‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 24 sur 120 · IV. n · texte numérisé non relu

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106 COMTAT D’AVIGXON, ETC.

mnnd V visita (^arpciitras, en 1160, et oiigajiea sa parole aux habitants qu’il ne construirait jamais aucune lurtercssc dans leur ville. Kavmund VI viola cette promesse de son pbre; il guerroya contre ses vassaux du ^■ellaissin, chassa révpque de Carpcntras, et y bâtit un château dont une tour .subsiste encore.

En 1229, l'jirpentras et tout le comiat Venaissin passèient sous la domination papale. Avant de retourner en Italie, le légat confia l'administralion du pays à .Vdam de .Milly, vice-gérant du roi de France en l-anguedoc, et à l’érégrin Latinier, sénéchai de Beaucaire. Le comte de Toulouse n'en conserva pas moins un oIBcier, |>onr maintenir ses droits dans ie Venai.ssin, que le i-oi goiivei liait au nom du pape. Bientôt même sa cause fut ouvertement embras.sée par saint Ixvuis, et, à rorcnsion du projet de mariage entre Alphonse de l'oitieisi et .leanne de Toulouse, signification fut faite par le roi au Saint-Siège, qu'il ne voulait plus conserver la garde de » cette terre en delà du Itliùiie, dans l’empire ipie le « cardinal-légat avait confié à son hayle. ■> Le pape alors, par rentremise de son chapelain, Pierre de Colmieu, retira i'adiniiiistrniiun du Venaissin des mains du roi de France. Sur l’avis du légal et des évéïpies, Pierre l’.olmieu en chargea l’archevêque d'Arles, Jean des Baux, assisté de Bt-roardi, évêque de Carpentras. Ix prieur Guiliaume de Porta eut ia garde du château de Mornas, et Rostaing Bélingéri, évêque deCavaillon, celle du château d'Oppéde.

t'.ependant la politique ambitieuse des pajK's et la guerre contre les Albigeois avaient singulièrement affaibli l’autorité pontificale ; quand l’archevêque d’Arles et l’évêque de ('.arpeniras voulurent exercer leurs fonctions de recteui's, il y eut de grands troubles dans le pays Ixs bataillons disjicrsés des Albigeois descendirent des montagnes et se joignirent aux mécontents, l’n condottiere, Torello di Strata, les réunit en corps d’armée, au nom de l’empereur Frédéric, qui venait de confirmer à Raymond VII , comte de Touiouse, ia souveraineté du Venaissin, en y ajoutant les fiefs de l’islc, Carpcntras, Entraigues, Caderousse, Mélhamis, Pierre-Latte cl Entrerhaux, lesquels précédemment ne relevaient que de l’Empire. Les troupes de Raymond, commandées par le sénéchal Barrai des Baux, ne tardèrent point, avec le secours de l’armée impériale, à le remettre en possession des piaccs les plus importantes ; mais une excommunication, fulminée par le légat contre le sénéchal et Torello di Strata, arrêta tout à coup ces deux généraux dans leur marche victorieuse. Instruit jvar l’adversité, le comte usa de ruse; l’excommunication fut levée, et enfin le pape Innocent IV lui assura la jouissance du Venaissin, sauf le droit de réversion au Saint-Siège, dans le cas où sa postérité viendrait i s'éteindre. L’uni(|uc héritière de Raymond, Jeanne, avait épousé Alphonse de Poitiers. Tous deux étaient à la croisade , lorsque mourut Raymond (27 septembre 1219). Alphonse et la comtesse sa femme, étant morts aussi, à leur retour de la Terre Sainte, l’hilip|)c-lc-llardi cassa le testament de Jeanne, qui démembrait le Venaissin, en faveur des enfants d’.VImaric de Xarbonne et de Charles d’Anjou. Il s’empara du comiat; mais l'évêqnc de Carpentras fit insérer cette prudente réserve dans l'acte écrit de son hommage ; SavJ nétinmoins les druilt de C Église romuine. Grégoii'c X se prévalut, plus lard, de cette n'serve, dans l'entrevue qu’il eut avec le roi à Lyon (f273r. L'État Venaissin fut de nouveau cédé à l’Église, et, en janvier 1274, an château de Sorgues, Guillaume de .Saint-lxurenI,

CARPENTRAS. 107

comiTier du papo, et Bernard, arriievéque d'Arles, rccui’cnt le serment de fidélité des liahilants.

I,e 27 avril 127V, ('luillaume de Villaret, chevalier de Saint-Jean-dc-Jérusalem, praiid prieur de Saint-Gilles, Tut nommé recteur du comtat Venaissin, aux appointements de quinze sols tournois par jour. Le pape avait compris qu’il ne fallait pas moins qu'un homme de guerre, pour administrer un pays où l'hérésie pouvait être vaincue, mais i|ue les discordes civiles avaient violemment désorganisé. La légitimité du |Hiiivoir était douteuse, le lien social relflrhé; la noblesse avait profité des troubles, pour usurper de plus grands privilèges, et les communes étaient redevenues une force redoutable et envahissante. Villaret prit des mesures énergiques : il lit occuper militairement tous les châteaux par .ses hospitaliers ; luiméme se plaça en oivservatioii dans les forts de Beaumes et de Pernes, d’où il surveillait tout le comtal. Mais les cœurs étaient trop aigris, les souveidrs de la liberté encore trop présents, pour que ce joug sacerdotal et militaire fût accepté sans murmure. I.es nobles et le peuple nourrissaient une profonde haine contre le clergé; b-s teiTes de France servaient de refuge, dans l’occasion, à tous les aventuriei's qui infestaient le comtat ; et, dans l’espoir de les employer un jour à la ruine de leurs oppresseui’s, la n(d)lcsse et les communi‘s entretenaient secrètement des intelligences avec eux. Eu 1282, une conspiration se forma contre l’évéïpie de Garpentras; quatre-vingts des principaux conjurés sortirent en armes et s'assemblèrent â lu chapelle de Saint-Georges, au terroir d’Aubigrmn, où devaient les rejoindre tous les mécontents. L'évéciue eut vent de la conspiration; il eu avertit Villaret, (|ui descendit aussitôt du fort de Beaumes, suiqu'il les conjurés, fit prisonniers tous les chefs et les livra à une commission composée du sénéchal, du viguier, des évibiues de Gavaillon et de Vaison, et du capiscol d’Orange. Pour apai.ser la noblesse , Villaret lui accorda certains privilèges ambitionnés par elle, tels que Vexemplion des droits de /ods; et afin de rendre, ce qui était encore beaucoup plus essentiel, tout conllit avec les communes désormais impossible, il établit et fixa leurs franchises dans une sorte de constitution, dont malheureusement il ne nous reste aucune trace.

De 1287 à 121t!) furent successivement recteurs du comtat Venaissin les chevaliers Henry de Gibertiis, Jean de Grillac, Philippe de Bernison, et les trois frères de Francesi. Os gouverneurs ne nous sont connus que par les actes des hommages que les feudaluires leur prêtaient, à chaque avènement, sous la feuillée dressée devant la porte du château de Pernes. Les détails nous matiqueiit sur les querelles incessantes des communes ,avcc les évêques; mais au milieu de ces disputes , sans motif bien avéré, un fait très-significatif nous parait digne de remarque : c'est l'empressement des nobles à briguer les fonctions municipales. Iji cause de la noble.ssc; était devenue, à peu de chose près, celle du peuple; ou plutôt elle se fondait insensiblement avec la haute Ivourgeoisie, sentant fort bien qu'il n'y avait place pour elle dans le pays, qu',â la seule condition de n'y plus être n-gardée dorénavant commeame caste étrangère. Toutefois, l'élément démocratique dominait dans ces premiers parlements, contre lesquels se brisait la volonté de l'évêipie. Tout citoyen, père de famille, était de droit membre de ces assemblées turbulentes, tenues habituellement dans les églises, à des époques irrégu-

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Hères. Ce ne fut qu’en 1.330, lorsque l'action du pouvoir paiwl fut généralement acceptée, que la bourgeoisie, conduisant le mouvement, put lui imprimer une marche plus régulière.

I.a première lutte des communes dut être pi'ovoquéc par la question de l'impét. En 1283, Itaymond de Mazan eicommunia les syndics de Carpentras, qui avaient levé des tailles extraordinaires sans autorisation. Les syndics passèrent outre, et la ville s'imposa elle-même, les années suivantes. C'élaient chaque jour de nouveaux débats au sujet de la dimc. Vénasque, Cavaillon, Masan, Saint-Didier, Malemort, se réunirent en parlement dans l'année 1289; un sergent de la cour rectoriale et des familiers de l'évêque furent attaqués et blessés dans les rues par des citoyens de Carpentras. En 1292, 1293 et 1291, le port d'armes est défendu sous les peines les plus sévères. Jean de Crilloc se vante d'avoir retenu les Comtadins dans la foi de l'Église; Bérenger Fomery, le fougueux successeur de Raymond de Mazan, lance coup sur coup trois excommunications contre les habitants de Carpentras. La lutte contre l'évêque continue : ou lui conteste les moindres droits seigneuriaux. Bérenger voit toutes ses foudres ecclésiastiques tomber sans atteindre personne. A cette époque de lutte remontent évidemment les nombreux privilèges qui, pendant cinq siècles, ont fait du comtat Venaissin un État à part. Ces privilèges ne furent nullement octi’oyés proprio tnotu, comme les papes l'ont dit dans leurs bulles ; ce n'est qu’après une longue et pleine jouissance qu'ils les confirmèrent par différents édits. Bien avant les bulles de Grégoire XI, de l*ie II et de Léon X, les associations communales, formé-es, organisées, avaient Icui's chefs et témoignaient de leur existence par tous les actc's de la vie )>olitique.

Au mois de juin 1300, Bertrand des Baux, prince d'Orange, fit hommage au recteur du Venaissin, Mathias de Théate, pour le fief de Mérindol, dont il venait de dépouiller le sire de Mévoillon. Après quoi, ayant convoqué tous scs vassaux ou amis du comtat et du Dauphiné, il Se mit à guerroyer contre le recteur. Celuici eut recours, comme d'hahitude, à l'eicommunication ; mais comme d'habitude aussi cette arme, déjà bien émoussée, fut parfaitement inutile, et Mathias sc vit contraint d’appeler à son aide le grand inquisiteur de Provence , qui fit cesser les hostilités. O fut là la dernière querelle vidéîe à la manière féodale, par chevautchées cl genlih abatlemenis de guerre.

En 1313, le pape Clément V, fatigué des obsessions de Philippe-le-Bel, ne crut pouvoir échapper à son implacable ennemi qu'en se réfugiant à l'arpentras; mais déjà la main de Dieu s'était appesantie sur le pontife. Son agonie avait déjà commencé lorsqu'il sc résolut enfin à partir pour Bordeaux : à peine arrivé à Roquemaurc, il y décéda le 20 avril 1314. Son corps fut transporté A Carpentras, pour y être inhumé dans la cathédrale. Vingt-trois cardinaux s'étaient déjà réunis au palais épiscopal afin de procéder à son remplacement. Les dernières promotions de Clément V assuraient une supériorité marquée au parti français. Mais les Italiens formaient une minorité compacte, inaccessible à toutes les séductions, et plus de deux mois s'écoulèrent en débats inutiles. L'élection du nouveau pontife semblait indéfiniment ajournée. Tout à coup, un malin (le 24 juillet), il se fit un grand tumulte dans les rues de Carpentras. Des bandes armées se répandiient dans la ville en criant : Meurent let Italiens! nous voulons un pape!. Cn

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renfort leur vint bientôt de Monteuv : c’iHaient des hommes d'armes de (lUiennc eommandés par le sire liertrand de Cioth, vicomte de Lomagne et ne\eu de (élément V; un vrai soudard du xiv siôcle, brave, brutal et avide, auquel importait peu au fond le choix du nouveau pape, mais qui de l'aflluencc de tous ces riches marchands romains, tenant foire aux alentours du conclave, et de la présence de cette luxueuse cour pontificale, se promettait une belle et fructueuse chevauchée. Il avait en passant pillé, suit à Roqnemaurc, soit nu chôteau de Monteux , dont il était co-seigneur, le trésor du pape défunt; puis, laissant à Roquemaure même le corps de son oncle exposé à tous les outrages, il a>ait marché rapidement sur Carpentras fous le pieux prétexte de réclamer ses dépouilles mortelles.

line dispute de valets engagea le combat. Aussitôt les marchands romains prennent les armes; les familiei'S des cardinaux suivent leur exemple : quelques agresseurs sont blessés dans le tumulte. Ix recteur, Guilhem de Budos, dévoué d'ailleurs au parti français, ou craignant peut-être que la journée ne tourniU toute au profit de son cousin, Bertrand de Goth, se décide alors et ameute les bourgeois et le peuple. lu) ville se remplit d'aventuriers. On attaque, nu son des buccins, les maisons des marchands, les hôtels des cardinaux. Tous les étrangers qu'on rencontre sont massacrés indistinctement. .\n milieu du désordre, le feu prend à quelques maisons; les flammes, poussées par le vent, attaquent le palais épiscopal, dont In foule avait enfoncé les premières portes. I.es cardinaux, épouvantés, pratiquent à la liiHe une ouverture sur les derrières du palais, et, protégés par l'incendie, réussissent ,i gagner la campagne. I a nuit venue, le pillage ne s’arrête pas plus que le meurtre : la moitié de In ville s'abîme dans les flammes. Pendant cette scène d’hori'ours, I • corps du pape est l'esté sans gardes : une étincelle tombe sur le cercueil ; il s'embrase , et le cadavre est consumé en partie.

Le 12 avril 1.3-20, par sa bulle de disuiembralion, Jean XXII délruisit In puissance temporelle de l'évêque, qui dès lors fut concentrée dans les mains du recteur. A partir de celte époque, celui-ci quitta le chiHeau de Pernes, et fixa sa résidence à Carpentras. Pendant la guerre civile de (3iarles de Duras contre la reine Jeanne, l'archi-prêtre .Arnaud de Servole menaça la ville. Innocent VI la fit ceindre, en 1.363, des murs qui l'entouraient encore, il y a quel(|ues années, et qui la garantirent elliraceinerit contre les nltn(|ues des tard-venus ainsi que de toutes les troupes blanches du xiv* siècle. En 1376, Raymond de Turenne, nommé capitaine général du comtat A'enaissin, protégea le pays contre les invasions de tous les avcnluriei's de France; mais, à la suite de quelques démêlés avec Clément Vf (1389), il SC déclara contre le pape, et fit dans le comtat une guerre atroce qui dura plus de deux ans L’anli-pape Clément VII rexcominunia, et souleva contre lui les populations exaspérées [ 1396).

En 1527, Jacques Sadolet s'assit sur le siège épiscopal de Cariumtras, occupé avant lui par saint Valentin , par saint 8ilTrein , et par Julien de la Rovère qui devint le pape Jules II Sadolet était non seulement un modèle de toutes les vertus chrétiennes, mais un des littérateurs les plus distingués de son temps. Il séjourna dix-huit ans à Carpentras, qu'il préserva de l'attaque des lansquenets du comte de Furetenberg ; et toute l'Europe applaudit à sa noble et généreu.se intervention dans cette smglanlc affaire des A'audois de la Valmasquc.

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Pi'iidiiiit les guerres de religion , en 15fi2, le baron Des Adrels, rentré dans le Venaissin qu'il a\ail ravagé, les années précédentes, n'avant pu surprendre Avignon , se porta sur Carpeutras. Il campa, le 28 juillet, prés de l'aqueduc et fit ouvrir des tranchées. D<>s .\drets comptait, sur la foi de quelques bannis, que la ville tie ferait aucune résistance. Mais, dés la première nuit, les habitants sortirent de la ville, ayant à leur tête les seigneurs de \'énisque et de Ociliane. Des .Adrets fut assailli dans ses quartiers, et on lui tua beaucoup de monde. La bonne contenance des assiégés ne se démentit pas un seul moment. la' liaron perdit courage, l u jour, un boulet tondia dans sa lente, romme on lui versait ,à boire. — « A'oilà donc les clefs que vous m'ariei promises ! » s'écria-t-il avec fureur, eu se retournant vers le.s bannis. f'e|M'ndanl le général l'aliriii' Serbelloni , soulevant sur ses pas toutes les prqmlations catholiipies , s'avançait à marches forcrés vers làirpentras Le baron Ih's Adrels, à cette nouvelle, décam)Ki dans la nuit du 3 au '» aoi'il. I.es assiégés le harcelèrent dans sa retraite, firent main-basse sur tous ses bagages et massacrèrent son arrière-garde. Serbelloni arriva le.'); il remit au nom du pape, à Sainle-Jalle, le gouverneur, et au\ principauv olfieiers, une chaîne d'or, qu'en témoignage de leur bravoure ils portaient » nu col et d'où peiulaii id les clefs de la Sainle-ftglise. » I.'année suivante, les huguenots, malgré la pacification d'Amboise, projetant une expédition sérieuse dans le comtal A'enaissiu , essavèrenl d'une pointe contre Larpentras. Ilepoussés avec perle , ils fui'i'iit poursuiv is jusqu'à Monteuv , d'où les catholiques parvinrent à les expulser; et postérieurement toutes leurs démonstrations contre tiarpeulras demeurèreid inutiles. Le seul résultat de ces diverses teidalives fut rall'aiblisscment grailuel des liberlv'S publicpics I.es papes, elTrayv'S de l'audace des proleslanls, virent d'un veil de défiance toutes les délihéralivins populaires. Presque tons les ehilleaux reçureid garnison, et, par ordre siipérieiii-, les recteurs s'étuilièreni à entraver les a.ssemblées générales. Ce ne fut qu'en Itif.fi qu'une bulle de Paul Y permit les asseinhh'cs parlemeidaires u sans autorisation préalable. » Le comiat ressaisit ses libertés, mais le coup porté par le pouvoir devait avoir nécessairement les plus fatales consi'quences.

Le Venaissin fut occupé, i-omme on sait, à deux reprises dilTérenles, par l.oiiis Xl\' : la première fois, de juillet IGlsI a juillet Ifiti'* , à l'occasion de l'insulte faite par la garile corse du pape à l'ainbassaileur de France, duc de Oéquy; la deuxième, d'octobre t(I88à octobre IfiSU, lors des démiMés de ce souverain avec Innocent XI. Louis X\' envahit également le comtal : au mois de juin ITfiH, les dragons île Heaufremont s'emparèrent de (iai'penlras et en chassèrent le recteur .Manzoni. Les Français n'évacuèrent la place qu'en 177'v. De 1735 à 17.57, le diocèse de cette ville avait été administré par le pieux évêque dom Malachie d'Inguinbert, dont les babitants ont religieusement eonservé le souvenir. L'est à lui (|ue Qirpentras est redevable de son magnifique hépilal et de sa bibliothèque, une des plus précieuses du Midi, composée de vingt mille volumes imprimés et de sept à huit cents manuscrits.

(Quelque doux que fiH, dans sa nonchalante timidité, le gouvernement |H)nlifiial, la révolution de 178!) devait avoir, et eut en effet, un immense retentissement dans le comtat Venaissin. t'.eux-là même qui, plus lard, se prononcèrent et

CARPENTRAS

agirent ostensiblement eontie la réunion, servirent, pour ainsi dire, d'auxiliaires providentiels h runité franeaisc. Pri-ssé de tous eiUés dans le rési'au des douanes royales, le (onilat, n’ayant plus de déboueliés à ses produits, avait lini peu à peu par négliger tonte industrie et tout comineree. Les juridietions étaient ineertaines, la justice mineuse, le peuple pauvre, inquiet et mécontent. Le clergé seul et lu noblesse Jonis.saienl encore de certaines immunités, de certains privilèges, purement iiunoriliqiies, il est vrai, pour la plupart, mais (pie les instincts d’égalilé comnienvaient à repousser comme un dernier vestige des institutions Céodali'S. L'ouverture des états-généraux de France cnflainina toutes les espérances gém'Tcuses du pays. tX-s 178."), l'assemblée ordinaire de la province avait songé a sa propie rérorniation. Ües projets avaient été mis au concours, des prix décernés im'ine en 1788; mais le comité avait ensuite suspendu scs travaux. (Jnelqucs nioiivements insurrectionnels ayant l'claté sur plusieurs points à la fois, l'assemblée générale ordinaire supplia le pape Pic VI d'autoriser la coiivocatioii des états-généraux du Venaissin , dont la dernière réunion datait de l'année 1590.

Celte suppli(|ue était du mois de septembre 1789 : le pape y répondit par son bref du 27 février 1790, créant une commission chargée d'accomplir administrativement les réformes désirées. Nouvelles instances de l'assemblée, longues tergiversations du Saint-Siège. Enfin le légat cède aux vœux éiiergiipies des posliilnnls, touten mainlenant In division des trois ordres. I.es élections, fixées nu 22 avril, furent faites avec calme. I.es comninnes nommèrent qualix‘-vingt-qunlrc députés, la nobles.se neuf, le clergé quatorze. Le 30 mai 1790, les élnts-gi'-néranx réunis se proclamèrent assemblée représentative. L'n des premiei'S actes législatifs de celte constituante au petit pied fut d'adopter tous les décrets de l'Assemblée nationale de France , en tant qu'ils pouvaient s'appliquer au Venaissin. L égalité de l'impflt, l'abolition des immnnilés ecclésiastiques cl des litri‘s nobiliaires, furent voté-es avec entbousinsme; les niunicipalilés reçurent rorgnnisalinn française; enfin, il fut proposé (|ue le souverain constilutionnel se nommerait Pie VI , prince des Venaissinois.

Sur CCS entrefaites, Avignon, qui s'était donné volontairement à la France, s'efforçait d'entraîner Carpentras dans son mouvement. Mais, tout en embrassant les idées nouvelles , le comlat n'en prétendait pas moins conserver son indépendance. Les milices refusèrent de se rendre à la fédération où les appelait le parti français ; l’assemblée, protestant contre tout projet de réunion ii la France, renouvela le serment au pape, et chargea trois otliciers généraux du roniinandement des troupes comiadines, ipii, au nombre de douze mille homim^s, formèrent le camp de la Tour-de-Sabran. Eliassé d’Avignon, le vice-légat fut accueilli à bras ouverts par l'assemblée dont il avait sanctionné toutes les délibérations. Néanmoins, quand on lui présenta les derniers décrets relatifs aux réformes judiciaires et .’i l'abolition des justices seigneni iales , il y apposa son vv'to ; rassrmbb'e les promulgua sans son approbation , et, dans sa séance du 2.) août , partagea le comtal en quatre départements : ceux d'Aigues, de l'Aiizon, de l'Ouvèze et de Vaucluse.

l'iie luIteVengagea entre b‘s Avignonnais et les Omiladins. Ceux-ci chassèienl

1J2 r.O.MTAT DAVUINON, ETC.

d'abord rcii\-là; niais, 1« 9 jamicT 1791, les Augnoiinais, ayant emporté d'assant Cavaillon , presque toutes les villes du rointal , arborèrent le drapeau trieolore. Cnrpentrns résistait, quoiqu'une partie de ses litoyens actifs se fussent déclarés dégagés du serinent de fidélité au pape, et eussent volé la réunion du eomtat ,i la France, comme l'unique moyen de sauver le pays. Ueui fois l’armée d'Avignon, formant un effectif de six mille hommes, mit le siège devant la ville ; la seconde de ces entreprises fut dirigée par le fameux Jonnlan-Coupc-Téte : l’une et l’autre aboutirent ii la défaite et à la retraite des assiégeants. Ce|>cndant, en une seule journée , on les avait vus lancer deux cent trente-cinq boulets rouges sur la ville (1792).

Mais bientiH toutes les répugnances s’effacèrent devant l’ascendant du génie français, (arpentras et le Venaissin , englobés dans l'État d'Avignon, se confondirent avec lui dans un même département, celui de Vaucluse. Dés lors, l'histoin; du eomtat et de sa capitale ne se composa plus que de (jui'lques actes administralifs peu intéressants pour l'bistoiri’. (Ju'il siillise de dire que, depuis la révolution de 1830, on a démoli les ani iennes murailles, d(j|it l'enceinte donnait à la cité comtadinc une physionomie toute particulière. La porte d’Orange, qu’on a conservée, est surtout digne d'attention. En dehors de l'enceinte, une vaste esplanade, plantée il’arlu-es, sert de principale promenade aux habitants. L'intérieur de la ville est malpropre et mal bâti : les rues sont étroites, tortueuses; les faubourgs seuls respirent l'aLsancc. Darmi les monuments les plus remarquables, nous citerons la loin- du clorlier de la cathédrale, l'aqueduc, édifice plein de légèreté et d'élégance; le lavoir public, rhvMcl-Dieu, fondé en 17,71, et l'arc de iriompbe, dont aucune inscription n'indique l’origine.

r.ai-pentras, cbel'-lieu de sons-préfecture du département de Vaucluse, possède un collège communal et utie société d’économie rurale, lai ville renfertne plus de 9,000 émes: rarrotidi.ssemenl en compte an ilelà de .Vv.üOO. Des filatures do coton, des moulins à soie et à garance, des fabiiques d'eau-de-vic, d'acide nitrique, de vert-de-gris et de colle forle, tels sont les principaux établissements industriels des babilanis, qui font, en outre, le commerce de la cire et ilu miel, de la laine, des huiles, des vins, des amandes et autres fruits, des fourrages, de la garance et du safran. Parmi les hotnmes éminents originaires de Orpentras ou nés aux environs de celte ville, nous citerons particulièrement : Esprit Fléc/iier, de Peines; le cardinal IHimnj, de Valréas; l'abbé François Arnaud, membre de l’Académie Française; le savant Sainte-Croix, de Montrnoiron; et l'abbé Maxime' l’uzzis, de Carpentras, auteur d’un excellent .Mémoire statistique sur le département de V aucluse. ‘

1. Pline — Ad l'ion <U‘ Valois, iVofin’rf fîo//iarum. — Bnllarium.— Mamiscritt lit* PoyrtKc.

PUhoi»-Ciirl , ^'oblestr du comté ï)o (iiherti, Bibliothèque de f'arpeutras. —

Cil. CuUior, Soticr historique concerinntt les recteurs du ei-devant comté Prnnûsin, — Louis Ru-liaïui, Vie de Suffredus, o.l Introduction à ihistoire. des recteurs.— l.'id U- Ainliv, La i»opauté à A vignoti. ol Histoire de la révolution aviynonnaise. — Annuaire statistique du departesneut de y'aucluse, an xii.

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