‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 98 sur 119 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL. .S · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL. .S

menU, la pierre et les fièvres, sent Irop le poids de la misère et du besoin pour se livrer aux distractions. Les mêmes causes rendent l'habitant de l'Aveyron grave, silencieux, réfléchi ; mais si l'on rentre par le nord-est dans le département de Tarnet-Garonne et dans l'Agenais, excepté dans les paroisses de la rive gauche du Tarn, de la rive droite de la Garonne, du Drot et du Lot, où la réformation a importé sa gravité génevoise , on entend éclater de nouveau, plus vive, plus spirituelle, plus joyeuse encore, la verve de la vieille Aquitaine.

Par une conséquence toute simple, le goût des plaisirs et l’amour des fêtes sont portés i l'extrême dans le département de la Gironde. Tandis que les classes riches se ruinent eu construisant dus maisons de campagne, en donnant des repas, dont la vanité exagère toujours la recherche, ou en outrant pour les femmes le luxe des toilettes et des ameublements, les classes inférieures se livrent avec une frénésie qui tient du délire aux divertissements des fêtes locales, aux orgies des noces et aux joies antiquesdu carnaval. Il faut, d'ordinaire, deux hommes pour porter la couronne de la mariée ; et comme, depuis sa porte jusqu’à l'autel, on sème une jonchée de myrte, de laurier et (|uelqucfois de roses, et qu'on distribue un hou- (|uet à chaque invité, une seule lUK'e entraîne la dévastation de tous les jardins d'un village. Les fêtes locales, appelées comme en Gascogne l/olus (de vnUnn], parce qu’elles ont lieu le jour de la fête du saint de la ville ou du village, se ressemblent toutes. Ainsi dons toute la zone montueuse de la Guienne , qui comprend le rebord calcaire et granitique du Périgord , du Qucrcy et du Houergue , les jeunes gens des communes voisines se rendent pour danser la bourrée , sur une aire battue d'avance, ou bout de laquelle siègent, sur un tonneau, des joueurs de vielle et de cornemuse , ou bien un tambour , un fibre et un hautbois. Sans cette occasion chaque commune a son drapeau , qui consiste dans un gâteau , orné de rubans fournis par les plus belles danseuses et attaché au bout d'une perche. Sans l'Agenais et les vallées du département de Tarn-et-Garonne les choses se passent avec plus d'élégance : on y danse paisiblement sons les acacias au son du violon, tandis que les hommes du Périgord, du Rouergue et du Quercy se font trop souvent un point d'honneur de couronner la fête par une bataille où le sang coule à flots.

A cèté de ce reste de barbarie, vivace rejeton des mœurs celtiques, se sont consenés une foule d'usages bizarres qui remontent en droite ligne au-delà du christianisme. Sans parler des feux de la Saint-Jean, dans lesquels on jette des fagots d'hyèbles pour en rendre la fumée plus épaisse, ni de ces bouquets d'herbes cueillies à minuit, qui sont cloués sur la porte des étables pour en défendre l'entrée aux mauvais génies, la croyance aux loups-garous et aux draks est générale en Guienne. Il serait difficile d'arracher au paysan le plus éclairé la conviction où il est que tel de ses voisins, la nuit venue, se change en loup-garou, et celui qui prétendrait nier que le drak ne peut pas apparaître dans la prairie ou au bord des gouffres de la Dordogne, de l'Aveyron ou du Lot, sous la forme d'un cheval blanc, risquerait fort de passer pour un impie. C'est par suite du même instinct superstitieux que, dans la plupart des communes du Médoc, un des parents de la mariée chas.se avec un bâton de houx tout ce qui lui fait obstacle, tandis que sur les montagnes du Lot on ne cesse de tirer des coups de pistolet, comme pour effrayer les draks, • II. 71

ÜUtENNE.

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Mills de toutes les eoutumes de l'antiquité, celles que la Guieniie a le mieux et le plus universellenient consenecs, sont les charivaris, la plantation du mai et les festins funéraires. Toute personne qui convole en secondes noces est saluée, quel que soit son sexe, par un charivari diabolique, qui dure tout le temps exigé pour la publication. l.a plantation du mai, inspirée par des idées plus riantes, a pour objet lantôt de déclarer un amour longtemps contenu en dressant un ormeau ou un peuplier détoi é de fleurs devant la maison d'une maîtresse, tantôt de rendre simplement hommage à la plus belle, tantôt enfln, lorsqu'un entrelace des ossements dans les branches de l'arbre, de déshonorer, par une révélation injurieuse, la femme dont le mai ombrage la porte, tjuant aux festins funèbres, mourtalius, ceux qui viennent y prendre place, après 'avoir ceint les ruches d'un crêpe pour que la mort ne frappe pas aussi les abeilles, ne peuvent y attacher aujourd'hui que l'idé'e (le se consoler en mangeant avec excès les viandes bouillies dont lu table est surchargée. On expliquerait moins facilement l'usage singulier du Landais, qui annonce, comme l'Indien, ù son vieux père impassible que son heure est venue, et va se coucher , ainsi que toute la famille , au moment où l'on porte le corps au l'imetière.

I.a langue de la (iuienne, sortie delà vieille souche romano-provencale, étend sur le Itordelais, les l-andes, les plaines de l'Adour, r.Xgcoais, les départements de la Dordogne, du Lot, de l'.Xveyroivetde Tarn-et-Oaronne, huit grands rameaux qui paraissent divers et sont pourtant nourris de la même sève. Altéré par le contact de la population avec les gens du nord et le voisinage de Bordeaux, où l'on ne parle plus que français, le dialecte bordelais se corrompt à vue d'œil et se remplit de gallicisii.es, en même temps qu'il oublie et confond les anciennes règles. L'aspiration et l'esprit rude distinguent le dialecte des Landes et celui de l'Adour, entre lesquels il n'existe d'autre diiïérence que la douceur qui passe dans le caractère et la langue des peuples favorisés comme les Bayonnais par un climat heureux. Vif et coloré dans le département de Lot-et-Garonne , le dialecte roman devient monotone et traînant au fond des vallées et sur les plateaux du Périgord. Le ^ grec et le 2 français se changent en ch; presque toutes les terminaisons prennent l'a, et des inflexions lentes descendant la moitié de la gamme y remplacent la phrase brusque et rapide de l'Agenais. Sur les serres ou montagnes du Lot, autre modification en sens inver^. Là le langage se fait tout à coup âpre, heurté, dur, inculte comme le peuple, dont il exprime les idées et les passions : toutes les terminaisons Unissent en 0 : cette voyelle chasse pour ainsi dire entièn^ment l'a du dialecte du Houergue, qui est plus lourd, plus raboteux, plus monotone encore que celui de Cahors. La douce et iiarmoiiieuse langue d'Oc ne reparaît dans sa pureté pittoresque et musicale que dans l'extrémité sud et dans la partie occidentale du département de Tarn-et-Garonne, que baignent les deux rivières ; car à Montauban l'accent du peuple est désagréable par le son trop fréquent du th, et à Moissac l'abus des ou pour les 0 Unit par blesser l'oreille.

Dons toute la Guicnne, sauf quelques exceptions que l'on peut signaler auprès de Lespaire et de filaye, et les fermes du Houergue, In plupart des terres sont cultivé-cs par des colons. Ijo propriétaire foürnit les bestiaux, paie l'impèt, loge le colon et partage la récolte avec celui-ci sur faire. Toutes ces petites fermes s'dp-

D ■ dbyCuugle

RÉSUMÉ GÉNÉRAL, pellciit bordas, ou métairies, et s’exploitent avec des bœufs : une seule paire, ce qui veut dire une charrue , sufBl pour la culture du plus grand nombre ; la moyenne varie entre deux et trois paires, et il en est fort peu qui exigent quatre charmes. Dans le Périgord , les Landes , une partie du Quercy et la zone orientale du département de Tarn-et-Garonne, on emploie aussi les vaches au labourage, et, sur quelques points rapprochés de la Garonne, les mulets. Avant les semailles, qui ont lieu en octobre, la terre reçoit trois façons : dans la semaine sainte, on sème les chanvres et les lins , et au commencement de mai le maïs et le mil Les agriculteurs de la Gironde se servent de six espèces de charrues : l’araire, la courbe, le cabat, la hollandaise, la charrue à roulettes et celle à versoir; mais les paysans du Périgord, du Quercy, du Rouergue et des Landes, ne connaissent que la première, sorte de perche courbée à son extrémité inférieure et armée d'un coutre nommé buferri et d’un vieux .soc romain qu'on appelle rei/U. Le blé coupé à la faucille est amoncelé en gerbier, battu , épuré et partagé sur faire même. Il en est de même du mil qu’on recueille comme la canne à sucre, et dont on retire ensuite les grappes jaunes, au clair de la lune, dans une espèce de fête nocturne, égayée d'ordinaire par le tambour et le hautbois.

Rien cependant que le mil et les céréales que produit le haut pays, celles dites du causse surtout, soient d'une qualité supérieure, les chiUaignes, le seigle et forge n'en forment pas moins la base de l'alimentation de la plus grande partie de la classe rurale. Dans le Lot principalement, les deux tiers de la surface du sol ensevelis sous un véritable déluge de pierres et de galets grisâtres ne produisent qu’h de rares intervalles quelques maigres bouquets de chênes et d'élroiLs enclos semés de sarrazin. La vigne seule, qui réussit médiocrement dans le Périgord, quoique les vins de Bergerac soient fort estimé-s, et dans les froids bassins du Rouergue, semble se plaire sur la croupe'aride des montagnes du Quercy. Toute la chaîne grauiti(|ue du Lot est couverte de vignobles dont la vigoureuse verdure tranche sur la nudité du paysage, et repose agréablement l'œil de cet éternel amas de roehers. Leurs produits les plus remarquables, connus sous le nom de crus de Ciihors, sont ceux de la côte du Lot ; tout en conservant leurs qualités toniques et leur excellence, ils ont perdu peu à peu la grande réputation dont ils jouirent autrefois. Il n'en est heureusement pas de même dos produits du département de , la Gironde , dont les vignobles occupent un million sept cent quarante-deux hectares de terres. La culture du tabac se fait sur une assez grande échelle dans les deux départements du Ix)t et de I-ot-et-Garonne ; en moyenne, on y consacre tous les huit ans cmiron trois mille hectares. Ün doit couclure nécessairement de là (|ue les CL*réales , les tabacs et les vins sont les principaux objets du commcrcf! tie la Guienne. Le département île l'Aveyron, sans parler de ces produits agricoles, exporte annuellement pour plus de quatre millions de francs d'amandes, de fromages de Roquefort ou de la Guiulc, de moutons, de laine et d'étoffes de laine, de peaux brutes ou ouvrées, de toiles, d'alun et de charbon. Ix?s exportations en vins, de Bordeaux, ont produit, en 18Vt , xingt-cinq millions sept cent soixante-sept mille trois cent soixante six francs. I.'importation des provenances étrangères ou des colonies s'élève à trente millions. Cha(|ue département fournit,

. en outre , son contingent particulier au commerce général de la province : la

5Cl GUIENNE.

Dordogne donne scs porcs, scs truffes , son gibier, scs volailles : le département des Landes scs couvertures de laine, ses bois de mdture et ses jambons de Bayonne fabriqués à Tartas : celui de Lot-et-Garonne, ses bouchons, ses terrines de Nérac et sa délicieuse pnine d'Entc, dite prune d'Agen r le Lot ses huiles de noix ; et le département de Tarn-et-Garonne scs oies, scs canards, ses mulets et ses vins de • Campsas.

Quoique l'industrie n'y ait encore ni l'essor ni l'activité du commerce, elle cherche à se fixer cependant sur ce sol vierge et riche où tout l'appelle. Moins favorisé sous ce rapport que les contrées voisines, l'ancien Bordelais ne possède que les hauts-fourneaux du Bran, du Belliet, de la Trave, du Haut-Ciron, de Cazeneuve, de Ca.slelnau de .Mesme, de Baulac et du Pontet. Ces établissements produisent tous les ans huit cents quintaux métriques de fonte moulée, et quatorze mille cinq cents de fonte brute. Dans le seul département de la Dordogne on trouve cinquante forges, dont la plus importante, celle des Ayzies, pourrait rivaliser avec les usines les mieux mmili''cs de Birmingham ; le département de Tarn-ct-Garonne en a une, celle de ilruniqiiel; le département du I.ot trois, celle de Brouzolles près Souillac , et les deux forges à la catalane de la Butte et de PtThaurié : et le département de l'Aveyron quatre, et une forge à l'anglaise dans l'établissement fondé, en 1825, par M.M. Ilumann et Decazes au milieu des bassins houillers d'Aubin et de Firmy, et appelé aujourd'hui Decazeville. Il existe encore à Bordeaux une usine pour la fonte et ralTInagc des métaux mue par une machine à vapeur de la force de quatrevingts chevaux , un atelier de laminage à Léognan pour le cuivre, le zinc et le plomb, une fabrique de poteries anglaise.», fondée à Bacalan par M. Johnston, qui emploie sept cents ouvriers, quarante-huit fabriques de poterie commune, trentecinq rafllnerics de sucre à Bordeaux seulement, deux scieries mécaniques à vapeur, des fabriques de tapis de pied, de toiles peintes et de toiles imprimées, et des fabriques des produits résineux des Landes, tels que la résine molle, le galipot, le' barras, l'essence de térébenthine, le braisée, la résine jaune, le braigraset le goudron. L’Industrie doit encore à Bergerac des pierres meulières, à Bayonne les laines fines d'Espagne, aux Ixindes le linge de table, il Villefrmiehe pre.sqiie lontu la chaudronnerie vendue dans le midi, à .Miihau des cuirs de qualité supérieure, connus dans le commerce sous le nom de veaux de Miihau, a Montanban les plumes il écrirt' et les tamis, 4 .Moissac les farines épurées, et à Agen les toiles à voiles. '

1. Slatistiqui du dèpartçment de ta tiironda, — Pclftou, Statistique du Lot. — WilgHn tie Tailk'ftrr, .4 ntiquités de tesone. — Üeuxième voyage de deux .1 nfftaie dans te Périgord.— éniîle Bèrus. Cau$et de l'affaiblitsement du commerce de Bordennjr. — l^cosle, Beeherrbet sur Vhiitoire du Querry. — Journal des mtnes , juin 1807. — > Andril (ri^iMNlailhsc» Topogratthie manuscrite du canton de lÀvernon. ~ Ohservattons du dodeur l’i.ili‘s sur les habilants du sol granitique ÛH (Jaercy. — MuuUmK Ihsrription du département de l'Aveyron. — f.o iloetinir J.-l.. Ainal (<lo l\>rra.'KSoii ). Essais iiiamiscriU sur la cOQsUlittiun de rimmme dans lo Feri^onL — Gaujnt,

Tableau des exportations du Bouergue. — OuslaYC Uruiiel, Shmoire sur tes vins ds Bordeaux.

OBLËANAIS PROPREMRNT DIT. — BliSOlS. — SOLOGNE. — BEAl’CE. PAYS CIIABTBAIN. — DI^OIS. — VENOOMOIS.

DESCRIPTION UÉÜÜRAPillQUE. — HISTOIRE GÉNÉRALE.

On pourrait dire de l'ancien Orléanais, comme de la Picardie, que c'était une province sans nom ou un nom sans province; sa dénomination géograpliique, longtemps circonscrite à une fraction de son territoire , ne devint collective que par une eiteiision arbitraire. ‘ Il se composait, avant la Itévolutiuii, de l'Orléanais même , de la partie du Gatinais non comprise dans l'Ile de France, du Blésois , de la Sologne, du Perche-Gouct et de la Bcauce , qui se siibdiv isait en Beauce propre , en pays Cliartrain , en Dunois et en Vendémuis. Situé au centre de la France, comme le noyau au cœur du fruit, l'Orléanais doit à cette heureuse position le rôle important qu'il a joué, en tous temps, dans notre histoire. Tour à tour il a été le champ de bataille de Vercingétorix contre Oisar; l'obstacle qui refoula les Huns d'Attila vers les champs catalauniens; le refuge de la mauvaise fortune de Charles VII; le premier théâtre des succès de Jeanne d'Arc ot l'instmaent du salut de la monarchie, presque entièrement subjuguée par les Anglais. Fias tard, il fut encore le séjour de prédilection des rois de . France ; l'asile projeté de tous les gouvernements issus de la Révolution , chaque fois que les dangers de l'intérieur ou du dehors menacèrent leur existence; enlin le dernier camp de l'héroïque armée qui , après le désastre de Wateiioo, se retira avec ses rangs éclaircis, ses blessures et son drapeau, derrière la Loire. La province d'Orléans avait pour limites, au nord, l'Ile de France; à l'est, la Champagne et la Bourgogne; au midi, la Touraine et Je Berry; à l'ouest, le .Maine. D'après les évaluations de Robert llessein, elle aurait eu quarante-cinq lieues de longueur sur une largeur A peu près égale ; mais ces proportions ne correspondent pas aux mille vingt-sept lieues carrées de superficie, que lui donnent '' lea-autenrs de la Statistique de la France. La Bcauce (Bebia) , sa plus vaste subdivision territoriale, présentait plus de trente lieues de longueur, de l'est A l'ouest, entre ÉtMupcs et Blois, et une largeur d'environ vingt-deux lieues, entre Dreux et Orléanû> «e qui suppose que sa surface offrait un développement de six A sept cents lieues carrées. Le Venddmois et le Dunois pouvaientavoir chacun dottie lieues dans leur partie la plus longue, et neuf ou dix dans leur plus grand élargiiaemcnt. I.a longueur de la Sologne [Seea'launia] était de quinze A vingt ■ • II. 72

lieues (le l'est à l'ouest, et sa largeur du nord au sud , de dix à douze lieues. Quant à l'Orléanais même, on supposait, que depuis Dampierre jusqu'à Ilerbilly, il avait une étendue de vingt-deux lieues, tandis que depuis Toury jusqu'à Romorantin, il en comptait vingt-sept.

Ces diverses contrées, dont le climat est, en général , sain, doux et tempéré, constituent aujourd'hui la presque totalité des départements de Loir-et-Cher, d'Eure-et-Loir et du Loiret. Au nombre des rivières de premier ordre, qui les sillonnent, nous citerons, la Loire, le Loiret, le Cher, le Loir, l'Eure; et parmi celles de moindre importance , le Beuvron, le Cosson, la Braye, la Cisse, la Sauldre, l'Huisne, l'Ozanne, le Loing, etc. Le fleuve de la Loire {Liger) pénètre dans l'Orléanais par le Blésois, et semble y transporter la Touraine, tant le pays à travers lequel il promène lentement ses eaux tranquilles, diaphanes et légères, est riche en délicieux paysages, en sites pittoresques, en charmantes habitations, et en poétiques souvenirs. Cette rivière arrose les deux départements du Loiret et de Loir-et-Cher; elle y glisse sur un lit dont un sable fin et de gros cailloux constituent le fond ; et son cours parait tantôt encaissé entre de fertiles coteaux, tantôt contenu par des levées. Les digues de la Loire sont couronnées de magnifiques plantations, à l'ombre desquelles se déroulent de belles routes ; on en fait remonter les premiers travaux au règne de Charlemagne; et, jusqu'à la Révolution, des commis.saires nommés par les villes d'Orléans, de Blois, de Tours et d'Angers, furent chargés d'en surveiller l'entretien. I.a largeur moyenne du fleuve est de trois cent vingt mètres ; sujet à des hausses et à des baisses excessives, il s'élève, dans ses crues extraordinaires, à plus de cinq mètres au-dessus de son étiage ; puis il retombe si bas, que les bateaux , qui y naviguent en très-grand nombre, ont peine à y poursuivre leur route, longtemps avant la saison du chômage. L'Orléanais a conservé un terrible souvenir des trois grandes Inondations de 1608, de 170T et de 1789; pendant cette dernière, les eaux s'élevèrent à sept mètres au-dessus de leur hauteur ordinaire. Les épouvantables malheurs qu'occasionna, en 1816, la rupture des levées de la Loire, sont encore présents à tous les esprits.

Un des affluents de la Loire, le Loiret {Ligenila), surgit, en bouillonnant de la terre, à sept kilomètres d'Orléans , dans le parc du château de la Source; un site d'un frais aspect, de beaux arbres et un moelleux tapis de gazon décorent son berceau. Ses eaux, claires et froides, pendant l'été, fument, nu temps des grandes gelées, et répandent sur leur passage une tiède vapeur. Presqu'au sortir du château de la Source , le Loiret porte bateau ; il devient na\igablc à partir des moulins de la Chaussée inférieure. Coulant de l'est à l'ouest , tandis que la Loire a décrit un arc, qui monte de l'orient au nord, et qui descend ensuite du nord à l'occident» , il se jette dans cette rivière, près de Saint-Mesmin, à six kilomètres au-dessous d'Orléans. Son cours est d'à peu près un myriamètre et demi. Le Loir {Lidericus), qui prend naissance dans on étang de la commune d'Illiers, parcourt la partie nord-ouest du département de Loir-et-Cher; il commence à être flottable à Poncé , au confluent de la Braye , mais il n'est navigable que près de Chàteaodu-Loir. La rivière du Cher (Coruj) traverse la Sologne , de l'est à l'ouest ; elle y reçoit la Sauldre, qui, comme le Cosson et le Beuvron, sortent des marais supé-

Digiti?"'

rieare de cette humide contrée. Le Cher est navigable dans toutes les parties de son cours. L'Eure ( Andura ] entre dans le pays Chartrain, du cété du Perche, s'y dirige , tantét do nord-ouest au sud, tantét du sud au nord , vers la ville de Chartres , et de là va rejoindre la Seine. Son lit , peu large , moins profond encore, mal entretenu et en quelques endroits sans endiguement, est cependant propre partout à la navigation. Les autres cours d'eau des trois départements ne servent guère qu’au flottage. Quelques canaux complètent ce réseau de voies fluviales. Le canal de Briare rattache la Loire à la Saéne, et s’embranche, à Montargis, sur le canal du Loiug, qui communique lui-méme avec celui d'Orléans et aboutit à la Seine. Le canal latéral à la Loire en suit la rive gauche jusqu'en face de Briare. Il est question de construire un nouveau canal de Pacy-sur-l’Eure à Chàteau-du^ Loir, pour établir des communications directes entre les deux rivières.

Les éléments géologiques du sol de l'ancien Orléanais n’offrent point ces traces profondes et multiples que les révolutions du globe ont laissées ailleurs, à la surface de la terre. Une chaîne de collines d'une médiocre élévation traverse le département du Loiret, du sud-est au nord-ouest. On y rencontre fréquemment des couches de craies, ayant quelque analogie avec celles que produit le calcaire jurassique. Le sol du département de Loir-et-Cher est , en général , plus élevé , quoiqu’on n’y trouve aucune montagne. Les collines et les coteaux qui y ondulent, sur les deux rives de la Loire, n'ont rien de remarquable que l’exubérante fertilité de leurs vignobles et de leurs plantations d’orbres fruitiers. La Sologne, inégalement partagée entre les départements du Loiret et de Loir-et-Cher, est une des plaines sablonneuses les plus considérables de la France. D'un bout à l’autre, s'étend, à sa superOcie, une couche fort mince d'un sable clair et très-Bn, auquel se mêlent quelquefois du gravier et des cailloux , mais qui est très-pauvre en terre végétale. Des bancs d’une argile imperméable supportent ce sol léger et arrêtent l'infiltration des eaux pluviales. L'hiver, la plaine est exposée à l’invasion des marécages ; l'été , l’extrême rapidité de l'évaporation change les sables en autant de foyers brûlants; de sorte que le sol , soumis à des influences si contraires, est toujours ou ti'op humide ou trop sec. Les étangs abondent dans cette région des eaux stagnantes. Les rivières et les ruisseaux mêmes semblent y dormir dans leurs lits mal disposés et peu inclinés, A partir des cantons de Contres et de Saint- Aignao, où les sables de la Sologne cessent, les terres deviennent argileuses, et, s’élevant par degrés, présentent une surface plus inégale. D’étroits vallons, <]ue les gens du pays nomment eoulees , coupent les plataux, couverts de buis, de champs de blé. de vignobles, et d'où l'on descend par des pentes insensibles aux bords des rivières. C’est le Blésois , riante transition entre la Touraine et l’Orléanais. La vallée du Loir, qui forma originairement le 'Vendémois, le Pagus Vindoeinensii, est, comme le fait observer M>de Pétigny, « large, peu profonde, sujette à de fréquentes inondatisn* et ^retqiié^tièrement occupée par des prairie* marécageuses. » ',-é

Les bases constitutives du soi du département d'Eure-et-Loir offrent plus d'intérêt. Elles se composentpHueipalement de carbonate calcaire, de marnes, d'ai^ gile siliceuse et de sable. Le Dunois et le Drouais reproduisent plus ou moins ces divers éléments; dans la Beauce, domine une argile grasse, compacte et propre

OaLÉANAlS.

à la culture des céréales. On trouve , toutefois , dans cette contrée , des bancs de grés de toutes espèces, blancs, gris, ferruginés, rouges, bruns; de très-beau* poudingues formés de silex ou caillou* roulés , ovoïdes et aplatis ; des niasses puissantes de roches calcaires, dans lesquelles on reconnaît la pierre dont la ca> thédrale de Chartres est presque entièrement bâtie; enfin des géodes quartzeuses, des oursins, des ammonites, des spondyles , des pectinites, des buccardites, et presque toutes les variétés de fossiles communs au* terrains calcaires argileu*.

Des pentes abruptes, dont l'aspect est surtout frappant aux approches des villes de Dreux, d'Étampes, de Blois, de Vendôme et de Chèteaudun, marquent les limites de la Beauce et en sont < comme les murs de soutien. » Il ne fbut pas aller chercher sur ce plateau les accidents de terrain et les sites pittoresques de l'Orléanais et du Blésois. Nulle part la surface du sol n’est plus symétrique, plus unie, plus reposée ; de quelque côté qu'on regarde, on voit se dérouler d'immenses plaines que traversent des roules d'une régularité désespérante. Partout , on retrouve la môme culture , la même monotonie , le même horizon. C'est une mer de blé, qui monte, s'épaissit et croît toujours; une mer dont les Ilots verdoyants nu dorés entourent les villes, envahissent les villages et débordent sur les chemins. Mais l'immensité et l'uniformité des plaines de la Beauce ne sont pas sans grandeur et sans poésie. On en vient bientôt à admirer cette nature si simple dans son inépuisable fécondité, cette calme image de la richesse agricole , et ces perspectives sans fin qui nous font éprouver les mêmes sensations de plaisir et de tristesse que la vue de l'Océan. Quel plus beau spectacle que l'éblouissant éclat des champs, quand la brûlante ardeur du soleil les colore des tons chauds de l'été; quand ils se couronnent de bluels et de coquelicots, comme pour se préparer aux fêles de la moisson ; et quand ces fleurs sauvpges, pliant sous le souflie des vents, y jettent de longs reflets d'azur et de pourpre ! Quelques mois après, il est vrai, cette exubérante richesse disparaît, telle qu'une décoration de théâtre, et ne laisse plus voir que des champs dépouillés par la faucille. La seule beauté, comme la seule parure de ce pays, sans eau* courantes et sans ombrages , est donc sa fécondité. Il n'existe de prairies qu’au fond de quelques ravins, de frais paysages qu’aux bords de l’Eure, et des bois que sur quelques points extrêmes de la lisière du plateau.

Rien ne ressemble moins à la sauvage contrée â laquelle les Romains donnèrent le nom de Itehia, que les plaines cultivées de la nouvelle Beauce. Avant l'invasion de César, une de ces forêts de chênes, qui étaient comme les restes du vieux monde, s'étendait sur ce pays et la couvrait d'un sombre dôme de verdure ; ses terres, à présent desséchées , conservaient, â l'ombre d’un épais feuillage, une humidité qui y favorisait la prodigieuse croissance des arbres. La forêt de la Beauce , dont celle d'Orléans et celle de âlarchenoir ne sont que des fragments considérables , était en grande vénération parmi les Celtes. On avait peuplé ses solitudes de monuments funèbres , appelés Cairns , mot dans lequel on trouve l’étymologie du nom des Carnutes, les habitants primitifs de l'Orléanais; les cromlechs, les dolmen et les peniven y étaient probablement aussi en trèssrand nombre. Aujourd'hui même , plusieurs de cas pierres sacrées sont encore debout sui' leurs bases. Les Carnutes , dans l'ordre politique', étaient placés

HISTUIKE GÉNEHALE.

sous la dépendance des Rémois , à titre de clients ; mais d'importants avantages leur assuraient la prééminence religieuse sur les autres peuples de la Gaule. Les chefs du corps sacerdotal des Druides résidaient pendant une partie de l'année sur la terre des Carnutes, où ils avaient constitué un de leurs principaux collèges. Ces prêtres y célébraient, sous les vieux chênes, les mystères de leur culte. César nous apprend qu'à une certaine époque , ils se transportaient à l’extrême frontière du pays (l'n finibvt Carnuhim ) ; là, dans un lieu consacré, ils s'érigeaient en tribunal pour juger les différends des Gaulois, qui, de toutes parts, venaient se soumettre à leurs sentences. Les députés de la Gaule se réunissaient aussi dans la cité des Carnutes , pour y discuter les questions d’un intérêt général.

Le territoire de la confédération chartraine avait pour limites, à l’ouest, le pays des Aulerces-Diahlintes et celui des Aulerces Cénomans ; au midi, les terres des Turones, contre lesquels ils étaient protégés par l'impénétrable forêt du Bléfois; au nord, les campagnes des Vélocasses et des Parisii; à l’est, celles des t’énonais ; et au midi, les cités des Bituriges et des Éduens. Ses trois principales et peut-être ses uniques villes étaient Chartres ( Aulricum ) , Dreux ( Dutoraises), ■> et Orléans [Oenabum] ; la première n'avait point de fortiQcations, une forteresse défendait les abords de la dernière. Vendôme ( Vendocmii/m) était une dépendance de la cité des Carnutes. Un grand nombre de viilages paraissent, en outre, avoir occupé les clairières de leurs forêts : César parle non-seulement de villes, mais de bourgs qu'ils abandonnèrent quand, plus tard, les Romains leur firent la guerre [deserlis oppidis et vicis). Les chefs de ce peuple étaient investis du pouvoir souverain par voie d’élection ; successivement la dignité royale avait passé dans plusieurs familles chartraines, sans rester à aucune d’elles. Les Carnutes s'étaient associés à la première expédition des Gaulois, en Italie, sous les ordres de Bellovèse (600 ans avant J.-C). L'historien Chevard ne se contente pas de leur attribuer la fondation de Trevise et de Carignan ; à l'entendre, ils élevèrent aussi Camoiite , en Hongrie , et Carnuntum , dans l'ancienne lllyrie, après avoir guerroyé contre les Germains, sous les ordres du même chef. C'est tout un roman basé sur l’analogie des noms.

Ixs Carnutes, entraînés d'ailleurs par l'exemple des Rémois, se soumirent aux armes romaines. Ils ne furent point épargnés lorsque César, pour contenir les peuples de la Belgique , cantonna ses troupes chei tontes les nations voisines (5V ans avant J.-C.). Le conquérant leur imposa pour chef l'ancien roi Tasgetius ou Tasget, issu d'une des familles souveraines de la cite, mais qui, après l’avoir gouvernée, s'était fait destituer par le sénat chartrain. Au bout de trois années d'un règne odieux , la créature du proconsul périt dans un soulèvement général. César fut détourné par de plus grandes préoccupations, de la vengeance qu'il voulait exercer sur les auteurs de la révolte , et leur pardonna , à la prière des Rémois (54 ans avant J.-C.). Un voyage du proconsul en Italie n'en suggéra pas moins aux Carnutes, comme à tous leurs frères de la Gaule, la pensée de secouer le joug romain. Ils furent les premiers à donner le signal de l'insurrection et se hâtèrent de ressaisir Genabum, qui, avant la conquête, avait été le principal emporium, ou entrepôt de leur commerce avec les cités voisines. Deux des

siveroent passer sous le gouvernement de Pépin d’Héristal , de Charles-Martel et de Pépin-le-Bref (687-752). En 713, Hunold , due d’Aquitaine, étant en guerre avec Pépin, profite de son absence pour envahir l'Orléanais et le pays Chartrain, dont il prend et pille les deux capitales. Charles, avant d’être roi et empereur sous le nom de Charlemagne, positéda aussi la Neustrie (768). Nous ne pousserons pas plus loin notre esquisse de l'histoire de celte contrée, dont le pays Charirain n’était d’ailleurs qu’une faible partie. En 83i , Louis-le-Débonnairc, à la tête de son armée, poursuit Lolhaire, son fils rebelle , d'Autun à Orléans, l’atteint à Blois et le contraint, au conQuent de la Ix>ire et de la Seine, de se jeter à ses pieds pour implorer son pardon. C’est vers ce temps que les Normands remontent la Loire et ravagent ses bords. Jusqu’à la ville de Blois à laquelle ils mettent le feu. Nous revoyons les pirates du Nord, en 8V5, dévaster le pays Chartrain; en 855, dominer tout le cours de la Loire, d'Orléans a Blois; en 858, investir Chartres, réduit à ses propres ressourcés , le prendre d'assaut et le détruire de fond en comble; en 865, re|>araltre au plein cœur du grand fleuve , dont iis connaissent si bien la route, pour assiéger ou menacer encore la capitale de l'Orléanais. Robcrt-le-Fort, duc de France, leur fait payer cher celte dernière invasion; il attaque les Normands de la Loire , leur tue cinq cenis hommes , et oblige ceux de la Seine, répandus dans le pays Chartrain, à regagner leurs barques. Deux nouvetios Irruptions de ces barbares marquent les années 888 et 907. Les Noimands avaient alors pour chef le même Rollon, qui fonda le duché de Normandie. En 912, le terrible capitaine s’avança vers la Beauce, en promettant aux siens le pillage de la ville et de l’église de Chartres; mais le duc de France, Robert, avec l’Bs.sistance du duc de Bourgogne et du comte de Poitiers, força Rollon, déjà découragé par le peu de succès de scs armes, à se retirer précipitamment. L’année 927 ramena les Normands dans la Loire. Le duc de France, Hugues, qui aurait pu les écraser, leur permit de s’établir dans le Mantois. Ce puissant seigneur, ligué avec le roi Raoul, avait récemment contribué à l’affermir sqr le trône, en occupant une^ partie du pays Chartrain et du Vexin français, pour couper la retraite à Charles-lc-Simple, dans le temps même où l’infortuné prince s’efforçait de gagner le nouveau duché de Normandie (923).

Lorsque Hugues Capet reçut le sceptre de la main de ses pairs, l’unité politique du pays Chartrain avait été depuis longtemps brisée , par les usurpations territoriales des grands officiers de la couronne. Le gouvernement de cette contrée, sous le règne de Charlemagne, était réparti entre les sept comtes de Chartres, de Dreux et de rJiàteaudun, de Blois, de Vendôme, de Poissy et de Mantes. A l’époque de l’avéncment de Hugues Capet, on n’en comptait plus que trois : Chartres, Blois, Dreux; bientôt il y en eut trois autres : Vendôme, Mantes et Meulan; enfin Poissy et Chàtcaudun , comme Dourdan et Montfort, constituèrent des châtellenies puissantes. Mais noos ne voulons esquisser, ici, que l’histoire des quatre principaux fiefs de l’Orléanais, S’il faut en croire Charron , il y eut dès le temps de Pépin-le-Brcf un comte ou duc d’Orléans, nommé Saiison, lequel eut pour successeur Ernest, son fils. On elle ensuite, comme comtes d'Orléans, Raigembert (77i); Raho (7^); Matfroy, qui fut déposé dans l’assemblée de Worms (826); Guillaume, décapité par ordre de Cliarles-le-ChaBvc, en 866; Robert-ie-Fort ,

cousin de Guillaume, et dont le Tils, Eudes, cl le petit-flis, Robert, devinrent rois de France, l'un en 888, l'autre en 922; Hugues-lc-Grand , fils de Robert, qui n'Iiérila point de la couronne; et enfin Hugues Capet, fils de Hugues-le- Graiid, dont l'avénement au Irdne (987) amena la réunion au domaine royal du comté ou marquisat d'Orléans, avec toutes ses autres seigneuries.

Les comtes de Blois sortaient de la même souclie que les Capétiens. Le premier de ces comtes fut , en effet , Guillaume, lils puîné de Théodebert, quatrième aïeul de Hugues Capet. Robert-le-Fort , cousin d'Eudes, Ois de Guillaume, eut le Blésois, en 865; il maria sa fille Ricliilde à Thibaut, comte de Tours : de cette union naquit Tliibaut-le-Vieus ou le Tricheur, auquel commencent les comtes héréditaires de Blois et de Chartres. Ces deux comtés restèrent dans la même maison jusqu'à la mort de Thibaut VI , leur dixième titulaire (1218). Le Chartrain et le Blésois furent alors séparés entre deux branches collatérales; mais divers événements en amenèrent encore une fois la réunion, en 1269. Philip|ie- Ic-Bel acquit le comté de Chartres, en 1286, et le donna à son frère, Charles de Valois, dont le Ois, Philippe-dc- Valois, le réunit à la couronne (1346). Le Blésois était passé, depuis 1292, à Hugues de Chàtillon, dont la postérité le posséda jusqu'à Gui H , par lequel il fut vendu (1391 ) à Louis de France, duc d'Orléans, grand-pére de Louis XII, qui le donna à sa Ollc, Claude, première femme de François P'. En 1439, le Dunois avait été démembré du Blésois, pour former l'apanage du célèbre bâtard d'Orléans, Jean, comte de Longueville. Henri II, héritier de Claude, incorpora le comté de Blois au domaine; Louis XIII l'en détacha ( 1635] pour en gratiOer, comme augmentation d'apanage , son frère Gaston , à la mort duquel le Blésois Qt de nouveau retour à la couronne (1660); mais Louis XIV en disposa en faveur de son frère Philippe, duc d'Orléans.

I..6 duché de ce nom existait depuis 1314, époque à laquelle Philippe-dc-Valois l'avait constitué en faveur de son deuxième Ois, Philippe, comme dédommagement du Dauphiné. Réuni au domaine, en 1383, l'Orléanais fut ensuite donné, en échange de la Touraine, à Louis, frère de Charles VI (1392). Louis XII l'incorpora au domaine royal. Henri II, avant d'ètre Dauphin, l’occupa un moment, mais sans jouir de l'apanage. Son frère aîné, François, étant mort, le titre passa à Charles, troisième Ois de François I" (1540), et fut dès lors affecté aux Ois puînés des rois de France. Catherine de Uédicis s'adjugea l'Orléanais, eu 1559 , pour partie de son douaire. En 1589, la pénurie d'argent où se trouvait Henri IV le contraignit d'engager, sous la condition de rachat perpétuel , la plupart des châtellenies dont se composait le duché d'Orléans. Ce n'est qu’en 1623 que Louis XIII, ayant enlevé au duc de Nemours, Henri d'Est, le duché de Chartres, créé par François I" en faveur de Rénée, fille de I.ouis XII (1528), le joignit à l’Orléanais pour les donner à son frère Gaston, à la mort duquel Philippe, frère de Louis XIV, reçut à peu près les mêmes terres qui avaient constitué l'apanage de son oncle (1660). I.c titre de duc de Chartres devint dès lors l'apanage de l'ainé de la maison d'Orléans.

Le Vendêmois, Pagus Viudocineasit , appartint aux comtes d’Anjou, jusqu'à Hugues Capet. Quelques historiens, entre autres M. de Pétigny, prétendent cependant que le premier comte de Vendôme, Bouchard Ratepilatc, «avait des

HISTOIKK (;ÉNÉRALE.

rapports de pai-enté » avec les seigneurs de Reaiigenci. Quoi qu'il en soit , le comté de Vendôme , après être sorti de la maison de Bouchard, en 1033, y rentra en 1050; il fut ensuite porté par mariage dans la maison de Preuilly ( 1085], et passa dans celle de Montoire ( 1218) , éteinte en 1371, dans la personne de Bouchard V'II, dont le neveu , Louis I", commenta la branche de Bourbon ( HI2). I,ouis 1" fut le père du fameux Jean, bâtard de Vendôme. Son arrière-petit-fils, Charles, obtint de François I" l'érection du comté de Vendôme en duché (février 1515). Il eut pour successeur .Antoine, son tils puîné, père de Henri IV, qui, en 1398, donna le Vendômois i César, un de ses enfants naturels. Des deux fils de César, l’atné, Louis II, hérita du Vendômois ( 1665] ; l’autre fut le fameux duc de Beaufort. A Louis II succéda (1669) Louis-Joseph, le vainqueur de Villaviciosa (1710). Celui-ci n'ayant pas laissé d'enfants, le duché de Vendôme fut réuni à la couronne (17t2|. Ce domaine faisait partie de l’apanage de Monsieur, comte de Provence, quand éclata la révolution de 1789.

Jusqu'après le milieu du xiv* siècle, l’Iiistoire générale de l’Orléanais se concentre presque tout entière dans ses villes. Cependant, en 1360, les pourparlers do la paix entre les députés du régent de France et du roi d’Angleterre, eui-ent lieu dans un petit château, qui n'est plus actuellement qu’une grange, à Brétignylès-(;haitres ; la plaine, théâtre de ces fameuses conférences, était encore alTranrhic de dîmes, en 1790. Sous Charles VII, après la levée du siège d’Orléans (1428), les Anglais s’étant dispersés sur les deux routes de Jargeau et de Meung, Talbot, qui opérait sa retraite à travers la Beauce, fut attaqué près du bourg de Patay, et fait prisonnier par le duc d’Alençon. Au xvi* siècle, dès l’origine des guerres de religion (1562), le prince de Condé tourna ses vues vers l’Orléanais , afin de faciliter scs communications avec le Midi. Les manoeuvres de l'armée protestante et de l'armée royale tendaient à une affaire décisive dans le pays Chartrain. Condé, se repliant sur la Normandie, à la suite d’une attaque malheureuse des confédérés sur un des faubourgs de Paris, traversa la Beauce, dévastant et brillant tout sur son passage. L’année royale atteignit les calvinistes, au moment où Condé se détournait pour prendre Dreux ; cl leur rencontre amena la singulière bataille que nous raconterons dans notre notice sur cette ville. L’amiral de Coligny se retira dans la Beauce, puis dans le Vendômois, et , franchissant la Loire, se dirigea vers la Sologne, d’où il entra dans le Berry. L’année 1567 fut signalée par de nouvelh's tentatives des prolcstanls sur les provinces du centre. Orléans, Vendôme, Dounlan, Étampes, et un moment Chartres, étaient lomU's en leur pouvoir, quand le traité du 25 février 1568 rendit la paix à la province. Dix-sept ans plus tard, les troupes allemandes qui allaient rejoindre le roi de Navarre dans le âlidi, furent attaquées è Vimosi, près de .Montargis, par le duc de Guise, qu’elles avaient d’abord battu en Lorraine. Elles se jetèrent en désordre sur la Beauce, et SC retranchèrent à Auneau. Le duc les ayant observées de près, réussit è introduire dans le château de ce bourg deux mille arquebusiers, sous le commandement du capitaine Saint-Paul. Les Allemands, sans défiance, se livraient au plaisir de la table : tout à coup Saint-Paul tombe sur eux â l’improvisle, tandis que le duc pénètre de vive force dans le bourg, leur tue deux mille hommes et en fait quatre â cinq cents prisonniers.

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