‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 45 sur 119 · II · texte numérisé non relu

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27i GASCOGNE.

clic exécuta toutes sortes de pas dans sa marche , et avec trop de liberté peutêtre. C’est ainsi qu’elle arriva gaiement & la rue Villeneuve ; là le viguicr de In ville, le baron de Malportel, se présenta devant les danseurs; il était accompagné de Senier, de Ramond et de La Parre, sans compter plusieurs autres adeptes de la religion rérormée. L’austérc vigtiier arrête le ménétrier qui conduisait ce bal errant et vagabond et lui brise entre les mains son tambourin et sa Hâte. La foule accourt et s’associe aux rigueurs du baron de Malportel et de ses compagnons. Ijcs danseurs ne sont pas seulement troublés dans leurs joyeuses évolutions ; un danger sérieux les menace, et pour échapper aux colères qui grondent autour d’eux, la plupart se réfugient dans le couvent des Augustins , les autres vont chercher un asile dans la maison de La Brousse , chef du parti opposé au viguier. Ce fut là que les hostilités commencèrent. Le baron de Malportel et scs amis redoutant quelque désastre pour la ville, ou cherchant à se donner le mérite de la modération, après s’étre livrés à leur emportement religieux, envoyèrent un capitaine, Saint-Just, vers le chef du parti contraire. Au moment où cetoRlcicr approchait de la maison où La Brousse logeait , un coup d’arquebuse se flt entendre; l’infortuné capitaine venait de recevoir une blessure mortelle. A la nouvelle de ce meurtre les esprits s’exaspèrent. On entoure tumultueusement la maison de La Brousse ; des cris de mort se font entendre. Plus violente et plus emportée que le reste de la multitude , une femme court entasser à la liAte , à cèté de la maison, quelques fagots de sarments auxquels elle met le feu. Un cercle de flammes enveloppe bientèt la demeure de La Brousse , qui périt dans l’incendie avec tous ceux qui l’entourent.

Le bruit de ces violences se répandit promptement. Deux capitaines , Sarlabons et Baranave reçurent l’ordre de châtier Ramiers ; ils s’y présentèrent avec leurs troupes; mais ils éprouvèrent une vive résistance. Après avoir fatigué la ville par de vaincs escarmouches, ils prirent le langage de la conciliation et cet artifice leur réus.sit. Ils persuadèrent aux citojens armés de quitter leur position et de s’éloigner , en signe d’obéissance è l’autorité souveraine. On leur 'permettrait d’y rentrer après trois jours et tout serait respecté , leurs biens comme leurs personnes. ^„<>t étrange avis fut accepté : la ville fut évacuée en partie. Il y eut ainsi bien des ^ exilés volontniic.s qui cherchèrent vainement à rentrer plus tard. Ils durent se St d’isperser tristement aux environs, et la plupart d’entre eux ne revirent point leurs

^ 'To&S ces événements couvrirent Ramiers d’un voile de deuil. Rrotestanis et ralholiqucs. diav un avait eu sa part de souffrances. Le sort des réformés fut toutefois le plus déplorable. Ils restèrent envirun dix ans privés de ieurs maisons et de leurs biens, et ce fut grâce à la reine de Navarre qu’ils furent enfin rétablis dans leurs droits. Ramiers alors commença à reprendre son ancien aspect « et ainsi, petit à petit, après ce long et faschciix hyver, elle sentit la douceur d’un • renouveau. »

Ce n’était pas cependant la dernière épreuve qui lui fût réservée dans ce siècle d’agitations et d’orages. La ville avait été remise entre les mains des protestants, et cette circonstance ne contribua pas peu sans doute au mouvement que dirigèrent contre elle, en 1580, quelques gentilshommes ga.scons. I.e moment ('•tait

l'AMIEHS.

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(lu ri’çle favorable pour assaillir Pamiers. Les meilleurs soldais ('■tai(>nl sortis aux Audon et elle semblait abaiidomu-c à ses propres forces.

Les gentilshommes de la Gascogne qui l'attaquèrent, de lumiesan, de Lussan et de Maure, étaient parvenus à gronpi'r autour d'eus quelques centaines de cavaliers et de fantassins, et ils étaient tomla's brusquement, avec cette troupe, sur le territoire de Pamiers. Ils passèrent au point du jour le pont Saint -Martin et |)énétrérent par là jusqu'à la porte extérieure de la place, qui n'ètail pas même fermée , tant était grande la confiance des habitants. Cne seconde porte, qui leur barrait l'entrée de la ville, les arrêta davantage ; mais ils la mirent bientêt en pièces. Opendant la sentinelle qui veillait au haut du clocher avait donné l'alarme. Heureusement pour les assaillants , ils n'avaient devant eux qu'une garde mal armée et incapable de se défendre ; le viguier Itabonite, qui était accouru au bruit, rei'Ut un coup de feu. 1^ troupe envahissante put donc se répandre dans les rues, en poussant de grands cris qui, mêU's au son funèbre du tocsin, jetèrent les habitants dans la consternation et l'effroi. Pamiers eiU été la conquête de ces hardis Gascons sans la résistance qui leur fut opposée aux portes du Pont-Neuf et de l'Étang. Tous leurs efforts échouèrent contre ce double poste. Furieux de cet échec, ils s'en vengèrent sur le reste de la ville, qui fut exposé aux violences, aux déprédations de la troupe assaillante. Cette insolente occupation eut bientôt un terme. Le baron de Caumont, se plaçant à la tête des secours qui arrivaient de tous côtés, eut la gloire de repousser l'ennemi avant le retour d'Audon.

Bientôt après, dans les premières années du xvii* siècle, Pamiers eut un procès célèbre avec les fermiers des salines, qui voulaient soumettre les habitants à l'impôt. Ceux-ci défendirent leurs privilèges, et il existe, à la date de IGOi, une ordonnance où se rencontrent ces mots : u Sa majesté a permis et permet auidits habitants dudit comté de Foix et ville d'Appamyers d'user et se servir du sel dudit 1-anguedoc, dudit pays de Foix ou Guyenne, ainsi que bon leur semblera, et ce pour leurs provisions seulement, sans qu'il leur soit permis faire aucun traffle, entrepôts et magasins d'iceluy sur peine d'estre descheus de leurs privilèges. »

Peu de souvenirs , depuis cette époque , appellent nos regards sur Pamiers , à part les malheurs que lui fit essuyer, en lG-28, le prince de Condé, qui la saccagea impitoyablement. Toutes les révolutions politiques et administratives, que nous avons vu s'accomplir à Foix dans les derniers temps, nous les retrouvons ici. C'est au même moment que Pamiers est réunie à la couronne, c'est la même transformation qui lui assigne un rôle nouveau dans l'organisation moderne de la France. Elle devient un chef-lieu d'arrondissement sans perdre son ancienne prééminence épiscopale.

En parlant des États de la province , nous avons indiqué le rang qu'occupait parmi eux l'évêque de Pamiers. Quant aux institutions et aux franchises des habitants, il ne parait pas <|u'clles aient différé essentiellement de celles des villes voisines. Il y avait une vie politique et administrative qui s'étendait à tout le comte. Les dilférences, s'il en existent, étaient à la surface ; il ne faut point les chercher plus avant.

Pamiers a gardé moins que Foix sa physionomie d'autrefois. L'ancien château, ce vieux compagnon de la vieille ville-abbaye , a disparu. Il n'en reste pas même

des ruines ; mais en s'effaçant du soi, il a demeuré, en quelque sorte, dans la langue du pays. On a donné le nom de Catlellal à la place qu’il occupait. C’est aujourd’hui une magniQquc promenade d'où la vue erre au loin sur ies plus beaux horizons.

La population de Pamiers, qui est la plus considérable du département de l’Ariége , ne va pas au-delà 6,018 habitants. Par ses mœurs , son caractère et sa physionomie, elie est sœur de celle de Foii. Le cours de l’Ariége, en rattachant l’un à l’autre ces deux principaux centres du département, n’est que le symbole de cette unité de vie qui les lie encore dans les temps modernes comme au moyen âge. Pamiers a des fabriques de serge, d’acier, de faux et de limes, et quelques Olatures de laine et de coton. L’arrondissement, dont elle est le chef-lieu, est le second de l’Ariége , et contient 78,756 habitants. ■

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