RÉSUMÉ GÉNÉRAL
ANTIQUITÉS. — POPÜUTIONS. - MOEURS. - IDIOMES. — AGRICULTURE. — INDUSTRIE. - COMMERCE.
Il est peu de pays qui oflrent autant de débris des temps écoulés. Au dessous du sol actuel, dans le département du Gers surtout, f;tt ce monde anté-diluvien, dont les espèces bizarres, aui formes grandioses ou tourmentées, attestent les premiers essais de la création et l'énergie des forces vitales. Grèce aux soins infatigables du docteur Lartet, ce modeste et digne correspondant de Cuvier, chaque jour révèle un nouveau mystère ou un nouveau caprice de la nature primitive. Les dernières fouilles faites par ce savant zoologiste ont donné pour résultat la découverte, dans le dépôt si connu de Sansan, de huit à dix mille débris nouveaux. Ce sont les restes de quatre-vingt-dix-huit genres, sous-genres ou espèces de mammifères et de reptiles. Sur ce nombre dix-neuf appartiennent à diverses localités du département du Gers et surtout au dépôt de Sansan qui y est situé , et dont pourtant la vingtième partie seulement ( quarante à cinquante mille mètres cubes) a été fouillée, puisqu'il reste environ huit cent mille mètres de couches ossifères i explorer. Parmi les débris de mammifères on compte : quadrumanes, un ; espèces insectivores, onze;' carnivores, dix-huit; rongeurs, onze; édentés, deux; marsupiaux pachydermes, vingt-une espèces ; ruminants, onze. Parmi les reptiles : tortues, cinq espèces; sauriens, cinq ; serpents, un ; salamandres, trois; reptile glgantesqde , un. Suivant M. Lartet, le type le plus remarquable est celui d'un animal de l'ordre des édentés que la longueur disproportionnée de ses membres et le nombre de ses doigts rapprochent des paresseux. La destruction de tous les animaux, qui composent ce chantier fossile, lui parait avoir été occasionnée par une grande inondation bi«i antérieure A celle qui , d'après l'opinion des géologues , aurait transporté les matériaux du diluvium sous-pyrénéen.
I^s recherches minutieuses auxquelles on s'est livré depuis quelques années ont prouvé qu'en compagnie des dinotheriums , des mastodontes , des rhinocéros et des carnassiers gigantesques , vivaient dans les temps primitifs , sur les pentes des Pyrénées, des taupes , des lézards, des salamandres de dimensions bien moindres que celles de leurs congénères actuels. Les traces laissées par l'homme n'attestent pas une moins haute antiquité. Par les haches en silex qu'on découvre tous les jours non loin des étangs du Condomois et ju.vqu'au fond des gorges de l'Ariége, on voit que la barbarie ibérienne différait peu de la barbarie celtique et lui était contemporaine. Le marbre trouvé à Samt-Lizier et contenant une inscription en l'honneur de la lune , appelée Selisama ou femme de Bel, prouve que les Phéniciens avaient établi des comptoirs dans le Conserans, et le nom seul de la fontaine
détienne de I.cttuure, dont le manleion ruiné existe encore, sulliriiit au besoin pour rappeler la présence des Grecs. Quant aux Romains, tout le sol est empreint de leurs vestiges. Sans parler de la voie principale qui allait de Toulouse à Bordeaux, en passant par Audi, et des deux branches secondaires qui se dirigeaient, l’une vers Saint-Bertrand [civitas Convenarum ), et l'autre vers les Thermei des Nymphes de Bagncrcs; les ruines du temple d'Apollon, élevé à l'est d'.\uch sur la montagne de Nerveva et détruit au v' siècle, s'il faut en croire les actes de saint Orens; l'autel en marbre blanc, orné d'une patère et d'un préfériculecn relief, déterré sur remplacement du temple même., et un bas-relief représentant Apollon qui joue de bi lyre au milieu des Muses, témoignent de la prédilection de Home pour sa Novetnpopulanie. Nous ne citons que pour mémoire les nombreux monuments tauroboliques de laictoure dont il a déjà été (piestiuii, les inscrqitioiis de Bagnéres aux Nymplie.s,à Mars invincible, au dieu indigène Aglion, et celles de Saint-Bertrand, dédiées par Primula , Atticus et Pompeius.
la» monuments chrétiens, sortis prc.sque sur tous les points, en exceptant bien entendu les tilles noutelles, des ruines des édifices païens, n'atteignirent nulle part à la magniricence romaine. lai caliiédralc de la:ctourc, lourd vaisseau roman, accuse encore par scs formes massives et sans grâce la froideur et la maladresse de l'architecture saxonne. Celle de Condom s'élève à la vérité plus majestueusement dans les airs, et la 'beauté de sa nef, la splendeur de ses voussures étincelantes d ur, consen et)t au milieu du calme de la ville la religieuse et sombre majesté du moyen âge. Quant à la basilique d' Auch qui domine la ville, elle n'a de vraiment remarquable que ses vitraux peints. Quelques châteaux échappés aux premiers troubles de la révolution, parmi lesquels on doit distinguer celui de Lourdes, le camp de César à Pouzac (Hautes-Pyrénées), l'abbaye de l'église de La Sède à Tarin», les remparts de âlirandc et les restes abruptes de ceux de Lcctoure, complètent la série arcbilectonique de l'ancienne Gascogne qui, en fait de monuments modernes, ne |>eut s'enorgueillir aujourd'hui que des magniQques thermes en marbre bleu de Bagnéres et de la statue du héros de Montebello.
Ainsi que nous l'avons établi dans l'introduction , la population de Pancienne Gascogne se partage en trois groupes principaux , reproduisant chacun un type bien tranché, les montagnards Vasco-Romains de l'Ariége, l'habitant svelte, grand et vif des Hautes-Pyrénées, et les Gascons, petits et maigres mais pleins de Gncsse, du Gers. Les premiers sont plus réfléchis et plus froids, leur isolement au milieu des vallées ou sur la montagne leur donne de bonne heure une gravité calme qui se reflète sur leurs traits impassibles mais naturellement beaux ; l'habitude des travaux pénibles et In mh-cssilé de lutter avec la nature par un travail constant et opiniâtre , soit pour arracher le fer des filons des mines et tordre le cuivre en chevilles, soit pour fertiliser les champs admirables de l'ancien Foix et du Comminges, donnent, â ce qu'il semble, une trempe plus énergique aux seconds. L'adresse, la persistance, la subtilité caractérisent entre tous les Gascons prorpement dits de la Baïse, accoutumés à réussir par ces qualités proverbiales où échoueraient peut-être les hommes des deux premiers groupes. On sent dn reste que nous ne parlons ici qu'en général et des classes inférieures , qui se trouvant beaucoup moins mêlées au mouvement des faits , ont Consené â peu près intaete
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la physionomie des générations précédentes. Le niveau de la civilisation a produit, en eflet, une classe bourgeoise qui, dans les campagnes comme dans les villes, au nord comme au midi , présente le coup d'œil le plus uniforme et le plus monotone. Sur ses métairies, eile meurt d'ennui et s'étioie au milieu des privations, des soucis de l'avenir et des embarras du présent : dans les villes, joignant au désœuvrement forcé qu'entraîne sa qualité de propriétaire, l'énervement du climat et la paresse naturelle de l'homme du Midi, la majeure partie de la classe moyenne passe son temps à regarder dans les rues , à lire les journaux ou h jouer au billard et aux cartes. Aussi les seuls édifices de nos chefs-iieux actuels , ceux qui attirent d'abord les regards par leur architecture élégante et leurs dorures, sont les cafés ; comme les seules maisons neuves dans les nlles, les bourgs ou les villages appartiennent aux avocats, aux huissiers et aux notaires. La classe aristocratique, naturellement plus fière en Gascogne que partout ailleurs, vit, l'été, assez dédaigneusement à l'écart dans ses cliéteaux ou ses maisons de campagne, et, l'hiver, dans des cercles dont pour l'ordinaire , avant la révolution de 1830, les noms significatifs rappelaient la qualité et les espérances de ceux qui les composent, l'n st^jour de trois mois à Pau ou 6 Toulouse, et un voyage à Bagnéres dans la saison des eaux compiétent la vie élégante du Gers, des Hautes-Pyrénées et de l'Ariége.
Dans les campagnes il se mêle à ce caractère , dont nous esquissons seulement les traits principaux , une teinte profonde de défiance et de superstition : regardant l'habitant des villes comme sou ennemi personnel, et habitué trop souvent à se voir dépouillé par lui comme plaideur ou trompé comme vendeur et comme client, le paysan se tient sans cesse sur ses gardes et se retranche dans sa rusticité cauteieuse avec un soin et une obstination qui rendront pendant longtemps encore la fusion des deux classes impossible. I-a superstition n'est pas moins tenace, bien quelle remonte à l'établissement du christianisme. li y a bien dix siècles effectivement qu'un évêque de Comminges défendait à ses diocésains de se transformer en loups garous, ce qui n'empècha pas qu'en 13'»0 , les Lavedanais ne crussent fermement aux sorciers et aux sortilèges. A cette époque, dit le vénérable Jean Baîole, de la compagnie de Jésus, les Lavedanais, ayant querelle contre les Aspois, invoquèrent l'aide d'un sorefer, lequel monta sur un fœseau et jeta son charme sur les Aspois, qui vinrent en riant se rendre aux Lavedanais. Ceux-ci les désarmèrent, et comme ils avaient juré de ne leur point faire de mal , ils imaginèrent, pour ne point violer leur serment, de les faire tuer par leurs femmes. Le pape ayant tout appris excommunia les I.avedanais et maudit leur terre , en sorte qu'à partir de ce jour toute femme y devint stérile et plus rien n'y germa. Cet anathème dura sept ans , selon le bon père , jusqu'à ce que les Lavedanais ayant obtenu l'absolution moyennant finance, la terre maudite se remit è germer et les femmes à enfanter comme auparavant. Quoique cintf'cent cinq ms soient passés sur cette aventure meneilleusc, ies Lavedanais d’aujounniaif'les paysans de l'Ariége et ceux du Gers ont une foi aussi robuste aux matéfices qiie leurs pères. Comme eux, ils font monter tous les jours tessoreieri sur le fuseau et il n'est pas rare que leur crédulité ies protège jusque sur les bancs des tribunaux où ils sont persuadés qu'ils tiennent en réserve un charme pour éblouir {illusl, Silludi sans doute) les procureurs du roi.