‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 90 sur 119 · MOISSAC · texte numérisé non relu

MOISSAC

qu'on érii^ftt l’abbaye en éréché et qu'un présidial fdt établi k Moissac. Non moins soucieux, enBn, des avantages moraux du pays que des améliorations administratives et religieuses, le 17 juin 1787, Pierre Delvolve, avocat en parlement, Gouge Carton, Delvolve, Boisse et Ixeme, consuls, avaient fondé des prix annuels de cent livres chacun pour la personne la plus vertueuse de chaque sexe, ou celle qui aurait rempli le mieux les devoirs de son état. On ne put , à la vérité , distribuer ces prix selon les intentions des fondateurs; mais ceux-ci, ne se tenant pas pour battus, déclarèrent, l'année suivante, qu'ils seraient décernés aux plus habiles nageurs.

La révolution trouva Moissac tout dévoué à la monarchie et à ses édiles, et délivré depuis 1618 du voisinage toujours ombrageux de l'abbaye, car cette année-là une bulle de Paul V ayant substitué les chanoines aux réguliers de Guny, le monastère avait été mis en commande. Le cardinal Mazarin en avait été le premier administrateur, et monseigneur Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse et ministre, allait en être le dernier. Dirigée par une administration qui défendait obstinément l'ancien régime, mais à la tète de laquelle était un homme de haute probité nommé Duprat, père du député actuel, la population se prononça d'abord contre ie mouvement révolutionnaire. La garde nationale, conduite par ce même Duprat, se porta , le à février 1790, sur le village de Camparnaud , dont les paysans brûlaient le château , pour s'opposer par la force à cet acte de justice populaire, lin convoi magnillque fut même fait, le lendemain, à un garde national appelé Fieuxal , qui avait été tué par imprudence dans la bagarre, « en défendant la patrie, > disaient les lettres de convocation des magistrats municipaux. Mais le peuple et la bourgeoisie ne lardèrent pas à comprendre ce qu'ils devaient gagner à la révolution, et ils se prononcèrent franehemeot pour elle. Leur zèle patriotique reçut bientôt sa récompense; sur les recommandations de Cahors, bien noté à l'Assemblée nationale, Moissac obtint un district, et en 1809, détaché pour toujours de la petite ville de Lauzerte, qui, de temps immémorial , possédait la sénéchaussée, il devint le siège du premier arrondissement du département de Tarn-et-Garonne.

En passant à Moissac en 1808, Napoléon avait marqué de sa fenêtre l'emplacement d'un pont sur le Tarn, au^lessus des ruines de l'ancien, qui n’existait plus depuis les guerres de religion : ce projet fut accompli sous la restauration, et depuis 1836 neuf arches monumentales, en brique et en pierre, unissent les deux berges de la rivière. En amont de ce pont, l'un des plus beaux et des plus solides du Tarn , on en construit un autre en ce moment , sur lequel passera le canal bitéral et qui laisse bien loin derrière lui , par la hardiesse de son architecture, le nombre et la hauteur de ses arches le pont longtemps fameux du Fresquel. Accroupie au pied de deux montagnes couvertes d'arbres fruitiers et de vignes, que la main industrieuse de ses habitants cultive avec une rare intelligence et avec amour, Moissac s'appuie , vers le nord, à la vieille église de Saint-Pierre, qui lui sert de chevet, et aux ruines du cloître , et pousse vers le midi , jusqu'au bord du Tarn , ses rues étroites, gothiques et pavées en cailloux. Entourée d'agréables promenades, parmi lesquelles on ne peut oublier, quand on les a vues une fois, celles qui bordent la ville du cûté de la rivière, elle offre l'aspect le plus pittoresque avec ce moulin de vingt tournants, unique en France, cette longue chaussée d'où s'épanche sans cesse,

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en grondant , une immense nappe d'écume , ut ces massifs verts de peupliers et de saules qui masquent à demi le pont. Il y a aujourd'hui à Moissac un tribunal de première instance et un tribunal de commerce, un collège communal, un séminaire et une société dite du Cloître, à laquelle on doit la fondation d'un concert fameus qui est exécuté tous les ans, le 15 août, dans l'antique enceinte du cloître , par douze ou quinze cents musiciens venus de toutes les villes du midi. La perte du Canada et la prééminence que le UAvre a prise sur Bordeaux pour les rapports avec l'Amérique, ont réagi d'une manière funeste sur les expéditions commerciales des Moissaguais, jadis en possession de fournir aux colonies la plus grande partie des farines épurées dites de minot. Cependant le commerce de cette ville en grains et en farines n'est pas sans activité ; elle fait aussi avec succès le trafic des vins du cru et des produits de quelques tanneries. Moissac est évidemment en voie de progrès; dans un avenir peu éloigné il deviendra , grâce à l'industrie intelligente de ses habitants et au canal latéral qui le traverse, la ville la plus importante du département. Ce chef-lieu de sous-préfecture renferme 10,(il8 Ames, et l'arrondissement placé sous sa dépendance administrative, 62,730.'

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A travers les ténèbres qui couvrent le berceau de notre histoire on aperçoit confusément sur la croupe d'une colline calcaire, située prés de la rive droite de l'Aveyron , un établissement celtique appelé Segoldun ou Segodun , la ville du rocher. Cette capitale de la grande tribu des Ruihènes répondit, cinquante-deux ans avant Jésus-Christ, à l'appel patriotique du jeune Vercingétorix et lui envoya douze mille guerriers ; aussi le premier sont de César , après sa victoire et la prise d'Alisia, fut-il de diriger sur le bourg des Kuthènes Caius Caninius Rebillus, qui y passa l'Iiiver avec une légion. Néanmoins, malgré leur défaite et la présence de ces troupes, lorsque le brave Lutherich poussa le dernier cri d'insurrection au, nom des Arvernes, les Ruthënes coururent défendre dans la Narbonnaise la vieille liberté gauloise, et il fallut que César vint en personne é Segoldun pour empêcher la tribu entière de prendre les armes. .Maîtres du pays par la capitulation d'üxellodunum, où s'étaient réfugiés les derniers Gaulois, les Romains s'empressèrent de mettre le sauvage Segoldun , qu'ils appelèrent Segodunum , en communication avecla province Arécomique et le centre des Gaules. Trois larges voies romaines y prirent leur point de départ et allèrent aboutir à Diwona ou Cahors, Anderitum, aujourd'hui Javols, et Condatemag que devait remplacer Milhau. Vers 37V, l'empereur Valentinien ayant divisé l'Aquitaine en deux provinces , Segodunum fut

1. Gallin Chriitiana . l i. — Mabillon, Ànalect. ft Annales tténédietines. — C.l*. Locoinle. — AimcMic tU’ IV)rar, Chronique de Moissac. — Baliizo, Capilulaires. — Chronique romane de la guerre des Albigeois. — Trésor des chartes de Toulouse. — Archires municipales de Moissac.

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coroprU dans l'AquiUlne première el devint la seconde dea sept cités municipales dont Bourges était la métropole. Dès ce moment, il échangea son nom celtique contre celui de cité des Ruthènes {civiioâ Ruthenorum) d’où la dénomination moderne de Rhodez devait sortir plus tard. S'il faut en croire le Catalogue des saints et la Chronique des évêques de Lodève, saint Chanet, pins communément nommé Amant, citoyen de Rhodez et clerc à Lodève, revint exprès, en 401 , de cette dernière ville dans sa patrie pour y établir le christianisme. Il y réussit, disent les légendaires, en brisant une idole et en rachetant l'impôt le plus odieux aux Gaulois, celui de la capitation, qui leur rappelait sans cesse leur ser^ vitude. On ne peut douter, du reste, que ce rachat n'eüt fait une grande impression sur l'esprit des Ruthènes; car, sept cents ans plus tard, un troubadour, organe de la tradition , le mettra au nombre des événements les plus éclatants de la vie du saint apôtre : Il allégea U peuple de quatre deniers d'argent , qui étaient perçus tous le% ans par le roi honoré César, sur les hommes dm Rouergue, par chef de maison :

Qintrc deniers d’srgcnt Ion poble n'alenguel

Cad'an peieept quVra de) n-is boom Césir

Al» iKHne» del RouerRue> >ul <*p du cad' oslal.

Trop loin des lieux où se décidait le sort de l'empire , et trop pauvre peut-être pour tenter les Barbares, la cité des Ruthènes ne ressentit que très-faiblement le contre-coup de la chute de Rome. L'empereur Anthemius venait de punir du dernier supplice les concussions d'un préfet du prétoire, qui avait rançonné Segodunum outre mesure, lorsque celle ville passa avec tout l'ancien pays Rhuténite sous la dominatioii des Golhs (471). Ceux-ci, qui étaient ariens, rencontrèrent chez les évêques une opposition si violente, que pour la briser ils dorent exiler les plus fougueux des prélats catholiques. Eustathius, évêque de Rhodez, fut du nombre (473). Il parait même que les soldats du duc Victorius outre-passèrent les ordres du roi Ewarich ou Euric, et détruisirent l'église fondée par saint Amant ; car, vers 483, Sidonius Apoltinaris vint exprès de Clermont pour ta consacrer de nouveau. A l'évêque Eustatbius succéda, en 50i, Quintianus, que l'Église honore comme un saint. 11 n'y avaR pas cinq ans qu'il occopaiLce siège lorsqu'il ourdit une vaste conspiration pour appeler les Franks en Aquitaine. Averti à temps, Alaric, roi des Goths, le chassa de Rhodez; mais ses intrigues n'en avaient pas moins porté leur fruit ; après la victoire de Vouglé, Chlodwig lança un fort détachement sur l'Auvergne et le Rouergue, qui pilla ces provinces et ramena Quintianus à Rhodez. Chassé une seconde fois et définitivement par les Goths, en 516, ce prélat se réfugia auprès de son ami Sidonius Apollinaris , évêque de Clermont , auquel il succéda bientôt, laissant son siège à saint Dalmas. Celui-ci jeta les fondements de la cathédrale actuelle et rouvrit les portes de Rhodez, en 533, aux Franks de Théodebert. La ville lit dès lors partie du royaume d'Austrasie, et y resta attachée à travers toutes les révolutions mérovingiennes jusqu’en 688, époque è laquelle leduc d'Aquitaine, Eudo , la réunit à son domaine. Trente-sept ans plus tard , arri- «èrent les Snrrazins. Leur première course importante date de 735. Conduits par l'émir Abi-NesM, les enfants du Prophète S'emparèrent de Rhodez cl do chêteau-

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de Btdagaier : chassés, à ce que dit fécolfttre d'Angers, par le duc Eudo, ils reparurent én 729 pour piller la cathédrale, et en 731 pour détruire de fond en comble le monastère de Conques.

La grande politique par laquelle les Carlovingiens imposèrent des comtes franks à chaque province ne parait pas avoir reçu une application immédiate dans le Rouergue. En effet, soit qu'il rentrât dans la circonscription comtale du Velay et obéit à Bullus , ou bien qu'il fit partie du diocèse militaire de Korson , qui commandait i Toulouse, on ne trouve aucun fonctionnaire frank imrlant ce titre en 791 , et il faut remonter jusqu'en 820 pour rencontrer dans la personne d'un certain Gilbert une autorité ayant quelque analogie avec cette institution. Sous ses trois successeurs, Fulcoad , Fredelon et Raimond I*', les Carlovingiens ne s'occupèrent du Rouergue que pour rétablir et combler de dons la célèbre abbaye de Oinques Rhodes dépendait alors du royaume d'Aquitaine, et reconnaissait l'autorité du comte Raimond I*' à l'arrivée des Normands. Ces païens maudits tentèrent deux fois, de 833 à 866, d'as-saHlir la ville, et surtout de prendre la cathédrale , où était renferme un butin précieux ; mais les milices de l'évèque et celles du comte les repoussèrent avec tant de vigueur qu'ils ne revinrent plus. Huit comtes, Bernard II, qui mourut sans enfants; Eudo, ftère de ce dernier; Ermengaud, Hls d'Eudo l"; Raimond II, Raimond III, Hugues, sa 811e Berthe et Raimond IV, se succédèrent, de 875 A 1079, sans laisser dans l'bistoirë de Rhodez d'autre trace de leur passage que leurs noms. En 1079, la ville fut troublée par une Queute de moines. L'évèque, Pierre de Bérenger, voulant corriger les mœurs licencieuses des chanoines réguliers de Saint-Amant, essaya de les soumettre h la règle de saint Augustin; mais ceux-ci, secrètement appuyés par Raimond IV, s'insurgèrent, et il ne fallut pas moins que la présence et l'intervention spéciale de saint Gaubert pour les faire rentrer dans le devoir. I,e successeur de Pierre s'en vengea en obtenant du légat du pape qu'ils fussent tous excommuniés. A cette époque . les évêques et les abbés, sans s'occuper des divisions féodales du territoire, soumettaient quelquefois leurs églises i un monastère , situé dans une province éloignée et soumise à un pouvoir étranger. Cest ainsi qu'en 1082 Pons d'Étienne mit Saint-Amant de Rhodei et presque toutes les églises et les monastères de son diocèse sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille.

Lorsque Raimond IV partit, eu I09C, pour la Terre-Sainte, il vendit la partie de la vHle de Rhodez dont il était propriétaire k Richard, flis aîné du vicomte de Milhau. Ce seigneur, ajoutant A sa nouvelle acquisition quelques châteaux voisins et ce qu'il possédait lui-mème, en forma le comté dit de Rhodez. La Ville fut dès lors divisée en deux parties et eut deux maîtres ; le ùoki g obéissait aux comtes, dont le château couvrait tout l'emplacement occupé aujourd'hui par l'église Saint- Amant, la rue du Bal, l'église des Pénitents-Bleus, l'ancien hôtel-de-ville et les jardins adjacents ; la eili était exclusivement sous la juridiction des évéques. Ce voisinage ne pouvait manquer tôt ou tard de donner naissance A des conflits sérieux; en 1156, en effet, il en résulta de graves débats. Ne pouvant s'entendre au sujet de leurs prétentions respectives sur les tours, les fortirKations, les foires et la police, le comte et l'évèque prirent pour arbitres, en 1161, R.de Leviion, G. de Salis , Niger de firossignac , Frotar de Belcastel , seigneur de Mirabel , Hugues de

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Belle et Hugne$ de Montrerrand, docteurs en droit. Ceux-ci décidèrent a que la possession des fortiflcations de la cité et des tours appartenant aux chevaliers qui l'habitaient, serait rendue au comte, sauf te droit des proprietaires; que l'cvéque serait tenu de payer la somme de mille sous ndanois exigés par le comte ; que l'évêqup toucherait par semaine douze écus sur l'hotei des monnaies du comte au moment même où la monnaie recevrait l'empreinte iquando furma iuipriinriurl; que le comte restituerait quelques jardins , situés près de la salle Comtal , A divers chevaliers ; et qu'au sujet des foires qui se tenaient à l'époque de la Nativité de la Vierge (le 8 septembre) ils auraient les droits respectifs qu'avaient eus le comte Richard et l'évèque Adhémar. *

Trente-neuf ans après, une nouvelle disisission s'éleva entre le comte et l'évèque; ils s'étaient parfaitement entendus pour repousser les Anglais et leurs Brabançons, et établir une sorte de société d'assurance armée, qu'on nommait le Commv» de paix, et qui consistait dans le paiement d'une faible cotisation, moyennant laquelle Icschevalierss'engagèrent à protéger les vies et les propriétés des agriculteurs et des bourgeois; mais, qiuind l'amour-propre personnel fut en jeu, ils qe s'entendirent plus. En 1 195 l'évèque Hugues de Rhodez, celui qui, selon une épitaphe écrite en latin l>arl>are : corpus suh [>etraspirilu<sttper æthra (n son corps sous la pierre el son âme sur la liimièrcj , prétendit que le. jeune comte Hugues III, bien que son neveu, lui rendit honuiutge avant d'être couronné. Soumis à des arbitres, ce différend fut jugé en faveur de l'évèque, qui, prenant Hugues par la main, le conduisit en conséquence au grand autel de sa cathédrale, et de là sur une stalle élevée devant laquelle il sc plaça, et il lui dit ; «Je sois, monseigneur, que le comté de Rhodez n'appartient qu'à vous : cependant votre promotion ne peut être faite , ainsi que le constatent nos chartes , que par l'évêque de Rhodez ; et c'esi pourquoi, désirant marcher en tout sur les traces de nos prédécesseurs , nous voulons, avant de faire pour vous ce qui doit être fait, que vous nous rendiez l'hommage accoutumé. » l>e comte lui lit, en levant la main et regardant l'hnage de la Vierge, l'hommage justement dû [verum debitam) , et l'évèque. le baisant à la joue et lui posant sur la tète une couronne d'acier, ornée d'aigles et de lions en or, lui répondit (vendant que les penonceaux de Hugues étaient arborés sur les tours, aux accluinations , trois fois répétées, de Houdes pel eount» {Hhoiles pour le comte): a Seigneur, vous êtes véritablement comte de Rhodez ! »

Cette même année l'évèque Hugues et Hugues III accordèrent aux habitants du bourg de# privilèges qui furent conBrmés, en 1-201 , par le comte Guillaume, et a.sscz étendus, en 1312, (>ar Bernard comte d'Armognac et Cécile sa femme. Ijs (Mvlice des foires , 1e réglement des poids et mesures , la défense aux boucliers de vendre de mauvaise viande [caprluas vel yrcinas ), aux cabaretiers de recevoir des joueurs, et aux femmes de mauvaise vie de porter des manteaux et des roliesà queue, y jouent 1e premier rOte. Quant à la commune, bien que les documents nous manquent en partie, il est impossible de douter qu'elle représentât, plus ou moins exactement, l'ancienne cité romaine, dans les murs de laquelle le municipe s'était toujours conservé intact. Ce qui le prouve sans réplique, c'est la présence de l'évèque d'abord, usurpateur, comme partout, des fonctions de préfet romain, ensuite la Jorme municipole latine, qui n'avait subi aucune altération. Ainsi , tandis que des

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prud'hommes gouvernaient ta jeune communauté du bourg, la cité était régie par ics consuls, qui paraissent avoir été tout-puissants; car, en 1î08 , l'évêque eut beaucoup de peine é les empêcher d'assujettir les chanoines aux charges publiques.

L'elTroyable guerre qui, dans le xiii' siècle, ensanglanta tout le midi, vint jeter la terreur jusque dans la ville de Rhodez. En 1210, le seigneur de Tenières avait barré le chemin aux Albigeois , qui étalent sur le point de s'en emparer : quatre ans après, le légat du pape Ht briller vifs sept de ces malheureux qui déreiidaicnl le château de Maurillac, et en I2U Monttort reçut, le? novembre, dans la cathédrale, le double hommage de l'évêque et du comte de Rhodez. Celui-ci, qui s’appelait Henri I*', remplaça cette année -là l'institution féodale des prud'hommes par le consulat. En même temps que les habitants du bourg recevaient le droit d'élire huit consuls , ceux de la cité arrachaient à leur évêque l’abolition de toute contribution forcée ou illégitime. Les évêques pourtant se rendaient difficilement sur cet article et aimaient à user comme à abuser de leurs droits. En 1250, Vivian de Boyer luttait avec le comte Hugues IV au sujet d’un droit de tnida ou d'octroi que ce dernier prétendait lever sur les marchandises vendues dans la cité, et , en 1260, le seigneur Cui de Séverac adressait au comte de Toulouse, suzerain de Rouergne, une plainte en forme contre ce même Vivian, dans laquelle, après lui avoir reproché maintes grevances, il ajoutait : < Je vous fais, en outre, savoir, sire, que dans l'éveché de Rhodez il y a plusieurs pauvres eaptlas (prêtres) qui n'ont point de rentes et qui ont coutume de chanter messe, et de faire le service de Notre Seigneur pour nos pères et nos mères. Or, l’évêque a ordonné que nul ea/ eln, s’il n’a bénéfice, ne pourra chanter messe sans y être autorisé par des lettres obtenues de lui, lesquelles il veut qu'on renouvelle deux fois l'an, et, pour les obtenir, il faut payer dix, vingt, trente et quarante sols : ce qui fait que plusieurs capdiu, n'ayant pas de quoi faire renouveler leurs lettres , négligent de remplir le service divin ; de quoi nous et nos amis trépassés souffrons un grand dommage. »

On ne sait si le comte Alphonse donna raison è Séverac , mais il fallait que ses plaintes fussent fondées, puisque vers 1266 le pape envoya son légat, le cardinal de Saint-Nicolas, pour informer sur r» lUtestahles turpitudes; son successeur, Haiinond de Calmont, ne valait guère mieux. Après la réunion du comté de Rhodez à la couronne, en 1271, Raimond eut des différends très-vifs avec le comte Henri II, et n'hésita pas à lancer Texcommunicalion sur le boiirg. I.e Sénéchal du roi de France intervint alors, et, par un jugement rendu le samedi après la fête de saint Vinrent 127B, il repoussa les prétentions du prélat. En 1293, l'évêque essaya bien d’empêcher de tenir les marchés dans le bourg, en renouvelant son excommunication, mais le sénéchal le força de retirer son interdit. I.e xiv* siède commençait A peine lorsque le comté et la ville de Rhodez tombèrent dans la maison d’Armagnac, par la mort de la comtesse Cécile, fille d'Henri II, qui les laissa, en l3l3, à Jean d'Armagnac , son fils, à condition qu'il porterait les gueules au léopard lioané d'or des comtes Rhodanois. La puissance ecclésiastique ne pouvait que perdre fi cette transmission. Les d'Armagnac, en effet, n'étaient pas hommes ê fléchir sous la crosse , et monseigneur Pierre de Pleines Chassaigne ne tarda pas b le savoir. En 1315, ayant essayé de revendiquer la juridiction des foires , il vit ses prétentions rutle-

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