‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 66 sur 119 · I.A nftOl.F · texte numérisé non relu

I.A nftOl.F

Guiciine proprement dite se distingua, rorome nous i'avons vu, par sa rhaleureuse passion de la liberté, et la Héole fut peut-être celle de ses villes on les actes de l’Assemblée nationale trouvèrent le plus de partisans. I^s Béolais suivirent la révolution du même pas que les sections les plus avancées de Paris. Attentifs aux mouvements de la convention, ils obéirent à son mot d'ordre et n'hésitèrent pas, quand elle l'ordonna, à se séparer des Girondins. Ce fut dans scs mors qu'après la catastrophe du 31 mai, et leur expulsion de Bordeaux, les représentants du peuple, Reaudot et Isabeau transportèrent leur quartier général. I.a Réole devint alors , ainsi que nous l'avons précédemment dit, le camp de tous les jacobins de la Gironde. On y compta bientôt prés de deux mille hommes que les représentants pfacèrent sous les ordres de Brune et de Janet neveu de Danton. En fructidor (juin) Brune dirigea ses volontaires sur Bordeaux; mais, comme il approchait de la ville, vingt mille hommes accoururent à sa rencontre en chantant la Marseillaise et des hymnes patriotiques ; persuadés que , malgré quelques dissentiments d'opinions , ces hommes étaient dévoués de cœur à la république , Brune refusa de les traiter en ennemis et donrui sa démission. Janet prit alors le commandement des sansculottes, et, de concert avec Isabeau et la section Francklin, il alla soutenir de quatre mille baïonnettes la réaction sanglante à laquelle TaUien devait attacher son nom. I.e patriotisme des Béolais s'alliait è l'ardeur militaire la plus énergique. Pendant que les membres de la section Francklin poursuivaient, avec la sombre et cruelle exaltation de ce temps, les partisans de la Gironde et les envoyaient par fournées à l'échafaud, deux frères jumeaux, appelés les frères César cl Constantin Faucher, se mettaient à la tète d'un corps franc d’infanterie qui prit le nom A' Enfanté de la Héole et partaient pour la Vendée. Grièvement blessé, le t3 mai 1793, à l'attaque de la forêt de Vouvans, où son brillant courage flxa la victoire du cèté des républicains, César était à peine guéri des dix Coups de sabre qu'il avait reçus sur la tète qu'on le conduisait 6 l'écliafaud avec Constantin son frère comme fédéralistes. I.e représentant Ijequinio les sauva, et ils purent revoir la Béole. Grâce à leurs liaisons avec Isabeau, qui leur permit d'aclieter des grains, ils surent éloigner la famine des murs de leur ville natale. Chacun les aimait et les bénissait, et Napoléon ne fit que répondre au vœu public en nommant , le 3 avril 1800 , le général Constantin, réformé â cause de ses blessures, sous-préfet de l'arrondissement créé â la Béole, et, le 15 mai. César son frère, qui avait le même grade, membre du conseil-général du département de la Gironde.

Pendant l'empire, les frères Faucher administrèrent leur pays en citoyens paisibles; mais les tristes événements de 1814 et la vue des uniformes rouges ranimèrent malheureusement leur vieil enthousiasme révolutionnaire. Un les accusa d'avoir dirigé le mouvement du 118* régiment du ligne établi à la Béole, qui se portant à Saint-Macaire y avait enlevé un poste de quarante hussards anglais. Ils ne furent pas étrangers à la résistance qu'une poignée de patriotes opposa peu de jours après, au pont de Gironde, à l'avant-garde anglaise qui pénétra néanmoins dans la Béole. Nommés l'année suivante par leurs concitoyens. César représentant au corps législatif et Constantin maire de la Réole, ils secondèrent jusqu'au dernier moment les mesures défensives du général Clauxel , et ne contribuèrent pas peu è

GUIENNE

maintenir le pouvoir impérial dans les arrondissements de Basas et de la Itéole. Par cette conduite, ils s'attirèrent la liaine implacable des partisans de la famille des Bourbons; aussi dès que, le 23 juillet 18i5, le drapeau tricolore eut fait place au drapeau blanc et flotta sur l'ancien couvent des Bénédictins, où sont, depuis la révolution, la sous-préfecture, le tribunal, la gendarmerie et la mairie, les brassards à clieval secoururent de Bordeaux à la Réole en criant : àbas let brigands faucher.' à bas les généraux de la Héole! il faut les tuer! Un rassemblement d'enyiron cent cinquante personnes se forma alors devant les Bénédictins, et conduit par le neveu du sous-préfet Piiiy et le capitaine Johnston, le même que le gouvernement de juillet fit plus tard maire de Bordeaux , se livra sur les personnes suspectes de Ixmapartisme aux excès les plus odieux. Pendant six jours la maison des Faucher fut tenue en état de siège. I/: 29 juillet, le maire et le commandant de la gendarmerie s'y transportèrent pour chercher des armes, et, le 31, sous prétexte qu'ils étaient en contravention à l'article 93 du Code pénal on les arrêta l'un et l'autre. Transférés au fort du ilA, le ^ août, ils comparurent, le 22 septembre, devant le conseil de guerre, présidé par le comte de Vioménil et séant au château Trompette, et furent condamnés à mort le lendemain k l'unanimité. Aucun avocat de Bordeaux , à commencer par Ravez , n'avait voulu se cliarger de leur défense. Quatre jours après eut lieu leur exécution sur la place du fort du Hâ. l.a garde nationale, les brassards et la légion de Marie-Thérèse formaient le carré. César et Constantin, qui portaient toujours à cause de leur ressemblance des habits par^jj^^ avaient ce jour-là des polonaises, des pantalons blancs et le col de la cbem^ rabattu. Avant de sortir de prison, de peur que leur émotion ne fût trop vive en public ils s'étalent embrassés. 8e donnant le bras et marchant comme s'il se fût agi d'une promenade, ils se rendirent à pied jusqu'au lieu du supplice. C'était une prairie située, par un raffinement de barbarie, en face du grand cimetière de Bordeaux ; là César commanda le feu et ils tombèrent frappés des mêmes balles. C'est au souvenir de cet assassinat judiciaire qu'il faut attribuer, sans nul doute, l'empressement que mit la Réole, en 1830, à se parer des couleurs nationales.

Saint-Macaire parait avoir été bâti comme la Héole sur l'emplacement ou les ruines de quelque villa romaine qui dominait la rive droite de la Garonne. Des médailles, arrachées tous les jours encore à l'ancien sol, nous font pressentir vaguement cette première page de son histoire ; la tradition seule nous raconte sa fondation, et puis il faut passer d'un bond au xi* siècle, où le terrain historique s'affermit sons nos pas et ne manque plus. En 1096, on commence à entendre un bruit d'armes autour de Saint-Macaire: c'était le duc de Guienne, Guilbem VIII, qui en disputait la seigneurie au comte d'Angoulême. I.orsque le mariage d'Aliénor avec Henri IMantagenet livra aux Anglais ccsbcllcs contrées, Saint-Macaire s'attacha spontanément à scs nouveaux maîtres, qui récompensèrent sa fidélité en étendant les privilèges de sa commune, établie dès le commencement du xiir siècle. En 12.>i le roi d’Angleterre, Henri Ht, vint en personne à-Saint-Macaire pour annoncer aux barons de Guienne, réunis dans le château , le mariage de son fils aîné avec la princesse de Castille. Quarante ans après, l'abbé de Belle-Perche et l'abbé de Grandselve, messagers solennels de Philippe-le-Bel, roi des Français, frappaient à leur tour à la porte du château du Saint-Macaire et y signifiaient à Jean de Saint-

LA RËOLE.

Jean, lieutenant du roi d'Angteterre , la première saisie du duché de Guienne. Les rois anglais, qui ne négligeaient rien pour fondre cette Guienne, le plus beau fleuron de leur couronne, dans la nationalité britannique, prodiguèrent les faveurs à Saint- Macaire. En 13161a ville fut réunie à la couronne; en 1323 Édouard lui accorda un commissaire du sceau pour contrôler les actes publics; en 1338 il affecta une somme de vingt sols par semaine à l'entretien des frères mineurs ; en 1 373 il rendit, en faveur des citoyens , des lettres patentes pour les garantir de toute augmentation d’impôts, .\ussi, la ville de Saint Macaire entra avec empressement dans la ligue maritime et devint une des filleules de Bordeaux (1379). Lors de l'insurrection des (iuitres, en I5it, Saint-Macaire refusa de s'associer au mouvement populaire contre les Gabelleurs. Il se disposait même à résister, dans le cas où il aurait été attaqué, et nous lisons dans scs archives que la ville se mit en dépense à cette occasion et fit fermer une brèche, relever un pan de mur, accoustrer des boulevards et réparer les ponts et poteaux, le tout codtant plus de trois mille livres tnumoises. En considération de ces services, Charles IX leur donna dans la suite de nouveaux privilèges, pour remplacer ceux qu'avait brûli’isl'innexible Montmorency. Il était dit dans cette charte que dorénavant, et de tout temps, quatre jurats administreraient sa justice et tout ce qui concernait la république de Saint-Macaire ! que lesdils Jurais changeraient tous les ans et éliraient le 1" mai leurs successeurs, et quarante prud’hommes pour leur servir de conseil. Les habitants recevaient, entre autres privilèges, le droit de vendre leurs vins à Bordeaux sans payer subsides. Le roi conflrmait les foires qui devaient se tenir en janvier, mai, octobre et novembre, et le marché libre le jeudi. Menacé deux fois par les protestants, en 1576 et 1.577, Saint-Macaire garda bien ses murailles et fit payer cher aux assaillants l'audace <|u'ils avaient déployée ; la dernière fois principalement, où de deux cent soixante-quatre hommes qu'il conduisait dans deux grandes barques, ■.angoiran n'en ramena que douze rouverts de blessures.

La Réole, lorsque la révolution de 1789 s'accomplit, n'avait qu'une justice royale et trois couvents. Ilotée d'un district, elle devint bientôt le chef-lieu du troisième arrondissement du département de la Gironde. Cet arrondissement compte aujourd'hui 53,805 habitants. I.a Réole entre dans ce nombre pour 3,93t, et Saint-Macaire pour 1 ,585. Du temps de Eroissart on vantait les richesses des marchands de la Révile : ceux d'aujourd'hui sont peut-être un peu moins célèbres sous ce rap port, quoique la vilie soit toujours le lieu d'approvisionnement du département de la Gironde. C'est dé lè que Bordeaux tire ses grains et les bestiaux. On y fabrique de la coutellerie, qui a autant de réputation, si elle oa'upe moins d’ouvriers, que la tonnellerie de Saint-Macaire. Les vins rouges de ce dernier canton et les eauxde-vie de la Réole jouissent à l'extérieur d’une certaine réputation.

Un peut citer parmi les hommes remarquables nés dans ces deux villes ou dans l’arrondissement, Barbaron de Sauveterre , nommé, en 1792, commandant d'un des bataillons de la Gironde, et depuis major du 30* de ligne; le brave Claude Lauland, deCaudrot, qui, le 9 prairial an vu, enleva è la baïonnette les lignes du bois de Finges, dans ie haut Valais; les deux jumeaux César et Coaslaulin Faucher, nés à la Réole, en 17.59; et Pujoulx, qui vit le jour à Saint-Macaire en 1762 et donna plusieurs ouvrages d'instruction élémentaire et des pièces de

398 GUIENNE

maintenir le pouvoir impérial dans les arrondissements de Basas et de la Réole. Par cette conduite, ils s'attirèrent la liaine implacable des pertisans de la famille des Bourbons; aussi dès que, le 23 juillet 18i5, le drapeau tricolore eut fait place au drapeau blanc et flotta sur l'ancien couvent des Bénédictins, où sont, depuis la révolution, la sous-préfecture, le tribunal, la gendarmerie et la mairie, les brassards à clieval accoururent de Bordeaux à la Réole en criant : à bat tes brigands l’aucher! abat Ut généraux de la Réole! il faut les tuer! Un rassemblement d'environ cent cinquante personnes se forma alors devant les Bénédictins , et conduit par le neveu du sous-préfet Pirly et le capitaine Johnston, le même que le gouvernement de juillet Qt plus tard maire de Bordeaux , se livra sur les personnes suspectes de lioitapartisme aux excès les plus odieux. Peudaiil six jours la maison des Faudier fut tenue en état de siège. Le 39 juillet, le maire et le commandant de la gendarmerie s'y transportèrent pour chercher des armes, et, le 31, sous prétexte qu'ils étaient en contravention ù l'article 93 du Code pénal on les arrêta l'un et l'autre. Transférés au fort du Hà, le % août, ils comparurent, le 33 septembre, devant le conseil de guerre, présidé par le comte de Vioménil et séant au château Trompette, et furent condamnés à mort le lendemain â l'unanimité, .\ucun avocat de Bordeaux , à commencer par Bavez , n'avait voulu se charger de leur défense. Quatre jours après eut lieu leur exécution sur la place du fort du }lâ. l.a garde nationale, les brassards et la légion de Marie-Thérèse formaient le carré. César et Constantin, qui portaient toujours à cause de leur ressemblance des habits pareil)^ avaient ce jour-lâ des polonaises, des pantalon.s blancs et le col de ta cliemTse rabattu. Avant de sortir de prison, de peur que leur émotion ne fût trop vive en public ils s'élaient embrassés. 8e donnant le bras et marcliant comme s'il se fût agi d'une promenade, ils se rendirent à pied jusqu’au lieu du supplice. C'était une prairie située, par un raffinement de barbarie, en face du grand cimetière de Bordeaux ; là ('.ésar commanda le feu et ils tombèrent frappés des mêmes balles. C’est au souvenir de cet assassinai judiciaire qu’il faut attribuer, sans nul doute, l'empressement que mit la Réole, en 1830, à se parer des couleurs nationales.

Saint-Macaire parait avoir été bâti comme la Réole sur l'emplacement ou les mines de quelque villa romaine qui dominait la rive droite de la Garonne. Des médailles, arrachées tous les jours encore à l'ancien sol, nous font pressentir vaguement cette première page de son histoire ; la tradition seule nous raconte sa fondation, et puis il faut passer d'un bond au xi* siècle, où le terrain historique s'alTermit sous nos pas et ne manque plus. En 1096, on commence à entendre un bruit d'arates autour de Saint-Macaire: c’était le duc de Guienne, Guilhem VIII, qui en disputait la seigneurie au comte d'Angoulême. I.ursque le mariage d' Aliéner avec Henri l‘lantagenct livra aux Anglais ces belles coutrees, Saiut-.Macaire s'attacha spontanément à ses nouveaux maîtres, qui récompensèrent sa Odélité en étendant les privilèges de sa commune, établie dès le commencement du xiii' siècle. En IS.'vi le roi d'Angleterre, Henri 111, vint en personne à Saint-Macaire pour annoncer aux barons de Guienne, réunis dans le château , le mariage de son fils aîné avec la princesse de Castille. Quarante ans après, l'abbé de Belle-Perciie et l'abbé de Grandscive, messagers solennels de l’hilippe-le-Bel, roi des Fraiifais, frappaient à leur tour à la porte du château de Saint-Macaire et y signifiaient à Jean de Saint-

LA RÉOLE

Jean, lieutenant du roi d'Angleterre, la première saisie du duché de Guienne. I,es rois anglais, qui ne négligeaient rien pour fondre cette Guienne, le plus beau fleuron de leur couronne, dans la nationalité britannique, prodiguèrent les faveurs à Saint- Macaire. En 13161a ville fut réunie à la couronne; en 1323 Édouard lui accorda un commissaire du sceau pour contrôler les actes publics; en 1338 il alfecta une somme de vingt sols par semaine à l'entretien des frères mineurs ; en 1 373 U rendit, en faveur des citoyens , des lettres (Mtentes pour les garantir de toute augmentation d'impôts, .tussi, la ville de Saint .Macaire entra avec empressement dans la ligue maritime et devint une des filleules do Bordeaux (1379). Lors de l'insurrection des (luitres, en I5il, Saint-Macaire refusa de s'associer au mouvement populaire contre les (îabellcurs. Il se disposait même à résister, dans le cas où il aurait été attaqué, et nous lisons dans scs archives que la ville se mit en dépense à cette occasion et fit fermer une brèche, relever un pan de mur, accoustrer des boulevards et réparer les ponts et poteaux, le tout coiUant plus de trois mille livres timrnoisrs. En considération de ces services, Charles IX leur donna dans la suite de nouveaux privilèges, pour remplacer ceux qu'avait brûlés l'inflexible Montmorency. Il était dit dans celte charte que dorénavant, et de tout temps, quatre jurats administreraient sa ju.stiee et tout ce qui concernait la république de Saint-Macaire ! que lesdils jurats changeraient tous les ans et éliraient le 1*' mai leurs successeurs, et quarante prud'hommes pour leur servir de conseil. Les habitants recevaient, entre autres privilèges, le droit de vendre leurs vins à Bordeaux sans payer subsides. I,e roi conflrmait les foires qui devaient se tenir en janvier, mai, octobre et novembre, et le marché libre le jeudi. Menacé deux fois par les protestants, en 1.576 et 1.577, Saint-Macaire garda bien ses murailles et lit payer cher aux assaillants l'audace (]u'ils avaient déployée ; la dernière fois principalement, où de deux cent soixante-quatre hommes qu'il conduisait dans deux grandes barques, Ijingoiran n'en ramena que douze rouverts de blessures.

La Réole, lorsque la révolution de 1780 s'accomplit, n'avait qu'une justice royale et trois couvents. Dotée d'un district, elle devint bientôt le chefdieu du troisième arrondissement du département de la Gironde. Cet arrondissement compte aujourd'hui 53,80.5 habitants. La Héole entre dans ce nombre pour 3,931, et Saint-.Macalre pour 1,585. Du temps de Eroissart on vantait les richesses des marchands de la Béole : ceux d'aujourd'hui sont peut-être un peu moins célèbres sous ce rapport, quoique la ville suit toujours le lieu d'approvisionnement du département de la Gironde. C'est dé là que Bordeaux lire ses grains et les l>estiaux. On y fabrique de la coutellerie , qui a autant de réputation, si elle oa'upe moins d'ouvriers , que la tonnellerie de Saint-Macaire. Les vins rouges de ce dernier canton et les eauxde-vie de la Béole jouissent à fextérieur d'une certaine réputation.

On peut citer parmi les hommes remarquables nés dans ces deux villes ou dans farrondissement, Hnrbaron de Sauveterre, nommé, en 1792, commandant d'un des bataillons de la Gironde , et depuis major du 30' de ligne ; le brave Claude f.nuland, deCaudrot, qui, le 9 prairial an vil, enleva à la baïonnette les lignes du bois de Einges, dans le haut Valais; les deux jumeaux C'sar et Conslantin Faucher, nés à la Béole, en 17.59; et Pujoulx, qui vit le jour à Saint-.Macaire en 1762 et donna plusieurs ouvrages d'instruction élémentaire et des pièces de

GUIENNE

MO

théêtre , représentées à Feydeau , au\ Italiens et au Théâtre-Français , dont les meilleures sont : les Dangers de, l'absence, les Dangers de l'ivresse et l' Anti-Célibataire. PujouK est mort en 1821

*MeN«

LIBOURNE

CASTXixoïr. — couTRAs. — ouiTRES, — aAnm-roT.

— SAIRT-iMIUOM.

Nous avons déjà rappelé bien des fois dans nos pages , en esquissant l'origine et l'histoire des villes de la Guienne, depuis Bordeaux jusqu'à llazas, le nom du poëte latin Ausone. C'est qu'enfant du sol, il était plein lui-mémc des souvenirs du pays. Les alTections de famille, les impressions du jeune âge, l'épanouissement d'une Ame poétique, l'éveil d'une imagination brillante, le premier bi'gaiement de la muse, et la révélation du ce monde de magniriceiices , de luxe et de voluptés dans lequel son âme devait se plonger avec ivresse , et dont il nous a laissé une si vive peinture , tout en un mut lui faisait chérir la sourianle image de la Gaule méridionale. Nous le retrouvons encore ici, car s'il faut en croire la tradition locale , la campagne d' Ausone était située sur le céteau de Saint-Emilion. Il nous y conduit en quelque sorte par la main, dans son épltre cinquième adressée à Théon. « Une seule marée vous transporte du rivage de Domnntone au port dx‘ Condate, » lui écrit-il; « vous y trouverez des voitures toutes prêtes, qui, en un instant, vous mèneront à ma maison de campagne de Lucanie. »

La petite ville de Condate était bâtie sur la rive droite de l'isle, à peti de distance de la Villa-Lucania. Son port était déjà fréquenté par les marchands qui portaient à Bordeaux les produits variés du Périgord et qui descendaient la Dordogne jusqu'au Bec d'Ambi'z. I.cs prix-onsuls romains, et surtout Tétricus, cet éphémère prétendant à l'empire, y avaient établi un poste militaire pour protéger les populations voisines contre les invasions des pirates, dont les barques, en suivant le cours de la rivière, ebcrclMient à pénétrer dans l'intérieur du pays. Elle n'était toutefois ni bien peuplée ni bien importante , comme rentre de commerce et comme point de défense , puis<|ue les historiens en font à peine mention. La médiocrité de sa fortune ne put la garantir des invasions des barbares. I>!S rois fraiiks de la première race s'en rendirent nmitrcs et eu abandonnèrent le gouvernement à des ducs, qui se rendirent bientét indépendants Lorsque I.oup,

* Mabillon, Annal , t. it. Aimoin. — Lablnû, Bibliolhèque ^or. l. ii.>- Rymer, Âet. pubiie., Rùlet Gati'ont, — Froissâirt, Commentaini de Montluc. — P'Aiibigm*, His’oire uttiverselle. Duptii, niâtoire de la Itéole. — Jtinaiiitl, Stalialique de flordetiux. — Voynge de denx Aughtig. — Proeèi dei frèrei Faucher. — Cattees célèbres. — i\otes de llmx:. Arcliiviit ta

Rfubî.

LIBOURNE

iOI

le plus puissant et le plus redoutable des seigneurs vascons, voulut sc créer dans le midi une royauté indépendante, Charlemagne s'empara de ('.omiato. Il y séjourna pondant quelque temps, et, pour la repeupler, il y lit venir des familles de la Saintonge et de l'Angoumols; mais il ne la fortiOa point, et elle continua d'élre une ville ouverte jusqu'au xilC’ siècle. Ce fut à une petite distance de Condate, sur une montagne située au centre du Fronsadnis , et qui dominait le cours des rivières de la Dordogne et de l'isle, que le roi frank lit élever une forteresse pour contenir les Normands et surtout les Sarrasins, dont les colonies fort rapprochées menaçaient ce pays, comme autant de postes avancés de l'islamisme. Charlemagne donna au château, autour duquel se forma insensiblement un bourg, le nom de t'ronsaqunrum ou, par abréviation, de Fronsiacum , front des eaux. Il y fit construire deux églises, l'une dédiée à saint Martin, l'autre placée sous l'invocation de sainte (îcneviève et qui devint par la suite une dépendance de l'abbaye de Saiiit-Ausone d'Angouléme.

Pendant plusieurs siècles , Condate disparaît dans cette nuit dont les ténèbres s'appesanlisitcnt sur un si grand nombre de villes et nous en dérobent presque entièrement l'extslence. Elle ne sort de son obscurité et de son oubli que vers ti«6. I.e roi d'Angleterre, Édouard I*' , régnait alors sur la Cuienne.- I.C hasard ou le désir de reconnailre un pays dont il songeait à assurer la défense , l'ayant conduit au confluent de la Dordogne et de l'isle, il résolut d'y construire une place forte. Une contribution fut levée sur la contrée, et en moins de trois ans on termina les travaux. Ce n'était pas tout, il fallait pourvoir à la population de la ville nouvelle : les habitants de Condate reçurent l'ordre de s'établir è l'abri des fortifications élevées par le roi d’Angleterre. Tout ce peuple , emportant avec lui ses meubles, scs richesses, son industrie, essaima donc bruyamment d'une ruche à l’autre. Trois ans après, Édouard I" octroyait les droits de collège et de communauté aux l.iboiirnais.

Telles sont les traditions, dont l'auteur de la Chronique bor‘letaise s'est fait complaisamment récJio. Il ignorait sans doute que plusieurs siècles avant la domination anglaise l'existence de Libourne s’était confondue avec celle de C.ondnte, sous le nom de Condat-lrt-Lribumes. A la vérité , Édouard 1" fonda un couvent de Cordeliers dans cette ville en 1287, et lui conféra le droit de collège en 1289; mais il n’en fut point le fondateur, et il laissa à d'autres le soin de la fortifier. Ce fut É^douard II qui le premier songea à tirer parti , au point de vue militaire, de la position avantageuse de Libourne, au confluent de la Dordogne et de l'isle. Il alMiidonna à ses habitants les revenus des coutumes et péages levés sur l'entrée et . la .sortie des marchandises pour les employer a à la clôture et fortifiiation de la ville. » On contesta d'abord aux Libouriniis la jouissance de ces droits, dont ils n'obtinrent la confirmation qu'en 1312, mais ils n'en poursuivirent pas moins è leurs propres dépens la construction d'un mur d'enceinte. Plus tard Édouard lit, pour continuer les travaux, autorisa aussi les habitants à imposer le commerce et la consommation ti jusques à ce que ladite ville soit parfaitement entourée de fossés pleins d'eau , murs, tours, mâchicoulis et barbacanes • (135k). Au midi, ta tour de Guillaume, ainsi appelée du père de la reine Éléonoro, domina la Dordogne ; au nord la tour <ï Edouard, qui existait encore tout entière dans le xviil' siècle, et à laquelle oq II. ' • 51

GÜIENNE.

donna par la suitç le nom de Grenouillère, commanda le cours de l'Isle. Celle-ci était de beaucoup ta plus forte des deux. Le prince .Noir augmenta encore tes fortiOcotions de Libourne : il y ajouta deux citadelles, l'une près de la tour de Guillaume, l'autre contre la tour d'Edouard. Les rois d'Angleterre ne négligèrent point non plus d'assurer la défense du château de Fronsac, dont le souvenir se lie si intimement à notre sujet. Quand ces princes visitaient Libourne, ils s'établissaient avec leur cour dans une résidence royale située non loin de la ville , et à laquelle ils avaient donné ce même nom de Condat, que porte encore aujourd'hui le lieu oà s'élevait autrefois la demeure royale. I.a belle comtesse de Kent, femme du prince Noir, se plaisait dons ce château, où elle revut la visite de don Juan, roi de Majorque, de Pierre-le-Cruel, roi de Castille , et d'un homme qui était plus grand que tous les rois de son temps, Bertrand f)u Gucsclin, alors prisonnier des Anglais.

1^ création de la commune de Libourne, bien loin d'appartenir à Édouard I'', comme le prétend encore Delurbe, lui était de beaucoup antérieure. Un ancien titre nous apprend qu'en t27:i les habitants désignaient déjà, par voie d'élection, douze jurats et deux hommes probes {duos probos hominet), l'un desquels, d'après le choix du grand sénéchal de (iascogne, ou de son lieutenant, remplissait les fonctions de maire. Édouard I" roiiDrma ces privilèges municipaux , en 1286 et 1289; et le sénéchal de Gascogne en ayant suspendu l'exercice, ils furent rétablis par Édouard II , en 1312. Plus tard , Richard II en 1386, Henri V en 1(16, et Henri VI, en 1(23, les couvrirent aussi de la sanction royale. C'est en suivant une |H>litique si libtirale, que la couronne d'Angleterre attacha Libourne à ses intérêts par les liens de la reconnaissance. En 1379, cette ville, alarmée du progrès des armes françaises, conclut avec Bordeaux le traité d'alliance par lequel elle devenait une de ses fdleules. Malgré les elTorts des cités confédérées, Du Guesclin s’empara de Libourne et du château de Coudât, mais il ne put s'y maintenir, et la ville retomba au pouvoir do l'Angleterre. Henri V y tint toujours sur pied une forte garnison. Au milieu de ces guerres incessantes , la population libournaise croissait en nombre et en prospérité ; chaque jour elle voyait s'établir dans ses murs des familles de l'Angoumois, de la Saintonge, et de l'Entre-deux-mers. Arnaud de l.ambarque et Gérard Boiseul, deux de ses membres, y fondaient, au commencement du xv siècle , les hospices de Saint-James et de Saint-Julien. L'idiome gascon était à la fuis la langue anglaise et la langue ollicielle de Libourne, comme on le voit par les anciens râles de la ville. La commune ne tolérait point chez le citoyen l'oubli de ses devoirs publics. Si les membres du conseil ne se trouvaient pas à l'assemblée le jour de Sainte-Marie-Madcleine {si un bourguès de la dicta vida deffaillc au conseil lo juor de sancla Maria Mugdal na ], on brûlait ses portes, on lui infligeait quinze livres d'amende, et on le privait pendant une année des franchises de la ville. Tout bourgeois qui se portait à des violences envers le sergent chargé d'ciéculcr un ordre du maire , du sous-maire ou des jurats, était conduit en prison , et devait payer quinze livres ifamende, ou perdre le l'oiag. La femme de mauvaise vie était plongée par trois fois dans la rivière, et l'homme et la femme coupables d'adultère étaient livrés au bourreau, qui les proim-nait tout nus par la vHIe, s'ils ne pouvaient se tirer de ses mains en payant une amende de quinze livres.

Digiiiz^ i

LIBOURNE. 403

L’honneur de faire rentrer Libourne et Fronsac sous l'autorité de la couronne était réservé au comte de Dunois. En 1451 , les Français, commandés par ce capitaine et par les comtes d’Angouléme et de Penthièvre, vinrent assiéger ces deux places. Dunois attachait d'autant plus d'importance au succès de sa double entreprise qu'elle devait lui ouvrir les portes de Bordeaux. L'esprit de discorde s’étant glissé entre le gouverneur et le maire de Libourne, ce magistrat , de concert avec les habitants, livra la ville au chef de la petite armée royale, après avoir conclu avec lui un traité particulier, qui assurait le maintien de ses franchises, pritiirges et libertés anciennes, t'harles VII, par des lettres patentes du "20 juillet 1451, conlirma les droits de la commune. Quant à Fronsac, sur lequel les .Anglais s’étaient repliés , sa réduction présenta plus de diflicultés. Ils y avaient entassé des armes et des munitions de toute espèce, afin de pouvoir y soutenir un long siège. Trois assauts échouèrent successivement devant la résistance opinifttre de la garnison du château; mais le gouverneur, Jean Warwick, qui avait compte d'abord sur la prochaine arrivée d’un corps de troupes auxiliaires, ne tarda pas à desesp(*rer de voir venir ses compatriotes à son aide. Lorsque les habitants de Bordeaux apprirent qu'il avait signé une capitulation, par laquelle il s'engageait à rendre la furteresse le 15 juin 1451 , s'il n'était |>oint secouru dans l'intervalle, ils se hâtèrent d'envoyer une députation à Dunois pour lui offrir de traiter avec lui aux mêmes conditions. Dunois accepta, et quelques jours après son entrée à Fronsac il voyait s'abaisser devant lui les ponts levis de la capitale de la tîuienne.

En 1453, la révolte de Bordeaux ayant rap()elé les Anglais sur les liords de la (iaronne, Fronsac accueillit Tallvot, mais Libourne lui opposa quelque résistance. Le vieux général ayant tué plusieurs notables habitants de cette ville avec son artillerie, l'obligea aussi à se rendre, et jeta son maire l'homas de Bordes dans un cachot du fort Edouard. La victoire de Castillon et ia mort de Talbot rendirent bientôt Libourne et Fronsac à Cbarles VIL

Louis XI visita Libourne en 1401 et lui laissa des marques de ia faveur royale : il allégea les charges de la cité, confirma scs privilèges, lui en accorda de nouveaux et y établit trois foires Le duc de Ouienne, son frère, (vendant son règne si court , montra aussi une grande prédilection (>our l'ancienne Condale. Le commerce des Libournais commençait à re|irendrc quelque activité. Pendant les xv* et XVI* sièi'les, les ravages exercés par la peste h Bordeaux obligèrent le parlement à se transporter dans les murs de cette ville en 1 473, en 1514, en 1528, et en 1547. Ia.'s fréquents séjours de la cour souveraine au milieu de la population industrieuse devinrent pour elle une nouvelle source de (irospérité. En 1520 les trois ordres se réunirent à Libourne pour y rédiger la coutume de Bordeaux et de ses filleules.

Vers le milieu du x vi' siècle la prospérité commerciale des Libournais fut troublée par l'insurrection des litaux et des Giiitres contre les galielleurs. <>:Uc cité devint la place forte des insurgés et le centre de leurs opérations. Le grand couronnai de Saintonge, Tallemagne, chef des insurgés, s'y arrogea un pouvoir souverain ; c'est de Libourne qu'il écrivit aux habilanis et aux jurais de Bordeaux de se rendre aii(>rès de lui bien (vourvus d'armes et de vivres : en cas de refus,, il menaçait de détruire par le fer et par la flamme tout ce qui avait échappé oux premières incur-

jd by Gi-'vJ^lc

GÜIENNE.

sioDS des Guitrcs. Sareombant à une espèce de fascination , la capitale de la Guienne ^e laissa attirer sous la bannière de la révolte. Après s'y être livré à tous les excès et à toutes les violences, Tallemagne quitta Libourne avec ses hommes, qui élaient, pour la plupart, armés de fourches, de faux et de bâtons ferrés. Quand il revint sur ses pas pour y chercher un refuge, il en trouva les portes closes , et fut reçu i coups de fusil par les habitants. Nous avons vu comment Mo[itmorency punit les Bordelais d'avoir eu moins peur du roi de France que du grand couronnai de Saintonge. Une mulfitude de pay.sans périrent par la hache, la corde, le bûcher, tandis que leur chef était rompu vif, la tête serrée dans une couronne de fer rouge (1.511). L'insurrection des Guitres était à peine comprimée que les troubles religieux éclatèrent. La réforme comptait un petit nombre de prosélytes dans Libourne. En 155(>, par arrêt du parlement de Bordeaux, deux de ses citoyens, Jean de Caies et Jean David, furent condamnés, avec Arnaud âlonnicr de Saint-Emilion, à la peine du feu. Toutefois Libourne n'embrassa point In causa du protestantisme. Fidèle à ses vieilles croyances, elle fut, pendant In guerre civile qui ensanglanta la Guienne, en butte aux- attaques desreligionnaires ; ceux de la ville, trop faibles pour y dominer, y appelèrent leurs frères de Guitres, de Coutras, de Ca.slillon, de Sainte-Foy et de Gensac. En I56i . une troupe de huguenots, introduite dans la ville par les protestants de Libourne, pilla les églises et y commit d'affreux désordres. Montiuc accourant de Bordeaux, poursuivit les religionnaires jusqu’à Guitres, en prit deux au hasard parmi les Libouriiais et les lit pendre.- Vers i.vHT, les protestants assiégèrent une seconde fuis In ville; elle fut sauvée par le maréchal de Matignon. En I59i, les catholiques se vengèrent des attaques des calvinistes en les expulsant et en détruisant leur temple situé dans le faubourg des Fontaines. Au milieu de ces troubles , Libourne avait été visitée par Henri IV, le duc d'Alençon, la reine de Navarre et le duc de .Mayenne (1575-15851.

Depuis le \ v* siècle de grands changements s'étaient accomplis dans la constitution municipale des Libournais : par les lettres patentes de Henri H , en 1555, le iKvmbre des jurais fut réduit de quatorze à douze à la demande des habitants. Les magistrats virent en outre restreindre leur juridiction, en 1566, par l’établissement d’un juge royal : ils cessèrent d'exercer la justice civile et ne furent plus que juges criminels. Au comnvenceroent du xvir siècle, la peste qui, en frappant Bordeaux, avait si souvent épargné Libourne, l'atteignit enfin. De 1606 à 1608 elle y exerça de cruels ravages, qui donnèrent au cardinal de Sourdis l'occasion de prodiguer ses secours et scs consolations ou peuple avec une vertu toute chrétienne. En 16t5^, le voyage de Louis XIII, de sa mère et de sa sœur dans le Bordelais, fit oublier tous ces numx. A leur retour, le roi et les deux reines passèrent par Libourne, où ils furent reçus par le maréchal de Roquelaure, le maire et les jurais ; le roi y toucha plus de cent scrofuleux, rangés à genoux dans l'église de Saint-Jean. Pendant les troubles de 1610, le duc de Mayenne, gouverneur de la province , convoqua l'arrière-ban de la noblesse à Libourne et y assembla son armée. L’année suivante Louis XIH revint en Guienne et y accomplit un grand acte de justice, réclamé depuis longtemps par les Libournais. Un gentilhomme normand, appelé Arsilemont, se servait du château de Frousac, dont il était gouverneur.

LIBOURNE

pour faire peser sur h( |>ays une tyrannie exlravafpinle, bnitale , féroce , qui renouvelait les plus mauvais jours des siècles féodaux. Libourne était surtout victime des folles exigences et des coupables excès de cet homme. Au bruit d'un coup de canon , parti d'une pièce qui était toujours pointée contre la ville, les jurais devaient se rendre en chaperons auprès de lui pour recevoir scs ordres; afin qu'ils ne s'y trompassent point, le commandant avait pris les tours du grand port pour point de mire et il faisait tirer dessus à luKilet. Arsilemont traitait de la même manière les navires qui, en passant sur la Dordogne, ne lui faisaient pas lionunagc d'une contribution en argent ou d'une partie de leur cargaison. Tout tremblait devant ce tyran par l'inexplicable (.-onnivence du parlement de Bordeaux, qui fermait l'oreille aux plaiiihrs des Liboiirnais. Ixtrsque Louis \lll avait visité Ubourne et Kronsae, en Ifiiv, personne n'avait osé élever la voix contre Arsilemoiit. Enlin, lors du second voyage du roi, on lui dénonça les crimes du gouverneur. (À'lui-ci fut arrêté , jugé et condamtré à mort par le parlement de Bordeaux, et l'on exécuta ce jugement avec un lugubre appareil. Iji tète d'Arsilemont, portée à Libourne, y fut attachée à la tour du grand port. I.e roi, avant de quitter Bordeaux, ordonna In démolition du château de Fronsac (1620). Aussi fut-il accueilli avec enthousiasme à Libourne, lorsqu'il le visita encore une fois à la lin de 1621 et y passa les premiiu-s jours de l'année suivante.

Vers le milieu du xviir siècle, cette ville joua un grand rôle dans les démèlt*sdu duc d'Épernon avec la magistrature. Il existait une profonde irritation et une implacable haine entre ces deux pouvoirs; le duc qui affectait des airs de souvelainelé, ne |>ouvait pardonner au parlement son esprit d'opposition. Le gouverneur de la tiuienne résolut enlin de briser cette résistance par la force ouverte ; il voulut s'assurer le moyen de maîtriser et d'affamer Bordeaux en conslruisant une citailHIe à Libourne. Au moyen des fortifications projetées, il aurait dominé le cours de la Dordogne, comme il tenait déjà la Unronne sous le coup des batteries du château de Cadillac. la.* parlement, opposant la révolte à In tyrannie, mit sur pieil vingt mille hommes, dont il confia le commandement au marquis de Chamboret. Va! débat entre la robe et l'épée, qui venait compliquer les troubles de la Régence, prenait donc to it d'abord le caractère d'une guerre civile. Uit se battit, en effet, â IJImurne comme à Bordeaux. Le duc d'Épernon, fort de l'assentiment de la reine mère, avait commencé la construction de la citadelle. Tandis qu'il mettait en réquisition les paysans des environs, pour hâter les travaux , il cantonnait plusieurs régiments dans les (letitcs villes de l'Entre-deux-mers. I.a garnison de Libourne était partagée en deux corps : l'un protégeait les ouvriers maçons contre les attaques du dehors ; l'autre, par de continuelles excursions, ravageait le pays. Les excès de cette soldatesque excitèrent une si violente indignation dans les esprits, (pie la cour alarmée ordonna de « cesser entièrement le travail de la citadelle et réduit de Ubourne, même celui du côté de la vil 'e. » D'après les termes de l'ordonnanre royale, contresigm'H* par le marquis d'Argen.son, si l'on avait voulu élever des fortifications, c'était dans l'intérêt même des habitanis; c'était pour retirer la troupe, qui avait été jusqu'alors logée cher les bourgeois. Le fils du marquis d'Argenson, porteur de l'ordonnance et commissaire extraordinaire du gouvernement , arriva à Libourne. Mais soit par l'ordre secret de lu cour, soit de son propre mouvement, il s'entendit avec le dur d'Epernon et ne prit aucune mesure pour châtier la rébelliou

V06 GUIENNE

du commandant de Ubonrne , Martinet , qui avait refuse de se soumettre aux ordres de la cour. Tandis que le gouverneur de la Guienne se hâtait de terminer la citadelle , la ville et le parlement de Bordeaux faisaient avancer une armée et une escadre sous les murs de Libourne pour assiéger cette place. Après des prodiges de valeur, les Bordelais, vaincus à la bataille du pont de Carré, on leur brave général, le marquis de Cambaret, perdit la vie, se retirèrent en désordre. Quant à leur escadre, une (erreur panique la saisit à la vue de ce désastre, et elle s'éloigna sans avoir combattu; sur les cinq vaisseaux dont elle se composait, deux ériiouéreiit dans sa retraite, et furent pris par les Épernonistes (l(>49). Toutefois le triomphe du duc fut de courte durée. A la suite de la paciûcation générale du royaume, le gouvernement lui donna l'ordre de licencier ses milices et de démolir les forlincatioiis élevées à Libourne. Il se résigna d'abord , non sans une répugnance iiilinie, à rappeler scs troupes; mais à peine se furent-elles éloignées que les Libournais rasèrent la citadelle.

I.ouia XIV, la reine-mère, le duc d'Anjou, mademoiselle d'Orléans et le cardinal Mazarin v'uircnt â Libourne en 1G50, où ils passèrent vingt-huit jours. Aux fêtes royales succédèrent encore les discordes civiles. Le prince de Condé, gouverneur de Onienne et duc de Fronsac par son mariage avec mademoiselle de Maille-Brézé, Ot fortiCer la ville pendant les troubles de la Fronde. En 165:), elle fut assiégée par les ducs de Vendème et de Candale, auxquels elle se rendit par capitulation. Six ans après, Mazarin, en se rendant è Bayonne, passa encore par Libourne.

Si l'un excepte la translation de la cour des aides dans cette ville ( 16.3â ), rétablissement d'une sénéchaussée et d'un présidial (1639), la destruction du temple protestant des llillaux lors de la révocation de l'édit de Nantes (1685), et la fondation de quelques maisons religieuses, il ne nous reste plus r'ien à noter dans l'histoire locale jusqu'au règne de Louis XVI. En 1787 , le parlement de Bordeaux fut transféré pour la dernière fois è Libourne , où il s'ennoblit par une résistance énergique aux actes arbitraires de la royauté, l-a révolution fut accueillie avec enthousiasme par les Libournais, qui, après le 31 mai, abandonnèrent le parti de la Gironde pour celui de la Montagne. La ville fut visitée par les commissaires de la convention Isabeau et Tallien; on y établit un tribunal révolutionnaire qui envoya quelques victimes â l'échafaud.

Libourne est aujourd'hui le siège d'un arrondissement dont la population s'élève à 106,659 âmes, y compris les 9,7lï habitants du chef-lieu. Cette ville était autrefois l'entrcpOt du Périgord et du Limousin. Tandis qu'elle faisait le commerce des sels avec leQucrcy, on voyait tous les ans arriver dans son port quatre-vingts vaisst^aux anglais , hollandais ou suédois qui venaient acheter les crus de Saint- Émilion et les vins blancs de Bergerac. Aujourd'hui , ce port n'est fréquenté que par les gabares de Bordeaux et les caboteurs de la Bretagne. Il est resté néanmoins la principale place commerciale de la Saintonge, de l'Angoumois et d'une partie du Limousiu. Du reste, Libourne est, après Bordeaux, la ville la mieux bâtie de la Guienne, celle dont les rues sont tracées et alignées avec le plus de goût. On y remarque les casernes , l'église Saint-Jean-Baptiste , antérieure au XII' siècle, la salle de spectacle, le beau pont jeté sur la Dordogne et celui que des chaînes en barres de fer suspendent sur l'isle, le musée, l'hospice, et le dépùt de mendicité.

C lUVJÿlt

LIBOURNE

L’arrondissement de Libourne rcnfer.i.e rinq petites villes auxquelles sc rattachent les cinq faits les plus éclatants de l'histoire de la France méridionale : la bataille qui amena l'expulsion déGnitirc des Anglais, celle qui lU la réputation militaire d'Henri IV, l'insurrection démocratique des Guitres, la convention protestante et la mort funeste des Girondins. .Avant le xi" siècle, on n'apercevait i travers les profondes ténèbres du moyen Age, ni Gastillon , ni Goutras, ni Guitres, ni Sainte-Fojr, ni Saint-Emilion. (Juelques médailles semlileraienl seules donner à celte dernière ville une origine romaine, et une asser grande ressemblance de nom pourrait faire retrouver le Contras moderne dans le ('.orterate, station latine de la voie de llonleaux a Vesune ( l’érigueux ); mais il n'eviste de documents certains pour les «piatre premières localités (|u'à partir du xi' siècle , et pour Sainte- Foy que dans le xiir.

Castillon, situé sur la Dordogne, prit son nom d'un ancien chétcau, et son accroissement d'un couvent de Bénédictins. Ses seigneurs |>ortaient le titre de vicomtes. De la maison de Foix , qui posséxla cette seigneurie jarndant près de deux siècles, elle tomba, en 1358, dans la maison de Grailly qui la tenait encore lorsque l'armée fratnaise, commandée par les maréchaux de Lohéac et de Culant, et le brave Joachim Kouhault, vint, en 1453, mettre le siège devant la petite place (le (àistillon. A celte nouvelle, le vieux Talbot accourut de Bordeaux avec mille lances et quatre mille fantassins anglais, le 17 juillet au point du jour, il était au pied des murailles. (Juand les inarécbaux de Charles A'II apprirent l'approche des Anglais, par les francs archers que TallMd avait chassé» devant lui, ils sc retirèrent promptement dans leur camp.

Ce camp était sitm* i l'embouchure de la Lidoire, dans la plaine de Côle, qui s'étend entre cette petite rivière, la Dordogne et iai .Mothe Montravel, entouré de foss('-s profonds, et garni d'une artillerie nombreuse, l’endaul que les Français se hiUaient de braquer leurs coulevrincs et leurs ribaude(|uins sur b;s bords des fossés , Talbot fil défoflcer un tonneau de vin pour rafraîchir ses cavaliers en attendant l'infanterie, et lors(|ue celle-ci l'eut rejoint il vint bravement assaillir son ennemi ; mais il ne s'attendait pas à le trouver si bien fortifié. Dissimulant sa surprise , il mena sa compagnie droit à la barrière, et là s'engagea la mélée la plus terrible. Tnq) vieux pour iguitler sa |)cUle baquenée, il ordonna à ses hommes d'armes de mettre pied à terre , et dirigea lui-même l'atlaquc de cette barrière avec le froid coup-d'adl d'un capitaine et l'intrépidité d'un soldat. Si l'assaut fut rude et vigoureux , la défense fut encore plus b<‘lle. Iu>s huit premières bannières britanniques, celle du roi , rcHe de Suiut-tîeorgi», de la Trinité , de l'albot et d'autres vaillants lords, sc pri'sentèrent successivement pour passer, et reculèrent devant les boulets de Gaspard Bureau et les lances du comte de lu Marche et du sire Louis du l'uy. Après une heure de comliat, les Bretons vinrent soutenir les hommes de la .Marche et du Velay, qui sc s«mtirent si animés |>ar ce renfort , que franchissant la barrière ils su précipitèrent avec furie sur les Anglais , les mirent en fuite et abatlinmt tous leurs pennons. I.a haquenée de Talbot, frappée d'un boulet, l'ayant entraîné dans sa chute, il fut tué par les Bretons, qui passèrent nu fil de l'épée, autour de lui, le jeune de Lille son fils, Thomas Aurigan, le seigneur de l’uyguilhem , et trente des plus braves chevaliers d'Angleb^rre.

GUIENNE

Cent trente-trois ans après , Cnstillon soutint un des sièges les plus obstinés et lus plus fameux des guerres de religion contre les troupes du duc de Mayenne, qui aurait échoué devant la ville si la peste n'avait pas décimé l<^s soldats protestants, et si les Kochelais, marchands avant tout, n'avaient point vendu au chef des ligueurs la poudre et les boulets destinés à réduire leurs coreligionnaires ( 1586). Castillon possédait une communauté aussi libre , aussi riche que celle de Bordeaux, et un couvent de grands Cormes. C'est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondissement de IJbourne, qui renferme une population de 2%0 habitants. La ville a des faubourgs plus considérables que l'espace compris dans la vieille enceinte , un très-beau quai, et un petit port sur la Dordogne, où l'on fait le commerce des vins , des farines et des bestiaux.

Ija position de Coutras parait n'avoir pas varié depuis les Itoiiiains. Du temps de ces maîtres du monde, le groupe d'habitations qui formait la station de (kirterale, selon la table Théodosienne, bordait indubitablement la voie tracée pour relier Bordeaux à Périgueux. La ville actuelle consiste, comme l'ancien village, dans une longue rue bâtie sur la route du la capitale de lu (îiiienne à Hibcyrac , auprès de l'Isle. Aucun événement remarquable ne s'y passa tant que sa seigneurie dépendit de la maison de l'oix, cts<jn nom serait |icul-ètre resté toujours ignoré, si le duc (le Joyeuse et le roi de Navarre ne s'y étaient rencontrés le 19 octobre 1587.

Joyeuse, comme nous avons déj^ eu l'occasion de le raconter dans notre histoire politique et militaire du .Midi, était si impatient d'en venir aux mains, qu'il lit battre aux champs h onze heures du soir, et le jour ne paraissait |>as encore, que (h'ïjà ses chevau-légcrs attaquaient ceux du Navarrais. Ces derniers, après avoir passé la soirée à charger leurs pistolets avec du liège et des carreaux d'acier, s'étaient reposés dans la ville et se trouvaient tout fra'is pour la bataille. Une demi-heure avant le lever du soleil, les trompettes, qui retentissent dans les rues de (Entras, les appellent à cheval ; les troupes se forment, et le roi de Navarre, suivi du prim% de. Condé, du brave vicomte de Turenne, de Favas et d'-Aubigné, va les ranger en Jvataille dans une petite plaine adossée à la ville et bornée, à gauche, par la Dréne, il droite par une garenne. Toute l'infanterie, composée d'à peu près deux mille hommes, reçut l'ordre de s'étendre de ce cètè dans les taillis, pour faire face aux fantassins de Joyeuse. La cavalerie se déployant ensuite dans la forme d'un croissant , présentait trois carrés longs , flanqués de cent cinquante arquebusiers d'élite , qui s'acheminaient sur cinq du front et quatre de file. Dans le premier carré était le vicomte de Turenne avec les Gascons , dans le second le prince de Condé, et dans le troisième, longeant le cheniin, à gauche, le roi de Navarre. L'artillerie , composée seulement de deux pièces de canon , venait de passer la rivière de l'Isle et d'ëtrc montée sur une butte de sable à droite de l'infanterie, grâce à l'activité de Clermont d'Amboise, lorsque Joyeuse déboucha avec son armée.

I>es rangs en étaient si brillants, les salades damasquinées, les armures d'argent et d'or, les caparagons de la cavalerie reluisaient d'un éclat si vif aux rayons du soleil levant , les banderoles armor iées des quatorze cents gentilshommes qui entouraient la cornette blanche du duc déroulaient au vent du matin, en flottant au bout (le lances étincelantes , une telle profusion de couleurs, que les huguenoLs

Dig '.

LIBOURNE

en furent éblouU. &fais rien ne pouvait ébranler leur contenance ferme et grave. Pendant que Joyeuse déployait avec confiance ses régiments dans le même ordre, de ces quatre masses sombres, compactes, couvertes de fer, d'armes rouillées, de vieux habits de chamois ou de buffle, s'éleva tout à coup un psaume entonné par deux ministres protestants et répété par plusieurs milliers de voix. Le bruit de l'artillerie de Clermont d'Amboise, qui engagea l'action et provoqua heureusement Joyeuse en lançant le premier boulet sur sa cornette blanche , vint sc mêler aux chants des huguenots.

Sous cette pluie de fer tout s'ébranle du cAté des courtisans , Joyeuse fait sonner la charge, et deux de scs maréchaux de camp, Montigny et Lavardin, arrivant an galop avec les Albanais et les croix blanches, rompent le carré du vicomte de Turenne, l'emportent vers le village et ne laissent sur le champ que l.a Trémouille, le vicomte, un gentilhomme et le vieux Chouppes. En voyant le succès de cette charge, le duc de Joyeuse crut la bataille gagnée et fondit en criant victoire! sur les deux escadrons du prince de Condé et du roi de Navarre. On le laisse, par le conseil d'un vieux capitaine, approcher à dix pas, puis quand il n'y a plus entre les deux bataillons que trois longueurs de lance, les arquebusiers protestants tirent et abattent presque toüt le premier rang, le second essuie à bout portant une déciiarge de coups de pistolet qui le met en désordre. Les deux corps d'élite, les princes en tête, lançant alors leurs chevaux b toute bride contre cette cavalerie arrêtée net cl à moitié rompue, la renversent du choc. Autant en fit l'infanterie réformée è celle qu'elle avait devant elle et dont la masse , labourée incessamment par les boulets de Clermont d'Amboise, oITrait de toutes parts de larges éclaircies. li n'était pas dix heures et le combat était fini : quatre cents gentilshommes et trois mille fantassins gisaient sans vie sur le champ de bataille, et de toute cette armée, si éblouissante au lever du soleil, il ne restait plus que quelques prisonniers, une poignée de fuyards sur la route de Chalais, des tronçons de lances, des cornettes souillées de sang et le corps du général, tué d'un coup de pistolet, par représailles, au moment où il se rendait à deux huguenots. En rentrant à son logis, après avoir rendu grAce ù Dieu sur la place, le roi de Navarre trouva les cadavres de Joyeuse et de Saint-Sauveur, son frère, qu'on avait étendus nu bout de la table pour égayer le festin; mais comme il ne partageait pas le sombre enthousiasme de ses vieux compagnons, qni voyaient avec joie dans les deux morts /es boeufs du sacrifice promis par le psalmistc, ce spectacle lui fit horreur et il fit porter son couvert dans une autre salle.

Coutras , qui entretient avec Bordeaux un commerce assez étendu en grains cl en objets de consommation , est maintenant un chef-lieu de cantoti , renfermant 3,172 habitants; son port toujours plein de barques, le i>ont suspendu, établi sur risle depuis dix-sept ans, et les améliorations apportées b la navigation de la Uréne, qu'on est parvenu à rendre navigable jusqu'à Périgueux, ont doublé l'essor de son commerce agricole. De son antique château, liabité autrefois |>ar Catherine de Médicis, sa fille, et la duchesse de Longueville, il ne reste à présent qu'on puits que recouvre un tanternon surmonté d'un dauphin.

üuitres- est bâti sur le penchant d'un coteau situé açi confluent de l'isle et du I,arry au nord-nord-ouest de Libourne. Siège d'une abbaye de Bénédictins, célèbre

Page 1