BAGNÈRES
gneun , ses vassaux , et surtout de celle d'un parti de bandits cantonné sur les plus hautes montagnes, à la Trontiérc d'Aragon, il les affranchit en masse et les constitua en communauté, avec droit de pourvoir eux-mêmes à leur sûreté.
Cette charte donna aux bourgeois ou voisins (bor»it ou resins det boryi] la possession sans réserve de leurs maisons en dedans et en dehors de la ville , celle de leurs terres situées aux alentours , coteaux, fossés, etc., moyennant une redevance payable tous les ans à Noël. Ces maisons purent désormais s'appartenir et rester closes à tout gentilhomme ; nul n’eut le droit d’y prendre pour les besoins du seigneur, des draps de lit ou des meubles. La communauté , en outre, continue à avoir droit de parcours et d'affouage dans les terres vagues , eaux et forêts fréquentées antérieurement par les habitants du bourg. Les bourgeois peuvent disposer de leurs biens et aller s'établir sur tout autre point du comté, et, par contre, tout homme qui vient habiter le bourg de Bagnères et y séjourner pendant un an doit être admis à faire partie de la commune et passe sous la protection du comte. La justice appartenait, selon la charte, aux bourgeois, qui devaient nommer, pour la rendre, un certain nombre de jurats. Devant ces jurats, que présidait le viguier du comte, la preuve pouvait se faire, sans combat, par témoignage loyal, dans toutes les affaires civiles; mais, au criminel, le duel judiciaire était de rigueur, et ne pouvait être refusé qu'en payant une amende de soixante-cinq sols. Venait ensuite le chapitre des compositions, fort long ici comme dans tous les actes de ce genre ; mais un article plus intéressant que tout ce droit pénal formulé en chiffres de satisfactions pécuniaires , c'est celui qui , après avoir condamné le coupable de meurtre A trois cents sols envers le comte , le bannissait à perpétuité du territoire de la commune. S'il se refusait à satisfaire à la loi, ses biens étaient confisqués et si on se saisissait de sa personne, on l'ensevelissait sous le cadavre du mort, selon l'usage général. Du reste le comte se réservait sur les habitants le droit d'ost et de service de guerre, trois fois par an, s'il en avait besoin.
Par suite de la charte de Centulle, Bagnères eut son petit gouvernement; elle put prendre des résolutions pour son entretien, sa défense, et l'embellissement de ses divers quartiers. Elle put enGn faire la guerre ou la paix et marquer ses actes officiels d’un sceau et d’armes propres : l'écu de Bagnères était de gueulet au château ouvert à trois tours d’argent.
' Il existe un traité fort curieux duxn* siècle, qui commence par ces mots : « Ceci est la charte où est contenue la paix faite entre les Lavitanais et les Bagnerais. » Ce n’est qu'un règlement très-circonstancié de tarifs pour les coups, plaies, fractures d'os, meurtres qui pourront résulter des rixes survenues entre les habitants des deux bourgs ; ils devaient être acquittés par la commune assaillante. Après le tarif des hommes, venait l'estimation à payer pour vol de bêtes ; chevaux, juments , mulets, bcenfs, porcs, chèvres, brebis. Anes. Ne voit-on pas clairement, par ce traité, quel était le sujet des guerres que se faisaient sans cesse les peuplades des Pyrénées?
Dès cette époque, la ville de Bagnères avait un conseil municipal qui se composait de soixante jurats; tout jurât qui après la convocation légale ne se rendait pas à l'assemblée était passible d'une amende de trois cents sols morlans. Lorsqu'il avait été arrêté dans le conseil municipal qu'une entreprise armée serait faite contre un bourg voisin pour exiger réparation de quelque tiTt, tous les Bagnerais
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appelés par les jurais étaient tenus de prendre les armes. En cas de refus, il y avait pour le réfractaire une amende de dix sols et un exil de six mois hors de la ville, exil continu et rigoureux, renouvelable pour la plus petite rupture de ban. Les petits succès militaires des Baguerais étaient, il est vrai, parfois suivis de cruels revers. Henri de Transtamarre, en guerroyant contre les Anglais dans la Gascogne, arriva un jour devant Bagnères, après avoir brillé s^ir son passage le couvent des Dominicains qui se trouvait hors des murs. A la faveur de la nuit, il escalada la place, la pilla, la saccagea, et massacra les habitants.
En passant dans la maison de Béarn, la Bigorre commença à participer à l'action qu'exerçaientles puissants vicomtes de ce pays sur les seigneurs d'alentour. Devenus rois de Navarre, ces petits souverains calquent leur cour sur celle de France; Pau devient le rendez-vous de quelques personnages puissants , de quelques célébrités littéraires, et Bagnères sort de son obscurité. Le poète Dubartas y vient et la décrit ; Montaigne y est attiré à son tour par les plaisirs qu'olfre déjà cette cité. Les eaux acquirent bientôt' la réputation de rendre la fécondité aux femmes, et Jeanne d’Albret, qui avait été longtemps breheigne, comme on disait dans la langue de Bigorre , en éprouva les heureux effets, et donna Henri IV à la France. La source dont elle but les eaux conserve encore le nom de tource de la Heine.
Pendant les guerres de religion, Bagnères fut prise et reprise plusieurs fois par des partis contraires. Les troubles de cette terrible époque lui laissèrent pourtant quelque repos; c'est dans ses murs que se réunirent temporairement les états, lorsque Tarbes fut abandonnnée par ses habitants. Après les souffrances des guerres de religion, vinrent tous les maux physiques : des froids excessifs, des pluies, d'énormes grêlons, des neiges continues, les ravages de la peste. Cette maladie épidémique Ht périr une grande partie des Baguerais, et dispersa le reste (1588 et 1589). Le tremblement de terre de 1660, qui se Ut sentir dans toutes les Pyrénées, endommagea plusieurs parties de l'église paroissiale de Saint-Vincent, et écrasa un petit nombre de paroissiens sous les ruines de quelques maisons du Bourg- Vieux. Sous Louis XIV, les guerres intestines, quoique entièrement assoupies en Bigorre, eurent à Bagnères un singulier retentissement dans les divisions de famille à famille. L'on vit un jour, en pleine paix, deux factions rivales s'emparer des églises et des établissements publics, s'y fortifler avec armes et provisions, et de ces points de retranchement diriger l’une sur l'autre des attaques en règle. Les deux factions avaient pour chefs, l'une le sieur de Crez, l’autre le sieur de Las Crabères. Le marquis d'Antin , sénéchal , gouverneur de Bigorre , dut se rendre avec des troupes à Bagnères , pour mettre un terme à ces désordres domestiques.
En 1675, la célèbre Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, et gouvernante de M. du Maine, fruit des amours du roi et de madame de Montespan, conduisit le jeune prince dans cette ville. M. dn Maine, dont la santé était chancelante , s'y rétablit rapidement ; et cet heureux résultat ne contribua pas peu A préparer l'étonnante fortune de madame de Maintenon à la cour. La guérison de cet enfant augmenta aussi la célébrité médicale des eaux de Bagnères. Si depuis le siècle de Louis XIV , la cité des bains n'a joué aucun rôle dans l'histoire , elle a été, en revanche, le séjour de prédilection d'une foule de personnages illustres qui se sont en quelque sorte identiOés avec son existence. A Bagnères, tous les lieux.
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places , bains ou promenades, ont de magniOqnes parrains dans ces étrangers qui sont venus y chercher le plaisir ou la santé. Ici est le bain du Pré, iliustré par la reconnaissance poétique du duc de Chartres ; là, les allées de Maintenon ; plus loin, les élysées de Cottin et d'Azals, ou la fontaine de la reine Jeanne. En un mot, quels sont les étrangers qui n'ont pas visité cette ville, depuis le poêle Dubartas, qui la chantait au xvi* siècle, jusqu’à Ueorge Sand, qui a écrit de si belles pages sur les Pyrénées?
Le grand établissement thermal, qui porte le nom de Thermes de Marie-Thérèse, présente dans ses proportions les caractères d’une architecture vraiment monumentale; l’ordonnance en est simple et belle pourtant. Sa principale façade, toute construite en marbre bleu des Pyrénées , a un développement de soixantetrois mètres et deux étages de croisées à arceaux cintrés. Un vestibule , situé an centre , et dans lequel on arrive par un perron , sert d’entrée ; de là , un grand escalier à double rampe conduit aux étages supérieurs. Le marbre est partout employé avec prodigalité; de nombreuses parties du vestibule, l’escalier, les baignoires, les cabinets présentent tontes les variétés que produisent en ce genre les carrières d’Aste, de Beaudean, de Médous, deCampan, sl’Aspin, de Lomné, de Sarancolin , etc. Les Thermes sont situés au pied d'un coteau d’où jaillissent plusieurs sources et construits sur l'emplacement même de deux piscines n>maines , ignorées jusque dans ces derniers temps et dont on déblaya les débris pour poser les premières assises de ce magniBque établissement.
La population de Bagnères, qui va toujours en augmentant, était, en 1789 . de 4,212 habitants; elle est maintenant de 8,108. Pendant la saison des bains l’affluence des étrangers la porte ordinairement à 18 ou 20,000 âmes , y compris les botes des hameaux voisins. L’arrondissement, dont cette ville est le chef-lieu, renferme environ 93,000 personnes. '
LOURDES
Lourdes est située sur la rive gauche du gave de Pau, dans l’ouest de la belle vallée du Lavedan ; elle est encaissée entre deux montagnes pyramidales qui fournissent abondamment l’ardoise et le marbre, et on conçoit que sa position sur la jonction de quatre vallées lui ait donné dans le passé une certaine importance.
qui attire d’abord les regards dans cette ville, c’est le château féodal par leqii^^le est dominée et qui s’élève très-haut sur un rocher calcaire isolé de la chaîne, avec sa tour carrée à créneaux et à plate-forme. Assurément l'aspect de celte petite forteresse , qui ressemble à une miniature de château féodal , n'a rien
t. Commentairtt de Cétar. — TibuUe. — GaÜia ehrUtiana, — Hiêtoirt de Biam^ par Marca. — de la vilU de Bagnèrtê. — ArbaDére , Voyage aux Pyrénées. — feiate historiques
surlaBigorre, par M. D'Avezac. — Mamya.
qui indique la force , et cependant elle a été autrefois réputée imprenable. Toute l'histoire de Bigorre et les chroniques de Froissart témoignent de cette vieille réputation et sont remplies des longues résistances que fit aux armes anglaises et françaises te fort Chalet de Lorde, comme on disait au moyen âge. Le pays se trouvant naturellement fortiOé du cété de l'Espagne par les montagnes, le château de Lourdes fut à peu près la seule forimcatlon importante de Bigorre. On ne sait à quelle époque il faut faire remonter son origine ; mais des restes de murs et de tours, trouvés en cet endroit, font penser que les comtes du pays n'élevèrent leur château que sur les ruines de quelque fortilication romaine. La ville de I/)urdes portait anciennement le même nom que Bayonne , qui renfermait également un fort, relui de iMpurdan.
S'il faut en croire une vieille légende , consignée dans le préambule des fors de la Bigorre , Charlemagne , en allant comlialtre les Sarrasins , aurait été arrêté trèslongtemps devant le château de Lourdes par un certain chef de Sarrasins nommé Mirât, qui s'y était retranché. Charlemagne, roi de France et empereur des Français, dit cette légende , après s'être emparé de tout le pays de Bigorre, vint assiéger le château de Mirambel , et il le pressa longtemps sans que Mirât, qui était le seigneur du château , voulût se rendre ; de sorte que le fameux conquérant , ennuyé de la longueur du siège, était sur le point de se retirer, tout en laissant néanmoins ses troupes dans leurs retranchements. Notre-Dame-du-Puy-en-Velai commença alors à faire des merveilles ; car un aigle porta un grand poisson en vie, â l'endroit le plus haut du château, que l'on nomme encore la Pierre de l' Aigle. Mirât, habile à tirer parti de cette occurrence, envoie le poisson à Charlemagne, en lui faisant dire qu'il n'était pas si à court de vivres que les Franks pouvaient le croire, puisqu’il prenait de tels poissons dans ses viviers. Bien l'on s'imagine la colère du roi à ce message ; mais l'évêque du Puy , qui avait connaissance de tout cela, le rassure et lui dit que Notre-Dame avait fait la merveille; et du consentement du roi il s'en alla vers le chef africain pour conférer avec lui. Il proposa alors â Mirât de se soumettre à Notre-Dame.Klu-Puy, puisqu'il refusait de se reconnaître le vassal de Charlemagne. A quoi celui-là consentit , mais à la condition de faire hommage de sa terre à la sainte madone , sans aliéner sa liberté. Le gage de la promesse fut une poignée de foin donnée à l'évêque. Charlemagne confirma le traité, et le Sarrazin alla vers le Puy avec les chevaliers de sa suite portant au bout de leurs lances des bottes de foin , dont ils firent litière à l'église Notre-Dame. C'était sufllsamraent manifester l'intention où il était de se faire chrétien. En effet, il reçut le baptême, prit le nom de Lorus , et dès qu'il fut de retour dans son château , changea le nom de Mirambel en celui de Lorde.
Comme dit le savant archevêque de Paris , Pierre Marca , qui s'irrite vivement contre l’impertinence de l'auteur de la légende , « il faudroit avoir bon estomac pour digérer ce discours de foin et toutes ces foiblesses qui ont été forgées pour autoriser la suprématie de l'église du Puy sur le comté de Bigorre. » Cependant on peut conjecturer qu'au ix' siècle , un chef sarrazin avait pu se retrancher dans cet endroit des Pyrénées et y combattre quelque temps contre Charlemagne. Celte tradition , dans tous les cas, secondait les vues ambitieuses de l'abbaye du Puy, et il se peut bien que scs moines l'aient accréditée.
LOURDES
Dès 1032 , Lourdes est mentionnrà dans Tarte de fondation du monastère de Saint-Pé. Le comte de Bigorre, Garde, faisait don, dans cette charte, au monastère, de la troisième partie du marché de Lourdes. Lourdes existait donc , non seulement à cette date, mais bien antérieurement; car pour avoir un marché (et Ton sait de quelle importance étaient alors les marchés pour les Gnanccs des seigneurs] ,' il fallait que près du vieux rhèteau il existèt déjà une ville ou un bourg assez peuplé. Vers ce même temps, nous voyons le comte de Bigorre tenir à Lourdes sa cour et juger les différends du monastère de Saint-Pé avec Tèvèque de Tarbes. C'était là que se faisait tout le service féodal , que le comte recevait les hommages de ses vicomtes et leurs redevances. Auger, vicomte d'.àsté, s'y rendait en 1085, portant au comte de Bigorre un épen ier pour redevance annuelle, et le faisait percher, selon l'usage , sur l'ormeau de I.ourdes. Plus tard, lors de la création des communes , le seigneur de Bigorre datait de Lourdes les chartes qui affranchissaient ses sujets des questes et autres devoirs séniles. Les habitants eux-raèmes, quoique leur ville fût le siège du gouvernement féodal, obtinrent le' privilège de former une espèce de communauté municipale combinée avec les détails du service du château. Ses armes ne furent sans doute que les armes mêmes des comtes.
A partir du xiic siècle , Lourdes cesse , pour ainsi dire , d'appartenir de fait au comté de Bigorre. Ce comté, devenant tour à tour la proie de l'Angleterre, des Espagnols et des Français, le château , par la force de sa résistance, reste presque toujours entre les mains de la puissance qui vient de perdre la Bigorre. Enfln Lourdes, en vertu du traité de Brétigny, passa avec le comté sous la puissance de l'Angleterre, et le Prince Noir donna la garde du château à Pierre Arnaud de Béarn O moult appert homme d'armes, » dit Froissart, et frère naturel du comte de Foix, Gaston Phœbus. « .Messire Pietre, » lui dit le prince en le lui remettant, a je vous institue et fais châtelain et capitaine de Lourdes et regard (gardien ) du pays de Bigorre. Or, gardez tellement ce châlel que vous en puissiez rendre bon compte à monseigneur de Père et à moi. » — « Monseigneur, » dit le chevalier, « volontiers. U — Pierre entra alors dans le fort de Lourdes , et avec lui une suite de guerriers renommés; c'était d'abord, son frère, Jean de Béarn, puis venaient Pierre d'Anchin de Bigorre, Ernauldon de Sainte-Colombe, Ernauldon de Bostem, le mougat de Sainte-Basile et le bâtard de t^rnillac. Chacun d'eux avait cinquante lances sous ses ordres. Rien d'intéressant comme les longues prouesses de ces chevaliers de l.ourdcs telles que les décrit Froissart; cet agréable chroniqueur leur consacre quatre chapitres de son ouvrage. Le prince Noir ayant fait peser de graves impôts sur la Bigorre, ce fut le signal d'une révolte depuis longtemps fomentée par le roi de France. Ouguesclin et le duc d'Anjou se jetèrent dans l'Aquitaine, et la Bigorre fut bien vite conquise, âlais tous les efforts des Français vinrent échouer devant Lourdes. Pierre de Béarn avait renforcé sa garnison , et derrière ses murailles il défiait toutes les bandes ennemies qui venaient parfois lui donner des alertes. La plupart du temps, il ne s’en tenait même pas à défendre sa position ; ses fréquentes sorties désolaient toute la Bigorre. Chevauchant souvent à plus de trente lieues de distance, avec une suite nombreuse de chevaliers , il se faisait un jeu de passer à travers les postes des Français, de harceler leurs garnisons, engageant des escarmouches tantêt sur un point tantôt sur un autre. Quand il ren-
trait A Lourdes, malheur à ce qui se trouvait sur son passage ; hommes, bétail ou moissons, rien ne lui échappait; il pillait et rançonnait tout sans merci. Parfois il ramenait si grande foison de bétes et de prisonniers, qu'on ne savait où les loger. Ces aventureuses expéditions, il est vrai, ne se terminèrent pas toujours avec le même bonheur. Un jour, un détachement de la troupe d'Arnaud tomba dans une embuscade, et y périt presque tout entier.
Le duc d'.Anjott vint bientôt assiéger Lourdes pour la seconde fois. Après quinie jours de siège, la ville fut abandonnée; comme elle n'était que palissadée, il n'y avait guère possibilité de la défendre. Mais les chevaliers se maintinrent dans le fort, et le duc d'Anjou se consuma en efforts prodigieux pour la réduire, a Autour du chiltean » dit Froissart, « perdit six semaines le duc d'Anjou, car le châtel sied sur une ronde roche, faite par telle façon qu'on n'y peut aller ni approcher par échelle ni autrement fors que par une entrée ». Cette entrée , le duc essaya de se la faire ouvrir au moyen de l'or, le fer étant impuissant ; mais Arnaud persista dans sa résistance, et son rival leva alors le camp pour se rapprocher du Béarn.
Soit qu'il craignit, pour ses terres, le voisinage d'une armée, soit qu'il voulût se rendre agréable au dur d'Anjou , Gaston Phœbus se rendit auprès de ce prince, et eut avec lui plusieurs conférences. Le sujet de ces conférences ne resta pas longtemps ignoré. Peu de temps après, en effet, Pierre de Béarn venait visiter à Orthex son frère naturel, sur l'invitation que lui en avait faite celui-ci. Or, pendant qu'ils étaient A dîner, Gaston Phœbus se lève et dit à son hôte ; « Si voua commande en tant que vous pouvez m'effaire contre moi et par la foi et lignage que vous me devez, que le château de Lourdes vous me rendez. » — « Monseigneur » , lui répond le chevalier, « voirement vous dois-je foi et lignage , car je suis un pauvre chevalier de votre sang et de votre terre; mais le châtel de Ix)urdes ne vous rendrai-je ja ; si vous pouvez faire de moi ce que vous voudrez ; mais â personne ne le rendrai-je qu'au roi d'Angleterre. » Entendant cela, Gaston furieux , tire sa dague et le frappe de cinq coups. « Ah ! monseigneur, » disait en tombant le pauvre chevalier, « vous ne faites pas gentillesse, vous m'avez mandé et si m'occiez. » Le prix de ce fratricide devait être, pour Gaston Phœbus , la restitution du comté de Bigorre, promise par le dur d'Anjou. Cependant lx>urdes n'en ouvrit pas davantage ses portes. Pierre Arnaud avait trouvé dans son frère Jean de Béarn , â qui , en partant pour Orthez, il avait conflé le commandement de la place, un digne héritier de sa fidélité et de son courage. En I3S4, Jean fut confirmé dans la châtellenie par lettres patentes données à Westminster le 20 janvier. Le duc d'Anjou échoua contre lui , comme il avait échoué contre son frère, et levant enfin pour la dernière fois le siège, il mit, de colère, en partant, le feu au bourg. Cet incendie détruisit tous les anciens litres de comté.
Peu de temps après, les Anglais, chassés de l'Aquitaine et de la France, durent renoncer au château de Lourdes ; il repassa alors avec la Bigorre sous le pouvoir de ses seigneurs naturels. A la fin du moyen âge , fintroduction d'un nouveau système stratégique fit perdre A I.ourdes l'avantage de sa position et toute son importance ; cependant les guerres de religion vinrent lui donner encore un instant d'intérêt, et les huguenots et les catholiques se la disputèrent vivement. Le château surtout conserva son antique réputation , et lorsque le marquis de Vil-
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lars-Rrancas se pr^nta derant Lourdes, qui tenait pour Henri TV, la défense glorieuse du capitaine Incamps rappela celle de Pierre et de Jean de Béarn.
Lors de la réunion de la Bigorre à la France , [.ourdcs, enclavée dans le Lavedan (Lnitnnum pagus], en suivit les destinées. La vicomté de Lavedan et les baronnies qui en dépendaient passèrent, sous I^ouisXIV, dans la maison de Bénac. Philippe, sénéchal de Bigorre, réunit ce domaine à ceux qu’il possédait déjà dans le comté ainsi qu'eu Béarn , et Louis XIV éleva en sa faveur et en celle de ses descendants la vicomté de Lavedan en pairie de France, sous le nom de duché de Lavedan.
On racontait anciennement, et l'on raconte encore aujourd’hui, une bien singulière histoire sur l'un des ancêtres de ce Philippe. Bénac est un petit village entre Tarbes et Lourdes; au xiii* siècle, son seigneur, Bos de Bénac, s'embarqua à Marseille avec l'armée de croisés qui suivit saint Louis en Afrique. Depuis ce jour, sept années s'écoulèrent sans que le châtelain entendit parler de sa femme, ni la châtelaine de son mari. Que faisaient-ils donc? Bos, retenu prisonnier par les Musulmans, expiait dans les fers sa témérité courageuse, tandis que son épouse infidèle oubliait son devoir dans un nouvel amour. Quand Bos panint à échapper à sa captivité , des apprêts de noces se faisaient dans son château de Bénac pour sa femme et un gentilhomme, voisin de ses domaines, le seigneur des Angles. La tradition rapporte que ce fut le diable qui instruisit le croisé de son malheur et s'offrit de le transporter dans son château avant la consommation du mariage. Pour prix du service le diable avait, tout d'abord, exigé de Bos l'abandon de son âme. «Mais elle est à Dieu, lui avait répondu le chevalier.— Va donc pour ton cœur, avait repris le malin esprit. — Mais je ne puis, il est à mon roi. » Satan avait dû se contenter, non sans peine, des restes du repas de noces. Rentré dans son château, au milieu du tumulte des fêtes, le pauvre chevalier ne trouve que des incrédules sur l'identité de sa personne ; son palefroi et son levrier seuls reconnaissent ce nouvel Ulysse. Mais bientdt, parlant en maître, il montre à son épouse terrifiée l'anneau nuptial, chasse l’amant et avec lui la tourbe des convives qui s'apprêtaient à boire à son déshonneur. Le festin de noces fit piace alors à un repas frugal , et un plat de noix qui restait devint le salaire de Satan désappointé.
De temps immémorial , un usage empreint du cachet de la féodalité existait à Lourdes, comme on le voit par la coutume générale du Lavedan, qui fut rédigée en 1705. « Dans cette ville, y lit- on, il y a une seule rue appelée du Bourg où les femelles sont exclues des successions de leurs père , mère et aïeuls, par les mâles à l'alné desquels telles successions sont toujours conservées, etc. « \jbl révolution de 1780, qui fut accueillie avec enthousiasme à Lourdes, a mis fin à cet usage singulier. L'ancien château est encore debout; il renferme une garnison de cent hommes sous le commandement d'un gouverneur. La ville contient environ 5,000 habitants. Elle possède de belles carrières d'ardoise et de marbre, et quelques grottes remarquables. Mais, ici comme à Tarbes, ce que l'étranger aime le plus à voir, c'est l’aspect et le mouvant tableau de l'antique marché du pays. '
I. Chroniques de Froiisirt. — Maro, Bisloire du £dam. — D'Aveiae, Essats historiquu sur ta Bigorre. — Oihenart , Histoire des comtes de Foix,
ARGELÈ8.
OAVTBKXTS.— ■ AIXT-gAUVinHu — BAB.àaCS.
Argelès , qui est située a neuf lieues de Tarbes, ne renferme guère plus de 1 ,357 habitants ; c'est une petite ville toute nouvelle , et comme créée i plaisir pour être le chef-lieu de l’arrondissement dont Lourdes fait partie Sa physionomie est encore celle d'un bourg, mais d'un bourg élégant et bien bdti. De jolies maisons, mêlées à des massifs de verdure et toutes parées de l’ardoise et du marbre indigènes, lui donnent quelque chose de coquet. Sur une place carrée on voit une petite fontaine d'où jaillissent plusieurs jets d'eau. Avant la révolution, Argelès , en quelque sorte perdue dans la belle vallée de son nom , n'avait pour toute populatidn que >ingt- trois familles. C'était un village de peu d'importance, malgré le bureau de recette qui y était établi pour la perception des droits du Use. L'Assemblée constituante changea tout cela. Elle érigea Argelès en chef-lieu d'arrondissement, de préférence i Lourdes, à Habastens, à Vie et à Saint-Sever, qui ambitionnaient ce privilège. Elle Bt droit toutefois aux réclamations de la capitale du Lavedan : le tribunal de première instance fut détaché de la sous-préfecture et établi à Lourdes. Cette mesure administrative était bonne, Argelès, en effet, est la clef de toute la partie montagneuse des Hautes-Pyrénées; située aux dernières limites de la plaine, elle se trouve sur la route qui conduit vers toutes ces fertiles vallées de Lavedan, de llarèges, d'Auzun, de Luz et de Cauleretz. Aussi est-ce aujourd’hui dans l'arrondissement d'Argclès que se trouvent compris les établissements thermaux de l'ancien comté de Bigorre. Elle en est devenue comme le point central , et c'est à elle qu'il faut rapporter l'histoire de ces lieux si chers à la médecine et si fréquentés par les malades.
N’est-ce pas une véritable fortune pour le département des Hautes-Pyrénées que les villages d'eaux thermales dis.séminés au milieu des rochers arides et des forêts séculaires du pays? Suspendus à une grande hauteur sur les Bancs d'une montagne rapide, abrités dans le bas d’un vallon où gronde le torrent, ou bien encore perchés sur le sommet d'un pic nu et pierreux , ces villages forment les trois points d'un angle irrégulier dont Saint-Sauveur occupe le sommet. La route qui les fait communiquer entre eux est large et bien construite ; il a fallu l'ouvrir à travers des masses de roches schisteuses; il a fallu seize années d'un travail presque cyclopéen pour l'achever. C'est l'intendant de Bigorre , Megret d'Etigny, qui en conçut le projet en 1730; c’est l'ingénieur Polard, fameux dans toutes les Pyrénées, qui l'exécuta. Cette route est un véritable prodige de l'art , et l'on ne sait lequel admirer le plus, ou de l'aspect grandiose de la nature pyrénéenne, ou de la force de volonté qui a triomphé de tant d’obstacles.
Nous trouvons l'existence de ('Auterelz constatée dès le s* siècle par des chartes
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ARGELËS. a&U
caoservée» tn monastère de Saint-Savin. Ce couvent famens dans la Bigorre avait dd sa première fondation h Charlemagne, et l'on disait que les murailles en avaient été élevées sur les fondements d'un fort romain nommé le fort Émilien. Les Normands l'avaient surpris dans tout son éclat , l'avaient pillé et renversé. Raymond I", le restaurateur de la Bigorre , le rétablit et le dota en 915 de rentes et de terres. La vallée de Ganter^ fut comprise dans les objets de la donation ; elle est appelée dans l'acte latin vallis eoldarem, nom qui lui venait des sources chaudes qu'elle renferme et dont l'usage s'était perpétué ; car la donation était faite è la condition que les moines de Saint-Savin bâtiraient dans la vallée une église sous le nom de Saint-Martin , et y tiendraient des établissements convenables pour des bains. De Caldarens on iU. dans le moyen âge, Cauldrès, d'où est déOnilivement sorti Cauteretz. Depuis la visite que Marguerite de Valois lit à Cauteretz dons le xvT siècle, la réputation de ses eaux s'est constamment accrue et elle n'a jamais manqué d'bOtes étrangers. Tout respire le calme dans cet agréable séjour. I.es pentes de la montagne, qui vient flnir au pied des maisons, sont couvertes de vertes prairies, que le souvenir parfois embellit-, vers l'ouest, par exemple, on voit la chaumière de la reine Hortense. On compte environ 1,000 habitants â Cauteretz. Cest le dernier village de France que, de ce côté, on rencontre sur la route d' Espagne.
Saint-Sanveur n'est pas un bourg formé peu à peu par l'assemblage de quelques maisons bâties à différentes époques; il date d'hier. Il est vrai pourtant de dire que, dans le xvi* siècle, un évéque de Tarbes, retiré à Luz pendant les troubles religieux, construisit une petite chapelle auprès de l'établissement des bains actuels. Cet évéque ayant inscrit sur le frontispice de la chapelle ce verset : ■ Fat kaurielù aquam de fontibui Saivalorit, » le nom même de Saint-Sauveur en fut donné au bourg. Mais il y a soixante ans les sources minérales de Saint-Sauveur étaient complètement tombées dans l'oubli lorsqu'un professeur de droit de Pau , nommé Béségna, commença à les mettre en crédit. Leur réputation ne fut bien consacrée que sous la Restauration, lorsque la duchesse d'Angoulème vint les visiter en 1H13. La duchesse de Berry l'y suivit de près. Le séjour que firent les deux princesses à Saint-Sauveur mit à la mode ce nouvel établissement thermal , et les étrangers s'y rendirent de tous côtés. Les maisons du bourg de Saint- Sauveur sont neuves, élégantes et ornées de balcons; adossées presque toutes au même côté de la montagne, elles forment une me unique; de là, la vue erre sans obstacle sur la vallée et le penchant des monts.
Le village de Barèges se compose d'une rue bordée par quatre-vingts maisons environ, dont quelques-unes sont belles; mais la plupart sont des cabanes en bois, des baraques, où les marchands des villes environnantes viennent dans la saison des eaux étaler les produits du pays, il y a environ quatre siècles, les eaux thermales de ce bourg formaient, à ce qu'on rapporte, une espèce de cloaque méphytique, et ce furent leurs fortes exhalaisons qui finirent par attirer l'attention des habitants. Le fameux médecin Antoine Bordeu en signala les propriétés et s'appliqua à en démontrer l'excellence pendant le temps qu'il en était le médecin intendant. On sait que madame de Mainlenon y accompagna, en 1677, le duc du Maine. Ce ne fut pourtant qu'en 1756, lorsque la roule de Tarbes à Barèges eut été ouverte par l'ingénieur Polard, que ces sources devinrent pra-
ticabics et Requirent une juste célébrité. Les deux premières sources dont les habitants faisaient depuis quelque temps usage furent alors recueillies par le fontainier Chevillard, sous la direction de Polard. Les premiers bains construits furent ceux de l'Entrée, du Fond, de Polard ; le bain de la Chapelle fut construit depuis par des ouvriers du pays.
Les annales de la vallée barégeoise peuvent servir à compléter l'histoire de tout le comté. Dés les premiers temps de l'existence de la Bigorre, noos trouvons les habitants de Barèges formés en une confédération puissante , capable de résister aux petits souverains qui régnent à Lourdes. Tous les villages des montagnes de l'est (il y en avait dix-sept) faisaient partie de cette communauté qui avait ses délégués et ses assemblées pour veiller aux intérêts de la vallée ; quelque chose de cette organisation formée au moyen âge dans un but de protection et de défense , reste encore de nos jours , malgré la régularité de notre administration, dans la Société des Vallées, qui a des propriétés communes en bois, en terres vagues, en établissements thermaux, qu'elle exploite ou fait exploiter. Chex les Barégeois , point de seigneurs féodaux , point de serfs de la glèbe. Ce peuple nous apparaît dans la charte constitutionnelle de la Bigorre, donnée en 1097 , en pleine organisation ; constituant en dehors des nobles et des clercs un troisième- ordre libre et indépendant. Le comte de Bigorre , leur unique suzerain et suzerain immédiat, doit leur donner des cautions de ses promesses chaque fois qu'il traite avec eux. Les plus grandes précautions sont stipulées dans la charte pour ne pas irriter ces montagnards quand les troupes du comte traversent le pays; le lieu où elles doivent faire halte est soigneusement flxé, et il leur est sévèrement interdit de rien emporter sous peine d'avoir à restituer le dommage. Ces mesures s'expliquent quand on étudie le caractère turbulent des Barégeois à cette époque; inaccessibles dans leurs retraites, un coup de main était facile peur eux , et des excursions dévastatrices étaient leur vie. Souvent les assemblées de Luz durent être tumultueuses et bruyantes lorsque le peuple des vallées , muni au hasard d'armes de toute espèce, venait y discuter le plan d'une attaque contre telle vallée du voisinage ou d'une incursion dans la plaine. Les comtes de Bigorre curent aussi à redouter parfois l’humeur farouche des habitants des montagnes de l'est ; la lutte dans laquelle la comtesse Béatrix et son Qls Centulle se trouvèrent engagés contre les Barégeois, au commencement du xiv* siècle, le prouve suffisamment.
Barèges, dans le principe, avait été l'une des sept vallées du I.avedan, qui comprenait toute la partie montagneuse de la Bigorre; mais, renfermant à elle seule dix-sept villages, elle s'était constitué de bonne heure une vie et une organisation propres. Elle possédait même une espèce de gouvernement ayant ses prérogatives particulières et siégeant dans le bourg de Luz Du reste , en Lavedan comme en Barèges , la vie des montagnards se ressemblait de tous points ; se regardant comme invincibles au fond de leurs retraites, ils se montraient avides de pillages , de luttes , de combats. Mais l'escarpement et la hauteur de leurs montagnes ne les protégèrent pas toujours contre les entreprises de leurs ennemis. En 1319 , nous voyons les habitants du val de Broto passer en France, se répandre dans les bourgs de Barèges, piller et dévaster tout sans pitié. Les Barégeois se
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rassemblent aussitôt, fondent snr tes Aragonals , et, les poursuivant à travers les défilés, les rejettent au-delA des monts. Les assaillants furent forcés de demander la pais ; ce fut i Gavamie qu'elle fut jurée. Depuis lors , chaque année , è pareil jour, des délégués des deux vallées revenaient sur le même lieu renouveler ’ le serment de vivre en bonne harmonie : les Aragonais 7 apportaient à leurs voisiné comme gage d'amitié et de soumission, du vin et quelques jeunes brebis Au'*'' XYii* siècle, cet usage n'avait point encore été interrompu. Après le traité de Brétigny , qui livrait la Bigorre aux Anglais . les Barégeois furent les premiers par leurs incursions à secouer le joug des étrangers et à fournir des prétextes i un renouvellement d'hostilités. Dans le petit fort de Sainte-Marie , ils firent des prodiges de courage.
Avant de clore cette histoire, racontons le dernier événement qui se rattache i l'existence communale de Barèges. Le 2 juin 1670, on entendit s'ébranler et se répondre les cloches des églises de tous les petits villages dispersés dans les gorges et sur les flancs des montagnes. Toutes appelaient les habitants des vallées A la maison commune de Lui, pour y voir rédiger en assemblée générale leurs vieux fors et coutumes. Jadis Charles VII , en reconnaissance de leurs luttes contre les Anglais, leur avait promis cette rédaction ; c'était Louis XIV qui acquittait la dette du xv* siècle. La compilation des coutumes se fit devant Jean de Formetx, conseiller du roi en la sénéchaussée de Bigorre, par les consuls des districts et en présence des habitants de toute la vallée. *
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L'origine de la ville de Foix remonterait, d'après certaines traditions, à une haute antiquité. Des Phocéens, de Marseille, seraient venus s'y établir et lui auraient donné leur nom ; de là ce mot de Foix ou Fuxum. L'histoire , loin d'être favorable A cette hypothèse, lui est contraire. On ne trouve dans le passé aucune trace sérieuse d'une pareille fondation.
Nous ne pouvons rien dire de Foix A cette époque. Le pays, dont elle devait être plus tard le centre , était occupé alors, comme la plus grande partie de cette lone méridionale, parles Ligures, qui avaient leur siège au-delA des Pyrénées; César nomma leurs descendants en parlant des Tectosagcs du midi de la Gaule. Quelque temps après ce conquérant, nous voyons le territoire de Foix compris dans la première Lyonnaise. De la main de Rome, il passa, au v* siècle, dans celte des Weslgoths ou Wisigotbs, et un peu plus tard dans celle des Franks. Lés ducs
i. Mztc» t nùtoirê du Béam. — Rsidoo, 06i«rvaUonj «nr Im Antoine Bordeu ,
Mimoirti sur Ui Ecus rAn‘ma/««. — Marguerite de Navarre « Mémoires.^ Le duc de Saint- SinMM, Mimoiru, — D’Aveæ, Mtteriquez.
d'A(|aitaine le prirent ven la fln de la domination des rois de la première race , et le livrèrent en partie aux Sarrasins ou Arabes. Il fut réuni à la couronne, quand Charlemagne eut rejeté au-delà des monts ces Orientaux ; mais il ne tarda pas à en être détaché par suite du morcellement féodal qui s'opéra bientdt de tous les cotés. Il dépendit alors des comtes de Toulouse , pois des comtes de Carcassonne ; et c'est ainsi qu'au x* siècle nous le voyons constitué en seigneurie.
Il faut placer dans celte période si confuse et si agitée les commencements obscurs et presque imperceptibles de la ville de Foix. C'est une pensée chrétienne qui semble en avoir posé la preii.iëre pierre. Il y eut du moins de bonne heure une église, dédiée à Saint-Naiaire. Les reliques de saint Volusien furent transférées dans cette église, et telle fut l'origine de la célèbre abbaye désignée sous son nom. D'anciens titres attribuent à Charlemagne la construction de cet étaUissement autour duquel Foix devait grandir. Ce fut comme un trophée religieux du monarque frank, qui venait Je remporter une victoire sur les soldats de l'islamisme. Ia fondation du château remonte-t-elle aussi à cette époque? Faut-il la placer plus lét ou plus lard? Il semblerait résulter de certains témoignages que le château exista avant l'abbaye ; mais il est plus raisonnable de croire qu'il appartient à une date postérieure et qu'il fut destiné, dès le principe, à protéger cet asile religieux. Il ne pouvait guère avoir une autre destination à une époque où le comté de Foix n'existait pas encore, et on la ville elle-même sortait à peine du sol.
Quoi qu'il en soit, l'existence de Foix, comme ville, ne peut être placée au delà du XI* siècle. Roger, comte de (iarcassonne , étant mort l'an 1090, san héritage politique fut divisé entre ses flis, et Bernard obtint, avec le Conserans, la forêt de Bolbone, quelques autres domaines et la seigneurie de Foix. Il flxa son séjour dans cette ville avec sa mère, et bientôt après il y célébra son mariage avec la fille du vicomte de Beziers. Le roi d'Aragon , les comtes de Carcassonne et de Toulouse vinrent relever par leur présence la pompe de ces Dançailles , dont l’éclat fut magniflque , s’il faut en croire les historiographes. Le pays de Foix fut alors érigé en comté par le comte de Toulouse , ce qui indique suffisamment pour Foix un lien de féodalité avec Toulouse et ses chefs. Nous voyons, en effet, les comtes de Foix suivre la fortune des comtes de Toulouse et s'associer à leurs desseins.
Le second successeur de Bernard, Roger II, qui remplaça, en 1111, son père Roger, premier du nom , dut contribuer au développement de la ville de Foix , où son mariage avec une belle Provençale attira , dit-on, un concours prodigieux. On y venait de tous côtés « pour saluer ce thrésor de vertu et de beauté « en qui « paroissoit plus de merveilles et de grâces que de mondaine vanité , plus de désirs d'honneur et de simplicité que de fard. » Mais ce trésor échappa bientôt à Roger, et son second mariage avec une de ses sujettes, Eximène, fut moins favorable à la ville de Foix. Les habitants du pays trouvèrent que le comte avait flétri l'honneur de sa maison : iis se révoltèrent, et le château de Foix faillit être surpris. Roger cependant parvint à comprimer cette révolte.
Sous Bernard-le-Gros, ou Roger lit, en IIW, Foix reçut des développements assez considérables. Ijb nouveau comte, d’après l'expression d'OIhagaray, « travailla longtemps à fortifler ses villes , sçaebant que les forteresses, quoyque petites.
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stout de très grand usage, tant pour abréger ^e guerre que pour enfler et eslever les cœurs des combattants et notamment quand les ingénieux les tracent en lieux propres. » Il fit garnir le chdteau de toutes sortes de munitions ; il jeta en même temps sur l'Ariége un pont à deux arches , qui facilita les communications et de- Tint un ornement pour la ville. Ayant épousé, l'an tlSO, la fille du comte de Itarcelonne, qui fut richement dotée, il la conduisit à Foix, où il en eut un fils, l'année suivante , le célèbre Raymond. C'est & ce Roger que la fameuse abbaye de Saint- Volusien dut en partie sa richesse et sa splendeur. I.e comte lui donna dans ses vieux jours le chéteau de Perles, une bonne partie des fermes de Foix et la moitié du péage du pont. Il lui assura encore d'autres avantages qui leur furent garantis par des titres , dont les originaux étaient religieusement conservés dans l'abbaye.
De grandes secousses ébranlèrent tous le pays de Foix et la viUe elle-ménie, sous Raymond, fils et successeur de Roger. « En ce temps-li, » dit l'historien que noos citons plus haut, » les Albigeois estoient en l'hyver de leur persécution, contraires en tout è févesque de Rome et à toutes les maximes qui estoient puMiment preschées et commandées de son aothorité. » Des apdtres de la nouvelle doctrine parurent à Foix et y firent des prosélytes jusque dans le sein du chAteau. La croisade qui commença en 1209 contre ces hérétiques ne devait pas épargner Raymond et Roger son Gis, leurs alliés. Simon de Montfort parut sur le territoire de Foix et y porta partout le fer et le feu. Le chAteau fut même assiégé. Mais les Foixiens repoussèrent énergiquement les croisés, en leur faisant essuyer des pertes considérables. Du reste le siège ne dura que dix jours. Simon se retira furieux et rêvant mille projets de vengeance. Il devait, disaiUil , faire fondre comme graisse les rochers de Foix et y griller t« maùlre. Les rochers ne furent pas fondas ; tout cet orage s'apaisa , après de nouvelles commotions. Le pays eut à souOi-ir encore de ces étranges croisés, mais la ville de Foix en fut affranchie.
Avant toutes ces agitations et à la veille , pour ainsi dire, de cette grande tempête, les habitants de Foix avaient joui d'un spectacle dont le souvenir dut leur rester longtemps. Un prince étranger, le roi des Iles Baléares, parut au milieu d'eux et y déploya une pompe inaccoutumée. Il avait suivi sur le continent le Bis de Raymond que son imagination aventureuse avait jeté au hasard sur la Méditerranée. Il séjourna quelque temps à Foix et il n'en sortit qu'après avoir épousé la BUe du comte, Esclarmonde, qui alla partager sa royauté insulaire.
Foix relevait de Toulouse, comme nous l'avons vu précédemment. Ce lien fut rompu, après la mort de Raymond , sous Roger Bernard dit le Grand. Le comte de Toulouse affranchit son vassal de l'hommage qui lui était dd, pour l'engager A se détacher du parti des Albigeois. Il est vrai que cette suzeraineté fut remplacée par une autre d'un caractère plus sérieux. Entraîné par le comte de Toulouse , le fils de> ce Raymond , qui avait tant souffert des agitations du midi et qui travaillait aver ardeur à sa pacification , il assembla ses états pour leur communiquer la détc-rmination qu'il avait prise de se placer sous la main du roi de France avec ses terres et ses chflteaux. Cette résolution s'accomplit l'an 1229, Il peut être intéressant de recueillir sur ce fait les paroles d'un vieil historien. « Bon Dieu quelle faute 1 s'écrie-t-il. L'on dira que la maille est bonne qui sauve le denier, qu'il faut perdre quelque
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p«u pour conserver un estât ; mais c’&t perdre tout , perdant la liberté. C'est vivre en valet, en faquin et en serf, et celuy qui combat pour ta tiberté n’a manqué ny de cœur ny de mains. Mais l'on dira que c'est te même hommage que le comte de Tliolouse avoit : ouy, mais autre que te comte ta dient qui lui donnera la glose autre que le texte et l'estendra comme il voudra. C'est la balaine qui engloutit le dauphin, s'il ne continue à travailler pour son journalier entretien; ce n'est point de pair à pair que le comte et le roy. s Les contemporains de Roger Bernard n'approuvèrent point sa conduite et la seigneurie de Mirepoix lui refusa son obédience. Le comte se repentit de l'hommage qu'il avait prêté , mais il n'étaH plus temps.
Rien d'important ne se passa à Foix sous les deux comtes suivants , Roger dit Rotfer et Roger Bernard, si ce n'est que le dernier, après avoir accompagné Louis I\, son suzerain, dans cette expédition de Tunis où il mourut, rentra tristement dans sa ville. Il ramenait avec hii les malheureux débris de la troupe qu'il avait conduite en Afrique.
Des événements d'un plus haut intérêt pour Foix et pour le pays s'accomplirent quelque temps après. Un autre Roger, successeur des deux comtes que nous venons de nommer, s’unit à la maison de Béarn; alliance utile et féconde qui devait engager les états de ce pays à reconnaître la maison de Foix pour sa souveraine, après la mort de Gaston de .Moncade. Ce fut à peu près à la même époque, en 1272, que la ville de Foix échappa à un danger dans lequel il semblait qu’elle ddt succomber. Des différends s’étalent élevés entre Roger et Philippe-le-Hardi, son suzerain. Philippe, irrité de trouver quelque résistance dans un vassal , se jeta brusquement sur le comté de Foix et assiégea la ville. L’attaque fut vivement poussée ; mais la résistance ne fut pas moins ferme et moins énergique. Le roi , dont tous les efforts étaient impuissants, malgré la nombreuse armée qu’il commandait, résolut d'abattre l'énorme rocher sur lequel est assis Rèrement le château. Une pareille entreprise était assez difBcile â une époque où la poudre n’était pas encore inventée. Les travaux commencèrent cependant, et furent suivis avec tant de vigueur que bientôt, d'énormes quartiers de pierre sc détachant de la masse, le rocher allait crouler : il fallait se résigner à périr ou è se soumettre ; le comte prit ce dernier parti. Il obtint sa grâce, et la ville fut sauvée.
Le gouvernement de Gaston , fils de Roger et de Marguerite de Béarn , valut à la ville de Foix l'organisation d’une justice plus régulière et plus stable. Gaston y institua un juge sous le titre de juge mage ordinaire ; il s'appliqua & fixer son pouvoir et ses attributions, et il le rattacha ainsi à un système de juridiction générale qui embrassait tous ses domaines.
La tradition et l'histoire ne nous disent rien de Foix dans les gduvememenLs qui suivent. L’adjonction du Béarn ôtait naturellement à cette ville une grande partie de son importance. I.e séjour des comtes y éUiit moins fréquent : la vie devait y diminuer. Ainsi s'écoulent les dernières années du xiii' siècle et tout le xiv. La vie si brillante de Gaston Phœbus sc passa presque entièrement en dehors de Foix. A la mort de ce radieux représentant du midi, le pays de Foix semblait devoir passer entre les mains du roi de France à qui Phœbus avait fait donation de ses domaines. Mais Charles VI ne crut pas prudent , sans doute , de le saisir. Il y renonça l’an 1391 , par des lettres datées de Tours.
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Noos tronvons dans le xv“ siècle quelques faits qui se rattachent à la ville de Foii ; ils n'ont pas une grande importance, mais nous devons les signaler. Ce fut h Foii que mourut Benoit XIII , l'un de ces prétendants à la papauté qui agitèrent tant i'Ciccident ; il était tombé entre les mains du comte Jean, qui , moins pour supprimer le schisme que pour se rendre agréable au pape Martin , le renferma dans le château , où il acheva ses jours. Gaston , le Qls de ce comte Jean , chercha à embellir Fois ; il fit reconstruire ou peut-être achever le pont qui avait été bâti par Roger IV. C'est du moins à cette époque, l'année lâS6, qu'il faut rapporter la construction de la grande arche. Gaston, pour exécuter ces travaux, fit donner quatre cents éens par son trésorier Amauld Squerrer ; l'abbaye de Saint- Volusien contribua aussi pour sa part, et les échevins de la ville en firent autant.
En dehors de ces faits, l'histoire particnlière de la ville de Foix ne nous offre aucun souvenir, aucune trace jusqu'au milieu du xvi* siècle. Les guerres religieuses qui ensanglantaient tout le Midi désolèrent aussi le pays de Foix et principalement la ville ; les scènes douloureuses qui avaient signalé l'époque des Albigeois se renouvelèrent avec un caractère encore plus grave. Paillés gouvernait alors à Foix pour Antoine de Bourbon, qui avait réuni dans ses mains les domaines de Foix et de Béarn avec la Navarre. Ceux de la religion, comme on disait en ce temps-là, furent impitoyablement poursuivis. L'Ariége roula un grand nombre de cadavres ; des femmes enceintes y furent même précipitées. Quand le calme fut revenu, les habitants furent déchargés des impôts qu'ils payaient. C'était un baume que la maison de Navarre jetait sur leurs cicatrices. Dans ce siècle orageux , Foix passa encore par quelques crises, tristes résultats des dissentiments religieux ; mais elles ne laissèrent pas de traces aussi sanglantes.
Les agitations de cette époque avaient troublé tous les anciens rapports. La justice n'était plus rendue à Foix ni aux environs. François Dusson fut chargé de l'y rétablir. L'intervention de ce magistrat dut être assez stérile ; car bientôt après, en 1605 , le comte de Carmain eut à son tour pour mission de réprimer les actes de violence qui désolaient le pays. Il fit une convocation extraordinaire des Étals à Foix et il y promit solennellement de faire régner l'ordre, tout en respectant les anciens privilèges de la ville, « plus chenus que la vieillesse même. *
Ces États de Foix, que nous venons d'apercevoir, se réunissaient ordinairement chaque année dans le chef-lieu de la province. La session avait lieu en automne et durait huit jours. Le clergé , la noblesse et le tiers-état siégeaient dans l'assemblée. L'évêque de Pamiers y présidait. En son absence , cet honneur était réservé à l'abbé de Saint-Voinsien. Le clergé et la noblesse, à la tête de laquelle se plaçait le comte de Foix , occupaient les sièges les plus élevés : les autres étaient remplis par les consuls des villes , bourgs et villages qui avaient le droit de se faire représenter aux États. On en comptait cent vingt. Le gouverneur de la province tenait le second rang dans ces réunions, du moins dans les derniers temps, et c'était lui qui communiquait à l'a.ssemblée les intentions du roi. Le principal objet des convocations était de payer un subside à la couronne. Un abonnement perpétuel de quinze mille livres était déjà à la charge de la province. Quant an subside, le chiflie en était plus considérable : il se montait à vingt mille livres, sans compter II. .r,
QASCUUNE.
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les frais des étapes et des quartiers d'hiver. Cet impAt était réparti sur cent six groupes ou communautés contribuables. Parmi ces groupes figuraient doute villes et quatre bourgs. Voici les noms des vilies : Ax , le Caria , Foix , le Fossat, Lexat . le Mas d'Azil , Mazères , Montant , Saverdun , Saint-lbara , Tarascon , Varibes. Les bourgs étaient la Bastide de Besplas , la Bastide de Seron, Las-Bordes et Montgaillard.
Quant é ces privilèges, dont l'antiquité paraissait si v chenue > au comte de Carmain , ils se trouvent exprimés en partie dans ce que nous venons de dire. Ils consistaient surtout dans le rôle indépendant des États. On peut y comprendre aussi certaines franchises particulières, certains usages locaux que la distance des temps et fabsence de monuments écrits ne permettent guère de préciser avec exactitude. Dans tous les cas, ces franchises n'étaient pas très-étendues. Foix, par exemple, au point de vue judiciaire, ressortissait de Toulouse, et il en était de même des autres villes du comté. .Militairement , elle faisait partie d'un gouvernement général, qui comprenait, outre la province, le Üonnezan et la vallée d'Andorre. Son château n'était point compris au nombre des places fortes du pays. Sa maréchaussée, divisée en deux résidences , dépendait du Roussillon. Elle n'était le
centre d'aucune de ces deux résidences.
Réunie A la couronne après l'avénement d'Henri IV, la ville de Foix, conune le territoire qui l'environne, tendait à s'effacer dans la vaste unité de la monarchie. Elle était toujours la capitale de ce comté qui pesa fortement, à plus d'une reprise, sur notre France méridionale ; mais le réle qu'elle avait joué , si mince qu'il fût, lui échappait sans retour. Ce comté, dentelle était la tête, devait disparaître luiméroe. I.a révolution le remplaça vers la fin du dernier siècle par un département qui emprunta son nom à la rivière dont les eaux baignent l'ancienne cité des Roger et des Raymond. Foix n'a pas été complètement déshéritée dans cette transformation ; c'est le chef-lieu de ce département de l'Ariége dont la population s'élève à 265,607 habitants. Après l'empire, la ville de Fois a pu croire que le passé n'était pas tout à fait mort. M. de Potignac y fut envoyé comme commissaire du roi. De nos jours, en 1839, une collision déplorable a fixé pendant quelques jours les regards de la France sur la vieille capitale du pays de Foix. Un droit d'octroi entièrement contraire aux usages du pays avait été imposé en dehors de la ville ; ce droit frappait les paysans qui venaient y vendre des tètes de bétail dans une foire assez renommée. Ils s'opposèrent énergiquement à la perception de cet impét extraordinaire. Les habitudes d'indépendance si naturelles à la population des montagnes, les conseils de l'intérêt , quelques restes de cette vieille haine qui a poussé plus d'une fois les habitants des campagnes contre les villes, agirent sur cette masse confuse et désordonnée. Le pouvoir triompha ; mais les réclamations de la presse et de la tribune ont montré suffisamment qu'on aurait pu éviter une lutte aussi déplorable.
Les temps modernes n'ont pas changé seulement le réle politique de Foix. La ville a subi aussi d'autres transformations, sa physionomie n'est plus ce qu'elle était , il y a deux siècles. Les tours de l'ancien château sont encore debout , mais elles ont été rattachées l'une à l'autre par des bâtiments neufs, qui servent de prison ou de caserne. Le château est devenu le palais de justice. L'abbaye de Saint-
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Volasien a disparu. Après avoir été sncceasiTefflent, pendant la révolution, le siège de l'administration départementale, des tribunaux et de la préfecture, elle devint , en l'an xii , la proie d'un incendie qui la consumma presque entièrement. Les constructions qui couvrent le sol sur lequel elle était bâtie en perpétuent le souvenir et l'image : elles ont été élevées en effet sur le même plan. Ce vieux pont que nous avons vu commencer au xii* siècle par i'un des Roger subsiste encore; mais de nouveaux travaux y ont été faits en 1833, et il est plus large aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois. Moins de changements ont eu lien dans l'intérieur de la ville ; on y retrouve le passé plus qo'ailleurs. Les rues sont étroites et mal percées. La plupart des maisons, par les lignes incorrectes et grossières de leur architecture, semblent rappeler un temps déjà placé loin de noos. La population n'a dû changer que d'une manière peu sensible. Elle ne fut jamais bien nombreuse; elle est aujourd'hui d'environ b,857 habitants.
Ce qui a dû moins varier encore, ce sont les mœurs, la langue et l'aspect d’une partie de cette population. Foix, dans les jours de marché, semble retrouver ses habitants d'autrefois. La ville est envahie par la montagne et par les vallées voisines , et en passant au milieu de ces paysans , qui ont conservé l'ancien costume et l’anden idiome, on peut se croire facilement à l'époque où ils obéissaient encore i la vieille maison de Foix. Les temps modernes ont cependant imprimé ieur trace là comme aüleurg. Les bords de l’Ariége sont devenus le centre d'une vie nouvelie. Le commerce et l'industrie y ont pris racine, et on peut dire qjie leurs accroissements ont été rapides. Lel forges de Foix , qui appartiennent aujourd'hui à M. Ruflié, sont célèbres dans le Midi et regardées avec raison comme l'une des principales sources de nos richesses métallurgiques. On a pu admirer dans nos expositions les produits de ces forges.
Foix, qui produit aujourd'hui des industriels et des marchands, n'a fourni, dans les époques antérieures, aucun nom à l'histoire, si l’on excepte quelques-uns des comtes de la première nuison , qui naquirent dans le château. Les noms illustres que nous rencontrons dans ce pays ont eu leur berceau ailleurs. Bayle, ce grand maître de la critique , était né au Curia ; Routtel, ingénieur , auteur du Sysième pliytigne et vt oral de la FrOHce, sortit d'Ax; l'astronome Vidal, cet hormégiste français, comme l'appelait Lalande, et le maréchal Clautel appartiennent à Mirepoix ; et c'est à Pamiers que naquit Éiie, l'un des plus anciens historiens de nos contrées méridionales. Etrangère à la plupart des hommes qui ont illustré le comté, étrangère aussi à la plupart des évènements dont elle a été le théâtre, Foix semble avoir été jadis une espèce d'oasis au milieu de sa province. '
I. Hitloire de Foix , Biam et Navarre, diligemment recueilUe tant des précédents liistorieiis que dt,*s archives desdilcs Maisons, par P. Olbsgany. — Bieloria eomitum Fuix, par Éiie. — Hieioire dee eomtee de Foix de la première race, par Gauchcrend. — Dictionnaire nniverulde la France, par Robert de Uesselo , t. ni.
Digili. byv
Comme Foix , la ville de Pamiers n’a pas eu ile donner son nom à an
comté et de devenir plus tard le centre d’une âe'tnM"fnindc8 divisions adminis tratives. Elle n’est aujourd’hui qu’un chef-lieu d’atiXi||dissement, et on peut dire que son râle politique n’a jamais été plus considérable sons l’ancienne monarchie. Cependant nous trouvons plus souvent h Pamiers qu’é Foix la trace des événements qui ont remué le Midi.
De vieilles traditions et quelques textes des chroniqueurs font remonter la fondation de Pamiers au temps des Celtes; d’antiques ruines, trouvées dans ses environs, semblent confirmer cette opinion. Hais l'archéologie, comme l’histoire, manque i ce sujet de preuves suffisantes , et si nous sortons de ces nuages que nous rencontrons plus nu moins au berceau de toutes les villes , nous sommes obligés de donner à Pamiers une origine plus moderne. Il nous est impossible, d’après le témoignage des monuments authentiques , de reporter ses commencements au delà du x’ siècle. Ni le nom de Pamiers , ni aucun autre de ce genre n’existait alors; mais sur le sol même où s’élève aujourd’hui la ville, nous rencontrons déjà, vers l’an 960, l’abbaye de Frédélar. Cette abbaye, comme celle de Saint-Volusien , attira un château. Ce fut le successeur de Bernard, Roger, deuxième comte de Foix, qui le bâtit à son retour de la Terre-Sainte en llOà. Le belliqueux Roger s’était signalé en Syrie, et il voulut donner à son château le nom de l’une des villes de cette contrée ■: il l’appela donc Appamée ou Appamia. De là ce nom d’Appamyers qui reparaît souvent dans les historiens du àlidi, et principalement dans Olhagaray. Notre mot n’en est, comme on le voit, qu’une abréviation qu’il est facile de rétablir dans sa physionomie primitive.
Au commencement du xii* siècle, Appamyers ou Pamiers n’étaK encore qu’une abbaye protégée par un château. Un viiiage vint se former autour du monastère , le village de Frédélar. Deux autres villages ne tardèrent pas à s’élever dans les mêmes lieux, et la ville de Pamiers fut insensiblement formée par la réunion de ces trois groupes.
L’accroissement de la nouvelle cité fut rapide, comme on le voit par le râle qu’elle ne tarda pas à jouer : Roger étant mort en 1 1 1 1 , le nouveau comte réunit scs troupes dans cette ville , et c’est de là qu’il partit pour alier se marier en Provence. Un événement qui eut lieu quelque temps après, c’est-à-dire en 1118, témoigne mieux de l'importance de Pamiers à cette époque. Les habitants se révoltèrent contre le comte qui , ayant perdu sa première femme, avait cherché des consoiotions dans une alliance moins éclatante. Ces défenseurs trop lélés et un peu hypocrites sans doute du In dignité de leur seigneur furent promptement réprimés.