MARMANDE— TONNEINS
An commencement dn xiv* siècle, pendant la guerre qni avait éclaté entre les rois de France et d’Angleterre, à propos du chèteau de Saint-Serdos , bdti par le seigneur de Montpezat, les troupes de Charles-lc-Bel occupèrent Tonneins et scs environs. Les deux villes s'empressèrent d'ouvrir leurs portes à Duguesclin, lors de la conBscation du duché de Guienne; et Jean Ferréol, fils de Guillaume, demeura fidèle aux intérêts de la France jusqu'à l'entrée du roi d'Angleterre, Henri Y, à Paris ( là21 ). De U53, date de l'avénement de Saintrailles à la baronnie de Tonneins-Dessous, jusqu'à làfil, date de sa mort, aucune circonstance intéressante ne se présente dans l'histoire de cette seigneurie. Catherine Brachet , femme de Saintrailles, épousa en secondes noces Jean de Stuer, sire de la Barde, vicomte de Ribérac. Elle institua pour son héritier universel un des parents de son second mari, Guillaume de Stuer, seigneur de Saint-Maigrin, conseiller-d'état et gentilhomme ordinaire du roi. C’est ce Guillaume que nous voyons, en H90, sur l’invitation des consuls de sa baronnie, remettre en vigueur et jurer d’observer l’ancienne coutume de Tonneins-Dessous, rédigée l'an 1301, sur les traditions orales et en langue vulgaire du pays, par l'ordre de Guillaume Ferréol.
Les consuls de Tonneins-Dessous , au nombre de quatre , s'adjoignaient , pour l'administration des affaires, un conseil dejurats choisis parmi les prud'hommes de la cité. Ils siégeaient, ainsi qu'une députation du corps de jurade, dans la cour de justice du seigneur, dont les attributions étaient fort étendues. Les habitants étaient exempts • de quêtes, tailles , logements, dons, promesses et prêts ». Ceux d'entre eux qui avaient maison pouvaient seuls garder chez eux des armes et équipages de guerre , et ces armes étaient insaisissables. Quelques autres dispositions de cette coutume méritent d’être rapportées. Toute voie de fait envers les consuls était punie d'une amende de dix francs, et si le coupable ne pouvait la solder, on lui coupait le poing. On promenait les adultères par la vHIe , nus et attachés ensemble ; on enterrait vivant le meurtrier ou l'homicide sous le cadavre de sa victime; on perçait la langue au faux témoin, et il demeurait deux heures au pilori avec le poinçon dans la blessure. Tout voleur d'un objet évalué à cinq sous et audessus avait l'oreille coupée ; celui qui avait dérobé quelque comestible , de si mince valeur qu'il pdt être , était conduit à travers les mes avec la chose volée suspendue au cou , et de plus payait une amende. Enfin , les bourgeois avaient la faculté de refuser le combat judiciaire , ce qui équivalait presque à la suppression de cet usage barbare.
On conçoit, d'après l'esprit libéral de la coutume de Tonneins-Dessous, que les habitants de Tonneins-Dessus, moins bien traités par leur seigneur, n'attendissent qu’une occasion favorable de lui arracher des concessions. Le code qui les régissait depuis 1361 ne renfermait, en effet, aucune franchise municipale. C'était tout simplement un énoncé de droits, un tarif d'amendes, qui bénéficiaient au baron. Malheureusement toutes leurs tentatives échouèrent, et la coutume deCasteljaloux continua de peser sur eux.
Lorsque Mélanchtou vint prêcher les doctrines de la réforme dans l'Agenais, le baron de Tonneins-Dessus, ainsi que les habitants des deux cités , embrassèrent chaudement la foi nouvelle; tandis que François de Stuer-Caussade , baron de Tonneins-Dessous, restait fidèle au catholicisme. Pendant les guerres qui rem-
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plissent toute cette période, Montluc rançonna impitoyablementlesdeus Tonneins En 1 3G8, Jeanne d' Albret se réfugia à Tonneins-Uessous avec son jeune Gis , depuis Henri IV; elle y séjourna déni jours et en sortit, presque sou» le canon de Montluc, pour s’enfuir dans le Pér'igord. En 1581 , le roi de Navarre y établit son quartier général. Les vicissitudes de la guerre l'y conduisirent plusieurs fois. Les habitants lui avaient voué une vive affection : ils en donnèrent la preuve lorsque Marguerite sa femme , qui avait embrassé le parti de la Ligue , vint avec une petite armée sommer la ville de se rendre. Les consuls lui en fermèrent les portes , et les habitants la contraignirent de se retirer dans le plus grand désordre.
Un rèle plus important encore était réservé à Tonneins pendant le xvn* siècle. Le 2 mai 1615, s'ouvrit dans cette ville le synode national de toutes les églises réformées de France. L'assemblée se sépara, le Sjuin après avoir prêté 'le serment d'union : serment qui fut renouvelé, le 26 août 1615, par une assemblée générale des habitants tenue dans le temple. Un ambassadeur du roi d'Angleterre, Jacques I*, le représentait au synode.
A l'époque de la première guerre de Guienne, Tonneins s'empressa de se soumettre à Louis XII I ( 1621) ; mais , en 1622 , le marquis de La Force, nommé par l'assemblée de La Rochelle général en chef des églises de la rive droite de la Garonne, réussit à en expulser les troupes royales et y mit une garnison de quinze cents hommes. Le maréchal de Thémines et le duc d'Elbcuf marchèrent aussitét contre la ville. Tonneins-Dessous, dont la position militaire était moins bonne, ne résista que tout juste le temps nécessaire pour que les habitants et la garnison pussent l'évacuer sans trop de précipitation , et chercher un refuge à Tonneins- Uessus. Le marquis de La Force accourut au secours de ses coreligionnaires. Son armée était nombreuse, aguerrie, pleine d'ardeur : il conçut l'espérance de faire lever le siège; six cents hommes de troupes fraîches parvinrent même à s'introduire dans la place; un sortie fut faite, le 27 avril, et peu s'en fallut que tous les travaux des assiégeants ne fussent détruits. Enfin, pressée par la famine, Tonneins-Dessus capitula, et Louis XIII, cédant aux inspirations de la colère, ordonna au duc d'Elbeuf de réduire en cendres les deux cités pour les punir de leur résistance. Cet ordre impitoyable fut exécuté , et les deux Tonneins disparurent alors de dessus la terre. Le roi, s'acharnant dans sa vengeance, interdit même aux habitants de la rebâtir à une distance moindre de cinq cents pas de la Garonne ; mais les énergiques consuls de ce peuple proscrit et sans asile ne tinrent aucun compte des défenses réitérées de la cour : les deux nouvelles Tonneins s'élevèrent bientôt pour n'en plus former qu’une sur leur ancien emplacement. Une particularité bien digne d'attention , c'est qu'à la fln de 1622 le corps de jurade de Tonneins-Dessous assemblé sur les décombres encore fumants de la ville, y nomma les consuls de l'année suivante.
Il nous reste encore quelques faits à indiquer. Les deux baronnies, réunies par Antoine-Paul-Jacques deQuélen-Stuer, furent érigées, l'an 1758, en durché-pairie, sous le titre de La Vauguyon. Une autre ordonnance royale avait doté la ville, au commencement de ce même siècle, d'un grand établissement industriel; nous voulons parler de la Manufacture royale de tabac , qui a fait la fortune de Tonneins (1721). Lorsque ce privilège lui fut retiré, cinq manufactures particulières
NftRAC. 501
s'établirent et s'élevèrent à une telle prospérité qu'elles produisirent plus de deux millions de kiln^amroes de tabac par an. Le rétablisseroent de l'ancienne Manufacture royole , sous l'empire , restreignit de beaucoup cette riche production (1811). On compte dans la ville une population de 7,088 émes.
Marmande a vu naître, en 1005, le savant dominicain Françoii Comltjis, dont nous ne pouvons citer les nombreux ouvrages , et qui fut un des meilleurs hellénistes de son temps; il mourut, en 1779, pensionné par le clergé de France. Quelques auteurs font naître un guerrier fameux, Poton de Saintmilies, é Clairar, d'une ancienne maison de chevalerie, vers 1400 ; mais il nous parait plus vraisemblable qu'il naquit près de Mirande, comme nous l'avons dit dans notre notice sur celte ville. I.e poète Théophile, si connu par les persécutions que lui firent éprouver les Jésuites, reçut le jour, en 1590, selon les uns à Clairac, selon les autres à Sainte- Kadegondc-de-Boussers, près d'.Aiguillon. Enfin un des ministres les plus habiles de la restauration, M. de Martignae, était sorti, en 1770, de la petite ville de Miramont; il lit ses débuts à la Chambre des Députés, en 1821, comme représentant du collège électoral de Marmande. '
NÉRAG.
Tout ce qu'on peut aflihner de plus certain sur la ville de Nérac, c'est qu'elle existait bien antérieurement au xi* siècle, puisqu'un de ses seigneurs, nommé Arcius d'Olbion, la donna, l'an 1011, A l'abbaye de Saint-Pierre-de-Condom. Des découvertes récentes, faites dans son enceinte, ainsi qu'aux alentours, donnent à penser qu'une cité romaine a pu s'élever sur cet emplacement. Dans la partie de la ville actuelle appelée le Petit-Nérac, il y avait autrefois un prieuré de Bénédictins. Ces moines, pour se défendre contre les agressions des seigneurs du voisinage, confièrent la garde de leur couvent à un sire d'Albret, qui en- fut, dès cette époque , l'avoué ou abbé laïque. Mais bientôt, les avoués du couvent protégèrent les moim's d'une si étrange manière, que ceux-ci se virent contraints de leur résigner la viHe et la seigneurie de Nérac. Les sires d'Albret firent alors un chélean de l'abbaye, et, plus tard, un palais, où ils fixèrent leur rés'idence. D'après l'historien Pierre de Marca, qui, do reste, garde le silence le plus absolu sur Nérac, pendant le xi' siècle, il parait que cette ville dépendit de Condom jusqu'en l'année 1548, date du mariage de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, avec Antoine de Bourbon. Clément Marot, Calvin, Mélanchton, trouvèrent un asile A Nérac auprès de Marguerite de Valois, sœur de François 1"; Gérard Roussel y devint, vers le même temps, fapOtre de la réforme (1528-1533). Théodore de Bèxe, disciple et collègue de Calvin, y fut
1. Dom VaUtelle, 0i>lo«rc générait du Languedoc. Mtrenrt 4e France (auMe Itil}. Bittaire det grande officiti e de la eomronne , par le père ADaelme. — L. Lagartie, Beekerchee kieto- Tiques ettr la vttle et les anciennes baronnies de Tonneins. — J.-P. Boudon de Saiut-AroaD.s, Uis~ taire du département de Loê-ei-Gorasute.
GUIENNE
envojé en 1569 par les seigneurs protestants du royaume, afin d’y conférer avec le roi de Navarre sur les intérêts de la religion. De Bèze acheva l'oeuvre de Gérard Roussel. Son influence en peu de temps devint si grande sur la reine Jeanne, qu'elle Ht démolir toutes les églises, tous les monastères de la ville, et bétir un temple où furent préchées les doctrines de la foi nouvelle.
Sous Charles IX, Nérac embrassa le parti du prince de Condé. Les habitants, i I
l'approche de l'armée catholique, saisis d'épouvante , s'empressèrent d'évacuer la place. 8ii cctits des leurs, cependant, s'étalent arrêtés sur une hauteur ; Montluc fondit sur eux sans liésitation , et , comme il s’en vante dans ses commentaires, les flt tous tomber sous l'épée ou les balles de ses bandouliers. De Thou prétend que Nérac fut prise alors par les catholiques; Montluc aurait pu s'en emparer, sans doute, mais le temps lui manqua. Charles IX y vint en 1565; il y rétablit l'ancien culte aboli par Jeanne de Navarre, et ordonna qu'à l'avenir les magistrats de Nérac seraient mi-partis. Le marquis de Villars essaya de surprendre Nérac, en 1577.
Henri de Bourbon , depuis Henri IV, découvrit heureusement le complot ; il fondit I
avec une poignée de braves sur Villars; la nuit sépara les combattants, et chacun se retira de son cété. Deux ans après, Nérac reçut encore Catherine de Médicis I
dans ses murs; Marguerite de Valois et le roi de Navarre y conférèrent pendant tout l'hiver avec elle, afin de régler les bases d’une union durable entre les protestants et les catholiques. La reine Marguerite était encore à Nérac en 1580 , lorsque le maréchal de Biron se présenta devant la place. « Le roi de Navarre, dit Sully, ne pouvant tenir la campagne contre l'armée du maréchal, s'était renfermé dans Nérac, où étaient les dames et toute la cour, toujours brillante malgré Je mauvais état des affaires du roi.» Il y eut, de part et d'autre, quelques escarmouches de cavalerie. Biron flt tirer cinq a six volées de canon sur la ville Un de ces boulets perdus atteignit ia porte Mercadieu où était Marguerite regardant le combat, et vint tomber à ses pieds.
Sous Louis XIII, le duc de Rohan et le marquis de La Force s'étant mis à la tète des calviiiistcs, chassèrent de Nérac tous les partisans de la cause royale, et y laissèrent une forte garnison avant de rejoindre leur armée. Le duc de Mayenne l'investit aussitét. l>e siège fut long, la défense habile et vigoureuse, et le comte de testes, à qui elle avait été confiée, sortit de la place avec armes et bagages, tambour battant, enseignes déployées. Louis XIII punit la ville en faisant raser ses fortifications; la cliambrc de l'Édit fut transférée à Agen, et la chambre des comptes réunie à celle de Pau ( 1621-1624). Pendant les guerres de la Fronde, les habitants repoussèrent constamment toutes les sollicitations des deux émissaires de la princesse de Condé, Lusignan et d'Uauterive, qui tes pressaient de se déclarer en sa faveur. Quelques années auparavant, le duché d'Albret, avec Nérac sa capitale, avaient été engagés au prince de Condé. Louis XIV, allant épouser l'infante d'Espagne, passa par cette ville an mois de novembre 1656. C'est le dernier souvenir de quelque intérêt de l'histoire locale dans les temps antérieurs à la révolution, qui fut accueiltie avec enthousiasme par les habitants de Nérac : au mois d'octobre 1789, ils envoyèrent une adresse à l'Assemblée nationale, pour lui exprimer leur satisfaction ; elle était accompagnée d'un don patriotique composé de cent trente-deux marcs d'argent et de plusieurs bqoux en or et en pierreries.
CAHUKS. M3
Nérac est située sur les deux rives de la Baïse ; elle couvre deux coteaux eacarpéf dont une partie est coupée à pic. La ville vieille, sombre et mal pavée, occupe la rampe la plus rude, sur la rive droite; la ville neuve, plus spacieuse et assex riaute, s'étend sur le plateau de la rive gauche. Au nord de ce plateau l'on voit les restes de l'ancien castel successivement büti par .\inanieu d’.VIbret, Charles II, Alain, et Jeanne, qui employa à ces constructions les déhris des couvents et des églises supprimés par son ordre en I5G0. C'est dans ce corps de logis, ü l’extrémité orientale du chétcau, qu'habitait Henri IV. Les deux villes communiquent par deux ponts de pierre. Nérac fut pendant longtemps la véritable capitale des rqû de Navarre ; Marguerite de Valois en fit le séjour de ses galanteries. Le voyageup|M manque jamais de visiter les bdtiments encore debout du chéteau, la fontaine de Saiâ-Jean qu'on^.. bragent deux ormes magnifiques plantés l'un par Henri IV, l'autre par Margueqijj|j^' et surtout la délicieuse promenade de la Garonne où l'on montre la maisoiixia Fleurette. La population du Nérac s'élève à près de 8,000 Ames, celle de l'arrondissement est de 00,998 habitants. Nérac fait un assez grand commerce de toiles, chanvre, lin, farines, amidon, liège, caui-de-vic, gros draps, biscuits de mer, et surtout de ces fameuses terrines de perdrix dont la confection constitue aujourd'hui sa principale industrie.
Parmi les personnages célèbres auxquels Nérac a donné le jour, nous citerons particulièrement le lieutenant-général Colineau du tiandat, qui Bt adopter l'uniforinc militaire sous Louis XIV; Jacques de liomas, physicien distingué et rival de Franklin , auquel on attribue , non sans fondement, la priorité d’invention du cerf-volant électrique; Gramont Hllemon/ès, ollicier du génie, qui servit sous les ordres de Uugommier, et périt frappé du même coup d'obus que ce générai. La famille de Uonlesquieu était originaire de Nérac. '
CAH0R8.
L'antiquité de la ville de Cahors est des plus reculées. Célèbre déjà avant la conquête romaine, elle portait, dans la langue des Celtes, le nom de Divona (Diw, Dieu , Wonan , fontaine) , qu’elle avait dû à une source sacrée coulant aux environs, et appelée aujourd'hui la Fontaine des Chartreux; source qui sort d’une crevasse ou fissure des montagnes calcaires du sud, et dont l’eau, avant de tomber dans le Lot, est retenue par un barrage en pierre dans un bassin carré, et fait mouvoir, pendant la saison d’hiver, un petit moulin à trois tournants. I.es habitants de Divona opposèrent à Jules César une vive résistance. Un de leurs chefs,
I. Dom Viisselle, HlstoH-idu Lanquedoe.— Marva, Hiifotre de Biarn. — lts Commentaires de Monlluc. — L<« Mémoires de Sully. —t« Mercure de France. — J.-F. Boudon de Sainl-Aniani , Histoire ancienne et moderiu de Lot-et-Garonste, — Piotiee kietorique sur ta ville de Pfirae , l>ar M. de ViUeneiiTe-Bap,ienionl,
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LuUterich , s'enferma dans le chdtean A’Uxeltodunutn , oà H renouvela les prodiges d’héroïsme de Vercingétorix dans Gergovie. Contraints de cédor,.les Cadurques reçurent du vainqueur la qualitication A’Eleutheri, libres; ils furent conviés aux emplois de la république, et leur métropole, appelée désormais Cadurcum, grandit et prospéra sous l’intelligente administration des premiers temps de l'empire. La mode et le luxe se chargèrent bientôt de populariser à Koroe le nom de sa nouvelle conquête. On n'y parla plus que des tuiles soyeuses de Cahors, de ses délicates poteries : à tel point que la ville , enrichie peu à peu par ses corporations ou collèges d'ouvriers qui se livraient dans ses murs à ces deux sortes d'industrie, ne tarda point i*«’embellir de tous les monuments magnifiques, fontaines, bains publics, amphitbéôtre, dont les restes imposants nous apprennent encore aujourd’hui quelle fat sa splendeur sous les Romains. Quatre grandes routes partant de Périgueux , d'.\gen, de Toulouse et de Rhodez, se croisaient dans son enceinte, la reliant aux autres cités de la Gaule, et un vaste aqueduc, construit à ce qu'on présume sous Constantin, par un architecte nommé Polemius, prolongeait sa masse gigantesque jusqu'à six lieues au-<lelà de la cité.
Il n'y a rien dans la physionomie et l'industrie de ta ville actuelle de Cahors qui rappelle la grandeur politique et la prospérité matérielle de la capitale des Cadurques. De ses anciens monuments il ne lui reste que des ruines. Elle a perdu le secret de scs belles poteries et de ses tissus renoroniés ; elle ne fournit plus au commerce que de gros vins noirs, dont la qualité est excellente, et qui, puissamment alcooliques, servent à couper presque tous les vins du midi. Cahors est située dans une presqu'île formée par le Lot et dominée de tous côtés par des montagnes qui l'enferment comme dans un entonnoir ; celles du sud oITrent l’aspect le plus aride : c'est à peine si la bruyère croit de loin en loin sur leurs flancs grisdtres ; des vignes vigoureuses couvrent de distance en distance les pierres calcaires des montagnes du nord-ouest. Une petite plaine qui se compose de terrains d'alluvion, trèspropre à la culture du chanvre et du tabac, borde la ville de l'est à l'ouest.
Vers le milieu du ni’ siècle, le christianisme fut introduit à Cahors par saint Génulphe. Là, comme partout ailleurs, 1a fermeté de l'apôtre ne mollit point devant les apprêts du martyre , et Dioscorus , gouverneur de la cité , touché de la grâce , s'étant converti a la fui nouvelle, en favorisa la propagation parmi les Cadurquos. Cest à saint Génulphe que commence la série des évêques de Cahors. Il eut, diton , pour successeur Exupère, ce fameux rhéteur de Bordeaux , dont Ausone a vanté les talents. Quant à la circonscription de l'évèchë , ce fut Constantin qui la régla, suivant à peu près les limites de l’ancienne üivona : circonscription conservée plus tard pour le Quercy. I,es bornes du diocèse étaient donc au nord le Limousin , à l'est le Ruuergue , au midi le Tarn qui le séparait du haut Languedoc, à l'ouest r.\genais et le Périgord. La province avait une superlicie d’environ trois cent ci|iquante-une lieues , et la rivière du Lot la divisait eu deux parties bien distinctes, le haut et le bas Quercy.
Aux VisigoUvs , qui s'étaient rendus maîtres du pays des Cadurques , en 472 , succédèrent les Franks (507). Thëodebert, fils du roi de Neustrie, marcita sur Cahors, sBn de l'arracher a son oncle Sighebert. 1^4 meurtres, l'incendie, les sacrilèges, signalèrent son pas.sage à travers lu province ; et, s'étant emparé de lu ville.
Dt:;izf
nAHORS. 605
il en fit abattre les murailles (573J. Sous Dagobert I", l’évéque Rusticns fut massacré de l'autre côté de la rivière du Lot. La corporation des bouchers, convaincue de ce crime, l'expia par une amende honorable; et tous les ans, depuis cette époque , il fut d’usage qu'à la Saint-Étienne , deux d’entre eux se rendessent à la cathédrale, armés chacun d'une hache de bois, qu'ils déposaient aux angles du raaltre-autel ; après quoi l'un et l’autre assislaient à l’oIRce de la veille et du jour. A Kusticus succéda Didier, noble gallo-romain , descendant d'une fainille sénatoriale, très en crédit à la cour de Dagobert. Didier, dont les habitants de Cahors vénèrent encore la mémoire , sous le nom de .Saint-tiéry, employa ses richesses , qui étaient considérables, à relever les murailles de sa ville épiscopale, à y fonder des monastères, à l’orner d’un grand nombre d'édifices publics, et, par testament , il laissa tous ses biens à l'églLse cathédrale , entre autres, dix bourgs ou villages qui lui appartenaient dans le Quercy 1661].'
Les Sarrasins et les Normands fondirent tour A tour sur le pays des Cadurques et le ravagèrent. Guillaume Taillefer, comte de l’oulouse, s'empara de Cahors. vers la fin du X’ siècle. féodalité se constitua fortement dans le Quercy , où la postérité de ce prince domina jus<|uc dans la dernière partie du xiir siècle , avec differentes vicissitudes ou interruptions de pouvoir. Rientôt , néanmoins , ('.ahors devint le siège d'un comté particulier, dont les évêques s'assurèrent la possession, et ces prélats jouirent du privilège de frapper à leur coin la monnaie qui , de temps immémorial, se faisait dans leur cité. Henri II, roi d'Angleterre, après avoir repris Cjihors et le Qucrcy sur le roi de France, I.ouis VII , y établit pour gouverneur son chancelier Thomas Becket (1159).
Les comtes de Toulouse parvinrent , par accommodement , à remettre, durant quelques années, cette province sous leur olvéissance; mais ils en furent totalement dépossédés lors de la guerre des Albigeois, et Guillaume, évêque de Cahors , prêta serment au général de la croisade, Simon de Montfort. C'est ce même Guillaume qui, en 1211 , contribua si puissamment au gain de la sanglante bataille livrée sous les murs de Castelnaudary- Les évêques de Cahors présentent, d'ailleurs, tous les caractères des chefs séculiers au moyen âge. Un de leurs privilèges était d'oITider avec l'attirail militaire, casque, épée, cuirasse, gantelets, placés .sur l'autel près de l'Évangile, et, à chaque mutation de prélat, au moment où le nouvel élu entrait dans le ressort de sa juridiction, le vicomte de Scssac, vassal de l'évêché, nu-tête, en camisole blanche, la jambe droite nue, le pied chaussé d'une pantoiille, allait prendre la bride de sa mule qu'il conduisait à la cathédrale.
Fendant la première période de la croisade contre les Albigeois ( 1214), le cardinal-légat, Robert de ('.orçon. venant de Sainte-Livrade où il avait confirmé Simon de Montfort dans la posse.ssion du ijuercy, du Kouerguc , ainsi que des autres pays de sa légation , se présenta devant Cahors et demanda l’entrée de la ville ; mais les habitants lui en ayant fermé les portes, se montrèrent en armes sur les remparts, afin de le repousser s’il essayait d'y pénétrer de vive force. Bientôt cependant, touchés de repentir, ils jurèrent obéissance au cardinal-légat; ils brûlèrent leurs |K>rtcs, sur .son ordre, et, afin de dédommager Montfort à qui elles appartenaient comme seigneur de la cité depuis 1211, ils lui payèrent une indemnité de quinie cents marcs d'argent. Le pape Innocent III, à qui les C.ahursins II. 64
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envoj'èrcnt des députes, leur accorda l’absolution par une bulle datée de Pérouse, le 2 de juin 1216,
Huit ans après, Raymond VII avait recouvré tout le domaine possédé par son père dans le Quercy. Cahors seule conservait son indépendance sous l'autorité de l’évéque, Guillaume de Carduillac, qui en faisait hommage au roi de France Louis VIII , et en obtenait la promesse que jamais ni l'évècbé ni cet hommage ne seraient aliénés de la couronne. En 1225, les consuls alors en différend avec le prélat et son chapitre, au sujet d'une cloche qu'ils prétendaient avoir le droit de faire sonner sans sa permission, invoquèrent l'autorité de Raymond VH quand il passa par Cahors, le 10 d'octobre de cette année, pour aller à Bourges. Rajmond profita de la circonstance et ressaisit ainsi une partie des pouvoirs usurpés sur sa maison par les évéques. Les vieilles institutions du droit romain, les traditions de In municipalité n'avaient pas, du reste, péri étouffm sous le régime féodal. Dès le XII* siècle, ainsi qu’en Italie, dans les républiques de Gènes et de Gaète, on voit des seigneurs du Quercy ne pas dédaigner de s'associer h la commune de Cahors : témoin Raymond de .Salvaiibac , riche marchanil de cette ville , qui prêta, comme on sait, à Simon de Monlfort les sommes nécessaires pour entreprendre la croisade. Le consulat se rassied sur des bases solides. I,e xiii* et le xiv* siècles sont remplis des querelles de la commune avec l'évèque. La politique de la mo,narebie favorise ce mouvement d'émancipation , et les consuls ne négligent aucun prétexte afin de se soustraire à la juridiction épiscopale. La plus significative de CCS collisions éclata dans la seconde moitié du xiii' siècle. L'évèque de Cahors, voulant construire un pont de pierre sur le l.ot, avait avec l'agrément du pape alTeclé è cet usage deux cents marcs d’argent provenant des amendes décernt'-es contre les usuriers qui exigeaient plus de vingt pour cent. La somme ne suffisait pas : l'évèque recourut au moyen , si souvent pratiqué alors , de l'élévation du taux de la monnaie; mais les consuls excitèrent une émeute qui le força de la ramener au titre primitif. Le pont s'acheva pourtant, et en souvenir de la source d'où étaient sortis les deux cents marcs, une tradition populaire lui donna le nom de Pont du Diable. C'est le beau pont Valantré ou de Ba/andrct dont on remarque encore les trois hautes tours bâties aux deux extrémités et au centre de l'axe décrit par ce monument.
La lutte une fois engagée devait se poursuivre avec ardeur. Vers 1287, l'évèque Dieudonné de Barsal essaie d'ôter aux consuls le droit de sceau, la garde des clefs de la ville, etc. ; ceux-ci résistent, alléguant qu’ils tiennent ces droits de l’autorité royale, et un arrêt du parlement de Paris confirme leurs prétentions. Le successeur de Barsal, mieux avisé, offre alors à Philippe-le-Bel le partage de scs droits sur la ville; Philippe accepte, et, en 1306, par un acte appelé pariage, la royauté est associée à tous les droits de l'épisi'opat : c’est-à-dire qu'il, n’y a plus désormais dans la cité qu'un seul juge, un seul prévôt, un seul collecteur, une seule caisse; le sceau est frappé à la double empreinte du roi et de l’évéque; et les tours, les murs, les places, les fo.ssés, demeurent sous leur commune suncillancc. Les droits du consulat, non mentionnés dans le pariage, n'en sont pas moins restés intacts. Les querelles ne ressent pas encore, mais les viguiers royaux s'appliquent habilement à en modérer l'irritation. Pour compléter ici tout ce que nous savons sur
r. A HORS.
l’adminûitration provinciale et judiciaire du Qucrcy, ajoutons que Henri II avait établi un présidial à Cahors, en I.5.V2, et que le pays avait des états auxquels o.ssistalent les trois ordres. I.e tiers sc composait des communautés, au nombre de vingt-quatre, tant bourgs que villes, dont les principales étaient Caliors, Montauban , Figeac et Moissac. Les états s'assemblaient indilTéremment dans l'une ou l'autre de ces villes, d'abord à des époques indéterminées et selon les besoins. L'on y votait les subsides au comte, plus tard au roi; l'on y répartissait l'impôt, l'on y décrétait quelques mesures d'ordre, et le sénéchal de Oihors en avait la présidence. Le Quercy, à la mort de ieanne de Toulouse et d'Alphonse de Poitiers, avait été réuni à la couronne par Philippe-le-Hardi |136l); il était partagé en douze bailliages.
Reprenons maintenant la suite des événements. Cahors fut redevable à l'un de ses enfants, Jacques D'Euse ou Dossa, élu pape au conclave de Lyon, et qui occupa le siège apostolique sous le nom de Jean XXII, d'un établissement scientiOque, source pour elle d'une illustration et d'une vie nouvelle : nous voulons parler de la fondation de son université , dont l'influence a été aussi grande que celle des universités de Bourges et de Toulouse sur la renaissance des études juridiques. Presque tous les évêques de Cahors furent , en outre, depuis Jean XXII , revêtus de la pourpre romaine. Édouard, prince de Galles, vint loger à Cahors dans la maison de Jacques D'Euse, après la signature du traité de Brétigny, par lequel le üuercy fut cédé à l'Angleterre (1360). Les Cahorsins, pas plus que les tutres habitants de la province, ne sympatliisérent avec les Anglais : la preuve en ressort d'un acte précieusement conservé dans les archives municipales, où il est dit que ce ne sont pas eux qui ont quitté leur prince naturel, mais bien lui qui les a délaissés comme des orphelins. Indignée de la tyrannie insolente du gouverneur Jean Chandos, Cahors s'insurgea bientôt à la voix de ses consuls; mais, livrée à ses propres forces, elle fut contrainte de rouvrir scs portes aux Anglais. Ces tentatives de délivrance s'étant renouvelées en 1428, les compagnies étrangères furent cliassées successivement de la ville, du château de Concorès, et de celui de Mercués , Casiram Mercurii, résidence de l’évéquc. I,es Anglais rendirent la place aux consuls par capitulation, moyennant une pièce de damas, plus seize mille moutons d'argent équivalant à la somme de cent quatre-vingt-douze livres. La capitale des Cadurciens rentra .sous la domination française pour n'en plus sortir : elle fut une des soixantequatre villes dont les députés assistèrent au couronnement de Louis XI , qui réunit pour la seconde fuis le Quercy à la couronne , après la mort de son frère Charles , duc de Guienne (1471).
Pendant les guerres de religion, Cahors, vieille cité épiscopale, dévouée aux traditions catholiques , ne permit point à la réforme de sc glisser dans ses foyers. Le peuple, un jour, s'attroupa devant la maison de d'OrioUe, où se faisait le prêche, et y mit le feu. Les protestants, intimidés, n'osèrent plus se montrer à Cahors. Par un singulier jeu du hasard, ce fut pourtant l'un de ses enfants. Clément Marut, qui par sa traduction des psaumes en vers français fournit au calvinisme les armes spirituelles les plus populaires. Lorsque, après la Saint-Barthélemy, les deux partis en vinrent de nouveau aux mains, le roi de Navarre, à qui d'ailleurs Cahors appartenait, en vertu de son contrat demariage avec Marguerite de Valois, dirigea contre cette ville, dans la nuit du 39 mai 1580, une attaque terrible, que son intré-
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pidité put seule faire réussir. Au bout de trois jours de combat, les babitants, qui s'étalent vaillamment défendus derrière des barricades, cessèrent toute résistance. Le sac de la ville commença : les édiQees sacrés furent mutilés, dépouillés de leurs ornements; les reliques violées et jetées au vent. En 1589, des députés du parlement de Toulouse déterminèrent Cahors à se prononcer pour la Ligue.
L’avénemcnt de Henri IV dut la période des agitations civiles de Cabors; mais, par une fatale compensation, c'est de cette époque aussi que date sa décadence: suppression du privilège d'entrcpdt pour les vins, suppression de l'université , qui, depuis quatre siècles, donnait à la science du droit juridique tous ses oracles, les Cujas, les lienedicii, les Jean Uartis, les Koaldès, les d'Acosta, et où Fénelon fit ses études.
Sous Louis XVI, l'unité du Quercy subsistait encore comme circonscription administrative. L'ancien diocèse avait été divisé seulement en haut et bas Quercy ; Cabors était dans la partie haute, et l'établissement, à Villefranche, d'une administration provinciale avait rendu la convocation des états presque inutile. La lui du k mars 1790 partagea le pays en six districts, dont les chefs lieux furent Cahors, Mbntauhan , Figcac, Gourdon, Moiasac et Saint-Céré. EnOn , un sénatus-consulte de l'année 1808 créa le département de Tarn-et-Garonne , dont Montauban devint le chef-lieu ; et le département du Lot , représentant à peu prés toute l'ancienne province , ne se composa plus que des trois arrondissements de Caliors , Figeac et Gourdon. lui population actuelle du Lot est de 267,7.39 habitants ; t'.ahors figure dans ce chiffre pour 12,417, et l'arrondissement dont elle est aussi le chef-lieu pour 117,353. On ne sait h quel siècle attribuer la fondation de la cathédrale de Saint-Étienne , le seul monument remarquable de cctie ville. Le caractère de son architecture accuse évidemment une origine romaine ; mais des constructions et des réparations ont modifié les proportions du plan primitif. Un montait anciennement à l'église par un perron qu'a recouvert l'exhaussement du sol ; on y descend aujourd'hui par des degrés, lui grande route de Paris à Toulouse traverse Cahors dans toute sa longueur; on a planté de chaque cdté des allées d'arbres : c'est ce qu'on appelle la l’romenade des Fossés.
Aux hommes célèbres que nous avons déjà nommés, et que la ville de Cahors n vu naître, il nous faut ajouter, sur le témoignage de Voltaire, le fameux /.n Colprenèdt, né en 1612. La gloire de Fénelon, originaire du Quercy, appartient également à Cahors , où il lit , avons-nous dit, ses études, et qui lui a élevé un obélisque . '
»Otawe«-