‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 18 sur 120 · ROMANS. - SAINT-MARCELLIN. - MONTÉLIMAR · texte numérisé non relu

ROMANS. - SAINT-MARCELLIN. - MONTÉLIMAR

Romans a eu pour berceau une abbaye fondée, dit-on , par Charlemagne, dans les premières années du ix' siècle. Son premier abbé fut un archevè<iue de Vienne, appelé Bernard ou llarnard, qui en lit lu dédicace à saint Pierre et aux apôtres, et, afin de mieux as.surcr son indépendance, la plaça sous la protection immédiate du Saint-Siège : abbatia romana, abbaye romaine ; telle est la véritable étymologie du nom de Romans. L'ahbaye de Saint-Barnard, car elle était également connue sous cette seconde dénomination, acquit bientôt une trèsgrande célébrité ; Charles-le-Chauve lonfirma tous ses privilèges, auxquels il en ajouta de nouveaux, et la soumit à l'Église de Vienne, dont les métropolitains se qualifièrent dès lors abbés de Saint-Barnard Le bourg, qui n'avait point tardé à se former autour du monastère, prit en peu de temps un tel essor que, dans le X' siècle, il éclipsa les capitales môme de province, par son extrême civilisation et les richesses dues au développement de son commerce Les hourgimis avaient une charte d'affranchissement; ils envoyaient dans les contrées les plus reculées les produits de leur industrie : la principale était la fabncalion des draps, si renommés qu'en Perse « ils tenaient lieu de monnaie par la voie d'échange. » La gaie sr ience était aussi en singulier honneur à Romans; scs Cours d'amour avaient beaucoup de

1. Choricr, Bittoire du Dauphiné. — VflllMiiDaiSt Bittoire du Dauphiné. — Jule» OlHvier, Estais historiques sur la ville de Valence. — L’Art de vérifier les Dates. — Pilol , fiecherches sur les Antiquités dauphinoises. — Annuaire statistique de la cour royale de Grenoble, pur Pik)t.

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6â DAI'PHINÉ.

ivpulnlion, et ses trnubadnurs et ses trouvères trouvaient toujours raecucil le plus flatteur diez les empereurs et les princes d'Allemagne.

En 1133, le comte de Graisivaudan, Gurgues-Daupliin, alors en guerre avec l’arclaMèque de Vienne, brûla l'abbaye de Saint-Barnard, ainsi que le bourg de Homans, dont les bourgeois s'étaient ouvertement déclarés pour l'aivlievèque. l«\s celte époque, les Romanais résolurent d'enfermer leurs babitations dans une bonne enceinte fortifiée, mais il ne leur fut possible de réaliser ce projet qu’en 1101, à cause de l'opposition constante de Guigues-Daupbin et de son successeur Guignes V. Au milieu du xin' siècle, leurs intérêts ayant cbangé, ils fournirent des renforts au comte de Valentinois, atin de secouer avec son aide le joug des cbanoines de Saint-Barnurd et de réaliser ainsi complètement leur émancipation ; mais bientôt, se voyant environnés d'ennemis puissants, ils condurent, pour conserver leurs franebises, un arrangement avec l'archevêque de Vienne, dont ils reconnurent tous les droits, entre aulri-s celui de prendre h crédit dans la ville les provisions nécessaires à l'entretien de sa maison. I.es bourgeois, de leur cAté, furent maintenus dans tous leurs privilèges : un des plus curieux était celui qui, dans les ventes de maisons et de fonds de terre , conférait aux parents, jusqu'au troisième degré, la préférence sur tous les autres ac(|uéreurs, moyennant le même prix.

Depuis de longues années, cependant, les Dauphins de Viennois convoitaient la possession de Homans. Humbert H, voulant se ménager une entrée dans la ville, s'était fait recevoir chanoine à l'abbaye de Saint Barnard (1338). Après une guerre assez courte que 1rs Homanais eurent l'imprudence de commencer, et durant laquelle Humbert fut excommunié par l'arcbevêipie de Vienne et par le pape, ce prince s’empara de Homans (13'»2j; il s’en fit ensuite accorder par Clément VI la moitié de la juridiction qui appartenait au Saint-Siège, et la ville et son territoire furent réunis nu Dauphiné (13W|. Ce fut à Homans, comme on sait, que Humbert II publia le statut delpbinal (IV mais l.T»9i. En 136fi, l'empereur Charles IV exempta les habitants de cette ville, qu’il visibi peu de temps après, de tous péages, soit par terre, soit par eau, sur les terres de l’Empire. Du reste, la commune n’avait point encore cessé sa lutte contre l’arcbevê(]ue de Vienne qui, en 1V37, lança un interdit général contre les habitants. A cette époque. Romans avait atteint l’apogée de sa puissance, puisque le Dauphin, depuis Louis XI, y résida d’ordinaire pendant tout le temps de son séjour en Dauphiné (1 V'iO-lV53).

Les doctrines de Calvin séduisirent de bonne heure les Romanais; ils refusèrent, en LIGS, l’entrée de leur ville au gouverneur de la province, Maugiron. Les catbnliques en formèrent le blocus, au mois de mars 15G8, mais ils l’abandonnèrent presque aussiirtt, la paix ayant été conclue quelques jours après. Henri III y présida en personne les états de la province, le 15 janvier 1.575 ; et Henri IV, le 15 février 1590, y transféra le parlement et les autres cours judiciaires de Grenoble, occupée alors par les Ligueurs. Pendant la guerre contre le duc de .Savoie, Saint-Fériol, un des ofliciers du roi de France, chassa le comte de La Roche de la citadelle qu’il fit raser (1597). L’assemblée des trois ordres, tenue à Vizille,en 1788, s'ajourna au mois de septembre dans la ville de Homans; les

ROMANS. -SAINT- MA RCELU N — MONTÉLI MAR.

députés que le ministère , pour leur faire opposition, avait convoqués suivant Tandennc division par bailliages, s’y rendirent aussi et y délibérèrent en commun avec ceux des trois ordres.

Romans, aujourd'hui ebcf-lieu de canton de l'an-ondisscment de Valence, renferme prés de 10,000 âmes. l.a ville, propre et bien bûtie, est située dans une jolie plaine, sur la rive droite de l'Isère, que l’on y passe sur un très-beau pont de pierre communiquant avec le faubourg du Péage. Elle rappelle, dit-on, Jérusalem par la distribution et par le site : ce qui donne lieu à cette illusion, c'iïst le Oilvaire, élevé sous François 1". Romans, d'après Hesscin, avait à peine 4,.i00 habitants, avant lu révolution; c’était le chef-lieu d'une élection et le siège d’utie justice royale.

La consécration de l'église de Saint-Marcellin ivst le premier souvenir qui se rattache à l'histoire de celte ville; elle eut lieu le 19 mars 1119 et fut faite par le pu|H* Calivte II. En 1340, le dauphin Humbert convoqua à Saint-Marcellin les principaux châtelains de ses terres, pour de la marcher contre l’évéque et le comte de Valence, auxquels il avait déclaré la guerre. Le baron des .\drels emporta la place d’assaut et la livra au pillage, en 1562; les catholiques la surprirent en 1506 ; elle tomba tour à tour, ensuite, entre les mains des ligueurs et du duc de Lesdiguières. En 1567, elle avait en quelque sorte été le pivot des manœuvres exécutées par les armées des deux partis. Après la fuite d’Ornano à Voiron, le conseil général de Grenoble convoqua les consuls des autres villes du Dauphiné h Saint-Marcellin, pour y délibérer sur les conditions qu'Ornano mettait à sa rentrée dans la capitale : celte assemblée eut lieu le 18 juin 1589.

Voilà tout ce que nous avons pu recueillir sur Saint-Marcellin. Cette petite ville, Tune des trois sous-préfectures du département de l’Isère, ne l•enferme guère plus de 2,900 habitants, sur 86,173 que Ton en compte dans l’arrondissement; elle est dans une situation charmante, au pied d’une colline couverte de vignobles qui produisent d'excellent vin : on y trouve de belles fontaines et une promenade publique très-agréable.

line opinion généralement accréditée, et dont la vraisemblance parait basée, du reste, sur l'inspection du terrain, sur la position même de la ville, ainsi que sur la découverte de plusieurs antiquités romaines, attribue la fondation de Montélimar à des bateliers du Khéne appelés utraculani, parce qu'ils transportaient dans leurs barques les vins du pays enfermés dans des outres. Cette colonie reçut d’eux le nom A'Virnculnm , que l’usage corrompit bientôt en Acutum, et ensuite en Acunum, confondu à tort par le géographe d’Anville avec \' Acusium ou Acusion, dont parle Ptolémée. Acunum se trouvait sur la grande voie, entre Valence et Oronge; on peut le voir mentionné dans tous les anciens itinéraires, dans toutes les vieilles cartes. Quoi qu’il en soit de cette origine et de cette étymologie, sur laquelle nous hésitons à nous prononcer, le nom d' Acunum avait disparu depuis déjà bien des années, lorsque apri-s la mort de Rodolphe lil , dernier roi de Bourgogne, le comte d’Albon, Guigues-le-Vieux, commença d’usurper le temporel des évévpies de Grenoble j 1940). .Montélimar portait alors le nom latin de Munlilium,

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et relevait de IV’glise de Valence ; mais ce nXait encore qu’une ville aussi obscure qu’elle l'avait été sous la domination des Romains, des Fraiiks et des princes de la maison de Ilourgogne. Elle appartenait toutefois, et depuis longtemps, à des seigneurs partieuliei's, lesquels se transmettaient de père en fils le prénom patronimyque d'Adhémar. On l’appelait par habitude, en langue vulgaire, U Monteitdcj-Adhèmart : d’oÙ, par contraction, Slonteit-Aimar, et enlin Montélimart ou Moutélimar.

Dt's cette époque, le Monteil-des-Adhémars forma, avec Briançon, Champsaur et Pont-cn-Royans, une des quatre grandes seigncuiics du Dauphiné, et scs seigneurs le qualilièreiit de bonne ville. En 116V, l'un d’eux, Giraud-Adhémar, obtint de l'empereur Frédéric une bulle qui lui en assurait la possession indépendante. Ses successeui’s , Giraud II et Ijimbert-Adliémai-, s'engagèrent en 1198 envers les habitants à n'exiger d'eux aucune taille, taxe ou quête, contraires à leurs droits et à leurs franchises ; preuve que la >ille jouissait antérieurement de certains privilèges, sur lesciuels il nous a été impossible de découvrir le moiialre détail. Tout ce que nous savons, c'est (|ue le domaine des siies de Munteil était considérable ; ils avaient sous leur mouvance des liefs assez nombreux, pour lesquels plusieurs gentilshommes, leurs anciens compagnons aux croisades, leur rendaient hommage. I.a souveraineté pailiculière de Monteil dura jusqu'à la lin du XIII* siècle. Giraud III et Hugues, étant tombés dans la disgrâce de l'Empire, furent dépouillés de leurs États par Rodolphe de llapsbourg, qui les inféoda, en 1289, au dauphin de Viennois, Humbert II. Gelu'r-ci, n’osant rompre avec la cour de Rome et avec l'évèque de Valence, dont Hugues s’était déclaré feudataire, ne lit point valoir la donation impériale par lu force des armes, se contentant de la simple formalité de l’hommage, à laquelle accéda son nouveau vassal. Celte cérémonie n'en parut pas moins blessante à l’orgueil des descendants de Hugues ; car, en 1372, les deux co-seigneurs de Monteil, Giraud IV et Gautier, refusèrent péremptoirement de s'y soumettre. Après avoir en commun fortifié et entouré la ville de nouveaux remparts, ils se désunirent; mais persistant dans leur haine de toute sujétion, l’un et l'autre renoncèrent à leur héritage plutét que de consentir à relever des Dauphins. Giraud se dépouilla en faveur du pape, et Gautier en faveur du comte de Valcntinois. Le pape et le comte profitèrent des troubles du pays pour asseoir leur autorité. Queh|ucs années après, cependant, le comte transporta tous ses droits au dauphin de France, Charles, qui se trouva maître ainsi d'une moitié de la ville, et acquit l’antre moitié du pape, en 1H7.

Les habitants de Montélimar furent les premiers prosélytes de Calvin dans le Dauphiné. Les religionnaires y assemblèrent les états de la province en 1562 ; ils l’arrachèrent aux catlioliqucs en 1567, et dévastèrent les églises , dont les matériaux servirent aux fortilications de la place. L’amiral de Coligny, après la bataille de Moncontour (1569), vint y mettre le siège, et fut repoussé par les femmes elles-mêmes, à la tête desquelles se trouvait une seconde Jeanne Hachette, nommée àlurgot Délaye. I41 réponse résolue des habitants à l'amiral, qui les sommait de capituler, « fut imitée par les autres pinces des environs , et passa en proverbe, n dit Expilly, « .sous le nom de chanson de Monlélimarl. » En 157i , le secrétaii'e d'État Villerni assista dans cette \ille à des conférences où la Cour

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