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3Ik GASCOGNE.
IJvrée sans rclAchc aux travaux les plus pénibles, la classe rurale n’a que deux jours dans lu semaine , le jour de innrelié et le diinanelic. I.c jour de marclié, au dief-lieu de canton et aux foires des villes, on voit dés le point du jour les rues prendre un air de fête, les boutiques s’ouvrir sous ces balles sombres et soutenues par des piliers de bois vermoulu , qu'on ne rencontre plus qu’en Gascogne et dans la Guienne. Puis arrivent à la file, en agitant leurs mille grelots, les voilures des morcliands forains : on étale en plein vent les burats de Castres , les indiennes aux vives couleurs, une sorte de percaline appelée Ginga dont la couleur rouge euebautera les femmes. Pendant que la l4)mpelte municipale proclame les ordres du maire, que les marcliands acbévcnl à la bâte de vider leurs caisses sur dMftféteaux dressés ii la suite les unspn autres dans les rues, et que le propriétaire campagnard arrive au trot paisible de sa jument poulinière , une foule des plus bariolées , que composent des femmes aux tabliers rouges et noirs, aux bonnets écrasés , comme dans le Gers , bordés d'une dentelle noire , comme dans quelques cantons de l'Ariége, ou bien qui ouvrent en éventail, au dessus des cheveux noirs et lissés avec soin des jeunes filles, une dentelle goderonnée; des vieillards eu veste antique, rouge ou blanche, couverts d'un chapeau à grands bords rabattus et pressant des bœufs de l'aiguillon ou les conduisant à la corde; des enfants iiu-li'te, pieds nus, bronzés par le hâle, qui chussent devant eux à coups de fouets des centaines de moutons ; d'élégants jeunes gens à la taille svelte et robuste , en pantalon carmagnole ou veste courte, portant invariablement et en tout temps un énorme parapluie bleu, voilà la caravane qui se déroule sur les roules de la Gascogne les jours démarché, taciturne et prudente, le malin, en allant à la ville, vive et assourdissante, le soir, en repartant. Le même besoin machinal de distraction et l’habitude conduisent les paysans gascons avec une régularité des plus édifiantes, s'ils comprenaient la portée d'un acte religieux , è l'église ou au temple. .Malheureusement pour leur amélioration morale , ils ne vont s'agenouiller sur la pierre des basiliques de campagne qu'aOn d'y rouler les grains d'un chapelet, d’y marmotter quelques mots du Pater et d’y retomber endormis sur leurs talons d’ennui et de fatigue.
l'n souvenir lointain des traditions romaines et même ibères perce encore toutefois dans les mœurs. En voyant les femmes s’arracher les cheveux et faire d’une voix entrecoupée de sanglots l'oraison funèbre des parents qu’elles accompagnent au cimetière, on pense involontairement aux pleureuses à gages de' Rome. Les dapes ou mets funéraires se trouvent également, dans le repas mortuaire, offerts à tous ceux qui ont suivi le corps. Seulement, sur l'usage antique s’est superposée une superstition envpruntéc au christianisme. Ainsi, l'on se garderait bien de senir, à ce festin souvent fort bruyant, malgré la circonstance, autre chose que des viandes bouillies, car (ce qu’à Dieu ne plaise!) si le défunt avait mérité l’enfer, le rôti, dans l'opinion des paysans, doublerait son supplice. La fêle de la Saint-Jean donne, sous ce rapport, le signal d’une foule de pratiques mystérieuses qui rap- |>ellent les nocturnes promenades des Druides : on cueille des herives prétendues sacrées, si elles sont prises à minuit précis , on forme des bouquets avec des germandré-es baignées de la rosée matinale et on les cloue à la porte des étables, dans la persuasion qu’il suffit de cet amulette pour préserver les bestiaux toute
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l'année. Mais rien n'ëpale la poétique et gracieuse coutume inspirée par cette fêle des campagnes am jeunes filles de l'Ariége. Pendant quêteurs parents suivent, le chapelet en main, le prêtre qui va en chantant, comme autrefois le pontife de Diane , allumer le feu , destiné il y a denv mille ans à célébrer les lacphries grecques , elles tressent une couronne de fleurs, y déposent une hrillanlc luciole, et l'abandonnent au eonrant des ruisseaux. Puis chacune suit sa couronne le cœur palpitant de crainte et d'espérance; car, si le point lumineux fuit .sans s'éteindre, un époux s'apprête il demander sa main , tandis qu'il ne s'en présentera aucun si la couronne s'enfonce dans les eaux. Cette feinte naïve mêlée à la gaiété communicative et un peu folle du caractère gascon jette un charme tout particulier sur les fêtes locales, Ac.rCan nfiou et /jnfot, où les tours de force, le palet et le jet du disque se marient agréablement sons les acacias ou l'ormeau de l'êglisc & des dansi’s cadencées aux sons du fifre ou du hautbois.
I.'idiome parlé aujourd'hui dans les trois départements de l’Ariége , des Ilautes- Pyrénées et du Gers, démembrement de la vieille Gascogne, est un dialecte de cette antique langue des Troubadours que les savants nomment Ronwno-Prorenrnfe. Mélange d’ibêre, de grec et de latin, il offre une singularité de prononciation qui ne peut s’expliquer que par l’origine basque des premiers radicaux. I.’csprit rude domine nu point que toutes les F sont aspirées. La femme, par exemple , qui vient de //•mina et se dit par contraction ferma, se prononce Ilcnna : força ( de furca ) Horca , fait feil l'ancien mot roman , Ileit :
Ft joii n(^ un bien heit
Qiu'' rollo Ion jmiii è la neit.
J'ai moi, un bûlon bien fait Qui roule jour ni nuit.
Ia's T deviennent , en vertu de la même loi , des D, et ce phénomène assez remarqu, aille, si l'on considère que le grec entre presque pour un tiers dans la formation du dialecte gascon actuel , se reproduit dans la prononciation du grec moderne.
Par sa configuration géographique la Gascogne est trop séparée des contrées qui reçoivent directement l’impulsion du centre et la transmettent , pour n’être pas en arrière de tout ce qui est progrès utile et innovation. L'agricullure, à peu d’exceptions près, y est donc dans le même état où la laissèrent les Homains, il y a treize siècles , et en parlant ainsi nous n'exagérons pas. Les instruments aratoires semblent sortir, en effet, de la forge rurale de Columelle. C'est toujours cette charrue sans roues, composée d’une grande perche qui va s’attacher par le bout au joug (h'S boeufs attelés par les cornes , tandis qu’un nralnim grossièrement forgé et un morceau de fer triangulaire placé à l’extrémité inférieure, écorchent plutôt qu'ils ne fendent la lerre. Lne .sorte de gouvernail , appelé comme ù IJomc, stiba , sert à diriger cet araire digne de la simplicité des temps antiques. On donne d’ordinaire deux façons à la terre sur laquelle on sème ensuite , soit les céréales au mois d’octobre , soit le maïs cl le chanvre au mois de mars. iJt détestable habitude des jachères fait que la moitié des terres restent en friche pendant un an. Les cultivateurs du Gers manquant généralement d’eau l'éU’, possèdent peu de prairies artificielles, tandis que celles-ci et les prairies naturelles abondent dans les deux
autres départements. Le métayage , du reste , qui s’y est conservé jusqu'ici , le manque de capitaux et de bras, et le poids des irapAts, de plus en plus lourds, entravent et arrêtent pour longtemps encore l'essor de l'agriculture. I.a seule amélioration,qu'on ait à noter depuis cent ans consiste dans l'adoption du rouleau de pierre pour briser les mottes, encore est-il si court et manœuvré avec tant de maladresse qu'il remplace désavantageusement le maillet de bois A l'aide duquel on émoltait avant. Il est cependant juste de reconnaître que la culture de la vigne, qui exige moins d'intelligence et de sollicitude , laisse peu à désirer. Mais , malgré le soin qu'on y apporte , dans le département du Gers surtout où les vignobles couvrent une superUcie de quatre-vingt mille hectares, on n'obtient guère que des produits médiocres, qui, livrés immédiatement A la distillation, passent dans le commerce sous le nom assez renommé d'eau-de-vie d’ Armagnac. Les troupeaux , les mulets , les porcs , une espèce de chevaux croisés de l'arabe et appelés Kavarreim et les volailles forment, avec les céréales des bords de la Baïse et du Gers, le fonds de la richesse agricole du pays.
Dans le département de l’Ariége, l’industrie a le pas sur l'agriculture. Grâce à la persévérante activité de ses usiniers on y épure aujourd'hui le fer comme dans les hauts-fourneaux anglais les plus célèbres; et de scs forges à la Catalane qui s'élèvent à quarante-sept , il sort des aciers reconnus supérieurs et qu’on a vu figurer au premier rang dans nos expositions. La pierre de touche, l'alun , le plâtre et le marbre sont exploités dans tout l'ancien comté de Fois et les vallées pyrénéennes ; de Pamiers à Saint-Girons une foule de canaux, alimentés par l'Ariége , font mouvoir les roues d'usines nombreuses de divers genres , telles que papeteries, fabriques d’étoffes, moulins à foulon. Les habitants des Hautes-Pyrénées profitent du concours des étrangers qui affluent A leurs eaux thermales pour fabriquer avec la laine de leurs magnifiques troupeaux ces étoffes gracieuses d'un tissu si (in connues dans le commerce sous le nom de Barèget. Dans le département du Gers les seules branches de l'industrie manufacturière sont la minoterie ou épuration des farines, la tannerie et la préparation des plumes A écrire. Mirande fournit cependant de la coutellerie qui n'est pas sans réputation, l'arrondissement de Lectoure du ruban de fil , Afarciac et Riguepeu de la verrerie fabriquée selon l'ancien procédé et dite de Fougère . Percée de routes superbes, la Gascogne offre les plus grandes facilités au déplacement des relations commerciales, qui sont très-grandes A l'intérieur et si multipliées que le département du Gers seul compte , outre un marché par semaine dans chaque canton , quatre cent vingt foires par an. '
t. Comptei rendui d$ V Aeadimi* dt$ êcitneet. — Miémoirts d$ la société royale dss anti^ gyaires de France. — Gallia ehristiana. — J. Balole , de la cumpagnie de Jésus, Histoire sacrée Aquitaine. — Gniter, /nscHpffons. — Arthur Young, Voyages en France pendant les années 1789 et I79rt. — F. Ducuing , Essai inédit svr les patois des Pyrénées. — Mary-Larou, Jftvitrs du Midi et Tableau historique et littéraire de la langue parlée dans le midi de la Francs.
BORDEUIS. — LA.NDE8. — lAZADAIS. — BLATAIS. — AGÉNAIS. » PÉRIGORD. — OtERCY.— ROl'ERCCE.
DESCRIPTION CÉOCRAPniQUE. — HISTOIRE «ÉNÉRALE.
En jetant les yeax sur la carte on aperçoit, entre les chaînes granitiques de la Vendée et du Limousin, les Cévennes, la pente occidentale des Pyrénées et l'Océan, un immense bassin de formation craieuse. Sur toute la céte du golfe de Gascogne des dunes mobiles, vomies par la mer depuis quatre mille ans, si les calculs de Brémontier sont Justes , en couvrent le bord dans une étendue de cent vingt mille mètres. Une nappe de graviers mêlée de sablon et de délitements calcaires et connue sous le nom de slaves, s'étend ensuite sur les collines ondulées qui serpentent dans le Médoc et va se lier à cette mer de sable appelée Landes, sous laquelle a disparu depuis des siècles le grand triangle de la Garonne et de l'Adour. Après les pentes rocailleuses du Médoc et la surface stérile des landes s'ouvrent cinq vallées principales creusées par la Garonne, la Dordogne, l'Ille, la Drône et le Drot dont le sol alluvionnel d'une puissance prodigieuse repose tantôt sur des lits de cailloux, tantôt sur des galets volcaniques, tantôt sur des graviers mêlés de silex; si l'on remonte à travers une innombrable série de coteaux à pentes trës-prolongées et de plateaux sablonneux ou calcaires, les vallées de la Dordogne , de la Drône et de rille, on arrive aux plaines hautes et marneuses , aux vallons tourmentés et aux bancs de craie du Périgord. En longeant au contraire, dans le même sens, cette ligne de collines formées alternativement de calcaire blanchêtre, jaune ou gris de fumée, qui se déroule sur la rive droite de la Garonne jusqu'à Moissac , on entre ' dans les vallées du Lot, du Tarn et de l'Aveyron, et après avoir laissé à gauche les dépôts siliceux, le sol granitique, les déserts de rochers et les âpres vallons du Quercy , ouverts comme des bréchçs abruptes dans le calcaire , et , à droite , les plaines argileuses du Tarn , on s'élève jusqu'aux montagnes basaltiques et aux causses du Rouergue découpé par de profondes valiées, déchiré par les torrents et hérissé presque partout de blocs de grès rouge et de jgranit.
Toute celte étendue de pays qui, de la pointe de Grave à Millau, n'a pas moins de cent lieues de long, et trente de large, de Martel à Nérac, portait autrefois le nom de Guienne. Parce nom général on entendait la réunion du Bordelais, du Bazadais,