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Martin de Leyrac ; le comte de 3'otiluusc, un jardin, des fontaines et un verger dans la paroisse de (îandalou. Enfin, de 108ô à IIOU, l'abbé Ansquilinus ou Ansquitillus recevait en don les églises de Saint-Loup en Agenais , de Sainte-Marie du Bouis, celles du Mas-Grenier et de r,azals en Quercy, et les moines reconnaissants consacraient la mémoire d'une administration si fructueuse par une inscription gravée sur le marbre, qui a survécu à la ruine du cloître.
Quatre-vingts ans après la mort d'Ansquitillus, une révolution av,iit changé le gouvernement de l'abbaye ; le comte , Pons de Toulouse , l’ayant donné à un chevalier, Gausbert, celui-ci mit une mitre sur son casque, et pendant plus d'un demi-siècle il y eut quatre abbés è Moissac, deux réguliers et deux laïques. Ges derniers, auxquels succédèrent les avoués ou défenseurs militaires, s'appelaient euxmèmes comtes palatins. Jusqu'au xir siècle, le bourg qui s'était formé peu à peu entre les clochers de l'abbaye et le château du comte de Toulouse, tout en reconnaissant le comte pour son seigneur, n'avait pas fait de grands |>as vers la liberté municipale; mais la guerre anglaise vint à propos tirer les bourgeois de leur torpeur. Rlchard-Cœur-de-Lion ayant paru tout à coup, en 118S, devant Moissac et s’en étant rendu maître de vive force, y sema les germes de ces privilèges communaux avec lesquels l’Angleterre s’attachait habilement les populations de la Guienne. Il n'en fallait pas plus pour faire naître la liberté sur ce sol généreux et trop longtemps foulé par les sandales de Cluny : aussi, lorsqu’en 1197 le comte Raimond recouvra la ville, il fut forcé avant de franchir le pont-levis d’aller jurer sur les saints Évangiles dans le cloître, en présence d'Hugo de la Itoclic, Bertrand de Balac, Guilhem Isarn, Doat .Maman et Eslienne notaire rédacteur: « qu'il ne prendrait les bourgeois ni ne les ferait prendre ; qu’il ne les tuerait ni ne les ferait tuer ; qu’il ne leur ferait violence ni ne souffrirait qu’on leur fît violence ; qu'il ne leur prendrait leur argent ni ne le leur ferait prendre; et qu’il ne leur imposerait ni ne leur ferait imposer aucuns maltùles. » Cette même année, Raimond confirma les coutumes qui étaient ainsi conçues; l'abbé-ehevalier, le jour de son entrée b Moissac, fera serment aux habitants de les défendre, de les protéger, de ne les grever d'aucun subside injuste. I>ix ou douze de scs barons prêteront le môme serment, et tous les habitants, au-dessus de douze ans, lui jureront ensuite fidélité sur l'Évangile. Ix’S différends qui pourront s'élever enlre l'abbé laî(|ue et l’abbé militaire seront soumis au jugement des prud'hommes de Moissac, et en dernier res.sort, si les prud'hommes ne |)cuvcnt les pacifier, à l’arbitrage des seigneurs de DurforI, de Montesquieu et de Malausc. Les bourgeois paieront tous les ans, au .seigneur abbé-chevalier, cinq cents sols pour la chevauchée de guerre : ils seront tenus de suivre sa bannière, mais de telle fnrun qu'ils puissent être de retour te soir à Moissac. L’adultère ne sera puni que par la confiscation des biens du coupable. Les bourgeois auront le droit de tuer tes voleurs pris en flagrant délit.
Les choses étaient en cet état, et les prud’hommes partageaient paisiblement l'autorité judiciaire avec le chapitre ( capitol) et exerçaient sans pnçtage l’autorité municipale, lorsque les foudres de Rome éclatèrent contre Toulouse. S’il eût été le maître, l'abbé Raimond de Rofiiac aurait ouvert promptement au légal les portes de la ville, mais, dès 1199, le comte Raimond s'était emparé du château, pour lequel il donnait à l’abbaye une redevance annuelle d’une obole d’or. Scs II. 68
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hommes d'armes tranchaient donc la question et préparaient une réception sanglante à Montfort. • Celui-ci, dit l'écrivain contemporain dans sa narration naïve, vint, en 1212, avec toute son host, pour mettre le sié^e devant Moissac et le prendre. Et, quand ledit siège eut été mis, voici la comtesse de Montfort qui accourt vers son seigneur, car il y avait longtemps qu'elle ne l'avait vu, et lui mène une belle et noble compagnie de gens bien en point et bien armés, lesquels étaient bien quinze mille, ayant pour chef le comte Baudouin. Or, lorsque dudit Moissac on vit venir si grand secours , les bourgeois furent ébahis et auraient bien désiré s'arranger avec ledit Montfort, mais les hommes d'armes de Toulouse les empêchaient. Montfort tint donc conseil avec les siens, pour savoir si audit Moissac on donnerait l’assaut. Le conseil délibéra qu'on le donnerait, et aussitôt les croisés commencèrent effectivement à faire les approches. Or, quand les hommes d'armes de Moissac virent s'ébranler l'host pour monter à l’assaut, ils s'armèrent promptement, et, une fois armés, sortirent bien serrés et vinrent frapper sur les ennemis avec une telle vigueur i per hila vigor) et une telle furie , qu’ils tuèrent et blessèrent maints croisés et firent l'host reculer. Montfort, très -courroucé, fit dresser aussitôt contre les murs pierriers et to .rs bélières qui liraient jour et nuit sans cesser. Lesdits hommes d'armes sortent encore et repoussent si furieusement l'host de Montfort, que le comte lui-même eut son cheval tué entre les jambes. Sur ces cnlrefaites arrive l'évêque de t'ahors avec une nouvelle armée au secours de Montfort; un secon I as.saut est livré qui n'avance à rien. La ( machine de guerre] du comte, qui bat les murailles jour et nuit, renverse, pourtant, un matin la moitié du rempart ; les hommt^s d'arnws crient alors qu'ils se rendront bien si l'on veut, mais Montfort no voulut pas recevoir les bourgeois à rançon qu'ils n'eussent égorgé les trois cents hommes d'armes, ce qui fut grand dommage. » Pendant les guerres anglaises, Mois.«ac tomba dans les mains du captai et fut cependant, bientôt après, repris par le duc d'Anjou (1370). Durant les luttes armées du calvinisme il jouit de la paix la plus profonde; car les bourgeois, pour repousser les idées de la réformation , avaient commencé par massacrer les réformateurs. Fidèle, en conséquence, au parti catholique, Moissac suivait le drapeau de la Ligue, lorsque le duc d'Ëpcrnon, qui pour opérer en languedoc avait besoin de son vieux pont de bois et de brique, assiégea et prit cette ville en 1592. Depuis ce moment, entraîné par l’antagonisme religieux dans le parti opposé à la réforroation, Moissac demeura soumis à la royauté, et ce fut dans ses murs fidèles que le parlement de Toulouse transporta le sénéchal de Monlauban en 1622 et en 1628. Cent vingt-huit ans plus lard, l'intendant L'Escalopier, tout en écrasant la génération de 1756 d'impôts et de corvées , préparait la prospérité future de la ville, par In construction de la grande route qui la relie & Monlauban et à Bordeaux et rétablissement d'une écluse sur la rive droite du Tarn, dans un endroit trèsdangereux auparavant pour les bateaux. Les prud'hommes avaient été remplacés, dès le XIV' siècle, par des consuls, et ceux-ci gouvernaient la cité de concert avec un maire et un conseil politique. Jamais administration ne fut animée d'intentions meilleures. I,e conseil politique ne songeait qu'aux intérêts de la ville et du pays. En 1737, par exemple, il présentait une requête au roi pour obtenir la création d'une nssemblée provinciale, destinée exclusivement au Quercy. En 1788, il demandait