‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 62 sur 119 · BLAYE · texte numérisé non relu

BLAYE

Siturc sur In rive droite de la Gironde , à une petite distance de Itordeaux , lu ville de llluye, dont la fondation remonte aux premiers temps de l'invasion romaine, partagea les Iwnnes et les mauvaises destinées de la capitale de la province. Ausonius parle de sa rade magnifique, de l'importance de ses fortiHcations, et tout nous porte ii croire que les proconsuls de l'Aquitaine en firent un formidable boulevart, destiné a fenner la Gironde aux pirates bretons qui remontaient chaque anm''e le fieuie pour en piller les bords. Les historiens désignent Blaye sous les deux noms de Biuvia et de Promonlorium Santonum. Le premier, qui lui fut sans doute donné parce que, sous les Itomains comme aujourd'hui, la route de Bordeaux il Saintes traversait la ville, a définitivement prévalu, et Blaye le porte encore aujoard'liui. Quelques antiquaires, parmi lesquels nous citerons le savant LaSaiivagére, ont prétendu, il est vrai, que l'antique B/avia n'était pas située aux bords de la Gironde, mais sur la côte de la péninsule armoricaine. On peut lire à ce sujet notre notice sur Hennebon et sur Port-lÆuis, l'ancien Blavet de la Bretagne.

Quoi qu'il en soit, Blavla prospéra sous la domination romaine : sa rade, presque aussi fréquentée que le port de Bordeaux, s'ouvrait aux mille navires qui, venant d'Ostie chargés des productions de l'Italie et de toutes sortes d'objets de luxe, s'en retournaient avec des cargaisons de vin de Médoc. Lorsque les Barborcs se partagèrent les débris de l'empire d'Occident, Blaye cessa d'ôtre l'entrepôt du commerce des riches contrées qu'arrose la Dordogne; elle fut pillée, changea souvent de maîtres, fit partie du royaume des Visigoths, et reçut, dit-on, dans ses murs, le roi des Franks Ghlodwig, lorsque la bataille de Vouglé lui eut assuré l'empire de la France méridionale. Charibert, petit-fils de Chlodwig, roi d'Aquitaine, aurait, s'il faut en croire les chroniques, séjourné quelque temps à Blaye, et y serait mort en 567, deux cent vingt-deux ans après l'établissement du christianisme par saint Itomain.

Selon des autoritt’S non moins suspectes , en 768, Charlemagne fit ensevelir à Blaye son neveu Roland , tué à Koncevaux. I.e vieux chroniqueur de Bordeaux raconte ce fait avec une naïveté qui semble lui donner les couleurs de la vraisemblance. • ('.harlemngnc fait faire des honneurs et obsèques magnifiques aux princes et seigneurs français , lesquels par l'emhnchc des Gascons et Biscaïns, avaient été défaits et tués à Roncevaux, sur le passage des monts Pyrénées , et ensevelir leurs corps à Bordeaux : et quant au corps de Rolland son neveu, et admirai de Bretagne, il le fit porter à Blaye, et ensevelir dans l'église Saint-Romain, avec son épée qu'on appelle Burundal, mise sur son (thef, et son cor aux pieds du sépulcre.

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Lequel corps, toutefois, fut depuis porté à l’église Saint-Seurin lès Bourdeaux, et l'épée à Koqueroador en Quercy. »

Biave eut beaucoup a souffrir des invasions des Normands après la mort de Charlemagne. Pendant tout le x* siècle, son commerce fut anéanti, et les expéditions contre les Poitevins, auxquelles ses habitants furent forcés de s'associer par Gnilhcra Fier-à-bras, lui portèrent le dernier coup. En 10*25, eHe appartenait au eomtc d'Angoulème, et devint, à ce titre, la pomme de discorde de la maison comtale. Willhem-le-Pieux étant mort des fatigues de son pèlerinage à la terre sainte, Jauffre, l'un de ses fils, se saisit immédiatement par ruse de la seigtieurie de Blayc, au préjudice de son frère Alduin. tailui-ci reprit le château, mais il ne s'en fut [ws plutôt éloigné , que Jauffre reparut , et construisit une bastille devant la ville. Ce petit siège ne se prolongea pas au-delà des fêles de Pâques, le pieux Alduin , par la seule puissance de la prière et par l inlervention de saint Cybar, ayant contraint son frère à lui demander grâce. La seigneurie de Blaye tomba ensuite dans la maison de Rudel, d'où sortit, au xii' siècle, le troubadour Jauffre, si fameux au moyen âge. Fort gentilhomme et bon prince de Blaye , dit le biographe provençal, mots yeniits hom prince de Hlaia, il s'éprit d'un ardent amour pour la comtesse de Tripoli sans l'avoir jamais vue, et sur ce que la renommée disait de sa beauté. Après avoir fait sur elle mainte chanson et répété sur tous les rhytbmes que les prés, les vergers, les arbres, les fleurs et les cris des oiseaux, ne pouvaient le séduire comme le franc plaisir d'aimer, il se croisa un beau jour pour aller voir la comtesse. Durant le trajet, il fut pris d'une maladie si grave, qu'il était presque mourant lorsque le vaisseau touclrn le port. Le bruit de son arrivée s'étant répandu, la comtesse accourut et recueillit son demi.er regard ; à sa ■ voix, Jauffre rouvrit les yeux et remercia le ciel de la consolation qu’il lui dgnnait de voir sa Dame avant de mourir. La comtesse désolée le fit enterrer pompeusement dans l'église des Templiers , et prit le voile sur sa tombe. • "

Pendant la domination anglaise, Blaye se montra d'autant plus fl^e à*ses nouveaux maîtres qu'ils la comblèrent de faveurs: en 1*220, une chayté d'ileuri III • accorda aux Blayais le droit d'introduire librement leurs vins à liordeaùi, privilège réservé exclusivement aux bourgeois de celte denière ville. En 1 201, ils obtinrent __^ ''* . ,

des exemptions fiscales importantes, et postérieurement la confirmation de leurs libertés, qui étaient assez larges. Ainsi, le seigneur ne pouvait bannir aucun ci- .. loyen de la ville, du moment qu'il fournissait caution, à moins qu'il ne se fût rendu coupable d’un crime emportant la peine de mort ou la mutilation. Les navires de Blaye avaient la préférenœ sur les navires étrangers pour les passagers et le fret.

Le seigneur devait à tous justice bonne, prompte et gratuite. H était interdit au seigneur de faire auevn établissement ou aucune criée sans le consentement des habitants; ceux-ci n'étaient tenus envers lui qu’aux dîmes et redevances stipulé ‘S dans les privilèges. Us pouvaient se marier, nonobstant son opposition, et ils jouis.saieot du droit de faire paître leurs bêtes dans les pâturages communs (padouens).

En 1332, Alice de Montaigu, héritière des derniers seigneurs, vendit tous ses droits sur Blaye au roi d'Angleterre pour la somme de mille livres de revenu cl de onze mille livres anglaises en principal. Ce fait prouve l'importance que le souve-

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raie de la Gulenne attachait à la posaession de cette sentinelle de la riirnndc. Blaye lui échappa pourtant sept ans plus tard. Deux chevaliers poitevins qui tenaient pour le roi de France, s'en emparèrent à l'impruviste et s'y maintinrent d'abord avec leurs routiers contre toutes les forces de Derby. Mais plus tard les Anglais la reprirent. Elle était encore en leur pouvoir lorsqu'ils engagèrent les ^ villes voisines de Bordeaux à former avec cette capitale une alliance offensive et défensive. Blaye entra, comme nous l'avons dit, dans cette confédération, dont la principale clause portait que les villes ligiu-es se prêteraient un mutuel a|>pui contre tout ennemi de l'intérieur ou du dehors.

En H5I, les comtes de Dunois et de Penthiëvre, avant d'attaquer la capitale de la Guienne, mirent le siège devant Blaye . Le gouverneur de la province avait déjé envoyé dans la place menacée le maire et le sous-maire de Bordeaux, le seigneur de Montferrand et le sire de Lesparre ; cinq gros vaisseaux stationnaient dans la rade pour faciliter l'entrée des vivres et des munitions dont la ville pourrait avoir besoin. Dunois ne voulant pas laisser aux ennemis la ressource de renouveler leurs approvisionnements, donna l'orilre de les attaquer sur la rivière : au commencement du siège, Jean-le-Boursier remonta la Gironde avec une flotte supérieure à celle des Anglais. Oc part et d'autre le combat fut très-vif; mais les Bordelais et les Anglais furent bientôt culbutés et eurent toutes les peines du monde à regagner le port de Boixleaux avec leurs vaisseaux démétés. D'un autre côté, la garnison souffrait beaucoup des attaques incessantes du comte de Penthiëvre , qui assiégeait la ville par terre; déjà on l'avait forcée à se réfugier dans le château. N'espérant plus aucun secours, elle se rendit prisonnière de guerre le mai là.'vl : le maire de Bordeaux et les autres seigneurs remirent leurs épées au comte de Penthièvre, et Blaye fut enlevée pour toujours à l'Angleterre.

Le 7 novembre là52, Charles VII , pour s'attacher les habitants de cette ville, jaloux de conserver les avantages de leur ancienne constitution communale, les remit en possession des honneurs, franchises, liherlés el prééminences dont, par avant le siège, ses borgeois avaient accoutumé de jouir; et Louis XI , son successeur, en montant sur le trône et en confirmant leurs droits, octroya aux Blayais des lettres patentes pour l'établissement d'une jurade pareille à celle de Bordeaux. Par cette royale concession, Blaye acquérait le droit d'élire, tous les ans, huit uotahles pour exercer les fonctions de jurats, un maire et un sous-maire, lesquels, à leur tour, devaient dioistr parmi les plus nobles hommes douze conseillers, un procureur-syndic et les bas-ofticiers de la commune, tels que le grcllier, les sergents, les tambours.. Les élections étaient fixées à la fête de la Magdeleine. Fidèle à cette politique de conciliation, Charles VIII, par une ordonnance royale, augmenta les privilèges de Blaye , pour remédier , disait-il , aux maux de la guerre et pour repeupler la cité.

Blaye, par une fàveur spéciale, fut réunie ensuite à la couronne de France, avec cette clause qu'elle ne pourrait jamais en être séparée par vente ou par donation. Depuis cette sage mesure, et la restauration, en lUiO, des murailles de la ville, il ne s'y passa rien de remarquable jusqu'aux troubles de la RéCormation. Alors revinrent les mauvais jours.

Eu 1 5G8, les huguenots, indignés de ce qu'on n'observait pas fidèlement l'édit de

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