‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 48 sur 119 · SAINT-BERTRAND DE GDMMINGES. - SAINT-GAUDENS · texte numérisé non relu

SAINT-BERTRAND DE GDMMINGES. - SAINT-GAUDENS

MURET. — SAXKT - GIIiOKS. — BAOKÈBES - BE •BUCRON.

I.p pays désigné sous le nom de Comminges a eu, pendant une longue suite de siècles, sa vie propre, sa conslitiilion régulière, ses institutions, sa religion indigène, sa langue, ses règlements, ses lois, ses coutumes autochlhones. Il a conservé . sans les perdre, au milieu de ces luttes et de ces efforts par lesquels la France a si lentement cr^ sa carte et limité son bassin , les empreintes de liberté qu'il devait A sa i>ositiun cl A son origine.

On ne retrouvera bientôt plus, dans notre nation, ces types distincts, ces reliefs accentués , qui sont comme les médailles vivantes d'une race, comme l'expression d'un caractère.

Peu A peu l'action irrésistible de la centralisation efface les anciens vestiges ; semblable à une pompe immense, elle va, pour ainsi dire, aspirer jusqu'aux extrémités du terriloirc tout ce qui reste d'originalité locale, et y refoule ces flots de lumière émanés de ce centre où la grande unité française rayonne dans tout son éclat. Travail merveilleux de fusion, où ce que l'on perd vaut beaucoup moins que ce qu'on gagne : travail qu'il faut encourager et bénir comme le produit de notre révolution qui a su faire de notre peuple le plus puissant de l'Europe parce qu'il est le plus homogène. Devant ce culte de la grande patrie, on doit savoir ne pas regretter la petite indépendance de la bourgade. Le mouvement prodigieux d'assimila

I. Histoire de Fois, Béarn et IVavarre, parOlhagaray. — Chroniques de Froissart. — Histoire générale, du iMnguedoc , par D. Vaisselle. •^Histoire des comtes de Fois de la première race |K«r Gaticheratid.

tiuii imprimé par les cinquante années nos contemporaines, a été bienfaisant pour la contrée modeste et forte dont nous allons rapidement rappeler les historiques souv enirs ; mais nous voulons d'abord, h l’ombre de ces mêmes souvenirs, constater ce qui la distingue.

D'autres portions du territoire ont été redevables a la royauté de les avoir affranchies des tyrannies féodales, d’avoir accordé à leurs villes des franchises et des immunités; mais les desv-endants des Convenre, enfants de ces montagnard» qui peuplèrent le Comminges et le Nébouzan, et qui firent leur sort cui-mémes, s'ils proclament avec joie les bienfaits de la révolution française, ils ne doivent rien à la monarchie.

Ils étaient pays de franc-alleu , ils avaient leurs communautés gouvernées par des consuls, des consuls choisis par le vote libre et populaire; ils ne concédaient qu'à eux-mémes le droit du régler les foires, les marchés, les mesures intérieures de police et ne payaient d'impôts que ceux qui étaient consentis par leurs représentants. I-a part de dignités et de pouvoir faite au clergé était honorable , mais il fut toujours tenu dans ses limites, sans qu'on lui permit de les dépasser. Les nobles étaient maîtres sur leurs manoirs, forts par l'épée, brillants à la guerre, et le peuple les avait bravement secondés quand il s'agit de défendre l'indépendance des opinions religieuses si ardemment poursuivies dans la croisade contre les Albigeois ; il les suiv it encore au combat quand il s'agit de secouer la domination anglaise, dont le seul voisinage soulevait le cœur; mais la guerre finie, nobles et clercs reprenaient leur place, et l'on ne souffrit pas ici que le manteau de la gloire couvrit la moindre usurpation.

Les institutions ne furent modifiées que par les mœurs ou la volonté de la population : et quand 1a monarchie s’est incorporée, en li90, le Comminges et le Nébouzan, elle a trouvé dans les villes des chartes écrites, consacrées par un long usage; elle a trouvé dans la province la pratique des assemblées publiques, et les monuments les plus authentiques attestent que, pour garder paisiblement ce territoire, les nouveaux maîtres durent contirmer par leurs ordonnances les droits dont la nature donne |iartout le sentiment , et dont un long exercice avait ici donné l'habitude.

■Ainsi, au mois de septembre 1490, Charles Vlll étant à Angers, proclama par lettres-patentes l'adjonction du Comminges à la couronne de France. « Attendu, « que ledit pays et comté de Comminges est une clef de notre royaume, et par « lequel pays, s'il étoit en mains dangereuses, pourroient advenir de grands incon- ■< vénients à nous et à la chose publique de notre royaume.... notre plaisir est unir

« et joindre à notre couronne iceluy pays et comté et pur quelque cause que

M ce soit, il ne puisse être séparé dorénavant. » Et après cette déclaration, il conlirme, sans restriction, les franchises et les privilèges de toutes les localités de ce pays. Nous touchons , comme on le voit, au xvi' siècle , et ce premier monument historique est suivi d’actes analogues, où les successeurs de Charles Vlll expriment le même respect pour les droits de ce pays qu'ils reconnaissent en les confirmant.

Les lettres-patentes de Louis \II, datées de Lyon, ne sont pas moins explicites. Ce roi proclame à son tour... « l.es libertés, privilèges, prérogatives auxquels ils

SAINT-BERTRAND DE COMMINGES

« (les gens du comté de Comminges) ont de tout Ifins jouy et jouissent de présent. « entr'autres de non être sujris, ni contribuable à payer aucune finance ni indema nitè pour raison de franc-fief, ou nouveaux acquêts, ou tout autre, sauf relui de

K don volontaire et gratuit et ainsi sont de toute ancienneté francs , quites ,

B exempts de payer le droit de traite.... sont aussi en liberté et pleine possession et H saisis de tout temps que l'assemblée gétiérale ou autre de chacune desdits états, n toutes fois qu'elle est mandée par nous ou nos officiers, ne peut faire hors des • limites de ladite comté soit par un officier et autrement par quel<|uc cause que <i ce soit, ni aucunement respondans, ressortissans, ni contribuables a\ec les sujets n et babifans de notre pays du Languedoc ni autre quelconque pays en aucune « manière. » (Lettres-patentes du mois de septembre 1500.)

François I", dans ses guerres contre Charles-Quint, avait eu l'occasion d'éprouver la valeur des montagnards du pays de Comminges. Plusieurs fois il s'en loue hautement et il parle dans une de ses lettres des très-hauts, très-vertueux , et trèsrecommandables services qui lui avaient été rendus Plus qu'un autre il avait pu savoir ce que valaient de sécurité pour la France ces portiers robustes et durs il tous les périls que la nature aiait placés à la frontière espagnole. Il s'empressa aussi B non point d'estendre , attendu la pleine liberté existant déjà » mais de pleinement renouveler et confirmer toutes les immunités de ce pays,, qui dans sa forme républicaine, tenait à sc préserver intact avec son caractère et son administration indépendante. Citons encore quelques lignes de ces nouvelles lettrespatentes datées rie Moulins en t537 ; elles nous indiqueront d'ailleurs la délimitation géographique du (lays : « Ladite comté est assise , ainsi qu'à chacun est no- 0 toire, es-froutière et lisière d'Espagne et d'Aragon et vallée d'Arao et Paildas ... U Elle est distraite, séparée du pays et province de Guyenne et Languedoc et autres a quelconques.... Elle a la faculté avec possession , pleine jouissance immémoriale a de tenir les états au-dedans de ladite comté, et non hors dudit pays pour quelque « cause quelconque. »

A chaque avènement nouveau, le pays de Comminges, comme s'il cdt eu le pressentiment de cette sorte de gloutonnerie inhérente à l'esprit de conquête , s'empressait de réclamer de nouvelles assurances pour le respect de ses droits '. Les réclamants ne cachaient même pas leurs craintes , et elles se trouvent plusieurs fois reproduites dans ces rescrits de main royale : « Jusqu'à présent, disent les « lettres datées de Moulins par Henri II (1547). joui.ssent et usent encore paisible- « ment sans aucun contredit , toutefois au moyen du trépas de notre dit seigneur et U père, les habitants de ladite comté craignent à l'advenir estre empêchés par nos « officiers ou autres, s'ils n'avoient sur ce nos lettres de confirmation, n Tels furent en effet les doutes de ces pays de I berté envers la monarchie; et grâce à leur éloignement, grâce aussi à ces mœurs à la fois défiantes et fières, ils conservèrent, non pas intactes, mais du moins avec le moins d'altération possible, les fran-

1. Od trouve, en effet, des letlres-patetiie» stMiiblables aux précifleutes, avec les dates suivaulcs ; septenibre t5t7, — décembre 1&59, — di'cembre 1571, — jauvicr 1577, — août 1591,— > JuiD 1631,— décembre 1671: lellrcs-patcnles délivrées |>nr Henri II , — François H , -Charles IX, — Henri III, — Henri IV ,— Louis XIII —et Louis XIV,

r.ASCor.NE.

rhises transmises de génération en génération, et dont les traces affaiblies peutêtre, mais très-sensibles encore, esistaient au moment où le passé tout entier fut englouti par le cataclysme de 1789.

Si nous voulions maintenant Oser avec une parfaite précision le dessin topographique du pays de Comraingcs nous éprouverions l'embarras qu'on a toujours lors- <pi'on parle d'une contrée dont les chances de fortune ont été diverses, et qui était d'ailleurs bien moins un tout compact et protégé par une force certaine qu’une agrégation de localités gouvernées par des institutions analogues sous une suzeraineté plutôt nominale que réelle. Il a été une époque où le comté do Comminges s’étendait vers le nord de manière 6 enclaver les villes de I.oinbez, de .‘^mathan, de rile-en-l(odon , l’Ilc-cn-Jourdain , c’est-à-dire une partie considérable du pays d'Auch. .\u midi il avait sa borne naturelle à la vallée d'Aran et à l'Espagne; à l'ouest il remontait bien au-dessus de Lannenezan jusqu’à deux lieues environ de Tarbes; à l'est il allait au delà de .Muret, et embrassait le Volvestre, le Daumasan, SainWiirons et le Castillanais. Alors les comtes de Comminges par leurs alliances et par leur activité étendaient leur puissance féodale bien au delà de ce qu’étaient primitivement les (^nvrnœ; mais les mêmes Ilots qui les avaient portés les reportèrent. Après avoir inquiété leurs voisins, ils furent inquiétés à leur tour. l’ar le mouvement des armes et par les mariages, les comtés de Toulouse, d'Armagnac cl de Foiz , trois voisins , trois ennemis des comtes de Comminges , s'agrandirent à leur tour à leurs dépens.

Nous ne suivrons point dans ses détails la chronique de ces morcellements : mais nous aurons occasion de parler plus loin du plus important de tous, c’est-à-dire du vicomté de Nebouzan que Pétronille, fdle d'un des comtes de Comminges, apporta en mariage au comte de Foix. Nous nous senons des expressions ordinaires, mais elles ne sont pas applicables ici : le Nebouzan n'en resta pas moins organisé comme il l'était , et il arriva même ce fait singulier :x;’est que, grâce à cet acte de mariage, il ne reconnut plus l'autorité du comte de Comminges, tandis que grâce à ses vieilles franchises locales, et à sa position en pleine terre des Conrenœ, il ne fut tenu à presque rien vis-à-vis des comtes de Foix.

Iâ! Comminges proprement dit était divi.sé en plusieurs châtellenies qui furent la base de ce qu’on appela sous la monarchie l'élection de Comminges. Les princi|>ales de ces châtellenies étaient: .Muret, Aurignac, Aspet, Salies, Samathan, Saint-Girons. Le Nébouian avait de son côté cinq châtellenies •• Saint-Gaudens , Saint-Rlancard , l'assagnabère, Sauveterre et Mauvesin. Saint-Bertrand était le siège de l’évêclié, et la ville la plus ancienne comme la plus illustre de Comminges. Plus tard Muret en en fut la capitale. Saint-Gaudens a depuis sa fondation occupé le premier rang dans le Nebouzan.

Quelques mots maintenant sur l'origine de ce pays, sur certaines de ses coutumes, ses événements les plus saillants et sur sa constitution physique; nous aborderons ensuite l'esquisse biographique de ses deux villes principales : Saitil- Berlrand et Sainl-Gaudens.

Il existe de savantes dissertations qui établis.scnt l’existence d’une race indigène, noémique , que les premières migrations portèrent aux sources de la Garonne peu

SAINT-BËHTKAM) DK COM.MINGES.

de temps après cette tourmente convulsive où la terre, en se déchirant, souleva ce magnifique mur de granit que l'on appelle les Pyrénées. Mais nous resterons dans les faits autour desquels se rassemblent quelques preuves positives. Deux siècles environ avant l'ère chrétienne, le pays dont nous parlons était habité par une race mixte de Celtes et d'ibériens. Les inscriptions des monuments découverts dans des fouilles très-nombreuses qui ont eu lieu depuis Muret jusqu'à Saint-Héat autorisent cette nsscrtioi). Elle est conllrmèe par l'idiome encore en usage dans l'extrémilé méridionale de la Haute-Garonne, qui se distingue de tous les patois par une rudesse particulière, et par une foule de mots dont les racines sont évidemment de la langue celtique. Strabon, après avoir parlé de plus de vingt tribus qui composent l'Aquitaine, nomme les TarbtUii, les Ausci, les Oinrence'. Pline cite aussi les Onotriâtes, ou suivant une autre le(on, les Onobuzaies, d'où serait né le Neboutan. Il serait impossible de 0\er avec quelque précision les limites de ces peuplades errantes ainsi dans les gorges de ces montagnes : mais ce que tous les historiens démontrent, c'est la résistance que les généraux romains éprouvèrent en mettant le pied dans ce pays. Les Celtibériens , qui l'habitaient , prirent parti pour Sertorius, et les armées de Pompée furent vivement inquiétées par eux ; mais lorsque Pompée eut détruit son ennemi, il s'arrêta , avant de retourner à Rome, dans ces contrées où il avait rencontré une si vaillante population. Et comme elle vivait dispersée, ce qui pouvait rendre à l'avenir les passages vers l'Espagne plus difficiles. Pompée réunit ces peuples, et fonda une ville autour de laquelle ils se rassemblèrent ; c'est de là que vient le nom de Convenœ. Convena à conveniendo. Dix ans après, au temps où Crassus, lieutenant de César, occupait le pays, plus d'une ville s'était déjà créée à cété de celle que les Romains avaient bâtie, et qui s'appelait l.ugdunuin Convenarum Et ce qu'il faut ajouter, c'est qu'en se réunissant ainsi en corporation , les Convenæ vaincus conservèrent cependant leurs usages, leur culte et leur langue. < Ce sont ces Convenæ, dit Duchène, que Strabon dit être entretenus et traités non comme subjugués, mais comme citoyens romains. » Les statues trouvées à Martres , les débris de temples qu'on a retrouvés dans le canton d'Aspèt, les ruines si curieuses de Valcabrère, attestent que la religion druidique, modifiée suivant les mœurs locales, et le grand spectacle d'une nature si riche, si accidentée, survivait même dans les derniers temps de la domination romaine. La langue latine, loin de devenir populaire, n'a nullement pénétré dans l'idiome du pays, et tandis que les conquérants élevaient des statues aux dieux de leur Olympe, les Onvenæ conquis s'assemblaient autour du chêne révéré. Ils entretenaient le culte de ces génies bienfaisants ou malfaisants, esprits du soir, qui descendaient de la crête des monts, entraient dans les profondeurs des forêts , ou couraient le long des torrents, et puis montaient jusqu'aux régions éthérées où voyagent silencieusement les étoiles que l'œil de l'homme n'aperçoit plus.

Nous devons reconnaître comme un trait de physionomie, que l'éclat des idées modernes n'a point complètement fait disparaître de l'ancien Commingeois ces croyances, non plus que la foi en la nécromancie. Quand une théogonie est près

t. Sirabon, lib. IV. Genles AquiUnonim snni phires XX eiiguz Umen et obscurs, t. CMIales qua tuntüilerioru Hitpania Unilima Aquilania. Cæs. Comment, lib. ni, op. SS. n. 37

GASCOONK.

de mourir, elle coiiHe son héritage aux nourrices, et le temps fait bien des pas dans le monde avant d'erfacer ces vieilles légendes devenues la trad lion du berc. au !

I^s événements qui se sont pass(>s dans le pays des Cnnvenx sous la période romaine trouveront mieux leur place dans la biographie de la ville de l.ugdunum Conrenantm. Pendant l'invasion des barbares, ces contrées furent foulées et refoulées par les Visigolhs à la lin du premier et une partie du ii' siècle de notre ère ; mais la loi visigothe n'y fut point en vigueur, et elles écfiappèrent à la division connue sous le nom de snrlet. la? christianisme y fut apporté par des évéques dotil les noms sont restés obscurs; mais les Sarrasins y pénétrèrent a leur tour, et y commirent d'affreux ravages. C'est l'époque de la légende de saint Gaudens, saint Bertrand, saint Vidian, etc. — Lugdumtm avait succombé vers la fin du vi* siècle, comme nous le verrons plus tard. .Mais, dans l'an ^7.5, Euric , roi visigoth de Toulouse, successeur dcThéodoric II, et sectateur d'Arius, persiicuta avec acharnement les évéques de la Novempopulanic, parmi lesquels il est question , pour la première fois, de celui des Convènes '. Après la mort d'Eiiric, k*s catholiques purent respirer, et Alaric leur permit de tenir un concile à Agde (an 500). Ici nous voyons, au nombre des assistants, Suavës, qui est regardé comme le premier évéque des Convènes. L'histoire n'en cite que trois autres jusqu'à la ruine de Lugduniim, savoir : Presidius, qui assista au second concile d'Orléans, en 533 ; .Aurelius, qui faisait partie du cinquième concile tenu dans la même ville ; et KufHn, qui assistait a celui de MAcon, et qui fut lui-mènie chassé de Lugdunum par Gondewald, pour s' être opposé a ses prétentions royales.

Pendant ce temps les ('xmvènes continuèrent à maintenir leur forme d'administration locale. Ix's conquérants n'étaient pas assez nombreux sur ce territoire pour y exercer toutes les oppressions : ainsi à cette époque nous trouvons des magistrats consulaires, des cussuU (consuls), des syndics ou viguiers dans le Nebouzan; cl dans le Comminges, enfermé plus avant aux gorges des montagnes, l'ancienne curie romaine est encore rorganisalion des plus imp irbmtes localités.

En 788 et au concile de Narbonne on retrouve un évéque ries Convènes : mais déjà ce dernier nom est altéré , et cet évéque Abraham , dont on lit la signature nu bas des délibvirntions, ajoute à son nom cette qualité : « Conimenanim sedit epiteopu$ : » et c’est ainsi que le nom des Convenœ s’est transformé en celui de Comminges.

Le puissant génie de Charlemagne se fit sentir jusque dans ces lieux reculés , cl quoique nous trouvions peu de traces des comtes de Comminges jusqu’en 811, cependant tout porte A croire que l’érection du pays de Convènes en comté remonte vers cette époque. On a même classé la gént'alogie de ces comtes jusqu'au premier d'entre eux, Asnarius, qu'on fait vivre en 880. A celui-ci succéda Uoger, Eudes ou Eudon, et enfin Raymond I" qui mourut en 097. L’existence de ce dernier et la date précise de sa mort sont lixécs par le cartulaire d'Auch où il est dit qu'il tu une donation à l'église en 980, et le cartulaire trouvé dans lu cathédrale de Narbonne porte qu'il flt don de sa |>art d'alleu de Magryan cl de Cuxax A ladite église de Narbonne au moment où il mourut en 997.

1 Grégoire de Tours, Ub. ii.ch i5. Voyez le liv. vu, Sidouiii.'A Apoll. E|dst. ad Pap Bas.

SAINT-HERTUAM) DE C0MMINGE9. 2«l

Bien que la succession des comtes de <'.ommingcs soit depuis celle époque continuée sans interruption jusqu'au commencement du xvii* siècle , leur histoire est en gcnéial assez stérile, et on le comprendra sans peine si l'on remarque quelles étaient les institutions et les mœurs du pavs dont ils avaient la suzeraineté. Il faut excepter cependant quelques évènements dans lesquels ils se signalèrent avec (■clat. I.e plus remarquable de tous est la croisade entreprise par Simon de Monlfort contre les Albigeois. Bernard V, comte de Comminges, fut la cause principale de la résistance atliarnéiî de Raymond comte de Toulouse auquel il prêta tous les secours de son activité et de son courage. Bernard se distingua dans le siège fameux de la ville de Muret. Ce Bernard était hardi, entreprenant jusqu'à l'aventure, plein de bravoure, et ayant en quelque sorte l’appétit des grands périls. Il avait entraîné Raymond \ ; il eut encore plus d'influence sur Raymond VI, et lorsque Pierre, roi d'Aragon, s'adressa au concile de Lavaur pour calmer la colère de l'Église, le concile répondit : « Ix; comte de Comminges a poussé le comte de Toulouse à la U guerre; il est par conséquent l'auteur de tous les maux qui s'en sont ensuivis; « cependant s'il se montre digne de recevoir l'absolution , l'Église lui rendra jusu tice '. » Pour reconnaître la protection qu'il avait reçue en cette circonstance de Pierre roi d'Aragon, Bernard V et son frère avec les autres comtes coalisés, lui prêtèrent serment de lidélité en février 121.3 I. histoire nous montre encore les comtes de Comminges énergiquement engagés dans ia lutte contre les Anglais. Guy de Comminges était à cette époque le conseil du duc de Rourlioii ; un autre seigneur de la même famille rendit des services considérables au duc de Normandie ( 1345). Enfin Gaston, comte de Fois, fut retenu avec Pierre Raymond de Comminges pour aller défendre une partie des terres du Ijinguedoc. Ces efforts furent pour un temps inutiles : l'armée du prince de Galles ayant traversé la Gascogne et campé à une lieue de Toulouse (1355) descendit ensuite dans le Comminges où elle porta la désolation et la ruine. Les châteaux forts furent détruits, les villes pillées , les maisons de ville mises à feu , et dans ces incendies se perdirent des tilres précieux qui senaient de charte et de lois aux communautés depuis le ix<' siècle. Le souvenir de ces Anglais dévastateurs est resté profondément gravé dans tout l'ancien t'omraingeois , et au dire de Froissait les comtes de Comminges furent des derniers à se soumettre à ce joug de la force et à subir la loi de la couronne d'Angleterre qu'ils secouèrent, du reste, aussitôt que l'occasion s’en présenta. C'est ainsi qu’après le traité de Bretigny, au mois de décembre ISfiS, Roger comte de Comminges se rend à Toulouse auprès du dur d'Anjou , et va lui offrir son épée pour recommencer la guerre contre les Anglais. D'un autre côté Pierre Raymond , aussi de Comminges , était à la tête des troupes qui mirent en déroute Thomas Vacke sénéchal du Rouergue pour le roi d’Angleterre. Puis il fut lancé par le duc d’Anjou avec un corps de dix mille hommes contre Jean Chandos commandant à Montauban, qui faisait des incursions dans le pays, et troublait les opérations de l'armée française. Le comte de Comminges le pour-

t. Eicopt. ex Conc- Lav. p. Si. Vojex ans<i à cet égard la trdsiéme lettre d'innocent

i. La |>art que piircnt le» coroles de Oimmingcs à celte guerre contre Ici Albigeois e>t naiurel* lement e\po>ée avec plus de details dans l'histoire de Totiluiiso. Voir sur ce |-oint l'Histoire du l.anguedoc par les Bénedicthis et la savante vl eurùuse Histoire du HMi par M. Mary Lafon.

suivit avec vigueur, s'empara dans le Querry du château de RealviUe et passa au fil de l'épée tous les Anglais qui le gardaient.

Les comtes de t^mminges-qui servaient ainsi la cause générale delà France avaient sans cesse sur leur territoire des démélés avec leurs voisins, la maison d' Armagnac et le comté de Fois. Une trêve avait été conclue avec Pierre Raymond II, fils de celui qui s'était si vaillamment battu contre les Anglais. Par malheur celui-ci mourut un mois après le traité conclu , ne laissant pour lui succéder qu'une fille, Marguerite, qu'il avait eue de sa cousine Jeanne de Comminges (1375). Marguerite eut trois maris : savoir, Jean III comte d'Armagnac, auquel elle donna deux filles; puis le fils aîné du comte de Fezenzaguel; et enfin Matthieu de Fois frère des comtes de ce nom. Ce dernier la jeta dans une prison où elle fut tenue avec une grande et longue rigueur. Les habitants de Comminges s'intéressant à elle députèrent vers Charles VII qui, en ti39, étant au Puy-de-Dôme, donna audience aux députes du tiers-état. Le roi écrivit au comte de Fois pour lui ordonner de mettre âlarguerite en liberté et celle- ci par reconnaissance fit Charles VII son héritier. C'est ainsi que le Comminges appartint à la couronne de France. Il en fut distrait en 1561 par Louis XI qui le donna ù un fils du comte d'Armagnac ; celui-ci étant mort sans postérité en 1472 le comté fut cédé ù Odet-Oudey de Lescun , mois en 1548 ce pays fit retour à la couronne.

Toutes ces petites révolutions dans le nom du suzerain étaient précédées et accompagnées de vives luttes locales inspirées par la prétention de quelques nobles, et surtout par des questions d'héritage. C'est là, du reste, ce qui semblait se renouveler partout à cette époque du xiv* siècle, où la féodalité s'ébranlait sur tous les points du territoire sous les coups redoublés de la monarchie, qui savait faire naître les divisions entre voisins, les acharner et les échauffer Jusqu'à ce que les deux parties la prissent pour arbitre, auquel cas elle jugeait le plus souvent en prenant pour elle la vraie substance des choses, et laissant les écailles aux contendants. Ilpureusement que dans les contrées dont nous parlons, ces agitations ne venaient pas altérer profondément l'organisation intérieure de ces communautés, qui avaient pour loi des chartes dont l'origine était sans date précise, mais dont la lettre écrite remontait au delà du xii* siècle, palladiums précieux que les villes surent maintenir, et qu'elles opposèrent avec succès aux envahissements dea seigneurs et du clergé, et plus tard même au gouvernement royal.

Cependant, peu à peu , et dans un espace d'un siècle , le pays de Comminges vit son territoire fractionné, démembré, .suivant le système adopté par la monarchie devenue puissante. Il fut compris dans la généralité de Montauban , qui renfermait à elle seule onze élections. Du nombre de ces dernières étaient celles de Lomagne, de Rivière-Verdun , d'Armagnac , d' Astarac , puis le Nebouzan et les Quatre- Vallées, et enfin celle du Comminges proprement dite, lesquelles représentaient par lambeaux toute la contrée qui avait eu sous les comtes une existence indépendante. Sous le rapport spirituel , plusieurs parties de ces élections appartenaient encore à l'évêché du Comminges.

L'élection du Comminges proprement dite était réduHe à un territoire d'environ quinze lieues de long sur sept de large. Elle comprenait une population d'un peu plus de 50,000 âmes, renfermée dans trois cent quarante-cinq communautés, les-

SAINT-BERTRAND DE COMMINGES

quellcü pavaienl^ en 1700, driu cent quarante-cinq mille trois cent cinquante-sept livres tournois pour taille simple. Muret , qui avait été la capitale du comté, devint la ville principale de l'élection; les autres villes étaient Saint-Girons où l’on comptait 2,000 lialitants; Samatlian, Aspet, Caslillon, Saint-Julien, Salies, l'Ile-en- Dodon , Suint-I.izier, l.uml)ez et Aurignac. Cette dernière cité avait 2,500 habitants; les autres contenaient de 1,000 à 1,;>00 Ames.

Il n'existait pour toute l'élection qu'une judicature divisée en sept juges, et qui était vénale. l.es conseillers au parlement de Toulouse avaient l'habitude de l'acheter.

Le Nebouzan était demeuré pays d'état , et il rcssortissait à la même généralité , de Montauban. Outre Saint-Gaudens, qui en avait toujours été la principale ville, et dont l'industrie et le commerce étaientrpour le temps, Irés-considérables, il renfermait cinquante-huit autres communautés. Vingt-huit paroisses du Nebouzan appartenaient A l'évéché du Comminges, et les autres h celui de Tarbes. Saint- Gaudens avait aussi un sénéchal dont les jugements allaient par appel au parlement de Toulouse. Le Nebouzan consena l'habitude des états-généraux qui s'assemblaient annuellement. Le seigneur sénéchal en faisait la convocation et en présidait la première séance; mais aussitôt que l'assemblée était constituée, il se retiraitl'es formes étaient anciennes, et les chartes de Saint-Gaudens, Aspet. Samathan, etc., portent toutes en tète cette formule : « Libertés, franchises, « privilèges dont les habitants jouissent de temps immémorial, dont il n'est preuve a du contraire, n

Au commencement du xviii’ siècle, le pays de Comminges eut beaucoup à souffrir des invasions continuelles et du pillage des Miquelets qui, profitant des désordres de la guerre entre la France et l'Espagne, descendaient le versant de nos Pyrénées, et mettaient nos frontières A feu et A sang. Ijs ville de Bagnères-de- Luchon, célèbre même sous les Romains par sa position si pittoresque et ses eaux thermales, fut entièrement ravagée par ces montagnards en 1711. En 1719, ils revinrent au nombre de huit mille environ, se répandirent comme un torrent, dans les villes et les hameaux , massacrant sans pitié tout ce qu'ils trouvaient sur leur INissage, volant les maisons qu'ils brûlaient ensuite, et quand ils furent ivres de sang et surchargés de butin, ils retournèrent en Aragon. Bagnères de Luchon fut encore victime de leurs déprédations, et comme si une fatalité implacable s'était atbichée A sa ruine, un immense incendie vint, en 172.7, calciner les murs de la ville, « comme dit un historien de ce temps, de sorte que la continuation des marchés et des foires fut pendant longtemps interrompue. » La ville se releva plus tard et reçut de nombreux embellissements pendant que le maréchal de Richelieu était gouverneur de la Guienne, et .M. d'Ëtigny intendant de la province.

1. « Ledit seigneur sént'chal et coinmistMire pour le roi avant fait procéder à la nomination et « appciblioii des personnes qui ont droit d’entrer et doivent cniii|K>ser ladite assemtdt'c, s’est ena suite relire et a laisse ladite a>semldec eu lli’erié de delilM'rer sur les insiniciiuns du roi et

« alTaire- L*assenil>l«‘e, d’une cunimiiite vuix* aurait delivre d’accord à Su Majesii*. le don

« gratuit et lÜK nil | oui- ramiee pn^cedeiilo ( IGA7 de (a soiiiiiie de deux mille qualic-vingt-div <( livres, plus, po-ir r.uniée courante, la somme île deux iiiille eenl livres : mivant h$ anrieng M privilégfg et gam eongiqnettce, et |>our témoigner h Sa les effets de leiirs très-humldcs

« uhéis.s;inOBab {Proeèi-verbal àeg étatg du Nêbouian en 1668. )

Lcü habitants du Commingcs et du Nebouzan n'hésitèrent jamais à donner des preuves de leur dévouement à la cause générale : au moment oîi le vieil ordre monarchique s'ébranlait sur ses bases, et que les débauches de In royauté épuisaient les finances, corrompaient les mœurs, et abaissaient In politii|ue, on s'aperçut que toutes les forces publiques avaient suivi cette dégradation, et l'un tit une première tentative pour faire sortir notre marine du néant où on l'avait laissée tomber depuis Colbert. C'était en lT6i : les habitants du Nebouzan et des Quatre- Vallées s'empressèrent d'offrir gratuitement une quantité considérable de bois de construction pour la ilottc. Ils renouvelèrent cette offre génénaise dans rauiiée 1770, mais alors c'était au mouvement d'enthousiasme qu'excitait parmi eux , comme dans tout 1e territoire, l'énergique résistance des Américains dont la France allait reconnaître l'indépendance. Ce vieux sentiment de liberté avait toujours fait battre le cœur de ces montagnards, et quand éclata la révolution de 1780, ils la saluèrent avec transport. Les pays de Commingcs et de Nebouzan renfermant une population de plus de -200,1)00 âmes , furent admis à élire deux députations aux ËtaLs-Généraux. Le clergé eut pour représentant deux curés respectables : Cornus, curé de Muret, et Ijismastres, curé del'Ile-en-Dodon; In noblesse, deux hommes obscurs , le baron de Montégu-Barran , et le vicomte d'I'stou-Saint-Michel ; le tiers choisit l.atuur, médecin distingué et maire d'Aspet; Laviguerie, qui a laissé une grande réputation de jurisconsulte, et qui était juge royal de Muret; Pegot, de 8aint-Gaudens, dont les enfants ont glorieusement conquis le grade de général sous l'empire, et Itoger, juge royal de Simorre. La jugerie de Ilivière- Verdun envoya â la première assemblée nationale un homme qu'il sullU de nommer , c'était de Cazalès, député de la noblesse.

Nous voudrions arrêter à ce moment solennel pour la France le résumé historique du pays de Comminges et du Nebouzan : mais comment ne pas rappeler en la déplorant l'insurrection de 1799, qui a laissé dans ces contrées des souvenirs dont l'écho a retenti à nos oreilles en I8li? Les royalistes du Midi correspondant avec ceux de la Vendra songèrent à organiser aussi la guerre civile : ils réunirent surtout les paysans appelés par le sort à la défense de la patrie, formèrent des bandes dont les mouvements s'étendaient sur toute la ligne de Toulouse à Saint-Martory. Dans le mois de juin 1799, on trouva sur les routes publiques des cadavres ensanglantés : ici des soldats de la république, lâ des délégués du pouvoir, plus loin des citoyens connus par leur patriotisme. Des placards violents étaient alTlrhès dans les campagnes ; Muret et l'Ile-cn-Jourdain étaient les deux villes où l'agitation était la plus forcenée. Les chefs de ces royalistes étaient des jeunes gens issus de quelques familles nobles dont le nom exerçait encore quelque crédit dans les campagnes.

I>e département ordonna une levée en masse pour combattre l'insurrection, et le général Aubujois, secondé par quelques centaines de patriotes volontaires, poursuivit la sédition armée. Dans un premier combat, les royalistes perdirent deux cents hommes. Ils se replièrent sur Muret, et le 2V juin les républicains les attaquèrent de nouveau . leur firent deux cents prisonniers , et leur tuèrent quatre cents officiers Ou soldats. Il fallait que l'énergie des patriotes suppléât à toutes les autres ressources; car ils manquèrent souvent, non-seulement de pain, on peut s'en passer pour se battre, mais encore de munitions. Aussi éprouvèrent-ils un rude échec à

SAINT-KBHTHANI) DE COMMINGES

Verdun, et sons un renfort qni arriva fort A propos , la ville aurait couru de graves dangers. Mais à ce moment les républicains reprirent l'oITensive, ils allèrent assiéger Muret, où les insurgés s’étaient retranchés, et qu'ils appelaient pompeusement la capitale lia états tl U roi. D'Aguin, qui commandait les royalistes , voyant ))ue lus hommes ne suQis:iient pas è la di-fense, enrôla les femmes, auxiliaire élégant, mais peu solide, car aux premières bomtres qu’on fit gronder, sans les lancer vers les murailles, l'armée féminine se délranda, et l’autre moitié fut chassée de la ville emportée d’assaut.

1,’insurreclion, aux trois quarts vaincue, se dirigea vers l’Espagne, dont elle espt’rait des secours : harcelée, .serrée de près sur la route, elle livra un nouveau roml>at h Saint-.Martory, où elle fit bonne contenance, mais enfin les forces républicaines la poursuivirent, l’attaquèrent sous les murs de Montrejeau, et cette fois la déroute des chefs et des soldats du roi fut complète. La sédition y rendit le dernier soupir. Les républicains, rentrés à Muret, se contentèrent pour toute vengeance de délivrer quatre cents patriotes que les royalistes avaient enfennés dans les prisons, ('.ette courte mais triste guerre civile n’avait pas duré plus d’un mois, et elle avait fait perdre aux deux partis plus de douze cents hommes.

En présentant , autant que le ptuinet un abrégé aussi succinct de l’histoire, les traits généraux qui esquissent In physionomie du Nebouzan et du Comminges, nous avons mis le lecteur è même de deviner le caractère de leurs habitants. Il suini pour cela de rnp|>eler la triple influence qui détermine ce caractère pour toute agglomération d'hommes grande ou petite : la rare, la nature extérieure, le régime social. Ici , vous avez à l’origine la race croisée du vieux Gaulois et de l’Es- IKignol, un double sang : l'ilpre sève du Celte, la richesse de l’Ibérien; une nature extérieure somptueuse, le ciel ami, la végétation variée, abondante, pleine d’orgueil; des plaines comme celle de In Garène, où trois villes et quatorze villages s’épanouissent aux rayons vigoureux du soleil, et qu’arrosent les belles eaux delà Garonne; partout des accidents et des contrastes, du côté de .Muret une longue marge de terrain plat mais fertile et où tout pousse, mais tout sèche quand la pluie n’y tombe pas ; du rôU‘ d'.Xspet , un sol déchiré, Apre et bossu; plus loin nu contraire cc's vallées enchantées si .souvent reproduites par les- peintres ou chantées parles poètes; rien d’amolli ou d’effacé, partout au contraire des reliefs, des tons chauds, de l’accenl; et à l'horizon enfin ces superbes anneaux de granit qui forment In chaîne des Pyréni'vs et ()ue domine de son front de neige et de son œil noir la sombre et terrible Malndetla.

Un ne s’élonnera pus que dans un tel pays, où un régime de liberté a été longtemps en usage , un rencontre une population franchement attachée au sol , naturellement bouillante et pas.sionnée, ayant le parler rude et prompt, et peutêtre la main comme la langue, aventureuse parce qu’aucun péril ne l’elTraie, forte et lière, mais superstitieuse et déliante, franchement amie, résolument ennemie ; pouvant oublier beaucoup, ne pardonnant guère, ayant fourni enfln à la biographie générale des hommes célèbres beaucoup plus de guerriers que de savants'.

I. « Ce que j'ai particulièremcul reconnu, dit un historien du Midi , c'est que les liabitants du « Comminges sont d'une nature fort chaude et fiirt bouillante , qui se porte S la colère et i la sddi- « lion et leur fait prendre feu k la moindre occasion qu'ils en ont. Ils sout hardis , entreprenants et

Nous compléterons ce qui nous reste à dire du C.otnminges et du Nebouzan en racontant rapidement l'histoire de leurs deux villes principales : Saint-Bertrand et Sainl-Gttudens. ^

Nous avons dit déjà que la fondation de Saint-Bertrand, la ville la plus importante, la plus ancienne et la plus célébré des C.onvcnæ, avait eu lieu peu de temps après la victoire de Pompée sur Sertorius, c'est-à-dire vers l'an 69 avant l'ére chrétienne. « Il R s'arrêta, dit Lastrade, sur les monts Pyrénées dans cette partie qui forme le Com- « ininges. Ayant trouvé que les peuples de celte contrée, dont il avait éprouvé la Cl valeur, vivaient dans ce pays dispersés , sans ordre et sans discipline ; il les assem- « bla et il leur (U bâtir une ville sur une montagne appelée Lur/dunina Convenanim.n I.cs peuples de ce pays ne se .soumirent pourtant pas facilement au joug du vainqueur, l'Aquitaine et les gorges des Pyrénées étaient toujours funestes aux Itomains.

!.. Val. Præconius y éprouva, peu d'années après, la plus rude défaite, le proconsul Manilius y fut tué. Auguste comprit alors la nécessité de fortiller , d'agrandir la ville, d'y former enfin un établissement qui pOt contenir ces populations par la force, et les Iransfonncr peu à peu par l'empire de la civilisation Luijdunum devint donc une cité considérable ayant le droit latin ’, elle reçut une citadelle dont les murailles et les tours montrent encore leurs débris , et au-dessous de cette citadelle un camp, une vaste enceinte avec des aqueducs, des cirques, des amphithéâtres, des monuments d'une haute perfection. On en peut juger avec certitude à la seule vue de ces ruines innombrables qu'on aperçoit sur le monticule où était la citadelle, ou dans la ville basse, au petit bourg appelé aujourd'hui Valcahrèrc. Grégoire de Tours atteste l'ancienne splendeur de Luijdunum en parlant de ses temples ma- ' gniliques, et de scs solides canaux qui partaient du centre de la ville, la sillonnaient en tous sens et allaient se perdre ensuite dans la plaine. Trois grandes voies romaines la mettaient en communication avec Ttdosam, Benehamnm, oi Aginum.

Elle jouissait de tous ces privilèges à l'aide desquels les Romains, ces habiles colonisateurs, savaient développer leurs conquêtes en se les attachant. Nulle trace de fermier ou d'intendant de l'empire , nulle redevance pécuniaire exigée de ces clans montagnards, qu'il fallait attirer et séduire, ne les pouvant subjuguer; rien qu'une obligation qui devait être facilement remplie, car c'était un appel au courage, obligation commune, du reste, à toutes les villes frontières, et qui consistait à fournir et à entretenir un certain nombre de soldats tirés du pays. Rome envoyait en retour un commandant militaire avec des ofliciers et quelques troupes aguerries, qui formaient ces recrues à l'ordre et à la discipline des armes. A ces représentants de l'empire se joignait toujours cette suite nombreuse qui s'attachait partout aux conquérants, tous les colporteurs do cette civilisation romaine qui traçait avec la pique la route que les arts et le commerce venaient ensuite parcourir, agrandir et orner. Lugdunum reçut tous ces éléments de pros-

■ Termes , el onl beaucoup de (leinc S revenir de leur empurtement. Iis ont la bravoure du Gascon , « mais elle Uen( un peu à la brulalitd des peus des nionuignes ; Ils sont en outre fort glorieux et « sont três-jaloux pour la conservalion de leurs privilèges. » ( Afanuteril sur la Nebouxnn , etc. , dans rhistoira des populations Pyrénéennes, vol. I , p. S3. )

SAINT-BERTRAND DE COM.MINGES. 2»7

périté, et de plus tous les droits d'une cité latine. Son étendue était vaste, sa position avantageuse, ses rurtiflcations redoutables, son administration puissante, . et bientét elle eterça sur tout le pays une grande action civilisatrice. Dans un espace de trois cents ans, la situation de Lugtiunum fut florissante, et sa splendeur alla s'accroissant. Au iir siècle, le développement de In cité romaine fut troublé par le grand mouvement qui portait les Gaules au cliristianisme. Les luttes religieuses retentissaient jusque dans ces pays reculés. I.es prisdiianilcs, chassés do , „ Trêves et des environs après l'exécution de leur chef de secte ( Priscilien, évêque d'Attila), cherchèrent un refuge à Lugdunum et dans les gorges voisini's. Enfin en &10 l'empire romain succomba sous la hache des Barbares; Lugdunum envahi ' par les A'isigoths, reçoit une nouvelle organisation municipale; les Franks s'en emparent ensuite et la maltraitent; la ville, brillante pendant si longtemps, s'affaisse, , languit, décroît chaque jour. Toutefois elle gardait encore scs épaisses murailles, scs hautes tours et ses fortiricatinns qui la rendaient imprenable Aussi Gondcwald , poursuivi par l'armée de Gonlrau , vint-il y chercher un dernier asile. C'était au commencement de l'année 585 : le prince fugitif que le midi avait accueilli , que Didier, comte de Toulouse, avait protégé, fut reçu avec empressement par les habitants de Lugdunum , malgré l'opposition de Ruflin , l'évéque. L'ennemi tenta d’emporter la ville d'assaut ; la force étant impuissante, il essaya de la trahison.

Les généraux de Gondcwald lui persuadèrent de se présenter à son frère Gontran, assurant que celui-ci était disposé a une conciliation honorable. Gondewald avait le presscutiment du piège, et il résista longtemps; mais il céda enfin , lit ouvrir la porte du nord et s'avança du côté de l'ennemi. A peine avait-il fait deux pas hors de cette porte qu'OIlon et Boson se précipitèrent sur lui , et d'une violente secousse ils le poussèrent vers les précipices qui étaient au bas des remparts. Gondewald s'étant relevé essayait de regagner l'une des portes en grimpant, pour atteindre ' • le haut du monticule ; Boson saisit alors une grosse pierre qu'il lui lança sur la tête, et l'étendit raide mort à la place même que l'on appelle encore aujourd'hui le rocher de Gundebaud. Le duc Leudégesille , commandaul de l'armée de Gontran, livra aussitôt la ville à la frénésie de sa soldatesque. Les Franks inondèrent la malheureuse cité et se livrèrent à tous les excès de la fureur. I>es luibitants furent impitoyablement massacrés ; femmes, enfants, vieillards, rien n'iVliappa à ce rut sauvage; la population manquant, on s'en prit aux maisons, aux monuments, aux remparts; ce que l'on ne put détruire par le meurtre, on le brûla, les vainqueurs ne laissant après eux que la terre vide, comme dit Grégoire de Tours, nihil ibi prœler humum vacuum relinquentes '.

Ainsi succomba sous la barbarie cette ville qui avait eu une existence heureuse pendant près de sept siècles. Elle fut rebètie cinq cents après pur l'homme illustre qui lui donna son nom. Bertrand était né à l' Ile -en -Jourdain, d'une famille ancienne et révérée. 11 suivit d'abord la carrière des armes et s'y distingua; mais sa vocation religieuse fut la plus forte; et après avoir étudié la théologie, il se rendit à Toulouse , où son ânstruction et ses vertus le firent remarquer entre tous.

A l'âge de vingt-cinq ans, il était chanoine de l'église de Saint-Étienne, et en

1. Grég. de Tours, Ub. vit , c. 5 ; copeodaul l'evpression moins exacie que poétique.

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