroits des gorges dans les vallées voisines et les bourgs populeux , tombaient comme une avalanche sur les maisons et les campagnes, les rançonnaient et les pillaient, prompts à regagner leurs retraites avec le butin capturé. Les seigneurs des châteaux de Rigorre, habitués, lorsqu'ils étaient ruinés, à conduire leurs serfs en armes contre des cantons florissants, ajoutaient encore aux désordres. En 1171, Ccntulle III, comte de Rigorre, résolut de mettre un terme à ces brigandages. V'oyanl ses serfs de Ragnères exposés à toute espèce de déprédations de la part des sei-

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