‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 116 sur 120 · SAINT-MIHIEL · texte numérisé non relu

SAINT-MIHIEL

Kenaud- L'abbaye avait cependant acquis une extension considérable ; à la (in du -sièdc suivant , elle possédait ménic au dehors plusieurs succursales, puisque Simon , comte de Sarrebrouc.k , accorda i ses religieux , en 1269 , pour leur maison de Domrémy, le droit d'usage dans les bois voisins. Quant à la ville même, c’était, dés le commencement du xiv* siècle, une localité assez importante pour que le duc Édouard II en fit un chef-lieu judiciaire, en y établissant Ut Grands-^ Jour! du Barrais; il parait même qu'on y battit monnaie : le duc Robert, en affermant les monnaies de ses états à Humbclet de Gondrecourt, permet, en effet, « de faire à Saint-Mihiel, ou ailleurs dans le comté, une manière de monnaies d'argent blanches qui s'appelleront plagues. » Ce fut à Saint-.Mihiel que les États du Barrois s'assemblèrent, en lkl9, pour ratifier le mariage de René d'Anjou avec Isabelle , Olle du duc Charles ; et , qu'en Uk5 , Louis do Lorraine jura la charte de franchise des bourgeois de Commercy, dont il avait acquis la souveraineté.

En 1311, le duc Antoine alla tenir à Saint-Mihiel ses Grands-Jours, où se trouvèrent tous les nobles du Barrois et de la Lorraine, a. los seigneurs y prononcèrent sur tous les appels depuis qualorze ans en çè , ce qui fut un spectacle aussi agréable que nouveau. » De 1532 <’i 1.371 , l'existence des Grands-Jours fut menacée par une mésintelligence survenue entre le duc Antoine et les rois de France, qui élevèrent la prétention de faire porter les appels du Barrois au parlement de Paris, en vertu du traité de Bruges. Le duc Charles III , par son édit de Nancy, les rétablit (1571) et leur donna un nouvel éclat en les rendant permanents sous le nom de cour sourerainr. Dégoûtés du séjour de Pont-à-Mousson par riutroduction des Jésuites [1.372), les professeurs la'iques demandèrent à être transférés ailleurs ; on eut égard h leurs réclamations, et une école de droit fut établie à Saint-Mihiel. Quelque temps après, cependant, les professeurs et les élèves voulurent revenir à Pont-à-Mousson , malgré l'opposition des Jésuites, ce qui leur fut encore accordé. En 1C1.3, le père Meuna, directeur de Charles d'irre, fut inhumé avec pompe par son noble pénitent dans les grottes dépendantes de l'abbaye, où les grands personnages de Lorraine et du Barrois tenaient à honneur de reposer après leur mort, et où Charles d'Urre prit place lui-même, en 1629, à côté de son directeur.

En 1635, les Français ayant envahi la Lorraine, vinrent investir Saint-Mihiel (9 septembre) et se logèrent au faubourg Saint-Thiébaut, que les habitants incendièrent pour en chasser l'ennemi. La résistance du gouverneur, le bailli Lenoncourt, et du colonel Salin, son lieutenant, força Louis XIII ù venir conduire le siège en personne. Il arriva , le .30 , et tandis qu'il parcourait en calèche les lignes de circonvallation, un boulet parti de la place brisa l’impériale de sa voiture. Ce danger l'irrita profondément : aussi, quand l.enoncourt, qui, trahi par les bourgeois, avait consenti à se retirer avec ses soldats, se présenta aux portés de la ville, les Français, violant tous les articles du traité, se saisirent de lui et le jetèrent en prison. Le colonel Salin , quoique en leur pouvoir, refusa de signer la capitulation : interrogé par les officiers du comle d'Angoulême sur les motifs de sa résislance désespérée, il répondit avec calme : o Un gentilhomme a qui son maître confie la défense d'un moulin-à-vent doit s'y maintenir tant qu'il lui reste une livre de poudre. » Les bourgeois se rachetèrent du pillage, moycu-

LUKKAINE.

nant cinquante mille écus; ils les apportèrent en argent; mais rofTicier chargé de les recevoir leur Bt observer qu'on ne payait le roi qu'en or, ce qui quadrupla le prix de la rançon. La cour de Saint-Mihiel , qui avait remplacé les Grands-Jours , réunie alors par Louis XllI à celle de Nancy, fut rétablie, en 1641, par Charles IV. En 1681 , Louis XIV supprima non-seulement la cour, mais le bailliage ; et sous Léopold même , auquel le traité de ityswick avait restitué la Lorraine et le Barrois , il n'y eut plus d'autre cour souveraine que celle de Nancy.

Au milieu de ces diverses vicissitudes, les abbés du monastère de Saint-Mihiel s'étalent acquis un grand renom par leurs qualités personnelles : en 1665, nous y trouvons pour prieur Dom Hennezon , qui fut trois ans le secrétaire du cardinal de Retz; les Lorrains les appelèrent, l'un l'éminence rouge et l'autre l’éminence grise. C'est sans doute par suite des relations de ces deux personnages que , pendant longtemps on a conservé dans l'abbaye le manuscrit original des mémoires du cardinal. Lorsque la ville vit disparaître dans la tourmente révolutionnaire, ses couvents de Capucins, de Minimes, de Carmes, d’Augustins, de Carmélites et d'Annonciades , sa fameuse abbaye de Saint-Mihiel ne fut pas épargnée. Des anciens batiments de ce monastère, il ne reste plus aujoui'd’hui qu'une partie des constructions élevées par les Bénédictins au xviu* siècle. Presque tous leurs livres ont été soigneusement recueillis et ont servi de noyau à la bibliothèque de la ville. On admire dans l'église de Saint-Étienne un saint sépulcre, chef-d’œuvre de sculpture dû au ciseau de Ligier Richier, et derrière le maitre-autel une statue de sainte Lucie, dans le goût de la renaissance.

Nous avons dit dans notre notice sur Commercy qu'en dédommagement de la sous-préfecture qu'on refusait à Saint-Mihiel, le gouvernement consulaire y avait établi, en 1800, le tribunal de première instance. Cette ville est aussi le cheflieu judiciaire du départemennt. Elle renferme environ 6,000 4mes. Les principaux articles de son commerce sont les grains, les vins et les bois; et l’on y exploite des forges, des taillanderies et des tanneries. Saint-Mihiel a vu naître, à part Oom Hennezon, dont nous avons parlé, l'historien Hichard de Wassebourg, le prémontré Charles-Louis Hugo, écrivain célèbre; le médecin Ignace- Isidore Mengin; l'ingénieur ISicolus Maréchal; le dessinateur /téroin , et l'architecte bénédictin Léopold Durand. '

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