‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 74 sur 119 · MONT-DE-MARSAN · texte numérisé non relu

MONT-DE-MARSAN

Quelques restes d'un vieux temple, qui avait été consacré au culte de Mars et dont lu fondation remontait , sans doute, h l’époque delà domination romaine, existaient autrefois sur les bords de la Douze et du Midoii : cette circonstance et la conlignration du sol , légèrement enflé dans ce bassin , ont fait donner le nom de Mont-de-Marsan, ou Monlayne de lUars, à lu ville qui s’élève près du conllnent de ces deux rivières.

L'origine de Mont-de-Marsan , que les historiens les plus savants de la France méridionale placent au xii' siècle, se rapporte à une époque antérieure, (iliarlemagnc en jeta les fondements Au retour de sa malheureuse expédition en Espagne, ce lils de Pépin s’arrêta dans l’ancienne Aquitaine; voulant mettre un peu d’ordre dans ce pays tourmenté par de récentes révolutions, il y créa quelques rentres administratifs dèsigtiés sous le nom de proeonsulies : .Mont-de-Marsan devint avec les terres voisines l’une de ces divisions, comme nous l'appreml une vieille charte écrite en tangue romane. Voici les paroles de ce précieux manuscrit, monument il la fois historique et littéraire : Aciiesla de Marsan am terras besiaaas el ca/iilulil Jonilet solier corren de Do.ro emhe .ilido ro, solier rudeas do lein/ilo ob arcia de tlards. « Il forma aussi 1a proconsulic de Marsan , et lui bâtit une capitale le long

1. An'Ilivi'f; fnuiiki|>atcÂ. — Noies miniisctilc^ «K* MM. le comte Garûl, Jules Rülasquc, Dutoiüin frères* S-iiitK>l-Duiitbourgè:4* Lahmiiehe, M.trliii I'agt>sel BértiicJuaKue. — Hecueit de ijttelquet éciairciâsemfuts sur U pnyg tt U peuple du f.at>onrd , p.-ir im patriote maniiscrit üe

1781. — iVü/iVe lur Saint-Jean-de^tMi, jwir .M. Lcremboare ; Pnii, février 1818. — .ÿf^moira <rir les cJcpédUiont de T'rrre-.Veure* ruuiii au syndic gêDér.il du Laixiurd |Mr les uégodaiiU de Sainl'Jeau-dc Luii el de Cibouru* mars 1810. ^

r, TIENNE.

(le la Douze et du Midou sur les mines du temple ou de la citadelle de Mars. » Otio position devait plaire au gi'nie organisateur de Karl-le-Grarnl , qui cherchait à lier entre elles toutes les parties du territoire soumis à sa domination. A l'extrémité de la presqu'île, où Mont-de-Marsan s'élevait, la Douze et le Midou réunissaient leurs eaux , et la nouvelle rivière sortie de leur conHuent , la Midouse , plus navigable alors qu'elle ne l'est aujourd'hui, comme semblent le prouver les expéditions des Normands, rattachait le pays où elle venait de naitre à l'Adour et ù fOevan, dont il importait dans ce si('*cJe de surprises et d'invasions maritimes de garder soigneusement tous les chemins.

.Mont-de-Mar.san devait donc présenter tous les avantages d’un poste fortifié. C’est là le caractère que lui donne la charte dont nous avons déjà cité un fragment : mirai ellios amen feniiiiln, muU imprndiwens , mult homs de goerra. Malheureusement, cet appareil de défense ne put sauveur la ville du désastre qui vint la frapper pour ainsi dire dans son berceau.

Lorsque les Normands envahirent l'Aquitaine, vers le milieu du ix' siècle, ils remontèrent la Midouse jusqu'à Mont-de-Marsan. La ville était sur ses gardes ; Deodatz, ou Dieu-Donné de Lobanner, s’y était enfermé avec des troupes assez nombreuses. Ij;s Normands l'y assiégèrent en 811 : la résistance fut vive et énergique. Lobanner, dans les premiers jours de l'attaque, tenta plusieurs sorties qui eurent le plus grand succi'‘s. Il brûla la flotte des Normands, et leur tua plus de cinq mille hommes. Mais la persévérance des assiégeants flnit par l'emporter. Ils pénètrent dans la ville, abattent les remparts et démolissent les maisons, dont ils dispersent les pierres dans le lit de la Midouse et dans les champs voisins. Leur fureur ne s’arrête pas là , ils promènent la charrue au milieu des débris , comme pour elTacer jusqu'au dernier vestige de la cité de Charlemagne. Puis ils se dirigent vers l’Océan emmenant avec eux Deodatz qu'ils avaient fait prisemnier. Pendant leur retraite, ils essuyent des pertes considérables : le 01s de Lobanner rencontre et détruit une de leurs bandes dans la paroisse de Saint-Pierre. D'un autre (été, le duc de Gascogne et le comte de lügorrc, qui ont rassemblé des troupes dans les landes situées au nord de Mont-de-Marsan, y attendent les pirates. Atlaqué's à l'improviste nu moment où ils vont regagner leurs vaisseaux, ces barbares perdent un grand nombre des leurs et sont obligés d'abandonner une partie du butin dont ils étui(uit chargés.

Apri's la destruction de Mont-de-Marsan, la maison de Lobanner se réfugia dans le château de Koquefort : les terres comprises entre la Douze et le Midou et nommées Cn/i de Mards dans les vieux doenmants relatifs à cette époque, furent accordées à des caven ou cluîvaliers (|ui les possédèrent jusqu'au xil’ siècle.

En I r» I , les descendants de Deodatz songèrent à relever les ruines de Mont-de- Marsan. Ce n'était pas seulement pour eux un acte de piété domestique; plus d'un intérêt I(>s y conviait. Les habitants de l'Armagnac, par de fréquentes incursions, dévastaient le pays. En outre les rives du .Midou, envahies par une épaisàe forêt, étaient devenues le théâtre, de toutes sortes de brigandages ; on avait donné le nom de Maù-Vas, mauvais pas, ou pas Jatal, à ce foyer de critmvs. Ce fut pour mettre lin à lant de maux que IMerre de Lobanner résolut de rebâtir la ville fondé-c autrefois par Charlemagne. Le territoire où elle avait existé apparte-

MOM'-UE-MARSAN.

nnit alors & Béranger de Cantaloup ; celui-ci en fit la cession au fondateur de la nouvelle cité. lUi acte précieux, écrit en langue romane, comme relui que nous avons indiqué plus haut, nous a conservé 1 1 mémoire de cet événement. I.'histoire du Mont-de-Marsan se lie d'une manière trop étroite à cet ancien document pour que nous n'en donnions point ici la traduction. « Moi vicomte, dit Pierre de Lobanner, j'ai résolu de reivâtir le chef-lieu de la vicomté; et ce serait vraiment une honte si cet éhihlissement avait lieu sur d'autres terres que celles qui ont été désignées par l'empereur Karl. Je viens donc à vous, pour» suit-il en s'adressant i Béranger, requérant la vente des terres du Cap-tit^ lUarih, c'est à dire toute l'étendue du terrain d'en bas, depuis les paruis.<él dè j. Nonères, de plus le terrain de Bcsart compris entre les rives de la Douze et du Midou , k droite et à gauche jusqu'à leur jonction avec les jardins , les trois habivtalions qu'ils renferment, les ruines de la citadelle de Mars que les Normands ne purent enlever ; en y ajoutant les terres au midi de l'autre cOté du Midou avec les grandes fontaines, les cinq habitations des jardins datis le bas depuis l'evlrémilé du terrain de Itésart, au nord des rigolles du .Mont-Saint-Pierre; y compris encore les terres d'en bas de l'autre côté de la Douze, exposées au midi, depuis la fontaine de la Dreyre jusqu'à la jonction do U Douze et du Midou '. » Après, avoir tracé ces Kmiles, qui nous indiquent à la fois l'enceinte des deux villes, de celle du vnr siècle et de celle du xii', la vieille charte reproduit la donation qui fut faite de ce territoire par Cantaloup à l.obanner. « Nous faisons serment que n'étant en rien ni déçu, ni contraint, ni trompé, ni forcé, ni trahi, ni par crainte, ni par mauvaise circonvention , ni machination à ce faire amené ni conduit, mais de notre spontanée liberté et science certaine le faisons, et cela pour tous nus hoirs à venir, nos successeurs et notre lignée pour les siècles des siècles, et ainsi avons laissé, abandonné, résigné, et à vous transporté aujourd'hui notre vicomte, en légale donation les dites terres de Mars , et à votre mandement , notre puissant seigneur, nous vous en faisons possesseur *. »

Quelques droits élaient assurés à Bérenger du Cantaloup par l'acte même de donation. Il conserva le droit de tour au milieu de la cité et une partie du territoire sous la condition d'hommage. Le vicomte de Lobanner prit solennellement possession du vieux cap du Mars : il y eut une cérémonie dont la forme rappelle assez les inaugurations des âges anciens. « J 'atteste votre Ame, 6 empereur Karl, dit le fondateur, que voulant réédifier cette ville au roérhe lieu où vous l'aviez bâtie, en faveur du premier de notre race, je le fais par gratitude et en votre hon-

1. K Jo vüscnm , loi'dpdulh «le ta vescomtiât som ap|tarelbl fond! et in vrrgcN;giia tie vos et de nos sla si en terras slrancs du lou et croot pur lo iin(H.Tn(lor Carlo üus<^{{nal fosse esdiliciit; perche , vuugo ad vos , re«|uisio vuodiUon, imcvuuu numenda , du Us avan digtas, terras de Cap-d«< Mards » as&iivur, etc m

O Sâ'graim-n fem efu* in rus no diTubulf no coniruin, iiocnganat/. , no forçat ne falçut , nu per tetiior, nu mala circonvention » nu machunation ad sn far uneinunat ne adusilx ; in:«s de la nostra stoiitanu lihei'tat lo feiu , Uliert4t et sciunria curta , so |ier iota lo.â notrtus heredos advieudors« lo iioslcr o^un, la nostra liiiijo, pur los segtes dos Si'glt's ab aisso I.ixjI bavLin , juguit , ridinqniU , resignal ah q. ad vos lrans(»ortan , lu noster vuscoiitSf al joni cbe luck) in lejul donne tas terras acbeslas de .Mards, <‘t i»ol>ur poudamu suuiuous du (erm-tiunen , al mand.imeti de vo.s lo noster fjouderaou senboff per arrason eoihedidor vo.s »

r, TIENNE.

m>iir, cnmnK' bienraileur dp nnlrp lignpp. Ip H'pu lout-pnissunt tipnne aussi votrp âmp pu sa pais, notre auteur Déodal de l,nbanner. Nous atlcslous que nous voulons rebâtir celte cité dans l'endroit mâme on la rptioniméc vous pnrclamera dans tous les siè< les, à cause de vos travaux merveilleux dans les terres étrangères, qui possèdent vos os. Ia-s larmes de vos niç ne les a<u:ompagnèrcnt pas au tombeau ; mais votre lignée et les hommes de Marsan b's auront en mémoire éternelle ; soyez en paix, Itéodat ; et tous les habi'ants, le genou â terre, se sont écriés: snyrz eu paix, Oéodal. Tela dit , nous avons jeté dans les airs, en signe de saisine, quatre poigiu''es de terre, la première au levant , l'autre au midi, la troisième au couchant et la dernière au nord. Puis , dans les parties qui furent incendii'-es, nous avons creusé la terre et nous y avons uns des pierres , des charbons , des monnaies marqué'es, des réaiix d'or et d'argent, ainsi que des vicomteaux noirs, et le tout de nos propres mains aplani. >

Pour peupler la ville qu'il venait de fonder, le vicomte de I.olvanncr s'adressa aux habitants de Saint-Pierre et de Saint-Gcnès, qui descendaient de l'ancienne population de Mont-de-Marsan, tuiz desciendnrs dus viltnam anli-rens , in trmpo do dnliamen de Ut ciutal de IHnrsan. Mais il rencontra des obstacles qui suspenilirent un instant l'exécution de ses projets, la; village de Saint-Gcnès appartenait il l'abbaye de Saiiit-Scver qui étendait au loin sa juridiction. L'abbé Ramon Sanche s'était plaint; le vicomte, pour le gagner, lui garantit, a lui et à scs successeurs, une foule d'immunités : la plus importante était celle qui assurait à l'abbé la possession de l'église de la cité nouvelle. Ces conditions furent acceptées ; mois une autre difficulté surgit. Cette église, dont on aliandonnait la propriété à l'abbaye de Saint-Sever, fut réclamée par l'évéquc d'.âire qui s'appelait llonhommc. ijc prélat lit valoir en sa faveur la d'eiposilioo du droit canonique, qui assurait aux évêques la jouissance de toutes les nouvelles églises fondées dans leur ressort. .\près d’inutiles négociations , on eut recours â l'intervention d’un concile, qui se réunit â N'ugaro : les deux prétendants y transigèrent L'abbé de Saint-Sever, pour conserver les avantages qui lui avaient été concédés , acheta le désistement de l'évêque d'.\ire au prix de cent tnmte sous morlas. Vers ta lin do siècle dernier une redevance annuelle témoignait encore de cette vieille suzeraineté qu'exerça , dès l'origine , l’abbaye de Saint-Sever sur la population de Mont-de-Marsan.

On peut dire que Mont-de-.Marsan, â cette époque, ne ressemblait guère à utM ville. Tn fort avait élé bâti pour protéger le redoutable passage de .Vaü-l'as; sous sa protection s'élevait l'église , qui venait vl'étre l'objet d'uii débat si vif; autour de ces deux bâtiments se groupaient quelques habitations. I.C nouveau fondateur de Mont-de-Marsan le dota de l’abbaye de Saint-Jean de la Castelle, ou plutêt il rétablit ce monastère déjà connu deux siècles auparavant. L'abbaye fut rebâtie par Pierre de l.ob8nner à une petite distance de ses premières fondations; outre son ancien domaine qu'elle conserva, de nouvelles terres lui furent accordées par la inunillccnre du vicomte. Itienlèt après, en llli:t, Pierre de l.(d)anner mourait : ce seigneur n'était pas seulement vicomte du pays où il venait de fonder une ville; il était, en outre, comte de Bigorre, cornes Bigorro el Maniani, dit un vieux rartulaire.

I.CS développemenis de Mont-de-Marsan furent lents et pénibles. Il parait cepen-

Digit c: l7y Coogic

Page 1