‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 47 sur 119 · MIREPOIX · texte numérisé non relu

MIREPOIX

core : véritable nid de tyrannie féodale, ou rempart utile contre les entreprises des Sarrasins. Quelques maisons furent construites au pied de la colline, sur la rive droite du Lers, et ce groupe d’habitations prit, à son origine, le nom de âhrapech ou Mirapic. Ne regardait-il pas en effet le sommet ou le pic de la montagne? Ue Mirapic ou Mirapech, on Ht bientôt Mirapoix, comme nous le voyons dans les écrivains du xvi’ siècle; c'est de ce dernier nom que, par une modiOcalion nouvelle, ou a formé Mirepoix.

Pendant la guerre des Albigeois , cette forte position attira l'attention des croisés. Ils se présentèrent devant Mirepoiz en 1209, et la cité naissante tomba en leur pouvoir. Le château fut donné à l'un des lieutenants les plus braves de Simon de Montfort, Guy de Levis, qui re{ut le titre de maréchal de la fui, à cause du rôle important qu'il joua dans ces luttes religieuses. La ville et le territoire voisin compris dans l'apanage de la maison des Lévis constituèrent la seigneurie de Mirepoiv. C'était là un démembrement fâcheux pour la province et surtout pour scs chefs Le belliqueux Raymond était alors comte de Foix. A peine est-il sorti des embarras de la croisade, qu'il songe à ressaisir le cliâteau. En 1223, au milieu d'un rigoureux hiver, il assiège Mirepoix ; mais si l'attaque est vive , la résistance est obstinée. On en vient bientôt, de part et d'autre, à des pourparlers. Raymond réclame , au nom de ses droits, au nom des traditions de sa famille : Lévis lui oppose la décision du roi de France et du pape, qui ont fait de Mirepoix un apanage en faveur du maréchal de la foi et de sa maison. Les hostilités allaient recommencer lorsque le comte proposa au nouveau seigneur de devenir son vassal. Lévis, trop faible pour résister à son puissant adversaire, souscrivit à cette proposition, et Raymond se retira en emportant son hommage. Malheureusement pour lui, il emporta en même temps les germes d'une maladie qu'il avait contractée sous les murs de Mirepoix, et dont il mourut bientôt après.

Ce lien de vassalité, qui rattachait Mirepoix au chef-lieu de la province, fut rompu six ans plus tard (1229). Roger, le (ils de Raymond, venait d'accepter la suzeraineté de Louis IX. Le seigneur de Mirepoix , qui se trouvait ainsi l'arrièrevassal de la couronne , fit déclarer au comte de Foix qu'il ne voulait pas tant de maîtres, et qu'il renonçait à lui obéir pour prêter directement hommage au roi de France.

Sur la fin de ce siècle , en 1 289, le Lers grossit tout à coup , et ses eaux , s'échappant de son lit, se répandirent dans les campagnes voisines. Celte inondation présenta un caractère tout à fait tragique. Les habitants de Mirepoix furent obligés de fuir; quelques-uns furent emportés par le torrent avec leurs maisons. Ce fut une ruine complète. Le château seul, grâce à sa position élevée, put échapper à cette grande catastrophe. Quand la rivière se fut retirée , on se hâta de rebâtir la ville; mais on la transporta ailleurs. La rive gauche, siège de la ville actuelle, reçut les habitants qui venaient d’être si douloureusement chassés de la rive droite. C’était la seconde fois que Mirepoix sortait de ses débris.

Dans les premières années du siècle suivant, en 1318, la nouvelle ville fut érigée en évêché , d'où l’on peut conclure que ses progrès avaient été rapides après ce grand désastre, et qu'elle était redevenue déjà un centre de population assez considérable. Cette prospérité ne tarda pas a être troublée par de nouveaux malheurs.

Gne troupe de maraudeurs s’était organisée sous les ordres d’un chef audacieux et entreprenant, nommé Jean Petit : res redoutables pillards sc jetèrent dans la ^illc, en 1363, et emportèrent tout ce qu’ils purent convertir en butin. Non contents de l’avoir dépouillée, ils y mirent le feu. Mais Mirepoix échappa en grande partieaux flammes. Ce fut à la suite de cette cruelle surprise que les habitants, pour se soustraire désormais à de semblables périls , creusèrent de larges fossc^ autour de la ville , et l’entourèrent de murailles, qui ne donnaient accès dans l’enceinte que par quatre portes.

Après ces jours désastreux , les annales de .Mirepoix ne nous présentent aucun souvenir intéressant pendant une période d’environ deux cents ans. Il faut sc transporter au xvi* siècle pour rencontrer quelques faits dignes d’étre enregistrés dans nos pages. En 1563, la seigneurie de .Mirepoix s’enrichit d’un nouveau domaine. La baronnie de ’ferride fut apportée dans la maison de Levis par Ursule de l.omagne, Olle du baron deTerride, laquelle s’unit à Jean, treizième seigneur de Mirepoix. Il fut convenu, dans cette circonstance, qu’à l’avenir les noms des deux familles seraient associés : nous voyons, en effet, l’un des enfants issus de ce mariage porter le nom de Terridc, et s’appeler en même temps Jean de I-évis. Ce comte, qui fut à la fois le charme et la terreur de ses voisins, s’il faut en croire les relations du temps, mourut au château de Mirepoix auquel il laissa, comme un dernier souvenir, le nom si redouté de Terride.

les guerres du protestantisme, qui éclatèrent à cette époque, ne paraissent pas avoir réagi bien sensiblement sur Mirepoix. les successeurs des Lévis et des Terrides ne parurent pas d’abord favorables à la religion nouvelle ; mais nous voyons bientôt après des membres de leur maison embrasser la foi protestante.

Au XVIII' siècle, Mirepoix donne tous ses soins à des travaux d’utilité publique, le dernier de ses évêques, M. de Cambon, fait jeter les fondements d’un^vaste hôpital qui est commencé en 1780, et terminé en 1789. A la môme époque, le Lers reçoit un pont qu’on peut compter parmi les monuments de ce genre les plus remarquables du Midi. Ce pont , construit en belles pierres de taille, a sept arches d’environ vingt mètres d’ouverture. Il fut bâti d’après les principes de l’architecte Peyronnet et sur le plan de M. de Garigny, membre de l’Académie des sciences de Toulouse et ingénieur de la province de Languedoc. Les travaux de construction ne durèrent pas moins de quatorze ans (1777-1791).

Ce pont du Lers n’était pas encore terminé que déjà la révolution avait changé la face de la France. Mirepoix se ressentit, comme les autres villes du comté, de ce grand mouvement. Elle avait appartenu jusqu’alors à la maison de Lévis ; ce reste de féodalité disparut, et le château qui en était le dernier signe fut démoli. Il ne s’effaça pas entièrement toutefois. Outre la tour carrée, qui subsiste encore et qui est habitée, on peut en apercevoir des restes dans la vieille enceinte des fossés, qui ont été comblés en grande partie. Une cour entourée de meurtrières, des pans de murs flanqués de tourelles, rappellent aussi quelques traits de l’ancienne physionomie de cette demeure féodale.

Avant la révolution de 1789 , Mirepoix n’avait guère eu de rapports politiques ou administratifs avec Pamiers. La révolution l’en a rapprochée doublement. Comme chef-lieu de canton, elle fait )>artie de l’arrondissement dont cette ville

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est le centre; et le concordat de 1801 lui ayant enlevé son évéque, c’est encore de Pamiers qu'elle relève religieuseraeut.

population de Mirepoix est peu considérable, on y compte 3,633 habitants. L'aspect de la ville, grèce à la rivière qui la baigne et aux plantations qui l'environnent , ne manque pas d'agrément ; mais elle offre peu de mouvement et de vie. Elle fait cependant le commerce des grains, des bois de construction . des bêtes à cornes , et l'on y trouve une filature hydraulique de laine. Si peu considérable (|u’elle soit , Mirepoix est l’un des principaux centres du département de l’Ariége. Moins belle que Pamiers . elle a une physionomie plus moderne que Foix , et si ces villes l’emportent sur elle pour l'illustration historique, du moins elle a eu la gloire d'étre plus féconde en hommes célèbres. '

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La petite ville de Mazères, moins ancienne et moins importante que les autres villes du comté de Fois, dont nous venons de parler, a pris cependant une part fort active dans les événements des siècles passés. Pendant longtemps, ce point presque imperceptible semble même avoir voulu attirer à soi toute l'histoire du pays.

Nous ne rencontrons nulle part le nom de Mazères avant le milieu du xir siècle. Le quatrième comte de Foix, Roger, cédant à son goût pour la solitude, disent les historiens, se retira dans sa maison de !Hazères. Ce n'était donc pas, à cette époque, une ville ni même un village. La manière dont Roger y passa une partie de sa vie indique assez que c'était une véritable retraite, et quelques paroles d'OIhagaray viennent è l'appui de cette opinion : « Or le comte , grand chasseur , se tenant en sa maison, rapporte-t-il, sortait sur la plaine, ennemi de l’oisiveté et du repos, non moins qu' Alexandre et Cu’sar, amis de l'inquiétude et des difficultés. » Roger s’atlaclui de plus en plus b cette demeure solitaire. Quand les glaces de la vieillesse eurent refroidi son activité , il aima encore à s'y reposer, « tant pour adoucir les incommoditez de l'aagc de soixante dix ans qu’il avoR atteint , et le filer doucement, servant à Dieu et bien-faisant aux hommes, que pour retirer son esprit de la presse des affaires publiques. » Il y mourut, en 1188, dans les humbles loisirs de cette calme et paisible vieillesse, consacrant, par ce premier souvenir, un séjour qui ne devait pas tarder à devenir célèbre. C'est de là que ses dépouilles furent transportées à Foix.

Raymond, 61s et successeur de Roger, se fixa aussi par intervallles à Mazères.

\.Galiia chrittiûna. — Bûtoirt générale du Languedoc^ par D. ViiKieUt. — tes Départemenii pyrénéens , par ntiinèfi;e. — Blstoire de Foix, du Béarn et de ta léatorre , |nr Olhagarav.

Il SC tronvait dans cette résidence, quand le roi des Iles Baléares vint le visiter. Le comte reçut le monarque voyageur avec distinction , et la solitude de Mazères fut envahie, dans cette circonstance, par une foule d'etrangers qui étaient accourus pour voir sa majesté insulaire.

1.6 territoire de Mazères dépendait de Bolbonne. Mais les abbés n'en étaient guère les maîtres. I.es secousses qui ébranlaient le .Midi , surtout è l'époque dont nous parlons, ne leur permettaient pas de sortir de leur couvent , où ils vivaient en prisonniers. Un abbé plus actif et plus entreprenant que les autres, Azémar, « pour faire voir le regret qu'il avoit de moisir tousjours lé , « résolut de créer dans la {daine de Mazères un centre de (Hvpulation. N'était-ce pas le meilleur moyen de se rendre maître du sol et d'élargir le cercle étroit dans lequel il avait été enfermé jusqu'alors? L'abbé était habile et avait une connaissance profonde des choses de son temps : il comprit que , pour assurer l'exécution de son plan et en retirer les avantages qu'il en attendait, il avait besoin d'un allié. Il s'adressa au comte de Fois dont la sanction, disait-il très-politiquement , lui était nécessaire, et se déclara son vassal. L'acte qui établit ce lien entre le comte et l'abbé nous a été conservé : c'est le récit de la fondation même de Mazères, comme bourg ou plutôt comme ville. Voici les paroles de ce document précieux que nous reproduisons dans sa forme originale. Il est daté de 1231. Cognovimus bonum esse populalionem hominum in nostro AUodio Franco facere , silo <1 constituto in par- Tochia nostrœ Ecclesiœ, tancii Pétri de Mazeriis cujus décima et premicia ad tiostrum spectae monaslerium, pleno jure in loco vocato ifazeras, guod facere non valemus sine eonsilio et voluntate domini Hogerii commitis Fuxi, noslri patroni monaslerii, in cujus commitalu et dislrictu est locus populationis prœdictœ. Hague non inducii dolo, negue uUà fraude circumventi, sedmerâ ac sponlaned voluntate ac gratid, damus, eoncedimus medietatem totius illius loci.

L'abbé de Bolbonne , en faisant hommage au comte de Foix de ce territoire de Mazères, eut bien soin de garder ce qu'il y avait de mieux : il se résena les moulins, les eaux, les aqueducs, les rivières, c'est-à-dire, à peu près toutes les sources des revenus. Un tribunal fut donné à la ville nouvelle au nom de ses deux maîtres. I.e comte et l'abbé reçurent le serment du juge et des greffiers, et on établit des ^ règlements pour servir de lois à la population qui venait s'asseoir dans ce nouveau foyer.

Ce qu'il y eut peut-être de plus remarquable , ce fût la convention qu'Azémar fit signer à son suzerain. On y reconnaît sans peine la prudence cauteleuse d'un homme qui se défie de la force. Voici les trois articles de cette convention : 1* a Aucune compagnie de gens d'armes ne {wurrait séjourner dans la ville ; 2° il n'y aurait point de châtelain perpétuel, et ce n'était qu'à cette condition que les comtes de Foix devaient pouvoir y bâtir des châteaux |M>ur leur demeure ; 3° nul couvent n'y serait fondé, et on n'y introduirait aucune espèce de moines. » Pour attirer sans doute plus d'habitants dans Mazères, on y établit, à cette époque, en faveur des pauvres une distribution de blé qui devait se faire au couvent de Bolbonne, et qui donna lieu, plus tard, à quelques contestations.

Bientôt après, Roger Rotfer, ce même comte de Foix qui venait de concourir à la fondation de la bourgade, termina ses jours à Mazères, l'an 1235, Il devait, sur la

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MAZEKES.

demande des habitants, être enterré dans l'abbaye de Kolbonne ; mais il parait qu'il en fut autrement. Aucun document sérieux n'établit que ses restes y nient été déposés. Gaston , onzième comte de Foix , y fut enseveli environ un siècle plus tard , en 13Vi, et on y célébra ses funérailles avec la plus grande pompe. .

Un spectacle plus imposant fut donné à Mazeres sous Iq gouvernement de Gaston Pheebus , son successeur. Charles VI , qui occupait alors le trrtnc de France, tranquille un instant du c6té du nord , avait résolu de faire un voyage dans le midi où l'appelaient les intérêts de la couronne et sans doute aussi le désir de voir un monde qui lui était inconnu. Il partit de Paris en 1389 , et après avoir séjoorné dans plusieurs villes où les préoccupations du pouvoir laissèrent quelque place au plaisir, il se dirigea vers Mazères. Gaston Phœbus, invité par Charles, était allé joindre le roi h Toulouse. C'etaient la France du nord et la France du midi avec leurs mœurs et leurs physionomies différentes qui se visitaient avec solennib', mais en même temps avec bienveillance. Il y eut de la surprise et de l'admiration de part et d'autre, d'après le témoignage des historiens contemporains. Le midi parut étincelant et magnifique au nord, qui avait des allures moins vives et qui n'avait pas encore entièrement dépouillé l'ancienne rudesse. Ce fut surtout à Mazéres que l'étonnement dut redoubler : tout y avait été préparé pour charmer le monarque et sa cour. .\u moment où Charles VI approchait du château, il aperçut sur la route un troupeau de moutons et de bœufs gras, conduits par des bergers et des bouviers, qui avaient la plus belle mine et qu'on aurait pu prendre pour a des descendants de ceux qui paissaient les troupeaux du temps des patriarches et qui souvent étaient des rois. » Le monarque reçut de la main de ces hommes le magnifique troupeau qu'ils conduisaient. Ils lui offrirent en même temps au nom du comte plusieurs chevaux, sortis des haras de Mazères et ornés de colliers avec des sonnettes d'argent. Lorsque Charles fut arrivé , il se vit , à sa grande surprise, en présence de ces bergers et de ces bouviers d'un instant qui avaient revêtu un splendide costume et étaient rentrés dans leur rôle de chevaliers. Cet accueil, où la chevalerie méridionale déployait librement sa fantaisie en même temps que sa grâce , préluda de la manière la plus agréable à des jours de plaisirs et de fêtes. Il y eut des joùtes au château ; une couronne d'or fut proposée par Gaston Phœbus à celui des chevaliers du pays qui lancerait le mieux le javelot. La flatterie y mettant du sien, il est bien permis de le croire, le prix fut remporté par le roi ; mais il l'abandonna à ses concurrents Les jours s'écoulèrent ainsi avec la plus grande rapidité, et chaque moment augmentait l'admiration et l'enthousiasme de Charles pour son hôte.

r.ependant des pensées plus sérieuses se mêlèrent à tout ce bruit de fêtes et de plaisirs. Il ne suffisait pas au roi d'avoir obtenu du comte â Toulouse la cession de scs domaines après sa mort. Charles visitait surtout le midi en pacificateur. A sa demande, Gaston retira son appui à la ligue formée contre le comte d' Armagnac et s'engagea à s’adresser â la couronne dans le cas où les hostilités viendraient à éclater.

Avant de se séparer de l'héroïque représentant de la maison de Foix, Charles VI lui prodigua tous les témoignages d'estime et d'amitié et le proclama devant sa cour le plus grand capitaine de son temps. Les officiers qui accompagnaient le II. 3G

roi, reçurent à leur départ « des chevaux, des habits magniflques et autres chose.s rares et royales. » La magiiiflcence et la générosité du comte de Foii ne lui firent pas dépenser moins de quarante mille francs, somme considérable pour cette époque.

I.a fln du XIV* igècle nous fournit un autre événement assac important dans l'histoire de Mazéres. Le successeur de l’hœbus, Mathieu de Castelbon, était mort en 1399. Sa cousine, Élisabeth de Foii, é|K>use d'.Archambaut, se porta son héritière. Mais le roi de France, en s'appuyant sur l'acte de cession dont nous avons parlé, lui disputa cette riche dépouiUe. Le comte de Sancerre, qui était revêtu de la dignité de connétable, vint avec une armée prendre possession de Mazéres. Il rendit les habitants favorables à ses intérêts en promettant de respecter leurs franchises. Mais une puissante résistance s'organisa de toutes parts au dehors. Archambaut, appuyé par des forces nombreuses, repoussa le comte de Sancerre et ressaisit l'héritage de sa femme. (Cependant comme il « estoit dangereux de se rendre ennemi irréconciliable d'un grand et puissant monarque qui est comme la baleine dans la mer, la maîtresse absolue de tous les poissons qui sont sous ses ondes, » il flt un voyage à la cour pour y faire sanctionner sa prise de possession.

Dans le siècle suivant, l'histoire de la ville se réduit à quelques faits moins importants. I>e successeur d'.Vrchambaut et d'Élisabeth, Jean, seizième comte de Foix, vient mourir à Mazéres, en U3G. Plus de cinquante ans après, en 1489, nous y voyons naître ce bouillant tiastun , qui se montra avec tant d'éclat dans les guerres d'Italie, comme on peut le voir dans les belles pages de Guichurdin. EnOn, en 1493, l'imprudence d'une nourrice mit le feu au château, qui devint la proie des flammes. L'incendie marcha si vite qu'il fut impossible de le combattre ; tout fut consumé. Le bruit se répandit et il a été répété que la plupart des richesses du chèteau furent jetées au fond de ce grand puits qui se trouvait dans son enceinte.

Au milieu des guerres albridenques et narbonnaiscs qui éclatèrent à cette époque, et dont nous avons indiqué ailleurs l'origine, Mazéres se déclara pour le vicomte de Narbonne. Quand l'orage fut apaisé , elle lui fut donnée avec quelques autre.s villes, et elle devint sa résidence ordinaire.

Environ soixante ans plus tard , un déliât assez intéressant eut lieu à Mazéres. On n'a pas oublié l'institution de l'aumône en nature qui remontait aux commencements mêmes de la ville, et qui consistait dans la répartition périodique de cent setiers de blé entre les familles indigentes. C'était le couvent de Bolbonne qui était chargé, comme nous l'avons vu. de cette distribution. Il parait qu'il ne s'en acquittait pas avec une grande justice , et que les pauvres étaient frustrés d'une partie de leurs droits Des plaintes se Urent entendre, l'n désordre profond avait gagné l'abbaye, et sa mauvaise administration était le moindre de ses torts. Les consuls de Mazéres, en présence de cette anarchie , s'adressèrent au parlement de Toulouse et réclamèrent l'observation de l'ancien règlement. En 1554 ils obtinrent un arrêt favorable aux pauvres, et ils furent chargés de faire eux-mêmes la distribution. Cette décision judiciaire fut-elle ponctuellement exécutée? on pourrait en douter avec quelque raison. Nous voyons en effet deux arrêts du même genre émanés du parlement fi des dates postérieures. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'un

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siècle après, les religieux contestaient encore aux magistrats le pouvoir dont ils avaient été investis par la première cour du Languedoc.

Le jugement du parlement de Toulouse était à peine rendu, que Mazères fnt atteinte par l’épidémie qui , vers le môme temps , se répandit dans Ramiers. Le fléau pénétra dan* la ville en I5C3, et y causa d’assez grands ravages. Aux calamités physiques succédèrent les agitations religieuses. Les dor trincs de la réforme avaient trouvé des prosélytes à Mazères où .\ntoinc de llourbon , alors comte de Koix , fit prêcher le nouveau symbole, l ne assemblée de protestants eut lieu dans l’enceinte de la ville : d'illustres personnages y parurent, entre autres le comte de Gaumont , et il fut résolu qu’on irait rejoindre les princes. Le départ des chefs et des soldats calvinistes fut marqué par l’incendie du couvent de Bolbonne; mais les moines avaient eu le temps de s’enfuir et de sauver leurs richesses. L’armée catholique, profitant de l’état d’abandon où elle était, se précipita dans la place, et Marquein en fut nommé gouverneur. La paix de 1568 rendit quelque calme nu pays; il est vrai que cette paix n’était guère sérieuse. Ce fut plutôt « un piège de déception et un oreiller trop mollet sur lequel on csgorgea une infinité de brebis, qui se laissèrent piper par l’apparance et espérance d’un notable repos. » Quoi qu’il en soit , le vicomte de Gaumont arriva & .Mazères avec l’édit de pacification , et fit sommer les consuls de réintégrer dans leurs biens ceiix des habitants qui avaient pris la fuite. On ne répondit à cette soitunation que par des menaces contre les protestants. Toutefois, l’édit ayant été publié ù Toulouse, la ville consentit à ouvrir ses portes aux réformés, à condition qu’ils livreraient leurs armes et qu’ils se présenteraient sans aucun appareil de forces. Iji proposition ne fut pas acceptée. Un exemple récent avait douloureusement appris aux protestants combien ils devaient se tenir en garde contre toute trahison. Surpris dans leur bonne foi , ils s’étaient vus poursuivre et massacrer par leurs adversaires qui les avaient frappés impitoyablement. Ils furent plus avisés en cette circonstance; ils refusèrent de rentrer dans leurs foyers et gardèrent leurs armes.

Ils ne tardèrent pas à avoir l’occasion de s’en servir. lorsque la paix fut rompue, le vicomte de Gaumont rassembla rapidement ses troupes , et se jeta sur .Mazères. U y entra pendant la nuit. La cause du protestantisme fut vengée avec la rudesse et l’èprcté sauvages des mœurs de ce siècle. Il y eut un grand massacre de catholiques. Geux qui purent échapper à cette boucherie se réfugièrent dans le chdteau, où ils reprirent quelque courage. Mais se voyant condamnés à des efforts inutiles , ils capitulèrent. On leur permit de prendre le parti qui leur conviendrait le mieux ; les uns restèrent dans la ville, les autres en sortirent pour aller chercher le repos ailleurs.

Le vicomte de Gaumont ne resta pas longtemps maître de Mazères. C’était une lourde charge que son gouvernement. Des mécontentements étant venus à éclater, il se laissa aller au découragement et se retira dans ses terres.

A peine se fut-il éloigné qu’on le regretta. De nouveaux pèrds vinrent menacer Mazères. Ilcllegarde se présenta sous scs murs, en 1569, à la tète des catholiques pour en former le siège. Il y eut quelques escarmouches qui tournèrent à l'nvaiitage des habitants. Ge fut à cette occasion qu’on mit le feu à la maison Abbatiale « une des plus anciennes et belles pièces de tout le comté. » Cje sacrifice dut être pénible

■nais il t'-lail dt'wim iioiossaire : la maison Abbatiale, située sur les Tossés de la \illc, pouvait servir farilcment de foyer d’attaque. assaillants, surpris de rencontrer une résistance si obstinée , prirent le parti de se retirer. Mazéres était menacée d'une agression plus formidable. Pans le cours de cette même année , trois corps d'armée l'assiégércnt en même temps. Ils étaient commandés par le seigneur de Mirepoix, le capitaine Clairas et le maréchal d’Anville. A la suite du maréchal venaient quatorze pièces d'artillerie , terrible attirail de guerre à cette époque. I.a place fut attaquée avec la plus grande vigueur, mais la défense ne fut pas moins énergique. Les hommes manquaient : les femmes les remplacèrent génércusemciil. Tous s’armèrent, tous résolurent de mourir. C'étaient de continuelles évolutions dans la ville. On se précipitait partout au-devant du péril. Les invocations et les prières se mêlaient au bruit des armes ; car la religion dominait tous CCS mouvements. L'ennemi fut repoussé dans un premier assaut : il voulut en tenter un second, mais il ne fut pas plus heureux et il laissa le fossé jonché de cadavres. Le ministre Jean Sevin se distingua par son courage et son intrépidité dans cette circonstance. Le diacre Goudet mourut la pique à la main , en bravant les soldats catholiques et en criant de toutes ses forces : JHesse, tu n’ entrerai pas !

L’héroïsme, comme toutes les grandes passions, a ses heures d’affaissement. L'ardeur des assiégés se ralentit; quelques-uns commencèrent à songer à un accommodement. Un ami du maréchal d'Anville, Marbiel, qui était tombé entre leurs mains, proOta de ces dispositions pour parler de paix, et il offrit d'être l'intermédiaire entre la ville et l'armée assiégeante. Ces ouvertures furent acceptées; trois citoyens, Michel, Noël et Viguier, se rendirent au camp. Ils y arrêtèrent les bases d'une espèce de capitulation : il fut convenu que les assiégés resteraient à Mazéres , si ecla leur convenait, et que Marquein reprendrait le gouvernement de la ville. Ainsi finit ce siège mémorable, pendant lequel on avait tiré mille sept cent soixante coups de canon.

La place fut remise A Marquein, comme il avait été convenu : il ne la garda pas longtemps. Marquein avait avec lui quelques compagnies provençales : habituées a tous les désordres , ces bandes licencieuses épouvantèrent la ville par leurs excès et SC livrèrent à la débauche la plus effrénée. S’il faut en croire des récits empreints peut-être d'exagération, on vit quelques uns de ces misérables se mettre tout nus à la poursuite des femmes et se porter publiquement aux dernières violences.. (U;lte soldatesque insolente fut châtiée comme clic le méritait : surprise dans un moment d'orgie, elle périt presque tout entière et expia les crimes dont elle s'était souillée. Ceci se passait en 1570, quelques mois après la capitulation de Mazéres.

A la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy, le vicomte de Gaumont sortit de sa retraite. Il ressaissit d'uoe main ferme le gouvernement de la ville et y rétablit l'ordre et la discipline, qui semblaient en être bannies. Malheureusement la mort frappa, en 1573, cet homme d’un caractère si énergique : il n’était pas facile aux protestants de le remplacer. On alla chercher à Montauban un brave capitaine, lagujinerie, et on lui conlia ce poste important. Le nouveau gouverneur ne deineiira pas longtemps à .Mazéres. Son frère ayant été assassiné â côté de lui, victiiiu' d’une vengeance particulière, il se hâta de quitter la ville.

SAINT-BEKTHAM) DE COMMIMGES. iS.'i

Quatre ans plus tard, eu 1578, Henri de Buurbuu ) passa quelque temps, el Marguerite de Valois y fit solennellement son entrée. Cependant les guerres de religion touchaient à leur fin. Il y eut encore quelques alarmes ; mais elles furent peu sérieuses. Avec i'avénement de Henri IV au trône de France finit le rôle politique et militaire de la petite ville de Mazéres. Ce n'est plus aujourd'hui, comme .Mirepoix, qu'un chef-lieu de canton, compris dans l'arrondissement de Pamiers. Sa population est moins considérable que celle des autres villes de l'Ariège ; on n'y compte pas plus de .7,170 habitants. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que Maièrcs a perdu son ancien aspect militaire. Les souvenirs et les traces de ces luttes dont elle fut si .souvent le théAtre semblent effacés autour d'elle. Bien n'y projette l'ombre de son passé ; on peut dire qu'elle est doublement deshéritée de sa vie d'autrefois. '

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