PRINCIPAUTÉ D’ORANGE
DESCRIPTION (ÎÉOGRAPIlKjüE. — HISTOIRE GÉNÉRALE.
Ce ii'est pos sans motif que, tout en les l'éunissant sous un mi'me tilre, nous désignons rependant sous un nom difTérent les deux comtés dont .Avignon et Carpentras otit été les capitales. Quelques géographes et quelques historiens ont . en effet confondu à tort l’.Vvignonnais avec le A'enaissin, parce que ces deux pays ont été possédés par les papes; et, comme la cour pontiricale résidait <\ Avignon, ils ont vu dans cette dernière ville non-seulement la métropole d'un seul État , mais encore le chef-lieu d’une seule contrée. Pour être vrai , il faut dire que les points d'analogie ou de ressemblance entre les deux histoires et les deux géologies ont pu très-bien conduire à cette erreur.
Le comtat d'Avignon, le comtat venaissin et la principauté d'Orange, enclavée de trois edtés dans le Venaissin, mais formant autrefois un État indépendant, ont pour limites, à l’est la Provence, au nord et au nord-est le Dauphiné, au sud la Durance, à l’ouest le Rhéne. I.a superficie de tout ce territoire a été évaluée à cent quatre-vingt-seize mille huit cent dix-huit hectares, ou quatre-vingt-dix-neuf lieues carrées. Des deux principaux fleuves qui l’arrosent, le Ithène et la Durance, le premier seul est navigable dans toute l’étendue de son parcours; le second, très-rapide et semé de nombreux Ilots ou bancs de sable, déliordant d’ailleurs très-fréquemment au mois de juillet, époque de la fonte des neiges, et changeant aloi's presque toujours de lit dans la plaine, ne porte bateau i|u’eii peu d'endroils et ne sert qu’au flottage. Parmi les cours d’eaux secondaires, les uns, tels que le Kéalet, le Louzon, le Rieusset, la Coronne, l'Aygues, le Lez, la Tholorenne, rOuvèze et le Cataillon, viennent se perdre dans le pays; les autres y ont à la fuis leur source et leur embouchure : ce sont la (îrauze, la Nesque, le Jabron, la Surgues, la Meyne, la Salette, le Brégoux, le Méde et l'Auzon. La navigation intérieure, à proprement parler, n'a lieu que par le Khéne; les canaux tirés des rivières et des torrents ne contribuent eux-inèmes qu’à I irrigation des terres, ou bien ou mouvement de quelques machines. Quatre de ces canaux ont néanmoins
COMTAT D'AVIüNON, ETC.
une grande importance ; d'abord, celui (|uL, creusé depuis plus de sis siècles, aboutit des rives de la Durance i Mérindol, el rerlilise la campagne de Cavaillon ; ensuite, le canal de Cabédaii, ouvert en 176C, et dont les eaux se répaiidcut dans une direction à peu près parallèle ; enfin , la Durançole et le canal de Crillon ; celui-ci , coulant du sud au nord-ouest, traversant des terrains jadis couverts de pierres et de cailloux , aujourd'bui complélement défriebés, et se jetant dans le Kbdnc; celle-là se réunissant nu même neuve, après avoir circulé autour ut dans la ville d'Avignon.
On divise cette contrée en trois bassins naturels ; celui d'Orange ou du nord, celui d'Avignon à Carpentras nu du milieu, et celui de Cavaillon ou du sud. Rien de plus triste, de plus aride et d’un aspect plus désolant , que la partie méridionale du bassin d'Orange; presiiue partout la terre végétale a disparu et fait place nu roc, aux cailloux roulés, nu gravier, au sable. Sous beaucoup de rapports et à quelques exceptions près, la même observation peut s'appliquer aux terrains compris entre .Avignon et Carpentras; mais le bassin de Cavaillon, cet admirable jardin du comtal, est une des plaines les pins belles, les plus rirbes et les plus fertiles qu'on puisse imaginer : les eaux, la verdure, les arbres et les fruits y abondent. Entrecoupé de montagnes, de coteaux cl de plaines, le sol du département de Vaucluse est, en général, très-accidenté; il est principalement formé de terres calcaires, auxquelles l'argile et le sable se mêlent dans des proportions plus ou moins fortes. (Juelqncs cantons pré.^enlenl, en outre, des veines de gypse, de marne bâtarde el de sable non encore pétrifié, appelé infre par les gens du pays. I.es montagnes n'offrent partout qu'une suite de rimes nues et des fiancs arides; au lieu de terre végétale, elles sont couvertes de pierres siliceuses, calcaires, concas-sé-es , ou bien de graviers argileux : tels sont le mont A'enloux, le Caromb, le Barrouv, la Roque-Abrise, C.bàleauneuf, Suzelte, l'rban, Heaumes, Valquiei'as et liigondas. Sauf la forêt de Reauinnnt, qu'on aperçoit sur le revers et au nord du Venloux , sa masse énorme ne présente « que quebpies petits liouquets isolés, quelques pins écartés çà et là, et quelques loulTes de broussailles et de genêts. » I.e mont Ventoux s’élève h dix-neuf cent neuf mètre-., et le f.ébéron à onze cent vingt-cinq au dessus du niveau de la mer; Ions les deux sont couronnés de neiges pendant une grande partie de l’année. (Quoique le déboisement des montagnes ail beaucoup refroidi la température de cette province, le tbermomèlre monte jusqu'à it), 30, .31 cl 32 degrés au temps des plus fortes cbaleurs. Il n’y a guère (pie deux saisons, l'été et l'biver; encore passe-t-on brusquement et sans transition de l'un à l’autre. Les variations du la température sont extrêmes, el il n'est |ias rare de voir une pluie douce, une tempête furieuse et un calme plat se succéder avec une incroyable rapidité. (Juanl aux vents, toujours violents et Irt's-incommodes, les pins ordinaires sont mix du nord, du nord-ouest et du midi.
Rien avant l’arrivée des Romains dans les (îaiiles, le territoii-e qui pins bird a formé le comtal d’.Avignon, le comtal Veuaissin el la principanlé d’Orange, était occupé par les Oivarcs, les Voconces et les .Méniiniens. la; voisinage de Marstédie avait adouci leurs iiueurs sans énerver leur courage. Alliés de Rome, ils avaient dispiiU- à Annilml le pa.'S.ige du Itbéne. Les ('.avares étaient niaitres d'Orange, de
HISTOIRE GÉNÉRALE
('avnillon et d’Avignen ; les VocoiM’es ilomiiinienl miteiir de Vnisnn, leur rapitale ; les Méniiiiiens habitaient le versant méridional du mont Ventouv. Le service que CCS peuples avaient rendu aux Romains ne leur profita guère, car, après la chute de Oirthage, ils furent à leur tour subjugués par On. Domilius .Enobarbus et Quintus Fabius Mavimus, déjà vainqueur des Allobroges. Bientôt les colonies que César établit dans les principales cités du pays effacèrent les dernières traces des Cavarw, des .Méminiens et des Voconces; la rare indigène disparut complètement, et les Romains restèrent paisibles possesseurs de leur conquête jusqu’au IV" siècle. De cette époque jusqu'à la chute de l’empire d’Occident, ces contrées fiiiTnt ravagées tour à tour par les Mains, les Vandales, les Bourguignons, les Visigotbs et les Ostrogoths. Les Bourguignons incorporèrent au royaume qu’ils avaient fondé le comtat Venaissin, avec la ville et le territoire d’.Viignon. Les Franks y pt'iiélrèrent ensuite sous la conduite de Cblodwig. ,\ux Franks succédèrent les Lombards, qui furent chassés par le patrice àlummol, et aux Lomliards les i'arrasins, que Charles Mortel refoula devant lui, en 757. Après le démembrement de l’empire de (ibarlemagne et du royaume d’Arles, fondé par Boion, le Venaissin, ainsi que l’Avignonnais, échurent aux comtes de l’rovence, et passèrent enfin aux comtes de Toulouse, vers le commencement du xii' siècle. Oux-ci consenérent ee riche domairic pendant plus de deuv i cnls ans. La guerra de l’Albigeois eut, comme on sait, pour dénouement, la ce.ssion faite au pape de tout le comtat Venaissin (1229). Cette cession fut confirmée, eu 1274, par le roi de France, l’bilippe-lc-llardi ; et, en 1348, Clément VI acheta Avignon à Jeanne, reine de Naples.
Notre intention n’est pas, on le comprend bien, d’écrire ici l'histoire des deux comtés, non plus que celle de la principauté à laquelle Orange avait donné son nom ; on les trouvera largement exposées dans les notices sur Axignon , Carpentras et Orange. Nous nous bornerons à dire que, quoique les papes eussent quitté ce pays dès 1370, il n’en continua pas moins d’ètrc sous leur domination jusqu’à la révolution franyaise. Leurs principaux officiers furent d’abord un recteur, résidant à Carpentras, puis un vice-légat , siégeant à Avignon , lequel avait fini par dépouiller le recteur de tout son pouvoir, et par le réduire à la condition de simple juge. Nous ne trouvons ni dans le grand dictionnaire d’Expilly, ni dans le curieux abrégé d’IIesseln, quelle était, avant la révolution, 1a population des trois Étals que nous venons de décrire; aujourd’hui , le département de ' jucluse, formé du comtat Venaissin, du comtat d’ .Avignon, de la principauté d’Orange, de la vallée de Sault et de l’ancienne viguerie d'Apt, contient 251,080 habitants. Mais il faut retrancher de ce chiffre la presque totalité de la population de l’arrondissement d’.Apt, qui appartient à la Provence et dans lequel on compte cnvii'on 55,000 âmes.'
I. .Vrhard, Dictionnaire de Prormee et du Comtat renaitein. — iloiinu' Pazzis, Jitémoire etatietiqu: du département de Vaucluse. — Peni-hft cl Chanlairc , Description statistique de la France. — Statistique générale de ta France publire pjr le minisliv des travaux publics cl du comnien-c.
AVIGNON
Assise sur la rive f;nuchc du Rhdne , dont elle semble de loin vouloir arrêter le roiii-s, la ville d'Avignon se montre véritablement comme la reine de ce fleuve. Elle le domine du haut de son rocher des Üoms, le contient par son épaisse reinlui'c de remparts crénelés, et, en signe de souveraineté, elle étale orgueilleusement, comme couronne i son Tront, la masse imposante de son palais pontifical. Vu surtout des hauteurs de Villeneuve, le soir, au soleil coudiant, Avignon présente, selon nous, un aspect admirable. Après s’ètre reflétés en partie dans les eaux étincelantes du RhOne, les derniers rayons du jour vont teindre d'une magniriipie nuance d'or les vieux murs de la ville, les tours et les mâchicoulis du chétcau des papes, le fronton de f église Nutrc-Dame-des-I)oms , tandis que, plus loin, h l'horizon, se dessine, sur le beau ciel bleu du midi, la cime rosée du mont ^■enlonx. Ainsi, à l’extérieur, le grand aspect d'Avignon répond complètement à l'idi’-e qu’on se fait d’une ville qui , la rivale de Rome au moyen âge, fut , pendant le séjour des papes, la capitale du monde chrétien , le foyer des lumières et le rentre de la politique européenne. D’un autre cdté, l’inUTieur de la ville, sa iM)piii,ilion vivant plus dans la rue que dans les maisons, son type csscnticlleinent méridional , son patois fortement accentué et scs mœurs pour ainsi dire étrangères, rappellent encore que, longtemps séparée de la Franre, elle a subi , pendant des siècles , l’influence italienne.
Comme la forteresse pontificale qui commande à toute la ville, le règne des pa|>cs à Avignon domine tellement toute son histoire, qu’il est impossible, lorsqu’on l’étudie, de ne point fixer d’abord les regards sur ce grand événement qui influa tant sur les destinées de l'Église et de la chrétienté. Dans l’aperçu historique qui va suivre, nous prendrons donc ce que nous appelons ïèrf ponlijirale comme terme de division : nous allons, par conséquent, pour nous expliquer d’une mani’'re plus précise, chercher successivement ce que fut Avignon avant, pendant et après le séjour des souverains pontifes.
Dès les temps les plus reculés, cette ville ligure parmi les plus importantes de la Gaule méridionale. Nommée par les Grecs Aoueviov , et par les fjitins Arinio ou Arenio Cnvarum, c’est sous ce dernier titre qu’elle est mise par Pline et Porapoinus Mêla au nombre des cités de la Narbonnaite. L’obscurité répandue sur toute la période galliquc ne permet point de déterminer l’époque de sa fondation : on suit seulement qu’elle était située sur le territoire des Cavaren, tribu gauloise qui habitait la rive gauche du Rhin. S’il faut en croire les ctymologistcs, qui feraient dériver Aouenion de deux mots celtiques revêtus plus lard d'une
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AVIGNON. n
forme grecque, mais signiHant primitivement touverain du flrure m des eaux, cette ville aurait tiré son nom de la nature des lieux qu'elle occupait, et justilié dès son origine ce que nous disions plus haut des avantages de sa situation. Colonie de pécheurs établie aux bords de la Sorguc et du Ithdne, voilà sans doute ce qu'était Avignon à l'arrivée des Phéniciens, et tout porte également à croire que ce peuple marchand, après en avoir fait l'un des entrepôts de son commerce, y établit le culte d'IIerculc , sa principale divinité. Quand, ensuite, avec les Phocéens de Massalie, la civilisation, les arts et l'industrie de la Grèce se répandirent dans le midi de la Gaule, Avignon prit un nouveau développement. L'agrément de son site, sa position si heureuse sur un fleuve dont ils gardaient l'embouchure, attirèrent bientôt les marchands inassaliotes , et comme chez eux aussi l'intérêt de la religion voilait celui du commerce, à côté de l'autel d'Hercule ils élevèrent un temple à Diane, leur grande déesse.
Ces relations des habitants du territoire d'Avignon avec un peuple plus civilisé adoucirent leurs mœurs , augmentèrent leurs richesses , mais elles précipitèrent 1a perte de leur indépr-ndance. Attaché’s à la fortune de .Marseille, qui avait appelé les Romains â son secours, les Cavares virent bientôt ces dangereux alliés se changer pour eux en maîtres redoutables. L'an 121 avant Jésus-Christ, le consul Domitius Ænobarbus vient livrer, presque sous les mui-s d'Avignon, une bataille teiTibIc aux .Anerniens, qu'il défait complètement. Cette victoire, remportée, selon le récit de Florus, près du confluent de la Sorguc et du Rhône, est suivie d'un nouveau triomphe du consul Fabius. Pende temps après, .Avignon, partageant le sort des autres villes de la Gaule méridionale, passe sous le joug de la républi(|ue.
Sous cette domination nouvelle, l'ancienne capitale du pays des Cavares devint tri-s-florissante, surtout pendant les premiei-s siècles de l'empire. Les Romains ne négligèrent point sans doute d'embellir une ville aussi avantageusement sitné-e, et si elle ne montre point aujourd'hui, comme Mmes et Orange, par exemple, de superbes monuments qui attestent la grandeur du |H'uple-roi, c'est que, plusieurs fuis ravagée et détruite, elle a vu périr scs principaux édiflees plutôt par la main des hommes que sous les coups du temps. Quelques ruines rappellent à peine maintenant le souvenir de l'antique Avenio. Cnc série d'arcades, placées deiTière le Théàire-Modcrne et ,se prolongeant dans plusieurs maisons de la rue de la Petitc-Fusterie, porte évidemment le caractère d’une construction romaine à grand appareil. Restée seule, une colonne cannelée vient indiquer le genre de décoration employé dans le monument auquel ces arcades se rattachaient, et qui vraisemblablement devait être un hippodrome. Une autre arcade située près du château des Papes , des mosaïques et des fragments de marbre déposés dans le musée, enfin les débris d’un aqueduc sur la roule de Carpentras, sont les seuls vestiges de la ville antique.
Avignon, après s'étre étendu sous les Romains, fut entraîné, au v' siècle, dans la chute de l'empire. A la suite de l'invasion des Gaules par les Barbares, un traité conclu, en A50, enti-e les Bourguignons et Actiiis, fit entrer dans le royaume de Bourgogne Avignon et tout son territoire. Après l'arrivé-e des Franks, quand Gondebaud, meurtrier et successeur de Gundicaire, se vit obligé de fuir devant la vengeance de ChhMivrig, il alla se n'-fugier dans celte ville, qui
Î8 COMTAT D'AVir.NON, ETC.
<‘lnit alors mio plaro très-foiio. D’apri's le réril île Grégoire île Tours, Chlodwig y \iiil attaquer le roi des Bourguignons, qui se défendit avec énergie , et, après un siège opiniâtre, le vainqueur de Tolbiac fut obligé de se retirer. Mais, s’étant ensuite allié à Théodoric, roi des Ostrogoths, il fondit de nouveau sur la Bourgogne ; les deuv princes la soumirent à leurs armes, et, dans le partage qu'ils en tirent, Avignon échut à Théodoric. (.ôOO après J. -G.)
Dans le cours du vi' siècle, Avignon, qui avait été conquis par les fils de Chlodwig , se trouva tour à tour possédé par Sigobert , roi dWustrasie, et par Contran , son frère, roi de Bourgogne. Celui-ci, voulant se venger de Sigebert, qui s’était emparé d’Arles par surprise, lui prit Avignon, qu'il lui rendit, il est vrai, peu de temps après. Mais, eu .583, l’armée de Gontran vint encore assiéger cette ville, im commandait le patricc Mumnml, qui, avec d’autres seigneurs, avait voulu faire ivconnaitre pour roi le malheureux Gnndcbalil, fils prétendu de C.lolaire I". Cette fois, le roi de Bourgogne échoua dans son entreprise, el la place resta au pouvoir de Mummol, qui la défendait au nom du roi d’AusIrasie.
Au commencement du vm” siècle, les .Vrabes ayant envahi la Provence, Charles-Martel, en 733, fait entrer dans Avignon une garnison de ses leudes les plus braves; mais, par suite d’un traité conclu, en 73(>, avec Maiironte, chef du parti opposé à la dominalion franque dans le midi, la ville tombi' au iHiuvoir de l'Arabe loussouf, gouverneur de Narbonne. I.’année suivante, Charles-Martel l'eparalt devant .Avignon , où les troupes des infidèles se sont repliées. I.a v ille avait éU; considérablement fortifiée, et la nombreuse garnison qu'elle renfermait se défendit jusqu’à la dernière extrémité; mais enfin, ayant été prise d’assaut, ses défenseurs furent passés au fil de l'épée, la population entière massacrée avec eux, et le feu acheva l’œuvre de destruction que le fer avait commencée. Cet acte de représailles fut bien cruel sans doute; mais l'on doit croire que, dans la lutte engagée entre les hommes du Nord et du Midi, Avignon paya pour les autres villes qui avaient partagé ses antipathies de race.
A l’époque du démembrement de l’empire carlovingien , .Avignon fut, en 879, réuni au nouveau royaume de Bourgogne, dont Bozon venait d'étre proclamé le souverain. Plus lard , les seigneui’s du pays se rendent à leur tour indépendants des successeurs de ce prince : Avignon reconnaît la suzeraineté des comtes ihï Provence, qui, après de longs débats, partagent, en 1125, leurs droits sur la ville avec les comtes de Toulouse.
Cependant, au milieu de la lutte de ces ambitions rivales, les habilauls d’Avignon s’étaient préoccupés de leurs intérêts personnels et, peu à peu, avaient préparé les fondements sur lesquels ils devaient asseoir leur indépcndatice. Sans avoir jamais pc.'du le souvenir des anciennes franchises municipales, ils avaient attendu avec patience le jour de la liberté : aussi , lorsqu’au xii' siècle éclata le réveil des communes du Midi, furent-ils les premiers à se mettre à la tète de ce mouvement. En 1135, nous les voyons obtenir de Guillaume lit, comte de Forcalquier, lu cession de tous les droits qu’il pouvait avoir sur eux , et ce prince n’y consentit, selon toute apparence, que parce qu'il aima mieux sanctionner volontairement que combattre une révolution qu’il n'aurait pu arrêter. Mais son exemple ne fut pas suivi par le comte de Toulouse, qui partageait avec lui la
AVIGNON
souveraineté féodale sur la ville, et il conserva une sorte d'autorité, consistant seulement dans les vaimvs formules de l'hommage.
A peine les Avignonnais avaient-ils conquis leur lilvcrté, qu'ils en réglèrent l'emploi en organisant dans leur ville le gouvernement consulaire. Deux nohles et deux bourgeois fui'cnt élus pour remplir la première magistrature , (|ui devait être annuelle. Ils étaient, en outre, assistés déjugés, et, dans certaines circonstances, ils s’entouraient d'un conseil de prud'hommes , choisis parmi les citovens les pins recommandables. Les actes publics étaient datés de rannee de leur éliTlioti , et portaient leurs noms dans la formult! d'usage. Ouant à l'époque précise on le gouvernement consulaire fut fondé dans Avignon, il est impossible de la détei'inincr; mais il semble convenable de la placer entre 1135 et lIVü, puisque les noms des consuls dioisis dans cette dernière année sont connus, et que prohublement qnel(|ues élections antérieures suivirent la cession faite par Guillaume de Forcalquier. Quelques orages troublèrent d'abord l'existence de la commune avignonnaise. En 1151, révO(]ue Geoffroi , proQlant de rinlluence que son caractère et ses vertus lui donnaient sur les partis, réussit à les concilier en faisant adopter aux habitants la charte qui réglait le consulat et l'administration communale de la ville. Trois années après avoir organisé le gouvernement consulaire, ce sage prélat se rendit à une assemblée tenue h Besancon par Fréiléric Barbereousse, et il obtint de lui la conlirmation des franchises et libertv'-s d'.Vvignon, en même temps (|ue celle des liefs (pi'il tenait, comme évêque, des einpcreuis d’Alleinagne. Ce fut alors que, par reconnaissance et pour montrer leur soumission à l'autorité impériale, les Avignonnais changèrent leurs armoiries : ils placèrent deux gerfauts sur leur écusson, au lieu de l'ancien emblème figuré par une V ille carrée , nanquée de tours couronnées de créneaux.
Voici quelles étaient les principales bases du règlement de Itôi. Les consuls promettent, sous lu fui du serment, de ne recevoir aucun don, de n'écouter aucune proposition qui leur serait particulièrement avantageuse et susceptible de les faire dévier du sentier de la justice. Ils gouverneront avec la plus grande impartialité, et ne recevront d'autre rétribution que leurs honoraires payés par lu ville. Le consul noble recevait cent sols et le bourgeois cinquante : encore ne devaient-ils loucher cette somme i|u'autant que leur probité avait été il toute épreuv e. Ils jiigoaienl sans appel les causes civ iles et criminelles selon les anciennes coutumes de la ville, ceqiii prouveqiie sous le rapport judiciaire au moins, .\vignon avait depuis longtemps des luis et une adininistration particulière. I.cs consuls devaient faire une égale application des luis , sans aci eption des personnes, quel que fut leur rang , et ne consulter que la nature du délit et les circonstances qui l'accumpagiiuient Eiiliii , dans la crainte qu'ils ne fussent portés à abuser d'un pouvoir trop long, ils ne pouvaient être élevés ou consulat deux années de suite.
Mais il mesure que le gouvernement consulaire s'était étendu et fortifié dans Avignon , un autre pouvoir s'était alTaibli et avait fini par s’ellaccr tout à fait devant la toute-puissance communale. Nous voulons parler de celui des vicomtes dont l’origine datait de lu On du x' siècle, et qui, après avoir été d'abord amovibles, puis héréditaires, avaient relevé plus tard des comtes dont ils étaient les représenlaiits. Fhili alnés dans le mouvement qui porta les habitants de la ville
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à secouer le joug féodal , ils ne purent résister à l'espril d'indépendance qni les déimrdait de toutes parts; ils succombèrent donc dans la lutte, et vers les dernières années du xii" siècle, leur titre qui avait survécu à leur pouvoir, disparaît tout à fait des annales avignonnaises. Comme la tradition populaire; qui fait mention du dernier vicomte d'Avignon est fort curieuse , et qu'elle se rattache d'ailleurs à la fondation de l'un des plus anciens monumeiiLs de la ville , nous croyons devoir la rapporter ici.
En l'an 1 177, un jeune berger de douze ans , appelé Benezet , né dans les montagnes du Vivarais où il était occupé à garder les brebis de sa mère, s’entend tout à coup appelé par une voix céleste à bétir un pont sur le Rhône, en face d’Avignon. Après mainte aventure miraculeuse, il arrive dans cette ville, se rend à la cathédrale, et, inten'om|)ant ^é^è(ple (|ui prêchait en ce moment, il annonce la mission dont il est chargé. Les assistants étonnés se récrient, et l'évèque indigné de l’audace sacrilège de cet enfant, ordonne qn'il soit arrêté et conduit chez le vignier pour que celui-ci lui fît sans pitié couper les pieds et les mains. Le viguier ou vicomte d'Avignon était alors un homme dur et cruel , nommé Bérenger. Il interroge Benezet qui lui répond sans s’émouvoir cpi’il a reçu l’ordre de Jésus- Christ de Ixttir un pont sur le Rhône. «Quoi! s’écria le viguier en colèi-e, un vil berger, comme toi, construirait un pont sur le Rhône, et ferait ce que les plus grands hommes , même Charlemagne, u’onl pu accomplir. Eh ! bien , ajouta-t-il d'un air ironique , je suis prêt à croire à ta mission , mais à la condition que tu porteras d'ici au fleuve la pierre qui est dans la cour de mon palais. » Le jeune berger, plein de confiance en llieii , descend amsitôt dans la cour du viguier; il charge sur siïs épaules une pierre énorme que trente hommes, dit la chronique, auraient eu de la peine à remuer, et , suivi de la foule émerveillée , il porte son prodigieux fardeau jusqu’aux bords du Rhône. Cette pierre fut la première du pont d’Avignon , commencé le même jour par Benezet avec les nombreuses offrandes que sa sainteté publiquement reconnue lui attira de tons côtés.
t> récit, dont les circonstances sont rapportées en détail dans un procèsverbal conservé aux archives de la ville, cache, comme toute légende, un fonds de vérité sous une forme merveilleuse qui a besoin d'être modifiée par quelques explications. Ix héros saint Benezet n’est pas un personnage imaginaire. C'était un des chefs de la congrégation des l-'rères ponlifet , ordre fort utile , voué à la construction et à renlrctien des ponts, et qui possédait un établissement près d'Avignon, à Bonpas sur la Iturance. I.e zèle extraordinaire, les vertus chrétiennes de Benezet, qui avec de petites ressources exécutait de grandes choses, frappèrent d'admiration ses contemporains : de là, cette tradition qui lui attribua le don des miracles et lui fit remuer les pierres avec tant de facilité. En 1 177, il commença, en elfet, ce pont célèbre, si remarquable par l’élégante hardiesse de son architecture , et dont il ne reste aujourd'hui que quatre arches appuyées sur la rive gauche du fieuve. Entre la troisième et la quatrième arche s'élève la chapelle dite de Saint-Benezet , dans laquelle le saint voulut être enterré et qui, contemporaine du pont, porte des traces d’une i-estauralion datant du XV' siècle.
JVautres monuments importants, ronstrnils en même temps, prouvent, aussi
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bien que l’édit de 1198, l'élat Horissant de la république avignnnnaise à celte époque. Cet édit, rendu par l'évéque et les consuls, e\emptait de Ionie taxe les habitants de la ville, a tant leurs personnes que leurs propriétés, leurs meubles et leurs marchandises, soit sur terre, soit en descendant ou en remontant le Rliéiic. a Mais en 121 V il s'éleva de grands débats entre la noblesse, la bourgeoisie et le peuple, au sujet des droits de péage que certains nobles voulaient exiger des habitants comme des étrangers. I.a paix ne se rétablit que rannéc suivante sur la dér’ision de Berrnond, archevêque d’Aix, et de Guillaume de .Monteil, évéque d'Avignon , tous deux nommés arbitres pour terminer le dilTércnd.
Au commencement du xiir siècle, Avignon s’élait donc placé au même rang que les grandes communes du Midi, véritables républiques, élisant leurs magistrats, ayant leurs institutions, leur milice, leur trésor, jouissant du droit de battre monnaie et de conclure des alliances et des traités de commerce. Malheureusement cet état de prospérité ne dura (ws longtemps : il eut pour terme la terrible ci'oisade dirigée contre les .Albigeois. I.'alliancc des .Avignonnais avec le malheureux Raymond de Toulouse, la part qu'ils priretd à la résistance opposée par les Proveiqaux à l'invasion de Moiitfort, enrin le meurtre de Guillaume de Baux , mis en pièces par les habitants d'Avignon pour avoir voulu arrêter un mouvement insurrectionel , furent les causes qui envcloppèreid cette ville dans les désastres d’une guerre si fatale au Midi. Plus tard, les Avignonnais s’élant de nouveau attachés au parti du jeune comte de Toulouse, Raymond VII, lui avaient facilité les moyens de s’emparer, au mépris du concile de Lalran, de tout le comtat Venaissin. En récompense de ce service, ce prince qui, en 1212, leur ava l cédé tous ses droits sur le cluUeau Saint-André et le port de Soignes, leur lit, en 1210, une nouvelle concession de domaines considérables, tels que le ’l'hor, (Dumont, Thouzon et Jonquières. E'infraclion portée aux décisions du saint-siège attira sur les États du comte de Toulouse et sur 1a république d'Avignon une bulle d'interdiction qui fut suivie de grands troubles xlans cette ville.
Les querelles religieuses excitées par les partisans de l’hérésie albigeoise, dont Raymond s'était déclaré le défenseur, se compliquèrent alors par les intrigues ambitieuses des grands et par l’inconstance d'un peuple facile h égarer. La giiei'i-e civile éclata; et k'S partis s'étaient déjà signalés par le meurtre, l’incendie et le pillage, lorsrpi’en 1226 les habitants se décidèrent à mettre fin à ces excès en nommant un magistrat suprême', appelé podestat, qui devait exercer une autorité dictatoriale. Le premier podestat fut Spinus de Surrexina, élu au mois de février 1226, et il fut chargé de faire exécuter le règlement sévère tpi’oii publia en même temps pour assurer le maintien de l'ordre. Cette nouvelle magislralure, différente du consulat qui ne pouvait être exercé que pur des citoyens de la ville, fut presque toujours roidiée a des étrangers et à des membres de; la mdrlesse. l/;s podestats prenaient le titre de seiynnirs, qui n'avnit jamais été porté par les consuls ; leui's fonctions , comme celle de ces derniers , étaient annuelles , mais ils pouvaient être réélus et confirmés dans leur dignité par déTision du consr'il général. Ainsi le célèbre Barrai des Baux exerça celle charge ira|>oiTante pendant trois années consécutives, et en ayant été revêtu de nouveau, de 1219 à 12.51 , il IV. 11
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fui le dernier des podestats d'Avignon'. Avec cette sorte de dictature qui dura vingt-cinq ans, devait finir la république avignonnaise , dont il nous reste maintenant à raconter les malheurs et la chute.
La concentration de l'autorité dans une seule main avait pu ramener le calme intérieur dans la ville , mais elle était impuissante pour la préserver du coup terrible qui allait la frapper au dehors. Dans la même année (1226) où le pouvoir des podestats venait d'ftrc établi , une seconde croisade est dirigée contre Raymond de Toulouse et contre ses partisans qui venaient d'être frappés d'une nouvelle excommunication. A la tête d'une armée de cinquante mille hommes, le roi de France , Louis VIII , suivi du cardinal Saint-Ange, légat du pape , se présente devant Avignon. Les habitants poussés, soit par les conseils du comte de Tnulou.se, soit par la crainte d'encourir les peines attachées à l'excommunication, fermimt leurs portes à l'armée des croisés. Le roi et le légat ayant déclaré que si l'entrée leur était plus longtemps rcfust^c , ils emploieraient la force pour l'oblenir, les Avignonnais consentirent à les laisser pénétrer dans la vflle, mais seulement avec une suite peu nombreuse. Cette humiliante condition, qui peut-être cachait un piège, fut rejetée avec hauteur par Louis VIII, qui se mit aussitêt en mesure d'emporter la place de vive force , et le siège commença le 10 juin. Selon la chn>nique de t'iuillaume de Puylaurens, chapelain de Raymond VII , les Avignonnais se défendirent avec le plus grand courage, mais après une résistance qui dura trois mois, ils furent obligés de se rendre et de recevoir les troupes royales. Dans un réeft différent, Mathieu Paris raconte que le légat ayant obtenu la permission d'entrer dans la ville sous le prétexte de l'exam'ner relativement à scs croyances religieuses, les assiégeants avaient profité de l'occasion |)our se précipiter aux portes et surprendre les habitants. Quelle qu'ait été la circonstance qui favori.sa la prise d'Avignon , cette malheureuse ville expia cruellement et sa longue résistance et surtout sa fidélité à la cause du comte de Toulouse. Trois mois après le passage des croisés , le légat rendait contre les Avignonnais une sentence qui pour eux inaugurait d'une manière bien triste le règne du jeune roi saint Louis. Par cotte sentence ils étaient condamnés à poursuivre la démolition de leurs murailles et de leurs forteresses , à renverser trois cents maisons qui leur étaient désignées, à livrer toutes leurs machines de guerre, à payer six mille marcs pour les frais de l'expédition , et à donner trois cents otages II leur était en outre défendu, sous les peines les plus graves, de porter aucun secours à Raymond et à ses partisans, d'entretenir aucun rapport avec les hérétiques vaudois et de leur donner jamais refuge dans la ville.
Frappée dans sa lil)crté, sa fortune et sa puissance, la république d'Avignon ne fit plus que languir pendant quelques années. La condition qu'avait imposée le légat de soumettre l'élection du podestat à l'assentiment de l'évêque, amena des luttes entre le pouvoir civil et la puissance ecclésiastique. En même temps, des cris d'indépendance se faisaient entendre parfois en faveur de la liberté qu'on
1. Un des documents les plus précieux que |iossétlenl les Archives d'Avignon, est le Cnrlidulre (le Perccrjl Dori», podestat «le n'tle ville. Ou y remarque surtout, à (lifTérentes dates« les relations frequentes du rumle de Toulouse avec les Avignonnais, et les noinhreuses em)r<>ssions quTI leur fait )>oiir li*s nuiintenir dans son )K<ni.
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avait perdue; mais ces tentatives d'insurrection, que nous ne rapporterons pas ici, furent toujours impuissantes. .\u milieu du conflit des deux pouvoirs rivaux, un nouveau maître se présenta pour établir sa domination sur la ville. Charles d'Anjou, comte de Provenw, prétendant que les comtes, ses prédécesseurs, n'avaient jamais cédé leur part de souveraineté sur .Avignon, y envoya des députés pour faire valoir ce qu’il appelait ses droits légitimes. On leur répondit par l'insulte et l'outrage , et Charles, qui était alors fort occupé de la croisade où il devait accompagner le roi saint Louis son frère, fut forcé de remettre sa vengeance à un autre temps. Pendant son expédition outre mer, il se concerta avec son frère Alphonse qui, par la mort de Raymond VII, était devenu, en 12V9, comte de Toulouse et seigneur du comtat venaissin. .A leur retour de la TeriT Sainte, les deux princes s'apprêtèrent à faire triompher leurs droits réciproques, en employant la force des armes ; mais un parti considérable, à la tète duquel était le podestat Barral-dcs-Baux , s'était déjà signalé en lepr faveur dans l'intérieur même de la ville. D'ailleurs, quelle résistance une place démantelée, affaiblie par des discordes intestines, pouvait-elle opposer à deux princes puissants, soutenus par le roi de France, et que leur récent triomphe sur la ville d’Arles rendait encore plus redoutables? Dans cette extrémité, les .Avignonnais se résolurent à faire leur soumission, et ils envoyèrent une députation ii Beaucaiiv pour traiter de la paix avec les comtes de Provence et de l'oulouse. Elle fut signée le 7 mai 1251, et ratifiée quelques jours après par le parlement ou conseil général de la ville.
A en juger par les clau.ses de la convention de Beaucaire, les flis de Louis VIII n'avaient point, comme leur père, abusé de leur victoire. Les conditions qu'ils imposaient à la ville n'étaient point aussi dures qu'on avait pu le craindre ; ils lui laissaient le libre exercice de ses coutumes et de ses lois communales, sous la haute sunillance d'un lieutenant ou viguier nommé annuellement par eux et chargé de représenter leur puissance souveraine. Mais, quelque favorables que fussent en apparence les termes de ce traité, les Avignonnais n'en perdirent pas moins dès lors leur complète indépendance, puisque par le premier article ils déclaraient céder d'une manière irrévocable aux comtes et a leurs descendants tout It pouvoir et toute la juridiction que la commune ou tout autre en son nom possédait dans la ville et sur son territoire.
Sous ses nouveaux maîtres, et même sous le gouvernement des papes, c’est-àdire du milieu du xin' siècle jusqu'à la seconde moitié du xv*, Avignon n'eut plus que des syndics pour l'administration de la ville. En IIGO, Pie II remplaça les syndics par des consuls appelés nobiles viri. Mais, dans la suite, les titres de noblesse ne furent plus exigés que pour la charge du premier consul ; le second et le troisième étaient choisis dans la classe des bourgeois et des marchands.
De l'année 1251 jusqu'à l'époque de la translation du .saint-siège à Avignon, il ne se passa, dans cette ville, aucun événement remarquable. Alphonse, comte de Toulouse, étant mort, le roi Philippe-le-llardi, son neveu, hérita du comtat A'enaissin qu'il donna au saint-siège, et de la moitié d'Avignon que Philippe-le-Bel, son successeur, céda à Charles II, roi de Naples, qui en sa qualité de comte de Provence possédait l’autre moitié. Par là les comtes de Provence furent les .seuls
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maîtres de rctte ville, qu’ils gardèrent jusi|u'à la \eiile que la reine de Naples en fit au pape Clément VI, en l’anncc i3i8. Pendant la paisible administration des comtes, .Vvignon répara insensiblement les pertes qu'il avait subies. Une école de droit, érigée en université par une bulle de Boniface VIII, y attira un grand nombre d'étrangers, et continua de fleurir jusqu'à la fin du xviii* siècle. Dans cette bulle, datée de 1303, et remarquable par quelques-unes de ses dispositions toutes libérales, il faut voir comme le prélude de la haute influence que les papes vont exercer sur les destinées d'.Avignon pendant la période où nous sommes arrivés.
Panenus à l’époque où les souverains pontifes vinrent fixer leur séjour à Avignon, nous n'avons plus .seulement à rapporter les annales particulièrw d'une ville. .Avec toute l’importance de ce nouveau sujet, notre cadre s'étend et s'agi'andit, et c'est l’hisloire de la papauté au xiv siècle que nous avons à résumer dans quelques pages.
Le fondateur de l'université d’Avignon, le pape Boniface VIII était mort, victime de ses violents démêlés avec le roi de France, et la couronne pontificale, qui n'avait fait que ]>asser sur la tète de Benoit XI, venait d'élre donnée a Clément V, après onze mois d’interrègne. Les cardinaux, assemblés à Pérouse et divisés en deux factions, avaient longtemps hésité à nommer un pape ; enfin une ruse, employée par le parti français, avait décidé les suffrages en faveur de Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux. Ce prélat passait pour être l'ennemi du roi de France, mais son intérêt devait bientôt le rapprocher de Philippe-le-Bel. On sait avec quelle malignité l'historien Villani, fort peu favorable aux papes français, raconte la prétendue scène de réconciliation entre le roi et l’archevêque, quelques jours avant l’élection de ce dernier au trône pontifical. Quelque incroyable que semble ce récit du pacte honteux conclu dans la forêt Saint-Jean-d’.Angely , à peine Clément V fut-il pape, qu'il se mit aux yeux de tous , et au grand scandale des Italiens, sous la dépendance du roi de France. De Lyon, où son couronnement avait été accompagné d'un accident du plus triste présage. Clément V alla visiter plusieurs grandes villes du Midi, mais il ne tarda pas à y être poursuivi par les dures et pressantes exigences de Philippe-le-Bel. A ce mauvais génie, qui dans la personne du roi le harcelait sans relâche, il est obligé d'accorder deux faveurs instamment réclamées : la modification de la bulle llnam snnctain , cl la révocation de celle qui commençait par les mots Clericis tuicos. Toutes deux étaient I (Buvre de Boniface VIII ; la première était la charte de la suprématie pontificale, et y porter la main c’était faire plus qu’attaquer la mémoire de Boniface, c’était s’en prendre à la papauté elle-même.
Après ces premières concessions suivies d’exigences plus dures encore, le pape, qui semblait ne pouvoir s'éloigner du roi, se décida à fixer sa résidence à Avignon. Au printemps de l'année 1309, il y fil son entrée et reçut les hommages des magistrats au pied même de ces remparts démolis par l'ordre du pape Innocent III et que l’un de scs successeurs devait faire reconstruire plus tard. En apprenant l’arrivée du pape à Avignon, Matthieu Hosso des Ursins, doyen des cardinaux s’écria ; « L’Eglise ne reviendra de longtemps en Italie, je connais les
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Gascons. » Celte prévision n'était qne trop bien fondée; non-seulement le Gascon Bertrand de Goth, mais encore cinq de ses successeurs continuèivnt, après lui, de résider au delà des monts. Des motifs politiques avaient, du reste, déterminé Clément V à donner la préférence à Avignon sur toute autre ville. Soumise aux rois de Naples, comtes de Provence, qui étaient les feudalaires du Saint-Siège, louchant au comlat venaissin, propriété des souverains pontifes, voisine enfin de l'Italie, cette ville lui présentait un grand nombre d'avantages : c'était une sorte de terrain neutre qui confinait, mais n'appartenait pas à la France, et où le pape espérait pouvoir respirer plus à l'aise et sentir moins pesamment la lourde oppression de Philippe-le-Bel. Il ne put cependant échapper à cette main de fer, et quelques mois s'étaient à peine éi'oulés depuis son arrivée a Avignon, qu'il était forcé d'autoriser l'instruction du procès de Bonifacc VIII. Dans une huile datée de septembre 1309, il annonçait qu'il était prêt à entendre les accusations contre le défunt pontife. Pendant ce temps, une antre procédure, non moins importante, SC poursuivait a Paris contre les chevaliers du Temple, et le pape, pressé par Philippe qui voulait deux condamnations à la fois, opfiosait lenteurs, obslacb» et détours pleins d'adresse à son impitoyable persécuteur. Ils s'arrangèrent à la fin en se faisant de mutuelles concessions : tout ayant été réglé ser-rètement dans plusieurs consistoires tenus à Avignon, le concile de A'ienne fut assemblé, en 1312, pour proclamer le résultat de leur accord dont les malheureux Templiers devaient être les victimes.
Au milieu des tourments que lui avait causés cette double procédure, ITément V avait reçu à Avignon, Robert, fils de Charles II, roi de Naples, qui était venu lui rendre foi et hoinmoge, a son avènement au trOne. Les sanglants démêlés de ce même Robert avec l'empereur Henri Vit, les troubles de l'Italie, furent pour le pa|ic une nouvelle cause de pri'simipalinns et d'inquiétudes. Luimême avait eu à soutenir une guerre contre les Vénitiens qui s'étaient emparés de la ville pontilicale de Ferrure, mais que le cardinal de Pellegnic leur avait bientôt reprise. Pour obtenir son pardon et la levée de l'excommunication qu'elle avait d'abord méprisée, la Oére république de Venise fut forcée d'envoyer des ambassadeurs à Avignon ; un les y vit pendant trois ans mendier et attendre une absolution, que leur chef Dandolo n'obtint entin que la cliainc au cou et prosterné aux pieds du pape.
Déjà depuis longtemps poursuivi par le chagrin et atteint d'une de ces mystérieuses maladies dont Dieu seul a le secret. Clément V, dit fauteur de sa deuxième vie, n'avait fait que traîner une existence languissante, du jour où il avait renouvelé sa constitution contre les ordres mendiants, dont il avait condamné les erreurs au concile de Vienne. Mois ce qui devait, selon nous, troubler bien autrement sa santé et son repos, c'était l'inique sentence rendue contre les Templiers et le terrible ajournement prononcé par Jacques Molay, leur grand maître. Vainement, dans l'espoir de ranimer ses forces défaillantes au souille bienfaisant de l'air natal, il partit d'Avignon pour revoir encore une fois sa chère ville de Bordeaux. Après avoir traversé le Rhône, étendu mourant dans une barque, il arriva au château de Roqiiemaure ; mais il ne put continuer plus loin sa route, et il y expira , le 20 avril 1315. On a jugé diversement , mais souvent ,
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il faut le dire, avec une partiale sévérité, la conduite de Clément V. I,cs auteurs italiens, surtout, qui ne peuvent souffrir en lui ni le pape français ni le docile insiruniciit du roi de France, lui ont reproché violemment sa faiblesse, sa vénalité, ses moeurs peu chastes et ses relations avec la comtesse Brunissende de Périgord, à laquelle ils l'accusent d’avoir prodigué les tré'sors de l'Église. Dans ces r<-proches il y a sans doute quelque exagération. Ce qu'on ne peut nier, c’est que Clément V fut ambitieux ; mais sa volonté n'étant pas à la hauteur de son ambition, une fois tenté par Philippe-le-Bel, il subit l'ascendant fatal de ce prince, comme un homme qui ayant fait un pacte avec l'esprit du mal, traîne toute sa vie la chaîne dont il s’est volontairement chargé. De là scs fautes qu'il expia, vivant, par scs remords, et dont il est encore aujourd'hui puni par les reproches adressés à sa mémoire.
Ce pape a laissé le recueil des actes du concile de Vienne et de ses propres décrets, ou constitutions, connues sous le nom de Clémentines. IjC premier, il donna au pays venaissin, qu'il affectionnait beaucoup, le titre de comté et 8t battre des monnaies d'argent à son effigie, avec cette inscription ; Comte du Vennissin.
Après la mort de Clément V, les cardinaux se réunirent à Carpentras pour loi donner un successeur ; mais des scènes de violence, dont le récit n'appartient pas à notre sujet, ayant dispersé les membres du conclave, le Saint-Siège resta vacant pendant deux ans. Enlin, grâce aux soins et à la fermeté du comte de Poitiers, frère du roi Louis X, un nouveau conclave fut réuni dans le couvent des fièies Prêcheurs à Lyon , et quarante jours après , le cardinal Jacques d'Ossa , qui avait été tour à tour évêque de Fréjus, d’Avignon et de Porto, était élu souverain pontife sous le nom de Jean XXII. L’élection fut faite le 7 août 1316, et le 1" or tobre de la même année, le nouveau pape fil son entrée solennelle à Avignon, |>ar une magnifique journée d'automne et au milieu d’un immense concours de peuple. Les avantages de cette résidence, l'attrait de ce lieau climat du midi et les souvenii's qui l'attachaient à une ville dont il avait, en 1310, occupé le siège épiscopal, engagèrent sans doute le inmlifc à suivre l’exemple de Clément V, au lieu de ramener le Saint-Siège au delà des monts, selon le secret désir de quelques cardinaux. D'ailleurs, comme l'a fait fort bien observer M. Jules de Saint-Félix, dans son article sur le château des papes, la position de la papauté, à l'avénement de Jean XXII, était fortement embarrassée. Obligée de s’éloigner de l'Italie que divisaient des factions ardentes, elle avait à lutter contre les influences puissantes de la France, dont le voisinage était moins un abri qu’un protectorat onéreux. D’un côté, pressée par ce roi de France , naguère si redoutable, et de l'autre par l’empereur d’.MIemagne et le comte de Provence, elle était bien à l'étroit dans ce petit comtal venaissin dont la souveraineté temporelle ne garantissait pas ou Saint-Siège une entière liberté d’action. Aussi le |>npe comprit-il qu'il serait d’une bonne politique de se faire à Avignon même une position nouvelle, et qui ne filt ni la position d’un souverain résidant dans ses États , ni celle d’un pontife recevant l'hospitalité cheiun prince étranger. Dès loi-s même, la pensée d'élever un palais fortifié sur ce haut rocher des Doms qu’un large Qeuve défendait du côté de la France, avait pu germerdans l’esprit de Jean XXII.
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On doit donc croire que, lorsqu’il vint s'établir à Avignon, c'était avec le dessein bien arrêté de s'y faire une position forte, indépendante, et de jeter dans le pays les bases de sa puissance temporelle. Il commença par nommer évêque de la ville, son neveu, Jacques de Via. Poursuivant ensuite l'esécution de ses projets, il le chargea de faire bAtir une nouvelle maison épiscopale prés de l'église métropolitaine, afln de pouvoir démolir l’ancien évêcbé et le cloître qui s'y trouvait attenant, vieux édifices sur lesquels il voulait élever son palais. Quand le terrain eut été ainsi nivelé, on creusa les fondements du chAtcau pontillcal. C'était une chose assez étrange que de voir ce pape, plus que septuagénaire, d’une taille très-petite et de la complexion la plus faible, entasser pierre sur pierre et bAtir un gigantesque monument sur un terrain qui ne lui appartenait pas, sans que le roi de Naples, comte de Provence et seigneur de la ville d'Avignon, apportAt la moindre opposition A son entreprise.
Cette activité de Jean XXII, qui s'étendait a tout, ses essais de réforme et son projet bien établi de fixer plus solidement le Saint-Siège A Avignon, ne tardèrent pas A lui susciter de violentes inimitiés. £n 1317, un complot, dans lequel entrèrent les cardinaux italiens, fut tramé contre sa vie , et il faillit succomber A une tentative d'empoisonnement dont l'auteur princi|>al était son propre chapelain , Hugues Géraud , évêque de Cahors. Le pape semblait incliner vers la clémence en faveur du coupable, lorsque la mort subite de son neveu, Jacques de Via, mort attribuée aux maléfices de Géraud, rendit tout pardon Impossible. L'évêque de Cahors, livré au bras séculier, fut condamné A la dégradation publique; puis, après avoir été attaché A la queue d’un cheval qui le traîna au supplice, il fut brûlé vif, le 20 mai 1317.
Passant sous silence les actes de Jean XXII étrangers A notre sujet, nous trouvons, toutefois encore, dans cette vie si pleine, quelques faits d'un intérêt local. Dans l'année 1323, il aiTêta le soulèvement des Pastoureaux, qui s’étaient approchés d'Avignon , et envoya un légat prêcher (entre eux et leurs adhérents. Kn 1325, il assembla un concile dans celle ville. Vers la fin de sa carrière, il eut la satisfaction d'y voir A ses pieds le concunent qu’on lui avait suscité en Italie. L’empereur Louis de Bavière, excommunié par Jean XXII, s'en était vengé en soutenant un anti-pape, appelé Pierre de Corbario, qui avait été reconnu au sein même de la capitale du monde chrétien. Tous deux, réunis à Rome, s'y étaient donné publiquement, l’un la couronne impériale, l’autre la tiare de souverain pontife ; mais , une révolution en faveur du pape légitime s'étant manifestée parmi les Romains, Pierre de Corbario s'était sauvé A Pise, et, bientôt abandonné de l'Empereur, il fut livré A Jean XXII et conduit en France sur une galère provençale. Le lendemain de son arrivée A Avignon, 25 août 1330, il comparut, monté sur un échafaud, en présence du pape, que tous scs cardinaux entouraient , et IA , ayant prononcé une abjuration solennelle de ses erreurs , il obtint de Jean XXII le pardon et le baiser de poix. Ce pontife ne survécut que quatre ans A son triomphe : il mourut à Avignon , le \ décembre 1331.
I.CS restes de Jean XXII, exposés pendant quelque temps à la vénération des fidèles dans l’église Notre-Dame-des-Uoms, y furent platk^s ensuite dans le to:nbeau (|uc l'on voit encore aujourd'hui A droite du sanctuaire. Cet élégant et
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gracieux monument, sculpté par l'art morxcillcux du xiV siècle, fut souvent cliangé de place. .Mutilé par la main des hommes et du temps, il vient d'étre réccinmenl restauré en partie; seulement, l’artiste et l'homme de goût ont encore è regretter que les charmantes statuettes, qui autrefois en ornaient les dais et les niches, ne soient pas venues remplir le vide tn>p ap|>arent qu’elles y ont laissé.
Malgré ses grandes qualités, Jean XXII n'a pas été plus ménagé que Clément V par les auteurs contemporains. Jean Villani, après avoir |iarié du mystérieux trésor de vingt-cinq millions amassé pendant son pontilicat dans l’une des tours du palais, accuse le pape d'avarice, sans trop tenir compte des éventualités qui pouvaient rendre nécessaire l’emploi de ce trésor. Quant aux attaques dirigées par le célèbre Pétrarque contre la mémoire de Jean XXII, (|ui fut son hèle et son bienfaiteur, elles portent plutôt le caractère d'une imagination de poète irrité que le témoignage d’nn historien im|>ar'ial. 1,’iminorlel auteur des Sonnets , qui , bien ' qu'il dût se trouver fort heureux du généreux asilt* ouvert pour lui à la cour d'Avignon, était l’esté Italien de cœur, désirait que le Saint-Siège fût ramené à Home. Le pape n') voulut jamais consentir : de là le ressentiment et les violentes invectives du poète, qui fut aussi passionné dans sa haine que dans ses amours.
Les intrigues et les scènes scandaleuses qui avaient retardé l’élection des papes Clément V et Jean XXII ne se renouvelèrent pas, heureusement, dans le conclave assemblé, en Chl5 , à Avignon , pour la numinatiun d'un nouveau pontife, lai faction des cardinaux ultranionlains, qui s'était alTuihlie (lar la mort de qiielqiies-nns de ses membres, ne put cette fois entraver l'élection , et, seize jours après la mort du dernier pape, dans un essai qu'on lit des suffrages, toutes les voix se réunirent inopinément sur Jacques Fournier, qui prit le nom de Benoit XII. C.e personnage, qu'on appelait le t^rdinal-Blanc, parce qu'il avait conservé l'habit de son ordre, était, sans contredit, le plus modeste et le moins ambitieux de tous les canlinaux composant le sacré collège. Appelé au souverain pontiheat pur un luisard tout providentiel, il lit éclater du haut de cctle éminente position des qnalit('*s précieuses restées jusqu'aloi's ignorées. Le nouveau pape s’occupa d'abord du soin de rétablir la discipline et les bonnes mœurs dans le clergé séculier et parmi les différents ordres monastiques; ensuite, il révoqua la concession des dîmes que Jean XXII avait faite à Philippe VI de Valois, pour subvenir aux frais d'une croisade, et Benoit XII fondait sa révocation sur le motif que cette expédition n'avait pas eu lieu. Le roi de France se rendit à Avignon avec son fils aîné Jean, duc de Normandie, pour conférer avec le souverain pontife sur cette affaire. Bientôt, la guene ayant éclaté entre Philippe VI et Édouard III, roi d'Angleterre, Benoit XII essaya de réconcilier les deux princes rivaux ; mais il ne put voir ses efforts couronnés de succès.
Le pape, cependant, était bien moins préoccupé des intérêts de la politique que de ceux de la religion. Home, veuve de ses souverains pontifes et toujours iinpotiente de les voir ranimer la solitude du Vatican, avait envoyé, en 1335, des ambassadeurs à Benoit XII, qui les avait favorablement accueillis. II se montrait même assez disposé à transporter le Saint-Siège au delà des Alpes, mais il préférait le séjour de Bologne à celui île Home. I.es rapports |m'u favorables que lui
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lii'fnt les nonces qu'il nvnil envoyés exprès en Italie, et les obstacles q>ie le roi de France opposa aux projets du pape, ne tardèrent pas à lui en faire abandonner l'exécution. Alors, se voyant défu dans scs désirs et gêné dans l'exercirc de sa liberté, le pape, qui n'avait pu avoir un palais ni à Rome ni & Rologne, voulut se Ixttir un cbAtean-rort à Avignon, où il lui fiU permis de commander en maître. Il ii'avait pas de meilleur emplacement à choisir que celui où Jean Wll avait commencé à élever son palais; mais, comme tout ce que son prédi'sesseuc avait fait ne répondait pas à la granileur de rédificc qu'il projetait, Renoît fit tout abattre pour élever des constructions plus hautes et plus solides. Il acheva ainsi la partie septentrionale du palais apostolique , qu'il termina par cette immense tour qui domine la ville et la campagne, et qu’on ap|K‘lle la tour de Tronillas.
Kn 1336, Benoît XII reçut A Avignon les envoyés de Louis de Bavière, qui désirait se réconcilier avec le Saint-Siège ; mais cette négociation n’eut pas l’issue favorable que le pape en attendait. On vit ensuite arriver à la cour du souverain |Mjntifc un moine d'Orient, Rarlaam, chargé par l'empereur Androiiic de négocier la réunion des Grecs avec l’Église romaine. Le savant abbé, qui, pendant son séjour à Avignon, s'était lié avec Pélrar(|ue et lui avait enseigné la langue grecque, fut obligé de retourner à Gonstiintiiuiple, sans avoir rénssi dans sa mission. Plus heureux du côté de l'Italie, le pape vit rentrer sous son obéissanec Rologne et d'autres villes lombardes qui avaient suivi le parti de Louis de Bavière. Benoit XII mourut, le 24 avril 1342, plein de résignation et de piété, et accompagné des regrets universels.
Avec (’.lémcnt VI, élu pape en 1342, dans le second conclave d'Avignon, nous allons voir régner des principes tout à fait opposés au rigorisme de Benoit XII. Autant celui-ci avait été simple, au.stère, et peu prodigue des iK-nétices ecclésiastiques, autant son successeur se montra magiiilique, ami du luxe et disposé à répatidre à pleines mains les faveurs de l’Église. Issu d'une familb; noble et riche , Pierre Royer, qui prit le nom de Clément VI , était aussi sorti de l’ordre de Saint-Benoît, et après avoir occupé l’évèclié d’Arras, les arcbevècliés de Sens et de Rouen , il avait été élevé au cardinalat par son prédécesseur. A la suite de son sacre, qui fut célébré avec éclat en présence des premiers princes du sang et des plus grands seigneurs du royaume, il appela par une bulle A Avignon tous ceux qui auraient des grAces A lui demander. Plus de cent mille ecclésiastiques vinrent, dit-on, dans cette ville de toutes les parties du monde ebrétien, et tous s’en retournèrent satisfaits do la libéralité du pape, qui leur distribua généreusement les bénéfices tenus en réserve par l’infiexible Benoît XII. Bien dilTérente des principes de ce dernier, la maxime favorite do Clément VI était qu'il ne fallait pas que personne sortît mécontent du palais d'un souverain.
Au commencement de son pontificat, ce pape eut des démêlés avec le roi d'Angleterre au sujet de la nomination des év êques Quelque temps après, il reçut dans son palais d'Avignon, une députation venue de R(mie, et A la tête de laquelle étaient Pétrarque et celui qui fut plus tard le célèbre tribun Rienzi. Tous deux parlèrent avec éloquence du triste abandon de l’Église romaine, qu’ils dépeignaient dans leur style métaphorique comme une épouse abandonnée implorant avec instaure le retour de sem époux. Mais, malgré leurs énergiques représen-'
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talions, ils ne purent réussir dans l'objet de leur demande. Ils obtinrent seulement la réduetion du Jubilé séculaire à cim|uante ans, et Kienzi, dont le pape avait apprécié le talent, reçut une charge de notaire apostolique. Mais comment une telle place pouvait-elle satisfaire l'ambition du futur tribun qui ré\ait déjà le rétablissement de la république romaine? En effet, de retour en Italie , Kienzi , après avoir sourdement préparé une révolution dans Borne, soulevait le peuple, cluissait les nobles et se faisait proclamer chef du nouveau gouvernement, l’uis, victime à son tour de ses propres excès et de rinconstance populaire, et forcé de fuir le Capitole, il venait pour la seconde fois à Avignon, où il ne trouvait, au lieu d'un asile, que la prison et les fers.
Dans la même année, I3V7, une autre grandeur déchue vint'aussi, en expiation de ses fautes, demander l'hospitalité à la rour d'Avignon. Jeanne de Naples, tille du dernier roi Robert, accusée d'avoir fait périr, dans le château d'Aversa, son jeune époux, André de Hongrie, avait été obligée d'aliandonner son royaume, poursuivie par la vengeance de Louis, frère de la victime Clément VI, qui avait scs vues politicpies, pnvlita du séjour de Jcatine à sa cour et du besoin qu'elle avait de se créer des ressources à tout prix, pour lui acheter la ville d'Avignon qui appartenait à cette reine, en sa qualité d’héiàliérc des comtes de Provence. L'acte de vente fut consenti de part et d'autre, le II juin 13à8, au prix de quatrevingt mille florins d'or. Pour donner plus de valeur à celte acquisition, il ne restait plus qu'à faire affranchir la v ille du droit de suzeraineté que les empercui-s d’Allemagne avaient conservé sur elle. Le pape obtint facilement la renonciation de ce droit, de la part de Charles IV de Luxembourg, dont il avait favorisé l'élévation à l'empire, aux dépeiis de Ixvuis de Bavière, cet in'éconciliable ennemi du Saint-Siège, qui venait de mourir l'année précédente (1317).
Devenu ainsi propriétaire et seul maître d’Avignon, Clément VI put s'occuper, sans être arrêté par aucun obstacle , du soin d'embellir sa capitale. Il fit cotitinuer le palais commencé par Benoit XII; la salle du consistoire, que celui-ci n'avait pu achever, et la chapelle pontificale s’élevéï’ent alors, et furent décorées par les plus habiles peintres que Clément appela d'Italie. D'un autre côté, comme la ville était restée ouverte depuis la démolition des remparts, ordonnée par le cardinal Saint-Ange, le pape voulut la mettre à l'abri de toute attaque. Il commença donc, en 1350, cette magnifique ceinture de murailles qui sont encore l’objet de notre admiration, et qu'il étendit depuis le rocher des Doms jusqu'à la porte du Rhône où il fit sculpter ses armoiries. Par ses ordres, quatre arches du pont, qu'une inondation du fleuv e avait aussi emportées, furent reconstruites, ainsi que féglise du monastère de la Chaise-Dieu, eu Auvergne, où il avait fait sa profession religieuse. Kn élevant ce monument , Clément VI semblait avoir liAlo de préparer sa dei’iiiére demeure. Surpris par la mort, en 1354, au milieu de ces imposants travaux , il fut , selon ses ordres , transporté et enterré dans cette abbaye qu’il avait comblée de biens, d'honneurs et de privilèges.
Sous son pontiticat, et par les secrets conseils de ce pape qui était le fidèle allié de la France , le Dauphiné fnt définitivement acquis à la couronne. Ce fut |iour assister à la consécration d’Humbert , dernier Dauphin de Viennois, à qui le ponlife avait conseillé d’entrer dans les ordres sacrés, que le roi Jean 11 se rendit à
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Avignon, et à relie occasion il donna aux lial)ilan(.s de lu ville le speclade, tout nouveau pour eux, d’un brillant tournoi. Ces fOtes, mais plus encore la bienfaisante sollicitude de Clément VI, purent faire oublier aux Avignounais les tristes souvenirs de la peste qui, en 13V7, avait ravagé la ville. Ce lléau, qui parcourut aloi's toute l’Europe, sévit tellement dans Avignon, que les vivants, dit un historien, ne suflisaient pas à enterrer les morts, et que b*s cimetières des églises n'étant plus assez vastes pour les sépultures, le pape fut obligé d’acheter hors de la ville un champ spacieux, appelé depuis Chamv-I'leurtj, pour y déposer les nombreuses victimes. Au nombre des plus illustres, il est impossible de ne pas rappeler ici la belle Laure de Sade, l’ornement de la cour pontilicale, et dont les charmes, les vertus, et surtout les vers de Pétrarque, ont immortalisé le nom.
.Vprès Ic's neuf jours consacrés aux obsèques des souverains pontifes, les cardinaux, assemblés dans le palais apostolique, élurent à l’unan'mité le cardinal Étienne Aubert, évéque d’Üstie, qui, sous le nom d’innocent VI, fut couronné dans la cathédrale, le 1-3 octobre 1352. Ce pape accueillit favorablement les députés que lui envoya Jean Paléologue pour traiter de la soumission de l’Église grecque à l’autorité pontificale. Le souverain pontife, de son côté, envoya des amiNissadcurs au roi et i la reine de Naples, et à Etienne, prince de Servie, qui avait manifesté l'intention de se réunir à fÉglise romaine. Il écrivit en même temps au roi de France pour l’engager à décharger son peuple du poids des im- |>ôts, et particuliérement à ne pas exiger du clergé le paiement du décime de ses revenus. Celte lettre est du 3 septembre 1356, et, le 19 du môme mois, se livrait la funeste bataille de Poitiers, malgré les efforts des deux cardinaux députés jinr le pajM' pour négocier une trêve entre Jean II et le prince de Galles.
Lu défaite de Poitiers et la captivité du roi de France livrèrent le royaume à toutes sortes de maux dont les provinces du midi eurent aussi à soulTrir. La Provence fut alors ravagée par les grandes compagnies, troupes de soldats mercenaires, sans occupation et sans frein , qui avaient pour chef Arnauld de Senole, surnommé Varchiprélre. Le pape fit prêcher une croisade contre eux; mais, voyant ses efforts inutiles, il manda auprès de lui Arnauld de Servole, qui, au témoignage de Froissart , fut reçu à Avignon comme s’il eût été fils du roi de France. On lui donna fabsolution, et de plus quarante mille écus qu'il réclamait beaucoup plus vivement encore ; à ce prix , il consentit à s’éloigner des terres de l’Église , mais sans pourtant quitter la Provence (1360).
L’année suivante, une nouvelle peste éclate à Avignon, et, dans l’espace de trois mois, emporte plus de 17,000 personnes entre lesquelles se trouvaient cent évêques et neuf cardinaux. Pour réparer celte perte, le pope fit une promotion de huit princes de l’Église , puis, voulant se dérober nu séjour importun de la ville et nu tumulte de sa cour, il fonda la chartreuse de Villeneuvc-lès-Avignon, sur l’emplacement de la mai.son de campagne qu’il y possédait déjà. Hans cette retraite, qu’il surnomma /n rallée de Bcnédiclion, parce qu'il aimait h s’y reposer des travaux de son pontificat, il npprda des religieux de Saint-Bruno, dota richement leur abbaye et marqua lui-même la place de sa sépulture. Ce fut aussi par les soins d'innocent VI que les travaux de-fortification furent repris a Avignon, et que la ville fut entourée de fossés et de murailles dont les attaques des grandes compo-
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gnies iivaient fait reconnaître la nécessité. Le pape ne se borna point à défendre la ville au dehors ; à l'intérieur il Ht régner l'ordre et la justice, en réprimant les abus et les excès d'une bande de malfaiteurs qui, sous son règne, avaient porté le trouble dans la cité. Ce sage pontife mourut le 12 septembre 1362, accablé de vieillesse et d'infirmités. Son corps fut transporté à la chartreuse de Villeneuvelès-Avignon ; mais il n'y trouva point, après sa mort, le repos dont il y avait joui pendant sa vie. Le superbe tombeau qui lui fut élevé, déjà mutilé pendant les gueiTes religieuses, fut vendu à l'époque de la révolution à un pauvre vigneron, dont il orna longtemps la simple demeure. Racheté et restauré depuis, il est placé maintenant dans l'église de l'hôpital de Villeneuve, où l'on peut admirer les élégantes colonneltes, les clochetons découpés de ce magnifique dais de pierre.
Le conclave, réuni pour la quatrième fois à Avignon, ne nomma point sans de grandes contestations le successeur d'innocent VI. Après s'être divisés , les cardinaux français et les cardinaux gascons qui, pour la plupart, étaient alors sujets du roi d'Angleterre, finirent par donner leurs voix à Guillaume de Grisac , abbé de Saint-Victor de Marseille. Comme il était en mission dans le royaume de Naples, son élection, faite le 27 septembre, ne fut proclamée que le 28 octobre, et, trois joui's après, le souverain pontife, qui avait pris le nom d'Lrbain V, fit son entrée à Avignon où il fut couronné sans pompe et sans le cortège accoutumé. Celte simplicité était plus en rapport avec scs goûts et convenait mieux , disait-il, à la situation de la papauté qu'il regardait comme exilée en deçà des Alpes.
Délivré de sa captivité par la paix de Rrétigny, le roi Jean II vint à .\vignon pour lisiter le nouveau pape, et s'y remontra avec le roi de Chypre, Pierre de Lusignan. Sur les instances d'Urbain, qui voulait, comme tous ses prédécesseurs, organiser une expédition dans la Terre Sainte, les deux princes y arrêtèrent le plan d'une croisade ; mais la mort de Jean II et du cardinal de Périgord, nommé légal de l'expédition, vint en arrêter les succès, qui se bornèrent à quelques faits (l'armes contre les Turcs d'Égypte. D'autres causes de chagrin et d'inquiétudes que celles (|ue pouvait lui inspirer le peu de rèussite de la croisade vinrent bientôt assaillir Urbain V, dans le sein même de sa capitale. Les grandes compagnies, à la tête desquelles s'était placé Rertrand Du Guesclin, pour marcher au secoure de Henri de Translamare, reparurent devant Avignon. Craignant avec raison le pillage de la ville, le pape envoya un légat à Du Guesclin, qui exigea, pour ceux qu'il commandait, une aumône de deux cent mille livres et l'absolution. Les habitants furent frappés d'une contribution forcée; mais Du Guesclin refusa d'en recevoir le produit , disant que c'était le pur sang du peuple , et il fallut que le pape payât lui-même la somme, qui fut réduite h cent mille livres.
Sorti de cette fâcheuse extrémité, le souverain pontife s'occupa ensuite de réali.ser un projet qu'il avait fort à cœur ; c'était de rétablir à Rome la résidence du Saint-Siège. Une lettre pres.sante de Pétrarque, et la démarche que fit tout exprès, auprès du pape, l'infant Pierre d'Aragon, saint personnage qui avait changé son manteau de prince pour l'habit de Saint-François, achevèrent de déterminer Urbain V, qui résolut de quitter la France. Mais son séjour en Italie ne fut pas de longue durée. Parti de France en 1367, il revint à Avignon au mois de septembre 1370, ramené, disait-il, par l'extrême désir qu'il avait de récon-
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AVIGNON
dlier les rois de France et d’Angleterre. Ij> mort ne lui laissa pas le temps de réaliser ses paeiQqucs intentions, car il expira trois mois après, dons la soixanteuniéme année de son Age. Pendant sa dernière maladie, il voulut que les portes du palais fussent ouvertes à tout le monde, et couché sur un lit sans ornements, vêtu du simple habit de religieux, qu'il n'avait jamais quitté, il donna, en mourant, les témoignages de la plus fervente piété et de son regret sincère de ne pas avoir laissé le tsaint-Siége en Italie.
Les vœux suprêmes d'Urbain V furent exaucés par son successeur. Pierre Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, élu et couronné pape sous le nom de Grégoire \I, avait toutes les qualités qui le rendaient propre à suivre les traces du pontife vénérable qu'il remploça dans la direction de l'Église. A son exemple, il pensa sérieusement à ramener à Rome le siège de la cour poiitincale ; mais , avant de réaliser ce projet, il eut, en sa qualité de chef spirituel de la chrétienté, bien des obstacles à vaincre , comme bien des devoirs à remplir. Au milieu de la complication des événements du dehors, saitite Catherine de Sienne arriva à la cour d'Avignon pour implorer la gréce des Florentins révoltés. Les discours que cette fille inspircH; de Üicu adressa au pape , et une ambassade que les Romains envoyèrent après le retour de Catherine en Italie, fixèrent la résolution de Grégoire XI, qu'un penchant secret avait toujours porté vers le séjour de Rome. Comme son priMlécesscur, il eut à lutter contre les cardinaux et les obsessions du roi de France, qui envoya son frère Louis d'Anjou à Avignon pour essayer d’y retenir le pape. Mais, ne consultant que l’intérêt de l’Église, Grégoire quitta pour toujours cette ville, le 13 septembre 1370, et, monté sur la galère des chevaliei-s de Saint-Jean de Jérusalem, il alla débarquer à Corneto, d'où il se rendit à Rome, le 13 janvier de l'année suivante.
Ce retour, si souvent appelé par les vœux de Pétrarque, qui était mort en 1372, avant d’avoir eu la consolation de le voir s'ai complir, mit fin à la période que les Italiens ont appelée la eaplivilé de Bnbijloiir. Mais, dans cet événement qu'elle regardait comme fort heureux pour elle, l'Église ne trouva point les gages île paix et de tranquillité qu’elle pouvait en attendre. Grégoire XI lui-même, à son lit de mort, ne prévit que trop bien les fatales conséquences du schisme que devait faire naître la division des cardinaux français et italiens, et les dernières recommandations du pontife attestent combien son Ame , éclniré“e par ce flambi-au qui luit aux regards des mourants, était tristement préoccupée du sort de l’É.glise.
Ses prévisions ne furent point trompées. Après sa mort, deux élections différentes élevèrent Clément VII et Urbain VI à la papauté. Le premier fixa son séjour à Avignon , et le second à Rome. Nous n'avons pas ù rapporter ici les discordes , les guerres et les excommunications réciproques auxquelles donna lieu ce funeste schisme d’üccident. Pour ce qui concerne particulièrement l'histoire d'Avignon, contentons-nous de remarquer que la rivalité des deux papes porta autant de préjudice aux intérêts de cette ville qu'à ceux de la chrétienté. Nonseiilement Avignon perdit, sous ses deux derniers pontifes, la splendeur que Rome avait reconquise, mais il devint le théâtre de dissensions et de guerres auxquelles la pv!st*! vint plusieurs fois ajouter ses ravages. .Appelé à remplacer Clé-
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ment VU, mort on 139\, l’iiilloxibU' BcnoU XIII n'nvait point été rcronnii par plusieurs princes (|ui s'(^tnient déclaras en faveurdii pape de Borne. I.eroi de France lui-mi'nu; voulait obtenir de Benoit une cresion volontaire, seule capable de mettre lin nu sebisme. X'ayant pu parvenir à vaincre son obstination, il envoya, en U02, une armée sous les ordres du maréchal de Boucicaut , auquel le pape opposa son fri'i’e, Bodrigue de I.una, qui commandait dans Avignon, avec un corps de troupes cs|)agnoles. Fatigmw de supporter les excès de cette garnison étrangère , les babitanls de la ville ouvrirent leurs portes à Boucicaut, tandis que, du haut du rocher des Bonis, où il s'était fortifié. Benoit contiimait de foudroyer les principaux quartiers ai ce le feu de son artillerie. Forcé enfin d'abandonner sa dernière retraite, l'opiniâtre pontife, que n'aiait point abandonné l’espoir de rentrer dans Avignon, y renvoya plus taixl son frère, avec ordre de se fortifier de nouveau dans le palais pontifical. L’arrivée d'un légal envoyé par Alexandre |Muir chasser de la ville et du Comtat toutes les troupes espagnoles, détermina l'attaque de la forteresse par les Avignonnais, et, à la suite d'assauts fréquents et meurtriers, ils obligèrent Bodrigue de I.una à capituler, le 22 novembre lill. Alors Benoit XIII , que repoussaient également et la France et l'Italie, se retira k Panisnila, en Espagne, d'où il continua de braver toutes les puissances liguées contre lui. Cet homme extraordinaire, dont le caractère n'avait pu fléchir ni sous le poids du malheur ni sous le fardeau de scs quatre-vingt-dix ans, muunit dans celte obscure retraite, en l’année li?3.
Avec Benoit XIII se tenninc l'histoire des papes d’Avignon, que nous avons cru devoir continuer jus(|u'ici , bien que Pierre de I.una et son prédécesseur ne soient pas cités au nombie des souverains pontifes |iar la plupart des écrivains ecclésiastiques. Pendant cette période pontificale que nous venons de parcourir, .\vignon s'agrandit, changea d’aspect, se couvrit de palais somptueux, adopta des usages étrangei’s, mais perdit du cAté des mieiirs ce qu’il gagna en luxe et en richesses. Devenue le centre d'une population nombreuse , cette ville servit, comme toutes les capitales, de fojer A une foule de vices, dont Pétrarque nous a laissé le tableau rembruni des plus sombres couleurs. Quand les papes l’eurent abandonnée, elle cessa de jouir des avantages dont elle était redevable à leur présence, et ne trouva |ins dans leur éloignement une juste compensation aux inconvénients que le séjour d'une cour étrangère avait entraînés à sa suite. Modeste succursale de Borne, perdue, bien loin de la métropole catholique, dans un petit coin de la France, elle ne fut plus gouvernée que par des légats ou vice-légats , chargé-s d'administrer la ville au nom du pape.
L’origine du pouvoir des légats d'Avignon date de l’année 1409, lorsque Alexandre V y envoya Pierre de Thurrei pour reprendre la ville occupée par la garnison espagnole que commandait le frère de Beno't XIII. .Ayant pris possession du palais apostolique, h*s légats continuèrent d’y résider avec le litre et l'autorité de vicaires généraux du Saint-Siège . tant pour le spirituel que pour le temporel. Ils avaient les mêmes pouvoii-s que le grand pénitencier de Borne ; ils étaient de plus surintendants généraux des armes du pape dans l’État d’.Avignon et du romiat Venaissin. Les tribunaux leur étaient sulmrdonnés ; ils avaient le
AVIGNON
droit (le juger par appel toutes les alTaires ecclésiastiques, civiles et criminelles. Ils port.iieut le titre A'txceVence , et avaient une garde de deux ceut-s hommes, composée de ctievau-légcrs, d'infanterie et de Suisses.
Poursuivons maintenant le résumé des faits historiques qui se passèrent sous l'administration des légats, depuis le xv' siècle. En 1432, les Avignonnais, ii'ayant pas voulu reconnaître pour gouverneur Condulmieri, frère d'Eugène IV, nommèrent à sa place le cardinal Alphonse Carriglio. I,e comte de Foix, frè c du cardinal de ce nom, que le pape avait envoyé pour remplacer le gouverneur dé|H)ssédé, vint assiéger la ville et força les habitants à se soumettre (I4.‘13). De cette é[«)que jusqu'aux guerres religieuses du xvi' siècle, nous ne trouvons à signaler que le st’jour de .François I" à Avignon, et les fêtes brillantes qui y furent célébrées lorsque ce prince alla au-devant de la jeune làitherine de Mé'diris, qu'amenait en France son oncle, le pape Clément VII (1533). Quelques annétvs après, lors de l'invasion de Charles-Quint en Provence, la ville fut occupée militairement par un détachement de l'armée du connétable de .Montmonmey , qui ('tait venu ramper sous ses murs pour repousser les Impériaux,
Dès le commencement des guerres de la réforme, .Avignon se ressentit des troubles qui agitaient le .Alidi. Les principales villes qui l'environnaient ayant pris parti pour les calvinistes, la cité pontillcale trembla, et son commandant militaire. Fabrice Scrbelloni, neveu du pape, s'entendit avec les magistrats pour lu mettre en état de défense. Inutilement, le primiclcr de. l'université, Perrinet-Parpaille, l'un des chefs les plus exaltés de la faction protestante, et qui s'était signalé par la dévastation des églises, essaya de faire triompher sa cause à Avignon, Arrêté au moment où il amenait un convoi d'armes, il fut jugé, puis exécuté dans cette ville, le 9 septembre l.'>ti2 , et l'emplacement de sa maison, qu'on rasa, fut changé en une place publique. Le baron des Adrets échoua aussi devant les fortes murailles et la courageuse défense de la ville , qu'il tenta de surprendre après la bataille de Valréas. Malgré les efforts des partisans de la réforme, qui plus d'une fois voulurent soulever les habitants en faveur de leurs coreligionnaires, .Avignon resta toujours fidèle à la cause du cntholidsme ; les complots calvinistes furent découverts, et leurs auteurs punis du dernier supplice ( 1581 1.
Pour maintenir les Avignonnais dans leurs bonnes dispositions, les rois Charles IX et Henri III, accompagnés des princes du sang et de toute leur cour, visitèrent successivement la ville, le premier, en 1504, et le second, en 1.574. Henri III ouvrit a Villeneuve les états du I-onguedor, et, pendant son séjour à Avignon, se lit inscrire sur la liste des pénitents blancs dont il voulut, selon ses dévotes habitudes, suivre la procession et les exercices religieux. les Avignonnais reçurent encore dans leurs murs Louis Xlil, et plus tard son ministre, le cardinal de Richelieu, alors que mourant, mais respirant la vengeance, il remontait le RluAne en traînant à sa suite Cinq-Mars et de Thou. En 1600, Louis XIA’, allant l•ccevoir à la frontière des Pyrénées sa jeune épouse l'infante Marie-Thérf-se, passa les fêtes de Pâques à Avignon , dont il devait s'emparer quelques années après pour venger ses griefs contre la cour de Rome, l'n aiTêt du parlement, de IG.'3, portant la réunion de cette ville ù la France, fut mis à exé'cution dans l'année 1088. Rendue nu pape l'annt'e suivante, elle fut encore, en 1768,
CO.MTAÏ Ü'AVIÜNON, ETC.
i-eprisc par l.ouiH XV, qui Otait jaloux de punir l'alTrnnt fait |>ar Clément XIII au duc de Parme, l'ne nouvelle restitution la replaça sous l'autorité des souverains ixnitifes , jusqu'à l'é|K>que où 1a révolution française vint leur enlever pour toujours Avifriion et le comtat Venaissin.
Ces premiers signes de riiisurreetion se manifestèrent en 1790, à la suite d'une disette, qui porta le peuple à piller les greniers du couvent des Dominicains. Bientôt le mouvement se poursuit, et, le 10 juin, le légat ('.asoiii, ayant été forcé de quitter la ville, les armes de France .sont substituées à celles du pape, et le gouvernement est confié aux magistrats munici|>aux. .Au mois d’avril de l’année suivante, l’assassinat du maire de Vaison, nommé liivilasse, devient, entre Avignon et Carpentras, le signal d'une guerre dont les détails sont donnés dans l'histoire de la dernière de res deux villes. Pour terminer la lutte , l'assemblée nationale envoya trois commissaires : Verninac Saiiit-Maur, Lescène-des-Maisons et l’abbé .Mulot, qui furent reçus avec enthousiasme, et, le 14 septembre 1791, un décret , rendu sur la proposition du député Omus, réunit à la Frana- .Avignon et le comtal Venaissin
De nouveaux commissaires furent envoyés, pour assurer l’exécution de ce décret ; malheureusement leur tardive arrivée ne put prévenir les honûbles massacres qui alors ensanglantèrent la ville. Ce général de l'armée avignonnaise, qui avait échoué devant Carpentras, et qu’on appelait Jourdan Coupe-Tétr, à cause de sa cruauté, était ivntré dans .Avignon. Témoin de la mort de Cécuyer, greffier de la commune, assassiné dans l'église des Cordeliers, où il s’était rendu pour calmer l'émeute populaire du 16 octobre 1791 , Jourdan jura de venger is' meurtre, et s'en servit comme de prétexte pour ordonner le massacre de la (itaeière : soixante-un malheureux prisonniers, renfermés dans la tour de ce nom, furent assommés à coups de barres de fer et jetés du liant de la tour dans le précipice civusé à ses pieds. Cette horrible exécution fut aicomplie sous les yeux du lieutenant-général Agricida Peyt.ivin.
Détournons maintenant les regards de cet affreux spectacle, pour reporter notn* attention sur un fait fort intéressant, à cause du personnage <|u'on y voit figurer. .A la fin de juin 1793, aloi-s que la cause du fédéralisme mettait tout le Midi en insurrection, un convoi, chargé de poudre et commandé par un jeune officier d’artillerie détaché du régiment de Valence, entra dans Avignon ; cet officier «Hait Napoléon Bonaparte. Il laissa son convoi, destiné .à l’armée d'Italie, et se logea chez M. Bouchet, négociant, rue Calade. Presque aussitét les fédérés marseillais, qui voulaient faire leur jonction avec les bataillons du Gard et de l’Hérault et soulever les départements riverains du Khéne, firent aussi leur enlrt'Hî dans la ville, et répandirent la terreur et la mort parmi les partisans de la Convention. Bonaparte, qui était tombé malade dans l’asile hospitalier où il s’était tenu prudemment caché, ne prit d’abord aucune part à In lutle des partis. Mais, le 26 juillet, une petite armée, commandée par Cnrteaux, s’étant avancée pour arrêter les progrès de la fédération girondine, le jeune lieutenant d’artillerie se déx-ide à sortir de sa retraite; il va trouver le général au camp des Allobroges, et il lui donne l’assurance qu’avec deux pièces de canon il se chargerait de reprendre Avignon sur les fédérés. I.e lendemain, l’attaque est comuiencée par l'armée de
AVIGNON
CarteaiiY , qui d’abord est repoussée sur trois points ; mais Bonaparte démasque et pointe lui-méme sus pièces qu'il avait fait placer au delà du Ileuve, sur l'ancien rocher dit de la Justice , de manière à découvrir la plate-forme de la roche des Uoins. Du premier coup, il démonte une pièce aux Marseillais, et du second il leur tue plusieurs canonniei's. L'effet de cette batterie qui continua de tirer fut tel, que, le désordre s'étant mis parmi les fédérés, le généinl Villeneuve se vil forcé d’ordonner la retraite des Marseillais. O fut là le premier fait d'artnes de Napoléon Bonaparte ; il rentra victorieux dans .\vignon, et y resta chez son InUe jus(|u'au moment où son étoile l'appela au siège de Toulon.
Vingt-deux années s’écouléreid, et l’homme prodigieux dont nous venons de rappeler les débuts étant tombé pour la seconde fois sur le champ de Waterloo, le Midi, toujours agité par de violentes passions politiques, se trouvait en proie à tous les excès d'une réaction furieuse ; le maréchal Brune, placé en 1815 au corps d’observation sur le Var, en fut la plus illustre victime. Après avoir fait sa soumission au gouvernement royal et s’étre muni d’un passeport, il s<! dirigea vei-s .\vignon, où il arriva le i août IBI.'v. Instruite de sa présence dans la ville, une |)opulare furieuse s'ameute et vient , en proférant des cris de mort , assiéger l'hétel du Palais-lloyal où le maréchal était descendu. Vainement le maire de la ville, qui voit que l’inlenenlion du nouveau préfet, M. de Saint-t'hainans, est impuissante, court SC revêtir de ses insignes, et placé devant la porte, veut calmer et repousser la foule avidt! de sang. Ses prières, st^s efforts sont inutiles, car les plus furieux escaladant la maison, et d(‘scendant du toit sur un balcon qui communiquait à la chambre dans laquelle le maréchal Bnine s'était barricadé , enfoncent les fenêtres, le blessent d'abord d'un coup de pistolet, puis le tuent d'nn coup de carabine tiré à bout portant Le corps, souillé de tous les outrages, fut traîné dans les rues; ensuite on le jeta du haut du |K>nt dans le Hbône, et sur la quatrième arche on écrivit en lettres rouges : Tombeau du maréchal tlnine.
Il nous reste à visiter les principaux monuments d'.\vignon, si riches en souvenirs. A l’ouest de la ville, le château des papes montre sa fayade toute militaire avec son enirév; formidable , ses mâchicoulis formés d'une immensr; arcatui-e ogivale, les profondes entailles de ses herses et ses voûtes sombres et sonores. Du cûté opposé se déploie sur un long espace un assemblage irrégulier de tours ét de courtines s'étendant des escaliei's de Sainte -Anne nu quartier Saint-Symphoiien. Au nord, un corps de bâtiments défendu à l'un de scs angles par la tour découronnée de Saint-Jean renferme les prisons où gémirent tant de victimes. Se dressant à pic .sur la ba.se inébranlable de son rocher, la partie méridionale sr'mble toujours prête à crouler sur la ville, et n’csl accessible que par un étroit sentier creusé dans la roche vive. L'incendie ravagea plusieuisi fois, iHvlamment en 1^13, ce singulier monument, sorte de palais-forteresse qui est aujourd'hui un quartier et une |irison de soldats.
Tout à côté, sur le rocher des Donis, qui est le bereeau de l'antique cité avignonnaise, s’élève l’église métropolitaine dédiée à Notre-Dame, et dont la tradition rap|K>rte la fondation première a sainte .Marthe. Selon une légende, rapportée par Bernard Guidon, pénitencier de Jean XXII, la sœur de l.azarc, après avoir vaincu la Tucasque, et converti an christianisme les habitants d'Avignon,