DAX
Parmi les anciens peuples de la Gaule du sud, on distinguait, avant l'ère chrétienne, les Turbelliehs, confédéi ution maritime établie entre les Pyrénées et le golfe de Gascogne, l-e principal foyer des Tarbclliens était situé sur la rive gauclie de i'Adour et s'appelait Aquœ, les eaux : nom dd sans doute à ses bains, qui furent en elTel tri s-célèbres au temps de l'occupation romaine. lY Agnœ l'on fit Acq, ou Dacq par corruption , d'où est dérivée la dénomination moderne de Dax. Cette petite capitale fut prise par Jules César : elle fut surnommée Augusta sous l'empire d'Auguste , et on la désigna quelquefois même sous le nom un peu barbare , mais parfaitement signilii atif, de ('.ivïtus Ægtienlium. Dax devait être alors une ville assez considérable, puisque la notice des provinces de la Gaule lui assigna le second rang parmi celles de la contrée. Elle était déjà renfermée dans cette enceinte fortdiée qui existe encore de nos joui s, et une route militaire la rattachait à Toulouse.
Le premier apiVtre qui porta la religion du Christ à Dax et aux environs fut saint
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Vincent, regardé par la tradition comme le premier évéque dé cette viile. Il y avait aiors aux portes de Dax un pctK village appelé Sente. Saint Vincent étant mort martyr, le nom de cet apétre fut donné au village , et l'on y bâtit dans un faubourg une église qui devint bientél la métropole du diocèse.
Les Visigoths envahirent Dax au v* siècle. Ces barbares s'y montrèrent trèsintolérants et saccagèrent l'église du martyr; mais elle ne tarda point à être rebâtie par les soins de l'évéque Gratien.Chloduig arracha Dax aux Visigoths. Bientét les Gascons se répandirent de toute part comme un torrent dans le bassin de l'Adour qu'ils dévastèrent : il fallut attendre l'avénement de Charlemagne pour voir la 6n de ces désordres. Ce prince établit dans l'ancienne capitale des Tarbelliens on des principaux centres administratifs du pays.
En 841 , les Normands se portèrent sur Dax ; la ville leur opposa une vive résistance et en fut punie cruellement par les vainqueurs, qui ne respectèrent rien dans leur sauvage ressentiment. Dax commençait à sortir de ses ruines, lorsqu'elle fut attaquée, prise et dévastée par les Sarrasins (910). L'époque de la domination anglaise, qui suivit de près, reposa la ville de toutes ces secousses, et lui donna des institutions qui méritent de fixer nos regards. Dans les temps antérieurs , Dax et le pays de l>annes , qui en dépendait , avaient été gouvernés par des comtes. Les rois d'Angleterre substituèrent â ces comtes des sénéchaux, qui étaient chargés de convoquer des assemblées locales pour délibérer sur les affaires du pays, et de conduire les opérations militaires. Sous ce gouvernement, Dax était exempte de toute espèce d'impét. Richard-Cœur-de-Lion donna une charte qui confirmait la commune dans ses anciennes franchises, et la dégageait de tons les droits perçus par le monarque anglais sur ses provinces continentales (1170). Le frère de Richard, Jean-sans-Terre , sanctionna ces privilèges en 1215. La nouvelle charte qu'il octroya conOait aux principaux hahitants du pays la garde de ces précieuses immunités : Arr/iicpircopM, Hpiscopis, Abhatibus, Comitibut, Baronibus, Justiciarüs, VicecomiUbui, Prœpotitis et omnibus Ballivis et Fidelibus. En 1237, une autre charte de Henri III répéta cette disposition. Sous le règne d'Édouard I", un règlement de ce prince établit dans le pays de I.annes des assises annuelles qui devaient se tenir à Dax et traiter des affaires relatives au gouvernement et aux divers ordres de la province. Une lutte intérieure, survenue vers cette époque, eut pour résultat d'entourer d'une sanction nouvelle les droits de la commune , déjà consacrés par tant d'actes publics. Le sénéchal, outrepassant les limites de son pouvoir, témoignait peu de respect pour toutes les franchises de la ville ; les habitants s'en plaignirent au prince, qui défendit de porter atteinte à leurs libertés et confirma , par un acte spécial , la juridiction du maire et des jurats.
Une querelle qui survint, en 1295 , entre Philippe-le-Bel et son puissant vassal d'outre-mer, Ot passer Dax sous l'autorité française. Philippe-le-Bel s'empressa de reconnaître les anciens privilèges de ses habitants, et il leur fut permis de faire circuler librement leurs marchandises, soit dans le duché de Guienne, soit dans les autres parties de la France, l'n traité du monarque français rendit Dax, avec les terres voisines, à Édouard IL Le prince anglais visita cette cité en 1312, y reçut le serment de fidélité des habitants, et jura solennellement de respecter et de maintenir leurs privilèges. Afin de les récompenser des efforts qu'ils avaient faits
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récemnicnl pour miéuT assurer la défense de la ville, il les alTranrhit d'un droit désigné sous le nom de la grande coutume; c'était-un itnpét levé au profit du fisc royal sür tous les vins qui passaient 6 Bordeaux. Les états ayant été consultés sur cette réforme flnanciére, l'impét fut supprimé. Quelques années après, Édouard flt emprunter dix mille livres sterling il l'évéque de Dax , Arnaud de Caupenne. Cette somme fut rendue par son successeur.
Pendant la guerre d'Édouard III contre Philippe VI de France , Dax fut assiégé et pris par le comte de Foix, mais il fut rendu hientét après à l'Angleterre. Les habitanLs s'étant plaints au roi d'avoir été soumis à des contributions pour la solde des troupes, ordre fut donné de les rembourser. Le petit pays qui avait la ville de Dax pour rentre était t cette époque tellement libre de toute redevance , que le sénéchal du monarque anglais recevait ses appointements sur les revenus du prince. Une autre circonstance vint mettre en relief les immunités de la commune. Le prince de Galles voulut appeler i Bordeaux le maire et les jurats de Dax pour obtenir leur serment et recevoir le sien , ad prtertandum nobù et per nos prœstari Hdendum Ils lui représentèrent qu'en vertu de leurs privilèges ils ne devaient point sortir de la ville pour échanger ces promesses de fidélité, et pour les déterminer à se déplacer, le prince fut obligé de rendre une ordonnance |>ar laquelle il déclarait que cette novation n'altérerait en rien le droit primitif. Cette déclaration fut faite l'an 1363. En 1.380, Richard II reconnut de son cAté que la ville de Dax était exemple de toute espèce d'im|>Ats et de subsides. Bientôt après , le duc de Lancaslre, qui avait reçu des mains de Richard le gouvernement de la Guienne voulut fonder à Dax un comptoir de change; le maire et les jurats s'y opposèrent, au nom des franchises de la commune, et le duc fut obligé de renoncer à son projet.
En IVll, la ville de Dax, après six semaines de siège, ouvrit ses portes au comte de Foix. Les Anglais s'en rendirent maîtres ensuite par une surprise, se la virent enlever prt;sque aussitôt, puis la soumirent encore il leurs armes; enfin, en U51, reprise par les troupes do roi de France, elle échappa pour toujours à la domination étrangère. Un traité avait été conclu par les habitants avec le comte de Foix et le sire d'Albret. Charles VU, qui était alors à Taillebourg, le revêtit de la sanction royale. Il jura, d'après les termes du traité, de maintenir les « franchises, libertés, statuts, loix, coutumes, establisscments, ressorts, stils, observances et usances de la dite cité et prévôté de Dax. » Une autre disposition, également acceptée par le roi , disait : « ne seront tenus les habitants de la dite cité et pays de payer aucunes tailles, impositions, gabelles, leudes, fouages, quartage équivalent ni aucuns subsides, de quelque manière que ce soit. »
Louis XI, (lendant son voyage dans le midi, ne se borna pas à confirmer les immunités de la ville. Dax soutenait alors un procès assez important contre les fermiers royaux ; les agents du fisc voulaient soumettre les marchands qui fréquentaient la ville é payer l'impôt que Charles VU avait établi sur les marchandises. Une ordonnance de Louis XI les en dispensa. Charles VIII, Louis XII, François I" ne se montrèrent pas moins libénmx envers les habitants. Sous le règne du dernier de ces princes, les Espagnols marchèrent contre la ville de Dax , dont le gouverneur, d'Haubardin, se prépara vaillamment 6 leur opposer la plus vive résistance. On abattit les maisons voisines de l'enceinte, et trois églises furent
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également sacrifiées dans l'intérét de la défense commune. Les Espagnols se virent bientôt contraints de repasser de l'autre côté des monts.
Au XVI' siècle, Dax faillit être surprise par les huguenots. (1.'’>7I). I-eur tentative échoua ; mais celte époque fut marquée par un incident qui priva la ville de l'un de ses monuments les plus précieux ; la vieille cathédrale s'écroula. Elle avait été bâtie dans le v' siècle. Ce n'était alors qu'une chapelle à l'usage de la ville; car on doit se rappeler que l'église principale, dédiée à la mémoire de saint Vincent, était située dans un faubourg. I.e siège épiscopal y fut transféré en 1060 et l'humble chapelle prit alors des proportions plus imposantes ; ce fut cet édifice qui s'écroula au xvii* siècle, l'an 16i6. On songea aussitôt à le relever. Vauban se trouvait alors à Bayonne : l'ingénieur militaire se fit architecte religieux. Il construisit une nouvelle cathédrale où l'art sut combiner heureusement les deux principes de toute beauté vivante ou plastique, l'élégance et la majesté.
Depuis ce moment , l'histoire particulière de Dax ne présente plus rien d'intéressant jusqu'à notre époque, ta révolution de 1780 en a fait le siège d'une souspréfecture. L'évèché a été supprimé, et la ville, avec son ancienne circonscription religieuse, a été rattachée au diocèse d'Aire.
Remarquable déjà par tant de souvenirs, Dax a dd une nouvelle illustration à quelques familles qui se sont mêlées souvent à son histoire et qu'on ne saurait en séparer. Telles sont celles des Grammonl , des Poijane, et des Potlenr. Une autre gloire plus grande, parce qu'elle appartient non seulement à la France, mais à l'humanité tout entière, y eut aussi son berceau ; Vinci-nl de Punie est né aux portes de Dax, et il a été élevé dans la maison des Barnabites. A une époque plus rapprochi-e de nous, Dax a produit quelques hommes célèbres : les deux Borda, le conventionnel Roger- f)uco^ , son frère le général de ce nom , et le médecin Thore, auteur de la h'Iore det Landet et de la Promenade sur le golfe de Gascogne.
Ce qu'il y a de plus remarquable aujourd'hui à Dax, c'est la fontaine chaude autour de laquelle se groupèrent peut-être les premiers habitants de la ville. Cette fontaine, qui remonte à la plus haute antiquité, a toujours été conservée avec soin. Au temps même de la domination romaine, on y avait formé des établissements de bains dont le souvenir est encore rappelé par le nom de Bains de César. La fontaine chaude est au centre de la ville ; il s'élance souvent de scs eaux une molle et tiède vapeur, qui enveloppe non seulement les maisons voisines, mais même la plus grande partie de l'enceinte. Les habitants l'emploient à presque tous les usages domestiques. Le bassin qui la reçoit est rempli d'une eau fumante dans laquelle il est impossible de tenir la main , et qui laisse voir le jet perpendiculaire par lequel jaillit cette inépuisable veine. Partout, sur les bords de l’Adour, on voit des sources semblables, sourdre, fumer et s'envelopper de vapeurs. Il y a ainsi comme un fleuve souterrain qui coule sous l'autre fleuve, un cours d'eaux bouillantes audessous d'un cours d'eaux froides et quelquefois glacées. A côté de celte'merveillc permanente, Dax a conservé encore ses remparts et toute sa vieille physionomie militaire. On entre par trois portes dans son enceinte. L'ancien château domine toujours la ville. Une partie des remparts a été transformée en promenades. Le regard s'étend de là sur les champs arrosés par l'Adour, gracieux horixon qui repose doucement la vue.
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I.'ancienne capitale du pays de tonnes ne compte guère aujourd’hui plus de 5. 180 hakilBnU; l'arrondissement dont elle est le siège en renferme 105,745. Il se fait un commerce as.sez étendu à f)ax, en vins, en bois de construction et en matières résineuses. Par sa position et son marché, la ville sert naturellement de lien entre l'ancienne Chalosse et la partie occidentale de ce pays de pins et de sables dont les plaines arides envahissent la moitié du département. On peut aussi la considérer comme l'un des premiers anneaux des relations commerciales qui, depuis des siècles, rattachent la France méridionale è l'Espagne du Nord. '
AGEN
▼ XXaXiBlf ZtJVS-B’AGEJf. — CASSEN EVXXi.
F.es belles vallées de la Garonne, du Ixvt et de la Baise, et tout le pays connu sous le nom de Pagus ou Tracius aginnensii, furent de bonne heure un objet de convoitise pour les Komains C'était la contrée la plus fertile de l'Aquitaine. Plusieurs rivières, le l.ot, la Garonne, le Drot, la Bargalone, la Seune, la Canaule et la l.ède la sillonnaient de leurs eaux. Les Niliobriges, peuple de race celtique, habitaient ces riches campagnes, autour desquelles .se groupaient les Aiiscii, les Tasconi , les (adiirci , les Petrocorii et les Vasates. Nous ignorons quelles étaient les limites précises du Pugut nginnenth; cependant il y a tout lieu de croire qu'elles répondaient alors A celles qui plus tard furent indiquées dans la circonscription de l’Agenais. Ce petit état avait donc une superficie d’environ cent vingt lieues carrées, et ses limites étaient, au sud la Garonne, au nord le Périgord, A l'est le Qucrcy , à l'ouest le Bazadois. César, en parlant des Nitiobriges , appelle leur ville principale Agedinym; Ptolémée Aginon; Grégoire de Tours et Fredégaire écrivent tantùt Aginiim, tantôt Agenvm.
Les Komains déférèrent le titre d'ami h l’un des chefs ou rois des Nitiobriges. A l'époque du siège d'Alisc, Teutomatus, fils d'OIlovicon, les deux seuls de ces rois que César ait nommés dans ses Commentaires, se détacha du parti delà Répu-
1. U. Pascal Duprat a tiré en grande partie celte notice , comme les deux pri‘c<‘denlcs, de sources enli^n*menl inédites. En ce qui louche Saint Sever, U doit la conimunicailon de plusieurs manuscrits et de iioi(>9 iiilêre>satites à M. Buslarrel, avocat Jislingué de cette ville; quelques faits ont été pris .ians un manuhcrit communiqué par M. Pn>au de Doau-l, et dê>ignè sous le litre suivant : Relation véritable des chotes /et ;>/iit memora6/rt qui te sont passées en la basse Guienne^ depuis le Rége d^ Fontarabie. Au nombre des sources dans lesquelles .M. Pascal Duprat a puisé pour Dax, il faut mettre nn manuscrit assez pn'x'ieux. (mrlaulce titre: Idée historique de Céglite cathédrale d'Aqs — Un m.inuscril bien plus pnHrieux, qui apparMeiU à MM. de Poyusan, avocats A Dax. a fourni la plupart des faits couleniis dans la notice sur cette ville; c'est une ancienne chronique sortie de la plume des Bamabites. EnGn, on doit ajouter à ces documoiiU quelques Dotes dues A l'obUgcance de M. C> Darrigand. avocat, et des renseigncmeuli nombreux recueillis |>ar M. Doin|>enk'r. Les recherches de M. Domiienier ont rendu |ios.Mble ci même facile la rédaction de celli: monographie, qui lui doit une Imune partie de sa valeur historique.
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