II
GUIENNË.
désire qu'il lui en soit rendu compte pour en faire des exemples plus prompts. Il y a lieu d'espérer que la présence des troupes, jointe à la pratique des moyens qui viennent d'étre détaillés, contiendra les religionnaires. »
Un fait bien remarquable et qui a déjà dû frapper le lecteur, c'est que tous les troubles, tous les malheurs de Bordeaux ont pris leur origine dans l'orgueil , l'opiniàtrcté ou les passions des dépositaires du pouvoir. Comme Leicester sous les Anglais, comme Tristan de Monneins sous Henri II, comme les cardinaux de • Sourdis et les deux d'Épernon, Richelieu mit la ville en feu pour une querelle' d'amour-propre. Prétendant que le maire, M. de Noé, à qui l'on doit ce magnifique théâtre dont s'enorgueillit le Chapeau Rouge, avait oublié de le saluer, il voulut le contraindre à une réparation humiliante. Celui-ci , aussi lier que le maréchal, car la noblesse de province, celle de Gascogne surtout, ne le cédait en rien pour la superbe et les prétentions glorieuses à la noblesse de cour, mit encore plus de hauteur à refuser la satisfaction exigée. Il fallut donc que la cour s'en mêlât. S'il ne s'était agi que d'une de ces questions qui intéressent une population tout entière, alarmée pour scs subsistances, comme en 17-20, ou bien du bon ordre compromis par les écoles privées tout à coup, comme en 17-25, par arrêté de lu Jurade, des billets de spectacle, la cour ne s'en serait peut-être pas émue. Mais une querelle de grands seigneurs méritait bien toute son attention , et l'affaire , longuement et chaleureusement débattue, occupa plus d'un an Versailles. Le crédit du maréchal de RicheKeu l'emporta toutefois, et le maire de Bordeaux fut exilé.
A ce triomphe le vainqueur de Mahon en ajouta un autre, en 1702, beaucoup plus difficile à obtenir. Sous son infim-nce, le parlement, qui avait été rappelé de Condom en 1090, chassa les Jésuites de son ressort, par un arrêt dont le dispositif mémorable portail entre autres considérants : « Que le régime, institut et institution de la société soi-disant de Jésus étaient déclarés attentatoires à loti(e culorilé spirituelle et temporelle , incompatibles avec les principes et les règles de tout étal policé, destructifs de la subordination légitime à laquelle tous sujets étaient tenus envers leurs souverains, spécialement répugnants aux libertés de l'église gallicane et aux quatre articles de l'assemblée générale du clergé de France de 1G82, contraires aux lois et maximes fondamentales du rogaume, inconciliables arec le droit public de la nation, et essentiellement irréformables. »
En conséquence, au 1" août 176-2, les Jésuites durent vider les maisons, qu'ils occupaient dans le ressort de la couf. Des commissaires spéciaux apposèrent les scellés sur tous les effets trouvés dans ces maisons, et leurs biens meubles et immeubles furent mis sous la main du roi et de la justice. Depuis cet arrêt , l'ambition du parlement , longtemps comprimée par l'autorité royale et toute froissée encore des rudes leçons qu'elle avait reçues à la Réole et à ('x>ndom, se releva peu à peu et laissa éclater ses vieilles prétentions et sa morgue anti(|ue. Toute la fin du xvm* siècle fut pleine de démêlés avec le célèbre avocat-général Charles Dupaty, l'élégant auteur des Lettres sur t Italie , que le roi avait honoré d'une charge de président à mortier; avec fintendant Dupré de Saint-Maur, qui, supprimant les odieuses vexations de la corvée, faisait exécuter les travaux des routes à prix d'argent, et enfin avec le ministère, nu sujet de quelques terrains nlluvionncls concédés à la
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BOKDEAUX.
maison de Polignac. Les réformes timides de Ncckcr lui-inémc ne purent trouver gréce à ses yeuv : lors de l'étoblissement de l'assemblée provinciale de Limoges, croyant voir dans la constitution d'une autorité indépendante un empiètement sur sel attributions, il refusa énergiquement d'enregistrer l'édit de création; et, bien qu'exilé pour ce fait à Libourne, il ne cessa , sous forme d'humbles remontrances, de protester pendant neuf mois. Inutiles efforts! résistance vaine et désespérée! Pendant que les cours de Paris et de Toulouse déclaraient fièrement, en 1788, qu'elles ne se lasseraient jamais d'élever la voix pour le rappel de leurs collègues de Bordeaux, le peuple, se soulevant en masse, entrait bruyamment sur la scène politique, les accapareurs portaient la peine de leur avarice, et une députation honnête, quoique aristocratique, était envoyée aux états-généraux.
Les actes de l'Assemblée nationale furent l'objet à Bordeaux d'éloges unanimes ; quatre mille citoyens, c'est-à-dire lous ceux qui savaient écrire, s’empressèrent de lui envoyer une adresse d'adhésion à sa marche et à ses décrets. Puis, à la nouvelle de la prise de la Bastille, le peuple courut au château Trompette, en força les portes, et, s'emparant des armes, improvisa une garde patriotique dont le dévoue- v ment ne tarda pas à être mis à l'épreuve. Le 15 mai de l'année suivante, 1790, on apprit tout à coup qu'une collision sanglante avait éclaté à Montauban , entre les , partisans de la révolution, presque tous protestants, et les amis de l’ancien régime qui comptaient parmi les catholiques les plus xélés. Cinq dragons nationaux avaient été tués dans l’hôtel-de-ville et les cachots du château royal en dérobaient seuls cinquante-cinq autres, grièvement blessés pour la plupart, à la vengeance et à la fureur populaires. Devançant aussitôt le décret de l'Assemblée nationale, la municipalité bordelaise, sur le réquisitoire du procureur de la commune , prit un arrêté pour inviter les citoyens de Montauban à venir à Bordeaux où ils trouveraient asile, force, et tous les secours de la fraternité la plus amicale. Elle engagea en même temps toutes les municipalités voisines à suivre son exemple , et fit partir, en outre, un corps de quinxe cents gardes nationaux commandés par M. de Courpon, major-général, qui avait ordre de prendre en passant un détachement du régiment de Champagne cantonné à àloissac , et de marcher sur Montauban.
A l'approche de cette colonne , les officiers municipaux de Montauban s’alarmèrent ; une invitation pressante de rappeler M. de Courpon fut adressée par estafette aux maire et officiers municipaux bordelais, qui répondirent le 24 mai :
U Nous ne devons. Messieurs, ni ne pouvons faire rétrograder ni même arrêter le détachement de notre garde nationale. Nous ne le devons pas , parce que le parti de l’envoyer au secours de nos frères, au secours de la constitution blessée, n'a été pris qu'après une mûre délibération , et que notre xèle pour le maintien de cette loi sacrée pour tous les bons Français nous commanderait encore le même arrêté; nous ne le pouvons pas, puisque nous awns contracté avec l'Assemblée nationale l’engagement d’envoyer nos troupes à Moissac et que c'est dans
cette ville que le roi est supplié de faire parvenir les ordres Nous ne vous
le dissimulons pas, votre propre sûreté vous commande de veiller à celle des citoyens dont le sort est dans vos mains. L’Assemblée nationale, n’en doulex pas, vous rendrait responsables du sang que vous laisseriez verser, et le peuple de Montauban partagerait avec vous celte responsabilité. Au moment où nous ter-
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G TIENNE
minons cdte letin', une (léputntion du conseil de notre année a été introduite uu milieu de nous : les citoyens qui la composent nous prient de vous assurer qu'ils parlaient tous les sentiments que nous venons de vous esprimer. Ils sont prêts à se réunir à leurs camarades si les circonstances étaient assez crueHes pour l'evifriT. Gette déclara ion vous montre assez que le même esprit de paix et de concorde, d'alTeclion et de respect pour l'Asscroblée nationale nous anime tous également. »
OrAce il l'énergie de ces mesures, les prisonniers du 10 mai purent sortir vivants des cachots du cliAteau royal. I.’ esprit de llordeaux était alors excellent , et, selon l'expression du temps, brûlait du feu du plus pur patriotisme. M. champion de Cité, son archevêque et l'un de ses députés il l'Assemliléc nationale, ayant été nommé garde des sceaux et semblant oublier le mandat de scs commettants , reçut en réponse <i une apologie adressée aux municipaux une lettre du club ' national où se peint avec la plus noble franchise l'opinion bordelaise. « Vous fûtes député aux états-généraux, Monsieur, lui disaient les patriotes, et vos premiers pas furent ceux d'un citoyen zélé pour sa patrie. I.e moment où foulant aux pieds une vaine prééminence vous travaillilles à ramener les ordres à l'égalité, où vous domiAles au clergé l'exemple d'une réunion que sollicitait le salut du royaume , et dont la religion lui faisait un devoir rigoureux ; ce moment. Monsieur, fut le plus beau de votre v ie. Vos diocésains en l'apprenant se livrèrent à la joie la plus vive. Ce peuple patsionnê pour ta liberté , et qui a donné des preuves si frappantes de son attachement à la constitution, se plut à admirer en vous les vertus courageuses du citoyen réunies à l'esprit d'abnégation du véritable évêque. I.a bonne, la seule apologie qui soit maintenant digne de vous, si, comme nous aimons à le croire, l'amour de la patrie vit encore dans votre ûme, c'est une conduite qui ne laisse
désormais aucun nuage sur la pureté de votre civisme Kedevenez dans
l'Assemblée nationale ce que vous étiez è l'ouverture des étals-généraux, l'ennemi de toute distinction , de tout privilège, de tout abus qui pèse sur la classe du peuple
suit pour l'humilicr, soit pour le rendre misérable Les citoyens, ajoutent
l(îs membres du club national , ont droit d'être étonnés que vous preniez encore le titre inconstitutionnel d'archevêque. Si vous êtes soumis en effet h celte constitution , que le roi a acceptée, que vous avez scellée du sceau de l'État , et que vous avez juré (robsorver, pourquoi tardez-vous si loiigterops à vous y conformer? Le litre d'archevêque n'ajoute rien à votre puissance, et continuer à le prendre c'est désobéir à la loi. Vous êtes trop éclairé pour adopter les principes erronés répandus dans tes protestations de quelques-uns de vos confrères. Vous savez qu'autrefois l'Église ne connaissait que des évêques , et qu'en ramenant le clergé aux règles primitives de la discipline ecclésiastique, le législateur n'a fait que remplir un devoir qu'il ne lui était pas permis de négliger. »
Tel était donc l'esprit de la population bordelaise au moment des élections de l'Assemblée législative. Comme un sentait bien que la gravité des circonstances exigeait d'autres hommes, à .M. t'.hampion de Cicé et à ses honnêtes mais timides collègues, le département de lu Gironde, dont llordeaux était le premier district, .substitua Vergniaud, Guadet, Gensonué , Grangencuve, Ducos et Konfrède. ('.'étaient de vaillants défenseurs du la eause populaire, d'éloquents avocats de la
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BORDF.At'X
révuluUon; aussi, par leur patriotisme, non moins que par leurs talents hors ligne, SC trouvèrent-ils, immédiatement après leur nrriiée à Paris, à la tète de ce parti célèbre qui prit le nom de leur département. Xlnigré les jugements passionnés que les fractions diverses de la phalange de 1793 ont tour à tour portés sur eu\, les Girondins, il faut bien l'avouer, aujourd'hui qu'ils ne sont plus, orcu|>aient une place éminente parmi les organisateurs de la révolution. Dans l'accomplissement de cette tache , qui était pleine de dégoûts et de périls , la sympathie de leurs frères de Bordeaui les encourageait , les applaudissait à chaque pas. Quelques jours après le 21 janvier, tout en approuvant, comme les autres villes du midi de la France, le coup qui venait de frapper la royauté, et après avoir décrété la formation d'un corps de volontaires nationaux de cinq cents hommes pour être envoyé à Paris et mis h la disposition de la Convention nationale, le conseil général de Bordeaux , composé des citoyens Saige maire , Oré , .Marchand , Lafitte , Baour, l.atus, Lagarde, Bécheau, Nairac, Marteilhe, Boyer, Furlado Sandre, Lartigue, officiers municipaux ; Vielle, procureur de la commune ; Peyre, Azerna, Drigime, Emmverth, Boulugnet, Delmestrc, Mailhe, Dubord, Vignes, Brugevin, Guibbaud et Bellot, notables, adressa la proclamation suivante è ses administrés : « Lorsque les ennemis de notre liberté s'avancèrent vers nos frontières nous n'eilmcs qu'a vous dire : Braves Français, la patrie est en danger, et vous vîntes en foule lui offrir vos bras et vos' fortunes. ... Ce n'est plus aujourd'hui l'ennemi du dehors que nous devons craindre; c'est dans le temple même de la liberté, c'est nu sein de la Convention nationale que le danger devient plus pressant. Comment assurera-t-elle la liberté publique, si celle de scs membres n'est pas entière? Comment sera-t-elle l'organe de la volonté générale, si des hommes avides de sang la tiennent constamment sous la hache des factieux et le poignard des assassins? Citoyens, cet état de choses ne peut plus durer : lu nation ne l’a peut-être que trop, longtemps
souffert Vous avez juré de vivre libres ou de mourir, l'inslant est venu
d’accomplir cette sainte promesse. Volez à la défen.se de la Convention, allez la débarrasser des factieux qui l'avilissent, et bientôt vous lui verrez reprendre cette attitude Hère et imposante qui seule peut as.surer sa gloire et la prospérité de la république ! »
Celte adresse ne précéda que de très-peu de temps l'organisation politique des ^ sections, décrétée le 1 1 avril 1793, par le conseil général du département. Ce jourdà fut créé le Conseil de défense , composé de six membres, qui furent pris dans les administrations du district du departement et de la municipalité. A ce conseil chacune des vingt-huit sections de Bordeaux adjoignit un représentant. Divisé luimême en trois sections principales, chargées, la première de la défense de la rivière et des côtes, la seconde de l'emploi et de la direction des forces publiques dans le «lépartemcnt , et la troisième des rapports extérieurs , ce comité était 6 l'œuvre quand on apprit coup sur coup à Bordeaux les événements du 31 mai et du 2 juin et la proscription en masse de la Gironde. Alors ce ne fut qu'un cri , qu'une protestation ardente et unanime contre les violences dont la Convention venait d'être le théâtre : sur vingt-huit sections, vingt-sept prirent spontanément les armes pour relever le défi de la Montagne; une seule, la section Franklin, aurait autori.sé par son silence cet attentat inouï à l'inviolabilité de la représentation nationale. Mais ,
(iUlENNE.
mise en étal de siège par les autres sections, si's swurs, elle ne put empêcher l’expulsion des représentants en mission , Bcaudot et Isabeau. Chassés au milieu des huées du peuple, lus deux députés conventionnels se réfugièrent à la Itéole, où accoururent les rejoindre quelques milliers de paysans et de volontaires. Celte force, en quelque sorte improvisée, dont ils surent tirer d'ailleurs le meilleur parti, leur suflit pour couper les communications de Bordeaux et arrêter les subsistances par la Garonne et la Dordogne. Mal défendue et hientét affamée, la ville s'abandonna, pour ainsi dire, aux vengeances de la Convention, dont les deux commissaires, Tallien et Jullien de Paris, la traitèrentavec la dernière rigueur. Un gardera longtemps dans la capitale de la Guienne le souvenir de ces jours néfastes. L’échafaud en permanence teint chaque jour de nouveaux meurtres , les compagnies dites de t allien arrêtant au coin des rues et sur les places les hommes et les femmes pour leur faire baiser le bonnet rouge ou leur couper les cheveux ;
In vie des citoyens , leur fortune , leur honneur même livrés aux passions les plus sauvages, voilà ce qhe Bordeaux vit et soulTrit jusqu’au 9 thermidor.
.\prés la catastrophe du 31 mai, les députés de la Gironde se séparèrent Vergniaud, Ducos et Boyer Fonfrède , qui ne voulaient pas croire à l'audace de la .>lantagne, refusèrent de quitter Paris et y périrent sur l’échafaud le 31 octobre 1793. Guadet revint avec Pétion et Buzot chercher un asile dans les carrières de Saint-Émilion , sa patrie ; Grangeneuve et Gensonné seuls accoururent à Bordeaux pour y organiser la résistance. Mais, ployant sous l'énergie de la Convention , et craignant de favoriser par la guerre civile les armées des puissances coalisées, déjà réunies sur nus frontières, les Bordelais furent sourds à lu voix de leurs députés et les abandonnèrent deux mois après à la commission martiale, qui les Qt guillotiner avec Guadet et son frère le 31 décembre i'93. Pétion et Buzot étaient morts de faim quelques jours avant dans les blés de Saint-Émilion.
A ces luttes politiques d'une si terrible grandeur et d'mi intérêt si puissant, succédèrent sous le consulat les sourdes menées du parti contre-révolutionnaire. Aliu de ne pas éveiller les soup(ons, les royalistes composaient, à Bordeaux, une réunion, connue sous le nom A'InstUut, qui tenait scs séances chez le musicien Cosse. Les deux chefs s’appelaient, l’un Constant, et l’autre Tristan. Ce dernier prenait la double qualité de secrétaire général et de commissaire du roi. Voici l’étal de leurs forces, tel qu’il fut saisi au domicile du principal conspirateur par le citoyen Babut , secrétaire du commissaire général * de police. Les communes de Léognan, Marlillac, Banticand, Saint-Médard, .Viguesmortes, Saint-Georges, Cadaujac, Villeneuve, devaient fournir quatre cent quatre-vingts hommes à pied, deux à cheval, cent fusils de cbassq^ct dix paires de pistolets. .Mais dans les huit communes du canton de Castres les conjurés n'avaient pas réuni plus de cinq adhésions : cette tiédeur pour la cause royale n'était ni moins décourageante, ni moins sensible dans la ville. Au mois de juin 1800, Cavnstant, i'àme du complot, écrivait aux présidents d'arrondissements ;
« D’après les avis que j'ai reçus, nous approchons du terme de la carrière glorieuse que nous suivons depuis plusieurs années. Le mouvement intérieur, m’assuret-on, ne tient plus qu’à la reddition de Gènes, qui ne peut pas être éloignée. On dit même celle place importante au pouvoir des Autrichiens depuis le 9 mai ;
nORDEAUX.
c’csi avec non moins de peine que de surprise que j'ai appris par le chef de l'élatmajor que les compagnies de ligne ne sont pas aussi nombreuses qu'elles pourraient l'être dans une ville aussi populeuse que Bordeauv , et que les compagnies auxiliaires ne sont pas encore complètes. Plus nous serons nombreux et moins les jacobins oseront nous résister. Occupez-vous donc tout de suite de remplacer tous les aides de sections qui manquent et de faire compléter le plus tôt possible toutes les compagnies , soit de ligne , soit auxiliaires. Pour peu que les aides mettent du zèle et de l'activité dans l'exercice de leurs fonctions , il n'est pas douteux que l'armée ne soit portée en moins d'un mois à plus de quatre mille hommes de toutes armes. »
mouvement de l'institut royaliste de Bordeaux se liait avec les intrigues d’Hyde de Ncuxille à Paris et les projets conlrc-révolutioiinaires de Pichegru et de Bourmont dans l'ouest. I.e plan de celle conspiration générale, appelée ang'ahf parce qu'elle était fomentée par les manœuvres machiavéliques et l'or de Pitt , nommé dans les correspondances mystérieuses le citoyen Tête , fut d'abord assez bien conçu. Les Chouans armés par l'Angleterre devaient se soulever ; le nom seul de Pichegru allait ébranler la lldélité des troupes républicaines. !.c Fermier, nom de guerre sous lequel se cachait le marquis du Boccage , se faisait fort de livrer Brest. En même temps, et (.onze heures avant l'attaque projetée il Paris, des courriers devaient partir de celle ville pour tons les points avec des lettres et des journaux supposés annonçant la chute de la république et le rétablissement de la royauté. Iæs conjurés ne doutaient pas que ces nouvelles et la vue du drapeau blanc n'excitassent un soulèvement général. La découverte du comité anglais, faite le 13 lloréal an viii à Paris, et la saisie de ses papiers chez la citoyenne veuve Mercier déjouèrent tout è coup ces vastes plans de contre-révolution.
[/arrivée de Bonaparte au pouvoir, comme empereur, eut pour elTet de ruiner Bordeaux , en fermant la mer à ses navires. Bloqué par les frégates et les sloops des .\nglais, qui se glissaient jusque dans la Gironde, et repoussé de l'Espagne (var la guerre et la contrebande de l'Angleterre , le commerce se livrait à un sombre désespoir. Une association , évidemment sortie de Vinslilul royalinle, qu'on avait pu dissoudre mais non détruire, s'était formée et recrutée dans les dernières années de la domination impériale, parmi l'ancienne noblesse et 1a haute bourgeoisie. Son but avoué était île tuer en duel le plus grand nombre possible d'oIHciers de Napoléon. Dirigés par un jeune homme, beau et brave, par ce Uhodruc Duelos dont la cynique misère devait épouvanter un jour les promeneurs du Palais-Royal, tes Baloehnrtis, tel était leur nom, après avoir établi leur influence au théâtre, dans les cafés et sur le port , s'adjoignirent une troupe de sicaires dévoués qu'on appela Brassards, parce qu'ils portaient comme signe, distinctif un large ruban vert roulé autour du bras gauche, et attendirent les événements funestes de 1814. Nous avons dit que l'institut royaliste s'était reconstitué; toutefois, malgré le bruit qu'il faisait de scs forces, il comptait à peine une soixantaine d'émigrés et de vieilles femmes , dont toute l'action se bornait à protéger des réfractaires, â ouvrir des souscriptions secrètes pour les prisonniers espagnols et à commenter la bulle d'excommunication lancée contre l'empereur. Les seuls ennemis vraimeitt redoutables pour le gouvernement impérial étaient , le maire d'abord, un Irlandais trans-
r,l lENNE.
fuge iiomniù L)iidi, cicaturc de Napoléon; puU tout le enmracree et toute U liourgeoiüie de la ville. Là, cuinme partout, le peuple, <|ui arait abondamment du travail et de la gloire, était pour l'empire.
ParrailenK'nt instruit de l'état des choses , un habile conspirateur, le marquis de loi Kochejncquelein , qui était venu à Rordeaux pour y renouer les tits d'un ancieti plan d'insurrection du midi, combiné avec le soulèvement île la \'endée, comprit sur-le-champ le parti qu'on pouvait tirer de la disposition des esprits. X la nouvelle de rarrivt''e de Wellington à ISnyonne, il se rendit auprès de l.ynch, et lui remettant conridcntiellement une proclamation du duc d’Angoulème, lui demanda ce qu'il comptait Taire, u .Mon ami, » répondit l'Irlandais à voix basse, « vous n'avez « pas de partisan plus dévoué que moi ; cesi le maire de Hurdeaux i/ui aspire à U l’honneur de proclamer le premier Imuis XVJII. » Fort d'une adhésion aussi im|K)rtanle, .M. de lai Kochejacquelein partit sur-le-champ en poste pour Saint- Jean-de-Luz, où était le duc d'Angoulème, et, le 8 mars 1814, se présentant avec le prince au quartier général de Wellington, et se donnaut comme l'envoyé de Rordeaux , il Tinvita au nom de la population à marcher sur la ville. Personne ne croyait moins que le général anglais à TinlUience des Rourhons. Aussi objectat-il que les souverains alliés traitaient encore avec Napoléon et finit-il par dire qu'il ne pensait pas que Rordeaux se déclarât jamais contre l'empereur. « J'en rè|Kinds sur ma tète, » s'écria La Kochejacquelein avec une telle clialcur que Wellington, à demi persuadé, se rendit aux instances d'un nouveau député royaliste, nommé Rontemps Dubarry, et détacha quinze mille hommes sous les ordres du général Reres Tord.
Au bruit de l'approche des .Anglais, les autorités impériales s'cloignèrcnt , le commissaire extraordinaire, comte Cornudet, eu lit autant, et le général L'Huillier, commandant la division , ayant également abandonné son poste, les royalistes, à la tète desquels marchaient le maire Lynch, .M.M. de Tanzin et de Mondenard, adjoints, quelques membres du conseil municipal et MM. de La Itochejacquelein , de Tiombault, de Saluées, de l-autrcx: , de Maccarthy, Dubarry-Rontemps et (îaulier, parés de cocardes blanches et criant : virent les liouibons .' se |K>rtèrent avec enthousiasme au-devant des .Anglais. I-e t2 mars au matin le drapeau blanc reparut sur le faite de la tour de Saint-.Michel et pavoisa en un clin d'uHI tonies les fenêtres; il annonçait l'entrée des Anglais et celle du duc d'Angoulème, comme eux en uniforme rouge. Le prince fut complimenté |iar l'archcvèque, salué ))ur les acctamations d'une populace en délire , et chanté le soir au théâtre par l'avocat Martignac.
IJn an après, jour pour jour, le général Dccaeu, gouverneur de la onzième division militaire, dénonçait à ses soldats le retour de Napoléon. «C'est à vous, » s’écriait-il, « qu'est réservée la gloire de sauverLouis XVlll. » De son côté, fadministration municipale, rappelant au roi f anniversaire du 12 mars 1814, lui écrivait pour protester de son dévouement; elle suppliait Sa .Majesté d'autoriser la formation d'un corps royal volontaire, composé de cavalerie, infanterie et artillerie, qui s'engageait à ne déposer les armes qu'après la destruction de l'usurpateur. Malgré la chaleur de cet enthousiasme, la duchesse d'Angoulème, qui s'était rendue à Rordeaux, voulait s'en éloigner dès le 14. Les royaiistes s'y opposèrent, et.
BORDEAUX
sur le soir, des députations des gardes nationales d'Agen , de Lesparre, de Bayonne vinrent lui redonner nn peu de conQance. Cependant le bruit s'étant répandu, le 21 , que le général Clauzel arrivait avec des troupes, les paysans des environs de Bordeaux s'empressèrent d'arborer le drapeau tricolore. A cette nouvelle, les tètes s'échauffent, les grenadiers royaux, parmi lesquels se trouvait encore l'avocat Martignac, se font passer en revue par la duchesse et volent à !^nt-André de Cubzac défendre le passage <le la Dordogne. Il fut forcé par Clauzel le lendemain. Alors une fermentation des plus violentes se manifesta dans la ville : sans les efforts et la grande influence de Lainé, qui le retenait de tout son pouvoir, le peuple se serait soulevé en masse. On ne pouvait plus compter sur les troupes. Le 2i , Madame ayant voulu passer en revue le 60' de ligne et le 8' léger, les soldats refusèrent de crier vire le roi! Qauzel pourtant ne se hâtait guère ; il mit six jours à faire trois lieues et n'entra dans la Bastide, qui touche aux portes de Bordeaux, que le 31 au soir. La résistance, sans le concours des troupes, devenait d'ailleurs imposslMe. Un convint que la duchesse aurait la liberté de se retirer où bon lui semblerait ; mais, avant de partir, elle voulut tenter un dernier effort. Se portant au milieu de la nuit aux casernes, elle flt réunir les soldats et les harangua chaleureusement pour les engager à défendre l'entrée de Bordeaux au général Clauzel. Les soldats resU'rent muets et impassibles. S'adressant alors aux olllciers, elle leur rappela leurs serments et flt un appel h leur courage ; ceux-ci , tout en protestant de leur respect pour son sexe et ses malheurs, lui répondirent résolument que rien ne pourrait porter des Français à combattre des Français. La duchesse- fondit en larmes à ces paroles et les supplia de conserver au moins la neutralité si la garde nationale voulait se défendre. Bien loin de se conformer à son dessein, ils lui déclarèrent avec la même énergie que si elle tirait sur les troupes de Clauzel, ils tireraient sur la garde nationale. Le lendemain, 2 avril, à huit heures du soir, la duchesse d'Angoulème quittait Bordeaux et allait s'embarquer au port de PauUlac, sur la corvette anglaise le Wantierer, commandée par le capitaine William Dowers , qui mit toute la journée pour sortir de la Gironde. Les volontaires royaux, pendant ce temps, vengeaient la honte de sa fuite à leur manière, en tuant à bout portant le capitaine Troplong, qui voulait cmpèclier avec ses gardes nationaux qu'on se portât à des excès envers le général Decaen , auquel les royalistes ne pardonnaient pas de s'ètre rallié à la cause de Napoléon , après l'avoir qualifié de Irni/re dans sa proclamation.
Les Cent jours avaient remué si violemment les passions politiques et ravivé tant de liaines amorties déjà , que la seconde restauration ne put s'accomplir sans échafauds. Bordeiu vit tomber les tètes des deux jumeaux de la Réole et reçut, six ans plus tard, tantkwmpense de son dévouement à la cause bourbonienne, en donnant son nom au ^nrnier héritier direct de la branche aînée. Cependant, à partir de cette ép^ue , l'opinion mixte , née sous l'empire de la charte, qu'on appela libéralisme, flt de tels progrès à Bordeaux, grâce aux eO'orts infatigables du publiciste Henri Fonfrède et de quelques descendants des hommes de la révolution, qu'en 1830 l'immense majorité de la population bordelaise salua avec enthousiasme la révolution de juillet. Dès le à août, l'agitation était extrême : on organisait la garde nationale, on s'armait de tous côtés, les nouvelles de Paris étaient attendues et 11. V7