‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 77 sur 119 · SAINT-SEVER · texte numérisé non relu

SAINT-SEVER

M date de la fondation de Saint-Sever se rapporte au V siècle; mais deux faits antérieurs à celte époque avaient déjà donné un peu de célébrité au gracieux monticule sur lequel la ville est bâtie.

l'n palais s'élevait, dans les premières années de l'ère chrétienne, au haut de cette colline. Il'anciennes traditions en attribuaient l'origine à César ; il eût été peut-être plus exact de le regarder comme l'ouvrage d'un de ses lieutenants. Quoi «pi'il en soit, ce vieil édilice portait le nom de camp de César, casirum Cœsuris, auquel fut substitué plus tard le nom de paleslrion. Le palastrion, ou palais, vit périr dans le x* siècle, au pied de ses murs, un des apétres de la France méridionale, Sever, qui fut massacré par les Vand.des l.'Église consacra le nom de ce martyr, et la ville fondée près du château où le saint était mort, fut un hommage solennel à sa mémoire.

1. La piu|Kirl (les faits relatif «lans c«Uc iiitéressanU; et savanU; notice ont été |tuiS4« liaii!» documenis inédits par M. Pascal Diiprat , un des jeunes écrivains les pins distingues de iiülro France méridionale , si riche en evelleiits t*spnls. I.trs chtiiles dont M. Pasc.*! Diiprai nous a donné l'analyse avaient été |terdut*s; elles ont etc rtuiouviH s, il y a «pielqne temps, par M Dtifau. maire de lu ville, et M. lUtoulet nous en u donné une tradiiclion. M. l'ascul Dupral doit a M. Hirui>en, de .\lonl-ile-M:irsan, la communication de ces» textes pn‘cieii\. M. Oiifonr, priM-ureur du roi à Suiul-St^ver et r>-ére du savant iialnrali'xle, a en aussi la coinpluisunct* de rommnrtiquer quelques Doli*s à noire itsllahoraleur. Les autres faits on tiétuils locaux ont été emprnnlé's, en grarule |kartie, à une S4*rie d'articits qui ont paru dans le Pèlerin, journal publié à Aire, et qui avaient été inspires pur «ne etmle forte et cooseiencleiise des archives ItM'ales. Ntms devons encore citer au iH)iiil>re des ducmitenU originaux dont M. Pascal Duprat s*esl servi, un m muscrit' d'un .issez grand intérêt qui (Kirte le nom de Verbal de Charteg IX . et qui appartient a M. LalKivle , doyeti de flugetmau ; ce maiiuscrii renferme des details curieux sur le xv i« siitle.

GUIENNE

Des événements qui appartiennent en même temps i l'histoire et è la légende préludèrent è la naissance de Saint-Sevcr. Les Normands, ayant envahi l'Aquitaine vers la Pin du x* siècle, au temps de Guillaume Sanche, s'avancèrent vers le bassin de l'Adour. Le duc de Gascogne appela autour de lui ce qu'il y avait de plus brave dans la population si vive et si hardie de cette contrée , et il marclia contre les barbares. Pour s'assurer la protection du ciel, il se prosterna, avant de combattre, devant le tombeau de Sever, et Qt voeu d'ériger, en son honneur, un magnifique monastère, s'il remportait la victoire. La bataille fut donnée. Les Normands ne purent soutenir le choc des Gascons, et ils prirent la fuite en laissant la plaine jonchée d'un grand nombre de morts. Guillaume Sanche débarrassé de ce danger, songea sérieusement à exécuter la promesse religieuse qu'il avait faite. Sa reconnaissance envers le martyr était des plus vives. Il l'avait aperçu dans le combat, monté sur un cheval blanc, couvert d'une armure étincelante, et portant des coups terribles dans les rangs des pirates du nord. Voilà du moins ce qu'il a raconté lui-même dans une vieille charte, précieux débris de ces temps reculés. C'était un monastère que le duc avait promis de bâtir. Il voulut l'élever à la place de la petite chapelle qui renfermait le tombeau du saint. Ce terrain n'appartenait pas à don Sanche, quoiqu'il fût voisin du palestrion, vieil héritage de sa famiile. Il le demanda à quelques gentilshommes, qui le possédaient à titre de domaine franc; mais ils ne voulurent point s'en dessaisir. De ià un procès dans lequel les évêques et les seigneurs de la Gasc'ogne intervinrent comme juges. Enfin le duc obtint la cession de ces terres ; elles lui coûtèrent trois cents sous d’argent et quarante-cinq vaches, sans compter quelques autres valeurs. Guillaume Sanche, comme nous l'apprend la charte de fondation, dota la nouvelle abbaye de toutes sortes de privilèges. Il lui assura la jouissance des égiises de ses domaines; en outre, il lui donna le palestrion avec les terres et les droits féodaux qui y étaient attachés. L'opulente abbaye obtint ainsi une espèce de souveraineté sur une grande partie du bassin de l'Adour. Elle devait, d'après la charte, suivre la règle de Saint-Bcnott. Le premier de ses abbés, nommé par le duc, s'appelait Salvator; les autres sortirent de l'élection , et les sièges voisins, celui de Dax principalement, 'prirent souvent parmi eux leurs évêques. Des calculs asseü exacts permettent de flier è l'an 98-2 les commencements de cette institution reiigieuse.

La ville de Saint-Sever n'existait pas encore, quoique l’on puisse admettre que plus d'une habitation se fût déjà élevée aux environs du palestrion, résidence ordinaire des ducs de Gascogne ; mais elle ne tarda pas à naître , grâce à l’influence de la riche abbaye de Saint-Sever. La position était si belle d'ailleurs, que les habitants ne pouvaient pas manquer de s’y grouper. Un riant coteau, baigné au nord par une rivière, et inclinant au sud vers de riches plaines, voilà Saint-Sever, nid délicieux pour une ville. Ce site favorable se couvrit rapidement d'habitants, et acquit bientôt une assez grande importance comme centre de population. La position de ia cité naissante et les orages du xi" et du xii' siècle lui donnèrent une physionomie miiitaire. A peine Saint-Sever sortait-il du sol , qu'il se revêtait de fortes murailles flanquées de tours. En 1290, les Anglais en firent le siège. Après trois mois d'une résistance opiniâtre, pendant lesquels les habitants se virent expc.sés à toutes les horreurs de la famine , la ville fut obligée de se rendre.

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