‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 92 sur 119 · VILLEFRANCHE. - E8PALI0N. - SAINT-AFFRIQUE · texte numérisé non relu

VILLEFRANCHE. - E8PALI0N. - SAINT-AFFRIQUE

Dans une petite et riante vallée, que ferme è l'est une montagne, è l'ouest, au sud et au nord, un rideau circulaire de collines coupé vers le levant, le midi et le nord-ouest, par quatre échancrures, que l'AIzon, l'Aveyron et le ruisseau de Nolre- ' Dame semblent avoir creusées violemment pour se frayer un passage , le comte ' Alphonse de Toulouse fonda, en 1232, au confluent des deux rivières, une cité qu'il nomma Villefranche. Comme la fondation de cette ville lui tenait au cœur, il ne négligea rien pour y attirer des habitants; et, quatre ans après, l'octroi des coutumes les plus favorables fut fait à ceux qui avaient bâti des maisons sur la rive droite. Les mêmes symptômes d'opposition et de colère , que nous avons déjà remarqués è propos de la fondation de Montauban, éclatèrent alors dans les actes de l'autorité ecclésiastique. L’évêque Vivian de Boyer, seigneur temporel de la cité de Rhodez , ne put voir sans alarme s'élever à onze lieues de la capitale du Rouergue une ville rivale dont le comte manifestait hautement l'intention de faire le principal centre politique de la province. Il recourut donc à l'arme la plus terrible du moyen âge , et après avoir maudit Villefranche , il excommunia tous ceux qui oseraient s'y établir et y construire des maisons. L’interdit porta d'abord malheur à la nouvelle ville : effrayés des anathèmes de Vivian , la plupart des habitants aban-

1. Commentaires de César. — Histoire des Gaulois, de Dom Jacques Martin. — Art de oéri/ler * les dates, — Chroniques de Conques. — Bosc, Mémoires pour sertrir à Chistoire du Rouergue. » Manuscrits de la Bibliolbèque ruyale, collection Dual. — Antoine Bonal, Histoire manuscrite du comté et des évêques de Rhodez. — Trésor des chartes de Pau. — Archives de I^ioiire. — Archives de la cathédrale de Rhodez. — Annales de Baronius. — Vie de Saint-Gaubeft. — Manuscrits Colbeit, archives du cbâteuu de Poix. — Titres concernant la ville de Rhodez, 131 — Archives de Tévéché de Rhodez, citées pur Boec. — Procès-verbal de rbomroage de 1335.— Papiers féodaux du château de Téniéres. — Abrégé historique des comtes de Rouergue et de Rhodez. — Trésorerie de Ville-Frinclie. — Mauiiscrll Colbert, livre des hommages {lOurieconitédeRboâlez. — C.abier de la sénéchaussée de Rhodez en 1789. — Sicard, Ruth. Christ. — Gaujal, Essais histotiques sur le Rouergue.

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donnèrent leurs maisons; mais, avec le temps, la terreur se dissipa, et quatrevingt-quatre ans après, les bourgeois, parfaitement rassurés, commençaient à élever les murs d'une enceinte fortifiée et k l'entourer de fossés Ce travail, si nécessaire à cette époque, fut terminé en 1350; cependant, douze ans plus tard il fallut ouvrir les portes aux Anglais et se résigner à voir flotter, par suite du malheureux traité de Brétigny, le lion d'argent de Jean Chandos sur des fortifications bâties par des mains françaises.

Les bourgeois obéirent au maréchal de Bonricault porteur des ordres du roi Jean ; mais ils restèrent Français de cœur. Quoique le prince Noir leur eût accordé la permission d'avoir une cloche pour les assemblées de l’hAtel-de-ville, ils ne voulurent point lui prêter le serment de fidélité, en 136i, après la mort de Jean ; deux hommes énergiques , PoUier, premier consul , et Guillaume de Garrigues, juge-mage du bailliage royal , portèrent au prince anglais cette résolution des habitants. Furieux de leur désobéissance , qu'il considérait comme une révolte, celui-ci les renvoya à Villefranche en les menaçant de mort s'ils ne rapportaient d'autres instructions : ils y retournèrent , mais pour encourager leurs concitoyens à persister dans leur refus qu'ils eurent le courage de revenir notifier au fils du roi Édouard. Le prince Noir épargnant Pullier, à la sollicitation du seigneur d'Arpajon, fit lier le juge-mage à la queue de son cheval , et alla réclamer lui-mème en cet état l'hommage des bourgeois de Villefranche. Il est aisé de conclure de là que ceux-ci ne furent pas les derniers à secouer le joug étranger; en 1369, bien qu'entourée de garnisons anglaises , Villefranche reçut dans ses murs le Bâtard de I-andorre, sénéchal du Uouerguc pour le roi de France. Charles V reconnut ce service en permettant aux consuls, qui jusqu'alors n'avaient eu que des robes noires et bleues, d'en porter de mi-parties de rouge et de noir. Ln siècle plus tard, après l'expulsion définitive des Anglais, Charles VII visita, le 8 avril Iàà3, la fidèle cité de Villefranche. Les consuls lui offrirent respectueusement vingtquatre torches en cire pour lui et, disent les archives, cent sacs d'avoine, cent quintaux de foin et huit pipes ou doubles tonneaux de vin pour sa suite et pour ses chevaux. Onze ans ne s’étaient pas écoulés depuis cet événement que la peste prenait possession de la ville et la désolait jusqu’en 1^60 : enfin, un siècle avait à peine suffi pour réparer les ravages de ce fléau lorsqu'il éclata de nouveau, en 1558, et emporta cinq mille personnes. Ceux qui avaient échappé à la contagion s’enfuirent, et Villefranche fut abandonnée jusqu’en 1561.

Celte année-là, le calvinisme entra dans la ville non moins violemment que la peste. I.es ecclésiastiques ayant refusé de quitter la messe pour le prêche , on les assiégea dans la grosse tour qui sert de clocher. Aux premières volées de canon, le père Fiiio, dominicain, leur chef militant, demanda à capituler et sortit des murs avec les Cordeliers, les Chartreux, et tout le clergé pendant que les partisans ih» idées nouvelles brisaient les croix, les images, et saccageaient l'église. C'était plus qu'il n'en fallait pour attirer Montluc : le 30 mars 1562, ce bourreau des huguenots entrait à Villefranche avec deux conseillers du parlement de Bordeaux et quantité de noblesse. Il y trouva deux commissaires du grand conseil, Compain et Girard, qui informaient contre cinq protestants , désignés comme les plus coupables artisans des désordres récemment commis. Mais Montluc n'était pas homme à se payer

TILUIFRANCHE. - ESPALION. ^ SAINT-AFFRIQUE. f.W de proeédares : Halesme, un des conseillers bordelais, lui oyant dit un jour : « Voulez->s'ous Taire un tour digne de vous? envoyez les pendre aux fenêtres de la maison de ville, là où ils sont prisonniers, et vous nous jetterez hors de débat, car autrement il ne Tant point espérer que justice s'en fasse. — Êtes-vous tous de cette opinion? répondit Montluc. — Oui, ■> s'écrièrent-ils. Ils ne se le Qt pas dire deux fois : appelant le sergent, monsieur de Saint-Orens, « faites venir le geélier, •> lui commanda-t-il, et celui-ci s'étant présenté tout tremblant: « baille^lui ces prisonniers que tu tiens, a continua Montluc, a et vous, sergent, prenez mes deux bourn:aux, et les allez faire pendre aux fenêtres de la maison de ville. » Il partit, « et incontinent, » ajoute Montluc dans son effrayant laconisme, « nous les vîmes attachés aux fenêtres. » Cette exécution fut suivie des plus horribles excès , car Montluc avait laissé k Villefranche, en qualité de gouverneur, un bandit nommé Valsergues. Cet homme fit périr vingt-six bourgeois, abandonna les femmes et les filles des protestants k la brutalité de la soldatesque, et arrêta pour longtemps le développement de la réforme. C'est sans doute le souvenir de ces jours néfastes qui porta Villefranche à embrasser le parti du roi de Navarre. Les habitants étaient attachés de cœur k ce prince ; aussi , en apprenant son entrée k Earis, en 159A, iis chas-sèrent leur sénéchal et les officiers du présidial, qui tenaient pour les ligueurs.

Six ans auparavant, la peste avait encore ravagé Villefranche; en 1628, elle reparut plus funeste, plus implacable que jamais. Pendant cinq mois le fléau sévit avec la rapidité de l'éclair. Depuis le commeticeinent de mai jusqu'à la fin de septembre on ne vit que des mourants et des morts. Les consuls étaient partis déléguant leur pouvoir à trois proconsuls intrépides, Alary, Segui et Cardes, dont les deux derniers devaient périr victimes de leur généreux dévouement. Secondés par un avocat nommé Üelcros qui, élu capitaine de la santé, voulut garder son poste jusqu’à la mort, les magistrats improvisés guidaient les cotbeaux enrôlés pour l'enlèvement des cadavres, et veillaient à la désinfection des maisons pestiférées et à la distribution des vivres, tandis que le capucin Ambroise, conduisant un troupeau de chèvres, faisait allaitée tous les jours dos centaines d'orphelins étendus sur la paille au milieu de la place, l'ous ceux qui étaient restés étaient grands : les médecins Laval et Bruyèrc's déployaient un zèle sublime; le vieux Rivière, que ses infirmités clouaient sur un fauteuil, se faisait porter à bras dans les maisons pestiférées, les femmes riches adoptaient les enfants des morts, les nobles religieuses de Sainte-Claire soignaient les malades ; mais nul ne monirait plus de dévouement , plus de sang-froid , plus d'iiêrolsme que le lieutenant criminel , Jean de l'omairols. Dès le début de la maladie , l’omairols donna tout ce qu'il possédait, linge, provisions, habits et jusqu'à ses meubles. Puis, un le vil toujours compatissant, mais ferme, s'occuper sans relâche de la distribution des secours et du maintien de l'ordre, qui ne fut pas troublé un seul instant, grâce à sa fermeté, quand aucun ordre ne semblait possible dans une pareille calamité. Quand le fléau eut cessé on grava l'inscription suivante, sur une pierre du mur oriental du couvent de Sainte-Claire : Ici nposent tes corps d'environ huit mille habitants de Villefranche, qui ont péri de la peste en 1628 , de mai jusqu'à la fin de si-pleiiibre. Leurs restes sont contenus dans l'enceinte de ces murs. La rewnnais.sance publique ne faillit pas de son côté à Pomairols : par délibération solen-

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nelle du 10 février 1620, ta communauté prit l'engagement de payer à perpétuité, pour lui et ses descendants, les impéts de leurs pro()riétés patrimoniales; et pour laisser i la postérité un témoignage étemel du la commune gratitude, il fut décidé, en outre, que le portrait de Pomairols serait placé dans la principale salle de l'IiAtelde-ville, et décoré d'un phénix renaissant de ses cendres, et de cette inscription en langage figuré, qu'on y lit encore avec attendrissement , et par laquelle on fait parler la ville : « Tel il était quand je fus frappée des coups funestes du fléau et qu'il n'hésita pas i exposer sa vie pour mon salut. Elle est bien fragile cette image qui rappelle seule son grand dévouement, mais elle sera immortdle si l'amour de la patrie et la reconnaissance remuent les cœurs de ceux qui doivent naître successivement dans mes murs. »

Sous Louis \IV, le signal de l'un des plus grands soulèvements du xvn* siècle partit de Viliefranche Furieux de l’augmentation des tailles, les paysans se portèrent sur cette ville, en 16V3, et après avoir élu pour chefs un chirurgien de Monseiat, nommé Petit, et un maçon connu sous le sobriquet de La Paille, ils forcèrent l'intendant, qui s'y trouvait par hasard, de signer deux ordonnances pour le dégrèvement des tailles. L’intendant ayant paru s'exécuter de bonne foi, ces pauvres paysans, qui comme les insurgés de 159i et de 1636 avaient pris le nom caractéristique de CroquanU , se retiraient lorsqu'ils furent surpris à l’improviste, et accablés par les nobles que commandaient le duc de Noailles et l'évéque de Rhodex. Petit et La Paille furent rompus vifs, leurs tètes plantées au sommet des tours du pont et de Savegnac, et leurs membres exposés sur des roues auprès des fourches patibulaires, et sur le bord de la grande route. On en roua vif un troisième à NaTac , le lieutenant général au présidial de Viliefranche en fit pendre un et en envoya une foule d'autres aux galères. Grâce à cette rigueur, que le noUe auteur des Essais sur le Kouergue appelle talatave, la paix ne fut plus troublée à Villefranche.

Accomplissant, quatre-vingt-dix-neuf ans après, les intentions secrètes du comte Adphonse. le gouvernement centnflisail peu à peu l'action administrative à Villefranche au préjudice de Rhodes. Ainsi, en 1651, il y réunit pour la dernière fois les états du Rouergue, et y transporta , en 1779, l’assemblée provinciale composée des évêques de Rhodes, de Cahors, de Vabres, de Montauban , de sis chanoines, curés ou vicaires généraux de ces villes, de seize membres de la noblesse et de vingt-six députés du tiers-état. Cette assemblée, qui avait gouverné le Rouergue et le Queiry pendant dix ans , s'elfaça en 1789 devant les états-généraux, auxquels la ville et sénéchaussée de Viliefranche députèrent pour le clergé Seignelai de Colbert , de CjisUe-Hill , évéque de Rhodex, ChrysostOme de Villaret , son vicaire général ; pour la noblesse le comte de Vezins , remplacé depuis par le marquis de Montcalm et le comte de Boumazel ; et pour le tiers-état Andurand de Viliefranche, Perrin de Viviers, Manhaval du Bex et Lambeidu Mur de Barrez. Odieuse A la révolution , en sa qualité de ville privilégiée et à cause de ses antécédents aristocratiques , Villefranclie ne put même d'abord obtenir un district : elle ne tarda pas toutefois à être relevée de cet ostracisme et à recevoir le chef-lieu d'un arrondissement comme l'équivalent de son ancienne sénéchaussée. Depuis, Villefranche a du à l'industrie , aux mœurs sobres et réglées , et à l'amour du travail de

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ses habitants, non moins qu'à ses nombreuses fabriques de chaudronnerie, un accroissement remarquable et une prospérité dont elle n’avait joui dons aucun siècle. En découvrant de loin la grosse tour servant toujours de clocher et l'antique collégiale qui dominent la ville , et cette multitude de toits bizarrement étagés en amphithéâtre au pied de la colline, on sent qu'on va pénétrer dans une riche cité : pois, a mesure qu'on approche, les cinq faubourgs bâtis en dehors des cinq |>ortes se déroulent successivement, les quatre grandes rues,, qui divisent Villefranche en neuf quartiers, étalent leurs maisons antiques et massives, d'innomhrshies pigeonniers et des arbres fruitiers de tonte espèce apparaissent sur les collines environnantes par les ouvertures des rues latérales , et eoroplèteot un tableau plein de mouvement et de vie. En 17-26, cette ville ne comptait que 5,600 habitants, eUe en a 9,à00 aujourd'hui ; l'aiTondisseroenl, le quatrième de l'Aveyron , en contient 81,130. Les hommes célèbres que Villefranche a vus naître sont : DundiÿHttr, auteur du Kmy et oncicn usage des duels, qui vivait en 1617; le maréchal de llelle-hle, mort en 1761; et de nos jours le ntédecin Dtsbruel et le célèbre physiologiste Alibert. l.aromiguière , un des nos meilleurs professeurs de philosophie, naquit, en 17S6, dans une de'i dépendances administratives de l'arrondissement actuel de Villefranche.

D'après les auteurs de la Galiia ChrUtiana , que nous chargerons de ta responsabilité du fait, un saint, nommé Fricus ou Affricus, vint, au commencement du VI* siéde, dans ce vallon, quadranguiaire comme une étoile, que baigne la Sorgue, jeter les fondements de la ville de âaint-.Affrique. Deux siédes plus tard , un fondateur encore plus, inconnu édifiait , dans un vaste bassin couvert de prairies et de vignes, celle de Speley ou de Spekum, dont on finit par faire Espalion. Perdues, à cause de leur peu d'importance, dans le mouvement confus et sombre des faits du moyen âge, ces deux cités ne nous apparaissent ensuite qu'au xiil* siède : Saint-Affrique, en 1238, lorsque le comte Raimond Vil lui donne des routurees; et Espalion, le 12 avril l'266, lorsqu'il achète des privilèges que Bégon , son seigneur, lui fait payer dix-sept mille sous de Hhodez. Les coutumes de Saint-A (Trique furent conflrmées dans le siècle suivant par le sénéchal et les juges du Rouergue, et les consuls, à partir de 1311, eurent le pouvoir d’élire des conseillers, d'imposer des deniers sur la communauté, de faire les règlements de police et d'avoir une maison consulaire et un sceau.

Après la bataille de Crécy, Espalion tomba dans les mains des Anglais. Quant à Saint-vAffrique , il s’était fortiOé avec trop de soin pour craindre le même sort, et ses remparts , qu'on réparait encore en 1357, auraient défié tous les eOiirts de Jean Cliandos , s'il n'était venu s'en saisir en vertu du traité de Brétigny. Le 18 février 1362 les consuls allèrent lui prêter le serment de fidélité à Milhau, et ceux d' Espalion se virent contraints de suivre cet exemple. Ce fut, il est vrai, pour peu de temps, mais les deux cités n'en souCTrirent pas moins, Saint-Affrique surtout. Après les guerres anglaises, un tremblement de terre, la famine et la peste désolèrent tour à tour la ville; puis, pour combler la mesure de ses maux , la Sorgue déborda tout à coup, en 1378, et renversa quatre-vingts maisons. Les habitants d'Espalion, qui avaient pour seigneurs les Caimont d'OIt, chevaliers belliqueux,

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ne restèrent pas étrangers aux luttes de la France et de l'Angteterre ; de même quand il ne flotta plus en lloucrgue un seul pennon des rois de Umdres, ils épousèrent comme les d'Armagnac la querelle des rois de Paris, et montrèrent leur dévouement à I>ouis XI en lui envoyant des soldats et en votant cent cinquante livres pour le rachat de leur baron alors prisonnier ( I k-73 ).

Tant que durèrent 1rs guerres religieuses, Saint-A (Trique, où la rérormation était déjà toute-puissante dès 15C2, tint pour la liberté de conscience. Rudement châtiés, cette anné-là, par rarriére-han catholique du Rouergue, qui, à l'instigation du lieutenant de Montluc, saccagea également Espalion, les habitants prirent les armes en 1586, lors du passage des troupes calvinistes commandées par d'Acier- C.russol, et ne les posèrent plus qu'à la proclamation de l'édit de Nantes. Unis avec Milhau, Compeyre, Nantes, Creyssel et Saint-Kome, ils auraient pu exercer des représailles sur les villes voisines, après ki Saint-Karthélemy ; ils n'en firent rien; seulement, leurs portes s'ouvrirent devant toutes celles des victimes échappées au massacre qui vinrent leur demander un asile. Les consuls de Saint-A (Trique, fermes et dévoués , brillèrent au premier rang dans les colloques de Milliau , et quand les ennemis menacèrent leur ville , ils ne furent ni moins ardents ni moins empressés à en border les murailles. Aussi, en 1588, le sénéchal de Rouergue, Bournazel , battit inutilement leurs remparts pendant quelques jours.

Aux premières atteintes portées à Tédit de Nantes, sous I.ouis XIII , Saint-Affrique se souleva en même temps que toutes les villes protestantes du àtidi. Ses députés étaient , en 1620 , au colloque de Milhau , et y votèrent la déclaration de guerre. Cette reprise des hostilités amena, en 1638, l'armée royale, commandée par le premier prince du sang, sous les murs de Saint-A ffriqne. Située entre deux montagnes qui la dominent de toutes parts, la ville n'avait à opposer aux troupes de Condé que le courage éprouvé de ses défenseurs; mais le brave Vacheresse, l'un des vétérans des guerres passées, était dans la ville, et, prêt à le' secourir, le duc de Rohan occupait .Meruyeis. On construisit donc à la hâte quelques tenailles et petits flancs devant le faubourg qui est du côté de Vabres et que la Sorgue sépare de la ville, et, quoique les fossés n'eussent que quatre toises de large et ne fussent pas revêtus, on attendit l'ennemi avec confiance. Il arriva le 29 mai, à midi. Condé menait six mille hommes de pied et huit cenis chevaux. Sept jours furent employés aux approches. Le 5 juin , deux brèches paraissant praticables, on donna l'assaut qui fut repoussé avec tant de vigueur, que, te lendemain, Condé plia bagage , laissant quatre cents cadavres sur la brèche, et emportant trois cents blessés. Entre cette noble défense et la dernière levée de boucliers du protestantisme de Saint -Affrique, il y eut deux événements néfastes : la révocation de l'édit de Nantes et l'insurrection des Camisards, en 1703; Saint- AITrique résolut de prendre part à cette dernière protestation armée. Appelé par l'abbé de La Bourbe, qui avait organisé un soulèvement général en Rouergue, le fameux Catinat s'avance vers les montagnes de la Canne , et Saint-A ffrique lui envoie un premier renfort de six cents hommes, commandés par un capitaine plein d'expérience et de courage , a|q>elé Boéton. Si ce chef fanatique des Camisards ne se fût amusé à brûler quelques métairies du côté de la Gaze, tous les protestants du Rouergue .Auraient couru aux armes; mais il donna trop tôt réveil-, se fit battre, et les

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