‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 22 sur 120 · ORANGE · texte numérisé non relu

ORANGE

Lorsqu'on arrive à Orange, par la route du Nord, il est impossible de ne pas ressentir une vive impression , en passant sous son are de triomphe antique, l'un des monuments les mieuv eonservés que la civilisation romaine ait laissés sur le sol de la France. Ses formes et son ornementation, les trophées d'armes qui le décorent, ses deux grands bas-reliefs, représentant des batailles, ont fixé depuis longtemps l'attention des archéologues et donné lieu à bien des discussions : le nom de Varia, qu'on y voit inscrit, a fait supposer, mais par une grave erreur, qu'il avait été consacré à la gloire de Marins, vainqueur des Ambrons et des Cimbres. Quoi qu'il en soit de la destination de cet arc triomphal, son aspect dispose bien i la contemplation d'un autre monument romain , plus imposant encore, qu'on rencontre en pénétrant plus arant dans la ville ; nous voulons parler du théâtre antique dont la façade septentrionale formée de blocs énormes, percée de trois portes et ornée seulement d'un rang d'arcades simulées, produit à l'reil l'effet le plus grandiose. Les traces parfaitement visibles d'un violent incendie ajoutent encore à cette impression, en rappelant les vicissitudes divei-scs de ce monument qui , changé en forteri-sse , soutint les assauts des barbares et finit par servir de bastion avancé au château des princes d'Ilrange. Ce château, dont il ne reste plus que des ruines, s'élevait sur la colline contre laquelle le théâtre est appuyé, et de ce dernier monument un portique, subsistant en partie, conduisait autrefois â un immen.se hippodrome de forme elliptique.

Ijt ville ancienne, beaucoup plus grande que la ville moderne, .se développait sur toute la colline, et son étendue, tracé-e çù et là par des murailles antiques sortant de terre, peut faire croire qu'elle renfermait une population considérable. t> vaste périmètre, la grandeur des monuments romains, des débris de thermes et d'aqueducs, des fragments de voies militaires conduisant à Orange, sont pour nous des témoignages irrécusables de l'importance que cette cité avait au temps des C.ésars.

Orange, appelé par les géographes latins Àrausio Çnvarum, fut d'abord une bourgade celtique, dépendant du pays des Cavarcs, et située au sommet de la montagne qui domine le cours de la petite rivière de Mcyne. De cette situation, les élymologistes ont fait dériver son nom primitif d'Aruiiion. Au temps de l'invasion romaine, la ville qui, déjà, sans doute, s'était étendue jusqu'au pied de la montagne, fut entourée d'une enceinte fortifiée ; elle devint alors un dépôt de vétérans de la seconde légion , comme l'indique le nom de Seeundanorum f.'o/onùi, qui lui est aussi quelquefois donné. Les Romains se plurent à embellir cette cité qui devint bientôt l'une des plus llorissantcs de la Gaule Narbonnaise. Outre les monuments remarquables dont nous venons de parler, ils y élevèrent des temples, et, par des canaux qui traversaient la ville en tous sens, ils y amenèrent les eaux d’Eygues, de la Meyne et du Groseau.

Tombée de bonne heure au pouvoir de Jules César, Orange fut prise et saccagée par Vercingétorix. Plus lard, les Allemands, puis h‘s Yisigoths et les

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Sarrasins, viiimil l'assirger cl la mettre au pillage dans le cours des v*, vr cl VII' siècles. Au commcnccnienl du siècle suivant, elle était gouvernée par un comte, nommé Théophud ; son fils, portant le même nom, fut tué, en 730, dans la dérense qu'il opposa aux Sarrasins. Ceux-ci restèrent longtemps maîtres de la place, qui leur fut reprise en 793 par Guillaumc-au-Cornet, auquel Charlemagne, en récompense de ses exploits contre les infidèles, donna le gouvernement de la ville, (luillaume est regardé comme le rlicf de la première maison d'Orange. Il mourut en 806 et laissa un fils, nommé Bernard, qui lui succéda au comté de Toulouse, tandis que sa fille Ilérimbrue prit possession du comté d’Orange. Mariée à un seigneur de Provence , dont le nom est inconnu, elle gouverna jusqu'en 839; après sa mort, ses deux fils, ITgon et Rorgon, administrèrent ensemble le comté pendant quarante ans. Alatays, fille de l'un d'eux, réunit leur double héritage; mais son règne fut troublé pur les difficultés que lui suscita son fils RamlKiud I”. Celui-ci ne jouit de la succession matemcllc que durant quatre années et, sous son administration, la guerre, la famine et la peste désolèrent Orange (910).

On voit régner ensuite Rozon, dont les successeurs sont inconnus jusqu'à Céraud-Adhéinar , sous le gouvernement duquel l'évéque d'Orange est réinstallé dans cette ville. (îéraud, mort en 1096, eut pour successeur Itamimud II, qui périt en combattant vaillamment contre les infidèles. Il ne laissa qu'une fille, du nom de Tiburge, laquelle épousa Guillaume II, descendant du comte llgon. Tibnrge, selon lu tradition, fit reconstruire les murailles d’Orange, en partie détruites par les Visigoths, et cette nouvelle enceinte subsistait encore au temps où le princes de Nassau la remplacèrent par des fortifications modernes. Guillaume III, fils de Tiburge, lui succéda en 1150, et régna conjointement avec son frère Kambaud III qui, étant mort sans enfants, laissa la moitié du comté à sa sœur Tiburge II. Celle-ci s'unit à Bertrand de Baux, et de ce mariage devaient naître les princes de la seconde maison d'Orange. La première s'éleigtiit avant la lin de ce siècle dans la personne de Kambaud IV, fils et successeur de Guillaume III (1183].

I.a famille des Baux avait commencé son règne sur la moitié du comté d’Orange, dès rannée 1173, par Bertrand I", l'époux de Tiburge, héritière de Kambaud III. Bertrand, après avoir eu des démêlés violenis avec le comte de Toulouse, Raymond V, meurt assassiné par les ordres de ce prince, le jour de Pâques 1183. Son fils Guillaume V lui succède; il est le premier qui s'intitule : Prince d’Orange, par la grâce de Dieu, et à ce titre il joint ensuite celui de roi d’Arles, que lui concède l'empereur Fivdéric II, par une charte datée du 13 janvier 12H. Guillaume VI le remplace en 1225, et règne avec son frère Raymond I", lequel continue de partager l'administration de la principauté avec son neveu Guillaume VII , héritier de Guillaume VI , mort en 1239. Vinrent ensuite Raymond II, en 12i8, et en 1272 ses fils Bertrand II et Raymond III. En 1282, Bertrand III , fils de Raymond 1", réunit les parts de ses neveux , et dcvietit seul maître de la principauté d'Orange, par la donation que Charles II , roi de Sicile , lui fait des droits qu'il avait acquis, .sur cette principauté, des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem auxquels Tilxvur, fille de Guillaume III, avait légué sa part

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