‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 73 sur 119 · BAYONNE. ‘ AVI · texte numérisé non relu

BAYONNE. ‘ AVI

heureux aux piles du pont. La marée montait ; les cinq gentilshommes disparaissent peu à peu ensevelis sous le flot. A la nouvelle de ces barbares représailles, tout le pays Basque se soulève contre Bayonne. La guerre civile s’organise, se prolonge pendant plusieurs années, et ne se termine qu'en t357 par un jugement déOnitif rendu à Bordeaux et provoqué par le prince de Galles. On annula tout ce qui s'était passé entre les deux parties, haines, injures et dommages. Les habitants du Labourd conservèrent la faculté de faire passer par la ville, sans acquitter les droits , les denrées destinées à leur usage ; les Bayonnais furent condamnés à une forte amende.

Mais revenons à la guerre de rivalité de la France et de l'Angleterre. Dès l'année 1 AAI , les victoires du roi de France, Charles VII, et de Jeanne d'Arc commençaient à répandre l'alarme dans la Guienne. Les Bayonnais, écrivant au roi d'Angleterre, Henri VI, le suppliaient de leur envoyer de prompts secours s’il ne voulait pas voir tomber au pouvoir des Français une ville qui lui avait donné , ainsi qu'à ses prédécesseurs , tant de preuves de dévouement , et dont six cents citoyens étaient encore employés à son service , tant sur terre que sur mer. (ès craintes étaient fondées. Dans l'année 1AA9, en effet, le sire de Lautrec et le bâtard de Foix s'avancent jusqu'à Guiche , prennent le château de ce village, situé à quatre lieues de Bayonne et s'emparent aussi de quinze autres petites forteresses qui en couvrent les approches. Quatre mille Bayonnais , partis sur une flottille, commandés par le maire Georges Salviton, pour aller défendre le château de Guiche, sont enveloppés et faits prisonniers. Enfin, au mois de juillet 1A51 , après la reddition de Bordeaux, Charles VU sc met en marche vers Bayonne. Le 7 août le faubourg .Saint- Léon fut en grande partie livré aux flammes par les troupes de Dunois et celles du comte de Foix. Les Bayonnais firent une sortie par le boulcvart du cèté de la mer. Repoussés par le comte Bernard de Béarn et attaqués avec une grande vigueur par Dunois, ils demandèrent à parlementer. Il fut convenu que le gouverneur, Jean de Beaumont, demeurerait prisonnier avec toute la garnison. Quant aux habitants, ils se soumettaient au bon plaisir du roi de Franc.', à qui ils devaient payer quarante mille écus d'or. L'apparition d'une espèce de météore, Ogurant la croix blanche de France, acheva de confirmer les Bayonnais dans leurs bonnes dispositions. « Et tous ceux de la dicte ville, qui s'estoient le iour deuant rendus, et leurs comiiositions faicles, estèrent leurs bannières et pennons aux croix rouges, disants qu'il plaisoit à Dieu qu’ils fussent François et qu'ils portassent tous lo croix blanche. » Le vendredi, 29 août, à dix heures du matin, le seigneur de la Bessière prit possession de la ville et du château ; et le lendemain « les comtes de Foix et de Dunois, le grand maistre d'hostel du rny, le seigneur de Lautrec et le seigneur de NoüaiUes firent solennellement leur entrée dans la place; le comte de Foix envoya la couverture de son coursier, qui estoit de drap d'or, prisé à quatre cents écus d'or, à Notre-Dame de Bayonne, pour faire des chapes.» Enfin la charge de maire fut confiée à messirc Jean le Boursier général de France.

Bayonne était resté trois cents ans au pouvoir de l’Angleterre. La prospérité commerciale de cette ville avait toujours suivi une marche ascensionnelle, et les progrès de son luxe étaient devenus si envahissants que les pairs crurent devoir les enchaîner en proinulgant, en 1:I07, une loi somptuaire rigoureuse qui prohibait l'usage II. 6f>

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des parures d'or, d'argent et de soie, et prescrivait l'eiactc observance des règlements sur le costume, sur les noces, sur les restins. Des amendes frappaient les nouvelles mariées qui se permettaient de donner à leurs maris plus de deux chemises , et les veuves âgées de moins de cinquante ans convaincues de porter le paillet de deuil plus d'un an. Il y avait daus la ville cinq cabarets s'ouvrant à dix heures ; le maire taxait le vin et les denrées. On iniligeait la peine du fouet à ceux qui reniaient Dieu, la Vierge ou les saints. Il était fait inhibition sévère aux prêtres de recevoir ou garder des concubines. I.es femmes de mauvaise vie , enfermées dans des corbeilles couvertes , étaient plongées trois fois dans la rivière ; la même punition frappait toute femme babillarde ou querelleuse. Le bourreau , revêtu d'une robe blanche et rouge, ornée d'une échelle d'argent, percevait en plein marché un droit sur les victuailles , sans y toucher, dit l'ordonnance, de peur i/ue ce contact n'ejccite le dégoût et Cliorreur du populaire. Le cri d'alerte des Rayonnais à cette époque était hiahore, comme celui des Normands était haro.

I.a ville, augmentée de deux faubourgs, embellie, reconstruite en grande partie, avait vu s'élever successivement l'hêtel-de-ville , le Château Vieux , la masse principale de sa cathédrale, la plupart des monastères qu'elle a eus depuis, les ponts Saint-Esprit et de Panecau. Elle avait pris part aux glorieuses expéditions des Rasques, en Islande et à Terre-Neuve. Mais Rayonne devenu français devait nécessairement perdre une â une toutes les franchises qui en faisaient, au temps des rois d'.ângleterre, une cité indépendante et presque républicaine. Dès les premiers jours de la conquête, les habitants craignant que Charles Vil ne portât atteinte à ces privilèges , lui envoyèrent une députation à Taillcbourg ; le roi l'accueillit avec bonté et déclara qu'il admettait Rayonne au bénéfice de la capitulation de Rordeaux , et le maintenait dans la jouissance de ses franchises et immunités II y Ot cependant quelques restrictions importantes : il établit qu'à l'avenir les bourgeois seraient privés de toute influence dans le choix et la nomination du maire, et que le nombre des jurats et échevins serait réduit à dix, et celui des conseillers à vingtquatre. Le coup était violent. Pour l'atténuer, le roi réduisit la contribution de quarante mille écus à vingt mille.

Louis XI, presque à son avènement au trône, accorda à Bayonne la moitié des douze deniers du droit de coutume de cette ville et de ceux de Saint-Jeande-Luz et de Capbreton ; il affranchit les bourgeois de ce même droit à l'entrée et à la sortie de ces trois ports. De plus, satisfait de l'accueil que lui avaient fait les Rayonnais quand il avait traversé leur cité pour se rendre à son entrevue avec Ilenri IV, roi de Castille, au château d'Urtubie près de Saint-Jean-de-I.uz, il s'empressa , sur leurs réclamations , de rétablir les droits auxquels le duc Charles de France avait porté atteinte pendant les deux années que la Guienne lui avait appartenu.

Sous le règne de Charles VIII , la royauté française poursuit sur Bayonne son travail d'assimilation. Une émeute, survenue en 14S8, détermine le nouveau règlement donné à la ville par le maréchal de Gyé. Depuis que le roi nommait les maires, une exclusion rigoureuse de toutes les charges de l'administration était pratiquée par les jurats et échevins à l'égard des artisans et hommes du peuple. Le syndic de la cutmiiuuauté prit la défense des intérèhi populaires et se plaignit vivement

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des atteintes portées aui anciens réglements Le jour de la Fête-Dieu, les habitants prenaient d'usage les armes pour accompagner la procession. Malgré la défense du maire, qui redoutait l'agitation des esprits, les corps de métiers se rassemblèrent comme à l'ordinaire. Une rixe s'engagea entre eux et les sergents du maire, qui blc.ssèrent quelques citoyens. C'est alors que le maréchal de Gyé fut envoyé pour rétablir l'ordre. Son règlement porta qu'à l'avenir on procéderait au fait de l'élection et nomination d'S échevinf , jurais, conseillers et autres officiers de la ville, selon les ordonnances autrefois faites par le roi Charles 17/. Les électeurs ne purent nommer leurs père , fils , gendres ou associés, ni des personnes gui ne seraient / oint régnicoles, manants et habitants de ladite ville de Uayonne et héritiers en icelle, idoines et suffisants, de bonne vie et honnête conservation , ni des échevins sortis de charge depuis moins de deux ans, ni des débiteurs de la ville ou les personnes qui auraient des procès avec elle. Dans l'article XXIII, une atteinte plus grave est portée aux privilèges du populaire : « sera publiquement et à son de trompe fait exhibition et défense, » y est-il dit, « aux habitants de Bayonne, de quel état et condition qu'its soient, de s'émouvoir, assembler, élever, murmurer, ni sc mettre en armes les uns contre les autres, ni autrement, sans le commamlemcnt, congé et licence du maire de ladite ville, ou de son lieutenant, ou autres, à qui il appartiendra en droit et raison , sur peine de confiscation de corps et de biens et d'en être puni selon l'exigence des ras. •> Les autres articles fixent les appointements des conseillers, et remplacent les deux chanceliers par a un homme de bien de ladite ville, qui sera lettré et praticien, qui sc nommera enquêteur, lequel sera tenu à faire les procès criminels et autres charges en la forme et manière que les faisüient et avoient cy avant accoutumé faire iceux chanceliers. ...» Depuis, le conseil du roi arrêta que le nombre des électeurs pour les charges d'échevins et de jurats serait réduit à vingt, choisis au sort, et à dix pour les charges des conseillers magistrats. Ces trente électeurs devaient sc réunir tous les deux ans pour nommer le clerc et le syndic.

Ainsi la royauté s'implante solidement à Bayonne. En l’>88, elle y établit délinitivciuent un bétel des monnaies, sous la direction d'Odoart de Clerbourt, général des monnaies '. .Sous Louis XII, en 1511, un arrêt du parlement de Bordeaux approuve le recueil des coutumes de la cité de Bayonne, rédigé par deux commissaires du roi, messire .Mondot de la Marthonic et maître Compagnet d'Annendarilz. On retrouve dans celle coutume l'établissement du droit d'aincsse.

Pendant la guerre qui s'engagea entre Louis XII et Ferdinand, roi d'.Aragon, ligué avec llenfi VIII , Bayonne fut fortilié par les ordres du duc de Longueville, gouverneur de la (iuienne. Sous François l", on augmenta encore les moyens de défense : on abattit le faubourg de Sainl-l.éon et l'on commença un retranchement avancé entre la Nivc et f.Vdour. Pendant trois jours, à partir du 17 septembre 1523, ces travaux et l'habile résistance de Lautrec, gouverneur de la (lUienne, permirent à la place de soutenir les assauts continus des Espagnols. Des chaines

t. En 1378, IciJuc de LaiR-asler, frère d'Edoiiaid III, ajanl pris le litre de rni de Castille et de Lwn, du chef de sa femme Constance, vouiul exercer qneiqnes ilroiU de smivcrainclé, cl olilinl de wm neveu , Iticii^ird II , la permission de frappr-r monnaie à son c-do au château de Hayonne. C'est la première trace qu'on découvre d'un elablissemcnt de ce genre dans cette viiie.

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furent tendues à l’entrée du port pour en défendre rapproche aux navires ennemis. Les femmes, les enfants, les jeunes filles, apportaient aux combattants des traits, des pierres, tout ce qui, en un mot, pouvait être nécessaire à la défense commune. Les Rayonnais se conduisirent si bien dans cette circonstance que I/)uise de Savoie, mère du roi, leur écrivit une lettre de remerciements qui est soigneusement conservée dans les archives de la ville.

Trois ans après, Bayonne recevait dans ses murs François I" revenant d’Espagne où il était resté un an prisonnier de Charics-Quint. En 1557, nous voyons Henri H étendre les privilèges de la cité, l’affranchir des droits d’entrée et de sortie sur les marchandises ; car les révolutions arrivées dans le cours de l’Adour avaient porté une forte atteinte à sa prospérité maritime et commerciale; et c’était pour en compenser les tristes cITets qu’on lui accordait ces nouvelles franchises. La date d'un événement si funeste pour Rayonne remonte é l’année 1500. On sait qu’il existe i l’embouchure de l'Adour une barre ou digue entretenue par un éboulcment continuel de dunes mouvantes. A cette époque , par suite d’un violent orage, une quantité prodigieuse de sable, amoncelée sur la digne, en fit une barrière infranchissable. I.es eaux de l’Adour, refluant avec force, se rejetèrent du côté de ta plaine sablonneuse de Capbreton, et jusqu’à Messanges, A sept lieues de la ville, en se creusant un nouveau lit, que quatre vingts ans de travaux ne purent parvenir à fermer. L’ancien lit fut obstrué par les sables. Dès 1511 les gros navires n’arrivaient jusqu’à Rayonne que par ce nouveau canal.

Cet événement, ruineux pour le port, enrichissait les habitants de Capbreton. Ceux-ci, afin de retenir tes navires dans leur marche sur Rayonne , cherchèrent à obstruer , par des nasses , des paissellcs et des amas de sable , le nouveau canal qui y conduisait. En vain le corps municipal les fit sommer de s’abstenir de ces travaux hostiles : pour toute réponse, les habitants de Capbreton maltraitèrent le sergent porteur de la sommation. Aussitôt, quatre mille bourgeois, partant de Bayonne, vont détruire les nasses qui ferment le cours de la rivière, et se dirigent sur Capbreton. Cette petite armée, avide de vengeance, y commet de grands désordres, et brûle quelques navires mouillés dans le port. Pour rétablir la paix, il fallut l’intervention de Ixiuis \II. Le roi régla que la ville de Rayonne resterait en possession de la juridiction sur la rivière jusqu’au Boucau ; que les habitants de Capbreton ne pourraient, sans la permission du maire de Bayonne, charger ou décharger aucun navire dans leur port , les y laisser séjourner , ni s’arrêter , pêcher en la rivière d’Adour, ni y établir nasses ou engins. Les Rayonnais furent condamnés à payer la valeur des dégâts commis à Capbreton.

Cependant les sables encombraient de plus en plus l’ancien et le nouveau canal : nous avons vu Henri II chercher , par de nouveaux privilèges, à redonner quelque prospérité à Bayonne; en 1579, Louis de Foix, valet de chambre d’Henri III et l’un des plus habiles architectes de son temps, car il bâtit le château de l’Escurial cl la tour de Cordouan, fut envoyé pour rouvrir l’ancien port. L’entreprise était difiicile, Louis de Foix fit d’abord creuser et nettoyer l’ancien canal de l’Adour. « Ensuite» rapporte de Thou , • il construisit un mur sur pilotis pour fermer l’entrée du canal de Capbreton , afin que la rivière , forcée de couler par son lit ordinaire , entraînât les sables et rendit par ce moyen sa sortie plus libre et plus profonde , ce que le

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hasard exécuta plutdt que le travail. » En effet , le flot, ne pouvant percer les énormes bancs de sable qui barraient l'ancienne embouchure, déborda à droite et il gauche dans la ville, où il causa de grands dégâts. On croyait tout perdu, quand, à la suite d'une crue d'eau extraordinaire, le courant de l'Adonr, redoublant de force et d'impétuosité, dégorgea subitement le canal, et rouvrit l'ancienne embouchure. Cet heureux événement eut lieu le 28 octobre 1579. On le célébra longtemps par une procession annuelle.

Le récit que nous venons de faire nous a amené jusqu'en 1,579; nous devons revenir sur nos pas. et signaler la célèbre entrevue qui eut lieu, en 1565 à Bayonne, entre Charles IX et .sa mère Catherine de Médicis d'une part, et Élisabeth reine d'Espagne, accompagnée du duc d'Albe, de l'autre. Il y eut des fêtes magnifiques, joütes, tournois et bal. Catherine donna aux deux cours un divertissement royal dans nie de Bol, située à deux lieues environ de la ville. « On y vit nager et combattre sur le fleure , baleines , tortues , tritons et autres monstres marins fort bien représentés au naturel, et le repas fut servi par gentilshommes et damoiselles, déguisés en bergers et bergères , fort richement et mignardement habillés. » Mais ces fêtes si brillantes cachaient les trames tes plus sinistres; chaque soir, Catherine se rendait chei sa tille , où l'attendait le duc d'Albe. C'est dans ces conférences secrètes que furent arrêtés l'expulsion des ministres protestants, l'abolition du culte réformé et peut-être même le projet d'un massacre général des huguenots.

Du reste, la réforme, propagée par Jeanne d'Albrct, avait trouvé peu de prosélytes dans Bayonne. Lorsqu'en 1672 Adiram d'Aspremont, vicomte d'Orte, reçut de Charles IX des ordres pour le massaere des hérétiques, il fit, dit-on, cette belle réponse, rapportée par d'Aubigné et que tout le monde connaît : « Sire, « j'ai communiqué le commandement de Votre Majesté k ses fidèles habitants et « gens de guerre de la garnison , et je n'y ai trouvé que bons citoyens et braves ■ soldats, mais pas un bourreau; c'est pourquoi eux et moi supplions très-hum- « bicment votre dite Majesté vouloir employer en choses possibles , quoique « hasardeuses qu'elles soient, nos bras et nos vies, comme étant vôtres. Sire, « autant qu'elles dureront. » On a voulu contester l'authenticité de cette lettre. Le vicomte d'Orte, loin d'être d'humeur généreuse et clémente, fait-on observer d'après les archives de Bayonne , se montra si dur et si cruel dans son gouvernement que Charles IX lui-même fut obligé de lui ordonner de se conduire avec plus de douceur. Mais cela prouve seulement que la politique plutôt que l'humanité dicta cette réponse. D'ailleurs, comme nous l'ayons dit, la réforme avait fait peu de prosélytes à Bayonne; si l'on eût voulu ^pper ces faibles victimes, le peuple indigné se serait peut-être soulevé pour les défendre.

L'orage de la Ligue passa aussi sur cette ville sans troubler son repos. Elle avait alors pour gouverneur' le maréchal de Matignon , dodt l'administration prudente entretint la paix et l'union dimi le Labourd. La seule alarme qui vint troubler Bayonne fut, en 1595, la conspiration d'un nommé Château-Martin, qui voulait livrer la ville aux Espagnols. Il entretenait une correspondance coupable avec le gouverneur de Fontarabie par l'intermédiaire d'un certain Jean Ronieulx Blanc Pignon. C'est une lettre prise sur ce dernier qui amena la découverte de ces projets criminels. Le comte de la Hillièrc, successeur du vicomte d'Orte dans le

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gouvernement de Bayonne, fit aussitôt arrêter Chêtean-Martin , à qui la torture arracha les aveux les plus complets. Chftteau-Martin, Roniculx, et Trie, leur complice, furent rompus vifs; on exposa leurs corps sur des roues, et on cloua leurs têtes sur des poteaux aux portes de la ville du cdté de l'Espagne. Bayonne célébra longtemps l'anniversaire de sa délivrance, le dimanche après la Saint-J can-Raptisle.

Le gouvernement de la ville passa'tour à tour du comte de la Hillière au maréchal de Biron, et ensuite ii un comte de Gramont, seigneur souverain de Bidache et de Guiche. Cette famille, originaire de la Navarre espagnole et la plus illustre de la partie gasconne du I.abourd, resta jusqu'à la révolution investie de cette charge. Sous cette sage administration , Bayonne resta encore calme et tranquille , au milieu des troubles qui, en 1C>09, agitèrent tout le pays de Labourd, dont les habitants s'imputaient mutuellement le crime imaginaire de sorcellerie.

N'oublions pas de mentionner, en tôB'r, l'achat fait au sieur de Ravignan par le corps de ville du bourg de Saint-Esprit, situe dans le département des Landes, et habité aujourd'hui en grande partie par lus descendants des Israélites expulsés d’Espagne et de Portugal, et la fondation, par le même corps de ville, du collège, dont Jansénius fut quelque temps principal. En 1581, était né a Bayonne Jean Duverger de Haurane , ahbé de Saint-Cyran , qui fut le second patriarche du jan- .sénisme. Ils travaillaient en.semble à jeter les bases de leur doctrine dans une délicieuse maison de campagne appelée Camp d* l’rats, qui existe encore hors de la porte de Mousserolc et qui a été récemment convertie en un grand atelier de charité, lors de la suppression de la mendicité dans la ville, mesure dont l'initiative est due à M. Émile Détroyat. Duverger de Haurane, enfermé au donjon de Vincennes, en 1637, y fut longtemps retenu parle cardinal de Richelieu.

En 1615, deux princesses traversèrent Bayonne; ce fut d'abord Élisabeth, fille d'Henri IV, qui allait épouser l'infant d’Espagne (Philippe IV); puis l'infante Anne d’Autriche, promise à l.ouis XIII. I.a ville de Bayonne, mêlée chaque jour au mouvement politique de l’Europe, devenait de plus en plus française; la révolution qui s’était opérée dans ses murs au bt'néfice de la royauté et de la bourgeoisie s’alTermi.ssait dans scs résultats. Le nombre des conseillers magistrats fut encore réduit de douze à six. Cette réduction eut lieu à la suite de nouvelles querelles survenues entre le maire et le peuple, nu sujet de rintroductioii libre des vins et cidres, que réclamaient les habitants. On accorda au peuple ce qu'il demandait, mais on lui enleva six magistrats. I.a royauté profitait de tout. I.argement implantée à Bayonne, la fiscalité y dévorait la moitié des droits de coutume ; pour suffire à ces demandes sans cesse renaissantes, la ville était obligée de s'endetter. En 1680, malgré scs privilèges, elle reçoit en garnison quatre bataillons français et suisses. Louis XIV faisait alors fortifier Bayonne sur les plans de Vaiiban. Depuis celle époque , dit tristement l'auteur de la Itelation des priviirqes de Bayonne, imprimée dans cette ville en 168t, les bourgeois ne marchent plus en armes à ta fêle du sacre; le planter du mai et le jeu de la butte pour le prix des armes ont cessé. Enfin, en 1665, le conseil d'étal supprima définitivement les conseillers magistrats et réduisit le nombre des officiers du corps politique.

En 1636, Bayonne avait été de nouveau menaréc par les Espagnols. Celte fois encore leurs espérances furent trompées par la belle résistance du duc d'Epernon

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et du duc de La Valette, son Bis. En 1651 ils reparaissent, et l'histoire d'une seconde conspiration se môle à cette nouvelle tentative. Un Espagnol, Pedro Moiiez Montilla, retiré à Soint-Jean-de-Luz, avait rornic le complot d'ouvrir cette grande barrière è ses compatriotes. Une lettre interceptée et la pénétration d'une certaine Marion Guray, chez qui Pc'dro logeait, flrent heureusement tout découvrir. Le coupable fut condamné è mort; sa tète, clouée b un poteau, resta plusieurs jours exposée sur le boulevard du Ghéteau-Vieuz , et une pension de trois cents livres fut volée par le corps de ville à Marion Garay.

Vers la même époque, les jésuites tentèrent de s'établir dans les murs de Bayonne. Tous les efforts de ces religieux échouèrent contre la résistance des habitants en 1G5G, comme plus tard en 1G83 et en 1748.

Pendant les troubles de la Fronde, Bayonne resta Gdèle au roi et à Mazarin. Le 17 juillet 1G59 le cardinal eut avec Don Louis de Haro, ministre d'Espagne, la célèbre conférence qui amena la paix des Pyrénées. I,c roi et la reine-mère séjournèrent à Bayonne, et les Bayonnais donnèrent à leurs souverains des fêtes magni- Gques. Ils furent encore fêtés par eux à leur retour de Saint-Jcan-dc-laiz, ainsi que l'infante Marie-Thérèse, que Louis XIV venait d'y épouser. Deux mille habitants élafeiit sous les armes, et de superbes tapisseries décoraient toutes les mes. Ces fêtes' coûtèrent à la ville près de cinq mi'le livres, outre un don gratuit de vingt mille livres pour aider aux frais de la paix et du mariage.

Pour en finir tout d'un coup avec ces continuels passages de princes qui s'arrêtent k Bayonne, signalons ici celui de Philippe V. Le 13 janvier 1701, il y est accueilli par des danseurs basques accompagnés de leur tambourin, chargés de sonnettes , faisant merveilles, dansant et sautant d'une manière extraordinaire. Un lui donne une course de taureaux magnifique, on dépose à ses pieds des corbeilles de vin du Capbreton , des jambons de Labontan, des barils de cuisses d'oies, tous les produits les plus estimés du pays. Il est escorté des ducs de Bourgogne et de Berry, il va prendre possession de son nouveau royaume d'Espagne. Puis arrive, le 20 septembre 1706, pour séjourner trente-deux ans à Bayonne, Marie-Anne do Bavière Neubourg, reine douairière d'Espagne, exilée pour s'étre mêlée à quelques intrigues politiques contre la dynastie nouvelle. Cette princesse, après avoir fait bâtir à grands frais le cbAteau de Marrac, plus tard résidence de Napoléon , ne^ voulut point l'habiter, piquée, dit-on, qu'une dame de sa suite y eût avant elle occupé un appartement sans sa permission. Mentionnons encore le passage par Bayonne du duc d'Orléans en 1707, des diics de VendOme et de Noailles, en 1710, de la célèbre princesse des Ursins en 1712, de mademoiselle de Montpensier, fille du duc d'ürléans, fiancée au prince des Asturies, en 1722, et, dans fa même année, quelques jours après, celui de l'infante d'Espagne, Marie-.\nne- Victoire, promise au roi Louis XV et échangée contre cette princesse dans i'Ile de la Conférence disposée par tes soins des magistrats de Bayonne; celui eiiQn de mademoiselle de Beaujolais, autre fille du duc d'Orléans, accordée à l'infant don Carlos, à la Gn de la même année. Ces trois princesses repassèrent à Bayonne en 1724, mademoiselle de Montpensier, veuve de Louis l", roi d'Espagne, mademoiselle de Beaujolais et la jeune infante sans avoir accompli leur mariage. N'oublions paseiiQn le passage, en 1739, de Marie-lx>uise-Élisabeth de France, mariée par

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procuration i rintant Don Philippe, depuis duc de Parme; en 17k5, celui de l'infaiite Marie-Thérèse , se rendant à Versailles pour épouser le Dauphin ; en 17T7 celui de l'empereur Joseph U, voyageant incognito, et en 1782 celui du comte d'Artois, depuis Ciiarles X , et du duc de Bourbon, fils du prinée de Condé, allant partager les dangers du siège de Gibraltar, d'où ils revinrent quatre mois après.

Pendant la guerre de la succession , la ville de Bayonne avait vu s'accroître sa prospérité, et nous.pouvons juger des résultats de son commerce par le mémoire que rédigea, en 1718, M. Le.spès de llureaux, lieutenant général au sénédial de Bayonne. A cette époque sa population totale s'élevait à plus de 16,000 Ames, ses revenus à soixante-dix mille francs, ses dépenses à trente-cinq mille. Dax loi envoyait ses planches de pin, résines, goudrons, cires, miel, et prenait ses lettres de change; Mont-de-Marsan, La Chalosse et l'Armagnac lui fournissaient leurs vins, leurs eaux-de-vie, leur froment, leur seigle, et recevaient ses huiles, son indigo, ses buis de teinture, etc. Elle faisait avec Toulouse, (jircassonne, Limoux, Rouen et plusieurs autres villes, le trafic des laines d'Espagne. Son commerce extérieur, très-important avec la Péninsule, s'étendait jusqu'à la Hollande, l'Angleterre, Hambourg et Dantzick pour les vins et eaux-dc-vic, en échange desquels elle recevait de ces divers pays des épiceries, de l'acier, des cordages, des grains, des fourrages, des bois de sapin, des cuirs, du charbon de terre, des harengs, etc. Ses négociants faisaient aussi depuis peu des expéditions pour la Martinique et Saint-Domingue. I..a pèche de la morue et de la baleine occupait plus de quatre-

, ' . vingts navires de tous les ports du l.abourd.

'V*'. ' M. de llureaux écrivait alors : • Il y a peu de bourgeoisie dans le royaume aussi

^ bien composée que celle de Rayonne. Elle ne manque ni d'esprit ni de {lolitesse

Ceux qui ont quelques facultés passent un nombre d'années de leur jeunesse dans les grandes villes, soit du royaume, soit de Hollande ou d'Angleterre.... Ils sont communément d'une grande loyauté et fidélité dans le commerce, bons payeurs, sans chicane et sans procès Il règne dans leurs ménages un grand air de pro-

preté et d'arrangement.. .. Ils sont somptueux dans les occasions d'honneur, et

quand il s'agit d'accueillir ou de recevoir des étrangers lois gens de guerre ont

p<;u d'accès dans leurs maisons, u L'auteur continue par un jugement assez sévère ^.sur les ouvriers , dont l'état moral , à ce qu'il parait , alors peu estimable , a subi depuis de grandes et avantageuses réformes. Nous ne croyons pas qu'il existe aujourd'hui en France un corps d'artisans mieux composé que celui de Bayonne.

Pendant les guerres de 17kl à 1756, les corsaires de Bayonne inquiétèrent vivement le commerce ennemi; ils livraient combat sur combat, faisaient prise sur prise, et amassaient autant de gloire que de richesses. On cite parmi les plus illustres les capitaines Delarue, Minvielle, Tournés, Detcheverry, Ducassou et Uuler. Du reste, rien de bien important ne se rapporte a Bayonne jusqu'à la révolution ; on s'occupe de nouveau de grands ouvrages pour l'amélioration du cours de l'Adour. En 1727, le corps de ville fait élever, à l'issue de lu porte de secours de la place Gramont, une terrasse munie d'organeaux et de canons pour l'amarrage des navires. Telle est l'origine des Allées-Marines, promenade aujourd'hui si agréable, et qu'un millier d'ormes couronnent de leurs niasses verdoyantes , sur une longueur de plus de quinze cents mètres. Ce n'était à cette époque qu'un

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marécage malsain , traversé par une mauvaise chaussée. Le sot .sur laquelle elle s'étend e<t le produit du lest mutile des batiments accumulé depuis plus d'un siècle.

A l'époque où la révolution éclata , Bayonne, épuisée par l'établissement des fermes et du Bsc, était déjà bien déchu de l'état de prospérité qu'avait constaté M. de Hureaux. Sa population, réduite à 9,152 habitants, se voyait tous les jours diminuée par des émigrations considérables ; ses maritis acceptaient du service à l'étranger. La masse de son commerce était tombée, de vingt-sept millions, à neuf ou dix. Une grande partie de ses maisons étaient abandonnées ou àvendre. .M. de Vergennes, à son avènement au ministère, invita la vHIe à dresser un mémoire de ses griefs et demandes. La chambre de commerce remplit les intentions du ministre ; elle proposa , pour réparer les funestes effets de cet état de choses , de rétablir la liberté du commerce sur un nouveau plan qui fut agréé par le pouvoir supérieur et en reçut même une extension plus grande qu'on ne l'edt espéré. Bayonne fut donc érigé en port franc, et ce régime produisit un changement subit et com[ilet dans sa situation commerciale Le projet présenté à l'Assemblée constituante y avait été combattu par Mirabeau et par l'abbé Maury, et défendu par l.afayette, à qui la ville avait témoigné su reconnaissance en l'inscrivant parmi ses citoyens. En moins de six ans, la population, le prix des immeubles et celui des salaires haussèrent de prés d'un tiers.

Bayonne avait dû envoyer son maire, en 1788 et 1789, aux deux assemblés des notables. Lors de la convocation des états-généraux, elle demanda que les députés du tiers égalassent en nombre ceux des deux autres ordres. En 1789, ses délégués prirent part au vote de rassemblée des sénéchaussées qui se tint à l)ax, et dans laquelle furent élus les deux représentants du pays aux états-généraux. Quand éclata la guerre contre l’Espagne, la réquisition forma la jeunesse bayoniuiise en un bataillon qui se distingua sur la frontière, et la ville reçut successivement quatorze représentants du peuple, investis de pouvoirs illimités. Parmi ces commissaires de la convention, nous citerons Chaudron-Rousseau, Ciarrau, Ferraud, Dartigoyele, Lefiot, Ysabeau, Cavaignac, Paganel et Meillan, qui était né à Bayonne et s’y montra, dans sa mission, l'ennemi constant des mesures injustes et violentes. I)u reste, la terreur 6t peu de victimes dans cette ville et au faubourg Saint-Esprit ou Jenn- Jaequei-Routseau, comme on disait alors.

En 1798, l'illustré Kosciuszko traversa Bayonne, où il fut reçu avec enthousiasme. En 1800 eut lieu l’installation de la nouvelle municipalité, composée (mn maire, M. de Ravignan , père du prédicateur , de deux adjoints et d'un rornmissail^ de police, tous nommés par le premier consul. I.e premier de ces adjoints, dont Rayonne .a gardé le souvenir, était le père de l'auteur de cette notice ; il présida, le 28 décembre, à la réintégration du culte catholique dans la cathédrale, qui avait été transformée en magasin à fourrages. Une émeute ayant été organisée à r-ette occasion , il sut la comprimer par son énergie et sa présence d'esprit. Ce n'est pas, du reste, le seul service dont la ville lui soit redevable. L'évéché, qui avait été transféré à Pau, fut rétabli l'année suivante à Bayonne.

Placée sur la grande route de la Péninsule , cette ville fut le point d'appui et de départ de nos soldats pendant les guerres de la réputilique et de l'empire» Ui^ première armée s'y rassembla sous les ordres de Junot. Vinrent rnsuite{l|plû- II. .57

DigitiZL.-ci by Googli

GUIENNE

lonnes du général Dupont et du maréchal Mpncey. Bayonne ne se doutait pas encore des importantes négociations qui allaient s'accomplir dans son enceinte , quand, le 14. avril 1808, à neuf heures du soir. Napoléon, aux acclamations d'un peuple ébloui par sa gloire , y flt son entrée soleiuielle avec l'impératrice Joséphine. Le séjour des deux époux devait s’y prolonger jusqu'au !21 juillet suivant. C'est dans le château de Marrac que se passa, entre l'empereur triomphant et le roi d'Espagne humilié, Ferdinand , son trère Don Cairlos, leur père Charles IV, sa femme et le fameux prince de la Paix, Godo'i, ce drame politique dont le monde a retenti, et qui finit par l'abdication de l'ancienne dynastie bourbonienne. Le frère de l'empereur, Joseph Napoléon, rappelé de Naples, alla s'installer sur ce nouveau trOne. Pendant son séjour à Bayonne , il avait été proclamé roi par des Espagnols de tous rangs , qui formaient dans cette ville une junte de quatre-vingt-dix membres, parmi lesquels figuraient plusieurs grands d'Espagne, l'archevêque de Burgos, et les quatre généraux d'ordre. Après vingt- deux jours de délibération, f assemblée, tenue au palais de l'cvèché, avait présenté à Napoléon une nouvelle constitution |)our l'Espagne en cent cinquante articles.

Napoléon se plaisait beaucoup à Bayonne; il ne se passait presque pas de jour sans qu'il en parcounU les magnifiques environs. Avant de quitter la ville, il la gratifia d'un décret par lequel il lui concédait plusieurs bâtiments de f État, pour construire, avec le produit de leur vente , évaluée à treize cent mille francs, un évéché, des tribunaux, des prisons, un hôtel-de-ville, des hôpitaux, un entrepôt, des casernes, une salle de spectacle, et pour améliorer la barre, percer des rues nouvelles, élever de nouveaux quais, bâtir quatre fontaines et dessécher les marais voisins des remparts. La plupart de ces dispositions, prises à la hâte, ne purent être exécutées; elles ont été, dans ces derniers temps, remplacées par d'autres, moins onéreuses et d'une exécution plus facile.

Le 4 novembre 1808, l'empereur repassa par Bayonne pour aller rejoindre son frère qui l'attendait sur les bords de f Ébre avec les dtdiris de sa première armée, lo ville SC vit dès lors traversée chaque jour par les troupes dirigées sur l'Espagne. Cette déplorable guerre de la Péninsule se termina par l'invasion des Anglais, des Es|iagnols et des Portugais , qui vinrent s'établir entre la Nive et f Adour, sur les hauteurs de Mouguerre. Bientôt les efforts du maréchal Soult se trouvèrent réduits à un système purement défensif; il se relira derrière la Bidouze, laissant quinze mille hommes à Bayonne, commandés par le général de division Thévenot qui avait sous ses ordres les généraux Delosmes et Beuret. La garde nationale , formée en bataillon d'élite, rendit de grands service. Ou avait embossé, au milieu do l'Adour, In Sapho, corvette de 24, avec vingt chaloupes canonnières : le 23 février 1814, à sept heures du matin, l'ennemi déjuasque une batterie de sept bouches à feu de gros calibre qui la force à la retraite. I.e capitaine Ripaud, brave ollicier qui s'est distingué dans flnde, est blessé mortellement, treize hommes de son équipage sont tués, et un grand nombre blessés plus ou moins grièvenumt. I.e 21 , l'investissement complet de la place est effectué par une armée de trente mille hommes. L'ennemi, maître de l'embouchure de l'Adour, y conslriiit un pont de bateaux invisible à tous les postes avancés. Le 27, il attaque les abords de la citadelle; il est battu et perd mille hommes, diuit deux cents prisonniers.

BAYONNE

La perte des Franc^ris est insif^niOante. Le H avril, h trois heures du matin, trois mille Imit cents hommes s'élancent au pas de course de la citadeHc , et passent il la bafonnette les avant-postes ennemis; ils perdent leur jeune commandant, le cher de bataillon Ijtssalle ; mais ils font prisnnn'ier le général Hope, commandant en chef des troupes qui forment le blocus, son chef d’état-major et un de ses aides * dé camp. La perte des Français, dans celte sortie, est de cent vingt hommes, trciic prisonniers et sept cents blessés. I.'cnnemi a perdu trois raille hommes; la garde royale anglaise a surtout beaucoup soulTert.

Knrin , après deux mois et cinq jours d'un blocus rigoureux , la nouvelle de la bataille de Toulouse et de l'armistice conclu entre les généraux des deux armées, vient ouvrir les portes de Bayonne au drapeau blanc et à quelques officiers anglais que les habitants accueillent avec froideur, mais sans rancune ni animosité.

l’endant les Cent-Jours, Ferdinand VII avait dwlaré la guerre b la France; le 27 août 1Bt5, sons la restauration, une armée espagnole franchit la Bidassoa.

Il n'y avait pas un soldat dans Bayonne. Les habitants coururent aux armes, sans attendre l'ordre du commandant de la place, le comte de Chauvigny de Blot. Huit cents hommes de garde nationale d'élite occvqH'rent les avant-postes ; cinq cents marins s'organisèrent en l'ompagnies d'artillerie. I.a garde à cheval fit une reconnal.ssancc sur Saint-Jcan-dc-Luz qu'elle trouva occupé par l’ennemi , et rompit le pont de Biilart, ce qui retarda de quatre heures l'arrivée des Espagnols. Le 30, ceux-ci défilaient devant les ouv rages avancés de Bayonne pour se porter sur llstarilz. On crut une lutte inégale prés de s'engager, et personne ne songea à quitter son poste. Celte contenance imposa tellement h l'ennemi, qu'il renonça à son projet et repassa la Bidassoa. I.e 23 décembre, le duc d'Angouléme vint féliciter les Bayonnais de leur belle attitude. Le colonel de la garde nationale, Milhet, et le colonel directeur d'artillerie, Verpeau, déployèrent surtout, dans cette Circon- stance, une rare résolution. Iji nouvelle de la reutrèe de l'empereur en France avait été, il faut bien le dire, fort mal accueillie par les lloyonnais, qui redoutaient pour leur commerce le retour de la guerre; .sous l'impulsion de ces setitimenls , la garde nationale avait même d’abord spontanément offert ses services b Louis XVIII. En 1822. un lazaret maritime fut ébtbii sur la rive gauche de l’Adour : la peste ravageait f Espagne, d’ailleurs menacée d’une nouvelle invasion par l’armée française. Celle même année vit arriver à Bayonne le duc et la duchesse d’.Vngoulême. Depuis les événements de juillet, qui y excitèrent des transports de joie, cette ville a été encore traversée plusieurs fois par Don Carlos.

■ Le mouvement commercial de Bayonne , pendant la révolution , fut très-irrégulier; il suivit les fluctuations des affaires politiques. .Aujourd'hui, les principaux ér'hanges delà ville se font par terre avec l’Espagne. Ce commerce consiste surtout en vins, spiritueux, denrées coloniales, laines, toiles, draperies, soieries, bois de sapin, matières résineuses, etc. N’oublions "pas , dans cette nomenclature, les célèbres jambons et chocolats dit de Bayonne. I.a pêche de la baleine n’y occupe plus le même nombre de batiments que dans les temps antérieurs b la révolution ; pre.sque tous les armateurs lui préfèrent celle de la morue. En 1843, le mouvement de la grande OMflgation a amené dans son port dix -huit navires français, dont neuf venaient de fEspagne, et cinquante-quatre batiments étrangers, en

Wii GUIENNK.

tout soixante-douze navires jaugeant l,tt5 tonneaux. Pendant la même année, Rayonne a reçu quatre cent trente-huit navires faisant le cabotage et portant 27,2i3 tonneaux. I.e mouvement général de la grande et de la petite navigation a donc été opéré par huit cent dix bâtiments de tout ordre. Nous ajouterons, à notre extrême regret, que le commerce maritime de Bayonne est toujours menacé d'une suspension partielle ou complète par l'augmentation incessante de la barre qui ferme l'.âdour. Les travaux successivement exécutés par Louis de Fuis , sous Henri lit, par M. de Ferri, sous Louis XtV, ét, plus tard, par M. de Touros et par plusieurs autres ingénieurs, n'ont pu empêcher cette barre de devenir d'année en année plus impraticable. Il importe au gouvernement d'aviser le plus tot possible aux dispositions nécessaires pour obvier à un mal jusqu'à ce jour sans remède.

Nous avons pris Rayonne à sa première origine et nous l'avons suivi jusqu'à nos jours, à travers tous les siècles, en retraçant l'histoire des différentes phases de son existence politique. Ces pliases peuvent se partager en cinq bien distinctes. I.a première nous présente Bayonne, citadelle redoutable, avec un nom presque barbare, Lapurdum; phase antique. Dans la deuxième, Lapurdum est déjà la capitale d'un duché important; âge de féodalité. Puis, c'est Bayonne, république Gère et puissante, qui envoie des flottes dans toutes les mers, et qui travaille à absorber à elle seule l'existence de toutes les populations basques. C'est là l'apogée de sa grandeur, le zénith de sa gloire et de son éclat. Dans la quatrième pha.se, l'unité française s'assimile la cité labourdine. Ce travail est long : il dure plus de cinq siècles et ne s'achève complètement qu'en 1789.

Avant la révolution , Rayonne faisait partie du gouvernement général de Béarn et Navarre; cette ville avait une sénéchaussée, une amirauté, une juridiction consulaire. Son évêché, quelle a conservé, est toujours sulfragant de l'archevêché d'Auch. F.lle est à présent le siège d'une sous-préfecture et de la vingtième division militaire. L'arrondissement, le troisième des Basses-Pyrénées, contient 86,217 habitants; la population de la ville est d'environ 16,060 âmes.

Nous avons dit en commençant cette notice que Bayonne était, non une ville basque, mais une cité toute gasconne, de moeurs et de langage. En effet, depuis que le latin cesse d'y être en usage et jusqu'à l'introduction de la langue française, tous les actes civils et publics y sont rédigés en langue gasconne ' Conequde cause sie à lois ( Que se soit chose connue à tous), telle est la formule sacramentelle, invariable, par laquelle ces actes entrent en matière. l.es deux derniers reflets de cette parcelle de la langue romane, qui s'en va, malgré les efforts du poète Jasmin, sont, à Rayonne, la publication des fables imHées de loi Fontaine, en 1776, et les poésies inédites, conservées seulement dans la mémoire des anciens, de Pierre l^sca de Hilze, l'Anacréon de l'antique Ijipurdum. Beaucoup de verve et d'originalité, une gaieté intarissable , une grande érudition , une modestie plus grande encore , un cœur bienfaisant, telles fureid les qualités de ce poète populaire, issu d'une ancienne famille du pays basque, et qui fut tonnelier, marchand de vin, comme son confrère Adam Billaut avait été menuisier. On cite, parmi ses meilleures chansons, La llequête des Tioliers , espèce de mariniers de l'Adour et de la Nive, sa Satire des Agaeteires ou marchandes d'agneaux , son ode sur la naissance du Dauphin, flis de Louis XVI, que Rayonne récompensa par le don d'un magniflque pâté

BAYONNE

tin armes de la ville, enGn son charmant poème de ta Uouchère culbutée, que les parents de l'héroïne déférèrent aux tribunaux , et qui valut au poète une grosse amende, payable, disait le jugement, en centimes métalliques. Lesca se soumit à la lettre du verdict; il lit recueillir patiemment dans la ville et aux environs tous les centimes qu'il put trouver, et s'acquitta ainsi fort spirituellement en une monnaie qui n'avait pas cours dans le pays. l.a vieillesse de Ixsca fut des plus heureuses. Il mourut en 1807, entouré de sa nombreuse famille; tout Bayonne le pleura et assista à ses obsèques.

Parmi les autres illustrations récentes de Bayonne citons : Bertrand Pelletier, célèbre chimiste, qui reçut le jour dans cette ville, en 17G1 , et mourut i Paris en 1797, membre de l'Institut; français , comte de Caban-us, ministre des linances d'Espagne, né en 17&9, mort en 1810 h Séville, avec la réputation d'un administrateur habile et intègre; üominique-Jase/ih , comte Carat, né en 17V9 à Bayonne et non h Ustaritz, mort à Estaritz en 18:13 et qui fut successivement ministre du la justice, ministre de l'intérieur, professeur à l'école normale, ambassadeur à Naples, membre de l'Institut; Jacques Lafjite, né à Bayonne, en 1708, et que nous avons vu mourir è Paris en 18iY, après avoir été le représentant de sa ville lutalc à la Chambre des députés et, dans la première année de la ré\olution de juillet, à laquelle il avait si puissamment concouru , ministre des finances et président du conseil ; le contre-amiral Bergeret , né en 1771 , célèbre par le combat qu'il soutint, en 1790, avec la frégate la Virginie contre deux frégates et un vaisseau anglais; le capitaine Hoquebert, dont le courage eut souvent pour témoins les braves du camp de Boulogne, et le lieutenant de vaisseau Dubourdiu, victime de sa bravoure dans la mer Adriatique. Le contre-amiral Bruix, ancien ministre de la marine, était aussi originaire de Bayonne.

L'aspect général dh cette ville et des environs est fort remarquable. Les maisons sont assez bien bâties, mais les rues sont étroites; il y règne une grande propreté. La cathédrale est un fort bel édifice dont la construction est marquée de plusieurs dates; les premiers fondements en furent jetés, comme nous l'avons vu, de 1137 à 1 U1 . Ce monument, digne de figurer parmi les plus beaux modèles de l'architecture du moyen âge, s'élève dans la vieille cité sur une faible éminence. Sa forme est celle d'une croix latine. Un s'arrête devant les belles boiseries du chœur, reproduisant des attributs épiscopaux , et devant les quelques tableaux de l'école de Home , sur lesquels le pinceau a tracé les principaux événements de la vie de la sainte Vierge, dons précieux du célèbre banquier de la cour, Delaborde de Mérinville, originaire du Béarn et père de notre contemporain Alexandre Delaborde, ainsi que devant les vitraux du xiii* au xvii* siècle , qui surmontent la galerie circulaire. Iji disposition du maltre-aulel, en forme de tombeau isolé et élevé de cinq marches au-dessus du sol, est en harmonie avec l'ensemble de l'édifice. L'n cloître fort remarquable sert comme d'appendice à la cathédrale.

Les fortifications qui couvrent la ville ont été commencées par Vauban. Deux petits forts s'y rattachent, le château neuf et le château vieux ; les fossés de ce dernier, confinant à la place, ont été récemment comblés. Sur un coteau s'élève la citadelle, dont les canons semblent plutôt menacer Bayonne que la défendre. Un soutcr/aiii qui traverse les deux rivières l'unit, dit-on, A la ville. En 1813, Napoléon

fiUIENNE.

fit élever une deuxième ligue de fortifications intérieures; mais, pour en assurer la défense, il faudrait une division tout entière.

Avant et depuis la révolution de juillet, les anciennes fortifications ont été réparrés, 1a porte d'Kspagne changée, c^lle des allées marines reculée, agrandie et fortifiée. Ces nomellcs dispositions ont permis de donner plus de développement à la place Gramonl, et d'y construire un vaste édifice qui contient à la fuis la mairie, le tribunal et la chambre de commerce, et une assez jolie salle de spectacle. Vus des hauteurs environnantes, le monument municipal et l'hôpital militaire aifectent désagréablement les regards et ressemblent à deux Vastes hangars, sous lesquels s’abritent toutes tremblantes les frêles et gracieuses maisons de la ville. Nous avons parlé ailleurs des allées marines, promenade délicieuse déplus d'un quart de Heue, que borde l'Adour, .sillonné par des navires et par une foule de petites cmbarcaliotis. Les environs dé Bayonne oifrent aussi à l'artiste une multitude de points de vue fort remarquables. Le célèbre peintre Joseph Vernet ne pouvait, disait-il, se lasser de l'admirable spectacle étalé k scs yeux, lorsque, assis sur un bastion de la citadelle, il contemplait la ville et la campagne de Bayonne, dont il nous a légué deux admirables marines qui ne vieilliront pas.

Comme celle de toutes les villes rommercialis et militaires, la population de Bayonne est trés-mélangéc ; cependant les types prédominants sont ceux du Béarnais, du Basque et du (îascon des I.amles. Les hommes sont en général petits, mais bien faits, robustes, courageux à toute épreuve, cl même, comme le montre leur histoire, parfois un peu turbulents. Ia?s femmes, petites aussi, sont généralement jolies et très-fraîches. I.es grisettes de Bayonne |)euvent passer pour les premières grisettes du monde; en dépit d’un accent quelque peu traînard, leur voix retentit à l'oreille pleine de suavité et de grâce. '

1. Livre (Tor de Bayonne^ mitniiM'i'il. — Monsln*leL — Pàrin. — 0‘Aubii'né. —

Marri f Histoire dn Béarn. — D'Oîhenart , Notitia utriusque Vaseonia — IvC* P. gi'né*

ral Aiigusiiiis de en I7i3, nuinuM^ril sur P»\oniu\ t'wlerüt convenliones , lit-

teuB, eic,, de H,Muer. — Vatatogue des rôles gascons^ fionnands et fran^aif , clc. » por Th. Carie. — Chronique de Compnigne , avoc.*l au pK'sidial de Oa\, 16C0. — M.iiiuscrit faîsaiil paMie des |»itpîcrs de M. I esseps, ancien si cit‘lairè tiu coriis de ville , attrilmé au ciuiuoinc Veilhd. ■— Hémoire sur B(tyoni*e , te Lalnnird et le Saint-Kiprit ^ l«ir M. l.i«|M'$du Huri'a'u, limitriiaut'grnéral Mi sriH'chai de Dii^uiine, 17 U. — £ssai historique sur lu Hile de Bayonne ^ par Masciu, l7'Ji. — Promenade sur te golfe de Gascogne ^ par M. Tluîro, iiM'*d«*cin en chef de Khôpilal mililairG de l)a*, IMO. -—Nonrelle chronique de ta ville de Bayonne , par uh B.iyonnais ( M. Baylac) v IHiT. — • Histoire du Béarn et du Pays-Baequt , par Mazurc, iNU9. — Ku«r hietoriques et deecriptiree , par F. Mord. — Archives de Bayonne. Ces archives lougtemps inaiwrdjbles,. sont cbssik's heureusenieiil aujourd'hui d.iiis un ordre parfait par MM. Jules Baiasquu et Eugène Daguerre d'üspilalf jeunes suvaitU pieiiis de zèle et d'érudition.

USTARIT2. - HASPARREN. - SAINT-JEAN-DE-LUZ.

CAMBO. ^ CIBOtmE. — XUL BASTIDE DE CI^AinSNCX. BIDACBE. — BIAB.RZTZ. BÉHOBIE.

Rien ne prouve mieux combien la ville de Rayonne est étrangère aux Escualdano«, par su position, ses moeurs, son esprit cosmopolite, ses institutions et ses intérêts, qu'une élude attentive du peuple Bas(|uc. En dehors des murs de la t'ité innrilime, ni les hommes, ni les choses ne vous rappellent son existence ou sa physionomie. A peifte en avez-vous franchi le seuil que vous vous trouvez tout à coup au milieu d'un monde nouveau ; le contraste ne serait pas plus grand si un bdtiment, sorti du port, vous eût transporté, au delà des mers, dans quelque contrée lointaine. C'est bien le même ciel, mais ce n'est plus la même race ni le même langage. Tandis que tout se raodiliait autour d'eux, les Escualdanars n'ont presque point changé : placés a l'extrémité méridionale de la France , et sur les connus de l'Espagne, ils y forment un peuple à |>art et qui ne ressemble ni aux Français, ni aux Espagnols,, ni à aucune autre nation du monde.

L'staritz, llasparren et Saint Jean-de-Luz sont, après Bayonne, les trois centres de population les plus considérables du Labourd. Avant la révolution de 1780, l'staritz était le foyer de la nationalité de ce' peuple, qui présentait moins un ensemble de villes qu'une réunion de bourgs ou de paroisses divisés en plusieurs quartiers, et portant des noms distincts et tous signiRcatifs. Chaque quartier, organisé municipaleinent , avait ses assemblées populaires, au moins une fois par semaine, imit sous le porche de l'église paroissiale, soit en plein air, à l'ombre des Utdlaigners du conseil, comme à Larresore. Les assistants y manifestaient leur vote affirmatif ou négatif, les uns, en passant sous un bâton de neffier {maUiila) tenu par deux hommes, les autres en s'abstenant d'approcher de ce béton. Si les votes SC trouvaient également partagés on s'en rapportaH au sort; et une pièce de monnaie jetée en l'air tranchait la question, pour ou contre, selon qu'elle tombait à croix ou à face. Tous les magistrats municipaux , le maire, les jurats. les adjoints, étaient nommés annuellement par voie d'élection : le premier de ces officiers, quoiqu'il fût toujours laïque, prenait le nom d'aiiznpeza , ahhaden ou abl)é, souvenir des temps où les Basques étaient administrés cléricalemcnt.Cetilrea survécu à la révolution, et s'est conservé dans tout le l.abourd. Pour signe distinctif de leurs fonctions, l'abbé municipal et les jurats portaient d'ordinaire un chapeau mi-parti rouge mi-parti noir. 1,'élection était encore en usage pour les charges de premier clavier, de marguillier, de quêteur des pauvres,, etc. ; le peuple nommait aussi , dans plusieurs paroisses , le prêtre auquel il conliait le soin de bénir l'air en

GLIENNE.

tpmps d'orage ou de faire des erorcismes contre la sorcellerie. Si l’élection était à deux degrés, elle devait être confirmée par les députés des divers quartiers réunis au chef-lieu de la paroisse; si elle était directe, le peuple lui-méme faisait les nominations dans les assemblées capitulaires. Les magistrats sortants, abbés ou jurats, désignaient les vérificateurs des comptes, mais h la communauté appartenait le pouvoir d'approuver ou d'annuler ces choix.

Après les réunions particulières des quartiers et les assemblées capitulaires des paroisses, venaient celles du Bilrar (de hil, conseil, et ealiar, ancien), où tous les quartiers , toutes les paroisses du Labourd .se trouvaient représentés autrefois par les vieillards ou chefs de famille, et, à une époque plus rapprochée, par les abbés municipaux. Le bilfar était convoqué plusieurs fois l'année par le syndic général du Labourd , qui y était annuellement élu lui-méme par ses pairs. Le bailli, délégué de l'autorité supérieure , assistait aux délibérations et y représentait la puissance étrangère, protectrice du pays. Ce magistrat, comme le procureur du roi, les sergents royaux, les huissiers, les greffiers, résidait à l'staritz , chef-lieu du bailliage. Non seulement les prêtres et les nobles n'assislaient point au bilçar, à litre d'ordres privilégiés , mais ils en étaient individuellement exclus par la tradition ou par la répulsion populaire. Les états de la nation se tenaient en plein air, près d’I'slarilz, sur un plateau entouré de vieux chênes et semé de quartiers de roches. Ce lieu se immme encore Cnpilo-liarri , les pierres du conseil. I.e bailK et le syndic général du I.abourd, lu doyen des abb«'S, président ordinaire de l’assemblée, et le greffier, étaient assis sur les quartiers de roches ; tous les autres assistants se tenaient debout , les mains appuyées sur des bétons de néflier garnis de fer aux deux bouts. Les députés-abbés, chargés d'un mandat impératif, ne pouvaient prendre aucune résolution ; ils devaient transmettre les propositions du bil(ar à leurs paroi.sses, qui leur dictaient une réponse. L'assemblée générale déterminait la part proportionnelle des diverses paroisses à racquiltcmcnt des impôts, en prenant leur population et leur revenu pour bases, et celles-ci en faisaient la sous-répartition par quartiers. Là aussi on arrêtait le contingent en hommes que chm|uc communauté devait fournir à la milice du' pays, formant un bataillon de fantassins dans l'étal numérique duquel l'starilz entrait pour un dixième; les officiers et sons-officiers étaient élus par les paroisses, qui pourvoyaient à leur paie et à celle des miliciens. I.e bilçar choisissait les officiers supérieurs. Le bataillon du Labourd rendit plusieurs fois de signafé's services à la France dans ses guerres contre l'Espagne; il fut comme la souclic de ces intrépides chasseurs basques à la tête desquels Harispe et llarriet devaient s'immortaliser plus tard.

On ne sait rien de positif sur l'origine d'L'starilz. On peut, toutefois, la rapporter à la môme époque que celle de Saint-Jean-de-l.uz, c’est-à-dire au Jt' siècle. Assemblage d’habitations jetées au hasard sur une plaine qu'arrose la Nive, et sur le penchant des hauteurs voisines, L'staritz n'est ni une ville ni un bourg, comme nous l’entendons en France. Par son étendue , de plus d’une lieue et demie , il rappelle le village de Saint-Nicolas en Ilelgique. Il est divisé en trois quartiers, et se développe gracieusement dans la plaine , empreint d'un cachet original dont rien ne saurait donner une idée. L’église est le seul monument qu’on y rencontre; on en doit, dit-on , la construction aux Anglais. A côté reposent les restes du

ÜSTARITZ. — HASPAR REN. — SAINT-JEAN-DE-LUZ. fotivenlionni'l Oiirnt, un des plus illiisfres eiifanls d'tlsinrili.

bien qu'il suit né il Rnyonnu. A In même famille nppnriiennent l'ierii’-Jctin (larut et Joseiili-Diiminiquc Fahry-Garat , tous deux luusieiens célébrés. >"onblions pas non plus le frère aîné du conventionnel, qui fut député aux Étals-tîénérnux , et sou troisième frère, avocat renommé du pays basque; son neveu , Gnral-Mnilla , membre du tribunal; son fils, le comIe Vaul Garni, ancien préfet; l'abbé tl'Atsanre, écrivain ecclésiastique; et les deux frères Duvoisin , l'un, lieiilenant de douanes à Ustnrilz, l'autre, professeur au séminaire de Larresore, connus par leurs savantes recherches sur la lnnp[ue basque.

lairs de la révolution de 178'.), listariU, dépouillé de ses bib'ars, de son qrnnd tribunal de justice civile et criminelle, devint, (cr.ice à lu famille Garat, le chef-lieu d'un district dont on lit plus tard l'arrondissement de Rayonne., Au mois de novembre 1793, la commune, sur la proposition de son procureur, prit le nom de ilaral-sur-Mvi ; mais elle ne tarda pas à revenir à sa dénomination tiasque.

Il ne lui reste plus aujourd'hui que son litre d'ancienne capitale du Eabourd et quelques pilles reflets de sa splendeur passée. O n'esi plus même, comme avant la < révolution, un cidrepôt du commerce de laines entre l'Espagne et la France. Simple chef-lieu de canton, ce bourg ne renferme que 2,000 âmes environ, tandis qu’en 1718 sa population s'élevait à 3,000 habitants.

Sur une hauteur qui s'élève à droite de la route menant d'I'staritz aux eaux minérales de Cambo , apparaît le petit séminaire de l.arresore , où les familles pieuses du l.abourd fofit élever leurs enfants, et dont la construction fut votée par cette commune de moins de 700 Ames, le 29 avril 1733. A fextrémité de la jolie route accidentée, qui suit les contours de la montagne et les sinuosités de la Mve, on découvre Cambo , dont les eaux minérales sont moins renomniét^ , mais tout aussi .salutaires que celles de Ragnères et de Rarèges et où l'on compte 1.315 habitants.

I.e bas CamiK) a semé ses maisons blanches dans la plaine : le haut Cambo les a groupées sur une terrasse d'où l'on jouH d'une admirable perspective. De lA on peut se rendre à Hasparren, qui fut, assure t-on, le chef- lieu de la Novempopulaide.

C'est, de nos jours, un gros bourg basque de 0,000 Ames environ, composé d'une .seule rue Ivordée de jolies maisons blanches. On remarque à llnsparren uim grande église , au clocher léger, tailladé, curieux ; elle a été btUie sur les ruines d'un temple romain, comme l'atteste une inscription latine découverte en 1600. Mentionnons aussi en passant la Bastide de tdairence, bourg de 2,200 Ames, environné de villages basques et fondé, sous le règne de I,ouis-le-Hutin , par une colonie gasconne qui fuyait les vengeances de la famille d'un tyran féodal auquel elle venait de donner la mort; et une ville également gasconne, de 2,800 habitants, Ridache, souveraineté indépendante des dui:s de Gramont , qui y faisaient exécuter juridiquement leurs épouses infidèles, bravant la colère des rois de France du haut de leur beau castel, dont un voit encore les ruines.

'La ville basque de 8aint-Jean-de-l.iiz, /.uisiuin , Fanum Saneti-Joannh LusIi , est située entre Rayonne et la Ridassoa , sur lo route d'Espagne, A l’embouchure de la rivière d'L'rdacuri (eau limpide) , aujourd'hui la Nivelle, au bord du golfe Cantabrique. Elle doit son origine à quelques cabanes de pécheurs, et son accroissement aux entreprises du commerce maritime. C'est un groupe de maisons blanches II. 58

GL'IENNE.

pprdu , en quelque sorte , sur une langue de sable entre l’Océan et les Pyrénées. Kn 1160, Bertrand, vicomte dç Bayonne, 6t donation à l'église et au chapitre de celle dernière ville des produits de justice et des autres droits seigneuriaux de .Saiiit-Jcan-de-Luz. La bourgade devint ainsi la vassale des chanoines de Bayonne, bien qu’elle fût comprise dans la réderation mutiicipale du I.abourd. A part (juclques démêlés des habitants avec ces prêtres leurs seigneurs, aucun fait remarquable ne s’y passa pendant le moyen êge, sous la domination des Anglais. En 1463, elle reçut la visite de Louis XI, qui se montra généreux envers ses manants. Il leur accorda des privilèges, qu'il confirma en 1473, et qui reçurent, plus tard, la sanction de Lharlcs VIII, de Ixiuis XII et de la duchesse d’Angoulême, régente du royaume (1496-1513). Cependant les cdianoines de Bayonne, comme seigneurs du lieu , curent le droit d'instituer un bailli à Saint- Jean-de- Lui et d’y exercer \& justice haute, moyenne et basse, mère, mis te et impaire.

En 15-20, Saint-Jean-de-Luz armait déjà depuis longlcmps des navires pour la pêche de la t«leine. Les Basques de cette côte sont les premiers navigateurs de fEuropc, et peut-être du monde connu , qui aient osé attaquer ce poisson monstrueux et dont les approches sont si redoutables, .‘tculs ils en exercèrent la pêche pendant longtemps. Les baleines abondaient alors dans le gui e t^ntabrique, et particulièrement dans la baie de Saint-Jean-de-Luz, où elles semblent vouloir revenir de nos jours. Pour les combattre, les Escualdunacs inventèrent le harpon, le trident, tous les instruments en usage dans cette guerre terrible. Ils ne se servirent, dans le princq.e, que de petites liarques; plus tard ils montèrent de gros navires. Bien n’indique que Bordeaux ni les autres ports de France aient pris part à ce mouvement spontané; mais Bilbao, Saint-Sébastien, Hendaye, Urrugue, Ciboure, Saint-Jean-dc-Luz, Bayonne, et surtout Biarritz, devinrent autant de pépinières de marins intrépides, dont les embarcations couvrirent la mer jusqu’au cap Finistère en Espagne. Tout ce littoral , parsem<- de vigies et de fours à fondre la graisse, en est la preuve irrécusable. Enhardis peu 4 peu, les Basques, à l’aide de la boussole, inventée en 1303, s’élancèrent dans la haute mer. Louis Xll rendit un édit ordonnant le partage entre les communes et les monastères des baleines que la tempête jetterait sur la côte. L’abondance en était si grande , qu’à Saint-Jean-dc-Luz, à Bidart, à Biarritz surtout, quand le vent de mer balaye les sables , on découvre de toutes parts des clôtures d’anciens champs , d’anciens jardins , exclusivement formées de vertèbres et d’ossements de baleine.

Ce gigantesque cétacé , sans cesse attaqué sur nos côtes et interrompu dans sa reproduction, s’éloignait vers les mers du nord. Le Cantabre, en le poursuivant, découvrit Terre-Neuve en 1504; mais, tourmenté du besoin de revoir ses montagnes , il ne l’occupa que peu d’années. Le Normand , plus constant , l’y suivit et s’y installa. Là . tous les noms furent longtemps basques ; file elle-mèine s’appelait Uaciiillao, morue. Ces noms furent tous changés sous François l", lorsqu'on 1524 ce monarque envoya prendre possession de ces parages. Bacaillao devint Terre- Neuve; Portuchoa, le petit port, déliguré par les Français, qui en faisaient Poi t-au-choix , devint Plaisance. Les Basques avaient aussi visité le fleuve Saint- Laurent, le Groenland et le détroit de Uavis. Longtemps ils avaient parcouru en tous sens ces mers lointaines avant l'établissement de la marine de r.àngleleire et

USTARITZ. — IIASPAIIUKN. - SAlM-JF.AN-nE-U'Z. 159

de In Hullandc. Leurs armements étaient devenus considérables; ils équipaient des navires de deu\ cent cinquante à trois cents tonneaui , et faisaient des bénélices considérables. Plus de* dix mille matelots basques étaient alors occupr’scbaquc année aux travaux de la grande pèche. En 1730, vingt-cinq bAtiincnts sortirent du port de Saint-Jean-de-Luz; en il n'en partait plus que quatre. De cette époque date la décadence d'une branche d'industrie qui avait été si fructueuse pour la cèle aride du Ijibourd, et y avait versé, pendant plus de deux siècles, des richesses jusqu'alors inconnues.

l’e furent les Basques qui enseignèrent aux Hollandais à pécher la baleine. Les Provinces-Lnies entretenaient è bord de leurs navires des pilotes cantabres , chargés d'instruire leurs marins dans cette spécialité. Le nom du capitaine Michellans, de Cihoure, n'est pas inconnu dans les archives de l'amirauté batave. Mais bientôt la république du nord rivalisa avec celle du midi, dont elle avait reçu les premières leçons; ayant le bois, le fer et surtout le chanvre à meilleur marché, elle triompha complètement de toute concurrence.

Les Basques non-seulement sont les premiers pécheurs qui aient poursuivi la baleine dans les mers du nord, mais c'est à eux aussi qu'on doit l'invention du procédé par lequel on en fond la graisse sur mer. Le capitaine Sopite, de Cihoure, homme sans instruction aucune, ne connaissant que te pilotage, et ignorant le français, fut l'auteur de cette découverte, justement appréciée des baleiniers. C'était un homme d'un courage intrépide que ce Sopite , le héros des pécheurs. On sait que pour atteindre une baleine, on lui lance un harpon, et que, alTaiblic par le sang qu'elle perd, elle s'éloigne, plonge et replonge, entraînant la corde é laquelle le harpon est attaché, et dont on laisse filer plusieurs brasses. Sopite, lançant le harpon i une haleine, s'embarrasse le poignet dans les replis de la corde; il essaie en vain de se dégager, il est emi>orté par le monstre, l’endarvt trois quarts d'heure, on les voit paraître et disparaître, luttant l'un contre l'autre; et ces marins basques, tous si braves, n'osent secourir leur chef, qu'ils croyent perdu. Enfin la baleine, épuisée par la perte de son sang, expire, et l'on parvient à la hisser à bord avec son intrépide adversaire. Celui-ci revint h la vie; mais il resta frappé d'aliénation mentale, et mourut cinq ans après. En I80G, un maire de Saint-Jean-de-Luz donna le nom de Sopite à la rue qu'il avait habitée. C'est le seul monument de la reconnaissance de scs compatriotes ; Botterdam lui a élevé une statue dans son hôtel de ville.

A la pèche de la baleine succéda celle de lamonic. On ignore si dans cette nouvelle carrière les peuples Basques ont encore précédé les autres peuples navigateurs. On assure toutefois que leurs navires terrcncuvicrs ont été les premiers à entreprendre cette pèche, où ils trouvaient, pour ainsi dire, un délassement è de plus rudes fatigues. Plusieurs parages de Terre-Neuve affectés de nos jours à la pèche et à la préparation de la morue portent aussi des noms basques.

L'histoire moderne de Saint-Jean-de-Luz peut .se résumer en quelques mots. Dans le xvi' siècle , François I", Henri II , François II et Charles IX confirmèrent les privilèges de la ville. Cæ dernier la Iraversa avec sa mère pendant son voyage de Bayonne. En 1570, la seigneurie de Saint-Jcan-dc-Luz fut vendue à seshabitants par le chapitre de Bayonne. Vlts la fin du règne de Henri IV, un grand nombre

vco

GÜIENNE.

de mallicitreux , assez fous pour se croire sorciers, furent poursuivis et condamnés il mort. Cependant fesprit d’entreprise animait toujours cette héroïque population ; sons François 1”, elle avait rendu de grands services à l'élat en mettant à la mer plusieurs galères équipées à ses frais : sous Louis XIII, quinze de scs pinasses forcent l'Angleterre à lever le siège de l’Ile de Hé. En 1030, les Espagnols prennent Saint-Jean-de-Luz, mais une armée française les oblige, après une année d'occupation, à se retirer et à repasser les monts. Sept ans plus tard, les factions des sabelr/iuri ( berrets blancs ) et des sabrlÿorri ( bcrrels rouges ) sc disputent à main armée la charge de bayle ou rtiaire de la ville; le sieur d'IJrtubie, chef des blancs, l'emporte sur le sire de ;^int-I’é, clicf des rouges. En 1600, Ixvuis XIV s'unit, dans l'église de Saint-Jean-de-Lui, à l'infante d’Espagne Marie-Thérèse. La porte par laquelle le grand roi passa, dans cette circonstance solennelle, fut murée |>ar son ordre et est encore condamnée aujourd'hui. Il autorisa la ville à décorer son écusson d’un vaisseau comme la capitale du royaume. Pendant les guerres delà révolution, depuis la campagne de 1793 jusqu’à l'année I8H, qui amena les Anglais dans son port, Saint-Jean-de-Luz devint un point important pour les armées françaises : ce fut au milieu de ce vaste mouvement militaire que Napoléon y passa avec sa magniflque armée ( 1808).

Sous le régne de Louis XIV, cette ville, outre scs armements considérables pour la pèche de la baleine et de la morue , faisait un commerce considérable de cabotage avec les cdtcs d'Espagne. Ses magasins bien assortis en morue et en huile de poisson, y envoyaient avec ces produits des étoffes des manufactures françaises, en échange desquels ils recevaient de l'or, de l'argent, du fer et des laines. I)e tout ce mouvement, il ne reste plus que quelques barques de pèche et quelques triiicadours qui rarement se ha.sardcnt au delà de Saint-Sébastien. C'est en 1730 qu'a commencé à décroître la population de la ville qui , de 15.000 âmes qu'elle comptait lors du mariage de Louis XIV, était descendue en 1740 à 9,500 et ne s'élevait vingt-cinq ans après, en 1755, qu'à 3,307. En 1708, elle était de 2,498. Aujourd'hui elle s'élève à 3,500 environ, plusieurs familles de lleiidayc étant venues s'y flver, en 1793, après la destruction de leur village par le canon espagnol L'engorgement lie la harre de l’Lrdaçuri ou Nivelle n'est pas la moindre cause d’une déiadence si regrettable. Sous Louis XIV, on chercha à y remédier en unissant cette petite rivière à la Nive au moyen d'un canal. Depuis, le contre-amiral d'Alliaradc, enfant du pays, et M. de Géligny, ingénieur des ponts et chaussés, ont proposé au gouvernement plusieurs projets pour le curage et l'agrandissement du port; mais on s'est borné, sous la restauration, à la construction d'une digue fort in.sullisante et que les dots franchissent lorsqu'ils sont soulevés par la tempête.

Avant de quitter un pays si digne de nos sympathies, arrèlons-nuus un moment à laboure, faubourg de Saint-Jean-de-Luz, qui s'associa à toutes ses enlrepri.ses m.irilimes , et qui , après avoir eu une population de 3,003 ilmes , n'est plus qu'un pauvre village de pécheurs et de bohémiens ; à Uiarritz, patrie de Silhotiet/e, ministre des finances, et de d' Mbiirad-! , ministre de la marine, village gascon , situé à une lieue de Bayonne, qui armait jadis des Huttes pour la pèche de la bal 'inc , et dont le port comblé n'est plus célèbre que par ses bains de mer ; enfin , au village basque de Bébobie, dernier poste français, où l'on arrive par une route

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fort acculeiitcc, bordée de nombreuses positions militaires, telles que la Croix dfs llout/itrls et le Cun>i><le la Ilaynnnelle, immortalisées par les guerres de I7i)3 et de 1813. A droite'dii pont de bois, qui sépare I)<‘hobie de l’Espagne, à deux portées de fusil , apparaissent trois ilôts que la rivière, en cet endroit assez large , mais peu profoude, couvre de ses eaux dans les hautes marées. Des plantes ■narines croissent autour ; des restes de pilotis s'y laissent voir. Dans trente ans tout aura disparu, si, à peu de frais, ou n'envirunne les trois îlots d'un mur qui les protège. Ils le méritent par leur importance historique, car ce sont les derniers débris de f Ile îles l aisans , si célèbre par le traité de paix qu'y conclurent Muzarin, ministre de France , et Don Louis de llaro, ministre d'Espagne, et par les préliminaires du mariage de Louis XIV et de .Marie-Thérèse. C'est sur ces quelques mètres de terre, aujourd'hui aux deux tiers engloutis, que les deux plus puissants rois de la chrétienté s'embrassèrent en juin tCGO, et se jurèrent réciproquement sur l'Évangile de maintenir la |iaix entre leurs états. '

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