‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 114 sur 120 · I.OUKAIMv · texte numérisé non relu

I.OUKAIMv

Nous allons , il'abord , pour plus <le darl<'‘ , raconter sommairement tous les faits relatifs aux seigneurs du Château-Bas, avant de nous occuper des -seigneurs du Château-Haut, dont l’histoire est plus longue et plus importante. Jean IV avait obtenu de Simon II , entre autres propriétés, « les belles maisons entre le donjon et le moutier des Chanoines , avec faculté de faire un donjon » ; il usa de son droit et bâtit le Château-Bas. Ce n’est d’ailleurs qu’à de rares intervalles que ce prince habita Commercy ; il guerroya pendant toute sa v ie , au service de France , et se distingua particuliérement à la bataille de Poitiers. Les rois de France le récompensèrent de son dévouement, en lui accordant les charges de grand bouteillier et de président des comptes. Jean IV eut pour héritière Jeanne, comtesse de Sarrcbrouck, femme de Jean, comte de Nassau ( 1381). Philippe, fils de Jeanne, contracta une alliance offensive et défensive avec le Châleau-llout (1408). Ses successeure, fort insignifiants, du reste (1429-1444), furent Jean de Nassau, puis Louis de (.orraine, à la mort duquel Kené d’Anjou, roi de Sicile, son père, reprit la seigneurie de Château-Bas qu'il donna, en 1472, au comte de Campo- Itasso. Il la lui ôta, en 1-47.5, lorsque le comte fut entré au service de C^arles-le- Témérairc, et la vendit au duc de I.a>rraine, René 11 , qui la donna à son tour au même Ompo-Rasso , pour prix de sa trahison envers le duc de Bourgogne ( 1476). Cjimpo- Basso u’en jouit pas longtemps. Les comptes sont rendus, en 1478, au duc Kené : celui-ci s’en dessaisit encore en faveur de son écuyer, Gérard d’Aviller. Le nouveau titulaire fit du Château-Haut une véritable forteresse. La seigneurie rentra, à sa mort (1526) , sous la domination du duc de Lorraine, qui la céda, en 1530, à Jacques de Larban, en échange de la terre de Kœurs, dont le séjour semblait à la duchesse René plus solneieux et récréant que celui du Château- Ras. Antoinette, fille de Jacques de l.arban, épousa, en 1642, Jean d’Urre, seigneur de Thessières, lci]uel , en l’absence des seigneurs du Château-Haut, jouit paisiblement de tous les honneurs civils et militaires attachés à la souveraineté. Charles d’Urre, son fils, se rendit utile dans diverses ambassades ; mais nourri dans de minutieuses pratiques de dévotion , il lit du Château-Bas une sorte de monastère, où sa femme et lui , l'un sous le nom de /‘lacitle, l’autre sous celui dcScolastigue, menèrent une existence de vrais cénobites, dirigés par un capucin nommé Meuna , qui , trouvant la règle de son ordre trop douce, leur imposa celle de saint Benoit. Jean des Armoises, petit-fils de Charles d’Urre, régla avec le cardinal de Retz, seigneur du Château-Haut, les difficultés résultant, entre les deux seigneuries , des prétentions élevées par leurs titulaires sur la propriété de la rivière de Commercy. La veuve de Jean des Annoises fut bloquée dans son château, en 1663, par ordre du duc de Lorraine, Charles IV, qui recommanda expressément au général de ses troupes de ne point permettre qu’elle y rentrât si elle en sortait. Louis des Armoises (1663-1696) et Pierre, son fils (1696-1722), furent les derniers seigneurs du Château-Bas, par suite d’un échange qui assura au duc de Lorraine, Léopold , la souveraineté unique de Commercy.

Venons maintenant aux seigneurs du Château-Haut. Simon II, dont nous avons parlé, cul pour héritier son frère Jean 111, lequel ayant eu des démêlés avec ses sujets , fut condamné au parlement de Paris à deux mille francs d’amende ( 1382). Simon III , fils de Jean , partagea volontairement la seigneurie avec son frère Amé,

COMMF.Ur.Y.

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qu’on nppolH, pour lu dislinpiier rto son frorc, domirrllus, lo p<“lit seisiM'ur, on français damoiseau , titre qui devint licréditnire dans la famille des seigneurs du Cliiltcau-Haul. t'.ctte famille avait acquis sans doute une assez grande puissance, puisque le damoiseau Robert I", Ois d'Amé, fut continuellement en guerre avec tous ses voisins, avec. le duc de Lorraine et le roi de France lui-mi'me. Scs trois successeurs , Amé n , Robert II qui lit hommage de Commercj à Louis XI (1478), et Amé III, fixèrent leur résidence à Rraine. l’bilippe de Sanebruck, sa fille, épousa, en 1504, Charles de Silly, seigneur de la Roche-Guyon, auquel elle apporta en dot le Cbèteau-Haut. Veuve en 15IC, Philippe de Sarrcbruck fit sa résidence à La Roche-Guyon , se faisant représenter à Commercy par son écuyer Guillaume de Rouchet. En 1542, la damoiselle voulant maintenir entre les.lm|)ériaux et les troupes françaises la neutralité du Chètcau-IIaut , le fit mettre en état de défense : on y fabriqua , par son ordre, deux cents livres de poudre pour les. canons, vingt-cinq pour les arquebuses, et l'on compléta la garnison composée de huit hommes. On comprend que le duc de Guise n’eut point de peine à s’emparer d’une place pourvue de tels moyens de défense. Charles-Quint l'attaqua, à son tour, et , malgré la neutralité de la damoiselle , mit à feu et à sang sa capitale. Le Château-Bas souffrit aussi beaucoup, à la même époque, Jean d’IIrre, qui, en l’absence des titulaires du Château-Haut, exerçait , comme nous l'avons déjà dit , la souveraineté sur les deux seigneuries , n’ayant pu sans doute eu cette circonstance séparer ses intérêts de ceux de la damoiselle. Nous lisons, en effet, qu'il fit réparer son manoir démantelé par Charles-Quint.

En 1568, l’amiral de Coligny fut reçu au Château-Haut. Cette même année, Jacques , frère de Charles de Silly, mourut laissant la seigneurie à scs deux neveux , Henri , comte de La Roche-Guyon , et Antoine, comte de La Hochepot , qui en alTermèrcnt les revenus à divers marchands de la ville, où ils n’habitèrent jamais. I.e seul acte qu’on puisse mentionner, sous ces deux damoiseaux, est la charte des bouchers par laquelle furent réglés les droits et devoirs de cette profession. Henri avait épousé Antoinette de Pons, célèbre par sa vertueuse résistance aux obsessions de Henri IV; c’est elle dont le portrait n été tracé dans les Amours du grand Alcandre, sous le nom de Scilinde. En LlOfi, la iR'ste qui avait déjà sévi à Commercy, au commencement du xvi* siècle (1528), ravagea de nouveau la ville; on établit alors un cimetière hors des murs et l’on fonda une chapelle dédiée à saint Sébastien (IfiOO). Madclaine, dame du Fargis, fille d'Antoine, hérita, eu 1607, de la portion de la seigneurie du Château-Haut , qu’elle posséda par indivis avec François, son cousin, lequel, à la mort de son père, Henri, l’avait poss 'dée de la même manière avec Antoine , son oncle. François ayant été tué au siège de La Rochelle (19 janvier 162S), Madclaine eut seule en propriété la seigneurie de Cornmèrcy. Sa vie, plus que légère, s'écoula d'ailleurs loin de cette ville, au milieu d’intrigues de cour et de galanterie. Le cardinal de Richelieu, dont elle était l’ennemie, la fit condamner à mort; elle se réfugia en Belgique et fut exécutée en effigie sur le carrefour Saint-Paul.

Charles d’Angenne, fils de madame du Fargis , visita , en 1640 , Compiercy, où il était déjà venu plusieurs fois, du vivant de sa mère, pour veiller à ses intérêts. Il trouva le pays désolé par les guerres de Louis XIII, et par les ravages qu’y IV. 77

LORRAINE

av.-iit encore eiercés la peste, eiiIG.'R) et 1035. Charles d'Angenne moarat, cette m(!me aouée, au si(!'ge d’Arras , laissant la seigneurie de Commercy & son cousin, l’abbé de Gondi, depuis cardinal de Retz, qui, pour recueillir le legs, fut obligé de payer aux créanciers du donataire la somme de trois cent un mille cinq cents livres qu’il emprunta. L’abbé de Gondi , malgré une aussi forte dépense, négligea d’abord sa seigneurie de Commercy qu’il abandonna en quelque sorte aux malversations et aux exigences de ses ofliciers, ainsi qu’aux malheurs de la guerre.

La ville, en 1652, sc rendit à Chabert, lieutenant de Condé, sans attendre le résultat d’une députation que les habitants avaient envoyée au duc de Guise. Ceux-ci, mécontents, introduisirent bientôt les Français dans la place; mais les Français l’ayant mise au pillage, la presque totalité des habitants déserta ses murs. Revenus plus tard dans leurs foyers , les bourgeois se soumirent à M. le Prince, et le trahirent une seconde fois pour les Français : il leur en coûta trente 'mille neuf cent quarante-sept livres, sans compter les impôts qui les réduisirent il la misère. C’est dans ce triste état que le cardinal de Retz, quand il se relira du monde, en 166-2, trouva la seigneurie qu’il avait payée plus de trois cent mille livres. Il la revendit, en 1665, après avoir restauré le château, qui était devenu inhabitable, publié des édits, surveillé les finances, fondé un hôpital et un dépôt de sel, et après s’ètre accordé, comme nous l’avons dit, avec Jean des Armoises, seigneur du Chôteau-Bas, sur les propriétés de la rivière de Commercy. Le prix de cette vente , faite à Anne de Lorraine , princesse de Lillebonne, moyennant cinq cent cinquante mille francs, et sous la réserve de l’usufruit, permit au cardinal de payer scs dettes : il commença dès lors de vivre en hobereau de province , complètement étranger aux affaires publiques. De retour de son ambassade à Rome , il reçut à Commercy , en 1670, la visite du prince de Condé, et, en 1672, celle du duc d'Orléans. C’est à cette époque que le cardinal de Retz rédigea ses fameux mémoires , tantôt les dictant à un religieux bénédictin qui lui servait de secrétaire , tantôt prenant la plume lui-méme, chaque fois que la pudeur du moine se refusait è écrire ce qu’il entendait. Après avoir puissamment contribué à l’élection des trois papes Alexandre Yll , Clément IX et Clément X , le cardinal , qui avait un moment voulu résigner son chapeau et s’était retiré à l'abbaye de Saint- Mihiel, fut encore envoyé en ambassade à Rome pour l’élection du nouveau pape (Innocent XI, — 1678); il se rendit ensuite à Paris, où l'appelait un procès, et y mourut le 24 août 1679 : on l’inhuma ô Saint-Denis , dont il était abbé. La princesse de Lillebonne , devenue propriétaire de la seigneurie, fut dépouillée par Louis XIV, qui revendiqua Commercy , en sa qualité de seigneur de Metz, et gagna sa cause par arrêt du parlement de Paris (15 avril 1680). En 1707, un arrangement conclu entre le roi de France et le duc de Lorraine, Léopold, investit celui-ci de la principauté de (üommercy, dont il donna l’usufruit au prince de Vaudemont. Ce fut au Château-Haut, réparé par ses soins , que le prince de Vaudemont reçut le prétendant d’Angleterre , Édouard , réfugié en France sous le nom de chevalier de Saint-Georges. En 1723, Léopold ayant réuni le Château-Haut au Château-Bas , qu’il avait acquis en 1722, les incorpora l’un et l’autre à ses états et érigea la ville de Commercy en chef-lieu de bailliage. En 1736, lorsque la Lorraine, dont on laissait le gou-

COMMEKCY.

veraement au roi de Pologne, Stanislas, eut été réunie à la France, Comniercy redevint une principauté indépendante, c'est-à-dire que l’usufruit en fut donné à la duchesse-douairière, Élisabeth-Charlotte d'Orléans, qui en jouit jusqu'à sa mort, sous le nom de madame Royale (17à3). Le roi de Pologne visita la ville cette même année. C'est lui qui embellit le château de Cx>mmercy et y créa des merveilles d’hydraulique, telles que le château d'eau, le kiosque à stores d'eau, la fontaine royale et la superbe avenue par laquelle on y arrivait. Ce fut dès lors sa maison de plaisance : il y reçut le poète Saint-Lambert, madame du Châtelet et Voltaire , qui composa à sa cour Sémiramis et Nanine, Les princesses Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, et la reine Marie Leckzinska vinrent ensuite, tour à tour, à Commercy , où leur séjour fut l’occasion de fêtes brillantes (1761- 1765). La mort de Stanislas porta un coup mortel à la prospérité de cette ville : les bassins tarirent, les chemins s'encombrèrent, les forêts furent coupées à blanc , le canal desséché , le jardin divisé et vendu , et le château n’attendit pas le nivellement révolutionnaire pour être converti, comme tant d'autres demeures princiéres, en simple caserne ; le régiment d'Autichamp y tint garnison , dés 1767. De la mort de Stanislas à la fln du siècle , pas un fait à enregistrer. En 1800, Saint-Mihiel disputa vivement à Commercy l'honneur d'être érigé en cheflieu d’arrondissement. Commercy l'emporta enfin, mais Saint-Mihiel obtint, comme dédommagement, le tribunal de première instance. En 1813, les soldats malades, dirigés sur Commercy, répandirent dans la ville une contagion cruelle qui décima la population. Les troupes des alliés, en 181k, furent cantonnées dans ses murs ou aux environs.

Il y avait autrefois à Commercy, du temps que c’était une principauté indépendante , une cour souveraine, dite des Grands-Jours , qui jugeait les procès en dernier ressort. I.a ville était divisée en deux paroisses : Saint-Pantaléon et la collégiale de Saint-Xicolas, dont les églises situées l’une à droite, l’autre à gauche du château, y communiquaient par des tribunes. Commercy possédait, en outre, un hèpital que le prince de Vaudemont avait rebâti et doté, en 1709, et plusieurs écoles publiques gratuites dont Stanislas avait confié la direction aux frères de l’institut des écoles chrétiennes. Les couvents n’étaient pas nombreux : on n’y voyait que des Capucins et des Ursulines, établis à peu piès vers la même époque (1704-1709), et des Bénédictins de la congrégation de Saint-Vannes et de Saint- Hidulphe, fondés au xii* siècle. Commercy, chef-lieu de sous-préfecture du département de la Meuse, renferme près de 3,700 habitants; la population de l’arrondissement s'élève à 88,500 âmes. Le commerce roule sur les grains, les vins, les huiles, les chanvres, les bois, les cuirs et les bestiaux. L’industrie est représentée par des filatures de coton, des fabriques de couverts en fer battu, des brasseries et des tanneries. La ville, assez bien bâtie, s’élève sur la rive gauche de la Meuse; elle a un collège et un y remarque , à part le château, plusieurs édifices : le grand manège couvert, la maison commune, l’hèpital et les halles. Commercy a donné le jour aux architectes Hogier et Jean, célèbres, l'un par la construction des tours et du portail de la cathédrale de Toul , l’autre par celle du puits et de la croix du Pont des morts de Metz. PanthaUon, Thèvenin , écrivain du xvi* siècle; le littérateur Ribouté; Üurival, auteur d'une description

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LOUKAliNE.

de la Ix>rraiBe, ouvrage estimé, et le docteur MntjoUin, $ont également origi-' naircs de Commcrcy.-I^ savant Dom Calmet, abbé de Senones, était né à Ménilla-Horgue, à une lieue et demie de cette ville.'

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