‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 78 sur 119 · SAINT-SEVER · texte numérisé non relu

SAINT-SEVER

, fn procès cètèbre, qui eut lieu vers cette époque à Saint-Sever, nous donne une idée assez intéressante de ses institutions judiciaires. Gaston de Béarn était en conflit avec le roi d'Angleterre, Édouard : le monarque anglais convoqua la cour générale du pays pour procéder contre le Béarnais ; elle se réunit à Saint-Sever en présence d'Édouard. L'acte de cette vieille procédure nous apprend que les usages locaus eiigeaient quatre assignations successives avant qu'on pdt recourir légalement è la force. On avait expédié déjà trois de ces assignations à Gaston ; la quatrième lui fut solennellement portée par l'abbé de Saint-Sever, viguier de la cour, accompagne de plusieurs de ses membres. Ce moyen paciliquc n'ayant point réussi, le tribunal autorisa Édouard à vider la querelle par la voie des armes.

Ce ne fut qu'au xv* siècle, en 14S6, que Saint-Sever échappa à la domination anglaise; Charles V'H y releva le drapeau de la France comme dans la plupart des autres villes méridionales, l-es années qui suivirent l'expulsion des Anglais ne furent signalées par aucun événement considérable. Il faut rapporter cependant è cette époque la publication de la coutume de la ville. Le parlement de Bordeaux l'homologua le 10 mai 1514. Flusieèrs dispositions méritent d'étre remarquées dans cette législature locale. L'article X V est conçu comme il suit : a En l'absence du seigneur justicier et de «M effi< icrs, le voisin et habitant de Saint-Sever peut prendre tout homme étranger trouvé en la dite ville , s'il lui est obligé }>ar serment. » Nous lisons dans l'article VI ; « És jugements de matières criminelles, les prévôts, balles et jurnts sont tenus d’y appeler des Hmurgeois de la dite ville, des plus experts, idoines et suffisants en tel nombre que bon leur semblera. » Il y a dans ce vieux code d'autres prescriptions touchant la police ou la justice, également dignes d'attirer nus regards. Ainsi, par exemple, la coutume établit, que « homme et femme trouvés en adultère doivent être fustigés par la dite ville tous deux ensemble, et payer au seigneur sept livres huit sols six deniers tournois. » Celte disposition peut sembler assez étrange quand on songe que l'abbé était le seigneur de la ville.

En 1559, le lieutenant de la reine Jeanne de Navarre, le farouche Montgommery, s'empara de Saint-Sever, où ses soldats commirent toute sorte de violences. Deux cents prêtres furent sacriflés à leur fureur, et l’on jeta leurs cadavres dans le ravin qui semble avoir été ouvert par les torrents à l'ouest de la cité. L'église et le monastère ne furent pas épargnés. Ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que l'abbaye perdit ses trésors littéraires «de valeur inestimable, » d’après un manuscrit de cette époque. L’année suivante les catholiques, sous lc>s ordres de Montluc, vinrent mettre le siège devant la place et l'emportèrent d'assaut.

Les agitations de la Fronde se flrant sentir è Saint Sever. La ville souffrit beaucoup des violences d'un chef uHiitaire , nommé Baltluisar, que le prince de Condé avait détaché dans cette partie du midi, l'ne ancienne relation , encore inédite , et que nous avons sous' les yeux , trace ainsi le portrait de ce chef « Ledit Balthasar est si puissant et si cruel que tout le monde le craint; il est Allemand et non point noble, sinon pour scs armes; il n'a point aucune religion de bonne; on dit qu'il est magicien ;. il ne parle jamais familièrement à personne , mais parle toujours de tuer et de pendre. » La ville de Saint-Sever , qu'il rançonnait quelquefois, n'était guère mieux traitée par les soldats qui obéissaient aux seigneurs de Candalc et de Poyanne.

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L'histoire locale se tait depuis le xvii* siècle. Avant la révolution , Saint-Sever était le siège d'une juridiction , qui embrassait , au moins à une certaine époque , toute la Gascogne. C'est là que la cour générale du pays , composée des principaux seigneurs, tenait ses assises. Ce tribunal supérieur, qui remontait à des temps forts reculés, se maintint pendant l'occupation anglaise, et Saint-Sever doit à cette circonstance le nom de Ca/j de Gascogne, qui lui est donné dans les documents des derniers siècles, à moins qu'on n'aime mieux donner à ce nom une signiilcation géographique, comme l'indique Marca. Saint-Sever serait alors la tète de la Gascogne du cAté du Béarn.

Aujourd'hui Saint-Sever est le chef-lieu du second arrondissement des I-andes, dans lequel un compte 90,500 habitants. La ville en renferme 5,à9i. Au milieu de l'espèce de décadence qui l'a frappée, l'ancienne capitale de la Gascogne a, dans les derniers temps, dû quelque éclat au général l.amarque, dont elle a été le berceau. Il est des choses que le temps n'a pu changer à Saint-Sever. Des liauteurs de Morlane et de .Mirandc, la vue plane au loin sur de vastes campagnes qu'une ceinture de landes envcloppt; à l'horizon dans ses replis sévères : spectacle d'une grande et forte majesté. D'autres aspects, d'une beauté moins imposante, mais riches d'agrément, s'ouvrent du côté opposé; c'est une zone de champs fertiles, coupés de bois, qui reposent doucement le regard. Petit centre, peu de vie , voilà iwint-Sever. Quelques relations commerciales rattachent cependant cette ville aux contrées environnantes. Elle a des tanneries et des fabriques d'huile de lin; il s'y fait en outre un commerce de bestiaux assez étendu. Les vins et les eaux-de-vie y sont l'objet d'un grand nombre de transactions.

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