‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 80 sur 119 · cntU · texte numérisé non relu

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blique, et conduisit un contingent de cinq mille hommes au secours de la ville assiégée; impenml NUiobrigibut quina millia, dit César dans ses ('commentaires. Après la défaite de Verringétorix , les lieutenants du général romain n'eurent aucune peine à soumettre les Mtiobrigcs; et lorsque Auguste eut fait une nouvelle division des Gaules, le nom de ce peuple, confondu parmi ceux de l'Aquitaine, ne tarda point .à tumher dans un profond oubli. (An de Home 7*27.) Mais, au milieu de cet oubli de l'Iiistoire, la prospérité matérielle du pays était grande.. Ia*s conquérants y avaient formé de nombreux établissements parmi les vaincus, comme l'attestent encore aujourd'bui les traces d'babitations romaines disséminées dans le département de l.ot-et-(inronne. On ferait un musée d'un grand intérêt avec les statues, les figurines, les vases antiques, les amphores , les médailles, les monnaies des empereurs qu'on a recueillies à Agen, à Villeneuve, à Nérac. Nous pourrions citer qiiel(|ues maisons et plusieurs églises biUies sur des substructions romaines. Dans les communes d'Aiguillon et de Saint-l*ierre-dc-lluzet, un remarque, à peu de distance l'une île l'autre, deux tours ou vigies d'une admirable cunstruction.

I.es fouilles ont mis ailleurs au jour de grandes mosaïques du plus l>eau travail. Du reste, les anti(|uités du pays ne présentent |>as seulement des débris de la civilisation romaine ; un y rencontre aussi , dans les environs d'.Vgen et dans le canton de Tournon, des dolmens et des peulvens assez bien consenées, et il n'est pas rare d'y trouver des monnaies gauloises, des haches en silex, en porphyre et en bronze, derniers souvenirs des Nitiobriges.

La position centrale de l'Agenais, placé sur la route des barivares, qui envahissaient l'Aquitaine du cété des Pyrénées ou de l'Ucéan , et sur le chemin des armées qui , de l'intérieur de la l'rance , pénétraient dans cette province pour la soumettre à leurs armes ou pour porter la guerre en Espagne, devait, après la chute de l'em- *■ pire romain, lui assurer un râle important dans l'histoire. En cITet, les invasions des barbares, les rivalités <les princes, les événements de la guerre, les troubles religieux lui ont donné cette illustration, que les peuples paient trop souvent de leur re|M)s , de leur bonheur, et quelquefois même de leur existence. Mais ce qui nous frappe, au milieu des révolutions de l'Agenais, c'est le caractère patriotique,

Gn , résolu , hardi de ses habitants. Nous les voyons d'abord se rallier aux intérêts de la l'rance, alors même t|ue tes populations méridionales lui sont encore hoslifes; au moyen êgc , se montrer constamment les ennemis du la domination anglaise ; pendant les guerres des Albigeois, incliner vers les idées nouvelles, fournir leur contingent de martyrs et combattre résolument Montfort; et, plus lard, par cette même indépendance de leurs opinions, embrasser le calvinisme avec une telle ardeur que l'Agenais devient, dans le midi, le berceau de la réforme.

.Mais, reprenons la- marche chronologique des événements. Le profond répos dont jouissait le pays des Nitiobriges ne fut guère troublé, sous la domination romaine, (juc par les démêlés de Tetriciis avec ses concurrents à la pourpre im- IH^riale, et la persécution des premiers disciples du Christ. Nous ne parlons point des ravages attribués à un bandit, nommé .Maternus, vers le temps où régnait rem|H-reur Commode : très probablement , ce chef de brigands , sorti , selon Labenaisie, des rangs de l'armée, n'éteiulit jamais ses dépradations jusi|ue dans l'Agenais. En 2ôü, saint Vincent, qui ébiit venu pré<'her l'évangile dans le pays, subit le

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martyre à Vellanum. Saint Martial avait été plus heureux à Agen; car c'est à lui qu'on attribue l'introduetion de la fui chrétienne dans cette ville, et la fondation de la calltédrale de &iint-Étienne. tn 25 '» re|)ondant, l'église établie par Martial était déjà comme abandonnée; saint Honorât, évéque de Toulouse, envoya Firmin à Agen pour y ranimer l'ardeur des Fidèles, et ce saint fut le véritable apôtre de l'ancienne capitale dw Niliobriges. Vers la fin de ce même siècle, Dacicn, gouverneur de l'Aquitaine, se rendit à Agen, précédé par la terreur de son nom. Les chrétiens , encore peu uiimbreui, se dispersèrent de toute part; il en fit pourtant arrêter dix-sept cents, d'après la légende, et il les condamna au supplice. Parmi ces martyrs figurent surtout sainte Foi , qui fut brûU^ vive, et saint Caprais , dont on a voulu faire le premier évêque d'Agen ; mais il est à peu près démontré aujourd'hui que ce fut saint Phoebade , auteur d'un livre contre les Ariens. Quant à sainte Fui, le courage qu'elle déploya dans les tourments convertit au christianisme plusieurs païens présents à son martyre. Après sa mort. Dieu attacha le don des miracles à ses reliques et toute f Aquitaine i'honura comme la patronne de la viUe d'Agen.

A saint Phœbade succéda saint Dulcide son disciple. Ce prélat transféra dans une chapelle les cendres de saint Caprais et de sainte Fui. .Nous ne runnais.sons l>oint d'autre particularité sur son compte ; et, après lui , commence dans la série des évêques d'Agen une lacune qui se prolonge jusqu'au vi' siècle , époque à laquelle seulement finit le culte des idoles dans fAgenais.

Au commencement du v' siècle cette province dépendait encore du gouvernement de la seconde Aquitaine, qui fut ct'dée aux Visiguths par Honorius (VI2). Après la bntai.le de Vuuglé , les Franks occupèrent fAgenais. Chilpéric , petit-fils de Chlodwig, le posséda d'abord: il lui fut enlevé par Contran, roi de llourgogne, qui en fut expulsé quelque temps après (587). En G29, Dagobert en fit la cession à son frère Cariliert. I,es Sarrasins , en 732, pénétrèrent jusqu'à Agen , dont ils se rendirent maîtres. Otte ville ouvrit ses portes à Pépin, lorsque ce prince marcha contre le duc d'Aquitaine, Wnifer. Vers la fin du viii” siècle, Charlemagne établit à Agen un comté, dont Ermiladius fut le premier gouverneur, et qui subsista pendant longtemps et se trouva compris dans la Cascogne. f.e roi frank aimait à se reposer de ses rudes camiiagncs sous le beau ciel de fAgenais. fi avait une résidence royale A Cussencuil {CasiiiwÿUuui), petite ville située au confluent du Lot et de la Garonne, à deux lieues de Villeneuve-d'Agen. En 778, il y fêta la PAque, entouré des l.eudes du palais, tandis que les légions austrasiennes, burgondes, germaniques, longobardcs et septimaniennes , s'avançaient de toutes parts pour le suivre dans la fameuse campagne qui aboutit à la défaite de Itoncevaux. En partant de Casseneuil, il y laissa sa femme Mildegardc, alors enceinte, et qui y mit au jour deux fils, dont fun, f.othaire, mourut bientôt et l'autre fut ce l.udwig, depuis roi d'Aquitaine et empereur d'Occident sous le nom de Louis-le- Débonnaire. C’est encore à cette résidence royale, qu'à son retour d’Espagne Karle-le-Grand s'arrêta {lour constituer définitivement l'administration civile et militaire de ses provinces méridionales.

En8A8, les Normands, ayant fondu sur fAgenais, renversèrent Agen de fond en comble; la ville ne fut relevée qu'en 9(it, et l'on y rebâtit une cathédrale, dédiée

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à saint Étienne, ainsi qu'une autre église, placée sous l'invucation de saint Caprais.

La villa impériale de Casseneuil, et probablement Villeneuve, furent aussi dévastées par les pirates du Nord; leur chef Raynald, ou Kegiiaud, ne laissa subsister qu’une seule des tours du vaste palais, dont 1a masse architecturale commandait le Drot. I,a ruine de r,asseneuil eut lieu , d’après un historien , non pas en 848, mais en 885.

Cependant le comté d’Agen avait été donné à Vulfrin, comte d’Angoulôme et de Périgord; Guillaume, son fils, qui lui succéda, en 886, se le vit enlever par (iarcias-le-Courbé, duc de Gascogne. Vers l’an 970, Guillaume Sanche le céda à son frère Gombaut, évéque d’Agen, en se réservant, toutefois, les terres de Oinzac et celles de Condom alors comprises dans les limites de l'Agcnais : Gombaut rétablit et dota le célèbre monastère de Squirs , i l'ombre duquel devait naître bientôt la ville de I,a Réole i982!. En 1030, la province, par le mariage de Brisque , fille du duc de Gascogne, avec le Poitevin Guillaume, passa dans la maison des comtes de Poitiers, l.’ne charte de l'abbaye de Saint-Pons de Tomières, citée par les savants auteurs de l'Histoire générale du I.anguedoc, nous apprend que, dans ce même siècle, Guillaume, comle de Toulouse, exerçait une autorité sinon directe du moins médiale sur l'Agenais, soit que les comtes particuliers du pays l'eussent reconnu pour leur suzerain , soit qu’il appuyât ses prétentions sur les droits de son bisaïeul , Raymond Pons , duc d’Aquitaine et comte de Toulouse. Louis Vit , en épousant Éléonore de Guienne, réunit ce pays à la couronne ; les Anglais le reçurent ensuite des mains de cette même princesse, tandis que le comte de Toulouse protestait contre une transmission qu’il croyait contraire à ses droits. Enfin , en 1196, Richard, roi d’Angleterre, donna l’Agenais en dot à Jeanne, sa sœur, à l’occasion de son mariage avec Raymond A'I. Ce comle de Toulouse, pendant son' séjour â Agen , eu 1206, étendit aux communes voisines les coutumes de la capitale de la province qui avaient été rédigées depuis peu et probablement par ses soins.

lÆs barons de l’Agenais ne prirent pas une part très-active aux luttes des chrétiens dans la Palestine. En 1081, la province, qui s'était facilement consolée du départ des seigneurs croises, souffrit beaucoup de leur retour ; elle fut cruellement ravagée par la peste et le mal des ardents , qu'ils avaient rapporté de la Syrie. Ce fut après avoir guerroyé dans la Terre-Sainte , qu'en 126 Alphonse, comte de Poitiers , frère de suint Louis et mari de Jeanne , fille unique de Raymond Vil , dota le comté d'une cité nouvelle. L'abln' et les moines de l’abbaye d’Eysses lui cédèrent, en 1264 , le territoire de Gajac, )>our y bâtir, près de Casseneuil , la ville â laquelle nous avons donné plus liant, par anticipation, le nom de Villeneuve. .Selon toutes les apparences il existait déjà quelque bourgade sur le côté gauche du Lot, et le pont c.oostruit vers ce temps ne fit qu'établir des communications entre les habitants des deux rives.

La réunion de ce comté aux domaines des puissants seigneurs de Toulou.se dut favoriser dans l'Agenais la prédication des doctrines des Albigeois. .Mais, avant de raconter les circonstances qui y firent éclater les premières guerres de religion , il ' importe de nous rendre compte des pouvoirs temporels de l’évéque d’Agen et de la coutume par laquelle cette ville était régie. Nous comprendrons mieux alors les II. 61

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rôles que l'Église et la commune jouèrent réciproquement & cette époque désastreuse.

Gombaut n'avait pn transmettre à scs successeurs sa qualité de comte de l'Agenais, et si ceux-ci prirent, quelques siècles plus tard, le titre de comte d'Agen et le gardèrent jusqu'en 1789, ce fut une distinction purement iionorilîque. Mais leur richesse, leur pouvoir et leur influence n'en étaient pas moins considérables. Les barons de Montpezat, de Boville, de l.astruc et de Bajamont leur devaient l'horomage; le premier pour le château de Madaillan, le second |iour la terre de Boville, le troisième pour le chflteau de Mnntastruc, le quatrième pour Laroque- Timbaut. Le jour où l'évéque faisait son entrée solennelle à Agen, il se rendait d'abord de la maison commune, où il prêtait le serment d'usage, à l'église de Saint- Caprais ; de là , les quatre barons que nous venons de nommer, le portaient à l'église de Saint-Étienne. Au nombre de ses anciens vassaux Gguraient encore, d'après le cartulaire de l'évéché, le vicomte de Brullois elles seigneurs de Clermont-Dessus, de Fumel, de Latour d'Agen, de Roquecor, de Lacourt, de Ligarde, d'AstalTort, de Feugarolles, deCauzac, deCastillon, de .Monbalen et de Moiiteils. Il était, en outre, seigneur suzerain de tous les flefs ecclésiastiques de son diocèse, et possédait, près d'Agen, le château de Monbran, où il faisait sa résidence ordinaire. On cite un curieux exemple de la vigueur avec laquelle il savait, au besoin, soutenir ses droits : l'évéque de Bazas ayant empiété sur son territoire, il lui déclara la guerre, le battit, et brûla sa ville épiscopale (1138). C'était pourtant vers ce temps que l'érection de l'abbaye de Saint-Pierre-de-Condom en évêché lui faisait perdre toute la partie de son diocèse située sur la rive gauche de la Garonne ( 1317). L'autorité judiciaire de l'évêque d'Agen, fort étendue, quoique assez mal définie, était exercée par un bailli et un oflicial. Depuis l'épiscopat d'.Arnaud de Boville, qui se démit de l'évêché vers 1049, il avait aussi le précieux privilège de frapper des espèces à .son coin : on donnait le nom particulier d' Amnttdins à ces (rièces, dont la dénomination générale était, en latin, Amaldetisii monda, monnaie arnaudine ou arnaldèse; elles avaient cours dans l'Agenais, comme la livre tournois en Touraine. Du reste , les rois franks, ainsi que l'attestent quelques pièees à l'efllgie de Charlemagne et deCharles-le-Cbauve, avaient frappé autrefois des pièces d'argent dans l'ancienne capitale des Nitiobrlges. Sous le règne du roi Jean, on y fabriqua encore, è la demande des états du Languedoc, des gros valant douze deniers tournois.

L'épiscopat avait, à Agen, un adversaire aussi rude que persévérant dans la magistrature consulaire. L'établissement des communes de la province était antérieur au XII' siècle, et peut-être devaient-elles leur origine à une dernière transformation de la municipalité romaine. Nous voyons, à une époque fort reculée, celle d'Agen dans le plein exercice de scs pouvoirs. Dans le xii' et le xiii' siècles, elle donnait ou refusait sa sanction aux subsides réclamés par les seigneurs de la province. En 1242, Raymond VII s'étant ligué avec le roi d'Angleterre contre la France , elle s'associa à ce traité par délibération expresse ; ce n'est point là d'ailleurs le seul acte de souveraineté que présente son histoire et dont on ait gardé le souvenir. Les rois de France ne faisaient guère de traité de paix ou d'ailiance avec les comtes de Toulouse, sans exiger la garantie de la municipalité d'Agen. D'après le chapitre cinquante-deux de la coutume , le peuple devait choisir pour consuls, a des prud'hommes

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loyam, catholiqBes, nés d'an légitime mariage, qui ne fussent point hérétiques, ni «s. ni frères d’hérétiques, ni sorciers, ni usuriers publics, ni cnPn frappés de quelque peine infamante. » Ces magistrats étaient « établis pour le gouvernement des habitants et comme médiateurs entre les puissants et les faiUes, les riches et les pauvres « ( chapitre ii}. De concert arec les prud'hommes, ils avaient le droit de régler, par des ordonnances , tout ce qui concernait les affaires de la cité (chapitre xis). A ces privilèges des consuls, Raymond VI ajouta celui de créer des notaires, pouvoir dont ils jouirent jusqu'à l'époque de la révolution. Le pape r,lément Vf, Bertrand de Goth, lorsqu'il passa à Agen, accorda de plus à ces magistrats et à tous leurs concitoyens, le droit de « ne pouvoir être cités en jugement hors de la ville et du diocèse, par le saint-siège et ses légats, à moins que , dans les lettres papales, il ne fût expressément dérogé à cette concession » (1300-1308J.

Nous avons eu déjà l'occasion de dire qu’en 1203 Raymond VI confirma les coutumes d'Agen. Ces coutumes, qui venaient d'étre rédigées, concernaient particulièrement la ville; d'autres étaient communes à tout l'Agenais. Du reste, celles-ci, quant au fond et à la forme, ne différaient guère de celles-là. Nous avons été assez heureux pour nous procurer un extrait des coutumes d'Agen , écrites en langue romane; en voici les dispositions les plus importantes. Les Agenais étaient tenus, une fois l'an, au service militaire avec leur seigneur, pendant quarante jours; à l'expiration de ce délai, ils pouvaient rentrer chez eux , que la guerre fût terminée ou non. Étaient exempts d'aller à la guerre, les hommes âgés de plus de soixante dix ans, les pèlerins, les négociants en voyage, les malades, les orphelins, les veufs, et V celui dont la femme n'avait pas eu d'enfant, » ni decui sa moUher iaga d’tfani ( chapitre II). Le jugement des meurtriers devait être rendu par le seigneur, assisté des consuls et des prud'hommes. Si la victime sun ivait, le coupable était passible d'une amende de soixante-cinq sols arnaudins; si elle succombait, on confisquait, au proDt du seigneur, tous les biens du meurtrier, et son corps était enterré vivant sous celui du mort ( chapitre xi v ). On conduisait à travers la cité , tout nus et attachés avec une corde, l'homme et la femme adultères, qui payaient, en outre, chacun une amende de cinq sols arnaudins (chapitre xi\|. Le témoin convaincu de faux témoignage était condamné à courir la ville la langue percée d'une broche de fer (chapitre xxik). Nous regrettons que la nature singulière de quelques peines corporelles ne nous permette pas de citer d'autres dispositions, qui nous paraissent pourtant d'un grand intérêt, et dont nous n’avons trouvé aucun exemple dans les coutumes des autres provinces de France.

line observation nous frappe surtout en arrivant aux premières guerres de religion de l'Agenais, c’est l'esprit d'opposition et d'indépendance qui faisait inclinci ses habitants vers toutes les doctrines des réformateurs les plus hostiles à l'église romaine. A la fin du x*, et au commencement du xi* siècles, il existait dans la province beaucoup de manichéens, qui furent condamnés par un concile; on leur donna même, dit un auteur contemporain , Rodolphus Ardens , le nom A' Agmais; et le manichéisme, s'il faut en croire Bossuet, eut alors « ses docteurs particuliers » à .Agen. Bientêt les dogmes des Albigeois se répandirent d'une manière bien plus alarmante pour le clergé parmi les populations du diocèse. La petite ville de Casseneuil se convertit presque tout entière aux dogmes des Vaudois (1160-1209],

tôl GUiENNE.

Les dissidents se trouvèrent en assez grand nombre pour que cette fois encore on se crût autorisé, dans lu nord de la France, à confondre les nouveaux ennemis de l'église sous la dénomination collective d'Aÿenait; c’est du moins ce que nous apprennent quelques mots de Uobert Dumont, abbé de Saint-Michel, rapportés par le savant Du Gange.

Quoi qu'il en soit, Simon de Montfort , toujours prêt à étendre ses conquêtes, i

avec le cercle de la croisade dirigée contre Raymond VI, ne pouvait tarder à !

envahir l’Agenais. Déjà, en 1210, les croisés, sous les ordres de Gui, comte d'Auvergne, de l'archevêque de Bordeaux et des évêques de Cahors, de Limoges et de Béziers, y avaient fait une première incursion. Casseneuil, qui appartenait au frère d'Arnaud de Kovingha, évêque d'Agen, et dont le comte de Toulouse avait conBé la défense à Seguin de Bologne , fut assiégée par l'armée de l'église.

On consentit à laisser sortir la faible garnison de la place; mais on pilla la ville et on en brûla vifs tous les habitants Arnaud de Rovingha, prélat ambitieux, remuant, cruel, qui s'était trouvé au concile de Saint-Gilles et au siège de Béziers, et qui, •

dans sa liaine pour Raymond VI , le poursuivit jusqu'à Rome et l'accabla d'injures !

devant le pape, n'eut donc point de peine à décider Montfort, lorsqu'il le pressa de

se réunir à lui pour écraser les hérétiques de son diocèse. Le chef des croisés,

après avoir conduit son armée sous les murs de la ville et du château de Penne, '

s'en détacha pour se rendre à Agen , où il reçut le serment de l'évêque et des habitants. Il rejoignit ensuite ses troupes, et trouva un redoutable adversaire dans le sénéchal de l' Agenais, le commandant de la place assiégée ; Penne résista pendant cinq mois à tous ses elTorts, à toutes ses machines de guerre, et ne se rendit que par une capitulation honorable. Le comte prit ensuite les châteaux de Biron et de Montpezat , tandis que Raymond rentrait à Agen et en expulsait Arnaud de Rovingha (1212-1213). Enfin, après s'être rendu maître de Marmande, il tourna ses armes contre Casseneuil, dont les nouveaux habitants lui opposèrent une résistance héroïque; le siège dura six semaines , et le chef des croisés et ses ingénieurs y eussent échoué, si la garnison, composée de routiers, n'était pas sortie I

secrètement de la ville. Montfort ne s'y fut pas plutêt introduit avec ses troupes, qu'il la livra aux flammes et en massacra la population , sans distinction d'âge ni de sexe. Le légat du pape et saint Dominique avaient assisté à toutes les opérations de [

Simon de Montfort : vainqueur, il donna la terre de Casseneuil, encore toute couverte de cendres et de sang, à l'apétre de l'inquisition et à ses religieux. La ruine i

d'une place si forte acheva de faire tomber toute résistance devant le héros de la |

croisade. Le roi Jean d'Angleterre, qui avait promis, comme allié du comte de i

Toulouse, de secourir les assiégés, n'avait fait qu’une courte et inutile apparition I

dans l'Agcnais, et s’était retiré presque aussitôt (1214). Un an avant sa fin tragique , Montfort vint encore à Agen, où il prit la justice en pariage avec l'évêque Arnaud de Rovingha ( 1217).

Cet homme extraordinaire, en s'arrogeant tous les droits régaliens dans l'Agenais, avait donné un nouveau sénéchal à la province. Quoiqu'elle ne lui fût pas entièrement soumise, il en était le souverain de fait, lorsque la mort renversa l'édifice élevé si laborieusement par son ambition et cimenté par tant de meurtres. Son fils Amaury , après s'être présenté dans quelques villes ouvertes ou encore soumises ,

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assiégea Marmande; Louis de France vint à son aide avec une armée dans laquelle on comptait, dit-on, vingt évêques , trente comtes, un grand nombre de barons, six cents chevaliers, et environ dix mille archers. Ce n’était pas trop pour réduire une place défendue par le brave Cenlulle, comte d'Astarac. Marmande s'étant rendue, Amaury se vengea, par le massacre de ses habitants, de la protection que l,ouis avait accordée à Centulle et h ses braves soldats (1219). Ce fut son dernier triompltc; en 1221, les consuls d’Agen rappelèrent le vieux comte de Toulouse. Raymond VI étant mort, son Qls se rendit dans la capitale de l’Agenais, où il con- Orma les privilèges des habitants, et Ot un traité parliculier avec l’évêque Arnaud. Ensuite il attaqua Penne, dont Amaury ne put lui faire lever le siège ( I223|. Celuici ayant cédé, vers ce temps, tous ses prétendus droits au roi de France, la guerre prit une face plus menaçante.. D’un cAté, lx>uis VIII se prépara à envahir la province ; de l’autre, Raymond Vil, d’accord arec les habitants, résolut de s’enfermer dans Agen pour y attendre son redoutable concurrent ( 1225 1226). La mort frappa Louis sur ces entrefaites, comme elle avait atteint son père quelques années auparavant. Bientôt après, Arnaud de Rovingha les suivit au tombeau ( 1228). Tous les acteurs de ce terrible drame avaient rapidement disparu de la scène : un arrangement en devenait plus facile. En 1299, à la suite des conférences de Meaux et en vertu du traité de Paris, Raymond Vil fut réintégré dans tous ses états; il s’engagea à faire démolir les fortifications et à combler les fossés des villes et châteaux d Agen, de Casseueuil, de Condom, etc. La paix fut donc rendue au pays, jusqu'au jour où le comte de Toulouse, se liguant avec l’Angleterre, se vit enlever une partie de l’Agenais par les troupes du roi de France. Un en revint en dëflnitive au traité de Paris ; les barons et les communes de la province en garantirent l’exécution, et, comme place de sûreté. Penne fut livrée à la couronne (1242-1243). Cependant, l’inquisition pesait de toutes ses terreurs sur le pays, où les Albigeois s’étaient encore multipliés par le martyre. Ces dissidents y obéissaient à un chef religieux nommé le FUt-Mujeur. A Agen, on commissaire de l’évêque, qui n'avait point voulu admettre l’ordinaire du saint-office dans la ville épiscopale, y poursuit impitoyablement les hérétiques (1244). Pendant le séjour de Raymond VII dans cette ville, en 1249, on y juge devant lui quatre-vingts Albigeois qui sont brûlés vifs. Peut-être faut-il chercher dans leffroi répandu par ces supplices l’explication des nombreuses recrues que les Pastoureaux faisaient vers le même temps parmi les populations de l’ Agenais. Soit par un nouvel effet de l’esprit d’indépendance naturel à ce pays, soit pour s’assurer un refuge contre la tyrannie des moines, une multitude d’habitants des villes et des campagnes grossissaient les rangs des pauvres bergers. Cette étrange armée alla, comme une nuée de sauterelles, s’abattre sur Paris (1251-1252). Raymond VII mourut en 1245, après avoir institué l’évêque d’Agen son exécuteur testamentaire. Son successeur, Alphonse, frère de saint lavuis, et mari de Jeanne, fille du comité de Toulouse, visitèrent la capitale du comté, le 1 2 juin 1252 ; ce prince y fit de sages règlements pour l’administration de la justice et la réforme des abus.

11 ne faut pas croire que les dévastations des croisés et les poursuites de f Inquisition abattirent l’énergie dont la municipalité agenaise avait donné tant de preuves. Au contraire, nous la voyons se retremper dans les malheurs publics et s’attaquer.

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avec One poisanee nouvelle, au clergé de la province, à son évéque et % la papauté ellu-méme. D'abord ses consuls s'élèvent contre les surtaics que l'église d'Agen veut imposer au peuple pour l'administration des sacrements ; Innocent III accueille leurs plaintes , et ordonne aux dercs de s’en tenir aux conditions établies par une louable coutume |t3l5|. Plus tard, ils profltent de la querelle de Philippele-Bel, avec Roniface VIII, pour porter les ecclésiastiques sur le rôle d’une contribution extraordinaire , qu'ils veulent employer à rebtttir les murs de la ville et è réparer le pont de bois construit sur la Garonne vers la fin du xii* siècle , au temps où Richard d'Angleterre était duc d'Aquitaine. I.e clergé, en vertu de ses privilèges, refuse de payer ; mais les consuls invoquent à leur appui l'autorité royale. Philippe adresse à son sénéchal des lettres par lesquelles il ordonne à tous les habitants de la ville et de ses dépendances, de contribuer, sans distinction, aux travaux récemment entrepris dans un but d'utilité générale. L'église persistant à repousser l'impAt, le lieutenant du sénéchal et le juge-mage, à la réquisition des consuls, font enlever les serrures, et même les portes des maisons habitées par les ecclésiastiques. Le pape a beau fulminer une bulle menaçante contre la municipalité, elle n'en poursuit pas moins le clergé, dont les revenus sont saisis, les biens mis en séquestre, les raves et les greniers envahis. Un des consuls, Arnaud Anier, avait vu son oncle |)érir comme hérétique sur les bdchers allumés par l'inquisition : ce magistrat s'ëlant rendu, le jour de la Pentecôte, è l'église paroissiale de Sainte- Foi, le curé lui commande de sortir aussitôt; Arnaud Anier obéit, mais il invite le peuple è le suivre, et l'église reste déserte. Le dimanche suivant . les consuls se présentent dans la cathédrale , et plutôt que de céder la place è l'archidiacre et à ses prêtres, ils les obligent è suspendre l'offlce et à se retirer. Ces débats se prolongèrent avec la même violence jusqu'è la réconciliation de Philippc-le- Bel avec. Roniface VIII |12!)3). Environ cent soixante ans après, la justice consulaire, sans s'inquiéter des réi'lamntions du chef spirituel du diocèse, Jean de Rorgia, fait briller vifs deux clercs dans leurs babits ecclésiastiques, on ne sait en punition de quel crime Ajoutons qne, pendant plusieurs siècles, les consuls soutinrent une lutte obstinée contre l'évêque et contre les seigneurs du voisinage, pour le maintien ou l'extension de leur juridiction sur la ville et les paroisses enviroimantes; ces conOits se terminèrent presque toujours à leur avantage , et l'évèque l>erdit même la connaissance des causes civiles, qui passa dans les mains des baiHis et des juges municipaux.

Le comte Alphonse étant mort sans postérité en 1271, son neveu, Philippe-le- Hardi, s'empara de ses domaines et se rendit è Agen en personne pour y recevoir le serment des habitants; mais en 1371, l'Angleterre, sous le prétexte que l'Agena'is avait été promis par saint Louis à Henri III, se le fait céder, sous la condition d'bommage. Pbilippe-le-Bel, en 1295, y envoie une armée, devant laquelle presque toutes les villes ouvrent leurs portes. De 1298 à 1299, les deux puissances se font la guerre avec des alternatives de succès et de revers; l'armée française est commandée par le frère du roi, Charles de Valois. En 1324, on reprend les armes de part et d'autre, è l'occasion de quelques entreprises do baron de Montpeiat, dont le ebêteau était situé au centre et non sur la frontière de la province, comme le prétendent tous les historiens. L'armée française, sous les ordres du comte de Valois,

Digilizr.

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