FIGEAC
Figiacum ou Figeacum in Caturcensi, dont on a fait Figeac, est située au pied de la chaîne calcaire qui forme le prolongement des montagnes de Latronquière, sur
1. Auseuttiâ. — Lc-S Bollamiibtes. — Tivsor des chartes. — IFùtoirt générah du l.angttédoc. — Oiitoire du Querci de Dommici. — i7ts(«irr du midi d« la France, par Uary^Lafou. du Lot, par Delpoo.
Fir.EAr..
la rivière du Cellé, luper alveum SiUris. Cette ville a eu pour berceau Une célèbre abbaye de Rciiédictins , Fondée , non en 755, par Pépin-le-Bref, père de Cbarlenvagne, comme l'ont avancé le père Le Coinle, l’iganiol , et après eux 'tous les compilateurs de dictionnaires historiques, mais bien en 819, ou même postérieurement à celte année, par Pépin b", roi d'Aquitaine, fils de l'empereur Louis-le- Itébonnaire. L'abbé de Longerue, qui adopte ce dernier sentiment, se trompe néanmoins sur la date de la fondation du monastère de Figeac. Il la rapporte à l'an 815, et prétend que son église fut consacrée en 810, par le pape Étienne IV. Mais Pépin 1" ne fut, comme on sait, couronné roi d'Aquitaine qu'en 817, et, en outre, le statut d'Aix-la-(]hapelle, dressé à cette époque, où sont mentionnées toutes les abbayes de fondation royale, ne parle point de celle-ci.
Il parait que sous les princes de la première race, le lieu occupé plus tard par l'abbaye de Figeac avait été jugé favorable à l'érection d'un monastère. On l'appelait vallée de Junant, Conrallis Zonanlit; celte vallée appartenait à l'église de Cahors. L'évèque Angarius en céda la propriété au lils de Louîs-le- Débonnaire. Pépin restaura l'abbaye royale de Junant, lui donna le nouveau nom de Figeac {Ctrnobium Fiacense), et lui soumit celle de Saint Ouentin deGaillac, en Albigeois, qu'il avait aussi relevée de ses ruines. On ignore quelle est l'étymologie de Figiacum ou Figeacum , d'où dérive /''/ÿinceaiij ou Hacensis; il vaut mieux, ce nous semble, en convenir tout simplement, que de se faire l'écho des traditions locales. On raconte, en effet, avec beaucoup de gravité, que le nom de cette abbaye fut d'abord Fiac, Fiacutn, mais qu'en 1090, l'abbé (inillaume, voulant en indiquer le chemin aux nombreux pèlerins empressés de la visiter, au milieu des immenses forêts dont l'inextricable labyrinthe inlerceptail de toutes parts ses avenues, répondit à ses moines embarras.sés de la diHiculté : fige acum, plantez une aiguille. Cette légende doit évidemment son origine aux obélisques ou aiguilles de pierre qu'on rencontre encore de nos jours dans le voisinage de Figeac, vers le Puy-de-(^ndal , montagne des Chandelles, parce que, dit-on, sur cette montagne, il y avait jadis une tour où l'on allumait des signaux pendant la nuit.
U petite chronique de Figeac nous apprend que le premier abbé du monastère, depuis sa reconstruction , fut Aymar, mort en 852. (a; fut cette année-là même que , suivant Baluze, le saint prélat reçut l'hommage de Raymond I" : le comte de Toulouse possédait l'avouerie (cuslûdia) du monastère de Figeac, c'està-dire qu'il en était l'abbé la'ique, on le défenseur temporel. En 97à, Garsinde, veuve de Haymond-Pons, arrière-petit-rds de Raymond 1", légua en alleu à l'abbaye un bourg appelé Ermos ; en 1 07i , Raymond de Saint-Gilles, de concert avec son frère Guillaume, comte de Toulouse, la réunit à l'ordre de Cluni. Seize ans après, Philippe-Auguste, dans la cession qu'il Ut à Richard, roi d'Angleterre, de la ville de Cahors et de tout le Quercy avec ses dépendances, se réserva l'abbaye de Figeac , ainsi que celle de Souillac « parce que, étant de fondation royale, toutes deux lui appartenaient. O EnUn, en 1195, dans des lettres patentes datées de Bourges, au mois de février, ce même prince rendit à Raymond VI, comte de Toulouse, ou de Saint -Gilles, l'avouerie du premier monastère, dont il avait dépouillé Raymond V, par son traité avec Richard; et, en 1096, au mois de juillet,
r.lIIENNE.
p<!iiilant le concile de Mmes, le pape l'rbain II le scj'ara de l'abhaye de Conques, (|ui dès lors eut ses abbés particuliers.
Ce fut à peu près vers cette époque, entre le xr et le xir siècle, que l'abbé Guillaume entoura son couvent de murailles. Un bourg ne tarda point à se former au pied des remparts. I.es habitations, précédemment éparses dans le voisinage du monastère, se rapprochèrent de ce centre qui leur était commun. Figeac eut ses consuls, ses libertés, ses privilèges, confirmés tour à tour par les rois de France, sa justice seigneuriale, dont Pliilippe-le-Del fit l'acquisition en 13UI , et, de bonne heure, un hétel des monnaies qui compta parmi les plus actifs du royaume.
.\u commencement de la guerre des Albigeois, Simon de Montfort se rendit à Figeac, dont l'abbé Guillaume et les religieux lui concédèrent en fief, sous la redevance annnelle de dis marcs d'argent, le citâteau de Peyrussc avec tous les autres biens que Raymond VI, comte de Toulouse, avait reçus d'eui auparavant . soH A ('.apdcnac, suit à Uentillac. Sous le roi Jean, cette ville eut le malheur de se soumettre volontairement aux Anglais. Le roi, pour la punir de cette défection, supprima son hdtel des monnaies ; mais il le rétablit bientôt, touché des efforts héroïques et des sacrifices de tout genre qu'avaient faits les habitants pour secouer le joug étranger. Sous Charles V, en 1370, après la rupture du traité de Drétigny, Figeac reconnut l'autorité du roi de France, et obtint In confirmation de scs privilèges. Toutefois, les habitants se laissèrent surprendre, le lA d'octobre 1372, par Bertucal d'.Albret et Bernard de La Salle, deux chefs de compagnies au service du roi d'Angleterre. Comme la place était fort importante, Jean, fils du comte d'Armagnac, offrit aux deux capitaines une grosse somme pour l'évacuer. Ceux-ci demandèrent cent vingt mille francs d'or, dont le paiement leur fut assuré par les trois étals assemblés du Qucrcy , du lloucrgue et des montagnes de l'Auvergne. Tous les lieux occupï's par les compagnies, entre le Lot et la Dordogne, furent aussitôt remis aux troupes du duc d'Anjou ; mais Bcrtucat d'Albrot et Bernard de La Salle ne sortirent de Figeac que le 3 d’août 1373.
fji monnaie royale de Figeac fut définitivement abolie, en 1A23, par Charles VII dans des lettres patentes datées de Tours. Louis XI , après la mort de Charles, duc de Guienne, rentra dans la pos.session de cette ville il A72). Une. armée de protestants l'investit, en 1561 ; mais tous leurs efforts, quoiqu'ils fussent, dit-on, trente mille hommes, échouèrent contre la vigoureuse résistance des assiégés. Les calvinistes, qui étaient dans la place, en ouvrirent les portes à leurs coreligionnaires, en 1576 : elle fut livrée aux flammes et au pillage , et la plupart des catholiques périrent dans le sac des églises et des maisons. I.e vainqueur , redoutant A son tour une trahison ou un coup de main de la part des Ligueurs, se hâta d'y construire une citadelle. En 1622, pendant la guerre de Guienne, le vieux duc de Sully, qui avait acquis la propriété de cette ville, la rendit à Louis XIII, avec trois autres petites places, qui lui appartenaient également dans le Quercy : savoir, Cayrac , Capdenac et Carillac. Le duc en retira , dit le père Daniel , « quantité d'armes et de munitions qu'il fit transporter dans son chAteau de Sully. » En 1630, le pays fut ravagé par une armée de bandits formée aux environs de Sarlat; les habitants de Figeac se portèrent à leur rencontre et les taillèrent en pièces. ' '
GOUIIDOX.
Il y avait à Figeac, sous l'ancien régime, une jurid iction des aides, tailles et gabelles, une sénéchaussée et une justice royale ; depuis la révolution , elle est le chef-lieu du second arrondissemeiil du Lot . où l'on compte prés de 90,000 rtmes. La ville, qui en contient un peu plus de 7,000, a une société d'agriculture et un collège communal. I,a situation de Figeac , au penchant d'une colline que baigne la rivière de Lellé, est des plus agréables et des plus saines ; d'autres collines boisées, parsemées de riches vignobles et de jolies maisons de l'ampagnc, l'enviromicnt de tous côtés. On découvre, en tirant vers le nord, quelques vestiges des remparts bAtis par l'abbé Guillaume; la citadelle életée par les protestants en I.Ï76 a été rasée. Ix;s monuments les plus remarquables sont l'église de Notre-l)ame-du-Pay, celle de l'ancien monastère et le château féodal de la Baleine, aujourd'hui le palais de justice. l4! commerce consiste en teintureries, tanneries, fabriques de toiles, vins et bestiaux.
Plusieurs hommes distingués ont reçu le jour dans cette ville : Bertrand f.ngié, fait cardinal en 1371, par Grégoire \l, et auteur de deux traités sur les schismes et les hérésies; Ca/iot de (HnouiHuc , né au château d'Assier, prés Figeac, en U65, surintendant des flnances sous François I*' et grand maître de l'artillerie ; François de Boutnric, le jurisconsulte le plus célébré du xvii* sièc'le; Louis Siriés, né eu 1675 , le premier graveur en pierres Unes de son temps ; Auguste Veruhial, l'un de nos physiologistes les plus distingués, auteur des Considérations sur les corps organisés et virants, et qui périt è vingt-trois ans dans la retraite de Russie ; J. Antoine Detpon, de Livernon, prés Figeac, mort en 1835, auteur d'une excellente statistique du département du Lot; eiilin Jean-François Champotlion, né en 1790, profond archéologue, dont les travaux sur l'écriture hiéroglyphique des Kgyptiens ont en un grand retentissement. M. Champollion-Figeac, son frère, actiiellenaent conservateur des chartes et diplômes de l'histoire de France à la Bibliothèque royale, appartient aussi à cette ville par sa naissance