‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 97 sur 119 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL

mélancoliqne et ménanl, où domine la ruse, et une physionomie moins vive et moins ouverte. I.a quatorzième classe, que distin^ent la petitesse de sa taille, car il est rare qu'elle dépasse cinq pieds, l’ensemble v1f et sombre des traits, et la tendance scrofuleuse , occupe les montagnes granitiques du département du I.ot. Sur les plateaux inférieurs, où le climat et le sol agissent avec force, vit, au con~ traire, une population à la poitrine large et élevée, aux yeux noirs et brillants, à la peau rude et colorée, et à la vigueur proverbiale. Les coteaux calcaires de la partie méridionale du département, ainsi que les vallées, nourrissent la seizième et la dix-septième classe : l'une, composée de vignerons, petits et contrefaits par suite de la contrainte forcée à laquelle on soumet leurs membres dès leur enfance pour la culture des vignes, qui se fait à la bêche; l'autre, pleine de vigueur, bien que la réverbération du soleil altère ses traits de bonne heure. I.a zène argileuse, qui s’étend surtout dans l’arrondissement de Gourdon, est couverte par la dix-huitième classe , qu'une taille plus haute et des muscles plus prononcés séparent des riverains basanés et goitreux de Brétenoux ; les deux classes intermédiaires qui se partagent le département de Tarn-et-Garonne appartiennent, la première , celle des plateaux calcaires du nord-est, limitrophes du Quercy et du Rouergue, au genre que nous avons déjà signalé en décrivant la quinzième classe, et la seconde, à celui qui est propre à la population de Lot-et-Garonne. Les hommes de la région supérieure sont en général énergiquement constitués ; plutdt trapus que grands, ils ont la voix forte, la peau colorée, les yeux et les cheveux bruns : ceux qui , par exception , ont des yeux bleus et des cheveux tirant sur le roux ou blonds, offrent la même structure physique. L'homme des plaines, au contraire, qui tient les deux tiers du département de Tarn-et-Garonne depuis .Moissac jusqu’à Grisolles, Montauban et Caussade, est remarquable par sa taille grêle et élancée, ses yeux noirs, ses cheveux moins abondants mais noirs et soyeux, et son teint ordinairement pâle.

(.es quatre dernières classes, répandues dans l'.Aveyron, se composent des terrassiers et vignerons, agglomérés surtout dans l’arrondissement de Villefranche; des chaudronniers qu’on y rencontre également en très grand nombre; des tanneurs, chamoiseurs, mégissiers et tisserands, établis surtout dans les arrondissements de Milhau et de Saint-Affrique, et des hommes attachés à la euKore des terres. La première de ces catégories, à laquelle se rattachent les mineurs des bassins d’Aubin, vouée dès l’enfance au travail , aux privations , et périodiquement décimée par les lièvres, est tristement remarquable par sa pâleur et sa maigreur; la vigueur et le riche développement des membres et des muscles caractérise la seconde , parmi laquelle il n’est pas rare de voir des ouvriers parvenus à l’extrême vieillesse dont l'oxide de cuivre a rendu les cheveux verts; une taille trapue, la tête ronde et forte, et un organisme ardent et plein d’aptitude, tels sont les signes principaux auxquels on reconnaît la classe industrielle que renferment Milhau et Siint- Affrique. Quant à la classe agricole, dont le type n’est accusé nulle part plus vigoureusement que dans l'arrondissement de Rhodez, on la reconnaît sur-le-champ aux formes massives, à la stature colossale ou carrée, à la tête ronde et forte, aux cheveux noirs et flottants , aux yeux vifs , et A la physionomie accentuée et expressive , caractères particuliers de l’habitant du Rouergue,

GUIENNE

Uniforme à peu près dans les villes, où l'ouvrier, l’artisan et le bourgeois portent également les clicveuv coupés et la veste, la redingote et même l’Iiabit de drap le dimanche, le costume ne présente que peu de dilTérenccs dans les campagnes. L'ancien habit de toile et le chapeau à larges bords disparaissent peu à peu des communes rurales de la Gironde , du département de Lot-et-Garonne , et de la partie sud-ouest de celui de Tarn-et-Garonne. Ce n'est que dans le Périgord, sur les plateaux supérieurs du Quercy et dans les causses du département de l'Aveyron (|u'on retrouve encore ce vénérable habillement du xv' siècle, qui consistait dans un chapeau rabattu, une longue veste rouge, un gilet blanc, des culottes courtes de toile ou de tiretaine , et des gamaches ou guêtres de cuir remontant jusqu'au dessus du genou , et attachées sur le bas de laine rouge ou bleu avec des jarretières flottantes de même couleur. I.e costume le plus en usage aujourd'hui est , pour le travail, une chemise et un pantalon de toile , un gilet de même étoffe , un chapeau rabattu ou un bonnet de laine, et, pour les dimanclies ou les marchés, une veste grise ou bleue de eadi$ , drap des plus grossiers , une culotte de. laine grise et uii chapeau à larges bords. L'été, le paysan va nu-pieds; l'hiver, il porte des sabots, et quelquefois des souliers, qu’il retire avec soin et met dans sa poche en quittant la ville. Insensibles , comme les montagnards du Quercy et du nouergue, aux avances de la civilisation, les I.andais conservent religieusement l'habit national; ils portent toujours, comme leurs pères, le béret bleu ou blanc, les culottes courtes , le gilet à manches de capas , sorte de droguet indigène , les gros bas de laine, les souliers ferrés et les sabots. Pour les Landescots et les Aouillys, bergers qui vivent .sur des échasses, iis n'ont rien changé au vêtement patriarcal. Elevé sur des perches (Ichangues) de cinq à six pieds, et couvert d'une pelisse de peau de mouton, qu'on appelle raouèoen, et d'un bonnet de laine, tÀouilly, immobile au milieu des sables, et appuyé sur son béton, ressemble de loin à une de ces apparitions fantastiques si redoutées par l'habitant des Landes. Quant aux costumes des femmes de la Guienne, s'ils n'ont pas plus d'originalité, ils sont en général plus pittoresques et plus élégants que ceux des hommes.

En se rappelant les contrastes que présente l'organisation physique des vingtquatre classes principales de la population, et en tenant compte des influences de localité ou de climat, qui les modiflent individuellement, on conçoit que chaque groupe doit avoir un caractère propre. Le Bordelais des vallées, par exemple, qui respire l'air vif et renouvelé sans cesse par les grands courants atmosphériques de l’entre-deux mers, joint è la pétulance et à la gaieté un peu railleuse et spirituelle du Gascon une excessive mobilité et un amour fanatique de l’indépendance. Cette vivacité populaire , qui tombe tout à coup dans les sables des Landes , pour ne se relever, après avoir traversé les cabanes taciturnes des Landescots et des Résiniers, que dans les plaines heureuses de Mont-de-Marsan et de Bayonne, s'affaiblit peu à peu à mesure qu'on approche du Périgord. Mélancolique, morne, sombre même, sur les plateaux des arrondissements de Périgueux, de 5’ontron et de Sarlat, ce n’est que dans les gorges et les basses plaines de la Vezère que l'homme conserve une lueur moins pétillante, mais franche cependant, de la gaieté nationale. En suivant les montagnes granitiques du département du Lut on s'aperçoit que celte population déshéritée, dont toute la vie est une lutte contre les élé-

Page 1