AGE
prit Montpeiat et en rasa le chdleau, entra dans Agen par capitulation, et fut accueillie avec empressement par la plupart des autres villes du comté. Après la mort du comte de Valois, Alphonse d’Espagne et Robert Bertrand, seigneur de Briquebec, commandèrent successivement les troupes du roi de France. En 1337, la guerre éclate de nouveau, et l'Agenaiscn devient le principal théâtre. Le connétable Raoul de Brienne se rend maître de Villeneuve-d'Agen. Le sire d'Enguerry et le roi de Bohême, qui lui succèdent, prennent , l'un le château de .Maüaillati , l’autre la ville de Penne (1338-133!)). Dans les premiers jours du mois de mars 1338, Pierre de la Palu, sénéchal de Toulouse, réunit des troupes à Marmande pour assiéger Puy-Ouillem ; c’est au siège de cette petite ville du Périgord que les artilleurs du roi appliquèrent eu France, pour la première fois, la poudre et le canon à la réduction d’une place forte. Bientêt le comte de Derby donne une supériorité bien décidée aux armes anglaises. Montpezat, Tonneins et plusieurs autres villes tombent en son pouvoir. En 1345, il convoque toutes ses troupes à Agen, qui, l’année suivante, devient le quartier général des ducs de Bourbon et de Normandie. Ce dernier, suivi, assuret-on , d’une armée de plus de soixante mille hommes , entreprend de réduire la ville d’Aiguillon : elle est si bien défendue par le brave Mauny, qu'après un siège de cinq mois, le Qls du roi de France est obligé de se retirer; il y avait perdu, outre le jeune Philippe de Bourgogne, une grande partie de ses troupes ( 1346).
Depuis quelques années on travaillait à la réparation des murs d’Agen et on y élevait une citadelle par l’ordre de Philippe de Valois. Pendant son premier séjour dans cette ville, en 1344, le duc Jean avait accordé une indemnité aux carmes déchaussés, que les gens du roi avaient expulsés de leur maison dont l'emplacement devait recevoir la forteresse projetée. En 1352, les troupes d'Edouard III tentèrent sans succès de réduire Agen C’était le temps où les guerriers les plus illustres de la France, les comtes d’Armagnac, de Fois, de l’Ille-Jourdain , le roi rjiarles de Navarre et le sire de Craon disputaient pied à pied cette province aux Anglais. Le traité de Brétigny l’ayant livrée à Édouard Ht, le prince Noir fit son entrée solennelle à Agen, le 26 septembre 1 364. A la reprise des hostilités, les Anglais sont obligés d'abandonner la capitale de l’Agenais, qu’ils reprennent et perdent encore : le duc d’Anjou, avec l’assistance d'une partie de la noblesse et des communes, fait rentrer presque tout le pays sous l’obéissance delà couronne : il met des garnisons à .Agen, à Villeneuve, à Tonneins, à Aiguillon, à Penne (1370-1378). Sous le règne de Charles VI, qui visita l’Agenais en 1390, les combats recommencent, mais sans qu’il nous soit possible de préciser les événements militaires, tant il règne de confusion à cette époque ( 1390-1421). Les Anglais et les routiers dévastaient la province : la ville d’Agen se rachète du pillage par des contributipos volontaires ( 1432). En 1439, le comte d’Astarac prend cette place par escalade faveur de la nuit ; Cliarles VIII y vient en 1442, après la prise de Tartas. .;
L'Agenais , tant de fuis réuni à la couronne , fut encore aliéné par I.ouis XI eit faveur de son frère le duc de Berry. Le comté ne se ressentit point, du reste, de la guerre du bien public; il avait alors pour sénéchal Balzac de Ruffec, qui conduisit la noblesse agenaise au siège de I.ectoure, et s’y fit remarquer par la férocité de son caractère. En 1463, une maladie épidémique s’étant déclarée, les cours de justice et les chapitres de la cathédrale se retirèrentà Villeneuve. Au com-
GUIENNE
mencemcnl du siècle suivant nous trouvons le peuple d’Agen en pleine sédition contre les consuls ; on les accusait de perpétuer le consulat dans quelques familles, et de détourner à leur profit les fonds destinés à reiitrelien du pont eonstruit sur la Garonne. Ü Estissac, lieutenant du roi en Guicnnc, rétablit l'ordre et chiltia les principaux auteurs de ces troubles (1513). En 1.520, Antoine de La Rovére, évéquc d'Agen, fit son entrée dans sa ville épiscopale; il eut la gloire d'y attirer un savant italien, <pii devait répandre un grand éclat sur ce siècle : Jules César Scaliger ne comptait |»8, sans doute, faire un long séjour auprès du prélat; l'amour le retint dans ce beau pays. Il s'y éprit d'une vive passion pour la belle Andriète de Loubrqae, dont il recherclia la main , et qui le décida à regarder la capitale de l'Agenais comme sa seconde patrie. On connaît la prodigieuse érudition et les immenses travaux de Scaliger; il prit un rang distingué parmi les restaurateurs des lettres. Sa maison de C Escale, près d'Agen (cet homme éminent avait la prétention de faire croire qu'il descendait des princes de l'Escale, soxiverains de Vérone, de Vicencc, et de la Marche Trevisane) était une véritable académie. Il y recevait Antoine Muret, Belleforest, .Mathieu Handel ou Bandello, qui devint évêque du diocèse à la mort du cardinal de Lorraine son protecteur, et une foule d'autres écrivains d'un savoir non moins profond. Jules César Scaliger mourut A Agen le 2t octobre J558, à l'âge de soixante-quatorze ans. Ses deux fils, Sylvius et Joseph Juste Scaliger, naquirent dans cette ville; le second, qui ne fut pas inférieur à son père pour la science, acquit une aussi grande célébrité. Témoin de la naissance et des progrès de la réforme à Agen, il en embrassa les doctrines et lui prêta le lustre de son nom. En 1593, les étals de Hollande l'invitèrent à venir remplacer Juste Lipse à l'université de Leyde; il y professa seize ans et y mourut en 1609.
Nous sommes arrivés â la réforme protestante , l'époque la plus curieuse des annales agenaises. L’esprit d’indé-pendancc et d'investigation religieuse qui successivement avait porté ce peuple à accueillir avec faveur les hérésies des manichéens, des Albigeois et des pastoureaux, allait se manifester sons une forme nouvelle et plus arrêtée. C’était de l’Agenais que le flambeau du calvinisme devait jeter ses premières lueurs, et bientôt, comme un phare éclatant, illuminer tout le midi. Une petite ville de la province, Nérac, joua surtout un grand rôle dans ces premiers temps d'initiation ; elle fut, de 153A à 1572, la Genève de la France ; Marguerite de Valois, sœur de Fran^’ois 1", et Jeanne d'.Mbret, sa fille, deux des femmes les plus illustres dü xvi* siècle, y établirent leur résidence habituelle. L’une et l’antre attirèrent à la cour de Navarre les apôtres les plus éminents de la réforme. Calvin, Gérard Roussel, Mélanehlon et Théodore de Bèze y firent d’abord pressentir et plus tard y prêchèrent la foi protestante. Les idées de réforme s’étaient répandues rapidement parmi les instituteurs de l’enfance et jusque dans les branches supérieures de l’enseignement ; et, de cette région, elles descendirent avec plus d’autorité sur lés esprits. A Agen, c’était le régent humaniste Charles Sarraiin, le précepteur Belleforest , le religieux dominicain Jérôme Vendocin , professeur de philosophie dans la maLson de son ordre, et Jules Scaliger lui-même, dont les sympathies secrètes étaient pour les réformateurs; à Villeneuve, Montflanquin, Tonneins, Clairac, les Jean Carvin, les Jérôme Cazabonne, les André Mélancliton et le bénédictin Aymeric faisaient chaque jour de nombreux prosélytes. Gérard
AGEN. 489
Roussel , Dominé abbé de Clairac par la reine de Navarre, y convertissait au calvinisme tous les moines de ce monastère. Les persécutions ne tardèrent pas à donner la sanction du martyre à la parole des prédicateurs. Les premiers coups Turent portés dans la capitale de la province contre Jérdme Vindocin : conduit à l'AVruragno, prison de l’évèché, et condamné comme hérétique par Ijicombe, l'oflicial de l'évèque, il n'en sortit que pour être brdlè vif sur le gravier au bord de la Garonne. Un pauvre serrurier et beaucoup d'autres Agenais périrent de la même manière. Joseph Scali^er, qui fut témoin de ces exécutions barbares, évalue le nombre des victimes à trois cents.
Le jour où les protestants se retournèrent contre leurs bourreaux , la guerre civile éclata dans l’Agenais. Les premiers coups d'arquebuse furent échangés de part et d'autre à l'occasion d'une prise d'armes de deux mille réformés, que les ministres David , d'Agen, et Boisseuade, avaiemt poussés à faire une démonstration pour appuyer la conjuration d'Amboise (15G0). Deux hommes. Gascons de naissance, de cœur, d'esprit, de caractère et de génie, furent les principaux acteurs de cette guerre, qui devait embraser tout le royaume. Sans prétendre établir un parallèle entre eux , signalons quelques-uns des traits par lesquels ils se sont fait cunnaltre : d'un cêté Biaise de .Montluc , qui était arrivé à quarante-sept ans sans avoir jamais été investi du commandement des armées, mais que son courage et son activité élevèrent bientôt au gouvernement de la Guienne; de l'autre côté le jeune Henri de Navarre, qui avait grandi à la cour de Nérac, et dont les circonstances allaient faire un des plus illustres capitaines et un des politiques les plus habiles de son siècle. Tous deux également corrompus, rusés, égoïstes, braves, entreprenants ; mais celui-là conciliant le goût des plaisirs et de la débauche avec la foi et les pratiques religieuses, celui-ci alliant les mêmes passions au scepticisme et presque à l'incrédulité. L'un, sanguinaire, par la contagion de l'exemple, plus encore' que par tempérament, et d'ailleurs inaccessible à la séduction des riebessos et désintéressé dans l'administration des affaires publiques; l'autre, déployant, au besoin , les vertus et les qualités d'une nature supérieure, mais ayant trop souvent les vices de son temps et trop souvent aussi prenant son intérêt personnel pour règle de èa conduite et pour mesure de sa fui; enfin, ie premier, irrilable, fougueux , se laissant aller à toutes les impulsions du moment , espèce de fanfaron de violence et de cruauté; le second, raisonnant toutes choses avec profondeur, et peut-être grand , généreux , humain , encore moins par penchant que par calcul. Le père de Henri, Antoine de Bourbon, était lieutenant du roi en Guienne, lorsque les réformés firent une première tentative pour s'emparer d'Agen; il repoussa et dispersa leurs troupes, quoiqu'il fût l'un des chefs du parti protestant. La réforme avait fait de rapides progrès dans cette ville ; Roussanes, conseiller au présidial, y ouvrait sa maison à Jean Barelles, qui y prêchait publiquement; peu après , les huguenots étaient maîtres de l’église de Saint-Pœbode et de celle des Jacobins. A Villeneuve, même mouvement populaire, même conversion de l'église des Cordeliers au nouveau culte; de leur côté, les caliioliques chassent les protestants de plusieurs petites villes. Le^ consuls appellent Montluc à Agen, dans l'espoir qu'il parviendra à y rétablir l'ordre ; celui-ci , peu fait pour convaincre et apaiser les esprits, ne réussit point è comprimer les troubles. .Tandis qu'il se dédommage II. 62
GUIENNE
aillenrs da pea de niccès de cette mission paciflqne , par des combats et des exécutions , ie capitaine Truelle , à la tête de huit cents calvinistes , prend la capitale de la province par surprise, dans la nuit du 15 avril 1562 La noblesse alarmée invoque alors i son tour l'appui de Moiitluc; il se rend de Montauban é Villeneuve, et de là marche sur Agen. Trop faible pour réduire la place, il s'en éloigne, et toujours suivi de ses bourreaux, qu’il appelait ses laquais, il recommence le cours de scs promenades et de ses exécutions dans le pays. C'est ainsi qu'à Villeneuve il fait pendre le capitaine Morale! et quelques hommes de sa troupe; à Fumel, rompre vifs on tuer plus de quarante calvinistes, et non loin de Feugaroles , massacrer près de trois cents habitants de Nérac. « Nous étions si peu, que nous ne pouvions suffire à tuer, » dit-il en parlant de cette dernière boucherie (1561-1562). Victorieux de tous les cétés, il reparaît avec ses argoulets et ses bandouliers sous les murs d'Agen ; les habitants intimidés lui ouvrent leurs portes, et les protestants, au nombre de sept à huit cents, se retirent à Toumon. Ensuite il assiège et prend le château et la ville de Penne, dont la population tout entière est passée par les armes. On entasse les cadavres des victimes , parmi lesquelles se trouvent quelques calvinistes d’Agen , dans le puits du Château , d'on il sort une maladie pestilentielle qui répand la mortalité et la désolation dans la province. La même fortune favorise Montluc dans ses rencontres avec Duras et Gaumont , les chefs du parti protestant.
La paix do 1564 ne fut qu'une trêve suivie d'autres combats; nous en épargnerons le récit à nos lecteurs. En 1569, Montluc réunit à Agen les états de la province; il y revient et en prend la défense lorsque Montgomery menace l'Agenais. Cette ville lève à ses frais une compagnie de deux cents horestii-ri, espèce d’aventuriers italiens. Bientét l'armée des princes arrive, sous les ordres de Coligny , et s'avance, sur les bords du Lot, jusqu'à Villeneuve, où Montluc a envoyé son tlls, sans qu'elle se décide, toutefois, à entreprendre le siège d'Agen (1569).
Quelques années après son mariage avec Marguerite de Valois, à qui son frère, Charles IX , donna l'Agenais et le Quercy en apanage (1572), Henri de Navarre se relira dans la capitale de la première de Ces provinces, où il fut visité par Duplessis-Momay. Le séjour de ce prince à Agen est l'une des pages les plus regrettables de son histoire. Sur sa proposition , la jurade de la ville fait désarmer les habitants; il forme le projet d'y élever une citadelle, fait fortifier Villeneuve, et reçoit les députés des États de Blois (1576-1577). Quelques succès militaires ne balancèrent pas le discrédit dans lequel le font tomber les continuels désordres de sa vie privée. Ne pouvant séduire mademoiselle de Combefort, d'une noble famille du pays, il l'invite à un bal dans la grande salle de l’évéché; à l'instant où les danses sont le plus animées, on éteint toutes les lumières par son ordre , et la pauvre fille ne lui échappe qu’en se précipitant par la fenêtre ; elle tombe sur le pavé et se casse une jambe. Une autre fois c'est la fille d'un honnête médecin de la ville, qui, après s'être livrée au roi, e.-t prise d'un violent désespoir et se laisse mourir de faim. I.CS consuls et le peuple d'Agen, chex lesquels un revirement d'opinions religieuses s'était d'ailleurs manifesté, jugèrent Henri très-sévèrement. Se sentant mai à l'aise au milieu d'eux, il alla chercher d'autres amours à Nérac , où des concessions avantageuses sur la place du marché de celte ville devinrent le prix de (a
AGEN
honte d'un boulan^r et d’un charbonnier, dont les femmes étaient fort belles. Cet éloignement du roi de Navarre ne fut pas, du reste, sans influence sur les affaires générales de la province : le maréchal de Biron en profita pour s’emparer , en 1378, d'Agen et de Villeneuve.
la reine- mère avait fait un voyage dans l'Agenais en 1365; elle y revint en 1378, avec Marguerite de Valois, femme du roi de Navarre. Elle visita Agen, où sa fille fit une entrée brillante , comme apanagiste du comté , et de là les deux princesses se rendirent à Nérac. Catherine de Médicis avait compté sur les charmes des dames de son cortège pour séduire le Béarnais : il devint, en effet, amoureux de mademoiselle de Fosseuse pendant les conférences de Nérac; mais Catherine de Médicis ne l'en trouva pas plus traitable. Henri profitait avec sa gaieté et sa finesse gasconne de tous les plaisirs et de tous les avantages que lui offraient ses ennemis, sans jamais leur donner aucune prise sur lui. Nous voudrions mettre sous les yeux du lecteur ces négociations qui touchaient aux points les plus importants du gouvernement et de la religion. Catherine y égaya les sujets les plus graves de propot gaillards et y déploya son habileté ordinaire ; mais elle fut peut-être encore surpassée par sa fille, femme d'un esprit, nous dirions presque d'un génie supérieur, et qui, contre l'attente de sa mère, défendit les intérêts de son mari avec un grand dévouement et un rare bonheur. Les vingt-sept articles arrêtés dans les conférences de Nérac formèrent la base du traité de Fleix. Une chambre mipartie avait été établie à Agen, en 1578 : on convint à Fleix qu'elle serait remplacée par une chambre de justice, composée de douze conseillers du Parlement de Paris : un illustre magistrat, de Thou, était membre de cette commission et la suivit è Agen en 1584.
Cependant, cette fois encore, la paix fut de courte durée. Les intrigues de Marguerite de Valois et de mademoiselle de Fosseuse firent naître la guerre des amoureux, laquelle amena le siège et la destruction , par le^maréchal de Biron , de la ville de Gontaud et 9e ses . habitants. Tonneins succomba aussi; Qairac, plus heureuse, put se défendre (1379-1580).
Un grand scandale allait être donné à la province et à la France entière. Marguerite de Valois, chassée de la cour par son frère Henri lit, qui lui reprochait publiquement le scandaleux éclat de ses galanteries, s'était retirée à Nérac (1384). Elle y continua sa vie dissolue, et le roi de Navarre ne prenant plus la peine de lui dissimuler son mépris , elle alla chercher un refuge dans la capitale de son comté. Là , pour se venger , elle se jeta dans le parti de la Ligue, et voulut surprendre Tonneins et Villeneuve, qui tenaient pour son mari (1583). Elle annonça ensuite le projet d'élever une citadelle à Agen et atondonna les habitants aux exactions de ses favoris et de mademoiselle de Duras. Les Agenais, instruits que le maréchal de Matignon s’approchait de leur cité pour arrêter Marguerite sur l'ordre de Henri III , se soulèvent contre cette princesse au nombre de plus de mille : un sanglant combat s'engagea entre eux et les troupes de la reine ; ils les mirent en la déroute, et Marguerite avec les dames de sa suite se sauva dans le plus grand désarroi ; « La plupart de ses filles , » dit Costc dans ses Dames illvstres, «la suivaient, qui sans masque, qui sans dévantier, et telle sans les deux. « Avec Marguerite de Valois, qui mourut en 1516, finit la liste des comtes
Mî ' GÜIENNE.
apanagisips dp l'Agenais. Cependant la sœur du cardinal de Richelieu , madame de Combalet, acquit, en 1G't3, l’engagement du pays d'Agcnais pour ta somme de soixante mille francs; les ducs d'Aiguillon, branche cadette de la maison de Richelieu , en ont joui jusqu’à la révolution de 1789. Les aînés de cette branche se qualifiaient comtes d'Agenais.
La mort de Henri III occasionna de nouveaux troubles à Agen, qui avait embrassé le parti de la I.igue et repoussé vigoureusement une attaque des protestants. IJne autre tentative des réformés faillit réus.sir en 1391 : cette fois ils s’introduisirent dans la ville par surprise, sous les ordres de Saint-Chamarand , sénéchal de l’Agpnais. On se battit avec un incroyable acharnement dans les rues; les consuls Trenqiie et Mathieu s’étaient mis à la tête du peuple; ce dernier fut tué, Saint- Chamarand eut le même sort, et , de part et d’autre, deux cents hommes restèrent sur la place. Apres l’entrée de Henri IV à Paris, Agen et Villeneuve, malgré l’opposition du marquis deVillars, frère de Joyeuse, firent leur soumission à la couronne ( I59& ). Vers 1589, un collège avait été fondé dans la première de ces villes et mis sous la direction des jésuites. En t598, il fut stipulé par un article secret de l’édit de Nantes que l’exercice public de la religion réformée ne serait point rétabli à Agen, fne tentative sur Villeneuve, projetée pju- Tes complices de Biron, et qui avait pour but de soulever la Provence (1605); le synode général, tenu par les réformés à Tonneins, dont Louis \I1I vint faire le siège en personne, comme nous le dirons dans la notice particulière sur cette ville (1613-1615]; l’agitation occasionnée par le dilTérend du duc de Mayenne avec le maréchal de Roquelaure (1619); l’alliance du gouverneur de la province avec la reine-mère et les princes contre le roi (1620); tels ont été les derniers événements politiques et militairés du comté avant la première guerre de Guienne sous I.ouis XIII.
Lorsque le culte catholique fut rétabli dans le R<-arn, en 1621, la défense des protestants dans l'Agenais fut confiée au marquis de l.a Force; Louis XIII se mil aussitôt en campagne avec une armée nombreuse. Son approche n’intimida nullement les rebelles, et les principaux d’entre eux, rassemblés à Clairac sous la présidence du duc de Rohan, y résolurent une nouvelle prise d’armes. Quelques villes, cependant, telles que Toumon , Tonneins, Monlfianquin et Puymirol, effrayées de celte témérité, envoyèrent au roi des députés chargés de lui faire agréer leur soumission. Clairac seule persista; Louis XIII alors en entreprit le siège, et les habitants furent obligés de se rendre è discrétion après une longue et vigoureuse résistance.
Anne d’Autriche, qui avait accompagné le roi en Guienne, fit son entrée solennelle à Agen le 9 aodt. Le lendemain matin Louis XIII y arriva vers dix heures; il en repartit le 12 , se dirigeant sur àlontauban , suivi de son armée et de vingt-huit pièces de canon. L’échec éprouvé par les catholiques sous les murs de cotte place , réveilla toutes tes espérances des protestants ; ils s’emparèrent de Montflanquin , de Tonneins et de Clairac. A celte nouvelle, le duc d'Elbeuf, à qui le roi avant de partir avait confié le commandement de ses troupes, rentra dans l’Agenais; il y fut bientôt suivi par le prince de Condé et Louis XllI, et toute résistance devint bientôt impossible devant les trois armées combinées. La plupart des villes et châteaux de l’Agenais furent démantelés. I>!s consuls d’Agen assistèrent, comme
Digitizcci 1' , t .1
AGEN