‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 19 sur 120 · ROMANS — SAINT-MAROÆLLIX — MONTÉLIMAR · texte numérisé non relu

ROMANS — SAINT-MAROÆLLIX — MONTÉLIMAR

devait traiter de la paix avec Moiitbrun. 1^ gouverneur de la province, de (iordes, y mourut le 21 février 1578; Ixsdiguiéres s’en empara en 1585. Deux ans après, les ligueui's et les protestants s’en disputèrent la possession avec l’aehanieinent le plus terrible, et rinondèreiit d'un torrent de sang ; les calvinistes, qui s' étaient maintenus dans la citadelle, flnirent cependant par rester maîtres de la place tl5 et 18 aoiU 1.587).

De cette époque jusqu’au xix' siècle, nous ne trouvons dans les annales do .Montélimar aucun fait qui nous semble digne d’étre rapporté. I.e duc d’Angouléme, pendant sa courte campagne de 1815, entra dans cette ville, le 1" du mois d’avril, à la tète des 58' et 83* régiments de ligne, de trois mille volontaires mai'scillais et de six pièces de canon Iæ vicomte d’Escars, commandant de son avant-garde, y avait été, la veille, attaqué sans succès parle général Debolle. I.e prince marcha immédiatement sur Valence, où il entra, le 3 avril, après l'engagement du pont de la Drôme, dans leviuel les détachemcnt.s impériaux, en trop pr'tit nombre, furent contraints de se replier devant lui. I.e 1 , il se dirigea vers Romans, et se saisit du pont de l’Isère. Menacé bientôt par les volontaires du Lyonnais et de la llourgogne, (|ui se portaient en masse à sa rencontre, il évacua Romans et Valence ( 5 , ti et 7 avril t , et repassa , le 8 , par .Montélimar, continuant sa retraite sur le l’onl-Saint-Esprit.

Montélimar, ville du bas Valentinois, était, avant 1789, le siège d’une sénéchaussée et le chef-lieu d'une élection, l’.’est aujourd'hui l'une di-s trois souspréfectures du département de la Drôme; elle a un collège communal, et sa population , qui autrefois n’atteignait pas même le cbilTre de 5,000 .Imes, s’élève actuellement à 7,820 habitants : l’arrondissenient en compte 05,089. Iji ville est située au confluent du Roubinn et du Jabron , sur la pente d'une colline couronné); de vignobles A sept lieues à peu près de distance, on trouve la petite ville )le (irignan , célèbre par le ehôteau qu'y habita madame de Sévigné.

Les principaux établissements industriels de Montélimar sont des maroquineries très-renommées, des fabriqu)»s de serge et des Glatures de colon; les habilanis font le commerce de la soie ouvrée et en trames, des gixiins, des farines, des légumes et des huiles d'olive et de noix. Romans a des fabri(|ucs de bas de soie et de fdoselle, de draps, de serges et de ratines; Saint-Marcellin, des fai’enceri)‘S et des lilatures de coton. Ixs laines, les chanvres, les bestiaux, les pelleteries, les toiles, les huiles et les vins, constituent les branches de commei-ce de ces deux villes. 5Iontélimar a donné le jour au célèbre jurisconsulte .V. de Ilunj, a Aymar de Pontuijiiiny, poète du xvi* siècle, et à Daniel C/iamier, minisire protestant théologien de la même époque. L’infortuné comt); de Lall/j-TalIrndal , décapité le 6 mai 1700, était originaire )lc Romans. Saint-Marcellin a vu naître Aymar Duriraii, auteur d’une histoire manuscrite des Allobroges, écrite en latin. '

I. Géoyraphies Ploléniée, üe SIrubou cl de (l’Auvilii*. — lUiorier, Hûtoirf du Dauphiné. ~ Valtxjiinais, Histoire du Dauphiné. — L. \idel, Vie du eounestabte de Lesdiguiêret. — Pilot, Histoire de Grenoble et Berherches sur les Antiquités dauphinoises. — VaidalielU' , Histoire des deux Restaurations. — Annuaire statistique de la cour royale de Grenoble, {>ar Püot.

DIE. -- SAINT- PAUL-TflOI8-CHATEAUX.

L'Uiiiéraire d'Anlotiin et les Tables de Peutinfçer font mention de Die, l’une des trois principales cités des Voconces, Dia ou Dra I oeontiuriim . Sans nous arrêter à l'opinion de ceux qui prétendent qu'elle a été bAtie par des l’Iiocécns de Marseille, nous croyons cependant que son existence était déjà fort ancienne lorsque l’empereur Auguste y fonda une colonie {ro'onia Den Avgiisla], l'an 31 niant Jésus- Christ. Die, comme l'attestent d'ailleurs plusieurs marbres ou fragments de mosaïque et divers monuments de construction romaine, découverts dans son enceinte ou aux environs, avait un cirque, une palestre, un aqueduc, un collège de prêtres augusiaux et un temple de Cybèle, desservi par des flamineset des flnminiques. Son nom de Dra lui venait de celte déesse elle-même ( Dea lUaxima), et nullement, comme l’aRIrmc Adrien de Valois, de Uvie femme d'Auguste, mise ainsi que lui nu nombre des divinités protectrices de l'empire. Les habitants avaient conservé leurs luis et leurs privilèges ; le plus précieux consistait à choisir eux-mêmes leurs magistrats. La ville jouissait , en outre , de tous les droits attachés au titre de colonie augustalc ; elle s'était enrichie par le commerce des ouvrages en cuivre qu'on fabriquait dans ses murs, et avait pris enfin le rang de métropole des Voconces. Toutefois , il n'est pour la première fois question de Die dans l'histoire , que vers les dernières années du règne d’Antonin. De la domination nimainc elle passa aux rois franks, et ensuite aux princes bourguignons. Les empereurs d'Allemagne ne purent y faire reconnaître leur autorité, pas plus que dans les autres villes du royaume de Bourgogne que leur avait légué Rodolphe 111, le dernier de ces princes. L'évêque, car il y avait un siège épiscopal dont l’éreo tion datait du ii,* siècle, se saisit, à cette époque, de la ville et de tout le territoire compris sous sa dépcmdance, tandis que le reste du üiois tombait aux mains du seigneur ou comte qui en avait le gouvernement (1032-lOkO). De là des rivalités et des conflits de pouvoir, cause incessante de disputes et de guerres auxquelles ne put même mettre un terme, en 1189, la mort d'Isoard II, dernier comte de Diois. l.es hostilités entre l'évèque et le comte de Valentinois , que Raymond comte de Toulouse avait investi du fief vacant de cette province, cessèrent néanmoins, en 1201 , grâce à l’intervention du Dauphin de Viennois, Guigues-André, dont le prélat avait imploré l'assislance.

Mais aux querelles du dehors succédèrent bienlAt les querelles du dedans. Le peuple réclama vivement ses privilèges, sur lesquels les seigneurs ecclésiastiques avaient toujours empiété et, comme on lui opposait une injuste résistance, il se souleva et massacra l’évèque Humbert , à l'une des portes de la cathédrale appelée depuis la porte rouge (3 septembre 1222). Le comte de Valentinois profita de cet

1)1E. -SAlNT-PArL-TROIS-CHATEAl'X.

événement pour entrer de nouveau en lutte ave<' l'église de Die. Sur ces entrefaites mounit l’évéque Amédée de Gcnèvre, et le pape Grégoire X, voulant couper court à ces éternelles contestations, réunit son Église à celle de Valence (-22 janvier-27 septembre 1-275). Dès lors, le chapitre fit cause commune avec les habitants; ils forcèrent ensemble le titulaire des deux évéchés à confirmer leurs privilèges (1291 ]. L'année d'après, nouveau soulèvement du chapitre et du peuple : cette fois, il s'agit d'expulser les officiers épiscopaux, dont l'administration est devenue odieuse à chacun. Le peuple démolit leurs maisons ; les troupes du chapitre emportent le château de Chamaloc , et arrêtent à Montmor l'official de l'évèque, qu'elles avaient poursuivi de cris de mort en ameutant sur leurs pas les gens de la campagne. La médiation du prince d'Orange put seule prévenir une entière rupture : ii fut stipulé que l'évèque élirait deux nouveaux juges principaux, le courrier et t official, afin d'informer contre les auteurs de l'insurrection, mais que ces détégués respecteraient les privilèges et coutumes de la ville ( 1293).

Les Dinis recommencèrent bientôt, néanmoins, leurs entreprises contre le pouvoir épiscopal ; le chapitre se sépara d'eux, en cette occasion, et l'évèque eut retours au Dauphin de Viennois, Humbert I" (1295). Lassés enfin de ces agitations continuelles, les chanoines et les habitants se rapprochèrent et confondirent leurs Intérêts. 1.0 8 février 1377, Guillaume Chaillol, chanoine de l'église de Die, prêta en leur nom hommage au pape Grégoire XI, entre les mains de Guillaume Roger, gouverneur du comtat venaissin ; cette suzeraineté temporelle des papes dura jusqu'à leur départ d'Avignon. N'e.spérant plus alors aucun secours immédiat de la cour romaine, le chapitre et le peuple de Die se placèrent sous lu protection du Dauphin roi de France, Charles VI (7 août 1398). Malgré cet accord, l'ancien comté de Diois ne fut réuni nu Dauphiné, avec celui de Valentinois, que le 11 août IVOl; et quarante-un ans après, le duc de Savoie céda, pour trois mille écus, au Dauphin Louis, tous les châteaux qu'il possédait encore dans ces deux comtés (3 avril 1445).

Pendant les guerres de religion. Die, attaquée tour à tour par les protestants et les catholiquM, eut beaucoup à souffrir de la violence des deux partis. Ses environs furent le théâtre de plusieurs combaU, un entre autres dans lequel les catholiques > battirent leurs adversaires et liront Montbrun prisonnier (mars 1575). Les calvinistes s'emparèrent de Die, en 1577 ; ils évacuèrent la place , puis la reprirent en 1.58.) et rasèrent foutes les fortifications. La paix, la liberté de conscience! y développèrent à un haut degré l'industrie et le commerce, jusqu'au jour où la révocation de rédit de Nantes comprima pour jamais l'essor de cette prospérité industrielle, en diminuant de moitié le chiffre de la population. I.e pape Innocent XII, à la demande de Louis XIV, sépara, en 1692, l'évêché de Die de celui de Volence, qui n'avait eu qu’un seul titulaire durant plus de quatre cents ans.

Die, autrefois capitale du Diois, dans le Bas-Dauphiné, et siège d'un bailliage, est aujourd’hui l'un des trois chefs-lieux de sous-préfecture du département de la Drôme : on y compte 3,924 habitants ; l'arrondissement en renferme 66,056.

La ville s'étend sur la rive droite de la Drôme , au milieu d'une vallée fertile ceinte de montagnes agrestes ; on n'y pourrait citer que deux monuments dignes de ce nom ; l'ancien palais épiscopal , et l'église cathédrale où l’on remarque

08 DAirPHINÉ.

plusieui's colonnes de f;ninit qui ont appartenu au temple de Cybèle. Non loin de la ville s'élève le mont de Haut-Gras, Hons de alto gradu, d'où les Romains extrayaient cette sorte de pierre blanchAtre sur laquelle ils ont cxé<-uté différents ouvrages de sculpture.

Saint-Paul-Trois-Chèleaux, jadis capitale des Tricastins ( Tricaslinum et ensuite Augusta Triraslinorum , lorsque l'empereur Auguste y eut établi une colonie), était, avant la révolution, la seule ville du Tricastinois, dans le Bas-Dauphiné, et le siège d'un évéché suffragant de la métropole d’Arles. Cette ville, qui conBne au comtat venaissin, est située sur le penchant d'une colline. Elle fait partie de l'arrondissement de Montélimar et contient h peine 2,100 habitants. On y a découvert plusieurs restes d'antiquités, des bas-reliefs, des mosaïques et des colonnw. Le seul de ces monuments encore debout est l'une des trois vieilles portes, celle de t'an-Jou, ainsi appelée probablement à cause du voisinage d'un temple de Jupiter, fanum Jovis.

C'est à Augusta Tricastinorum qu’on fabriquait ces lames de cuivre poli qui servaient de miroirs aux Romains. Ses richesses étaient considérables ; elles éveillèrent la cupidité de Crocus, qui, selon le témoignage de saint Jérftme, la ravagea vers la lin du ni' siècle. Les Sarrasins la mirent à sac en 730; et les calvinistes, dans le cours du xvi' siècle, minèrent toutes ses églises.

L’érection de l’évéché A' Augusta Tricastinorum passe pour antérieure à l’an 300. La ville quitta, au v' siècle, son nom romain pour prendre celui de Saint-Paul , son évêque , et l’oq y joignit la désignation de trois petits foi-ts ou cliAteaux « qui couvraient, dit-on, sa principale avenue, n Les évêques de Saint-Paul-Trois-Cbâteaux se distinguèrent, d’ailleurs, par un véritable esprit de justice et de modération. L'empereur Frédéric-Barberousse leur confirma en 1 179 les droits régaliens qu'ils avaient usurpés sur la ville et son territoire : ils furent pourtant obligés trèssouvent de se soumettre aux comtes de Toulouse, afin de maintenir leurs prérogatives, qu’ils ne réussirent à consen er que jusqu’au commencement du xv' siècle. Le dernier de ces jirélals souverains, Déodat Lestang, incapable de résister avec avantage aux compagnies bretonnes qui désolaient le Tricastinois, se reconnut va.ssal du dauphin de France, depuis Charles VU , et la ville, avec toutes scs dépendances, fut réunie dès lors au Dauphiné 1 1107-1A08I.

Die et Saint-Paul-Trois-ChAleaux possèdent des fabriques d’étoffes de laine et des niaturcs de coton; il y a de plus, à Die, des teintureries et des moulins à foulon : les habitants se livrent à l’élève des vei-s à soie, et font le mmmerce des vins blancs mousseux de son territoire. Die a donné le jour à Jacques Avond, poète du XVI' siècle; Saint- Paul-Trois-t’hâteaux, à Raymond d" Agiles, historien de la première croisade : R iimundi de Agiles Hisloria l'rancorum qui ceperunt Jlierusatem , ouvrage inséré par Jacq Bongars dans le Gesla Dei per Francos. '

1. VHinéraire d'iln/onin. — Les Tablei de Peutinger. — Géographie de Stral>un. — Adrien de Valois, /Votitia Gatliarum. — VnlbonnaiSf Histoire du Dauphiné. — Pilul, Pecherehes sur tes antiquités dauphinoises. — Annuaire statistique de la cour royale de Grenoble, |»r Pilot.

RÉSUMK.

AGRICHI,TIIRK. — I.NDUSTRIK. - COMMKRCE. — f.ARACTkRK. MOEl HS. — IDIOME. — AMIQlilTÉS.

Le sol du Dauphiné, d'une nature Iri'S-variée, se prête à tous les genres de culture. Fertile dans 1a plupart des vallées et dos plaines, il est généralement peu productif dans les parties montagneuses ; néanmoins cette province possède de nombreuses terres arables où croissent des céréales de toute espèce; elle est riche en prairies naturelles et artificielles; elle produit du chanvre, du pastel et des vins extellents dont les plus renommés sont ceux de Côte-Rélie, de l'Ermitage, de Saint-Peret, etc. Le mûrier, qui s'y est beaucoup multiplié, permet aux habitants d’élever une grande quantité de vers à soie. On y cultive l'olivier avei- succès, dans plusieurs des cantons méridionaux. Cette contrée produit encore de belle térébenthine et des truffes aussi estimées que celles du Périgord ; elle fournit en abondance des minéraux, des marbres, du porphyre, du cristal de roche, de l'albitre, de l'amiante, etc. On y exploite des mines de houille, de vitriol, de cuivre, de plomb, de fer; on y trouve aussi des mines d’argent, dont la plus remarquable est celle d'Allemont. Les montagnes du Dauphiné sont généralement très-boisées; elles offrent des forêts de chênes et de sapins qui fournissent d'excellents bois de construction ; il y croit des cliêtaigniei s dont les lieaux marrons sont connus sous le nom de marrons de Lyon. Ces monbignes abondent en gras et vastes pAturages, où de nombreux troupeaux paissent durant plusieurs mois de l'année. Elles sont en général cultivées jusqu’à la hauteur de mille à orne cents mètres au-dessus du niveau de la mer et quelquefois même au (jeià- En un mot, le Dauphiné est une des piovinces de Frame où l’agriculture a fait le plus de progrès, et cet avantage, elle le doit moins à ia fertilité et à la diversité de son sol qu'au génie industrieux de ses habitants.

Il y a dans le Dauphiné un grand nombre d'usines, des aciéries, des établissements métallurgiques pour l'afniiage du cuivre, le laminage du fer et du zinc et pour la moulerie des fontes; des verreries, des fonderies, des fabriques de fils d’or et d’argent et de fil de fer; des tanneries, des manufactures de papier, des fabriques de sucre de betterave, d'étoffes de soie, de draps, de toiles, d'indiennes, des filatures de coton, etc. On y fait aussi des liqueurs et des fromages excellents. Ces divers produits forment, avec la ganterie, les céréales, les huiles et les vins, les principaux objets du commerce de celle contrée.

Les Dauphinois sont vifs et intelligents; leur caractère est ardent et irascible ; ils passent pour être fins et rusés, mais au fond ils ont de la bonhomie et de la douceur. Polis, affabies et hospitaliers envers les étrangers, ils se montrent tendres et constants dans leurs affections de famiile. Ils sont d’humeur sociable et aiment les plaisirs; ils sont actifs, laborieux, patients, industrieux. Connus

70 Dauphiné.

dans tous les temps par leur courage et leur amour de la liberté, ils ont fourni à toutes Im époques de braves soldats et des généraui habiles. I.es montagnards dauph'nois ont des mœurs beaucoup plus tranchées que les habitants des plaines; on trouve cher eui des usages qui méritent d'étre connus. Leurs fêtes patronales, nommées vogues, comme dans le reste de la province, ont une physionomie fort originale. Elles sont dirigées par une sorte de maître des cérémonies qui est élu sous le nom d'alibé; c'est lui qui en a la police; il porte pour insignes de sa dignité une canne, des rubans, et de la poudre dans les cheveux. Ijb matin du jour où la fête doit être célébrée, il se rend, escorté du ménétrier et {le quelques amis, dans chaque maison où il y a des lllles à marier, pour les inviter à la danse, et chacune d’elles attache un ruban à sa canne. I.'ubbé exerce pendant toute la fête une sorte de dictature sur toute la jeunesse du village. Le jeune homme qui recherche une fille en mariage se présente chez elle, accompagné d'un entremetteur qu'on nomme chat de maraude (tsa maraude). S'il en reçoit un bon accueil, il revient au bout de huit jours, et courtise la jeune fille, laissant à l'entremetteur le soin de régler avec les parents les conditions du contrat. Le soir venu, il est invité A manger une bouillie. Le degré d'amour qu’il inspire à la jeune fdle, se mesure à la quantité de fromage rApé dont elle saupoudre le potage qu'elle lui sert. Veut-elle faire connaître au galant qu'elle rejette sa demande, elle lui glisse dans la poche quelques grains d’avoine. Si, malgré ce premier avertissement, il retourne a la charge, elle lui présente, {mur l’éconduire définitivement, un tison dont elle tourne \ers lui le bout qui n'est pas allumé. Une Pdle se marie-t-ellc hors de son village, les garçons s'arment de pistolets ou de fusils et brûlent toute leur poudre en son honneur; puis ils s’en vont se régaler dans un cabaret aux frais de l’époux. Lorsque celui-ci emmène sa femme , les jeunes gens des villages par où il doit passer, attendent le couple sur la route et lui offrent de la liqueur et des noix confites. Souvent même ils tentent d’enlever l’épousée pour forcer le mari à leur payer une rançon; ce qui occasionne quelquefois des rixes sanglantes

I..es cérémonies funèbres présentent aussi quelques particularités remarquables ; elles sont suivies d’un repas auquel prennent part les parents, les amis et les voisins du défunt ; la viande en est proscrite, et l’on n'y sert que du riz et du pain de boulanger qu'on nomme du ponhpo Datis quelques localités, on porte au cimetière une outre pleine de vin, et , après l’inhumation , on retourne A la maison mortuaire où l'on continue les libations, qui dégénèrent souvent en orgie. Ailleurs, on dresse des tables autour du cimetière ; celle où doivent s'asseoir le curé et la famille du défunt est placée sur la fosse même. Le repas fini , le plus proche parent prend son verre et boit à ta santé du pauvre mort; ce qui est répété par tous les convives. Dans les vallées du Dauphiné, où la terre gèle trop fortement pour pouv oir être creusée, on suspend dans les greniers et sur les toits les cadavres des personnes qui meurent en hiver, et ils y restent juseju'au retour du printemps.

Il existe de touchants usages dans l'arrondissement de Briançon : les veuve* et les orphelins jouissent du privilège de faire faucher leurs prairies trois jours avant tout le monde, et les faucheurs ne peuvent leur demander que la nourriture. S'ils ont des nutisons A réparer ou à reconstruire, le transport des matériaux

est Tait gratuitement par les auUvs liabitants. l'ii villageois tombe-t-il malade au temps de la révolté, on fait sa moisson sans exiger ni salaire ni nourriture. Si une vacbe ou un mouton vient à périr dans un pâturage, la perte est répartie entre le propriétaire et tous les babitants. De la partie du Daupbiné qui forme le département des Hautes-Alpes, il émigre cbaque année environ quatre mille personnes qui vont cherrber, loin de leurs montagnes, des moyens d'existence. Ils partent dans les premiers jours d'octobre cl ne reviennent qu’au commencement de juin. Ils exercent une foule de petites industries ; les uns se font marchands colporteurs ; les autres rémouleurs, décrolteurs, commissionnaires, etc.

Le patois du Dauphiné est un reste de l'ancienne langue des Allobroges. L'idiome des campagnes offre encore un grand nombre de termes cl de tournures de phrases qui dérivent évidemment de la langue celtique ; mais dans l'idiome des villes, b» mots latins et français dominent. Il est à remarquer que la langue primitive est beaucoup plus mélangée de mots latins dans les parties basses de cette province que dans le voisinage des montagnes oi'i la domination romaine fut plus lente à s'établir. Il cxi.sic quelques ouvrages imprimés en jvatois dauphinois; le plus connu est la pastorale et tragi-comédie de Janin; le sujet en est emprunté aux aventures de la Lhauda (Claudine Mignot), belle paysanne dauphinoise, qui, veuve de M. d'Amblérieux et du maréchal de L'Hôpital, épousa Casimir, roi de Pologne, ün connaît aussi la jolie chanson du mois de mai, écrite en patois dauphinois : Veci /ou tlju/i iné de moi, etc.

Les monuments celtiques qu'offre le Dauphiné, sont en petit nombre et de peu d'importance ; ils consistent en quelques pierres brutes appelées indifféremment pinr» aux /ces, menhirs ou peulvans. line des plus nemarquables , est la pierre dcâout du plateau de Guilicstre ( Hautes-Alpes). Il en existe une autre, dans le canton de Meyzieu , â cinq lieues au nord de Vienne , sur les limites des communes de Décine et de Vaulx-en-Velin ; elle est connue, dons le pays, sous le nom do pierre /rite. Mais, si le Daupbiné est pauvré en monuments gaulois, il i-enferme, en revanche, une foule d'antiquités romaines. On trouve , dans la Drôme , les traces de deux voies militaii'cs qui traversaient le poys. Près de Die, se dessinent au milieu des montagnes les restes d’un aqueduc antique. Deux tombeaux romains, parfaitement conservés, ont été découverts dans les environs de Saint-Jean-en-Uoyans. Le Dauphiné offre, en outre, dispersés çâ et lâ, des restes de temples , d'aqueducs , de thermes , des tronçons de cokvnnes , des fragments de sarcophages, d’autels votifs, des mosaïques , des bas-reliefs , des statues, des vases, etc. Toutefois, la découverte la plus importante qu’on ait faite dans cette province, jusqu’à présent, est la cité de iUoni Sn/eucut, près de la Bâtie-Mont-Salçon (Hautes-Alpes). Cette ville, qui parait avoir été considérable, a été détruite par une cause que l’on ignore. Des traces de nombreux édifices s’y montrent de toutes parts, et l'on y a découvert plusieurs rues aboutissant à une grande place et à un temple. Enfin, on rencontre au.ssi dans le Dauphiné, surtout du côté du Rhône, depuis Villeurbanne jusqu'au pont de Beauvoisin, un grand nombre de lumuli.

Le Dauphiné est rouvert de monuments et de ruines qui appartiennent ou moyen âge. Parmi les châteaux forts les plus remarquables, il faut citer relui de

Beauvoir, dans les en\iroiis de Saint-Mam-lliii , celui de Bayai'd sur la rive gauche de liséré, et relui de Urignan, qui fut habité par l’empereur Frédéric Bnrbcrousse, et où mourut madame de Sévigné. ,\u milieu d'un bois, prés d'Aneyron, on distingue encore les v<;stiges du chAleau de ^lautaille, où su réunit, en 879, le concile qui donna à Boson la couronne de Bourgogne, au préjudice des enfants de Louis-le-Bégue ; et non loin d’.AIbon, les ruines d'un antique chAtenu , qui, en 730, lors de la prise de Grenoble par les .San-asins, senit de a-traite auv comtes de Graisivnudaii. Quant aiu édifices religieux, nous en avons parlé dans iM)S notices sur les villes; le plus important est, sans contredit, la magnifique cathédrale de Vienne.

On ne peut guère parler du D.iupbiné sans en mentionner les sept merveilles qui, presque toutes, se réduisent à fort peu de chose ; ces merveilles sont la Manne de Brian^-on,la Fontaine d’Abondance, les Guvesde Sassenage, la Tour sans Venin, la Fontaine V'ineiise, la Montagne Inaccessible et la Fontaine Ardente. I.a .Manne de Briançon est une espèce de résine qu’on recueille sur l'écon'e des mélèies et de quelques autres arbres des montagnes. I.a Fontaine d'Aliondance, ruisseau du Briançonnais, présage, dit-on, la fertilité de l'année parla crue de ses eaux. Deux tiuus ronds et peu profonds, creusés |iar la nature dans une caverne située pix'-s de Sassenage, forment les deux fameuses Cuves de ce nom; d’apri“s les ancieniH» croyances du pays, ils se remplissaient d'eau, chaque année, au Jour des Bois. I.a tour sans Venin, bAtie par lloland, à ce qu'assure In tradition, est une vieille ruine située sur la rive gauche du Drac, à une lieue environ de Grenoble.* Elle avait été construite auprès d'une chapelle dédiée A saint Vérain, dont on a fait plus tard, par corruption. « sans venin, » ce (pii a fait naître le préjugé populaire qu'aucun animal venimeux ne pouvait y subsister. Une source ferrugineuse, qu'on voit au village de Saint-I'ierre-d'Argenson, dans les llautes-.VIpes, et qui tire son nom de la saveur acide de ses eaux, n donné lieu à la fable de la Fontaine Vineuse. Iji Montagne Inaccessible ou mont de l'Aiguille, à deux lieues et demie lie Die, est un rocher fort élevé qui n passé pour être inaccessible jusqu'en H92 : un gouverneur de Montélimart parvint alors à en escalader la cime pour complaire à Cliarles VIII. lu Fontaine Ardente, située à quatre lieues de Grenoble, doit son nom au bouillonnement continuel de ses eaux, et aux flammes qui s'en échappent lorsqu'on en remue la vase. On peut encore compter, avec plus de raison, parmi les curiosités naturelles du Dauphiné, la grotte de la Balmc, située près du village de ce nom, sur la rive gauche du Bhône, à trois lieues de Crémieu; c'est une des plus belles grottes à stalactites qui existent en France. Les grottes de Saint-.Naiaire-en-Hoyans, de Pialoux, des Solores, de Donzères', sont aussi fort remarquables. On trouve encore dans le Dauphiné plusieurs sources d'eaux minérales: celles d'Uriage attirent annuellement un grand nombre d'éti'angers. '

1. Expllij, Dictionnaire dee Gaules. — {.^iJouceUe. Piiol, Antiquités Dauphinoises et Annuaire de la Cour royale de Grenoble. Jules OIUvUt. — b’ilaiisscz. Voyage dans VIsére.

Page 1