M0NT-T)E-MAR8AN. A
des sables et des brayères l'entourent, le désert l'envahit : du cAté du midi, au contraire, vous apercevez un pays fertile et cultivé dont la ville parait être un brillant appendice. Mont-de-Marsan est une langue de terre fleurie, que le bassin de l'Adour projette dans les landes : gracieuse presqu'île de végétation dans une ■ mer de sables, fraîche image des oasis africaines, et qui vous sourit à l'entrée de «
ce petit Sahara , que la nature a laissé subsister par une espèce de caprice sur les limites du midi. Ce dualisme , si frappant dans la ville , se reproduit sur toute l'étendue du département. \st partie qui borde les Basses- l*yrénées est pleine de sève et de vie; eile produit de bons vins, des fruits ezcellents, toutes sortes de blés. La partie opposée, qui s'appuie sur la Gironde , est généralement stérile. Le sol, entièrement poudrcui, semble se refuser à toute espère de culture : des forêts de pins le rouvrent de distance en distance. Vous arrivez ainsi b l'Océan, dont les bruits se mêlent au\ murmures de ces forêts, deux voix presque aussi imposantes l'une que l'autre. Iæ nom de /nndes convient parfaitement è toute cette zAne; il cesse d'être exact lorsqu'on l'étend nu reste du territoire. Même opposition dans les hommes. Ici , la population joyeuse et alerte de l'ancienne Chalosse parait emprunter b ses vins si riches d'alcool la vivacité mobile qui l'emporte; c'est le Gascon, ce vif Gascon traditionnel, que toute la France connaît et qui associe assez souvent dans cette contrée la pénétration et la finesse du Béarnais aux heureuses saillies de son tempérament et de son caractère. IA, rien de semblable, un tout autre peuple apparaît : on dirait presque une race de vaincus que les mouvements des invasions et des conquêtes ont rejetée dans les lieux déserts et arides au milieu desquels ils ont établi leur demeure. C'est le hindais, proprement dit, le Mnren- M'n ou le Couzùil, dont la ligure assez sauvage s'harmonise tristement avec l'âpre physionomie de son foyer domestique; homme inculte, que la civilisation n'a pas conquis encore et qu'elle paraît avoir oublié sur les bords de l'Océan. En voyant cette race pâle et maigre, ce teint maladif, ce tempérament appauvri, on regrette doublement qu'on n'ait point accepté au xxi' siècle la proposition des derniers représentants du pcmplc arabe en Espagne. Pour échapper aux haines religieuses qui les inquiétaient au-delà des monts, les Maures, si habiles dans la culture des terres et dans l'art de firrigalion, avaient demandé qu'il leur fût permis de franchir les Pyrénées et de s'établir dans la Lande. Cæs flis de l'Orient, en .se mêlant insensiblement aux Landais et en s'associant à leurs travaux , auraient enrichi un sang épuisé et donné la vie au désert. Des scrupules théologiques tirent repou'ser cette intéressante colonie. On voulait avant tout sauver lésâmes. A-t-on réussi?
Il est bien permis d'en douter, quand on voit l'ignorance et la grossièreté primitives dans lesquelles vivent en général les habitants de cette zAne de sables. Mont-de- Marsan , par sa situation et son rAle administratif, sert de lien à la double population de la Chalosse et de la I.ande, que vous retrouvez dans ses rues et ses places les jours de fêtes et de marchés.
Il ne saurait y avoir dans un pareil centre une vie bien forte et bien active.
La ville, h l'époque du dernier recensement, renfermait ■1,169 habitants; on en comptait tli.llv.'i dans l'arrondissement, et dans tout le département 288,077. Mont-de-Marsan, toutefois, présente une certaine activité commerciale. Un historien du |>ays, Marca, remarquait, il y a plus de deux siècles, que ce point ser-
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vait depuis longtemps d'cntrepOt aus produits de l'Armagnac ; il en est de même aujourdliui. Les vins et les eaus-de-vie de celte contrée y adluent toujours, et une route nouvelle, ouverte dans l'intérêt de ces relations, a contribué depuis quelque temps à leur donner un plus grand développement. La Chalosse y envoie aussi une partie de ses vins et de ses blés. Quant à la Lande, proprement dite, elle y expédie du bois de construction et de cliaulTage , et surtout ses résines, qui sont la principale source de ses revenus. Autrefois, dit un auteur du XVII* siècle, les pays voisins portaient de préférence à Mont-de-Marsan leurs produits et leurs denrées, parce qu'on les y aciietait argent comptant. Cet usage ne s'est pas peut-être complètement maintenu ; mais le mouvement commercial est toujours le même. La Midouse, dont quelques travaux récents ont amélioré le lit, reçoit les nombreuses exportations de Mont-de-Marsan et les dirige sur Dax, qui les transmet à Bayonne, rentre plus vivant et plus animé, qui les envoie, à son tour, dans les divers ports de l'Europe , et même au-delà des mers. Le canal des petites Landes eût contribué à développer la prospérité de Mont-de-Marsan, mais c'est aujourd'hui un projet abandonné, une espérance perdue. Il est question d'un chemin de fer entre Bayonne et Bordeaux , dont Mont-de-Marsan serait l'anneau central ; ligne bien préférable au tracé à travers les grandes [.andes , qui aurait sans doute le mérite d'être plus court , mais qui porterait le préjudice le plus grave au chef-lieu du département. .Mont-de-Marsan a déjà perdu une partie de son commerce de transit, depuis la construction d'une route nouvelle, dont l'avantage le plus sensible est de conduire commodément à une maison de campagne qu'a fait bâtir l'ancien directeur de l'Algérie, et que les paysans du voisinage appellent malicieusement lou castel de las Afriques. .
La France compte peu de villes qui soient aus i accessibles que Mont-de-Marsan aux relations extérieures : sa rivière lui ouvre un chemin vers Dax, Bayonne et l'Océan. D'un autre côté, un vaste système de routes se déploie de toutes [ûirjs autour de son enceinte, et met ses habitants en rapport avec les autres centres du département. Roquefort, Tartas, Aire et !?aint-Sever. Quelques-unes de ces roules forment de grandes avenues , qu'ombragent des plantations magnifiques , et qui .semblent promettre à l'œil du voyageur une ville de premier ordre ; mais ce luxe de décoration est un peu trompeur ; le dedans ne répond pas à la magnificence du dehors. L'aspect de Mont-dc-.\Iarsan est néanniuins asseï agréable. Un y rencontre quelques édifices qui méritent d'attirer les regards , tels que l'hôtel de la préfecture, le palais de justice, la maison de détention et les casernes. Ia;s églises, si nombreuses ailleurs, roan(|iient ici ab.solument. Il nous répugne de donner ce nom à un édifice récemment construit, et dont rarchitecture n'a aucun caractère religieux. Le plus grand charme de la ville est dans ses promenades, et principalement dans celle de 1a Pépinière-, c'est un jardin, orné de nombreuses allées qui circulent dans tous les sens et composent le plus gracieux labyrinthe; la Douze l'enveloppe et lui sert de ceinture.
Mont-de-Marsan a été le berceau de quelques hommes dont l'histoire n'a point oublié les noms. La famille de Gourgues, qui a joué un rôle dans sa vieille organisation municipale, y a donné le jour à Dominique de Gourgueé> nvarin intrépide qui partit de Bordeaux, au commencement du mois d'août 1507. avec trois petits
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bâtiments, équipés h ses frais, pour aller é la Floride venger la mort de scs compatriotes, lâchement assassinés par les Espagnols, line autre famille, celle üe Mesmes, appartient aussi â Mont-de-Marsan; elle a produit le célébré diplomate (V Avaux, qui représenta avec tant de succès, dans les conférences de .Munster et d'Osnabrück, la politique du cardinal de Iticlielieu, et contribua si puissamment à poser les bases du traité de Westphalie. I.e premier president du parlement de Paris, si célébré sous la régence, était sorti du même sang Quelques noms étrangers ont, de notre temps, acquis droit de cité parmi ces illustrations locales. I.'un des ministres de Charles X, .M. d'Ilaussez , fut préfet des Modes dans les premières années de la restauration, et il a laissé è Mont-de-Marsan d'honorables souvenirs, que les dissentiments politiques n'ont point effacés. M général Mmarque était député de l'arrondissement iorsque la révolution de juillet éclata , et l'histoire contemporaine rattachera toujours son nom aux annales de l'ancienne cité des Lobanner