‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 82 sur 119 · ASS · texte numérisé non relu

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commissaires , au rascmcnt du fort de Sauveterrc et des murailles de Layrac. Cependant les calvinistes avaient été plutôt abattus que soumis; cette compression des esprits fut suivie de quelques troubles en 1625, quand Rohan-Soubise eut repris les armes. Mais l'agitation s'éteignit bien avant la prise de I.a Rochelle ; car les populations, épuisées par tant d'efforts et de sacrifices, n'avaient plus, en outre, qu'une foi très-médiocre dans le désintéressement et la persévérance de leurs chefs.

En i630, Agen devint le siège de la cour des aides de Guienne. On bétit, à cette occasion, le -palais de justice. Le 17 juin 1635, la menace d'un nouvel impôt sur les vins et sur d'autres denrées de la province fit éclater une révolte terrible A Agen. Le peuple se porta, dans sa rage, à des excès effroyables; les femmes surtout déployèrent une férocité inouïe. I.es cloches de la ville gardèrent , dit-on , le silence treize jours durant ; le tocsin , cependant , retentissait deux lieues è la ronde, et dans la campagne les paysans ameutés imitaient ces scènes de dt^rdre.

Les troubles de la Fronde eurent trop de retentissement dans la Guienne pour que l'Agenais ne s'en ressentit pas. En 16A:l, Bernard deNogsret, duc d'Èpemon, fit .son entrée solennelle à .Agen. L'administration du duc y fut d'abord signalée par plusieurs établissements d'utHité publique. C'est A lui que la ville fut redevable de scs charmantes promenades, des délicieux jardins de Malconte et de plusieurs beaux édifices, entre autres les écuries du roi ; mais bientôt les despotiques séductions exercées sur son esprit par une jeune et Jolie Agenaise, appelée Manon I.artigue, le firent déchoir dans l'estime et l'affection des habitants. En vain essaya-t-il de les éblouir par un luxe extraordinaire, de les étourdir par une rapide succession de fêtes, dont la plus remarquable fut le fameux carrousel de I6A7, donné en apparence A la duchesse , en réalité A Manon I>artigue. L'intraitable orgueil de d'Èpemon, relui de sa maitresse, aux pieds de laquelle il fallait que chacun s'humiliât, et qu'on accusait d'avoir gagné près de lui une fortune de deux millions, finirent par révolter tous les esprits, l-es premiers mouvements de la Fronde achevèrent de miner son crédit ; la reine-mère elle-même , cédant alors au voeu public, lui ôta le gouvernement do Guienne pour le donner au prince de Condé.

En des premiers actes politiques du prince fut de signifier aux trois ordres d'Agen l'arrêt du parlement de Bordeaux , par lequel l'illustre compagtiie déclarait faire envers et contre tous cause commune avec lui. Cet arrêt ne rencontra presque point d'opposition dans l'assemblée agenaise. Bientôt, pourtant, les consuls ayant re{u une lettre de la cour dans laquelle le roi les louait de leur l'délité, ces éloges adroits modifièrent singulièrement leurs résolutions , et ils prièrent littéralement Condé, qui leur annonçait son arrivée pour le 28 décembre, de ne point honorer la ville de sa présence. Il fut en outre décidé que, si le prince s'obstinait à venir, son altesse serait reçue seulement avec sa maison et « sans aucuns gens de guerre » ; mais, préoccupé d'autres embarras bien plus graves, le prince n'insista point. Après avoir échoué devant Lectoure, toutefois, lui et le prince de Cnnti, son frère, se portèrent sur Agen , afin d'y établir momentanément leur quartier général. Condé se présenta devant le corps de jnrade, et sollicita pour ses troupes l'entrée de la ville; ne pouvant l'obtenir, il demanda qu'on admit au moins trois oents hommes de garde pour son frère , qui se proposait d'y faire quelque séjour. I.es consuls

m GUIENNE.

répondirent que les habitants tiendraient à honneur de garder eux-mêmes le prince de Conti. Mécontent de cette oOre, dont la courtoisie ne laissait que trop percer la défiance , Condé sort de l'assemblée. Presque aussitôt arrive un trompette, envoyé par le duc d'Harcourt pour sommer la ville. La situation se complique ; ii s'agit de prendre un parti. Est-ce la cause du roi qu'on doit servir, ou bien celle du prince? Tandis qu'on délibère, les troupes de Condé enlèvent la porte Saint-Antoine; il s'avance de sa personne avec deux compagnies, tambours battant, mèche allumée des deux bouts et balle en bouche. Les consuls, alors, courent au plus pressé.

Des détachements en armes se rendant, partie aux murailles, partie à la maison commune , les rues se hérissent de barricades. Malgré la crainte de se trouver pris entre deux feux , d'un côté les troupes royales, qui campaient déjà dans un faubourg, de l'autre les Agenais, le prince ne recula pas néanmoins devant les bourgeois. Il poussa son cheval à travers les barricades , accompagné de cinq à six gentilshommes, saluant le peuple, tâchant, par une familiarité affectueuse, de le ramener dans ses intérêts. Tout fut inutile , il fallut céder. Les partisans du roi prévalurent enfin dans l'assemblée des trois ordres, et le duc d'Harcourt, à qui les consuls avaient ouvert les portes d'Agen, tU prêter dans l'hôtel-de-ville le serment de fidélité à sa majesté par tous les habitants. Celte formalité accomplie, et voulant profiter de la retraite de Condé pour achever la pacification de la province, le duc alla investir Vilieneuve. Le siège dura sept semaines consécutives ; le courage des assaillants se lassa plus tôt que celui des défenseurs de la ville, où commandait Théobon de Pardaiiian. D'Harcourt se vit contraint de renoncer à son entreprise; mais, après qu'il eut décampé, le comte de Vailloc adressa d'honorables propositions aux princi|>aux chefs enfermés dans la ville , et les habitants firent leur soumission au roi. Ainsi finirent les troubles de la Fronde dans l'Agenais.

A part les persécutions qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes, il ne nous reste plus rien à enregistrer snr le règne de Louis XIV : Mascaron, alors évêque d'Agen , tempéra par sa douceur toute chrétienne la violence exercée sur les esprits pur le gouvernement royal. Ce n'est pas le seul souvenir que cet iilustre préiat ait laissé à Agen. En 1G8&, il fonda le séminaire, et en 1686 l'hôpital, qui existe encore de nos jours et qui a été fort agrandi. Sous l»uis XV, M. Gounon, négociant , établit dans cette ville la manufacture de toiles (1765) ; et, le 19 du mois de juin 1775, l'évêque posa la première pierre du palais épiscopal , dont on a fait depuis l'hôtel de la préfecture.

Nous franchissons ici les quelques années qui nous séparent de 1789 : toute cette période n'étant que d'un intérêt très-secondaire dans les aimales agenaises. Les trois ordres de la sdAéchaïusêe i Agenaii se réunirent à la fin de mars de cette année pour procéder aux élections générales ; l'ordre de la noblesse à l'hôtel-deville, le clergé dans l'église des Capucins, et le tiers-état dans l'église des Jacobins. Parmi les représentants de la province aux états-généraux , nous ne trouvons pas d'homme bien remarquable; nous en dinnis autant des dépotés à l'Assemblée législative et à la Convention. Nous ne saurions, toutefois , passer sous silence les simples et nobles paroles prononcées au sein de l'Assemblée nationale, le à janvier 1791 , par M, Dusson de Bonnac , évêque d'Agen , lorsqu'il refusa de jurer la

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