‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 105 sur 120 · SAINT-1)IÉ · texte numérisé non relu

SAINT-1)IÉ

lieues de long sur cinq de large. Mais bientôt les mueurs des moines changèrent ; les murs simples qui avaient sufii pour abriter leur pauvreté glorieuse, se convertirent peu à peu en forteresses capables de résister aui attaques et aux invasions si fréquentes dans ces siècles grossiers. <.

En 769 , Charlemagne, après avoir fait reconstruire l’église du couvent, placée sous l'invocation de. Notre- Dame, et réparer le logis des moines, donna (ialilée, qui, depuis quelque temps, avait pris le nom de son fondateur, il l'ablia^c de Saint-Denis, sous la condition qu'on y entretiendrait constamment dix à quinze frères. Charlemagne avait failli perdre la vie, au passage de la ileurthe; en commémoration de cet accident, il ajouta, dit-on, à scs bienfaits la construction d’une église, qu'on prétend être celle de Sainte-Marguerite , dont la tour subsiste encore et présente, en effet, tous les caractères de l'architecture carlovingicnne. L'Empereur, qui possédait dans les Vosges une maison de chasse, porta, en outre, son attention sur les mœurs relâchées des moines et réforma les divers couvents répandus dans ces montagnes, entre autres Moyen-HoiUirr et Sénones. C'est alors que toutes ces abbayes furent coiiQées à des avoués chargés de défendre’ et d'administrer leurs biens. Lothaire, devenu roi de Lorraine , disposa des abbayes pour en gralifler ses courtisans. Il donna, en 860, celle de Saint-Dié au comte de Chaumontois : ce fut là l'origine de son indépendance , qu’elle n'aurait pu acquérir en restant attachée, comme un simple prieuré, à l'abbaye de Saint- Denis,

Les mœurs des moines s'étalent de nouveau relâchées; ils avaient transformé leur cloître en une véritable forteresse: ils étaiept soldats plutôt que prêtres, et encore de la pire espèce , car ils se livraient , dans les environs , à tous les excès d'un brigandage effréné. Les troubles qui remplissaient le pays furent augmentés par les invasions réitérées des Hongrois, qui incendièrent tous les monastères ; les religieux de Galilée se réfugièrent dans les montagnes , où ils achevèrent de se dépraver, et les abbayes demeurèrent désertes pendent plusieurs années.

Après bien des vicissitudes engendrées par la faiblesse des successeurs de Chaplemagne et les querelles des prétendants qui se disputaient la possession de la Lorraine, le due Ferry, auquel l'archevêque Brunon, archiduc de Lorraine, avait cédé le gouvernement de la Mosellane, tenta de réformer le monastère de Saint- Dié (960). Ferry procéda avec énergie à la réforme de» couvents tombés sous Sa dépendance. Il chargea de cette mission Adalberl, bénédictin de l’ablwye de Gorze, et en peu de temps Sénones et Moyen-Moùtier eurent changé d’aspect. Adalbert tenta la même entreprise à Saint-Dié; mais, accablé de travaux , il chargea Erchambert , religieux d'Achéry, de continuer son œuvre. Celui-ci abusa de sa puissance pour dissiper les biens du monastère, et, croyant apaiser la colère du duc par des présents,, vendit à cet effet les vases sacrés. Ferry, indigné, chassa les religieux, qui étaient des bénédictins, et les remplaça par des chanoines |96l). L’empereur Othon II essaya de rétablir l'autorité épiscopale sur les monastères, en les donnant aux évêques à titre de bénéfices. Pour indemniser Gérard, évêque de Toul , de l'usurpation commise sur les terres de son Église par le duc Ferry, il lui concéda les monastères de Moyen-.Vloûtier et de Galilée, avec le droit de battre monnaie, que les chanoines conservèrent longtemps, quoiqu'il n'eùt été accordé qu'à Gérard seul. La monnaie de Saint-Dié a circulé jusque vers l’an lUK). C'est à

LORUAINE.

cette époque que les religieux, uniques possesseurs du peu de lumières répandues dans le monde, profitant du trouble et de l’anarchie universelle, substituèrent au pouvoir brutal des comtes-abbés et des seigneurs, une dominatiou non moins lourde et oppressive qu’ils surent rendre plus durable. M veuve de Ferry devait jouir, jusqu'à la majorité de son fils, de l’avouerie de (lalilée; mais les cbanoines se crurent déjà assez forts pour en refuser les émoluments. La duchesse ne sc désista de ses prétentions que par la crainte de profaner le tombeau de saint Dié, en faisant assiéjçer le cloitre du monastère. Elle encourut cependant, à cette occasion, l’excommunication de l’évêque de Toulr dont elle ne se fit décliarger qu’en contribuant à la réparation de l'église de Galilée qui tombait en ruines. Tel fut le couronnement de la longue lutte que les chanoines dé Saint-Dié soutinrent contre les ducs de Lorraine.

La peste et la famine désolèrent les Vosges, de Uhi2 à 1028. Les chanoines de Galilée, pour rendre un peu d’espoir au peuple et tromper sa misère, empruntèrent au monastère de Moyen-Modtier les reliques de saint Ilippolyte ; ce moyen leur réussit: un concours immense de peuple accourut à Saint- b ié; 'des foires s’y établirent, et le commerce y prit une assez grande extension. Le chapitre, voyant les heureux effets de lachilsse, refusa de la rendre; mais les moines de Moyen-Moûtierarmèrent leurs serfs et vinrent la reprendre aux chanoines. Ceuz-ci, pour conserver autour de leur monastère la foule de pèlerins et de marchands qu’y avait attirés la châsse , firent construire un hospice sur la rive gauche de la Heurthé. Après la mort de ïhtprry, fils de Ferry, l’empereur Henri III . ayant donné la I/jrraine à Gérard d’Alsace, celui-ci publia des oi-donnances centre lesquelles SC révoltèrent les seigneurs, qui s’étaient considérés jusque-là comme indépendants, et quelques communautés religieuses, au nombre desquelles se trouvaient le chapitre de Saint-Dié et le monastère de Moyen-Moùtier. Les moines furent soutenus dans leurs prétentions par le célèbre Brunon, que l’Église vénère comme un saint, et (|ui récemment élu pape par le concile de Worras, avait pris le nom de Léon IX (1048). I.e pontife avait de puissants motifs pour accorder sa protection à ces abbayes, car sa mère avait habité longtemps Moyen-Modtier, 'et lui-mème , avant son élévation au siège de Toul , avait été prévôt du chapitre de Galilée, fonctions dont son propre frère était encore investi. Il résolut donc de les ' soustraire non seulement à la puissance séculière, mais encore à la dépendance des évéïues de Toul; il obtint, à cet effet, dans l'assemblée de .Mayence, en présence de Gérard d’Alsace, un jugement impérial, qui affrancliit complètement à l’avenir Moyen-Morttier et le chapitre de Saint-Dié, lequel, à partir de cette époque , renonça tout à fait à son ancien nom pour conserver définitivement celui de son fondateur.

Les Vosges furent tranquilles pendant quelque temps; mais bientôt les serfs, qui n’avaient fait que changer de servitude, trouvèrent trop lourde celle que les moines faisaient peser sur eux. Ne pouvant se venger à main armée, ils eurent recours à l’incendie : les fiamnics dévorèrent en un instant l’égHse et la maison du chapitre (10(>5). La famino, une maladie affreuse, appelée le Feu Sucré, engendrée par la mauvaise nourriture, un froid excessif, une grêle monstmeuso qui détruisait les moissons, enfin les guerres civiles de France et d’Allemagne,

. Oigitized by Cü^Ie

8AINT-1)1É. o8i

tous ces fléaux réunis ne tardèrent point é désoler les Vosges. De l’an 1065 à 1087,- les populations eurent à souffrir toutes les misères, et la barbarie la plus grossière semblait de nouveau régner sur le. monde. Cependant, à cette époque même, la ferveur religieuse reprit un essor remarquable, comme si les malbeurs publics augmentaient pour quelques Ames le besoin de la retraite. On se mit b rechercher les lieux solitaires, comme aux temps primitifs de la foi, et pas un endroit écarté des Vosges ne re.Sta sans cénobites ou sans cloîtres.

En IIM, l’empereur Henri IV régla les différends qui existaient entre l’avoué et le chapitre de Saint-Dié, dont il coniii-ma les concessions et privilèges. Les chanoines eurent, quelques années après, de vifs démêlés avec Simon I", duc de Lorraine, qui fut obligé de faire amende honorable, devant les reliques de saint Dié, à l’ai'chevrique de Trêves, avec lequel il avait été en guerre. Fiers de cet avantage , et voulant en consolider la durée, les chanoines offrirent la prévèlé de leur chapitre à Henri, évêque de Tout, frère du due Simon, mais en retenant pour eux la plus grande partie des allributious de celle dignité, restriction de pouvoir dont Us le dédommagèrent, en substituant au litre de prévêt celui de yrand prêtât. Cette élection réconcilia le chapitre avec la maison de Lorraine.

Cependant la partie des possessions du duc,- sitnée sur la rive gauche de la Meurlhe . dans un lieu appelé le l'orum , recevait tous les jours une population active et industrieuse, tandis que lu cloître restait tristement isolé au pied de la montagne d’Ormont. Le chapitre, voyant arec chagrin cet agrandissement, résolut de fonder lui-même une ville dont le cloître serait la citadelle. Pour la peupler, il promit des avantages à ceux qui voudraient s’y établir. Les habitaoLs du Forum , auxquels le chapitre fit espérer, à l’ombre du cloître , une protection plus efficace contre les incursions et les déprédations de toute sorte, que l’on commettait sur le ban du prince, livré sans défense au premier occupant, émigrèrent dans la nouvelle cité. En quelques années, elle avait déjii pris une'certaine importance, ainsi que le nom de 8aint-l)ié, et il ne lui manquait plus que des murailles qu’on allait construire, lorsqu’un violent incendie, 'attribué à la jalousie et à la vengeance , détruisit la ville, le monastère et l'église ( 1 155). Le chapitre se releva bientêt de ses pertes , par de nombreuses donations ; mais la ville resta plus de cinquante ans sous ses décombres En l-il'i, le duc Ferry, projetant de réduire le chapitre de Saint-Dié , qui prétendait ne relever que de l'Empereur et du pape, entreprit d'arriver à scs lins par la ruse, et proposa aux chanoines de rebâtir la ville à frais communs. Il s’engagea b foire construire cinquante maisons, lesquelles seraient habitées par ses sujels, le chapitre se contentant, pour la conservation de ses droits, de l’emplacement destiné b une halle, en mémoire dé spn ancienne domination.

Ce nouvel état des choses inspint la confiance; les habitants arrivèrent .en foule, et bientêt la ville reparut , plus brillante et plus belle que janlais : trois années avaient suffi b cette transformation. Le successeur de Ferry abandomm , quelque temps après, au chapitre la propriété A\x. Forum, cl linit par se faire arracher, à forêé de concessions, jiisqii’aii dernier droit régalien qu’il possédait sur le pays. Jusqu’en lâ55, le chapitre avait consi'rvé ses furtiOcatioiis ; mais b cette époque il fut ouvert et les chanoines quittèrent la vie commune pour ocuu-

583 LOKHAINE.

per des maisons particolières, dans le voisinage de leur église. Les fortilirations de la ville ne furent commencées qu'en 1266 : on mit plus de dix ans à les terminer:

Au xiii‘ siècle, l'établissement des communes et l'adoption de la loi dite de Beaumont par les ducs de Lorraine , changea en quelques années la position des liabitants des Vosges ; peu à peu ils s'initièrent au droit politique que leur créait le nouvel état des choses, de serfs ils devinrent sujets et prirent le rang de bourgeois. Ce fut pour la villç une ère nouvelle et pour les chanoines le signal de la perte de leur pouvoir; leurs démêlés avec les dues devinrent de jour en jour plus vifs à mesure qu'ils sentaient leur domination décroître. Cependant , le droit de juridiction appelé/éoatc {fi'Ies limilum) leur fut maintenu par le duc contre les prétentions de ses propres officiers . et ils le conservèrent longtemps après que cette sage institution fut tombée en désuétude. I.e.s monastères des Vosges s'opposèrent longtemps an système libéral de Ferry III, mais ils lurent enfin obligés ■d'y souscrire, et, prenant l'initiative, ils oeJri,ijèrent , en 1310, ta gronde eharle, tur les plaintes et murmures de leurs sujets. Thiéltant, surce.sseur de Ferry , défendit, contre les attaques des seigneurs, les institutions de son fi'ère, et mérita par li le surnom de Libéral. Toutefois il ne put déjouer les entreprises des moines. Ceux-ci n’avaient point encore dépouillé leurs habitudes guerrières et ne s'étaient pas désistés de toutes leurs prétentions. L’établissement d’un moulin par le duc, et sa démolition ordonnée'par le chapitre, furent l'occasion d'une sanglante collision entre les bourgeois et les chanoines , qui , revêtus de cottes de mailles , le casque en tête et la lance au poing, tentèrent vainement de soutenir les ouvriers qu’ils avaient chargés de démolir le moulhi. Le sang eonla , de part et d'autre, en abondance ; mais la cauteleuse politique du chapitre finit par arracher à la faiblesse du prince ce que la violence n'en avait pu obtenir.

Les Templiers possédèrent dans les Vosges plusieurs maisons dont le voisinage devint, pour les monastères , une cause de jalousie et de discorde. Lors de la suppression de l'ordre , leur extermination fut complète, et leur maison de Bellieuvre rasée. Peu après (1312), les juifs subirent le même sort : leurs dépouilles profitèrent également à ceux qui avaient provoqué ces deux grandes exécutions; aux seigneurs et aux moines. Pendant le xiv* siècle, nous voyons le chapitre de Saint-Dié constamment en guerre avec les ducs de Ixrrraine. Tour à tour attaqué ou agresseur, il subit les diverses chances de la guerre et attira dans les Vosges des calamités de toutes sortes. Ce ne fut qu'en 1861 que la province jouit de quelque tranquillité, grâce èla trêve que l’on convint d’obsener jusqu’au lende- Biain de Pèques Î363. Les ducs de Lorraine , à leur avènement , étaient obligés de se rendre à Saint-Dié pour prêter serment en qualité d'avoués de l'Église. l« prince, à genoux devant les reliques du saint et la main sur l'Évangile, jurait de maintenir les privilèges accordés par ses prédécesseurs , par les empereurs et par les papes. Jean, successeur de Itaoul, s'astreignit à cet usage, mais il le racheta par le droit de premières prières qu'il obtint du chapitre, et en profita aussitôt en faisant accorder une prébende à son notaire Olry.

A l'expiration de la trêve, les Vosges furent mises au pillage par les aventuriers de l'archiprétre Arnaut de Cenoles, Le duc ne put en délivrer le pays une pro-

SAJNT-DIÉ. ses

mière fois qu’en leur payant un tribut, pour lequel le chapitre de Saint-i>ié loi prêta quatre cents florins, dont le remboursement devint bientôt le prétexte d'on impOt onéreux qui acheva de dét'onsidérer le chapitre dans l'esprit des bourgeois. Les chanoines, cependant, dont tes mœurs beaucoup trop libres avaient déconsidéré l'autorité, sentirent le besoin d’une réforme. Les dignitaires du chapitre reçurent donc la défense de porter la guerre au dehors ; le concubinage des prêtres fut proscrit, et Fon prononça des peines canoniques contre ceux qui jureraient et blasphémeraient dans le sanctuaire. €es réformes peu sincères ne réconcilièrent pas les chanoines avec le peuple , qui pilla et incendia leurs maisons, et bientôt le chapitre, autrefois si riche, ne vécut plus que d’emprunts faits aux Lombards ( 1^10).

Le margrave de Bade , Jacques I”, avait reçu les prévOtés de Saint-Dié et de Raon , en garantie de la dot de sa femme Catherine de Lorraine ; il les conserva jusqu’en Le margrave résidait au château de Saint-Dié, bâti vers l’an par Isabelle d'Autriche, épouse du Ferry I V. Peu â peu, se substituant à tous les droits et privilèges du chapitre, il le força par ses violences, en IU9, à se retirer â Denœiivre. Lorsque Charies-lc-Témérairc s’empara de la Lomine et vint ravager les Vosges ( ti75), le chapitre entra en composition avec lui ; mais les bourgeois neutralisèrent ses eiTorts, et après la bataille de Morat ils livrèrent la ville an duc René. Ce fut le châtelain de Saint-Uié , Claude de Beaurhont , qui tua le Téméraire, fuyant à travers qn marais, après la funeste bataille de Nancy (5 janvier H77). Symphorien Champier rapprute que Beaumont mourut du regret d'avoir tué un si grand prince , et surtout d’avoir manqué la riche rançon qu'il en pouvait espérer.

Le règne de René II fut favorable à la tranquillité des Vosges, et particulièrement à la ville de Saint-Dié, dont le chapitre exerçait, à cette époque, une grande influence sur l'esprit religieux des ducs de Lorraine. Ce chapitre, composé de vingt -quatre ou trente membres qui ne reconnaissaient au-dessus d'eux que l’Empereur et le pape , formait une espèce de sénat l’épuUicain présidé par Un doyen, le premier de ses égaux. Il s'était affranchi de tente soumission- envers son grand prévOt , auquel les chanoines n’accordaient d’autres prérogatives que d'oflider avec la crosse et la mitre. Il exerçait sa juridiction temporelle en une assemblée qui prit le nom de Buffet de la pierre hardie, d’une pierre énorme jadis placée devant l’église et sur laquelle s'exécutaient ses sentences. Ia>s chanoines étaient si jaloux de leur indépendance envers l'évéque de Toiil ou le duc de Lorraine , que lorsque le préhit ou le prince venaient au mHieu d'eux , ils ne l’admettaient qu'après en avoir obtenu préalablement des lettres de non préjudice à leurs droits et privilèges. Le chapitre de Saint-Dié renfermait dans son sein un homme de génie. Valter Lud joignait à une vertu éprouvée une science profonde : il les employa, ainsi que toute sa fortune, au service de ses concitoyens; littérateur et bon typographe, il introduisit dans les Vosges la représentation des mystères, lit briller aux yeux de ses collègues étouués les premières pages serties de ses pi-esses et tenta de réparer les maux qu'engendrèrent, au commencement du xiri* siècle, la Stérilité et des maladies épidémiques, en fondant lu confrérie de Saint-Sébastien, chargée de secourir les malheureux. De cette époque aussi date

LUURAINE.

pour le pays des Vosges l'exploilatinn de ses vastes forêts et la confectiOB des planches de saf>in dont il s'est fuit depuis un commerce immense. Lud continua ses travaux typographiques, fit des éditions estimées, répandit parmi le peuple des livres de morale , et encouragea les essais du premier écrivain qu'ait eu le Chapitre de Saint-Uié : nous voulons parler de Pierre de Blarut, qui chanta, en 1518, In prise de Nancy par Kené II, dans un poème intitulé Nanceidat.

Pendant prés d'un siècle, malgré la fermeté déployée per les ducs de Lorraine et surtout par Antoine-le-Bon , de nombreux procès de sorcellerie affligèrent les Vosges et y firent des milliers de victimes. Le 6 juillet 155A, un violent incendie détruisit en un instant presque toute la ville de Saint-Dié; cent vingt-quatre maisons furent détruites, et les cloîtres et les églises fortement endommagés. Le peuple en accusa les chanoines qui ovnient rimprudente habitude de s’exercer, au tir de l'arquebuse au milieu des rues eomposées de maisons de bois. Cet incendie tourna cependant nu profit des bourgeois : les chanoines les traitèrent moins durement et finirent par leur accorder des institutions plus libérales h l'octroi des<qiielles conlrlbua beaucoup le duc Charles lit, qui vint è Saint-Dié, après son mariage avec Claude de France, fille de Henry II , acCompagné de Marie Stuart , veuve de François II , et de Olherine de M^icis. Dès lors, les sujets du chapitre furent admis ou conseil de la ville et prirent une part active à son administration et à sa défense. Saint-Dié acquérait de son cdté une extension très'-grande , favorisée surtout par les émigrations d'Alsace, et par la protection du duc de Lorraine, Charles IV organisa, en 1628, le conseil de ville, et priva le chapitre de toute influence dans les affaires municipales, sauf le droit de 'préséance conservé au sonrier du chapitre.

En 1033, les Suédois, qui occupairnt l'Alsace, ravagèrent le val de Saint-Dié, et furent repoussés pur les troupes de Charles IV, qui bientôt, lors de ses démêlés avec la France, eut à reprendre cette ville sur le rhingrave Olhon de Salro. Les Suédois s’en rendirent maîtres, une seconde fois, en 1639; la maison du pré* vôt et d'autres maisons canoniales furent pillées et livrées aux flammes. Les chanoines avaient fui devant l'ennemi. La peste et la famine vinrent aggraver les ravages de la guerre; Les habitants fuirent de tous côtés, et les Suédois, seuls maitres du pays, le couvrirent de ruines fumantes Pendant ces calamités, les Vosgiens conservaient à leur prince une fidélité inébranlable, et le chapitre de Saint-Dié choisit pour son grand prévôt le propre m'veu de Charles IV, enfant Agé de cinq ans à peine. Revenu de sa captivité en Espagne (1659), le duc Charles IV réorganisa la justice de son duché, ordonna la création d'un bailliage é Saint-Dié, et nomma pour lieutenant du liailli et gouverneur, Laporte, homme franc et intègre, que le chapitre n'^ussit cependant à faire renvoyer de la ville.- Le duc , cédant aux vœux des bourgeois et ne tenant aucun compte des réclamations des chanoines, réunit déiinitivemcnt le gouvernement à la prévôté.

Lorsque le traité de Nimègue donna presque toute la Lorraine A Ixiuis XIV, un arrêt du parlement de Metz rendit à l'évéebé de cette ville, ainsi qu'à celui de Toul , les quatre élabfrssements religieux des Vo.sges. Enfin , la création d'un office de procureur du roi près du conseil de ville et d'un maire royal à Saint-

SAÏNT-UIE.

•WT)

Dié, y raina complètement In vieille domination du clergé. Snint-I)ié tnt rendue aui ducs de Lorraine (1697). Les déhnts suscités par la liulle Unigenitus ne manquèrent pas de soulever des discussions au sein du chapitre. Cependant le désir de se soustraire aux prétentions de l'évôque de Tnul, par l’éreclioii d'un siège épiscopal à Saint-I)ié même, détermina les chanoines à adhérer a la bulle. Leur désir ne fut cependant pas satisfait de sitôt; trop d'intérêts contraires s'y opposaient; les ducs Léopold et François III moururent sans pouvoir arriver à conclure cette grande affaire, et ce n'est que lorsque la Lorraine fut cédée, en échange de la Toscane, et donnée en usufruit nu roi de l’oiogne, Stanislas, que celui-ci, croyant concilier tout, nomma et mainlinl l'évéque de Toul grand prévôt du chapitre, malgré la plus opiniâtre résistance de la part des chanoines. La ville prospérait sous la sage administration de Stanislas : tout semblait ldi assurer un avenir heureux et durable, lorsque tout à coup un violent incendie, qui détruisit, en moins de quatre heures , cent seize maisons, anéantit l’ouvrage des siècles et lesespérances de l’avenir (27 juillet 1757 ).

Stanislas s’émut 6 l’aspect de ce grand désastre ; il voulut que la ville fût reconstruite entièrement. Sa cassette, qui semblait inépuisable nu service de la Lorraine , fournit à presque toutes les dépenses. Saint-Dié se releva de ses ruines comme par encbantemcnt, et devint bientôt la plus jolie ville du duché, après Nancy. Les bienfaits du roi de Pologne ne s’arrêtèrent pas la ; il dota la nouvelle cité d’institutions libérales, réforma tous les anciens abus, et donna une constitution et un éclat nouveaux au chapitre, dont il combla les vœux, en obtenant, par bulle du 21 juin 1776, l’érection tant souhaitée d’un évêché. Le premier prélat investi de la dignité épiscopale, répondait aux généreuses intentions du prince; H. Chaumont de La Oalaisièrc a laissé dans son diocèse une mémoire vénérée. Il fut remplacé, an commencement de la révolution, par un évêque constitutionnel. L’évêché, peu après, fut supprimé, et ce n’est que depuis I82i qu’il a été rétabli.

Saint-Dié, sous l’ancien régime, était le siège d’un grand bailliage et d'une maîtrise particulière des eaux et forêts ; chef-lieu de sous-préfecture du département des Vosges, la ville renferme aujourd'hui plus de 8,000 âmes, et l’arrondissement en compte à peu près 115,800. On trouve â Suint-I)ié des filatures de coton, (Tes papeteries et des forges. Les habitants exploitent, en outre, des mines de fer et de cuivre et des carrières de marbre de diverses couleurs . situées dans les environs; ils font le commerce des grains, des toiles, des planches de sapin et des bestiaux. La ville est d’un séjour agréable, scs alentours sont pittoresques. Les mœurs douces et laborieuses de ses habitants, la tranquillité dont on y jouit, les ressources qu’y trouve l’esprit, tout avait su y attacher Delille, qui vint s’y abriter une année entière contre la tourmente révolutionnaire et y terminer sa traduction de V Enéide.

Hnm Cahnet, auteur de \' Histoire de la Lorraine , et l’un des hommes les plus savants du xvill* siècle, était abbé de Senones, près de Saint-Dié. Voltaire vint le visiter pendant son séjour à la cour de Lorraine, et resta trois semaines près de lui. Catherine Bared, appelée la mère JHecthitde, institutrice des Bénédictines de l’Adoration perpétuelle, naquit è Saint-Dié. On doit à H. Edouard de Bâte- IV. 74

586 LORRAINE

taire, natif «usai de cette Tille, un travail intéressant snr son histoire et sàr les Vosges. Les armes de Saint-Dié, que l'on écrivait aussi autrefois Saint-Diex et Saint-Diey, étaient d'asur à une croix de Lorraine ior coloyée d'une S et d'un D de même, liée d'un ruban de gueules brochant sur le tout. '

RtMIREMONT.

rX.OMBXÈRBB.

Remiremont doit sa célébrité au famcuv chapitre de dames nobles qui lui donna naissance. En 620, Romaric, un des principaux seigneurs d'Austrasie, qui avait quitté le monde pour embrasser la vie monastique à l'abbaye de Luxeuil , fondaun monastère de filles sur une montagne au sommet de laquelle était bâti un château du nom de Hubend. Un couvent de moines fut élevé tout à côté, et le même abbé gouverna d'abord les deux communautés. Le château de Romaric est mentionné plusieui's fois dans l'histoire, tantôt sous le nom de Itumrrici castellum , tantôt sous celui de llum/rici nions, mont de Romaric, d’où dérive Remiremont. Charlemagne et Louis-le-l)ébonnaire y résidèrent à plusieurs reprises. A la mort de Lothaire, roi de Lorraine (869), la fameuse Valdrade, sa concubine, quitta le monastère de Lurc et prit le voile h Remiremont. I/!S deux monastères ne tardèrent pas,, cependant, è avoir leur administration distincte, et la première abbesse fut, dit-on , Mactellède, fdle d'une haute vertu. I.a communauté fort nombreuse se partageait en sept chœurs de doute vierges chacun , lesquels se succédaient les uns aux autres , de manière à établir une psalmodie perpétuelle. On bâtit à cet effet sept chapelles, qui subsistèrent jusque dans les derniers temps. I.e monastère d’hommes avait son église parliculière. En 819 , Louis d'Outre-mer tint à Remiremont une grande assemblée , où il eonnrma la fondation du monastère de Grandval. Lors des invasions des Huns, au commencement du x* siècle , les deux monastères furent saccagés , et leurs habitants se retirèrent au delà de la Moselle, on ils avaient une métairie considérable; ils y construisirent une nouvelle abbaye qui, depuis cette époque, subsista toujours sur l'emplacement actuel de la ville. En 1051, le pape Léon IX. vint é Remiremont, où il consacra l'église paroissiale. Le monastère demeura double comme auparavant, et l'oti bâtit deux églises sous l’invocation de saint Pierre et de la Vierge. Les religieuses étaient soumises à une abbesse, les religieux à un abbé, et les uns et les àutres concouraient à l'élection d'une abbesse de Remiremont, en vertu d'une bulle du pape Pascal II, qui porte que l’abbesse sera élue suivant la règle de saint Benoit, par les religieuses, du commun con-

1. Itiitoire du vionastére de £fa/i7re, par le chanoine Herqucl de PlalnCaing. — Vai«(‘bourg, Antiquités de la Gaule Belgique. — N. F<. Gravier, Histoire de lù ville et de l'arrondissement de Saintr-DU. de BixeUire , Promenades dans les Vosges.

REMIHEHUNT. — PLOMBIERES. 587

sentemeDl des frères. L'abbesse, en signe de dépendance, devait, 'tous les trois ans , envoyer au saint Père une pièce d'étoffe couleur de pourpre et un cheval blanc. C’est pourquoi l'on portait dans les processions devant l'abbesse un pallium ou étolTc de soie, en signe de son éminente dignité.

Il parait que la règle sévère de saint Benoit, beaucoup plus rigide encore que celle de saint Colomban , i laquelle elle avait succédé , était mal obsei'vée à Remiremont ; car l'église des Dames ayant é|é consumée par un incendie vers l'an 1U5, et l'abbesse ayant demandé au pape quelque secours pour la reconstruire, le pontife agréa sa demande , en déclarant toutefois que c’était moins par considération pour les religieuses dont la vie mondaine déshonorait la règle de ' saint Benoit, que dans l’espérance de voir cette église rendpe au culte de Dieu. Les chanoinesses étaient exemptes de l'ordinaire, c'est-à-dire de la juridiction de l'évèque de Toul . dans le diocèse duquel se trouvait leur monastère. Au concile provincial, tenu en 1132, par llillin, archevêque de Trêves, le duc Matthieu 1" conlirma pleinement les droits et privilèges de l'abbesse , qui ne reconnaissait au temporel que l’Empereur et jouissait dés droits régaliens. Après l’incendie de 1057, les religieuses ne vécurent plus en communauté; elles eurent chacune une maison particulière, tout en conservant l'habit et le titre de Bénédictines, et finirent même par cesser complètement de faire des vœux. C'est vers la Qn du XI* siècle que les deux communautés se séparèrent; les religieux retournèrent au saint mont , lieu de leur première demeure , prirent la règle des chanoines de Saint-Augustin, et furent remplacés, en 1620, par des Bénédictins réformés de la congrégation de Saint-Vanne.

Au commencement du xiii* siècle, les Dames de Remiremont avaient encore • nn comte ou avoué, différent des ducs de Lorraine; mais, dans la suite, les empereurs donnèrent le comté à ces derniers., à charge de défendre et protéger ' l'abbaye. Le 15 juillet de chaque année ils étaient obligés de venir à Remiremont, où ils portaient sur leurs épaules la châsse de saint Romaric, et renouvelaient le serment de soutenir les droits et privilèges de l’abbaye, serment qui était transcrit et signé de leur main dans un volume in-folio, en vélin , couvert de plaques d’or et doré sur tranche. On voyait encore ce livre, avant la révolution , dans le trésor de l'abbaye. La qualité de comte ou avoué donnait aux ducs le droit d'exiger certaines redevances sur les sujets de l'abbaye ; le duc Thiébaut voulut agrandir ce droit, mais l'Empereur l'obligea d'y renoncer, et conBrma à l'abbesse le titre de princesse d'Empire ainsi que la régale de son abbaye. Les entreprises des ofDciers des ducs contre le chapitre étaient incessantes : le grand-nombre de traités et tran.sactions qui survinrent entre les parties font foi de la grande puissance de l’abbaye, de l’étendue de ses biens et des privilèges considérables dont elle jouissait.

Lorsque Charles VII occupa la Lorraine, en là4l,il donna des lettres de protection à la ville et à l'église de Remiremont , et prit le chapitre sous sa protection spéciale. Les. ducs continuaient cependant à contester au chapitre la souveraineté et la jouissance des droits régaliens ; les Dames de Remiremont obtinrent, en 1563, des lettres très-amples de protection de l'empereur Ferdinand 1", en vertu desquelles elles prétendirent mettre la v ille de Remiremont au rang (|cs .

Page 1