‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 49 sur 119 · II · texte numérisé non relu

II

107G, il fut nommé par lu pape à l'érêché de Comminges. En parcourant son nouveau diocèse, il s’arrêta sur cette colline couverte de ruines, déserte et désolée, dont la solitude et le silence rendaient plus imposants encore les débris épars de la grandeur romaine. C’est là qu’il résolut de placer son siège épiscopal. Vital , protonotaire d'.àlexandre III, nous apprend que ce bon pasteur n’eut ni sommeil ni repos qu’il n’edt réédiflé la cité détruite; il bâtit un cloitre, appela les religieux de Saint-Augustin , commenta lui-méme à faire construire des maisons, et ses soins furent si constants, qu’à l’époque de sa mort, en 1126, une population déjà nombreuse et toujours croissante, animait les rues de la nouvelle ville, à laquelle était promis un autre ordre de splendeur, Saint-Itertrand devint en effet, et demeura dans la suite un des évêchés les p!us importants du midi. D'autres prélats l'illustrèrent; Bertrand!, qui quitta le siège de premier président de Toulouse pour devenir évêque de Comminges; puis Charles Caraffa, neveu dü fameux cardinal de ce nom; Pierre d'Albret et Carolus II de Bourbon, tous deux de la lignée des rois de Navarre ; et enfin ( car nous ne pouvons pas les citer tous], le célèbre Urbain de Saint-Gelais, dont le nom se trouve mêlé et aux affaires diplomatiques et aux guerres religieuses du xvi* siècle.

Ces guerres répandirent aussi leurs ravages dans le Comminges, et Saint-Bertrand en eut beaucoup à souffrir. En 1586, un corps de religionnaires commandé par Sus, capitaine au service de Jeanne d’Albret, essaya de s’emparer par la force de cette ville; ma'is les catholiques le repoussèrent. Il se présenta alors avec un très-petit nombre d'hommes à l'une des portes , et les catholiques , comptant écraser cette poignée de protestants , s'élancèrent sur eux ; Sus battit en retraite , attira les ennemis dans la plaine , et alors toute sa troupe sortant d'un buis où elle s'était cachée, enveloppa les catholiques, en tua un grand nombre; puis fit irruption dans la ville ouverte, où les huguenots vainqueurs s'emparèrent de richesses considérables et commirent de grands excès. Les catholiques pan inrent cependant à débusquer l'ennemi moins désireux du reste de conserver sa position que d'emporter son butin.

Urbain de Saint-Gelais était évêque de Saint-Bertrand pendant ces guerres civiles ; sa conduite et son fanatisme ardent furent en grande partie la cause des hostilités furieuses qui se continuèrent pendant la Ligue, car trois ans après, en 1589, les huguenots vinrent encore surprendre la ville de Saint-Bertrand , et s'y installer. L’évèque, qui résidait fort peu , avait , de loin , donné l'ordre de cacher toutes les richesses de son église ; mais une femme le trahit , et les protestants profltèrent de la trahison. Ils demeurèrent maîtres de Saint-Bertrand pendant plusieurs mois; le vicomte d'Harcourt les assiégea, mais il rencontra la résistance la plus courageuse. Ixs huguenots tinrent pendant quarante-huit jours les assiégeants en haleine; mais les habitants de la ville s'insurgèrent, et alors il fallut cénler. Les catholiques entrèrent en vainqueurs le 8 juin, et l'on institua à cette occasion une fête qui a longtemps été célébrée, ce qui n'empêche pas Saint- Bertrand d’être encore pris par les huguenots en 1514.

Toute» ces luîtes sanglantes avaient jeté l’administration dans un grand désordre, et les moeurs du clergé l'augmentaient encore. Un évêque, dont la mémoire est restée vénérée, les réfonnn par son exemple bien plus (|ue par son anto-

SAIM-IIEKTUAM) DE CO.M.MINGES.

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rité, c’olait Harthclomy Donna- Dieu de (îriese, modèle de vertus chrétiennes et de dévouement apostolique. Il eut un successeur digne de lui dans Gilbert de Choisetil , dont l'héroïque charité éclata pendant la peste affreuse qui désola la ville.

L'histoire de Saint-Bertrand se continue sans épisodes bien dignes d'intérét jusqu'au moment où la révolution supprima cet évéché et réduisit cette ville si longtemps célèbre, à la condition modeste d'un chef-lieu de canton. Aujourd hui sa vieille renommé>e attire encore les voyageurs; l'archéologie a fouillé son sol, relevé ses inscriptions et décrit scs curieux monuments. Le plus remarquable est sans contredit son église avec sa voûte hardie, inondée de lumière, et du caractère roman le plus rare et le plus pur. Sa consenation a été regardée de notre temps comme intéressante pour tout le monde, car c'est l'état qui s'en est chargé. .\u reste, on ne peut guère faire un pas dans l'ancienne enceinte de la ville sans rencontrer quelques débris de cette double splendeur que Lugdunum avait sous les Romains, et dont Saint-Bertrand avait liérité comme cité chrétienne.

.Saint-Gaudens, aujourd'hui chef-lieu de l'arrondissement le plus étendu et le plus peuplé de la Haute-Garonne, a été, depuis sa fondation, une cité indépendante. Le lieu où elle est bdti présente l'un des plus beaux sites de ce pays qui en a tant de si beaux. C'est ce plateau magnifique dominant la plaine de la Garène, dont nous avons parlé déjà, et d'où la vue s'étend sur le paysage le plus saisissant. Le seul aspect de la ville rappelle qu’elle n’est pas née d'hier; elle montre encore scs débris de remparts, ses fossés non encore comblés entièrement, sa vieille et sombre halle, son bétel de ville aux marches ébréchées, et surtout sa curieuse et remarquable église, dont le style architectural nous transporte bien au delà de l’époque où furent fondées les plus célèbres de nos cathénlrales.

Saint-Gaudens se nommait d'abord Maas, ou Uuas-Sainl-Pierre. 'Voici comment la légende traditionnelle raconte le fait qui changea ce nom : a C'était il y a longtemps; un enfant âgé de douze ans gardait les oies, sur O la colline qui regarde la Garonne. Les Sarrazins survinrent de ce cAté, arri- « vant d'Espagne. Le premier être vivant par eux rencontré fut cet enfant. « Veux-tu être à nous et à notre foi? lui dit le chef de la troupe. — Je-ne sais, U et vais demander à ma mère, répondit l'enfant, s II courut incontinent à sa « chaumière demander ce qu'il devait faire au cas échéant. Et la bonne femme, «en pleurant, reprit ; « Garde-toi, mon enfant, quoi qu'il advienne, d'écoua ter les paroles de ces mécréants, et sois surtout fidèle à la religion de ton père. « a L'enfant, obéissant, vint rapporter sa réponse négative aux Sarrazins. « Tu « ne reux donc pas être à nous? s'écria le chef courroucé; ch bien, voici ma venir geance. a Ce disant, faisant briller au soleil son grand cimeterre, il coupa la tête a au jeune chrétien. Mais , qui fut bien étonné? ce furent les Sarrazins ; car l'eno fant, sans se déconcerter, prenant sa tète entre scs mains, se mit aussitôt à s courir à toutes jambes vers l'église. Un Sarrazin à cheval sc mit à sa poursuite, « mais ne put l'atteindre, et il arriva juste au moment où la porte de l'église sc « referma sur l'enfant. Mais sa course était si rapide, que la monture donnant du « pied à la porte avec tant de violence , y laissa fiché dans le U>is le fer droit de

« dcwHit. Or, cet eiirant s'appelait Gaudcns, et depuis son martyre il a donné re « nom à la ville. Le fer du cheval, aucuns disent de la mule, se trouve encore « aujourd'hui visible h la même place. »

Nous avons vu la pierre creusée qui portait celte trace, et l'on a consené précieusement sur le grand portail de l'église un fer à cheval qui se rapporte à la mémo tradition. Toute histoire a ses temps fabuleuv, et ce saint qui porte entre ses mains sa tête tranchée, ne nous permet pas même de trouver la moindre invention locale dans ce tour de force dont il est fait honneur à une foule d'autres saints bien connus. Ce fut pour l'église de Saint-Gaudens un titre de plus à la ferveur et au respect ; aussi était-ce dans ses murs que les premiers évêques de C.omminges établirent leur séjour. Saint-Gaudens eut plus lard un chapitre composé d'un sacristain, d’un ouvrier. Je huit chanoines et de douze pièbeiides; et parmi les prélats les plus illusires qui succédèrent è saiut Bertrand, on remarque Uugo de Labalut, dont le cœur fut déposé dans l'église collégiale'. Celui-ci y avait en effet fondé un séminaire, et déjà il y evistait denx couvents d'hommes et une communauté de religieuses. Le catholicisme exerça une influence toute puissante dans tout ce pays. Quatre ou cinq siècles de fui ardente et profonde creusèrent les sillons de ses mœurs et de scs croyances; la population se développa sous cette action, et tout concourait à la rendre plus puissante. La religion nouvelle arrivait avec des miracles, premier appât pour l'ignorance, premier charme pour l'imagination; elle arrivait avec scs martyrs saint .Aventin, saint Vidian, saint Gaudens, et les bourreaux de ceux-ci avaient été les oppresseurs de tout le monde , nouvel attrait pour des montagnards pétris de liberté; elle arrivait entin avec scs bienfaits, et elle ouvrait les portes du ciel à tous les hommes qui pratiquaient les maximes de l'amour, du dévouement et de la fraternité humaine. Saint-Gaudens fut donc, comme le Comminges et le Nébouzan, une ville exclusivement catholique comme scs syndics s'en vantèrent au délégué de Louis \1V.

Cette ville éprouva un peu plus de variations dans son gouvernement politique. Enclavée dans le Comminges, elle vécut sous la domination des comtes jusqu'à la mort de Bernard V, le plus célèbre de tous, c'est-à-dire vers la fin du xii* siècle. Ce Bernard a une histoire matrimoniale fort singulière, il épousa d'abord une certaine Sléphanie-Ëtiennette , fille du comte de Bigorre; il n'en put avoir qu'une fllle appelée Pétronille. Ce n'était pas son compte ; et sans attendre que sa femme rendit son dme à Üicu, il convola è de secondes noces avec Comtnrs, fllle d'Aruaud de Labarihe. Ce nouvel essai ne lui plut pas longtemps, et il s'avisa après coup que sa seconde femme était sa parente au quatrième degré , un cas pendable I Il se rendit donc anprte de l'évèque de Comminges avec sa moitié, pour prier le prélat d'apaiser la caniiB du ciel en prononçant le divorce, ce qui fut fait solennellement et par acte authentique. Il ne parait pas que la femme s'en plaignit, bien qu'elle fût contredisante pour la forme : i/la prœsrnte, consenlienle , et contrà dicenie. L'actc est daté du mois de novembre 11!)7, et au mois de décembre, Bernard, dont les deux premières femmes vivaient encore, se mariait avec Marie de Monipcilier, veuve elle-même, et qui lui donna deux filles. Nouveau divorce,

I. Il y cm encore plusieurs autres évêques enterrés à Saint-Gaudens ; de nombreuses inscriplions tiiniulain'S en foDt fui.

Digiti 'fK! ! 7 CîoOÿlc

SAINT-BERTRAND DE CÜMMIXGES

uUcndu qu'il J avuit eu violence. Bernard ne pouvant avoir un gardon en mariage, * en eut plusieurs Lors mariage, entre autres Bernard VI, qui lui succéda. Ceci ne plat pas beaoconp aux filles légitimes, et il y parut longtemps, aux prétentions du l’étronillc, qui avait cette qualité et qui la Qt valoir. Elle avait reçu de sa mère le vicomté de Rigorre, elle voulut avoir de son père le Nébouzan et Saint-Gaudens. Saint-Gaudens alors dépendit du Rigorre. Pétronille, exagérant encore les traditions de son père, n'eut pas moins de cinq maris légitimes. El de l'un de ses mariages (1192], naquit Matte, qu'elle fiança, avant même que celle-ci ne fiU nubile, à Gaston VII, comte de Béarn ; elle leur fit donation, de son vivant (1250), du Nébouzan et de Saint-Gaudens. Saint-Gaudens fît donc alors |iartie du Béarn. Enlin, comme s'il était écrit que la ville et la contrée devaient tomlver de quenouille en quenouille, cette Malte, tille de Pétronillu, n'engendra que deux filles. Constance et Marguerite. Celle-ci se maria en 1257 à Roger-Bernard, comte de Foix , et comme Saint-Gaudeus et le Nébouzan furent sa dot, .Naint-Gaudens, qui avait passé du Coimoingcs au Bigorre et du Bigorre au Béarn, passa du Béarn au comté de Foix. Il n'avait pas fallu cinquante ans pour accomplir ce voyage politique.

Mais en changeant si souvent de maîtres, la ville , heureusement, ne changeait pas de condition. Ces différents mouvements la serriren'. au contraire, car, avertie par cette expérience, de l'in.slabilité du pouvoir su|K-rieur, elle rédigea les coutumes, les réglements et les lois qui étaient depuis longtemps à son usage, et è chaque changement, jusqu'au siècle même de Louis XIV, son premier soin, en passant sous de nouveaux seigneurs , fut de faire accepter et confirmer ses franchises municipales. Ainsi, la charte de Saint-Gaudens, t^te en langue patoise, fut présentée à Gaston, comte de Foix et mari de .Marguerite, en 1334. Les * députés de Saint-Gaudens et le comte de Foix comparurent devant AenHIM#', délégué du sénéiJial de Toulouse; la charte fut lue, le comte prêta serment de la garder et faire garder, les députés prêtèrent ensuite serment de fidélité et hooimage. Il ne faut pas s'étonner de retrouver dans ces provinces méridionales les fîères coutumes qui se pratiquaient envers les rois d'Aragon. Cette charte de Saint-Gaudens montre , par ses dispositions , que la ville était administrée par des consuls ; ceux-ci étaient choisis tous les ans à la fête de Saint-Jean-Baptiste par un corps de vingt-quatre anciens, produits eux-mêmes de l'élection populairr.

On n'exceptait du vote que les ivrognes ordinaires, les Ivouchers, corroyenrs, gens pratiquant des métiers de vile abjection. Ixs consuls n'étaient pas seulement chargés de la police de la ville, des règlements relatifs à son industrie; mais' ils avaient une juridiction judicaire très-étendue ; ils assistaient de droit aux assemblées annuelles où l'impèt était voté; ils participaient h la sarveillance que le chapitre de Saint-Gaudens exerçait sur l'église et les couvents ; ils défendaient les droits des citoyens envers les seigneurs , et ils étaient l'intermédiaire entre ces seigneurs et le peuple. On trouve dans la charte de Saint-Gaudens des lois pénales, des formes de procédure, la nature et la quantité des amendes & fournir pour coups , blessures , adultère , etc. Cette charte prévoit encore les cas de vol , de contrebande, et elle réserve avec un soin minutieux les moyens de conserverie propriété industrielle et commerciale à laquelle Saint-Gaudens était panenue. Cette prospérité se développa encore dans le siv* et le sv* siècle. Il y avait alors

dans cette ville des fabriques de draps, de tissus de laine, des tanneries, et le commerce de tout ce qui venait d'Espagne par le val d'Aran avait son entrepôt principal à Saint-Gaudens.

Saint-Gaudens était clos de murailles, entouré de fossés, ceint de boulevards parmi lesquels s’élevaient quatre tours. Scs consuls portaient une robe longue et un chaperon, le tout demi-partie rouge et noir, servant de tirrée pour intimider et donner frayeur aux méchants et contenir les bons dans le devoir, le tout de diap de France paré, et garni de salin noir. Outre l'administration municijKilc, dont nous avons parlé , ils avaient le droit de faire tenir en ordre , réparer et combler les chemins extérieurs.

L’organisation sage et libre de celle ville la rendit bientôt la plus considérable du pays pour sa richesse ; mais cela même lui valut plus d’une calamité. Déjà sous Bernard V et quand Saint-Gaudens était encore partie intégrante du Comminges, Simon de Monifort vint s’emparer de la ville et en fit le centre de scs 0|>érations militaires, ou plutôt de ses incursions et de scs ravages dans tout le comté. Saint- Gaudens n’était pas fortifié de manière à offrir une longue résistance , son commerce d'ailleurs lui commandait 1a prudence : il n'est pas dans la nature des choses que l'industrie soit belliqueuse. Qbelques années après, et pendant que les comtés de Fois et de Comminges étaient en lutte, le Nebouzan, placé entre les deux, eut beaucoup à souffrir de ces guerres , et Saint-Gaudens entretint des troupes à ses frais pour se préserver de ces invasions de routiers et de brigands qui dévastaient le pays. Pendant la guerre des .Anglais, Saint-Gaudens tomba en leur possession, mois s’il subit le joug de la force, il ne fit aucunement hommage spontané de soumission. Enfin, durant les guerres religieuses, Saint-Gaudens fut encore au pouvoir des huguenots, àlontgomcri, à la tète d’une armée de quatre mille arquebuses, SC répandit dans le Nebouzan, en 15G9; il mit la main sur Saint-Gaudens, le pilla et le saccagea. Ce qu’il y a de plus cruel encore, c'est que le chef des huguenots détruisit par le feu la plus grande partie des archives de la ville, archives les plus importantes pour tout le Nebouzan , et dont on ne put sauver que quelques débris. Dans le même siècle et au commencement du suivant la ville fut encore odieusement traitée par les garnisaires; puis elle eut de longs démêlés avec les gentilshommes voisins, jaloux de sa prospérité , prétendant s’emparer des terres qui appartenaient à la ville, et contester les droits et les privilèges dont elle jouissait depuis un temps immémorial. Cette succession de troubles fut à la fin funeste à la cité industrieuse. Les nombreuses fabriques de Hazes et de Cadix qu’elle possédait diminuèrent; des manufactures analogues allèrent s’établir à Valentine et Miremont, deux bourgs charmants que la rivière caresse; les mêmes garanties n'existant plus pour la production , les producteurs n’eurent plus ni confiance, ni zèle, et au milieu du xviii* siècle les négociants de Saint-Gaudens avaient conservé très-peu de leurs établissements industriels, et ils étaient devenus simples facteurs des grandes maisons de Toulouse, Castres, etc. Mais pendant de longs siècles, par la sagesse de ses lois, l’activité de ses mœurs, l’intelligence à la fois souple et forte de scs ha bitants, la capitale du Nebouzan avait su grandir, se développer, échapper aux ruines que les guerres entre les comtés de Foix , du Comminges et d’Armagnac semaient autour d’elle. Tous les seigneurs féodaux rendirent hommage à la siipé-

SAINT-BERTRAND DE COMMINGES

riorité de son administration : et plus tard , elle fut particulièrement reconnue dans deux occasions solennelles : une première fois sous Henri IV en l'an IGO-i, au moment où Messire Sanson fut nommé juge réformateur des domaines du roi, et où celui-ci fit relever avec soin et après de sévères enquêtes les titres, usages et coutumes dont les Anglais et Montgomeri avaient détruit les documents originaux. Sanson rendit lui-méme hommage à la prudente prévision qui avait inspiré les règlements de Saint-Gaudens. Le même hommage lui fut rendu ainsi soixante ans plus tard, mais celuk-i ressemblait à ces hypocrites saluts que recevaient les saintes images avant d'être brisées par les iconoclastes.

Vers l'an 1C8'», Bernard d'Aspe fut nommé commissaire subdélégué de la chambre des comptes pour la réformation de la ville de Saint-Gaudens, et c'est dans l'acte remarquable qui lui fut présenté par les consuls que se trouve l'analyse de la constitution municipale , et des propriétés de la commune dont nous avons parlé plus haut. ' Cet acte se terminait par un triste résumé des événements dont la ville avait eu à souffrir. La monarchie fut touchée de ses plaintes, et elle accorda quelques exemptions de droits ; mais elle confisqua les libertés communales en les admirant. Cependant trois ans après , en 1G68, eurent lieu les états-généraux du Nebouzan qui se réunirent ù Saint-Gaudens avec les formalités et la pompe ordinaire. Il n'y avait pas de notables changements dans la composition du personnel, mais on voit, au ton de l'assemblée, combien le pays est troublé dans ses privilèges. On l'inquiéte sur la faculté où il était d'acheter ou vendre librement du sel; un l'inquiète dans le transit libre des denrées venant d'Espagne, on veut lui imposer des taxes sur les ponts, et l'assemblée, qui a député déjà auprès des intendants et fermiers, envoie son président auprès du monarque pour porter les doléances de la contrée. A l'intérieur , les petites et vieilles jalousies des habitants du voisinage se réunissent contre la ville de Saint-Gaadens. Les nobles prétendent que les syndics ayant juridiction sur les affaires générales doivent être nommés par les trois ordres. Le débat est porté au sénéchal qui donne raison au tiers, et Pierre Tatareau, avocat de Saint-Gaudens, est élu syndic. Là aussi retentissent les douleurs de la commune, qui, après avoir reçu tant de plaies pendant les récentes guerres, s’est vue accablée par des garnisons continuelles, au grand détriment de scs intérêts, de la paix et des mœurs publiques. Les états reconnaissent Injustice de ses réclamations, et volent une indemnité. Un seui fait, quelque peu consolant, SC retrouve dans ces curieux procès-verbaux des états de 1068 : « Les révérends « pères de Saint-Dominique ont fait représenter à l'assemblée qu'ils désirent entre- « tenir un régent pour enseigner publiquement la philosophie aux escoliers natifs « du pays, moyennant que l'assemblée veuille coniribuer d'une somme suffisante « pour son entretien. » L’assemblée a grand égard à lodite supplication , et elle vote cent cinquante livres pour le régent, à la condition que les écoliers du pays ne paieraient rien.

Ce qui frappe, en lisant dans les monuments écrits où l'on trouve les annales du Saint-Gaudens, c'est que cette cité porte toujours un soin extrême et une inquié-

I. Voyez Privilégti, Coulumti, etc. de la ville de Saiiit-naadoiis remis au Juge n-rorniaicui en 16S5.

tudc jalouse à ne pas laisser des nobles, seigneurs, ou gentilshommes, s'introduire et s'installer dans son enceinte. Ce fut là une des causes de ses divisions et de ses dernières luttes avec quelques-uns des gentilshommes fort révoltés de voir des prétentions si hautes chez de petits bourgeois. Les bourgeois tenaient en effet la commune, et nous rencontrons dans les temps reculés ses noms de familles bien connues, qui sc sont continuées par des générations florissantes, et qui occupent toujours à côté de celles que nous pourrions citer encore le rang le plus honorable dans la ville et dans le pays.

Aussi, quand la révolution éclata, elle n'eut pas à vaincre dans les murs de Saint-Gaudens cette énergique résistance qui décupla sa force et ses ressorts dans plusieurs villes du midi. Le lien, qui devait être loul en France, suivant l'evpression de Siéyès, était à peu prés tout à Saint-Gaudens. I.e chapitre ne le gênait guère et pourtant le chapitre disparut, les couvents avaient précédé le chapitre. Quant aux tours, aux remparts, déjà singulièrement ébréchés par les Anglais et par Montgomery, le temps en acheva paisiblement la ruine. I.a maison commune garda sa vieille figure du xiii* siècle, et son aspect rudement municipal, l'église ne vit pas dévaster sa belle nef si haute , ses piliers droits et forts , ni son clocher de casse-cou, ni même cette antique sacristie dont les ornements singuliers reportent l'esprit aux premières constructions de l'époque byzantine. I.a révolution passa dans Saint-Gaudens comme une vieille connaissance à laquelle la bourgeoisie tu bonne hospitalité. Seulement Saint-Gaudens prit la peine de s'appeler plus tard : iialte-vili.e , et encore plus tard on releva les cloisons, on recrépit les murs fendus de vétusté, on refit même une sorte de porte-cochère pour que le lieu connu sous le nom de l'évéché pilt s'élever à la hauteur d'un hôtel de la sonspréfecture. Saint-Gaudens n'en a pas moins conservé les traces de ses antiques annales : des promenades larges et bien tracées le long de scs boulevards, un nouveau Palais-de-Justice , une halle moderne, des fossés qui se comblent, et la ville semblant sourire de ce côté à des constructions élégantes : telle est à peu près la iwil que la civilisation a conquise : celle dè l'histoire est toujours la plus large, elle garde sa vieille église, son vieux cloître de l'hôpital, son hôtel de ville brisé, mâché, tombant, durant toujours; sa vieille halle avec son toit en forme de parapluie, et toutes ces maisons qui n'ont pas d'àge, pas de style, pas de nom d'architecte, maisons qu'on aurait dit bâties par des bohémiens pour un jour de halte, et dont la bouc durcie par les siècles comme un ciment romain semble jeter à tant de générations de passants le sourire d'une éternelle vieillesse. Tout cet aspect est pourtant sombre, et c’est un contraste désagréable pour le voyageur fatigué ou insouciant, que celui d'une ville aussi ancienne au milieu d'un paysage aussi florissant. Mais il n'en est pas ainsi pour ceux dont le nid prmd encore à quelques fentes de ces masures : leur antiquité les leur rend plus chères , et si en remontant le cours des siècles , ils trouvent que là le travail fut honoré , la liberté bénie, le droit soutenu avec dignité, l'égalité pratiquée,- la démocratie enfln comprise et respectée dans son germe, ces ruines ne leur paraissent plus que le vestibule du grand édifice auquel travaille l'Europe, et lorsqu'on y porte soi-même un grain de sable, il est doux de penser qu'en suivant les idées de la raison et de la patrie on demeure en même temps fidèle au culte sacré des aïeux.

SAINT-BERTKAND UE COMMINGES

Saint-Bertrand et Saint-Gaudens représentent ce qu’il y a de plus ancien et de plus éminent dans l'histoire des Convenœ sous l’empire Romain, et le progrès le plus réel de la municipalité à l’époque du moyen Age. L’importance des autres villes fut très-secondaire en comparaison.

Muret, dont nous avons eu occasion de parler plusieurs fois dans cette notice, devint, vers le xiir siècle, la capitale du Comminges, et fut le théâtre d’événements militaires très-intéressants. Mais il est difficile de séparer cette histoire de celle de Toulouse , dont elle se rapproche de plus en plus. Quant à Saint- Girons, ce nom se trouve souvent dans l’histoire confuse des luttes et des guerres focales. C’est à Saint-Girons et aux environs qu’ont lieu la plupart des rencontres des comtes de Foix et de Comminges, et la ville se défend toujours avec cette fermeté que les Commingeois , naturellement batailleurs, apportaient dans tons' les genres de combat. Saint-Girons fut aussi une ville assez industrieuse; elle avait une église abbatiale qui ressorlissait à l’évèché de Comminges, et elle dépendait pour la judicature du parlement de Toulouse.

Nous n’avons plus qu’à citer quel(|ues-uns des hommes les plus célèbres du Comminges et du Nebouzan. Vigilanlius, l’hérésiarque, fut célèbre par la lutte qu’il soutint contre saint Jérème; Raymond de Saint-Gaudens fonda en E.spegne vers le x* siècle, les ordres de Calatrava et d’Alrantara. Nous avons parlé de Saint- Bertrand et des évêques illustres qui lui succédèrent , il faut nommer aussi Manaud d" Aure, réformateur administratif et savant écrivain; Vrbain de Saint-Gelais; le cardinal <f Ossat; et , dans les temps récents , le fameux comte <f Espagne, dont la vie et la mort sont également dramatiques; puis les généraux Martin, Bartier, Saint-Hilaire, Compatis, les deux Pegot, dont la biographie se rattache si glorieusement aux plus beaux souvenirs de nos fastes militaires.

I.CS deux arrondissements de Saint-Gaudens et de Muret, qui renferment, l’un làli,116 habitants, l’autre 89,082, sont des dépendances administratives du département de la Haute-Garonne. L’arrondissement de Saint-Girons, où l’on compte 9ï,331 personnes , fait partie de l’Ariége. Les villes du Comminges sont en général peu peuplées; les derniers relevés officiels donnent à Saint-Gaudens 6,000 habitants, à Saint-Girons 3,901, à Muret 3,971. La population de Saint- Bertrand est au-dessous de 1,000 âmes; celle de Bagnères-de-Luchon , trois fois plus considérable, s’élève à 2,385. Les bestiaux, les mulets, les vins, les grains et les bois sont les principaux objets du commerce de ce pays. '

I. Noqs devons U uoUce sur TbisUiirc, les villes el les bablUiDU du Comninges à M. AmMiid Mamst » ne lui-mèioeà Salia-Gaudens, d’une ancienne famille de ootables dont il est fréquemment parlé dans les actes publics de ccUe ville depuis le xiii« siècle. Kii 1257, Ijfarmst de Montsaunès remplissait à Saint-Gaudens les fouotious de viguier; plus tard nous rencontrons encore un vicaire général el un archidiacre de ce nom. Les belles pages de M. Armand Marras! , presque enüéreinenl composi'es sur des documents iitédits et écrites d’uu style û la foi;» si ferme, si large, si brillant, nous font regretter que celte plume, qui n’a pas li'égale dans les luttes ardues de la presse, ne puisse pn^ndre une plus large part aui travaux de notre littérature historique

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