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comme dessus est dict, conseillers à la nomination et éleetion des nouveau consolx de l'année ensuyvant. Tous lesquels vieux consuiz avecques leurs conseillers qui seroient en nombre trente seraient tenus avant qu'ils procédassent à la dicte nomination et élection jurer solennellement de bien et loyalement nommer et eslire. Et ce faict, tous ensemble procéder à telle nomination et élection des nouveaux consuls : et en ce fesant conclure à la plus grande opinion des dicta nominans, et élizans suyvant les formes et teneur des privilèges et ordonnances du roi Philippe IV, faictes et octroyées l'an mil trois cent vingt-huit. » Ces trente élus furent ceux qu'on appela jusqu'en 1789 eonteilleri / olitiqves.
Tel était l'état de Montauhan lorsque la réformation s'établit en France : aucune ville ne semblait mieux disposée à la recevoir. Fondée en haine des moines, la cité s'était empressée il'adopter les dogmes albigeois et avait fait une rude guerre à l'Église au xiii* siècle. Comme les grandes passions des peuples se perpétuent de siècle en siècle , l'aversion originaire des Montalbanais contre le clergé existait secrètement en 15G0. Depuis longtemps déjà le catholicisme y dépérissaH, grâce aux scandales donnés par ses ministres; ils avaient fait tant de bruit, qu'en 15à8 le parlement de Toulouse rendit un arrêt mémorable pour les corriger, s'il était possible, et amender la dépravation des mœurs ecclésiastiques. A cette occasion, Jean de l>:tte, seigneur de Montpezat, évêque de Montauban, s'était rendu à la cour, et avait eu le crédit de faire supprimer l'arrêt comme injurieux ; puis, à son retour, confirmant lui-même , par une sorte de sanglante ironie, la justesse et i'àpropos des mesures du parlement, il vendit son abbaye de Moissac au cardinal de Guise, donna son évêché à son neveu, et, épousant sa maîtresse, la belle Armande de Durfort, qu'il entretenait depuis plusieurs années, s'enfuit avec elle à Genève, en 1556. Trois ans après cet éclat, un missionnaire de la rëformation, nommé Bernard Coulon, quittait Paris et revenait travailler à Montauban, sa patrie, à l'œuvre de Calvin, âlalgré les dispositions favorables des esprits, l'idée de Rome était encore si imposante, qu'il ne fit d'abord que quatre prosélytes, Pierre du Perrier, Jean Constans, Cabas et Montanier. Loin de s'effrayer de leur petit nombre, ces dignes descendants des hommes qui avaient fondé la commune sur les ruines de l'abbaye, se réunirent pendant six mois dans une maison de ce même faubourg du Houstier, bâti sur les terres de Saint-Théodard ; puis, quand ils se virent quatorze, ils envoyèrent chercher deux ministres à Toulouse, Lemasson et Vignals, qui instituèrent, le 22 juin 1560, cette église protestante destinée à devenir si haute et si célèbre.
Les premières assemblées publiques se tinrent en 1561, dans les fossés des Cordeliers, où les consuls avaient fait transporter une chaire et des bancs; mais s'y trouvant sans doute à la gêne et le peuple accourant en foule à leurs prêches, les ministres Crcscent et Tachard s'emparèrent, le 1 3 juillet, de l'église Saint-Jacques. Le 21 octobre, un cabaretier d'une taille athlétique, nommé Jean Rigoulac, suivi du notaire Trusier, descendit du faubourg du FossaL appelé depuis Villenonvelle, et alla faire inscrire, dans chaque maison, ceux qui voulaient rester catholiques. Peu de jours après, les consuls eux-mêmes et l'avocat Portus prirent possession de tous les édifices religieux et de tous les couvents, d'où ils chassèrent les nonnes et les moines. Enfin, le 20 décembre, la caüiédrale , que la force de son assiette et lo
nombre de ses gardiens avaient défendue jusque-là , fut prise , pillrâ et brdiéo. L'évéque Després, qui habitait en grand seigneur une délicieuse villa des environs, le château de Piquecos, accourut à ces nouvelles; mais on lui ferma les portes, et il n'eut plus que la ressource de lever des troupes et de faire la guerre à ses diocésains. L'année suivante (1569), six à huit cents protestants de Toulouse échappés au massacre de mai, vinrent grossir les rangs de la population acquise tout entière au calvinisme, et former la ligne avancée du quartier de Montmurat, qu'on nomma depuis, en mémoire de cet événement, Cmir Toulovte.
Il n'était pas à croire qu'une ville aussi forte échapperait à l'autorité du roi sans que ses lieutenants essayassent d'y mettre obstacle. Montluc et Terride parurent bientôt, avec leurs troupes, sous les murs du bourg (Barri), situé sur la rive gauche du Tarn; mais, après avoir battu la campagne sept à huit jours et léché quelques volées de canon contre la première tour du pont, ils se retirèrent, au commencement de juin 1562. Moins heureux encore, le 2i octotirc, Terride laissa devant le guichet de la porte du GrilToul le meilleur de ses capitaines, llalourdan. Un mois auparavant, le huguenot Duras avait cruellement saccagé Caussade, ancienne baronnie , démembrée, en I486, du comté de Khodez, et qui fut donnée à cette époque, par le comte Charles, à Pierre, son bâtard. Celui-ci, légitimé dans la suite, devint le frère du cardinal Georges, qui possédait la ville, lors du sac de 1562. Cette baronnie était composée des lieux de Lafrançaise, Molières, Montalsat et Sainte^Livrade, qui en furent distraits plus tard et réunis à la couronne. Quant à Caussade, elle fut vendue en 1583, par le cardinal Georges d'Armagnac, à Jacques de Villeneuve, prieur de la Daurade de Toulouse. Celui-ci la transmit à son neveu, qui la revendit au duc de Sully ; la famille d'Aliès l'acquit du fils de ce dernier, et la posséda jusqu'à la révolution.
Mais revenons à Montauban. A la suite d'un voyage qu'y firent Charles IX et sa mère, en 1564, l'évéque Després était rentré avec son clergé, et une ordonnance spéciale avait mi-parti le consulat, accordant la seconde, la quatrième et la sixième place aux catholiques. Cette espèce de compromis ne tint pas plus de quatre uns. En 1568, le peuple se souleva, chassa les consuls catholiques et pilla de nouveau les églises. Au mois de février suivant, toutes les propriétés du clergé furent vendues à l'encan, et, depuis ce moment, les protestants regardèrent Montauban comme la première de leurs places. I.a nouvelle de la Saint-Barthélemy produisit d'abord une impression de terreur si grande sur l'esprit des Montalbaoais, que si un capitaine s'était présenté suivi seulement de vingt hommes, il aurait pris la ville. On n'osait pas même fermer les portes, et le baron de Hegniès, généreusement sauve du mas^ sacre par Vezins, son compatriote et son ennemi, ne put obtenir un asile avec les vingt-cinq cavaliers et les douze soldats armés du pétrinal qui avaient osé s'associer à sa fortune; mais quand on le vit revenir le soir vainqueur de deux cent cinquante lances et de cent quarante arquebusiers qui voulurent l'arrêter au bac de la pointe d'Aveyron, les courages les plus timides s'exaltèrent, et le seigneur de Terride, en accourant à Montauban, le trouva prêt pour la défense. Cette résolution importait d'autant plus aux Églises, que Montauban était pour elles, dans la haute Guienne , ce qu'était La Rochelle en Saintonge. Aucune mesure décisive n'était prise dans ces temps néfastes, sans avoir été délibérée dans ses murs. En 1578,
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Caliicrine de Médicis y convoquait l'assemblée générale des Égl'ises dont elle ne put rien tirer, du reste, grâce à la courageuse fermeté de 'La Musse, gouverneur de Figear. En 1579, le roi de Navarre et le prince de Condé vinrent y présider le colloque dans lequel on convint que les places de sûreté ne seraient pas rendues; le 13 juillet de la même année, le prince de Condé, seul, en réunissait un second si nombreux , que la grande salle du sénéchal put à peine contenir les députés ; et, en 158i, le roi de Navarre déterminait une quatrièroe assemblée, non moins respectable que les trois autres, à reprendre les armes. En s'éloignant de Montauban, il y avait laissé Duplessis-Mornay pour gouverneur ; celui-ci fortiOa le bourg de la rive gauche du Tarn, insulté autrefois par Montluc, et, pour graver dans l'esprit des Montalbanais le souvenir de son maître, lui donna le nom qu'il porte encore : Ville-llourbon.
Le triomphe d'Henri IV rétablit, non sans des peines infinies, une ombre de catholicisme à Montauban. Après de longues et difficiles négociations, il fût convenu, en 1600, que l'église de Saint-Louis serait rendue à l'évéqne, è la condition toutefois de ne pas sonner les cloches et de s'abstenir de toute manifestation extérieure du culte romain , au-delà de la rue dite des Sonbirous. L'attentat de Ravaillac, en causant à Montauban une émotion extraordinaire, n'amena pourtant pas de représailles, et rien n'avait troublé la paix de la ville, è part le fanwux incendie de 1614, qui consuma presque en un clin-d'œil, le 12 novembre, quarante maisons de la place, lorsqu'en 1620 le rétablissement de la religion catholique en Béarn vint rallumer la guerre civile. Une iKsemblée générale de députés protestants, réunie à l'hôtel-de-ville au commencement d'octobre, vota d'enthousiasme la prise des armes, et, conformément à la déclaration d'une antre assemblée, tenue l'année suivante à La Rochelle, les Montalbanais chassèrent de nouveau les catholiques et résolurent de se défendre contre Louis XIII jusqu'à la dernière extrémité. En conséquence, le 18 juin 1621, le duc de Rohan, généralissime des forces protestantes, arriva à Montauban, adressa le discours le plus énergique an peuple assemblé dans le temple, et ne partit qu'après avoir tracé de sa main la ligne des ouvrages à élever dans les endroits faibles. Il s'éloignait avec conQance, car il laissait dans la place un homme qui en valait dix mille; Jacques Dupuy, premier consul de Montauban , aussi grand par le coeur que par le génie, allait déployer, pour la défense de sa ville, les qualités éminentes dont la nature l'avait si largement doué. A peine Rohan eut-il passé le pont-levis de la porte de Griffoul, qu'à sa voix la population tout entière courut aux fortifications avec la pioche et la 'hotte ; les premières dames de la ville donnaient l'exemple et remuaient la terre. En quinze jours, on amoncela des montagnes.
Quand ces travaux, préliminaires en quelque sorte, furent terminés, voici l'aspect que présentaient les fortiQcations, examinées soigneusement à l'extérieur par le général de l'artillerie royale, qui Bt son rapport à Louis XIII en ces termes : «Sire, la place de Montauban, du côté occidental (quartier de Montmurat), a quatre fortiQcations. La première, au dehors, est une grande ravine, que les eaux qui descendent par là dans le Tarn, ont creusée à quinze ou seize pieds, et ouverte, en largeur, de trente-cinq à quarante. La deuxième est un ouvrage à cornes, dont la pointe droite, à notre regard, vient sur le bord de cette ravine ; elle n'est point
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achevée, mais les ennemis y travaillent en grande diligence. La troisième est une enceinte de bastions , demi-basUons ou tenailles revêtues de briques , qui règne tout autour de la place. Deux demi-bastions se rencontrent en cet endroit avec le grand Tossé, contrescarpe et demi-lune au devant La quatrième est celle de l'ancienne ville, qui n'est qu'une grosse muraille de briques, avec des tours carrées i l'antique; mais le fossé y est très-grand et creux extraordinairement, pour ce qu'un torrent, nommé la Garrigue, passe par là pour tomber dans le Tarn. Au nord la place n'a que deux fortiBcations, à savoir l'enceinte bastionnée et la vieille . enceinte garn'ie de tours carrées. En cet endroit-lè, il y a un vieux ravelin de briques, mais le fossé n'est pas si grand que de l'autre cdté. Au levant, une double enceinte bastionnée, coupée seulement par la porte des Cordeliers, couvre le faubourg du Houstier, et vient se lier vers le midi au chèteau Kégnaud , en longeant le Tarn et les bastions do Paillas, du Moustier, des Carmes, de Rohan et de l'Écluse. Le faubourg de Ville-Bourbon , situé au-delà du pont sur la rive gauche du Tarn , est fermé d'une muraille de briques et fortiBé de trois bastions et de deux demi-bastions non revêtus et fort petits. Les fossés sont petits aussi. Les contrescarpes sont faites et une demi-lune, au devant la courtine qui est entre le bastion de main gauche et celui du milieu, n Ce que fingènieur ne put dire au roi, c'est que toutes ces fortifications étaient armées d'une quarantaine de pièces de divers calibres et défendues par une garnison de quatre mille cinq cents hommes déterminés à vendre chèrement leur vie, et distribués en trois quartiers : celui de Montmurat, où commandait Castelnau, fils du marquis de La Force ; celui du Moustier, confié à Régniès et Dausseron ; et celui de Ville-Bourbon, où le comte de Bourfranc et le Béarnais Vignaux allaient lutter de talent et de bravoure. Une réserve de dix-huit cents hommes, placée sous les ordres do comte d'Orval, fils de Sully et chef des gens de guerre, devait se porter, au besoin, sur les points les plus menacés. A chaque quartier étaient en entre attachés deux ministres, chargés d'entretenir, par leur sombre éloquence, l'enthousiasme religieux du soldat.
Un ordre admirable , établi par Dupuy , assurait d'avance la régularité des services publics. Le conseil général et les consuls, en permanence à l'hôtel-de ville, s'étalent distribué patriotiquement le fardeau, chacun selon ses aptitudes. Les uns étaient chargés de la police, les antres des poudres; ceux-ci des vivres, ceux-là des logements des volontaires ; les plus âgés du soin de faire panser les blessés, les plus jeunes de la distribution des munitions, les octogénaires du filet pour les mèches des canons et des arquebuses. Quant à Dupuy, il était partout. La ville entière était donc sur pied, lorsque, le 17 août 1621, vers les trois heures du soir, la vedette du clocher de Saint-Jacques donna l'alarme. Aussitêt les rues retentissent des sons du tocsin et du chant de ce psaume, entonné en choeur par le peuple et les troupes :
Dieu nous rendra preux el vaillanis
Encontre tous nos assailUnls....
Chacun court à son poste, et trente mousquetaires sortent, mèche allumée , potar aller saluer l'ennemi. Cx>mme ils quittaient le chemin couvert, le vent achevant de dissiper les nuages de fumée qui enveloppaient Montauban, car on venait de mettre
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le feu aux dernières maisons des faubourgs et aux meules de paille, leur fit voir, à quelque distance, la cavalerie légère du duc d'Angoulémc qui s'avançait sur ta route de Bordeaux , entre le régiment des gardes et celui de Picardie formés en colonnes et suivis de toute l'armée.
Pendant l'cscarmouclie, que les mousquetaires montalbanais soutinrent vailiam» ment , Castelnau faisait former une barricade au-delà de la corne avec des barriques pleines de terre, et l'armée royale se déployait autour de la ville dans l'ordre suivant ; les régiments des gardes, de Piémont , de Normandie , de Cliappes et la moitié des Suisses, commandés par les maréchaux de Praslin et de Cliaulnes, qui étaient eux-mèmes sous les ordres du connétable de Luynes , occupaient devant Montmurat , à l'ouest , le quartier du Roi. Le prince de Joinville , auquel obéissaient les maréchaux de Saint-Géran, Bassorapierre, Lesdiguières, quoique huguenot, et Montmorency, avait son quartier du cOté opposé au Moustier avccquatone régiments. Celui du duc de Mayenne , composé des régiments d'Ornano , de I.angueduc, de Suxe, de Barrau, de Francou et de Lauzun, était sur la rive gauche du Tarn, devant Ville- Bourbon. Deux ponts de bateaux, reliaient ces trois camps, placés à une très-grande distance l'un de l'autre. Quant à Louis XIII, qui avait voulu encourager l'armée par sa présence , il s'était logé , à deux lieues de Montmurat, dans le château de Piquecos, bâti, comme nous l'avons déjà dit, dans un site délicieux, et sur un mamelon d'où Ton découvre en plein Monlauban. L'armée royale mit quatorze jours à tracer ses tranchées et à disposer ses batteries, qui ne furent prêtes que le 1" septembre. Ce jour-là, elles saluèrent la ville de sept cents coups de canon. Au quartier du prince de Joinville il n'y eut pas grand dommage ; le duc de Mayenne réussissait mieux à ^'ille-Bourbon ; et les boulets du maréchal de Praslin avaient tellement labouré les deux rangs de tonneaux pleins de terre étagés en avant de la corne de Montmurat, que , des tranchées, on voyait de la tète aux pieds ceux qui la défendaient En ce moment de véritable péril , le hasard vint en aide aux assiégés. Quelques flammèches des canons de Praslin portèrent dans le parc des poudres , et en Grent sauter dix milliers , avec le lieutenant de l'artillerie et quarante gentilliommes. Pareil accident, dù à la négligence des artilleurs ou à leur connivence avec les Montalbanais , car l'artillerie était pleine des huguenots de Sully , arrivait en même temps au duc de .Mayenne. L'explosion fut si forte dans son quartier que toutes les maisons de Ville-Bourbon tremblèrent, les fenêtres s'ouvrirent avec violence, et une foule de victimes, parmi lesquelles étaient le frère de Mayenne et deux capucins, furent lancées dans les airs. Cette diversion donna le temps aux Montalbanais de réparer la corne de Montmurat. Ils s'y portèrent avec le plus grand sang-froid sous la mousqueterie des gardes, et, pour montrer que l'artillerie du roi ne les étonnait guère , ils pendirent le lendemain , sur la place des Couvertes, le capitaine Sauvage, qui était entré dans la ville pour la livrer au connétable.
La nuit suivante le duc de Mayenne, étant enOn parvenu à ouvrir une brèche, l'envoya reconnaîtra par une troupe d'élite, qui en fut précipitée à coups de pique et de tisons ardents. Sachant néanmoins qu'elle était praticable, il résolut de donner l'assaut. Le à, la canonnade commença au lever du soleil et ne se ralentit tout à coup que vers les deux lieurea. A ce moment le comte de Bourfranc , qui
faisait ses préparatifs à la hite , vit sortir des tranchées les enfants perdus, armés de pied en cap, et suivis de cent vingt gentilshommes volontaires, devant lesquels on trompette, habillé de velours rouge, sonnait la charge. Il les reçut par uné effroyable grêle de moosqnetades; mais ces généreux courages, avançant du même passousjes balles, arrivent jusqu’au bastion, et, dressant douze échelles contre brèche, montent hardiment et s'attachent aux barricades. LA, pendant longtemps, une jeune Olle, qui était au premier rang , précipita ceux qui parvenaient au sommet en leur coupant les mains à coups de faux; mais, comme ils se succédaient toujours plus nombreux, que Marmonié, le brave des braves d'alors, fondant comme un faucon sur le gouverneur de Chartres , à l'instant où il posait le pied sur les ruines , et le saisissant corps A corps , avait roulé dans le fossé , où il le tua avec sa propre épée . et que le comte du Bourfranc , tué d'un coup de pistolet à la tête , laissait les soldats sans chef, les compagnies protestantes léchèrent p'ied et abandonnèrent la demi-lune. I.e tocsin sonne aussitôt A tous les clochers de )iontauban. Le vieux marquis de La Force et d’Orval accourent avec ta réserve, et iHipuy, toujours calme et impassible, parait soudain aux yeux des fuyards. It les regarde, et tous s'arrêtent ; il dit que le duc de Rohan entre avec le secours par \'ille-Nivuvelle, et tous s'élancent de nouveau à la brèche. Vignaux la disputait enc'iirc à remiemi avec une poignée de braves et de femmes. Ce spectacle et l’appariliuii presque miraculeuse d'un arc-en-ciel, ‘qui déployait alors sa nuée radieuse sur la ville , électrisèrent tellement ceux dont les ccaors avaient faibli qu'ils écrasèrent sous les {lierres et les balles tout ce qui avait franchi le fossé. Pas un enfant (lerdu, pas un gentilhomme ne remonta- ia oootresearpe. Devant ce carnage les régiments rei'ulùreiit pleins de terreur. Douze jours après, une balle partie de ce liastion, qui avait été plein de cadavres jnsqu'A la gorge, frappa Alayenue lui-même A l'œil gauche et l’étendit raide mort dans la tranchée qu'il montrait au duc de Guise.
Malgré la surveillance du maréchal de Bassompierre , qui a fait dans ses mémoires, d'une misérable escarmouche de nuit, une sorte de poëme épique A sa louange, le duc de Rohan était parvenu , le 29 septembre, A jeter du secours dans Montauban. Des mines éventées ou qui n'eurent pas plus de succès que les négociations continuelles du connétable avec le vieux Laforce et les consuls, et un assaut général, annoncé avec fracas, et qu’on n'osa point donner ensuite au quartier du Moustier, occupèrent encore l'armée royale pendant deux mois et demi. Le 12 novembre, enfin, ne pouvant y entrer ni par la force ni par la douceur, Louis XIII plia bagage et s'en retourna, comme l’avait |>rédit le ministre Charnier, par lu même chemin qu'il avait tenu en venant, après avoir en vain battu ces remparts calvinistes de vingt mille coups de canon , laissant les jardins , les prés , les vignes, les champs, les bois et les chemins jonchés de seize mille cadavres, moitié ensevelis, moitié mangés (>ar les loups, et abandonnant les tentes A demi brûlées du camp pleines de blessés et de malades , que les vainqueurs, lorsqu'Ib imploraient leur miséricorde et maudissaient la cruauté de ceux qui les avaient quittés^ livrèrent, sam leur faire ni bien ni mal, A la vengeance qu'en prenait la maladie.
L'année suivante le roi revint en force ; il n'osa pourtant pas attaquer Montau-
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ban, et M eentenU d'aller décharger sa colère «ar la petite vflie de Saint-Aetonin. Appelée ValUe-Noblt au viii* siècle , et siège (fane abbaye célèbre sons l'invocation de saint Antoine, cette cité devait offrir quelque importance en 820, puisque le comté du Rouergue y établit un viguier en 1083. Dès 037 elle avait des seigneurs qui portaient le titre de lieutenants, de comtes. En 1083 ces foucliumiaires téudaux usurpèrent celui de vicomtes, ou peut-être l'achetèrent, car à cette époqjlH In vicomté de Saint-Antonin fut démembrée pour quelque temps du comté .de Rouergue. Les vicomtes donnèrent des coutumes aux habitants de Saiiit-AntoÉin , en 1136, date certaine de rétablissement de la commune, qui était gouvernée par des prud'hoaunes. Saint-Antonin avait déjà soutenu plusieurs sièges : le premier, en 1009, contre les croisés de f évêque du Puy, qui essaya de la rançonner en allant combattre les Albigeois; le second, en 1212, centre Montfort lui-métnc, dont les ribauds forcenés le saccagèrent pendant trois jours pour le punir de son attachement aux dogmes albigeois; le troisième, en 13àô, contre les Anglais, auquel il écliappa, bien qu'ils s'en fussent déjà rendus maîtres, et le (|untriémc, en 1364, contre les mêmes ennemis. Au xvr siècle, Saint-Antonin embrassa le calvinisme avec la même ardeur qu'il avait mise au xiii' à embrasser les opinions réformatrices des Albigeois. Aussi Montluc , qui se méDait fort de l'esprit btdliqueux de ses habitants, envoya-t-il, en 1565, le seigneur de Ca illac pour faire démolir leurs fortiOcations. Bien qu'on eût rasé leurs murailles , ils n'en prirent pas moins une part très-active aux mouvements de la guerre religieuse, et c'était -en partie pour les punir de leur attachement à la cause des .Monlallianais que Louis XIII venait les assiéger en personne en 1622. En passant, le roi força la petite ville de Negrepelisse , et, pour montrer qu'il était impitoyable pour les faibles, on passa tous les habitants au Bl de l'épée, à l'exception des consuls et du juge qui furent pendus aux fenêtres du château. Après avoir fuit mettre le feu à la ville il se porta sur Saint-Antonin, qui, enfoncé au bord de l'Avcyrun , dans une gorge formée par des rochers abruptes et d une hauteur effrayante , ne pouvait opposer une longue résistance. Le (gipitaine Saint-Sébastien le défendit cependant pendant sept jours, malgré le désavantage de sa position ; mais -le sitplièine jour , qui était le 21 juin 16^, il fallut capituler. Louis XIII Ht grâce moyennant une amende de cinquante mille écus et le supplice de onze notables , qu'on pendit devant le temple. Toute flère de cet exploit, l'armée royale prit ensuite la route de Montpellier.
Quatre ans se passèrent sans troubles à Montauban. La emr, croyant for plus efBcace que le fer , avait attaqué les Montalbanais avec ce métal corrupteur et fait de nombreuses conquêtes dans la haute bourgeoisie , qui eut toujours des sentiments cosmopolites. Tout se préparait à petit bruit pour une trahison. La Boissonnade premier consul , Escorbiac juge mage , Satur, Caminel , avaient tant et si bien négocié avec le duc d'Épemon qu'il ne s'agissait plus que d'ouvrir les porleiet.dp s'en remettre à la clémence royale. Mais les tronsfiiges avaient compté sans Is peuple et les bons citoyens qu'ils écartaient. Au commencement de juillet 1626, les chefs de famille'et les corps des métiers , que la haute bourgeoisie avait exclus du conseil général, s'assemblèrent dans le temple, proclamèrent te duc de Rohan généralissime des Églises, et remirent le gouvernement militaire dp la ville aux
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mains de Saint-Michel choisi par le duc pour remplir cet office. Le parlement de Toulouse en prit le prétexte de transporter le sénéchal et le bureau de la recette de Montauban à Moissac; les bourgeois partisans de la paix égoïste, celle qui n’aurait pos compris La Rochelle, s'éloignèrent, et une guerre de fourrageurs recommença dans la banlieue de la ville, entre les Montalbanais et le duc d'Ëpernon. courses quotidiennes, qui se bornaient à des escarmouches, des incendips ou de moissons, et des enlèvements de bestiaux, les soldats protestants ni^laient la même ardeur, le même enthousiasme que pendant le siège : ils rcmpurlérent une petite victoire entre Dieupentale et Montech, au commencement de septembre, sur les riverains catholiques de la Garonne, et dans laquelle ceux-ci perdirent trois cents hommes.
Malgré ces succès, la prise de La Rochelle, celle de Privas, et, plus que tout cela, l'irrésistible ascendant du génie de Richelieu Unirent par amener la reddition de Montauban. A mesure que les armes du roi faisaient des progrès, la partie modérée de la bourgeoisie s’enhardissait davantage. Bientôt elle fut assez forte pour obtenir qu’on dressât le c ahier des demandes de la ville. Le 29 juin 1629, ces demandes furent accueillies favorablement par le roi, qui était alors en I.anguedoc, à une condition très-rigoureuse, toutefois, celle de la démolition complète des fortiricatiogÿ. Richelieu avait mis cette clause draconienne au pardon du roi. Les Montalbanais eurent Lien de la peine à la subir, et sans les geni bien inteniionnéit, dont il a été fait mention, on n’aurait jamais pu l’exécuter; mais la haute bourgeoisie l'emporta, et lorsque le cardinal-ministre se présenta, le 20 août, à la porte de Ville-Bourbon, il vit les paysans catholiques de la banlieue démolissant, une couronne du lauriers sur la tête, ces bastions , formidables boulevards de la vieille liberté municipale et de la liberté religieuse.
L'ne affreuse peste, qui enleva près de six mille personnes en six mois, signala tristement la Un de 1629 et le commencement de 1630. Lorsqu’elle eut cessé, les catholiques se hasardèrent à rentrer dans la ville Les premiers éclaireurs furent les capucins, qui vinrent bâtir un couvent entre les deux enceintes de Montmurat, auprès d'un petit moulin à vent qui avait servi de point d’observation pendant le siège. L’année suivante, les religieuses de Sainte-Claire s’établirent à côté des capucins, et la brèche une fois faite, l’évèque Anne de Murviel y passa avec son clergé, ramenant les Augustins, les Cordeliers, les Carmes et les Jésuites. Le cardinal de son côté, dans la vue d’attirer des familles catholiques, rendit à la ville la sénéchaussée» y créqde plus un pré.sidial, en 16^, et en 1633 y transféra l’élection de Moissac. Jugeant ensuite le moment venu de frapper les grands coups, il mi-partit par ordoniumce le consulat, et donna aux catholiques le premier, le troisième et le daqulAme chaperon, ne laissant aux protestants, qui les avaient tous , que le seront, le q^pt^||ne et le sixième. Par suite du même système , une intendance , comprenan^^dans son ressort onze élections depuis Rhodez jusqu’fa Pou, {^établie en 16354ü,‘lh>ntauban. La même année, les Carmélites entrèrent pofln ^s la ville, et les Jésuites eurent l’art d’obtenir la moitié du collège qui appÀitehnit aux protestants. Cette habile et progressive substitution de l’influence catholique è l’ancienne influence protestante ne s'opérait pas sans exciter dans le parti calviniste, et surtout dans les rangs du peuple, d’ardents ressentiments qui U. 67
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GDIENNE.
éclatèrent avec violence à trois reprises. En 1638, l’évèque, ne se proposant rieii pioins que de faire démolir le tem|5le vieux, sou.s prétexte qu’il était bâti sur les propriétés de l'Église, vit sa maison assiégée et l'un de scs domestiques massacré sous ses yeux : en 1611, à propos d’un édit qui augmentait d’un sol par livre l’impét sur les marchandises, le peuple furieux força j’intendartee, la pilla, brûla le carrosse de l’intendant du Bousquet sur la place publique, et fit une telle peur à ce magistrat qu’il alla se cacher snr un toit et y passa la nuit pluâ mort que vif. Enfin, de 1656 à 1660, l'émeute ne cessa de gronder dans la ville : tantôt le peuple s’ameutait pour enlever le cadavre d’une vieille femme revendiquée par les catholiques ; tantôt, furieux du prosélytisme bruyant de l’évéque Bcrthier, grand partisan des Jésuites et de leur morale, il brisait les portes de son palais et le pendait en effigie ; tantôt il punissait à coups de bâton les empiétements continuels de la compagnie de Jésus; tantôt il chassait-les consuls de l’hotel-de ville, l'intendant Fontenay de sa maison , et démolissait la prison do sénéchal. L’autorité royale profita seule de ces désordres : envoyant Saint-Luc h Monlauban avec des troupes, I.ouis XIV abolit le consulat mi-parti , en donna toutes les places aux catholiques, réduisit le conseil général à quarante membres, dont dix seulement pouvaient être protestants, fit pendre, fouetter ou condamner aux galères ceux qu’on désigna comme les plus coupables, bannit les principaux ministres, parmi lesquels était le fameux Yvon de Labadie, chef des illuminés, et, après avoir exigé qu’on achevât de raser ce qui restait des fortifications, transféra l’académie protestante à Puylaurens. En même temps qu'il affaiblissait ainsi le calvinisme pour lui porter le dernier coup en fortifiant d’autant plus la religion rivale, il rendit, l’année suivante, l’édit de translation de la cour des aides de Cahors ii Monbmban. L’évêque BerUiier, qui l’avait conseillée, comprenait mieux que personne la p ortée de cette mesure; elle fut décisive, en effet: cette espèce de transfusion étrangère dans les veines du vieux Montauban altéra l'énergique chaleur, le généreux patriotisme qui éclataient en lui depuis sa naissance. A cette population si passionnée pour la liberté et les armes, si jalouse de son vieux droit municipal , si heureuse de son indépendance, succède dés lors une colonie composée d’éléments hétérogènes, effacés, abâtardis, déteints par ce mélange forcé.
I-a révocation de l'édit devantes, en 1685, n'excita aucun trouble à Montauban, tant les choses étaient changées. L’indifférence religieuse et la terreur y étaient arrivées au point qu’on apprit sans émotion que deux vieillards de quatre-vingt-dix ans, les barons de Monbeton et de Villemade, mandés sous quelques prétextes à l’évêché, y avaient été jetés par terre , et mis de force à genoux, malgré leurs cris, aux pieds de l’évêque qui appelait cela une abjuration. Peu de jours après, une femme, la dame Pecbels de la Itoissonnade , chassée de sa maison par les dragons au moment où elle était prise des douleurs de l’enfantement, erra dans toutes les rues, soutenue d’un cété par son mari et de l’autre parla sage-femm'>, sans qu’une porte osât s’ouvrir pour donner asile à l’infortunée. Elle aurait acêouché sur une pierre vis à vis de la maison de sa sœur, si, la pitié l’emportant enfin sur la crainte, celle-ci ne lui eût donné un lit d’où on vint l’arracher le lendemain pour la traîner aux pieds de l'intendant. Cet homme, dont il faut conserver le nom, Ihbain légaux de la lierehére, commit, le 23 août, huit jours après l'arrivée de
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Boudlers, un faux des plus audacieux sur les registres du conseil général. Les principaux cliels de ramille protestants, parmi lesquels étaient le marquis de Régniés, le baron de Villemade, Salur, Fournes, d'Arassus, Ollier, Durban, Leclerc, Debia, Zacluirie Latreille , Oarisson, Causse , Deirieu , Gazais, furent convoqués i l'hôtel-de-ville, et sommés d'obéir au roi et d'abjurer. Ils refusèrent, à ce qu'il pafiit ; mais l’intendant , agissant comme s'ils eussent consenti , supposa une pièce conlCDant leur changement de religion et l'écrivit sur les registres consulaires en suppléant de sa propre main aux signatures absentes.
Repoussés de toutes les carrières, les protestants de Montauban s'adonnèrent alors à l'industrie et an commerce., Des manufactures decar/û, sorte de drap grossier, dont la première idée appartient à trois frères appelés Viaicttes d'Aignan, s’élevèrent bientôt dans t-haque quartier, mais principalement i Ville-Bourbon. Là, presque toutes les maisons baignées par le Tarn devinrent des fabriques et des teintureries. En 1713, on y comptait près de huit mille ouvriers. Ce fut trois ans après qu'une ordonnance royale démembra de l’intendance de Montauban les cinq élections de Lomagne, Rivière Verdun, Armagnac, Astarac et Comminges; à partir de cette époque, une période toute nouvelle s'ouvre dans l'histoire de Montauban. Les vieilles haines du passé s'oublient, les haines religieuses elles-mêmes s'émoussent, et chacun semble .songer exclusivement à la prospérité de la ville. Déjà , en 1667 , l'intendant Pellot avait donné le signal d(» travaux d’embellissements, en transformant les fossés en délicieuses promenades, et en élevant, sur l'ancien emplacement des fortiOcations de Montauban, les arches monumentales de ce quai, bordé d'une double ligne de marronniers qui longe la rivière. Foucault, son successeur, complétant son œuvre, construisit au-delà de ce quai, en 1678, une nwgniflque promenade, d'où la vue s'étend jusqu'aux Pyrénées, et à laquelle on a donné le nom de Cours Foucault. L'intendant Legendre bâtit trois portes monumentales, dont une est debout encore, à l'extrémité du pont de Ville-Bourbon, cl termina, en 1702, la grande place construite en briques peintes, sur le dessin de la Place-Royale de Paris. Fidèle à ces précédents, Pajot forma, en 17'29, avec les ruines des fameux bastions de Paillas et du Moustier, l'admirable promenade des Ormes, qui domine toute la plaine. Dix ans plus tard, l'architecte Laroque achevait la cathédrale, et, au bout du même laps de temps, Lacoré avait fait construire la salle de spectacle. De tous ces administrateurs , celui auquel Montauban doit le plus, c'est, sans contredit, Pajot; mais il n'aurait pas accompli la moitié de sa grande tâche, s'il n'edt été secondé par un homme probe, éclairé, loyal, dévoué de cœur à sa patrie, dont l'auteur de cette notice s'iMiiore de descendre. Maire et premier consul pendant cinq ans, premier oflicier du conseil politique en 1738 et 1739, comme il avait servi le roi au parquet de la cour des aides, et en qualité de subdélégué de l'intendance, M. Jacques Maury de Lafrançaise servit la commune avec zèle et honneur. (Vest lui qui plaça, dans la tour de Outié, cette grande horloge dont les sons vibrants et sonores semblent la vieille voix de Montauban. Par scs wins, la place du Marché aux Bœufs fut achetée, le 20 janvier 1736, à .M..Bardon-Tauge. De 1733 à 1737, les registres du conseil général sont pleins du sages mesures prises, dans l'intérêt public, sur ses réquisitions.
Les années suivantes furent signalées à Montauban par la fondation de l'aca-
GÜIENNE.
démie, que Louis XV (établit, le 17 janvier 1744, par lellres patentes datées de Punkerquc, et par les démélés de l'intendant L'Escalopier avec la cour des aides, au sujet des corvées. Cet intendant abusait tellement du droit que lui donnait la cour de pressurer les malheureux con cables, que, pendant dix ans, les terres restèrent en friche et les vignes cessèrent d'ètre cultivées sur plusieurs points de la généralité. En 1753, il exigea d’un jardinier vingt-quatre journées en cinq mois et vingt- une en quatre mois. Son frère étant venu le voir à Montauban cette annéelà et voulant s'en retourner par le Kouergue, il arracha quatre mille paysans, pimdant dix jours, aux travaux des vendanges pour faire construire un chemin provisoire où sa chaise pdt passer. Ses mauvais traitements coûtèrent la vie à un pauvre forgeron de Ville-Nouvelle, dont il lit démolir la maison, malgré toutes les représentations qu'on lui adressa et le désespoir de ce misérable ; puis, la maison abattue, il en refusa les matériaux à la veuve et la contraignit de payer Ja taille. Indignée d'un pareil abus de l’autorité, la cour des aides, à la tète de laquelle était alors Jean- Jacques Lefranc de Pompignan, lui opposa le frein des lois et ne cessa de réclamer auprès du ministère, aux ordres duquel elle ne craignit même pas de désobéir quand il voulut donner raison à l'intendant. Exilée pour sa courageuse résistance, en 175G, la cour des aides n'en eut pas moins la gloire de chasser L’Escalopier, qui passa , comme on s'y attend bien, à une intendance supérieure, celle de Tours.
Pour être juste, cependant, il faut convenir que toutes les communautés de son intendance n'purent pas'à se plaindre. Entre celles qui profitèrent du travaii arrosé de tant de larmes, des corvées, on doit mettre au premier rang la petite ville de Lafrançaise. Fondée, au xu* siècle, autour d'une royale, sur le sommet
d'une montagne qui domine l'immense plaine arrosée par l'Aveyron et le Tarn, l.afrançaise obtint de Philippe-le-TIardi , en 1373 , les coutumes que Roger-Bernard et Jean, comte d’Armagnac, confirmèrent successivement, l’un en 1359, et l'autre en 14G3. Depuis cette époque, malgré le bon gouvernement de ses quatre consuls, de son conseil général et du conseil politique, formé du maire, du premier consul, de six policiens et du secrétaire, la ville n'avait pu réparer les désastres essuyés pendant les guerres religieuses, et notamment, en 1636, où les Montalbanais la prirent de force et la brûlèrent. Sous l’administration de l'intendant Laugeois, qui l'appelait la mére-nourricr, non seulement de Montauban, mais encore de tout le /Jai-Langurdoc, elle avait commencé de sortir de ses ruines L'Escalopier décida sa transformation. Par ses ordres, ce qui restait des vieux remparts et des portes fut démoli ; en 1745 on répara l'église, et la route destinée à relier Montauban et Moissac passant devant sa halle y ramena l'abondance et la vie. Avant la fin du xvm' siècle, cette petite ville était l’entrepôt de tout le Haât-Ouerey et d'une partie de la Gascogne. Outre sa communauté elle possédait une justice royale, qu’elle perdit à la révolution pour devenir un chef-lieu de canton comme Saint- Antonin et Caussade.
L’expulsion des Jésuites en 1765, deux inondations extraordinaires en 1766 et 1773, pendant lesquelles le Tarn emporta des rues entières, et faillit engloutir la ville et renverser le pont , sur lequel on avait entassé tout le fer de Montauban , rétablissement de l'assemblée provinciale du Qucrcy en 1779, la mort de Lefranc de Pompignan en 1784, et le procès célèbre de Pitoi'he, dont la bande, s'élançant
tMitdt de la forêt de Montech, tantôt des ruelles obscures du quartier dC Angleterre , remplissait Montauban de terreur, tels sont les seuls événements saillants qui précédèrent la révolution.
Lorsqu'elle éclata, l'antagonisme religieux créa aussitôt celui des opinions. Les catholiques conservèrent en général l'attachement qu'ils devaient avoir pour un ordre de choses qui leur donnait tout ; les protestants, au contraire, voyant dans la rév olution leur émancipation prochaine, en adoptèrent toutes les idées avec ardeur. Les premiers , maîtres des élections par l'innuence de leur position et l'appui du clergé , s'étaient emparés, en t790, de la municipalité. Il en résulta des dissensions civiles, qui dégénéréreut bientôt en lutte armée. La municipalité avait formé huit compagnies de volontaires royalistes , auxquels on donnait le nom de cardu ou chardonnerets , parce qu'ils portaient des parements et des collets jaunes : elle voulut en opérer forcément l'adjonction à la garde nationale, composée en grande partie de protestants. Celle-ci résista avec énergie, et, le 10 mai 1790, on en vint aux mains. D'une part étaient la garde civique et les dragons nationaux, de l'autre les volontaires royalistes, sous les ordres du vioomte de Chaunac, et le peuple excité par les municipaux. I.es insurgés s'emparèrent de l'arsctuil, de l'hOtel-de-vlUe et d'un corps de garde, dans lequel le commandant des dragons, Houfllo-Oampcs, le lieutenant Duchemin et trois autres citoyens furent tués. La populace contraignit les dragons, qu'elle avait pris dans le corps de garde , à faire amende honorable, en chemise , nu-téte et un cierge à la main, entre une double haie de soldats, devant le portail de la cathédrale. De là,on les jeta, au nombre de cinquante cinq , dans les prisons du Chdtcau-Royal, pendant qu'un misérable, mort depuis aux galères, aspergeait ses complices avec le sang des morts. Jamais événement ne retentit avec plus d'éclat au dehors. Urdee i l'énergie de la municipalité de Bordeaux et à l'intervention de l’Assemblée nationale, les braves dragons eurent la vie sauve. Les municipaux, auteurs de ces troubles, firent place , en 1791 , à des blessés du 10 mai et au ministre Jean-fion-Saint-André, qui fut nommé bientôt après député à la convention nationale. L’année suivante, le corps municipal se trouva composé des citoyens Constant-Tournier, Saint-Geniès, Kachou Maillo, Sirac Lugan et Maleville de Condat, tous protestants. I.es représentants en mission, Jean-Bon-Saint-André, Beaudot et Cliaudrou-Housscau , donnèrent encore une impulsion plus irrésistible au mouvement révolutionnaire. On forma un comité central de surveillance générale et de sûreté publique , composé de trente hommes du peuple ; on substitua cinq compagnies de sans-culottes à la garde civique , et , par des épurations successives, on renouvela entièrement la municipalité.
I.a terreur passa sur Montauban , sans emporter d'autre victime qu'un neveu de Jean-Bon-Saint-André, qui peut-être secrètement flatté de copier Brutus le lit guillotiner à Cahors pour l'exemple. Quant aux trente membres du comHé , ils sortirent de l'hôtel-de-ville les mains pores. Cependant on ne s'arrêtait phis sur la pente de la réaction ; le 19 prairial, la garde nationale fut réorganisée et l'on mit à sa tête l'ancien capitaine de la légion royaliste de Saint-Sébastien , et un protestant modéré, Preissac. Ensuite, en vertu de la loi du 38 thermidor, on annula les élections précédentes , et les Satur, les Duc-Lochapelle, royalistes déguisés, repa-
en plumes d’oie et en grains. On porte à un |ieu plus de -230,000 le nombre des habitants de Tarn-ct-Garonnc , et relui de l'arrondissement de Montauban è 105, .59-2. Saint- Antonin contient 5,500 Ames; Caussade, ll,5V0, et Lafrançaise 3,780. Les armes de Montauban étaient une montagne surmontée d* un saute. Montauban a un tribunal de première instance et de commerce , une faculté de théologie protestante, rétablie en 1809, un évéché, un consistoire, un college, une école normale catholique, une école d'enseignement mutuel protestante, une école gratuite de dessin, une bibliothèque et utie société d'agriculture et des sciences. Il a vu naître Antoine Garrissofes, ministre protestant, auteur de deux poèmes latins, publiés, l'un en 1659, et l'autre plus tard, et ayant pour olqet de célébrer, le premier, le couronnement de la lUIe de Gustave-Adolphe, et le second, les gloires des cantons protestants; Jan/ues Dapuy, le premier administrateur et l'homme le plus ferme en sa foi de son temps; Muss'p, qui mourut en 1751 , après avoir écrit plusieurs pièces de théâtre etxies poésies; Cahuzac, né en 1706, et auteur de Pharainondet du Cumtede Waru-ick, tragédies, de Xénride et de y Algérien, comédies, de plusieurs opéras, divertissements et œuvres diverses; l^franc de Pompignan , né en 1709 et mort en 1785 , membre de l'Académie Française, auquel on doit, outre la tragédie de Oidon et des Oda sacrées et profanes d'une grande beauté, des traductions en vers des Géorgigues, d’Eschyle, et de divers auteurs étrangers, des discours académiques et philosophiques, et un Voijfige en l.angueduc; tUithala-Goture, auteur d'une Histoire du Qitetcy, en tro’ia volumes, publiée en 1785; Olympe de Gouges, célèbre révolutionnaire; Jean-Boa- Saint-Andre , député de la Convention nationale; et, de nos jours, Ingres, le ttaphaël moderne, et M. Léon de Malentte, l'un des oratears les plus spirituels de kl Chambre des députés. La Valette, le célèbre grand-maître, qui défendit Malte en 1565 contre les Turcs, était né en 1595 i Parisot, près de Saint-Antonin. Ij: -vicomte Katmon Jorda, l’un des plus brillants troubadours 'du xill' siècle, fut aussi un enfant de cette dernière ville
. 1. THcmmIuIÜ r^irmina. — Gattia cAriiffona, I. ii. — MubillAn, Anat«c. ^ B. de la Mart1ni^rc.--> Sansoii, IHtquisitiontt gtoffrapkic^. — Eugenii Papa — Lcbret, 0û(otr« de —
rcriiii, môme manuscrile. — Caibala Colure, Uitloire du Quercy. — Wetoire du siège de
Minitatihan lLe)dv). — Pierrè Bormld , Estât de Montauban depuis ta descente de V Anglais en Hé le a juillet 1627 jusqu'à la reddition de La BochelU.-^ Mémoire de la cour des aides chargée du procèi L' Escalopier. — Belation fidèle de l'horrible avsn'ure de MotUauban en 1790. Rapport des malheurs du 10 mut. — Sfanifeste de la mufiiripa/fre.^ Rapport de Vieillard à l'Assemblée>nation-ile. — Archives municipales de Bordeaux. — du rui, coliection
Dout. — Archives munieipates de Montauban, livre des serments. — Livre ronge. — Livre armé. — Livre 6oil/onn^. — Livre noir. — Livre jaune. — Registres du conseil de police. — Registres pour servir aux délibérations du corps municipal depuis il90 jusqu'au 9 mai \9o9.— Livre tricolore. — Précis historique du passage du duc d'Angouléme à Montauban te 6 mat 1814.
l/autcur de celte uM’ellenle notice, fruit de savantes et laborieuses recherches, est M. MaiT- Lafou, de Lafninçaise, qui a été notre priuct(ial cull»bointeur pour les villes de hi Gascogne et de ia Guicnile. Ix's remaniuables travaux t|ue nous devons à ce jeune écrivain ne peuvent que rehausser la répubition bunonible qu'il s’est déjà faite (Kiur sa belle Llistoirè politique, religieuse et littéraire du Midi. .Vous lui sommes personnel lement obligés |K>ur rempresscmenl avec lequel H a mis à itotre disposition ses connaissances sur la France inéridioiiale, dont il a fait une étodfiM per* sévérantc et si approfondie.
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