II
378 GUIENNE
pacification, prirent les armes dans la Guienne et surprirent Blaye. Le parlement en fut si alarmé, qu'il fit transporter les reliques de Notre-Dame de Soulac à la cathédrale de Saint-André. En vain Montluc arma des troupes pour réprimer les mouvements des religinnnaircs, Bordeaux se trouva presque sans défense; et le parlement députa le président La Cliassagne, les conseillers Pojnets, Gentil et Laroche, avocats généraux, pour instruire le roi de leur triste situation. Ces députés furent pris par les calvinistes ut enfermés dans les prisons de la citadelle de Blaye. Le parlement usa de représailles, emprisonna quelques huguenots, et parvint à faire connaître aux magistrats détenus les mesures qu'il avait prises pour obtenir leur délivrance. Le 29 août 1570, après l'édit de pacification, Pardaillan, gouverneur de la citadelle de Blaye, reçut l'ordre de relécher les quatre membres du parlement. Quelques mois après, Lansac, maire de Bordeaux, fut nommé commandant de Blaye; Pardaillan devait lui en remettre les clefs, mais, dans l'intervalle, il lui était arrivé une lettre des princes du parti huguenot, qui se plaignaient de ce qu'on n'exécutait pas l'éciit de pacification, et lui recommandaient en termes précis de ne pas livrer la place. Pardaillan ,. dans une entrevue qu'il eut avec Lansac, lui communiqua la lettre de ses chefs, et renforça la garnison pour mettre Biaye à l'ahri d'un coup de main.
Quelque temps après, les habitants de Blaye embrassèrent le parti de la Ligue ; I.ansac, l'ancien maire de Bordeaux, fut nommé commandant de la citadelle et d'une petite fiottillc; et, vers la fin de janvier 1577, il essaya de s'opposer aux incursions des religionnaires qui avaient pris la Kéolc et menaçaient Bordeaux. Après l'avènement d'Henri IV à la couronne de France , le maréchal de Matignon s'empara de Villandraut et assiégea Blaye (1593). Il l'attaqua par terre, et fit barrer la rivière par neuf vaisseaux de guerre que lui fournirent les Anglais. La garnison, sous les ordres de Lussan, se défendit avec vigueur : un siège long et meurtrier n'avait point épuisé son énergie; mais le manque de vivres allait la forcer à se rc“«idre , lorsque les Espagnols se présentèrent pour la secourir. Matignon , ayant appris que la flotte castillane approchait , fit venir plusieurs navires marchands armés en guerre et commandés par le capitaine La Limaille. Ce brave officier attendit l'escadre ennemie, qui ne tarda pas à paraître, et engagea aussitèt le combat. Après les premières décharges, trois vaisseaux anglais et trois vaisseaux espagnols s'accrochèrent , et de part et d'autre on en vint à l'abordage. Les Anglais furent défaits ; mais plutôt que de se rendre , ils mirent le feu aux poudres et se firent sauter avec les Espagnols, qui étaient sur leurs bords. L'explosion fut si forte que les assiégeants et les assiégés furent d'abord pm-aly^pl's par la terreur. Cependant trois vaisseaux espagnols, qui avaient échappé au désastre, ravitaillèrent lu place. Matignon n'en continua pas moins le siège ; il y perdit un de ses meilleurs lieutenants, le capitaine .Mourgues. Telle était la situation des choses (juand il reçut l'ordre de se rendre à Paris et fut obligé de se retirer avec ses troupes. Les ligueurs de Blaye ne se soumirent qu'è la nouvelle de la conversion de Jlenri IV. La ville fut comblée de faveurs par le nouveau roi, qui fit dessécher les marais dont elle était entourée. Lors du siège de La Rochelle, en 1621, les places situées sur les rives de la Gironde furent inquiétées par le capitaine Favas , qui venait recruter pour le compte des religionnaires; mais ce pirate fut bientôt
KLAYE. 379
repoussé , et Blaye jouit de la tranquillité la plus profonde jusqu'aux premières années du règne de Lonis XIV.
L'insurrection des Bordelais contre le gouvernement tyrannique du duc d'Éper- Don, en 163i, fut appuyée par les villes voisines : Blaye, qui depuis le moyen ' âge avait l'insigne honneur de figurer parmi les Glleulcs de la capitale de la Guienne , embras.sa surtout sa cause avec chaleur et se hita de lui fournir des secours. Quelques années après, éclatèrent les troubles de la Fronde , dont le retentissement fut si grand dans tonte la province. Le 11 janvier 1652, on St imprimer à Blaye un arrêté qui suspendait le parlement de Bordeaux , les autres compagnies de ville et tous les présidianx du ressort. l.es Frondeurs , aidés par le club des Ormisles, luttèrent longtemps contre les troupes de la reine-mère et du cardinal Mazarin ; mais , épuisés par des pertes cruelles , et voyant que les secours promis par les Espagnols n’arrivaient pas, ils furent contraints de demander une suspension d'annes. On conclut une trêve de trois jours , qui était expirée lorsque Virelade apprit que trente-trois vaisseaux espagnols avaient paru devant Blaye. Effrayé de l'arrivée de ces troupes auxiliaires, le duc de Caudale renouvela la trêve avec les Frondeurs pour un temps illimité; et l'un de leurs chefs, le prince de Conti, déclara alors en plein hôtel -de-ville qu'il renonçait à toute alliance avec l'étranger. La paix fut enfin rendue è la Guienne, et Blaye continua paisiblement de jouir de ses privilèges et de ses immunités. En 1789, les idées nouvelles trouvèrent dans cette ville quelques partisans zélés ; elle aussi eut la gloire de fournir son contingent de braves pendant toute la durée des guerres de la république et de l’empire. Les canons de sa citadelle foudroyèrent, en 1811, les vaisseaux anglais qui osèrent se montrer dans la Gironde.
Le dernier événement mémorable dont elle ait été le théâtre est la captivité de la duchesse de Berry. Sous le ministère de M. Thiers, le 8 novembre 1832, cette infortunée princesse fut transportée, par ordonnaticc royale , à la citadelle de Blaye, et confiée à la garde du colonel Chousseric ; mais vers la fin du mois de décembre 1832, cet officier fut destitué et remplacé, le 3 janvier suivant, par le général Bugeaud. Un mois après, la duchesse de Berry annonçait officiellement son mariage avec le comte de Lucchesi-Palli et sa grossesse déjà avancée ; le gouvernement fit partir alors pour Blaye une commission médicale composée des docteurs Orflla, Auvity, Dubois , Fouquier, Aridral. Iæ 10 mai 1833 , à trois heures et demie du matin , l’illustre prisonnière donnait le jour à une fille. M. Dufrrane, commissaire civil du gouvernement, M. Pastoureau, président du tribunal de Blaye, et les autres autorités de la ville, avaient été appelés à la citadelle par le général Bugeaud ; ils remplirent le triste office de constater l’acconchement de la duchesse. Quelques jours après, l’enfant née sous les verrous était l>aptisée et recevait les prénoms d’.tnne- Hf (trie- Amélie. Ce ne fut que le 8 juin 1833 que le roi Loui.s-Philippc ordonna la mise en liberté de sa nièce ; accompagnée de M. de Ménars, elle s'embarqua sur la corvette f Agathe et fit voile vers la Sicile.
Nous avons déjà dit que la fondation de Blaye remonte aux temps les plus anciens. La ville actuelle est divisée en basse et haute. Iji partie basse occupe le pied et la croupe d’un rocher; sur le sommet est la citadelle, qui présente un ensemble bizarre de fortifications modernes construites autour d'un château gothique,
GUIENNE
flanqué de quatre bastions et entouré de profonds et larges fossés. On montre aux étrangers l'endroit où était le tombeau de Charifaert, et l'appartement ou la duchesse de Berr^’ passa des jours si malheureux. L'hdpital et une jolie fontaine sont ce qu'il y a de plus remarquable, après la citadelle. Le fort connu sous le nom de Pâié de Blaye fut construit en 1689, dans une petite Ile située à un ’ kilomètre de la ville et à deux kilomètres environ du fort Médoc, qui défend la rive gauche de la Gironde.
La rade est toujours grande et belle, le fleuve ayant en cet endroit plus de deux kilomètres de largeur : elle est fréquentée par quelques navires français et étrangers et par cent quaire-vingts caboteurs faisant le commerce avec les côtes de la Saintonge et de la Bretagne ; tous y viennent prendre les excellents vins qu'on récolte en abondance sur les coteaux du pays. Les glacis de la citadelle sont plantés de beaux arbres , à l'ombre desquels se tient un marché où l'on remarque les costumes variés des habitants de la Gironde et de la Saintonge. Blaye renferme 3,598 habitants et l'arrondissement placé sous sa dépendance'administrative 57,187.
Dans le moyen âge cette ville donna le jour à Javfre Kudel, et à un troubadour moins connu. Elle a vu naître de notre temps , J. -J. Tailhaston, mort en 1809, membre de l'Académie de peinture, auteur de quelques poésies légères et de plusieurs tableaux estimés, parmi lesquels on cite encore Virgile lisant son Énéide à Auguste, et Andromaque au tombeau d’Hector. Le lieutenant-général favereau, dont le nom est glorieusement inscrit dans les fastes de I79i, était aussi sorti de Blaye. '
LESPARRE.-BAZAS
» AXJXX.X.AO. — S01X1.AC. — X.AMGOK. — TIX.&AVBHAOT.
Lesparre, situé au fond du Bas-Médoc sur l'emplacement d'un ancien marais aujourd'hui desséché, fut dans l'origine un bourg, féodal dont l'existence ne remonte pas au delà du xi* siècle. Le château , autour duquel se groupèrent les premières habitations, appartenait alors au baron Gombald, comme on le voit dans une donation faite en 1100 par ce vieillard et ses deux neveux à l'église Saint- André de Bordeaux. Au siècle suivant, à la race de Gombald succéda celle d'Eyquem Guilhem , dit Sennebrun , qui ne tarda pas à laisser éclater ce violent caractère, cette humeur querelleuse , signes désormais distinctifs des seigneurs de I.esparre. En effet, vers le commencement du xiii* siècle, son Gis eut un long débat au
1. Ausuniiis. — La Süiivagôre , Recueil (Tantiquitét. — Chronique* Bordetaiie*. — Attemarus. — 0. Devienne, Histoire de Bordeaux. — Har) -Lafon. — Biographies originales des Trouba^ dour*.
LESPARRE. — BAZAS
sujet d'un hommage avec Pierre de Bordeaux et sa Temme , et ne consentit h Taire la paix que sur les instances de l'archevêque Amauieu. Ce différend éteint, un second , non moins funeste pour la tranquillité de ses vassaux , s'éleva entre lui et le seigneur de Blanquefort pour une délimitation de frontières, et dut se vider sur le' champ de bataille. Déjà, probablement à cause de leur esprit belliqueux, les seigneurs de Lesparre étaient chers aux rois d'Angleterre. A partir de cette époque , la faveur dont ils jouissaient outre-mer ne fit plus que grandir. En 1236, Ejrquem Sennebrun fut appelé avec quatre hommes d'armes à Pons auprès d'Henri III ; son fils Eyquem Guilhem amena également plus tard au même monarque tous les soldats qu'il put réunir, et le prince anglais comptait si bien sur son dévouement qu'en 12U, après lui avoir promis de récompenser ses senices comme par le passé . il le chargeait d'aider de son épée et de ses conseils le sénéchal de Gascogne, et de joindre ses efforts à ceux des fidèles pour repousser l'invasion projetée du roi de Navarre en Guienne. Jusqu'à ce moment, les habitants de Lesparre avaient été srr/s çuesfaii.r; ils appartenaient au seigneur comme une chose, ne pouvaient disposer sans sa permission de leurs personnes ni de leurs biens, et devaient rester attachés à la terre.
Pendant toute la durée de la lutte anglo- française les sires de Lesparre se montrèrent amis fidèles des Anglais , vers lesquels semblaient les porter leurs sympathies autant que leurs intérêts; aussi quand la dernière heure de l'occupation britannique eut sonné, en 1451, le représentant de cette maison antifrançaise se mit à la tête d'un complot tendant à replacer la Guienne sous le joug de FAngleterre. Avant la fin de l'année, il se rendit secrètement à Londres avec le seigneur de Candale et quelques citoyens notables de Bordeaux , pour porter au roi Henri l'assurance que la Guienne se soulèverait en sa faveur si la bannière de Saint- Georges reparaissait sur la Gironde. Les Anglais, saisissant cette occasion avec empressement, envoyèrent dans cette province le vieux comte Talbot de Shrewsbury, devant lequel s'ouvrirent aussitôt la plupart des villes d'Aquitaine, et en particulier Lesparre. Mais l'Angleterre ayant perdu ses dernières chances, peu après, par la défaite de Castillon , le seigneur de Lesparre fut banni, et l'année suivante décapité à Poitiers pour avoir rompu son ban.
Dans les premiers moments de confusion qui suivirent le rétablissement de la puissance française, un capitaine de routiers s'était audacieusement emparé de i.esparre. On finit pourtant par songer à lui, et un corps de francs-archers partit pour chercher sa tête, qui serait tombée si , averti à temps, le routier n'edt jugé à propos de s'enfuir. Afin d'éviter que pareille chose pût se reproduire et que les murs isolés de Lesparre devinssent de nouveau le repaire de quelque bandit, Charles VII les fit raser et donna en même temps cette seigneurie à la maison d'.4lbret, à laquelle il devait en partie le triomphe de ses armes. Trop éloigné du centre de la Guienne pour avoir beaucoup souffert des guerres anglaises, Lesparre essuya en revanche, dans le xv' siècle, la plus terrible des oilamités. Une épouvantable peste emporia les deux tiers de ses habitants, et frappa les esprits d'une telle terreur que les débris de la population coururent se jeter aux pieds de N'otre- Dame-de-Soulac et lui promirent, en reconnaissance de la vie qu'ils croyaient lui devoir , de revenir tous les ans renouveler leurs vœux et leurs prières. Par malheur
382 GUIENNE
Notre-Dame oublia de protéger son église , et les sables roulés par la mer l'envaliircnt peu à peu, et achevant de l'ensevelir, il y a cent ans, sous leurs vagues mobiles, interrompirent ce vœu religieux conservé par la tradition. I.e contre-coup de l'orage des guerres de religion et des mouvements de la Fronde ne se fit pas sentir à Lesparre ; et la révolution le trouva , en 1789 , aussi calme au milieu deS'ruines de ses remparts que personne n'avait songé à relever , aussi solitaire entre ses marais et ses dunes, que sous le règne de Louis XIV et de son aïeul Henri IV. Cette ville était alors une dépendance de l'élection de Bordeaux, et d'ordinaire le point de réunion du régiment de Médoc dragons et de la milice.
[.esparre devint le chef-lieu du sixième arrondissement du pays de la Gironde, où l'on compte une population de 37,611 habitants, parmi lesquels l,tOï seuler ment appartiennent au siège de la sous-préfecture. On remarque aujourd'hui dans la ville, outre les ruines de ses fortiflcations , une tour carrée, seul reste de l'ancien château, l'église, dont les pleins-cintres et les grossières sculptures accusent une assez haute antiquité, et un tribunal construit avec goût. Le port de Pauillac et le vieux Soulac, à moitié enseveli sous les sables, se trouvent dans le ressort de l'arrondissement. Chantée par Ausonius dans son épitre à Théon, Pauliacus (anli non mihi viUa foret, la première de ces villes, qui, si l'on en croit les haches en jaspe et en serpentine dure découvertes journellement autour de ses murs, remonte à la plus haute antiquité , possède toujours cette belle rade , située à trois kilomètres du lazaret de Trompelonp, dont la sûreté ne s'est pas démentie depuis des siècles. En UOO, la seigneurie de Pauillac était sous la main des sires de Laffitte' qui ont laissé leur nom féodal aux excellents crus de ce nom. Un règlcihent maritime, en usage à Pauillac, vers 1770, portait entre autres dispositions, que les navires qui apparaissaient de mer et entraient dans la Gironde seraient obligés de prendre un pilote et quatre matelots de Pauillac et de représenter leur passe-port en arrivant è la hauteur de la ville. Ijx population de Pauillac, située è dix kilomètres au sud-est de Lesparre, s'élève à 3,658 habitants. Quant au vieux Soulac , dans lequel les antiquaires s'efforcent de reconnaître le Noviomagus de Ptolémée, entouré par les dunes qui ont englouti une partie de l'ancienne enceinte, bien qu'on ait tenté de les fixer, et que leurs sommets menaçants soient couverts de verdure, il offre l'aspect le plus pittoresque. La pointe seule du clocher de l'église primitive, si vénérée au moyen Sge, apparaît encore au-dessus du sol, comme pour constater l'envahissement des sables. Quoi qu'il ne soit habité que par 768 âmes , sa position excellente comme poste douanier , ses marais salants et l'antique et sainte Chapelle du Yerdon , si chère aux matelots , ne laissent pas de lui donner quelque importance.
lœ seul homme célèbre qu'ait produit Lesparre est le troubadour Aimeric de Benéloi, qui vivait en 1231 et qui a laissé des sinentes sur le printemps pleins d'une ravissante mélodie. Ses poésies existent encore manuscrites dans le recueil n” 2701 de la Bibliothèque du roi. Autant qu'on peut s'en rapporter aux biograpliies si vagues du temps, Aimeric mourut en Catalogne.
Bazas est bâti sur un rocher assis au revers d'un mamelon graveleux, dont la masse, comme fa remarqué M. Jouanet, un de nos meilleurs topographes, se rattache au plateau de Langon. L'étymologie, si rarement d'accord avec l'histoire,
LESPARRE. — BAZAS. 383
se réunit ki aux témoignafres écrits pour attester que la ville moderne est bien l'antique Cosstum, qui existait du temps des explorations phéniciennes, c'est-à-dire seize cents ans avant notre ère'. A l'arrivée de César, Cossium, le bourg des Vocates, était le centre d'une des plus braves tribus ibères; il fallut même toute la valeur romaine et toute la tactique de Crassus pour venir à bout de ces cavaliers rapides qui tombaient tout à coup à l'improviste sur le front ou les ailes des légions, et disparaissaient comme l'hirondelle , après la première volée de flèches. Soumis , cependant, malgré les efforts de leurs vieux chefs, instruits à l'école de S<‘rtorius, ils durent accepter d'autant plus promptement la puissance romaine, qu'ils en •‘prouvèrent plus vite l'influence bienfaisante. Ainsi la première voie traçéc par la grande main de Rome au milieu de ces graviers et de ces déserts de sable pour rallier Bordeaux à Toulouse, vint passer à llazas, alors appelé Vasatas. (>: fut la troisième station (mansio) à partir de Bordeaux, éloigné, selon l'itinéraire impérial, de vingt-buit lieues gauloises. I.e trajet, qui ne pouvait guère prendre plus d'une journée, était, à ce qu'il parait, très-diflicile, à cause des tourbillons de sable soulevés |iar les vents et du voisinage des landes. Aussi le poète Sidoine Apollinaire nommait-il le Basas de son temps la cité fondée si'R i.a pocssiékb, non cespiti $eil pulveri impotila. Dès le v' siècle, Baias était compris dans les douze cités de la province novcmpopulane, sous le nom de eilé vasatiquf, et se gouvernait conséquemment lui-méme à titre de république et de ville indépendante, ('.omme tous les grands centres de populations qui se trouvaient sur les voies romaines, il reçut la première visite des barbares; l'invasion de VOG y passa tout entière, non sans laisser de tristes marques de sa colère contre Rome. l*uis, après les Quades, les Vandales, les Sarmates, les Ilérules, les (iépides, les Saxons et les Allemanes, arrivèrent les Gnibs et 11*8 Alains, dont un épisode, raconté par saint Paulin, a rattaché immuablement le souvenir à l'histoire de Razas.
En évacuant Bordeaux et l'Aquitaine pour se porter sur l'Espagne, les deux peuples confédérés passèrent h Bazas et en trouvèrent les portes fermées, car ils avaient été précédés par la terreur qu'inspiraient leurs masses indisciplinables et le bruit du pillage de Bordeaux. Ne voulant pas perdre le butin qu'ils supposaient renfermé dans ses murs, ils s’arrêtèrent et déployèrent leurs tentes pouren former le siège. En voyant cotte multitude ré|iandue autour de leur ville, les Vasates furent frappés de stupeur; ils avaient raison de trembler, car, pour ajouter aux périls de leur position , les esclaves s'insurgeaient déjà (mur faire entrer les bariKires , dans les<|uels ils retrouvaient à la fois des libérateurs et des frères. Dans cette extrémité, saint Paulin , l'ami d'Ausonius, qui cunnais.sait le roi des Alains, résolut d'aller lui demander la vie, et, se glissant par une poterne, il pénétra jusqu'à sa tente. Là, quelle ne fut pas sa surprise d'entendre Goar, au lieu de consentir à favoriser son évasion , lui proiwser de pas.ser lui-même , avec tout son peuple, dans la ville assiégée pour la défendre contre les Goths. Paulin courut porter ces offres aux Vasates, qui les acceptèrent avec empressement, ün échangea des otages : Goar donna sa femme et l'un de ses fils, et Bazas Paulin lui-même. Ensuite les Alains, se mettant en mouvement, employèrent toute la nuit à quitter