‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 69 sur 119 · PÉRIGUEUX · texte numérisé non relu

PÉRIGUEUX

BRASTTOME. — BOITRSEIIXa. — XXCIBBIIIZ..

Périgueui, sur la rive droite de l'islc, est une des plus anciennes villes des Gaules. Son origine se perd dans la nuit des siècles. Au temps de César, elle portait le nom de Frrunno, et le peuple qui habitait la contrée, celui de Pelroeorii. Sous le Bas-Empire, les géographes écrivaient indistinctement Vesonne ou ville des Pétrocoriens ; mais cette dernière dénomination ayant prévalu, on en forma par la suite le nom de Périgueui, comme on linit par appeler Périgord le pays habité par les Pétrocoriens. Du reste , à part la certitude de son existence, nous ne savons rien de précis sur Vesonne. Le savant antiquaire Wulgrin de Taillefer a essayé, il est vrai, d'en déterminer l'origine et d'en constater l'importance; mais ses longs

I. ilMuurit de Wolfenbüllel. — CoUeelion Biccquigny. — Archives de It Tour de Londres. — Archives de i’hdlel de-ville de Libourne. — J. Bouctiel, Ann. d'Aquitaine. — Commenlafret de Jfon«uc. — Rjrmer, Act. pullie.-—^ ArcUivesdii roysume, 5ec/ton Miforifur. — Muilty, Ifistoire de ta Fronde. — D. Devienne» fUstoire de Bordeaux. — SoulTrain» Etsait historiquee sur Libourne. — Guodel» ilietoire de Saint-Émilion. — Elarsnle, Hietoire det duee de Bourgogne. — JUémoiree du due de la Force. — Mémoiree de Louvet. — \oyoge de deux Angtaie dane le Périgord^ en lMi6. — Jouruel, 5(a/t<ft9tie de la Gironde. — Mary-Lafon, Bistoire politique, reliffieuee et lUtê“ taire du midi de la France.

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PÉIUGUEUX. M3

et pénibles travaux sont loin d'avoir dissipé tous les doutes ' . I>es détails historiques sur le Périgord manquent également pour les temps antérieurs à l'occupation romaine, quoique les monuments celtiques, civils, religieux et militaires, y soient tout aussi nombreux, tout aussi remarquables que dans la plupart des autres parties de l'ancienne Gaule.

Au moment de la conquête par les Romains, ce pays Taisait partie de la Celtique. Auguste l'incorpora à l'Aquitaine, sous le nom de cite dos Pétrocoriens. Postérieurement, il Tut compris dans la deuxième province de ce nom, et il continua d'en Taire partie, lorsque, par une dernière modification, on eut créé une troisième Aquitaine.

Au V* siècle , le Périgord passa de la domination des Romains sous celle des 'Visigoths. Au vr, les Franks s'en emparèrent à la suite de la bataille de 'Vouglé. Après la mort de Clilodwig, il appartint successivement à Clotaire 1”, Contran, Cliildebert II , Clotaire II et Dagobert 1"; c'est du moins ce que nos recherches historiques nous portent à supposer, car il n'y a rien de bien positif à cet égard. En 581, la discorde ayant éclaté entre les rois franks, Chilpéric déclara la guerre à Contran, et, par son ordre, Didier, duc de Toulouse, s'empara du Périgord. Deux ans après , Chilpéric ayant été vaincu et dépossédé , cette province fut de nouveau soumise à Contran. En 58k , t'aventurier Gondoald y commit beaucoup de désordres. £n G30 , elle fut nominativement comprise dans le traité qui fonda le royaume de Toulouse.

Sous la deuxième race, 'Vaîfar fut assassiné dans la forêt de la Double, sur les confins du Périgord et de la Sainlonge. En 778, Charlemagne donna le gouvernement du Périgord i Widbode, dont les successeurs sont restés inconnus jusqu'à Wulgrin, le premier des comtes liéréditaires de la province (866). Ce seigneur était aussi comte d'Angouléme. Par un mariage, en 970, le comté passa sous l'autorité de la maison de la àfarche, qui avait alors pour chef Hélie I”, homme turbulent et cruel, dont la fin fut misérable. Son successeur, Adalbert I", conduit par son humeur guerroyante jusque sous les murs de Tours à la poursuite du comte de Blois, s'y trouva face à face avec Hugues-Capet. Ce prince, trop faible pour repousser l'agresseur, lui adressa cette demande : Qui fa fait comte? — Sans daigner lui répondre, Adalbert lui fit à son tour cette question ; Qui fa fait roi? mot fameux, et dans lequel la position féodale des deux interlocuteurs se révèle avec énergie. En cOet, le comte de Périgord était souverain au même titre que le comte de Paris, la royauté de Hugues-Capet n'étant pas reconnue dans le midi. Au xii* siècle, le mariage d'Ëléonore d'Aquitaine avec Henri Plantagenet donna le Périgord aux Anglais. Il revint à la France, en 122k, fut rendu à l'Angtelerre en 1258; puis confisqué en 129k, par Philippe-lc-Bel, restitué de nou>vcau à l'Angleterre en 1303, conquis par Philippe de Valois, cédé aux Anglais par le traité de Brétigny, reconquis par Charles V, remis sous l'autorité anglaise vers la fin du règne de Charles VI, il fut définitivement et pour toujours acquis à la conronne de France en IkSk.

I. AnliqutHs de KMonu, <i(< gauloiee remplaeie par la Mie actuelle de PiHçueux, S vol. Pirigaeai, F. Dupont, l8Sl-St.

Ml GUIENNE.

Pour compléter cette esquisse de l'histoire générale du Périgord , rappelons rapidement quelles ont été ses diverses révolutions administratives. 0>mme nous l'avons déjà dit , durant l'occupation romaine , le territoire des Pétrocoriens formait une cité. lorsque , dans le Bas-Empire , à côté de l'administration civile et politique, se constitua l'organisation religieuse, la cite des Pétrocoriens devint un diocèse, borné au nord par l'Angoumois et le Limousin, à l'est par le Bas-Limousin et le Quercy. au sud par le Quercy et l'Agenais, à l'ouest par le Bordelais et la Saintonge. Plus tard , tandis que le diocèse ne subissait aucune modification dans sa dénomination ni dans son étendue, la qualiOcation de cité s'effaçait peu à peu pour faire place au mot pagus qui Onit par prévaloir. Sous la deuiième rare, le pays fut administré par des comtes comme l'avait été la cité sous le Bas-Empire. Le Périgord, pourtant, ne forma pour ainsi dire Jamais un comté bien distinct. L'insubordination des vavasseurs se manifesta, dés l'origine, avec tant de hardiesse et de force, que, dans le su' siècle, ils traitèrent plus d'une fuis d'égal à égal avec le comte, dont l'autorité réelle ne s'étendait pas à plus d'un tiers de la province. Au XIII* siècle, l'administration civile et politique fut confiée à un sénéchal qui avait sous son autorité le Quercy et une partie du Limousin. Dans le xiv’, pendant que l'évèché était divisé en deux et qu'un siège était érigé à Sarlat, la sénéchaussée du Périgord se constituait dégagée du Quercy et du Limousin. A la fin du xv* siècle, elle fut divisée à son tour en trois sièges : l'un, le principal, établi à Périgueux , et les deux autres à Sarlat et à Bergerac. I.ors de la création des gouvernements et des intendances, le Périgord fut l'une des six grandes sénéchaussées dépendantes du gouvernement et de l'intendance de Guienne ; elle était en outre divisée en deux élections, celle de Périgueux et celle de Sarlat; ces élections comprenaient dans le principe six cents paroisses; mais, pour former la sénéchaussée de Libourne, il avait fallu en distraire un certain nombre.

Vesonne , dès les premiers temps de l'occupation romaine , avait été érigée en municipe. Plusieurs inscriptions constatent ce fait de la manière la plus positive. L'une d'elles a même fait connaître le nom de l'un de ses duumvirs, Lucius Marulius , qui fil construire à ses frais un aqueduc pour conduire dans la ville les eaux d'une source éloignée de plus d'une demi-Keue. L'histoire, du reste, n'a conservé le souvenir d'aucun des événements qui durent s'accomplir à Vesonne dans le cours des trois premiers siècles de fère vulgaire. Elle sc tait même sur l'introduction du christianisme dans le Périgord , car la saine critique ne saurait admettre les faits consignés dons les légendes de saint Front, que quelques écrivains persistent à regarder comme le patron et le premier évêque du pays, quoique les plus savants auteurs ecclésiastiques et les bénédictins eux-mêmes aient rejeté ces légendes comme apocryphes et inadmissibles. Sans doute le christianisme avait acquis un certain développement dans ce pays dès le iir siècle , mais il est impossible de préciser rien de certain à cet égard, surtout en ce qui concerne Périgueux. Antérieurement au VI* siècle , nous ne savons rien de positif sur les fondations religieuses de cette ville. L'érection d'un oratoire, en l'honneur de saint Front, attribuée à l'évêque Chronope, qui vivait au commencement de ce siècle, ne se trouve consignée que dans un document écrit quatre cents ans plus tard,

La capitale du Périgord eut beaucoup à souffrir pendant les luttes des rois de

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la première race. La guerre de Pépin contre ValTar lui fut également très-fatale. En 848 ou 849, elle fut brûlée par les Normands. Vers la Oti du x' siècle, l'évéque Frotier, surnommé de Gourdon, érigea, tout près de I& , le monastère de .Saint- Front, qui fut consumé par les flammes eu 1120 et reconstruit imménlatement après.

A travers ces révolutions Vesonne avait conservé religieusement scs institutions municipales. Périgueux ne s'en montra pas moins jaloux. Ni les invasions des Barbares, ni l'occupation des Goths, ni la domination des Franks, ni les courses des Sarrasins, ni les ravages des Normands, ni même les usurpations de la féodalité, ne purent les lui arracher. Tant que les provinces de la Marche et du Périgord restèrent réunies sous l'autorité d'un seul comte , Périgueux n'eut pas trop à se plaindre de ses seigneurs. Presque toujours en guerre, les (omtes passaient leur vie hors du pays au milieu des camps et loin de la ville, dont la prudente neutralité SC tenait en deliors de ces luttes sanglantes. Une fuis pourtant elle s'était vue forcée de prendre part à une querelle qui s'éleva vers 1040 entre Aldebcrt II, dit Caduirac, et l'évéque Giraud (de Salagnac], au sujet du droit de battre monnaie, que ce dernier prétendait se réserver exclusivement; mais ce débat, tout animé qu'il fut , n'eut aucune suite fdcheuse pour la ville. Il en fut autrement quand les deux provinces , jusqu'alors réunies , cessèrent d'appartenir au même titulaire et eurent chacune leurs comtes particuliers. Uès le moment où les comtes de Périgord curent fixé leur résidence au chiltcau des Koiphies, dans le voisinage de Périgueux, une lutte terrible s'engagea entre eux et la ville, et l'on put juger à la liaine implacable des deux parties opposées, qu'il ne faudrait rien moins que l'extermination de l'une d'elles pour rendre la paix au pays.

Autour du monastère bdtipar Frotier, en l'honneur de saint Front, sur une colline appelée le Paij-Sainl-Fronl , et non loin de l'ancienne ville nommée la Cité, il s'était formé un groupe d'habitations auquel on avait donné la dénomination de Bourij du Puij-Suint-Fronl. Ce bourg , détruit par un incendie vers 1120, fut reconstruit assez rapidement, et forma bientôt une enceinte d'autant plus importante quelle dominait la cité. Les comtes cherchèrent tout d'abord à se rendre maîtres de cette enceinte. Vers 1158, au moment où la guerre semblait près d'éclater entre Louis-ie-Jeune et Henri II d'Angleterre, Boson III, profitant des circonstances, construisit une grande et forte tour, destinée à commander la ville naissante, l'ette tour ne fut détruite que plus de vingt ans après, par ordre du roi d'.\ngleterrc, contre lequel le comte de Périgord s'était révolté. Durant le cours de ces vingt années il n'est pas question de la cité; elle dut cependant prendre parti contre le bourg et le comte qui s'en était emparé. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter qu'elle ne fût parfaitement libre à cette époque. Son hommage à Philippe- Auguste , en 1204 , suffirait pour le prouver. Rendu au même endroit, durant le même mois, probablement le même jour, et dans les mêmes termes que celui du comte de Périgord, il démontre en effet que l'indépendance de la cité était pleinement reconnue. Il n'en était pas de même |)our le bourg du Puy- Saint-Front, dont le premier hommage date seulement de 1223 et qui fut exprimé en d'autres termes. I-e comte de Périgord, d'une part, et l'abbé de Saint-Front, de l'autre, prétendaient exercer dans le bourg certains droits seigneuriaux. f,e-

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pendant, malgré le désavantage apparent dans lequel ce lieu se trouvait placé. In cité avait vu chaque jour scs habitants la quitter pour aller s'établir sur le Puy- Saint-Front. Cette sourde rivalité avait Fini même par dégénérer en lutte ouverte, et il fallut qu’en 1217 une transaction intervint entre les deuv villes; mais leur alliance ne fut malheureusement pas de longue durée. La mésintelligence étant survenue de nouveau, l'émigration recommença, et lorsque vingt-trois ans plus tard (124U) on voulut renouer une paix qui n'aurait Jamais dù être interrompue, les deux rivales se trouvèrent dans une position respective telle, que sur huit consuls à nommer, six durent être du l'uy-Sainl-Front, et deux seulement de la cité. Du reste, le traité de pacifleation détermina parfaitement l'état des choses. Il y est dit, d'une part, que la cité est libre et n'est sujette à ta juridiction de personne; de l'autre, que les vingt livres dues au comte |)ar le bourg, qui alors avait pris le titre de ville du Puy-Saint-Front, seront pagéis par l'unirersnlilé des citoyens sans que ledit comte acquière par là aucune juridiction sur la eilé ni sur tes habitants. Ainsi, en 12i0, la cité libre s'unit à la ville, également dégagé de toute obligation envers le comte. .Mais cette union était trop contraire aux projets et aux prétentions de ce seigneur pour qu'il ne cherchilt |>as à la détruire par tous les moyens possibles. Il fomenta la discorde, souilla la guerre, et prit le parti delà cité contre la ville qu'il voulait assenir. De grands malheurs s'ignalérent ces nouvelles divisions, qui se prolongèrent jusqu'en 12G9 époque où la ville et la cité furent enfln réunies par un traité solennel.

t'4!pendant saint Louis, par le traité de 1259, avait investi le roi d'Angleterre du duché d’Aquitaine, en ayant soin de ne pas se di^ssaisir des chosex que te roi de France ne pouvait mettre hors de sa main. Le roi d'Angleterre ayant prétendu avoir des droits à la possession de Périgueux, il fut reconnu que cette capitale devait rester sous la main de Louis I\. D'un autre côté, le comte de Périgord n'avait point renoncé à l'espoir de triompher de l'opposition de la ville. Plusieurs fois, de 12G9 5 1292, il tenta de déposséder ses habitants de quelques-unes de leurs immunités, jusqu'à ce qu'enfin un traité entre les consuls et lui vint fixer leurs droits respectifs (1299). Mais à peine les tracasseries du comte avaientelles cessé ou du moins semblaient-elli's toucher à leur terme, qu'un nouvel adversaire entra dans la lice. L’abbé et le chapitre du Puy-Saint-Front , qui avaient cédé en pariage au roi de France leur juridiction, prétendirent lui donner une extension qu'elle n'avait jamais eue, et il fallut qu'un arrêt du parlement, rendu en septembre 1290, reconnût explicitement les droits du maire et des consuls.

Tranquilles sur la jouissance de leurs droits , désormais parfaitement établis , le maire et les consuls ne tardèrent pas à leur tour à se jeter dans la voie des empiétements et des usur|Mitions. Un arrêt du parlement, rendu en 1309, constate que neuf ans auparavant, ils avaient déjà cherché à fausser les élections municipales, alin de perpétuer dans leurs familles les charges dont ils étaient revêtus. Cette atteinte aux réglements avait amené des violences telles que la justice roycle fut obligée de se saisir de l'aiïairc. Cependant elle ne procéda pas envers la ville de Périgueux comme elle avait coutume de procéder envers les villes de commune. Les seuls coupables fureiit recherchés et punis avec une sévérité exemplaire : on les déclara, eux et leurs enfanUs jusqu'à la troisième génération, incapables

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d'exercer les fonctions de maire et de consul ; quant aux habitants ils conservèrent, comme par le passé, le droit d'élire tous lés ans , selon le mode anciennement usité, un maire et des consuls, ou seulement des consuls, t^tte leçon ne fut pas perdue, car il ne parait pas que depuis on ait cherché à altérer les réglements.

attaques diverses dont elle avait été l'olijct pendant de longues années , les agitations auxquelles elle s'était vue en proie , les haines, les jalousies qu'elle avait soulevées, habituèrent la ville de Périgueux à se tenir continuellement en garde contre les surprises de ses ennemis , et à avoir toujours sous la main d'énergiques moyens de résistance. Ces discussions lui furent de la plus grande utilité, et senirent puissamment le roi de France lorsque, sous Charles-le-BcrI , recommencèrent les guerres avec l'Angleterre. Depuis 1326 jusqu'en 1347, les citoyens de Périgueui, sans aucun secours étranger, repoussèrent troiÿ fois les Anglais, qui par trois fois vinrent, à grans chevauchées, par devant ladite ville faisant leur pouvoir de Cacquérir ou desiruire par force; et ce ne fut qu'en 1353, lorsque quatorze ch/lteaux forts des environs, tombés entre les mains des ennemis, bloquaient l’érigueux de toutes parts , que ses habitnnls se décùlérent h demander du secours au roi de France. Cannée d'après, la cité proprement dite fut prise par les Anglais, et resta en leur pouvoir environ douze mois. I.e cardinal de Périgord, oncle du comte Roger Bernard, fut un de ceux qui contribuèrent le plus à expulser ces étrangers. D'accord avec son neveu , il essaya de profiter de la circonstance pour assurer à sa famille la suprématie qu'elle avait en vain tenté jusqu'alors d'établir sur Périgueux. Ses efforts furent d'al>ord infructueux , mais au milieu des troubles civils, que la captivité du roi Jean et la lenteur des négociations pour la paix avaient engendrés, il put croire un moment è la réussite de ses projets. Malheureusement pour le comte, le traité de Brcligny vint changer la face des choses, au moment où il s'y attendait le moins; car, par suite de ce traité, Périgueux ayant été remis aux Anglais, l'alTaire fut soumise à Jean Chandos , commissaire du roi d'Angleterre, qui déboula le comte et son oncle de toutes leurs prétentions ( 13GI I.

En l'année 1368, lorsque les grands vassaux de la Guicnne interjetèrent appel au roi de France au sujet des vexations exercées sur eux par le roi d'Angleterre, ou plutôt par le prince de Galles , Périgueux adhéra à cet appel , et se mil en mesure de soutenir énergiquement la guerre contre les Anglais. Tant que vécut ('.harles V, cette ville n'eut pas d'autres ennemis à combattre que les adversaires de la couronne de France, mais après la mort du roi et durant la minorité de Charles VI, tout en résistant aux ennemis du royaume, elle dut aussi se tenir en garde contre les attaques multipliv^s du comte Archamhaud V. Ce seigneur pensa que le moment était arrivé d'accomplir l'œuvre si inutilement tentée par ses prédécesseurs. la lutte dura longtemps, mais elle finit par lui être funeste, ainsi qu'à son fils le comte Archambaud VI. Sur les plaintes réitérées des habitants de Périgueux, ce dernier fut déclaré rebelle et coupable de lèse-majesté jvar Charles VI, assiégé dans son château de Montignac par le maréchal de Rrnicicaut, fait prisonnier , conduit à Paris, et banni de France à perpétuité par arrêt du parlement (1308]. .\ partir de ce moment, la ville de Périgueux n'eut plus à s'inquiéter pour son indépendance ; les nouveaux comtes de Périgord n'essayèrent jamais de la lui contester.

Au milieu des entrepris<;s inressantes du comte contre ses libertés et des ennuis II. 53

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d’une existence toujours troublée , Périgueux n'arait pas cessé un senl-instant de témoigner un dévouement sans bornes aux intérêts nationaux , et constamment il s’était montré l’adversaire intraitable de la donâination anglaise. L’heureuse issue de sa lutte contre le comte ne fit que l’attacher encore plus (brtement à la cause de la France, et pendant les cinquante dernières années que les Anglais passèrent en Guienne, il sut résister avec énergie à tous leurs elTorts.

Au XVI' siècle, la rérurme religieuse pénétra dans cette ville sans trop de difficultés et s’y forma de bonne heure un assez bon nombre de partisans ; mais quand les idées nouvelles eurent soulevé des haines et des antipathies telles qu’il fallut recourir aux armes des deux cétés, Périgueux se souvint que les rois de France l’avaient en tout temps traité avec bienveillance et affection. Il combattit donc pour la défbnsatdu trône et de la foi de ses pères. Cependant, en 1575, la ville ayant été surprise par Langoiran et Vivans , les calvinistes s’y établirent ; en vertu de l’édit de 1576, elle devint une de leurs places de sdreté, et iis la gardèrent jusqu’en 1.581, époque où elle retomba au pouvoir des catholiques. En 1592, Périgueux subit un moment rinfluem'e de la Ligue , mais à l’avénement de Henri IV il rentra franchement .sous l’autorité royale , et s'y maintint jusqu’au temps de la Fronde. En 1651, pendant les guerres de la minorité de Louis XIV, le prince de Fondé s’étant rendu maitre de la capitale du Périgord, y mit pour garnison trois régiments d’infanterie , un de cavalerie , et une compagnie de dragons commandés par le marquis de Chanlost. Cet officier général , homme de talent, mais naturellement cruel , conserva la ville au prince de Fondé jusqu’en 1653. Le 16 septembre de cette année, elle fut remise sous l’autorité du roi par les soins et l’énergie de Joseph Dodin , aidé de quelques citoyens intrépides. Voici comment eut lieu cet événement qui lit le plus grand honneur aux habitants de Périgueux.

Plusieurs tentatives, découvertes au moment où l’on pouvait croire au succès, avaient porté le découragement chez les royalistes. Cependant, soutenu par une volonté inébranlable , Bodin , loin de se rebuter , employa tous scs efforts A préparer un dernier coup de main, et ménagea si bien les esprits que les projets, tant de fois déjoués, furent repris avec la ferme résolution de ne reculer devant aucun sacrifice. Dans la nuit du 15 au 16 septembre, il rassembla chez lui les chefs de la conjuration , et tous décidèrent i|ue le lendemain , à midi , on tâcherait de se saisir de la personne du marquis de Chanlost, en même temps qu’on ferait deux attaques sur deux points opposés de la ville. Le but qu'on se proposait était de fournir aux troupes royales, campées dans les environs, une occasion favorable de pénétrer ■dans l’intérieur, afin d’achever ce que les bourgeois auraient commencé. Par malheur, le lendemain dès dix heures, Chanlost fut mis au courant de tous les détails de l’entreprise. Irrité de cette découverte, et entraîné par la violence de son caractère , il commanda qu’on fit prendre les armes aux trois régiments d’infanterie placé.s sous ses ordres ,.et se porta rapidement sur la maison d'un des confédérés. L’ayant trouvée fermée, il sé dirigea vers celle de Bodin qu'il trouva également close. Au moment où il sè disposait à tourner cette dernière pour y pénétrer par le jardin, la porte s'ouvrit tout A coup, et il s’engagea sans réflexion, avec trente hommes qui l’accompagnaient, dans un corridor sombre et étroit. Il y fut reçu par Bodin et par ses amis, ré*ohts A vendre chèrement leur vie. Dès le premier choc.

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le marquis de Chanlost, blessé mortellement, alla tomber dans la rue; cetic perte démoralisa ses soldats, dont plusieurs avaient été atteints; ils reculèrent en désordre, et bientôt prirent la fuite. Alors Dodin, suivi de sa petite troupe, parut au dehors en criant : vive le roi! le tyran est mort! A ce signal, les habitants accourent en foule et gros.sissent les rangs des insurgés ; l'élan devient général, on triomphe de tous les obstacles avec un bonheur toujours crois.sant , et en moins de quelques heures la ville est libre, et libre par elle seule, sans avoir eu besoin d'aucun secours eitérieur. Nous apprenons, en effet, par les registres de l'hôlelde-ville de Périgueux, que Bodin, au milieu de son triomphe, loin d'oublier le respect dü aux privilèges dont ses concitoyens avaient joui de Ionie ancienneté, se lit une arme de ces droits révérés; lorsque les troupes royales accoururent pour soutenir les habitants contre la garnison, il ne souffrit pas qu'elles entrassent dans la ville, leur disant que tout estait faict, et qu'il fallait attendre Carrivée de monseigneur le due de Candalle.

Le ville de Périgueux , désormais exempte de troubles, traversa paisiblement le xviii" siècle. La révolution de 1789 y fut accueillie avec joie, et, A part quelques agitations devenues inévitables, il ne s'y passa rien de grave, même durant les plus mauvais jours de la terreur. Avant comme durant le séjour, dans le pays, des représentants du peuple Homme et Lakanal, Périgueux resta pur de tout excès. Sous la première restauration , le maintien des droits réunis faillit amener des troubles sérieux ; mais la tranquillité publique fut promptement rétablie. En 1830, les événements de juillet y furent accueillis avec une unanimité de sentiments qui, malheureusement, n'existe plus aujourd'hui.

Iles nombreux monuments dont les Romains dotèrent la capitale des Pétrocoriens, il ne reste plus guère que des débris, à part la tour de Vesonne, construite en petites pierres carrées. Cette tour, selon les antiquaires, est le reste d'un temple dédié à Vénus. I.es monuments du moyen âge n'y sont pas très-nombreux, mais assez bien consenés. Nous signalerons surtout la basilique placée sous l'invocation de saint Front, qui n'était, dans le principe, que l'église du couvent portant également le nom de Saint-Front ; elle fut érigée en cathédrale en 1009, au lieu et place de la première métropole, consacrée A saint Étienne, dont les guerres de religion avaient amené la ruine. L'église de Saint-Front est à peu près au centre de la ville de Périgueux ; on s'accorde à dire que, par sa forme et sa construction , elle appartient au style byzantin ; son architecture est un mélange de grec et de latin dégénéré ; cependant telle qu'elle est , elle mérite l'attention des connaisseurs. Elle possède un autel en bois dont le travail est assez beau ; c'est une cène de grande dimension que l'arliste mit cinquante ans A sculpter. Les autres monuments de Périgueux n'ont rien de particulier. N'oublions pas, toutefois, de dire que ses promenades sont dignes d'une grande ville par leur beauté, leur variété et leur étendue.

Périgueux a vu naître plusieurs hommes célèbres, parmi lesquels on doit citer, pour les temps anciens, Paulin, auteur d'une Fie en vers de saint lilarlin de Tours, et les deux Anthédius , l'un rhéteur et l'autre poète, tous deux fort vantés par Sidoine Apollinaire; pour les temps modernes, Hanconnet , savant versé dans la connaissance des langues , jurisconsulte célèbre , président de la deuxième

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chambre des enqnèlcs aa parlement de Paris, mourut à la Bastille, en I560« victime de la haine du cardinal de Lorraine et des dissensions civiles. Amauil, sieur de La Borie, auteur d'une Histoire du Périgord, imprimée en 1595, et dont il ne reste plus un seul evemplaire ; Lagrange-Chaneel , né en 1676, célèbre par ses Pliilippiques contre le Régent, et auteur de plusieurs tragédies et de quelques opéras oubliés aujourd'hui : dans sa vieillesse, il essaya d'écrire une Histoire du Périgord; mais son travail, qu'il n'eut pas le temps d'achever, n'est qu'un éoman resté à l'état d'ébauche. La Place, avocat au présidial de Périgueuv, qui florissait vers le milieu du xviii* siècle, composa quelques ouvrages de droit justement estimés ; y«an-/'ranfOM du Chegron du Pavillon, marin distingué, né en 1730, mort à bord du Triomphant , dans les parages de Saint-Domingue, en 1762 ; et Pierre Daumesnil, né le H juillet 1776 , si connu sous le nom de la Jambe de bois, et si justement populaire par sa belle défense du château de Vincennes.

Périgueux fut toujours une ville épiscopale. Quand on créa les sénéchaussées, le sénéchal y établit sa résidence. Lors de l'établissement des élections, elle devint le siège de celle du Périgord. En 1351 on y institua un présidial, et vers la Un de ce même siècle les jésuites y fondèrent un collège (1589). Avant la révolution, il y avait à Périgueux ou dans ses faubourgs dix communautés religieuses, dont quatre d'hommes et six de femmes. Aujourd'hui cette ville possède , outre son évêché, un collège, un tribunal de première instance, un tribunal de commerce, une subdivision militaire, une école normale primaire et une société d'agriculture. L’ancienne province dont elle était la capitale ayant été transformée, par la révolution , en l'une des grande.s divisions administratives de la France, Périgueux en est devenu le chef-lieu. Le département de la Dordogne, ou le département du Périgord, comme on l'appela originairement, contient (90,263 habitants. Sur ce nombre, 103,733 appartiennent à l'arrondissement et 12,187 à la ville. Périgueux est une antique cité asscx niai bâtie et surtout assez mal percée; mais depuis quelques années il s'est agrandi d'un quartier nouveau , remarquable par l'élégance et la richesse de ses constructions. Peu commerçant, le chef-lieu de la Dordogne n'est guère renommé que par scs pâtés de perdrix et ses volailles truffées, si estimées dans toutes les parties du monde. L'industrie, toutefois, y a fait quelques progrès. Parmi les établissements qui y ont été récemment fondés, nous citerons la fabrique de cadis, étamines et flanelles , de MM . Courtey frères , dont les produits ont figuré honorablement è l'exposition de 18((, et la typographie de M. Auguste Dupont qui obtint une médaille d'or h l'exposition de 1839. Les armes de cette ville étaient de gueules à deux tours d'argent.

Les habitants du Périgord, alertes, dispos, vigoureux, se divisent en deux classes bien di.stinctes : celle des valtées ou plaines, arrosées par les rivières navigables, et celle des montagnes , du Cosse, comme on le dit dans le pays. L'habitant des plaines a généralement la taille élevée et bien prise ; il est fortement constitué, d'un extérieur prévenant, d'une figure ouverte, actif, ronflant et plein d'obligeance. L'habitant du Cosse est d’ordinaire plus petit que celui des plaines, un peu trapu, parfois mélancolique, beaucoup plus enclin à la superstition et d'un caractère moins communicatif. Cependant les Périgourdins, è quelque classe qu'ils appartiennent, sont

PÉRI GU EUX. tôt

simples |et hospiUliers. Dans les rangs élevi^ de la société on trouve beaucoup d'intelligence et de vivacité , qualités auxquelles se joignent trop souvent plus de penchant pour les plaisirs que de goût pour les travaux utiles. Les femmes suivent partout la condition des hommes : celles des plaines sont plus belles et plus avenantes que celles du Cus.ie; dans les villes elles sont communément jolies et gracieuses. Du reste, cette division des populations en deux classes n’est pas la simple conséquence de la configuration topugraphi<|ue du pays ; il faut en chcrclmr la cause dans la diversité des races qui s'établirent primitivement sur le sol périgourdin. On y retrouve encore, dans le mélange des peuples, les deux caractères essentiels les plus persistants des types originels ; les yeux et les cheveux noirs des Ibères, les yeux bleus et les cheveux blonds des Celtes. A part ces deux faits qui , sans se manifester toujours régulièrement , ne s'en reproduisent pas moins d'une manière constante, il n'existe plus, parmi les populations périgourdines, de coutume locale ou de souvenir populaire dans lesquels on puisse rcconnaitre aucun vestige des races dont elles descendent. En général leurs superstitions et leurs coutumes se rattachent aux traditions du moyen dge, dérivées, il est vrai, pour la plupart, des moeurs et des croyances gallo-romaines.

A trois lieues nord-ouest de Périguenx, au confluent de la Drôme et de la Celle, on trouve Brantôme , petite ville où l'on compte 2,780 habitants et qui doit ton origine à une abbaye de l'ordre de Bénédictins , fondée en l'honneur de saint Pierre , par Charlemagne (779] selon les uns, et par Loois-le-Debonnaire selon I» autres (817).

I.es chroniques religieases noos apprennent que dans le cours do ix* siècle ce monastère fut pillé et détruit par les Nornsands , et nous savons aussi qu’il était entièrement rétabli au commencement du siècle suivant. Moins de cent ans après (vers 990) , Brantôme devint un sujet de convoitise pour les vicomtes de Limoges. Gui I", profitant de l'éloignement de Boson I**, comte de Périgord , qui se rendait à Rome , construisit une tour en face du couvent , dans l'espoir de s'en rendre maître plus facilement. Boson ne l'eut pas plutôt appris qu'il revint sur ses pas, battit le Limousin et démolit la tour. Postérieurement, vers l’an 1002, ce même Gui, devenu vicomte , se saisit de Grimoard , évêque d'Angoulême , de qui dépendait alors l'abbaye , et s’efforça de le contraindre à lui en faire don. I.es murmures qu'il excita en tenant ce prélat étroitement enfermé dans un chAteau , le contraignirent bientôt de le relAcher.

Malgré les troubles incessamment soulevés par l'anarchie féodale, le monastère de Brantôme n'avait pas cessé de grandir. Affranchi de toute charge par le comte Bernard, dans le cours du x* siècle, il fut confié, vers 1080, par Aldebert II, A Seguin, abbé de la Chaise-Dieu. Cet abbé y réforma la discipline religieuse, qui s'était considérablement relâchée, et dès lors les richesses du couvent s’accrurent avec sa considération. Vers la fin du xii' siècle la ville de Brantôme fut prise et saccagée par les Brabançons. Dans le xiii' sa prospérité toujours croissante lui suscita d'assex vifs démêlés avec les seigneurs de Bourdeille, ses vobins, qui finirent par devenir seigneurs de Brantôme. Au temps des guerres contre les Anglais, la

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ville et le couvent eurent à supporter plusieurs sièges [13i5, 1377). En 1569, pendant les troubles de la réforme, Brantôme tomba au pouvoir des religionnaires. Les archives de l’abbaye , qui avaient été en partie détruites à cette époque, disparurent entièrement, deux cents ans plus tard, au milieu de la tourmente soulevée par la révolution. Il n'en est pas de même des bétiments, qui presque tous sont restés debout, et dont certaines parties méritent d'autant plus d'étre remarquées qu'on y voit çé et lé encastrés des débris des premiers âges , que les restaurations postérieures ont eu le bon esprit de respecter. Les armes de Brantôme étaient d'a:ur à une face d'argent, chargée de trois lions de sable, accompagnés de trois fleurs de lys d'or, deux en chef, une en pointe.

Non loin de Brantôme on voyait le château de Bourdeille, qui joua un rôle fort important dans le moyen âge. C'est là que, de toute ancienneté, habitait la famille de ce nom , dont nous avons déjà parlé et dont plusieurs membres se firent remarquer dans le xvi' et le svii* siècle. Parmi ces hommes distingués, il faut placer au premier rang Pierre de Bourdeille, connu sous le nom de Brantôme, qui naquit vers 1527 et mourut en 1614. Cet écriiain spirituel, mais très-partial et peu exact , fut de bonne heure abbé commanditaire de Brantôme. Esprit remuant et aventureux, il dissipa sa vie au milieu des intrigues des cours ou dans les lointains voyages. Claude de Bourdeille , comte de Montrésor , auteur de mémoires qui ne sont passons intérêt, était l’arrière-neveu de fauteur de la Vie des hommes et des dames illustres.

Excideuil, aujourd'hui chef-lieu de canton comme Brantôme, est encore plus ancien que cette petite ville ; son origine n'est pas connue, mais nous savons qu'il existait déjà au vi' siècle. Il en est question, pour la première fuis, dans le testament de saint Vriex, à la date de 572. Bans le moyen âge, Excideuil, devenu ville close avec un château-fort, fut trois fois assiégé et pris dans le cours du xii* siècle, d'abord par le vicomte de Limoges (vers 1 166), puis par Kichard Cœur-de- Uon ( 1 182 ), et enfin par les routiers (1184). Plus tard , dans les guerres avec les Anglais, il eut encore plusieurs sièges à supporter, et son château se trouvait entre les mains de ces ennemis de la France en 1350. Depuis longtemps ce château est en ruines, mais ce qui reste de scs murailles et de ses tours nous donne encore une haute idée de son importance et de sa force. Avant la révolution , cette petite ville était exempte de tailles, en vertu de privilèges fort anciens, et auxquels elle devait en grande partie le développement d'une prospérité remarquable pour le temps. Aujourd'hui, en y adjoignant l'ancienne paroisse de Saint-àlartinde-la-Roche, elle peut contenir un peu plus de 1,900 Ames. Les armes d'Excideuil étaient de gueules à une tour d'argent maçonnée.

C'est là que , vers le milieu du xii* siècle , vint au monde le fameux troubadour Giraud de Vomeit, dont les biographes ont dit qu'i/ fui meilleur troubadour que nul de ceuj-qui avoient existé arant et existèrent après. Geoffroi, prieur de Vigeois, si connu par sa Chronique, naquit au village de Clermont auprès d'Excideuil. Le maréclial Bugeaud a aussi reçu le jour dans les envirpns de cette ville.

Enfin, au nord-est de Périgueux et à peu près à égale distance d'Excideuil et de cette ville , se trouve le château d’Autefort où naquit , au xii' siècle , le troubadour Bertrand de Born, non moins illustre par ses talents militaires et son cou-

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BERGERAC

rage qae par son génie et ses œurres poétiques. Il soutint dans son château plusieurs sièges mémorables contre Henri II et Richard Cœur-de-Lion, et domina par la supériorité de son esprit les monarques les plus puissants de son temps, les rois de France et les rois d'Angleterre.'

BERGERAC

Par son importance commerciale , par le rôle qu'elle joua durant l'occupation de la Guiennc par les Anglais et à l’époque des guerres de religion , Bergerac fut toujours la seconde ville du Périgord, ün fait remonter son eiistencc jusqu'au temps des Romains : d'après l'opinion commune, c'est l'ancien Trajeclum de ruinéraire d'Aiitonin. Tout porte è croire en effet que, si Bergerac n'en occupe pas remplacement, l'endroit où il est bAti dut être habité de bonne h-ure comme une position importante à garder. Du reste, son histoire, antérieurement au XIII* siècle, est complètement conjecturale et ne loumit aucun fait précis, si ce n'est la fondation d'un prieuré de Saint-.Martin , faite par l'abbé de Saint-Florent de Saumur, en 1080. Aus xii*, xili* et xiv siècles, cette ville s'appelait Bragairac, llragfirac , Bragerac, et jamais Bergerac; la dernière de ces dénominations n'est en usage que depuis deux ou trois cents ans , ce qui n'a pas empêché les étymologistes de la faire dériver du mot celtique berg ou perg , colline au bord de l'eau , duquel on a formé le nom français berge.

Au moyen âge, Bergerac ne fut d'abord qu'un château, c'est-à-dire une agglomération de maisons construites sur la rive droite de la Dordogne , au centre de laquelle était placée l'habitation du seigneur, fortiliée et disposée de manière à r^ister aux surprises et aux attaques du dehors. Dans le xii* siècle , c'était un bourg, ce qui signifie que sa forte position, et sans doute aussi l'accroissement de sa population , avaient fait sentir la nécessité de l'entourer de murailles. Toutefois son importance historique ne parait pas remonter au delà du xiii* siècle; du moins, avant lilàV il n’en est pas question dans nos annales. l.e maréchal Jean Clément d’.Argentan, pendant son expédition en Guienne, s’en empara sous les yeux des Anglais , sans qu'ils osassent s'y opposer.

En 1235, Bergerac était tombé au pouvoir de l’Angleterre, et peu de temps après nous le trouvons doté d'une organisation municipale. La date précise de son érection en commune n'est pas bien connue, mais il est certain que celte ville avait

1. Rêcueil dês Hiitoriêru dê France. — Lat^i BttfiolAeed nova inanwjenpf . , Mimoir$$ el preuve* pour la cilU de Périguevx. — Dupuy, Histoire de l'Église de Périgord. — Recueil des ordonnances des rois de France. — Archives de ri!<Uel>dü-VHIe de Pt^riguciu.-- Arebives du royawae.— AîcMTes de Pan. — Bihllolh^ue du roi , dépôt des manujcrils.

GUIENNE

un maire et des consuls en 1257. Pent^tre faut-il regarder une querelle qui sorrint entre le roi d'Angleterre et Regnaud de Pons, seigneur de Bergerac , au sujet de l'hommage de sa seigneurie, comme la canse première de l'introduction des formes municipales à Bergerac, où elles auraient en pour but d'attacher au prince anglais une population dont le dévouement lui était devenu nécessaire. Dans une sentence arbitrale de 1267, rendue par Marguerite, reine de France, il est dit eipressément que les nouvelles institutions des habitants de Bergerac étaient l'oeuvre de ce prince, et qu'au moment où cette sentence fut prononcée , les habitants de la viUe s'engagèrent à renoncer aux privilèges mêmes octroyés par le roi d'Angleterre; toutefois, nous les voyons plus tard les reeJamer comme leur ayant été accordés par les ancêtres de Regnaut de Pons qui les leur contestait. A quelle époque commença la lutte de la commune contre ses seigneurs ? c'est ce qu'il n'est pas possible de déterminer ; il parait seulement que , dès les premières années du XIV* siècle, la querelle devint assez vive pour motiver l'intervention du roi de France, dont les gardes restèrent à Bergerac jusqu'en 1322, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où le seigneur et les habitants de la ville se trouvèrent enfin d’accord et prièrent Charles-le-Bel de donner sa sanction royale à l'établissement d'un consulat, d'une communauté , d'un corps de ville, d’un sceau, d’une maison', et d'un coffre commun, que les habitants de llreqerac devaient avoir comme ils avaient eu cidevant, tant par don et octroi des prédécesseurs dudit seigneur, que autrement, de toute ancienneté. A partir de ce moment Bergerac jouit paisiblement de sa nouvelle organisation municipale.

Cette sanction, donnée par le roi de France, éonstate que la ville était alors française. Elle avait en effet été soumise de nouveau à l'autorité du roi de France vers 1295. En 1334, Ëlie Rudel II, seigneur de Bergerac, étant mort sans enfants, la possession de cette ville, que ce seigneur avait donnée, en 1328, à àlarthe d’AIbret, sa femme, fut réclamée par Archambaud IV, comte de Périgord, en sa qiialilé de mari de Jeanne de Pons, sœur d'Élie Rudel. Tout d'abord et sans attendre les longs débats de ce procès, le comte s’empara de Bergerac à main armée, et y commit beaucoup d'excès; en sorte que Philippe de Valois se crut obligé de mettre la ville sous sa maiu. Cette affaire se prolongea plusieurs années et Unit par une transaction entre le roi et le comte Roger-Bernard, Itls d'.Archambaud IV, qui lui céda ses droits moyennant une rente de seize cents livres. Lorsqu'en 1744 les .Anglais débarquèrent en Guicnne, sous le commandement du comte de Derby, pour s'opposer aux progrès de Philippe de Valois, une de leurs premières opérations fut le siège de Bergerac, dont ils se rendirent maîtres en deux jours malgré les efforts d’une garnison composée de troupes d'élite commandées par le comte de IJIIe-Jourdain. La place resta en la possession des Anglais jusqu'en 1377, époque où elle fut reprise par le duc d'Anjou. Sous le règne de Charles VI, elle retomba entre les mains des Anglais, qui la conservèrent jusqu'en 1 4.'i0.

Un siècle plus tard, au moment où la réforme se propageait avec rapidité dans tout le Périgord, Bergerac fut une des villes du midi qui embrassèrent avec le plus d'ardeur la cause du protestantisme. Son zèle pour la réforme, son importance et son excellente position, ne contribuèrent pas peu à en faire une des premières places des religionnaires. Dès 1561, reffervesoenee y était telle que les royalistes durent son-

BERGERAC

ger à la mallriser. Ils s'en empariirciit en 1362, mais ils en furent rhassés en 1563. Depuis rette (époque, la ville fut prise et reprise plusieurs fuis, jusqu'à ce qu'enfln, en 1621, elle fut obligi'‘e Je se rendre à l.ouis \lll,qui en lit raser les fortifleatiuns pour la punir de s'Otre associée à la révolte des ducs de Rolmn et du La Force, les chefs du parti protestant. Sous le régne suivant , aucune ville ne ressentit plus cruellement les funestes conséquences de la révocation de l’édit de Nantes. Cet acte de proscription jeta le trouble et la désolation parmi sa riche et industrieuse population , dévouée presque tout entière à la religion réformée, et la força à se disperser et à s'cvpatrier. Nous ne devons pas omettre de rapivelcr ici qu'en 150.5, le |>arlement , chassé de Ilordeauv par une épidémie, se retira à Bergerac, et y sit'gea tant que ce terrible Héau pesa sur la capitale de la Giiienne.

Tels furent pour Ik'rgerac les derniers souvenirs de l’ancienne monarchie. Iji révolution, pendant ses grands jours de lutte, y fut représentée par le député l.akanal : ce commissaire de la Convention y résida assez longtemps, et y établit une manufacture d'armes.

Bergerac n’a conservé presque aucune trace de scs premiers monuments; le lcm|is n'a pas plus épargné ceu\ du moyen Age, qui, a part un petit nombre de pignons gothiques, ont successivement disparu au milieu des ravages de la guerre. Cependant, on aperçoit çà et là quelques débris des anciens remparts, et naguéres encore on y remarquait les restes d’un pont fort ancien , (»mposé de douze arches, souvent endommagé et souvent ré|>aré, et dont une crue subite des eaux de la Dordogne amena la destruction en 1783. Ce qui fait le charme de Bergerac , ce qui surtout attire l’attention du voyageur, c'est son heureuse situation et le charme de scs environs. Contemplée des hauteurs voisines, cette ville offre un aspect à la fois animé et pittoresque. I.a vaste plaine qui se déroule devant elle est d’une beauté et d’une fertilité remarquables.

Bergerac avait autrefois un présidial, dont Charles IX ordonna la suppression en 1567, un sénéchal, une subdélégation et des communautés de Dominicains, de Récollets, de Carmes, des Filles de la Foi et de la Miséricorde. Scs armes étaient lïnzur temé de fleurs de lys d'or, partie aussi d'azur à un dragon volant d" or, tainpassé de gueules et posé en pal. Aujourd’hui cette sous- préfecture possède un tribunal de première instance, un collège, une école secondaire et un consistoire. Sa population s'élève à environ 10,000 Ames et celle de l’arrondissement A 118,30V. La position de Bergerac, sur la Dordogne, en lit de bonne heure une ville de commerce, et malgré les calamités qui l’atteignirent dans le wiii' siècle, il consena toujours une certaine activité. L'industrie moderne a parfaitement compris tout l'avantage qu'elle en pouvait tirer; elle y a créé divers établisscmenU, dont la situation est prospère , et parmi lesquels nous citerons deux fabriques, l'une de produits chimi(|ues, l'autre de plAtre. Les principales branches du commerce de Bergerac sont la faïence, la poterie, les pierres meulières, le vin rouge et surtout le vin blanc, dont les crus les plus renommés sont ceux de .Montbazillac, de Saint- Neians et de Sancé.

Parmi les personnages distingués de B<;rgerac sont trois troubadours du xir et du xiil" siècles; Pierre, surnommé de Bergerac, Sait d' Esco'a cl Elias Fonsalada. Un autre enfant de cette ville, Nicolas Salvien Cyrano, né en 1620, ne se II. .5V

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rendit pas moins célèbre par sa témérité et son bouillant courage , que par ses productions littéraires ; son Histoire comique des étals et empires du soleil, et son Histoire comique des états et empires de la lune ne sont pas encore oubliés aujourd'hui.

A quelque distance au midi de Bergerac est la Mouzie-Montastruc. Marie-franfois-Pierre Gonthier, Haine de tliran, y reçut le jour en 1760. Entré d'abord dans la carrière militaire, il la quitta pour se faire avocat et fut plus tard successivement député au corps législatif, conseiller d'état et membre de la chambre des députés. Il publia en 1803 un traité ayant pour titre ; De t influence de l'habitude sur la faculté de penser. Jacques Piompar de Gaumont, duc de La Force, naquit au château de ce nom, vers 15.'i9. Il était â Paris au moment de la Saint-Barthélemy. Sauvé comme par miracle , il joua un grand rôle dans les guerres civiles sous le règne de Louis XIII. Il vivait encore au temps de la Fronde, et mourut à Bergerac en 16.53 Aimoin, bénédictin au monastère de Fleury-sur-Loire, et auteur de divers ouvrages, parmi lesquels nous citerons la Yie de saint Benoit, sortit au X* siècle de Villcfranche-de-l.oup<'hat. Le château de Biran, dans la commune de ce nom, a vu naître plusieurs personnages célèbres, parmi lesquels nous nommerons Charles Gontaud, duc de Biran, pair, amiral et maréchal de France, né en 1561, décapité à la Bastille en 1603, et Charles Armand, de Biran, petitneveu du précédent, pair et maréchal de France, né en 1665, mort en 1756. Michel Montaigne appartient aussi par sa naissance à l'arrondissement de Bergerac. Ce grand écrivain y vint au monde le 28 février 1533 dans le château dont il portait le nom , situé actuellement dans la commune de Saint-Michel , et y mourut d'une esquinancie, le 13 septembre 1592. N'oublions pas, enOn , l'illustre évéque de Marseille, Henri- Franfois-I'avier de Belzunce qui, né dans le château de La Force, le 5 décembre 1671, est mort à Marseille le 5 juin 1755. '

TKB.HACBOK. — X,B BUaVB. — KOXTiaW AO.

Sarlat était considéré autrefois comme la seconde ville du Périgord ; il n'en est plus depuis longtemps que la troisième. Situé dans un vallon étroit , humide , ouvert au vent du nord, et entouré de coteaux âpres, escarpés, et peu féconds, il renferme 5,000 habitants, et l'arrondissement dont il est le chef-lieu 111,353.

1. Uiniraire d'Antoaiii. — Tables de Peatioger. — Histoire de Vabbaye de SairU’Florent de Saumur, manuscrit. — Histoire et poésies des Troid>adours. — Privilèges de Bergerac. — Froissart , Hémoires du ivi« siècle. Ùistoir$ de l'édit de Archives du ro^auiue. — Manus-

(rils de U BibliüÜH>i|UC Mvale.

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D'après les traditions locales, Sarlat aurait été bètie par Chlodwig, mais les esprits sérieux ont toujours repoussé celte supposition comme une fable. Il n’en est pas de même de la croyance qui attribue à Pépin la fondation de l'abbaye de l'ordre de Saint-Benoît autour de laquelle devait croître la ville ; cette dernière opinion a été assez généralement admise comme fort probable , et les Bénédictins l’ont à peu près adoptée. Cependant on a aussi rapporté l'origine du monastère à des temps postérieurs. De toutes ces conjectures il n'en est pas une dont la critique puisse entièrement se contenter; à notre avis, Sarlat daterait de l'éiHvque des invasions normandes, qui, ayant chassé les religieux de l'abbaye de Catubrum située sur les bords de la Itordogne, les forcèrent è se retirer dans l'intérieur des terres, et è chercher p<jur retraite le vallon étroit et ob.scur ou se trouve actuellement la ville. An reste, quelle qu'en soit l'origine, il e.st cerUiin qu'au commencement du x* siècle ce n'était encore qu'un couvent dédié è saint Salvador, et à l'abri duquel se groupaient quelques maisons appartenant en toute propriété à Bernard , comte de Périgord. Dans le cours de ce siècle , sous le règne de Louis-d'Outre-Mer, le comte, ayant rendu l'abbaye indépendante, et la règle de Quny y ayant été introduite peu de temps après, une grande prospérité fut la conséquence naturelle et presque immédiate de ces améliorations, qui pennirent au couvent d'agrandir scs domaines, et d'accroître son iniluence en donnant aux familles placées sous sa protection des garanties de repos et de .sécurité. Cet état de choses fut tellement favorable qu'au xii* siècle, Sarlat était déjà un gros bourg plein de vie et d’activité et que continuant à se développer .sans obstacle, il put, au commencement du xnr siècle, se constituer en ville, avec un consulat et des institutions municipales , pour In conservation desquels il eut à soutenir une longue lutte contre l’abbé et le couvent. L’époque précise de l'introduction des formc>s municipnlc's à Sarlat n'est (las connue, mais il n'est pris probable que la nouvelle ville se soit organis(‘C avant la guerre des Albigeois. Environ un siècle plus tard , l'abbé et les religieux étaient obligés de reconnaitre cette nouvelle puissance et de transiger avec elle ; l’acte par lequel les droits de la commune sont reconnus et proclamés, est de l’année 1299. A partir de ce moment l’existence légale du maire et des consuls de Sarlat ne fut plus sérieusement contestée par le couvent dont quelques tracasseries attestèrcnl seulement de temps à autre la secrète hostilité.

En 1317, Sarlat érigé en évéché par le pape Jean XXII, fut donné à Raymond de Roquecor, qui occupa ce siège |>endant six ans et quatre mois, sans qu’il se passât aucun événement remarquable sous son épiscopat. C’est sans doute à son érection en évéché que Sarlat a dil l'avantage d'avoir été considéré pendant longtenqis comme la .seconde ville de la province, quoique par .sa position topographique, sa imputation et .son commerce, il n'ait jamais pu rivaliser avec Bergerac.

Les premiers évêques de Sarlat ne s’occupèrent guère que de l'administration de leur évéché ; aussi ne trouve-t-on leurs noms mêlés à aucun événement important. Il est d'ailleurs vrai de dire qu'il en fut de même de la ville. De 1317 à 1308, toujours sincèrement attachée aux rois de France dont elle n'avait pas oubliles bienfaits, elle n'eut point l'occasion de leur donner des preuves de son dé-

I . Oii a cru que le monasiere de Calabrum rUiil situé dans un lieu appelé actuellemcDL Calriac ; uists il reste, à cet égard, des doutes qu'on u'exidiqueruit pas racilement.

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vouement. Plus d‘une fois, pendant les guerres de la Guienne, sous Cliarics-Ie-Bel et Philippe de Valois, elle se mit en mesure de faire face aux éventualités d'une attaque, mais tout se borna à des manifestations. Il en fut autrement quand i'appel des grands vassaux à la couronne de France, au sujet des vexations du Prince Noir, lit de nouveau tirer l’épée : les Sarladais secondèrent énergiquement la lutte engagée par les Français contre les Anglais, sous la conduite du dur d’Anjou , et seuls ils chassèrent ces derniers de divers cliétcaux qu'ils occupaient sur les bords de la Dordogne. Pour récompenser leur fidélité , Charles V confirma leurs privilèges, leur accorda une exemption de vingt années pour toute espèce d’impdt , et permit aux marchands et aux autres habitants de la ville de parcourir le royaume, d’acheter, vendre et transporter des marchandises pendant le même espace de temps, sans payer aucuns droits (1370).

Au commencement du xv’ sii-cle, la position de Sarlat devint plus dilTicile ; commandé de tous cotés par des chétcaux-forts , dont les Anglais étaient les maîtres , et reconnaissant l’impossibilité de leur opposer une résistance eflicace, il se vit contraint, pour échapper à une ruine certaine, de traiter avec eux vers 1410. Cependant la ville ne fut pas livrée aux Anglais , il fut seulement stipulé qu’ils pourraient y acheter des vivres et commercer avec les habitants. En 1445, cette singulière position se renouvela jusqu’à l’époque où les troupes étrangères furent enfin obligées d’évacuer les forteresses environnantes (1446).

Mais l’èpoiiue la pins intéressante de l’histoire de Sarlat , c’est celle qui comprend la période des guerres de religion. Cette ville, où déjà la réforme avait essayé ses forces avec peu de succès, quelques années auparavant tomba, en 1574, au pouvoir des rcligionnaires, commandés par Vivons, et resta pendant trois mois entre leurs mains. En 1587, après la bataille de Coutras, Henri de La Tour d’Auvergne, duc de llouillon et vicomte de Turenne , se porta sur Sarlat avec huit à neuf cents chevaux et cinq ou six mille fantassins , investit la place le 25 novembre, la battit en brèche pendant dix-neuf jours et se vit contraint de se retirer honteusement le vingtième sans avoir pu la réduire. Depuis ce siège, les habitants, en mémoire de leur délivrance, firent tous les ans, le t4 décembre, une procession générale aulour de la ville.

Les troubles de la Fronde donnèrent une seconde fuis à Sarlat foccasion de montrer son courage et son dévouement à la royauté. Tombée ou pouvoir du prince de (’.ondé, le 1" janvier 1653, la ville, moins de trois mois après, forme et exécute le projet de chasser les frondeurs de ses murs. La lutte, engagée le 23 mars, était terminée le 24 à quatre heures du matin, malgré une garnison de plus de douze cents hommes, qui ne put résister à la vivacité de l’attaque. Le fameux Chavagnac, chef des troupes du prince, fut assassiné à l’hètel-dc-ville.

I.a présence d’un évêque dans Sarlat et l’existence d’un grand nombre d’établissements religieux avaient empêché la réforme d’y pousser des racines vivaces ; aussi , la révocation de l’édit de Nantes ne porta -t-clle aucune atteinte à ta prospérité de cette cité , où l’on ne compta jamais qu’un petit nombre de protestants. Quand la révolution de 1789 éclata clic y souleva d’abord des haines assez violentes parmi les classes privilégiées. Cependant les idées nouvelles y furent bien accueillies par la bourgeoisie, et, depuis cette époque, à part quelques agita-

lions insignifiantes, la plus parfaite tranquitlité et un excellent esprit n'ont pas cesss^ d'y régner.

Comme toutes les villes du moyen-dge , Sarlat est mal bâti ; ses rues sont tortueuses et étroites, et l'air qu'on y respire est généralement malsain. Au milieu de cet amas confus de maisons vieillies et noircies par le temps et l'humidité, on voit pourtant s'élever plusieurs monuments remarqiialiles : nous plaçons, en première ligne, l'église paroissiale, jadis ratliédrale de l'év éché, dont le vaisseau est fort beau. Sarlat était jadis le siège d'une sénécliaussée, d'un pn'*sidial et d'une élwlion ; il possède encore un collège, un séminaire et un hépital dignes de fixer l'atlentinn.

Cette vilte a produit plusieurs hommes remarquables. I.es plus anciens sont deux troubadours, Êtias Caire!» et Aimeri, surnommé </e Snr/o/ , dont les pot'sies ont été en grande partie conservées; Etienne de Ealn.rlie, auteur du Tiailé de tu servitude votonlaire, né te !•’ novembre 1.530, mort le 1K août 15&5; Pierre Itousset, né en I(i2(), mort en 1G8V, a lais,sé des poésies patoises un peu érotiques, mais pleines d'intérêt et de verve, et une comédie en cinq actes ayant pour litre Eou jotoui olropat (le Jaloux dupé-). Ses [Kiésies ont été réimprimé-es avec de nombreuses additions en 18.30, par M. J. -R. I.ascnux, sorti lui-méme de Sarlat. Dans une commune voisine, appelée Sainte-Mondane, existe un lieau cblUeaii, fort bien conservé, et connu encore aujourd'hui sous le nom de château de Fé-nelon. C'est li que, le G août t0.>l , naquit François de Salignac de iMmalte-Féneion , archevêque de Cambrai , et pré-cepteur du duc de Hourgogne. Vu de ses ancêtres, Bertrand de fùilignac de l.amolle- Féneton , outre une relation du sié-ge de Metz en 1552, nous a laissé des lettres au cardinal de Ferrare, et sa correspondance, comme ambassadeur en Angleterre, qu'on a publiée dernièrement en sept volumes in-S". Citons encore, parmi les hommes éminents de l'arrondissement, Pierre Thomas, patriarche de Constantinople, dans le xiv' siècle; Gauthier de Castes, seigneur de La Catprenéde , né au cliAteau de Tulgou , dans la commune de Salignac, vers 1G12, et si connu par l'Aumeur gasconne de ses romans et de ses tragédies; Jean Tarde, sorti du village de Uarogue, au xvii’ siècle, auteur d'une Chronigue du Périgord et du Sortada's, dont le manuscrit existe encore; Chrisinptie de Beaumont, archevêque de Paris, né au cluUeau de I.a Roque, en 1703, et mort le 12 décembre 1781 ; et le mmquis Jaegues de Vaitevitte , l'un des rédacteurs de notre Code civil, qui naquit il Dême en 1741 et y mourut le 23 novembre 1824.

Quoique la position topographique de Sarlat soit peu avantageuse, il n'en est IMS moins une ville industrielle et commerçante. On y fabrique et l'on en exporte une grande quantité d'Iiuile de noix. On y fait aussi le commerce des bestiaux et celui des truffes. Les armes de Sarlat étaient de gueutes à une satamandre d'or couronnée de même, et un chef cousu d'azur, chargé de trois fleurs de tgs d'or.

A quelques lieues au nord de celte sous-préfecture, existe une petite ville bien autrement ancienne que le monastère qui donna naissance à Sarlat. Sur une colline escarpée, vers 542, un pieux solitaire, appelé Sourt, fonda un ermitage, et peu i peu, non loin de cet ermitage, s'élevèrent des constructions, dont la réunion prit le nom de Terrasson ; par la suite une abbaye célèbre y fut établie sous le nom du saint ermite. Terrasson est aujourd'hui un chef-lieu de canton où l'on compte 2,993 habitants.

430 GUIENNE

T.cBugue, ville de. 2,700 Ames, était, au x* siècle, un chef-lieu de centaine formant deuv paroisses. Au xii* siècle elle fut brûlée et saccagée par le seigneur de Gourdnn. Deux cents années de paix lui permirent de réparer les maux de la guerre, mais au xvi' siècle la réforme, qui s'y était assez rapidement propagée, lui devint fataie. En 1503 les religieuses du couvent des Bénédictines renoncèrent à la for catholique et se rendirent publiquement au prêche. I.es suites de cette abjuration furent désastreuses pour le couvent et pour le bourg. La communauté était réorganisée, lorsque, en 1.575, Galiot de la Tour, seigneur de Limeuil.en chassa l'abbesse et les religieuses, mit les meubles de l'abbaye au pillage et les distribua à scs domestiques. Enfin, au mois d'avril 1577, le bourg et le couvent , après avoir été souillés de meurtres nombreux , furent brûlés par Jacques de la Tour, seigneur de FIcurac, et frère de Galiot. I.es troubles de la Fronde attirèrent de nouveaux malheurs sur le Bugue, et la révocation de l'édit de Nantes ne tit qu'aggraver ses souffrances. Le xviii* siècle lui rendit enfin le repos et la vie. I.es nouvelles roules dont elle est devenue le point de rencontre et sa position sur les bords de la Vézène semblent lui promettre aujourd'hui un long avenir de prospérité.

Nous ne pouvons nous empêcher de rapporter ici une anecdote peu connue et qui ne fait pas moins d'honneur au département qu'è la petite ville du Bugue. Pendant la terreur un de ses habitants fut dénoncé , arrêté en secret et conduit à Périgueux. Aussitôt que le bruit de cette arrestation se fut répandu, plus de quatre cents personnes, c'est-à-dire à peu près tout ce qu'il y avait d'hommes valides dans la commune, se levèrent en masse , se mirent spontanément en route et allèrent réclamer le prisonnier, qui leur fut rendu.

I.e Bugue a vu naître Jean Rey, docteur en médecine de la faculté de .Montpellier, en 1C08. Ce médecin s'était retiré dans son pays natal et y vivait dans une douce obscurité lorsqu'il fut consulté par un pharmacien de Bergerac sur le phénomène qui s'opère quand un calcine fétain, et qui consiste, comme on sait, à donner une augmentation de poids à la matière. Ix pharmacien avait inutilement essayé de comprendre ce phénomène et s'était adressé sans succès à plusieurs savants pour en avoir l'explication; sa lettre, à Jean Rcy, qui subsiste encore, conduisit ce dernier à publier ses Estais sur la recherche de ta cause pour laquelle Célaits et le plomb augmentent de poids quand on les cah ine. L'auteur arrive à la conclusion que l'air est pesant et que c'est son poids qui augmente celui de fétain et du plomb calcinés. Celle découverte eut lieu vers IG30.

l’n château fort, déjà important au xi'' siècle, a donné naissance à une autre petite ville. Nous voulons parler de Montignac-le-Comle, situé sur les bords de la Vézère, et dont la population, qui s’est rapidement accrue dans ces derniers temps, s'élève aujourd'hui à 3,7C2 habitants. Ce château appartenait aux comtes de Périgord. Dans le xii* siècle, il fut donné en apanage à un membre de la famille de ces puissants seigneurs, mais il rentra plus lard dans le domaine comtal pour n’en plus sortir jusqu'à l'époque où la province fut réunie aux autres possessions de la couronne. C'est dans ce château que fut assiégé et pris, en 1398, Archambaud VI, comte de Périgord , qui , par ses violences contre les habitants de Périgueux , s'étuit attiré la colère de son suzerain. Pendant les guerres de religion ,

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NONTRON— RIBEYRAC.

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en 1580 , les calvinistes s'établirent è Montignar , mais assaillis par la noblesse des environs au moment où ils allaient se rendre maîtres du château , ils se virent contraints de se désister de leur entreprise et de se retirer. Quelque temps après ils réussirent pourtant à s’emparer de la ville et du château, qui ne furent repris par les catholiques, sous le commandement de Mayenne, qu’en 1580. A l’époque de la fronde, Montignac contribua, par un contingent de troupes, à la délivrance de Périgueuv , alors au pouvoir des parti.sans du prince de Condé. Depuis cette époque jusqu’au règne de Louis \V(, aucun événement important ne se passa <dans la ville, dont les habitants embrassèrent les principes de la révolution avec chaleur. Montignac a vu naître M. Merilhou, qui , sous la restauration, s’illustra au barreau en prêtant ]>lus d'une fois, avec succès, l’appui de son talent aux victimes des réactions politiques. '

NONTRON.-RIBEYRAG.

Nontron était avant la révolution le siège d’une des subdélégations du Périgord. Il est fait mention pour la première fois de cette ville dans un acte de 769 ; dès les premiers temps de la féodalité , elle était garnie de murailles et possédait un château fort. Dans le xii* siècle, elle appartenait aux vicomtes de Limoges, et souffrit beaucoup de ses querelles avec le roi d’Angleterre, Henri II, et les princes ses enfants. Nontron fut assiégé et pris plusieurs fois de 1191 à 1199. Postérieurement, mais toujours pendant l’occupation de la Guienne par les Anglais, il soutint encore plusieurs sièges ( 1356-lâ06]. Les guerres de religion ne lui furent pas moins funestes. En 1570, Coligni, è la tète des réformés français et des reltres réunis, s’en rendit maître, après une vigoureuse résistance de la part des habitants. Le courage des vaincus, loin de désarmer les vainqueurs, ne Qt que les irriter contre eux. Un grand nombre périt par le fer et la ville fut saccagée. Plus tard , elle fut aussi v ictime des ravages qu’entraînèrent les troubles de la Fronde, contre laquelle elle se prononça.

Au milieu de toutes ces vicissitudes, Nontron continua de faire partie du vicomté de Limoges jusqu’au xv* siècle, où il rentra dans la circonscription territoriale de la province de Périgord, dont il avait été détaché durant le cours du xi*. Sous le rapport religieux, cette ville et son archiprètré restèrent sous ta dépendance de l’évèchédc Limoges jusques à la révolution.

Placé sur les bords d'un beau ruisseau appelé le Bandiat, Nontron s'étend sur deux collines assez pittoresques , mais il est très-irrégulièrement bâti. La partie la plus antique de ia ville est assise au sud, sur un plateau escarpé, où s’élevait le

1. Annales BénètHelinee, — Galtia ehristanla. — Chronique du chânaine Tauüo. — Archives du royaume. — Manascrits de la BildioUt(S|ue royale.— £er sièges de Sariat, édiüoa de J. -B. laiscouv. — Mimoiree du xvi' stèete.

BAYONNE. 433

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Ama«d nanirl, l'un des pins célèbres troubadours du xir sir-cle, naquit à Uibcyrac. Célail un poêle d'uii rare génie, d'un esprit original, et d'une mémoire prodigieuse. îic liouvaiit un jour à lacourrle Iticliard-Ca-ur-de-I.iou , un jongleur offrit de lui parier son palefroi qu'il le surpassait dans l'art de la vorsilication. • Arnaud ayant aeeepté re défi, Uii ltard ordonna de les tenir enfermés r lr.nurt dans une (liambre pendant dix jrrurs. Soit dégoût île se roir ainsi si''qucstré, soit toule^ autre cause, Arnaud ne put pas trouver une seule rime, tandis que le jongleur ' composa son poème d'un trait, yuand celui-r-i eut achevé son rruvre, il se mit à la clianter à haute vois. Arnaud rentendaid, imagina d'apprendre les vers de son rival, et au laïut du cinquième jour, le jongleur lui ayant demandé s'il avait composé sa pièce, il répomlit oui sans hésiter. Le on?,iènie jour arrivé, tous deux sont eonduits devant le roi, Arnaud demande ii clianter le premier et rmte les vers de son adversaire , qui se récrie Ireaucoup et prétend que ces vers .sont de lui. Tout s'explique, enlin, et Itichaid, charmé de ce tour^ leur rend les gages du pari et leur fait rie riches présents.

Ia's deux hommes les plus distingués de rarromlissemenl de Uibeynic, dans les temps modernes, appartiennent riin et l'autre à la carrière des armes ; ce sont Michel Chulund de Heaupuÿ, général de brigade, et le baron Morand, général rie division, nés, le prentier à Mueidan, et le second à Saint -Ktienne de l'iiyM’onrbier. Tous deux inVirciit glorieusement sur le champ de Irataille, lleaupuy au combat d'Ermendingh, en f7!)9, et .\luiaiid à I.uncbouig, en tSKl Ouant a l'arrondissement de Nontion, il a vu naître Arnaud de Mareuii, un des troubadours les plus ingénieux et les plus féconds du viT siècle '. *

BAYONHE.

I,e Labourd , en latin Lnpurdtmis Traetus , en ba.sque, comme en celle, Lnpur- Dun, désert profond, est cette partie du pays basque comprise entre la mer de Gascogne, à l'ouest; U Basse-Navarre, à l'est; l'Ailour, ou nord; les Byrénées, au sud. Autrefois le l.abourd, dépassant la Biilassoa, s'étendait, en Espagne, jusqu’à

t. Lahbei hibliolheta noua mfinutfTïpforum. — Arrhlves «lu roy»iiTnc. — Archives de Pan. — Mémoirei du svi* iiieU. — Bteufil de prfuvee fOur la vitie tle Pirigueux. — Manusrritt do Tabb.’ Xadaud. — M. Desallt^,» 4|ui nous devons notices tii>l<iri4|ues sur IVrigueuv, Bcr^enic, S;trla(, Nontron, clc., tr.iv.dlle depuis douze aos à une grande lilstoire géiiénde <lii IVrigord. Ce jeune savant est déjà (tarveiiu ù n’iiiiir huit à ilix iimIIc piefvs. Son ouvrage, qui coiitieiidrn l'ioalyte de ce» pr^ieut documents, jelieni une vive et profonde lumière sur les aniutes «lu Périgord.

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