‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 91 sur 119 · RHODEZ. 5V · texte numérisé non relu

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ment repoussées; mnis , comme l'Église est tenace, loin de se tenir pour battu , Pierre de Pleines envoya des gens armés se saisir des tours de Sainte-Marthe, devant lesquelles se devait tenir la foire de juin. I‘ar malheur pour lui , Bernard d'Armagnac se trouvait A Khodez occupé à rassembler la milice. Il détacha seulement une compagnie de Gascons qui, dispersant sans peine les gens de l'éxéque et les bourgeois de la cité , dont quatorze restèrent sur le carreau , reprirent les tours et y mirent le feu. L’evéque s'enfuit aussitét et excommunia tout le monde; puis un arbitrage intenint, en 1317, qui, en accordant quelques vaines satisfactions au prélat, donna raison au fond à Bernard d'Armagnac sur tous les points.

Depuis que Rhodez appartenait à la maison d'Armagnac la ville avait épousé la haine de cette noble race contre les Anglais; mais, malgré le malheur des temps, les armes de l'Angleterre ne se montrèrent que trois fois dans le comté de Rouerguc pendant le xiv' siècle, en 1315 et 13V6, et, plus tard, en 1362, lorsque, le fatal traité de Brétigny à la main , Jean Ghandos vint prendre possession de Rhodez. Les Anglais gardèrent la ville six ans, au bout desquels le comte Jean I" d'Armagnac envoya aux habitants l'ordre d'expulser ces étrangers, ce qui fut exécuté le 17 septembre par un consul du bourg, nommé Béranger de Nattes. De 1317 a lAV-i Rhodez ne prit part aux guerres nationales que d'une manière indirecte. Les états de Rouergue se réunirent plusieurs fois dans ses murs pour voter , sur la convocation du dhc d'Anjou , du comte d'Armagnac ou du sénéclial de la province, l'or avec lequel on désarmait les routiers ; en 1371 , les bourgeois de la cité, craignant que l’évéque ne voulût les asservir, l'attaquèrent à coups de flèches et blessèrent plusieurs de ses domestiques. Vers 1 132, tant la violence était entrée dans les habitudes du siècle, deux prétendants se disputèrent A main armée le siège épiscopal ; mais malgré ces agitations intérieures et les démêlés des consuls avec l'évéque en 1A36, au sujet d'une barbacane dont ce prélat exigeait la démolition, les deux parties de la ville s'étalent agrandies ; les fortifications avaient été réparées avec soin , et Rhodez touchait A l'état de prospérité au moment de la chute des d'Armagnac. Au commencement de HAA, le Dauphin, flls de Charles VII, se présenta avec mille lances devant cette cité, qui lui fut livrée par deux traîtres ; vingt et un ans plus tard, ce même prince, devenu Louis XI , réunit A la couronne le comté et la capitale du Rouergue , par un arrêt du parlement de Paris en date du 7 septembre 1A70.

Pendant toute la dernière moitié du xv* siècle et le commencement du xvi*, deux cruels fléaux, la famine et la peste, ravagèrent tour A tour Rhodez. En IGAl eteiilA9A, la peste interrompit le commerce, qui consistait principalement en merceries tirées du Puy, en draperies fabriquées A Saint-Geniez et A Marvejols et en bonneteries de Rinhac et de Sauveterre; de 1510 A 1516, elle se compliqua d'une famine affreuse; en 1525 elle empêcha la tenue des états, et, en 1529, elle lit place A une autre famine. Quand il ne resta plus de ces grandes calamités, derniers ferments du moyen-fige, que les hôpitaux de Saint-Laurent et de Saint- Georges , fondés par l'évêque d'Estaing, et des maladreries où languissaient encore quelques lépreux, le roi de Navarre et sa femme, héritiers des d'Armagnac, vinrent, en 1535 , prendre possession du comté de Rhodez. Peu de temps après, la réformation pénétra dans le Rouergue, mais l'évêque et les consuls de Rhodez flrent si

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bonne garde qu'elle ne put franchir les ponts-levis de la porte Saint-Ciriee. En 156i, craignant même une attaque des huguenots, ils s’empressèrent de réparer les fortifications et de fondre du canon. Ces précautions, toutefois, ne découragèrent nullement les caWinisles; car, en 1579, ils faillirent surprendre la ville, et ne la manquèrent, l’année suivante, que par la découverte d’un complot à la tête duquel se trouvait le chanoine Labro, qui fut pendu, le 6 janvier, avec ses complices. Déjà, à cette époque, il avait été levé dans le diocèse de Rhodez, depuis le commencement des guerres religieuses , quarante-six millions sept cent cinq livres. Onze mille cent cinquante- on individus avaient péri de mort violente, trois villages et soixante-cinq maisons avaient été brillés, et huitccnts maisons détruites.

Par son attachement au catholicisme , Rhodez fut entraîné dans le parti de la Ligue et devint, en 1586, le quartier général de Joyeuse, qui devaK, comme un autre Hercule, disait l’inscription triomphale de la porte des Ovrdeliers, purger le Rortergue de l’erreur. Il n’accomplit pas cette Uche au-dessus des forces humaines; mais il réussit à maintenir Rhodez sous l’obéissance des Seize jusqu’en 1595. Douze ans après cet événement, Henri IV réunit de nouveau à la couronne la ville et le comté, dont les dernières traces disparurent, en 1621, par l’érection d’une sénéchaussée royale, établie à Rhodez en vertu d'un arrêt du conseil. Plus tard, par suite du démembrement de la sénéchaussée de Guienne , le Rouergue et sa capitale firent partie de la généralité établie à Cahors en 1635, et'transférée depuis à Hontauban, en 1662. En conséquence de cette mesure, dictée par de hautes convenances politiques, cette province, qui ressortissait à la cour des aides de Montpellier, passa dans la jurid'iction de celle de Montauhan. Malgré l’épizootie de 1731 , les crues sur le sel en 1738, le tremblement de terre de 1750 , les corvées de L’Escalopier, la démolition de l’église de Saint-Amand, qui menaçait ruine, la suppression des Jésuites en 1762, le calme avait été profond à Rhodez et y avait fàvorisé le développement de l’industrie. Quand la révolution survint, les fabriques de drap et de linge de table y étaient dans l’état 1e plus florissant.

En 1789, la ville et sénéchaussée de Rhodez députèrent aux états généraux le professeur en théologie Malrieu, le vicomte de Panat, Pierre Pons de Soulages et Antoine Rodât d'OIemps. Cette ville, outre sa sénéchaussée, avait alors un présidial , une maîtrise des eaux et forêts établie en 1669 , un évêché d’abord suffragant do métropolitain de Bourges, puis de l’archevêque d’Alby, à partir de 1676 , un lieutenant de maréchaussée , un hôpital général, un collège tenu par des ecclésiastiques séculiers, successeurs des Jésuites, et plusieurs couvents de Cordeliera, de Jacobins , de Dominicains et de religieuses de Notre-Dame. Dans la nouvelle circonscription territoriale de la France, Rhodez, qui avait d’abord obtenu un district , ne tarda pas à devenir le chef-lieu do département de l’Aveyron, formé de l’ancienne province du Rouergue. Sous les régimes antérieurs à la restauration, cette ville, bien que livrée à l’influence du clergé, se pénétra peu à peu des idées de 1789, ce qui n’empêcha pas les haines politiques d’éclater au retour de la dynastie proscrite. C’eSt au milieu de l’effervescence de ces passions que fut commis, le 19 mars 1817, dans la rue des Hebdomadiers, l’assassinat de l’infortuné Fualdès, ancien procureur du roi à Rhodez. En 1836, le chef-lieu de l’Aveyron se soumit cependant sans munourer au gouvernement sorti de la révolution de juillet,

VILLEFRANCHE. — ESPALION. — SAINT-AFFRIQUE. 5i7 bien que le clergé, toujours influent, et la classe riche, toujours mallrcsse du peuple, aient gardé leurs sympathies pour la dynastie déchue. La population de Rhodez qui, dans le siècle dernier, ne dépassait pas 3,500 âmes, en compte aujourd'hui 9,085. Quant au département, il renferme 375,083 personnes, dont 102,556 appartiennent au premier arrondissement de l’Aveyron.

Les hommes célèbres nés à Rhodez sont le troubadou r Hugues Brunet, qui vivait au XII* siècle; Jean de Serres, fameux théologien calviniste et auteur de l'/norntaire de C histoire de France, né en 15i0, et mort en 1598; l'académicien yorrpA Siguy, mort en 1761, et Ambroise Crozat, peintre de mérite.'

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