‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 25 sur 120 · CAVAILLON · texte numérisé non relu

CAVAILLON

Bien ;ivant les premières conquêtes des Romains dans les Gaules, Cataillon était une des principales villes des Gavarcs. Les Marseillais y avaient fondé un comptoir et établi plusieurs marchés. C'était, en effet, à cotte époque, comme elle le fut encoit' pendant longtemps, sous la domination romaine, une place de commerce considérable ; elle avait alors, sur la Durance, un port (|ui a disparu par suite des inondations du fleuve et du déplacement de son lit. Cavaillon s'élevait alors sur |a colline de Saint-Jacques, au pied de laquelle est bfttie la ville actuelle, près de l'einbouehnre du torrent Calavon. Quelques auteurs font dériver son nom i\v Cm ellio, modifié plus tard en ('.nhelho. Ptolémée en parle comme d'une colonie située sur le territoire des ('.avares; Sti'abon l'appelle ville des C,avares, urbs Ctivnrum, et Pline la range au nombre des cités latines; enfin, dans les tables de Peutinger, ainsi que dans l'itinéraire d'.Vntonin, elle est nommée Cubellinnum , et Étienne de Byzance la traite de ville originaire de .Marseille, (Uibellio urbs Mussiliæ.

C.omme .\vignon, ('aiyveidras et toutes les cités du Venaissin, Ovaillon, après avoir été l'iine des colonies les plus riches de l'empire romain, fut entièrement détruite, du v« au viir siècle, par les invasions successives des Goths, des Vandales, des l'raiiks, des Lombards et des Sarrazins Elle fit tour à tour partie de la Narhunnaise, du royaume d'.\rles, ilu comté et du marquisat de Provence. On ignore, ou du moins on ne saurait indiquer d'une manière prérisr' le nom de son premier évêque, et quoique ce titre n'nppartiennc corUvinement pas à Genialis, (|ui vivait en 322 , ou ne sait rien sur les prédécesseurs de ce prélat. Sous les suca-sseurs de ('.harlemagiic, les gouverneurs de Cavaillon, ayant usurpe l'autorité souveraine, se déclarèrent coseigneurs de la ville; ils vendirent ensuite leur |iortion de ce fief aux évêques, et ceux-ci jouirent dès lors de la puissance temporelle.

A ces quelques détails .se borne tout ce que nous avons pu découvrir sur l'histoire de (iavaillun. Sun existence ne se manifeste plus, pendant près de huit siècles, que par la reconstruction de la cathédrale, dont le pape IniuHent IV fil la dédicace, en 1251, à la .sainte Vierge et à saint Véran, et par la fondation de quelques maisons religieuses, entre autres un couvent de Dominicains (152(3), un couvent de Capucins (1591) et un couvent d'Oratoriens (1611), que ceux-ci cédèrent, en IG80, à des Pères de la doctrine chrétienne. Vaison avait aussi plusieurs monastèics de femmes : des Bénédictines, di's Ureulines, des Bernardines, des Carmélites, et trois confréries de pénitents ; blancs, noirs et gris; les deux premières, fondées en 1539 et en 15'rO, étaient connues sous la dénomination de confrères des Cinq Plaies de Noire-Seigneur. A part ces fondations religieuses , nous n'avons à rappeler que la peste par laquelle Cavaillon fut ravagé, en 1631 ; le tremblement de terre qui, un siècle après, renversa la plupart de srs édifices, et

lU COMTAT D’AVIGNON, ETC.

sa prise, en 1791, par les Avignonnais. Les vainqueurs y établirent alors cette assemblée électorale, qui devait représenter la Montagne de la Convention Trançaise dans l'histoire de la révolution comtadine.

Cavaillon, sous le gouvernement papal, était administré par deux consuls. Ses anciens remparts ont disparu, sans que la ville y ait beaucoup gagné : c’est toujours un amas de maisons mal alignées et encore plus mal bâties ; en revanche, la campagne n’est qu'un immense jardin qui approvisionne presque tous les marchés du Midi. La maison commune, la cathédralp et un arc romain, restes des temps passés, méritent une attention particulière. Iji population de Cavaillon qui, d'après Hesseln, ne dépassait pas 3,(100 habitants, en 1771, monte actuellement à plus de 7,000 âmes. I.es soies, la garance, les huiles, les amandes, d’excellents légumes et des fruits exquis, constituent les principales branches de son commerce. Cette ville, si profondément religieuse, a donné le jour â f>j«r de Hut, instituteur des Pères de la doctrine chrétienne ; il y naquit, le 3 février 15W, et y déploya les vertus d'un saint. '

VAISON

■ lAVMEI. — CABEROUSSX. — CRIEEOK.

Selon le père Anselme , Vaison doit être comptée au nombre des cités dont la fondation se rattache aux établissements des Grecs dans la Gaule : l’opinion de ce savant rappelle ce que dit Ptolémée de l'alliance de Vasio (Vaison) avec les habitants de Marseille. Quoi qu'il en soit, cette ville était la capitale des Voconccs, qui occupaient tout le pays compris entre le territoire des Allobroges , des Cavares et des Ségalauniens. La confédération des Voconces était très-puissante, et Annibal avait sollicité leur alliance contre les Komains. Pomponius Mêla, contemporain de César, cite Vnxio comme une des plus grandes et plus riches cités de la Narbonnaise. Elle était habitée par les plus illustres patriciens de Rome, les Attilius , les Licinius, les Ruffus, etc. ; ou peut-être n’étaient-ce là que des affranchis portant le nom des nobles familles qui les avaient émancipés. La ville était consacrée comme la métropole *, et renfermait un collège de centenaires.

Iji ville romaine s'élevait dans la plaine appelée aujourd'hui la Villasse, au pied des quatre montagnes de Mars , de Puy-Min, d’Ausez et de Theos. Iji père Boyer veut à toute force que Puy-.Min signifie éminence de Minerve, par syncope, et que l’Ausez soit la montagne des Augures ( Auspex).

Au iir siècle, l’empereur Gallien autorisa le culte chrétien à Vai.son, qui avait

I. Tables d9 PexUinger.-^ Itinéraire d'Antonin. — Géographie de Strabon, — Achard,Dietionnaire de Provence. ^ Bispilly, Dictionnttire des Gaules. — Annuaire du département de Vaueinte.

J. VAiiTi kt tacitvs, ïM>rte une iuscriplion cliVouvmt» à Vaison.

VAISON. 116

été évangélisée par saint Ruf. Les habitants lui dédièrent une roloiinc en marbre, dont le piédestal et l'ipscription subsistent encore. En 262, la ville fut saccagée par Chrocus, et son premier évôque, saint Albin, martyrisé comme l’avait été saint Valentin à Carpentras. En 337, un concile eut lieu à Vaison presque immédiatement après celui de Nicée. Il y eut, en un second concile, auquel assistèrent dix-huit évéques , sous la présidence d’Auspicius , le même qui , plus tard (Hi), sauva la ville, assiégée par les Huns de Genséric. Le troisième concile de Vaison |539| fut présidé par saint Césaire d'Arles. Les querelles de l'évéque avec Raymond, comte de 'foulouse, devaient être fatales à la cité. En 1160, Raymond V l'assiégea, la prit et la livra aux flammes. Bertrand de I.ambe6C leva des troupes contre Raymond , et reconquit vaillamment la ville et les chéteaux (1180). Raymond Vf, en 1189, dépouilla de nouveau l’évêque Bérenger de Reilhane, et fit jeter les fondements d'un château sur la montagne; mais le prélat ayant excommunié les ouvriers, ceux-ci, remplis de frayeur, abandonnèrent les travaux , qui , sur son ordre , furent détruits entièrement. Raymond revint en armes, alin de venger cet outrage : l’évêque s'enfuit avec ses chanoines et se réfugia a Entrechaux, d'où il lan^a une seconde excommunication contre le comte, dont il mit tous les biens en interdit. Raymond s’empara de sa personne, le retint prisonnier avec tous ses prêtres, et le somma de lui rendre sa ville et son INilais. U Je les tiens de Dieu et de la Vierge Marie, non de toi! » répondit fièrement l'évêque.

En 1190, le nouveau titulaire , Guillaume de I.audun, recouvra son fief, par l'enlremisc de ses frères, qui avaient embrassé le parti du comte de Toulouse, mais sous l’expresse condition que ce lief ferait retour à cette maison souveraine, 8 In mort de l'évéque. En elTet , Guillaume de Laudun était à peine décédé , que des soldats gascons, pendant qu’on célébrait le senice funèbre, prirent possession du palais épiscopal, après l'avoir pillé. En 119.3, les chanoines voulurent se donner un puissant protecteur en choisissant pour évêque Kaimbaud de Flotte , parent des comtes de Forcalquier. Le comte de Toulouse n'en garda pas moins la ville, et fit élever son château sur la montagne, avec les revenus de l'évêché. Rairabaud se plaignit au pape et à l'Empereur de cet abus de pouvoir : Innocent III et Othon IV déléguèrent l'évêque d’L’iès et l’archevêque d’Arles, lesquels subdéléguèrent à leur tour l'évéque d’Orange (1198). En 1209, Raymond vaincu eut à n’‘pondre de l'assassinat de Pierre de Châteauneuf et de ses tentatives contre l'église de Vaison. Il comparut à Saint-Gilles, devant vingt prélats, pieds nus, en chemise, a la porte même du temple, où l'on avait dressé un autel. Après son jurement, il fut introduit dans l'église par le légat Milon, qui le frappa avec un faisceau de verges et lui donna l'absolution. Raymond ne fut point fidèle à ses promesses. L’évéque ne rentra dans son fief qu’en 1251, et, longtemps encore après, ce furent d’interminables querelles entre lui et les baillis du comte.

Avant de recevoir les clefs que lui présentaient lc*s consuls, l’évêque jurait de , maintenir inviolablement les honneurs, immunités, franchises et louabtes statuts des syndics et de la commune; après quoi, les habitants prêtaient le serment de fidélité, composé de six articles, savoir; le sain, le stir, l’honnête, futile, le facile, le possible. JérOme de Salède fut le premier évêque qui s'intitula comte de

COMTAT D’AVIGNON. ETC

Vaison (1523) ; ses successeurs se contentèrent du litre de comtes de Cabrières.

Les guerres de religion exposèrent le diocèse, en I5(i0, aux ravages des calvinistes. Trois ans après, ils se portèrent sur Vaison (1563) ; le siège ne dura pas plus de cinq jours : François de Sure battit les protestants, en plusieurs rencontres, et les refoula dans le Dauphiné. Ces événements furent suivis de plus il'un siè<'le de paix ; mais, sous le règne de Louis XIV, Vaison fut frappée dans la personne de son chef spirituel. Ix 29 septembre 1688, M. de l’Asmus, à la tète de quatre compagnies de dragons , cerna le château de l’évêque Isoard , qui avait donné dans son diocèse asile aux filles de Venfance Jésus , chassées de Provence |)ar le roi. Le prélat fut emmené avec ses prêtres et les vingt religieuses au pont Saint-Esprit , et de lâ conduit au fort de l’Ile de Rhé , d'où il ne sortit qu'après dix-sept mois de captivih;, et sur les vives instances du pape Alexandre VIII. Enfin , après un autre siècle de repos , Vaison ressentit le conirc-coup de la révolution française : elle prit le parti d’Avignon, contre ('.arpenlras , et elle fut une des villes du Venaissin qui, en 1791, arborèrent les armes de France.

Vaison a donnné â l'Église plus de quatre-vingts évêques, parmi lesquels figurent les saint Albin, les saint Quenin, les Théodose, etc. Simple chef-lieu de canton, elle ne renferme aujourd'hui qu'environ 3,000 habitants; mais tant de vicissitudes politiques n’ont pu lui ravir la grandeur austère de son paysage et le charme de ses vieux souvenirs. La ville redescend dans la plaine ; les quartiers nouveaux, avec leurs eaux et leurs ombrages, sont assez animés. La vieille cité est noire et sale ; mais, vue de loin, l’aspect en est pittoresque. Toutes ces rues sinueuses, bizarrement construites, grimpant sur les lianes d'un roc escarpé, sont dominées par les grandes murailles entr ouvertes du château, dont les ruines enserrent un village tout entier. Au bas, l'Ouvcze roule ses ondes torrentueuses <lans un lit d’âpres rochers, passe sous une arche romaine et va se briser contre les restes d’un quai antique. On aj)erçoil, dans le lointain, la vieille aithédrale avec ses larges ogiv es naissantes, son cloître aux colonncltes courtes et ramassv'cs, dont l'inscription fait la joie et le désespoir de tous les chercheurs d’éuigmes. Iæs monuments, que tout antiquaire doit visiter, soit â Vaison, soit dans le voisinage, sont le pont même de l'Ouvèze, d'une seule arche assez bien conservée ; les débris d’un temple de Diane, devenu la chapelle de Saint-Ouenin, les vestiges d’un aqueduc, de nombreuses inscriptions, et un tombeau orné de bas-reliefs figurant quelques-uns des travaux d'Uercule.

Nous ajouterons, en terminant cette esquisse historique de la dernière ville du Venaissin, quelques mots sur la physionomie physique et la constitution politique du comtat Venaissin. l’eu de contrées offrent une aussi riche variété de piM'speclives. Il faudrait s’arrêter à chaque pas, pour bien connaître ce pays que <3ément VI appelait Venclos de set délices. Les grandes plaines, où s’é|«nouit une végétation plantureuse, sont coupées çà et là par des landes où croissent l'amandier, l'yeuse, le genevrier sauvage. Les champs de garance s’adossent aux garrigues embaumées, et de fraîches vallées s’étendent au pied des collines rougeâtres, couronnées de vignes et d’oliviers. Tous ces villages qu'on rencontre, ceints de murailles crénelées, ont leur histoire, leurs sites, leurs monuments. Hédouin rappelle une des plus terribles vengeances de la Conven-

Di --Kl by LjOOglc

VAISON

lion ; derrière les murs lésardés de l'Isle, une poignée de chasseurs a soutenu l'assaut des Allobroges de Carteaux ; Beaumes, sur ses montagnes dentelées, étale de vieilles ruines et raconte d'héroi'ques légendes sarrazincs; Cadeixrusse, l'ancienne Vindatia, a vu sur les rives de son fleuve Fabius Maximus écraser les Arvemes ; I,e Thor montre avec orgueil son église romane de Sainte-Marie-au- Lac, et Saumane son chAteau peuplé de sombres traditions; Pernes et Mazan sont célèbres par leurs Tètes, leurs églises, par la beauté de leurs brunes et agaçantes paj’sannes : Monteux a ses riches paluds, sa tour Clémentine, sa poétique procession de San-Gcn; Crillon, son paysage admirable; Vénasque son baptistère, et l'abbaye de Sénanque se cache solitaire au Tond des bois de Murs.

Le Venaissin jouissait, avant sa réunion A la France, d'une sorte de gouvcniement représentatif. I>es afTaires politiques et financières étaient réglées par les a.ssemblées des Trait Ordre), au nombre de quatre : la première, qui se tenait fort rarement et qu'on appelait tlals-(l/niraux, composée de l'archevêque d'Avignon, des évêques de Carpentras, Vaisson et Cavaillon, <h^s évêques français d'Apt, Orange et Saint-Paul-Trnis-ChAteaux, pour la partie de leurs diocèses <'omprise dans le comtat, des députés des gentilshommes possédant un fief et des députés de toutes les communes de la province ; la seconde, annuelle et nommée Assemblée générale, à laquelle assistaient les évêques de Carpentras, Vaison et Cavaillon, fétu de la noblesse, le premier et le second consul de Carpentras, les premiers consuls de chaque judicature , les premiers consuls de l'Isles, Valréas, Pernes, r.availlon, Bollèiie, et six autres consuls de chaque judicature. Les premiers consuls étaient pris invariablement dans la bourgeoisie. Celte ass**mblée, où la démocratie dominait, était un véritable parlement qui surveillait avec une susceptibilité jalouse le gouvernement du prince. Le rectenr, son représentant officiel, n'avait pas le droit d'y entrer; il y était invité simplement. Fille votait les lois connues sous la dénomination de statuts, seule législation en vigueur dans le comtat. La troisième assemblée fuiictionnait, dans des cas urgents, lorsque certaines affaires ne pouvaient être renvoyées jusqu'à la session de \‘ assemblée générale : elle se composait de douze députés et de huit suppléants. Iji quatrième, appelée assemblée ordinaire , avait pour membres ; l'évêque de Carpentras , le premier et le second consul de cette ville, l'élu de la noblesse, le procureur général de la province, le trésorier et le secrétaire. Les recteurs, à leur avènement, juraient de respecter les droits cl franchises du peuple ; en dehors de leurs attributions judiciaires et administratives, toute leur action consistait à recevoir les hommages des feudalaii'eset à sanctionner les décisions du pouvoir parlementaire.

Quelle était l'origine du la constitution comtadine? sous quelle influence s'était-elle développée? Impossible d'éclaircir une pareille question , toutes les chartes de la province ayant péri dans un incendie des archives de Carpentras. Ce n'est qu'avec quelques faits isolés qu'on a reconstruit l'histoire du Venaissin; mais il est hors de doute que celte constitution, dès le xiv* siècle, était déjà pleinement appliquée. '

1 . L. Ans. Buyer de Sainte-Marthe, Histoire de t'église cathédrale de Vaison — Aehanl , Dic^ tionnaire de Provence et du comtat Venaissin. — D*‘ GUierli, de Carpentras. —

Annuaire statistique du département de Vaucluse, an xii.

AÜRU'.ÜLTUKE. - INDUSTRIE. - COMMERCE. - CAR ACTÈRE. — MdURS. — IDIOME. - ANTIQUITÉS.

D'après ce que nous avons dit, dans notre intnHluction , sur le sol du comtat venaissin, de lu principauti! d'Urange et de l'État d'.Avignon, l'on peut aisément se faire une idée des obstacles naturels et des difficultés constantes que ces trois pays présentent aux agriculteurs. En cflet, ce n'est guère que dans les vallées qu'on trouve des terres labourables d'une végétation vigoureuse; les coteaux, même ceux dont l'exposition est la plus favorable, ne se prêtent avantageusement qu'à la culture de la vigne, de l'olivier et de l'amandier. Les engrais sont trop insuffisants pour rendre la fertilité à la terre; on a donc recouia aux procédés d'aiTüsage , qui nulle part n'ont été poussés à un plus haut degré dtî perfectionnement : l'eau a beau couler à flols, elle ne peut détruire cette désespérante aridité. L'ardeur du soleil, en été, fait, en outre, croître spontanément une quantité considérable de mauvaises heiTvcs et de plantes parasites de diverses sortes, que le refroidissement de la température, en hiver, ne parvient jamais à détruiiv, parce que wtte saison n'est point assez rigoureuse. Les .sarclages ne réussissent bien que dans les petites propriétés: dans les domaines d'une vaste étendue, ils nécessitent un temps et une peine qui les rendent très-dispendieux, et souvent, pur cela même, impraticables. C'est pourquoi les travaux agricoles exigent non-seulement une attention toute particulière, mais encore une dilférence graduée dans le choix des semences, le genre de plautations et le mode de culture.

Ce qui frappe surtout le voyageur en parcourant cette contrée c'est qu'elle offre, dans ses parties les plus productives , des divisions pareilles aux compartiments d'un jardin; en effet, pour utiliser tous les terrains, on a imaginé d'en consacrer les diverses parcelles aux cultures particulières qui conviennent le mieux à leurs qualités naturelles. Il en résulte dans les productions une variété et une bigarrure dont l'aspect est à la fois bizarre et pittoresque. Les terres qui ont la plus belle apparence sont travaillées à la main, et presque toujours par le propriétaire lui-méme. L'époque des labours varie, du reste, suivant le caprice des saisons ou celui du cultivateur, qui alterne volontiers d'un champ à l'autre et observe l'usage des jachères.

Le Venaissin, la principauté d'Orange et l'Avignonnais, produisent une assez grande quantité de froment de première qualité, de seigle, d'orge et de méteil. L'orge est la principale ressource des pauvres paysans de la montagne, qui le coupent en herbe, au printemps, pour en nourrir leurs bêtes de somme et de labour. Iai récolte du froment ne suffit pas à la consommation des habitants; ils

en importent chei eux, par le Rhtine, des contrées voisines de l’est et dn nordest : c'est ce qu’on appelle blé de famine. Le mats, qu’on manfte habituellement sous la forme de bouillie, est moins un aliment ordinaire qu'un régal; on ne l’a récolté d’alwrd que dans les environs de Oderousse, de même que la culture du sarrasin a été pendant longtemps bornée aux cantons de Vairéas. t^uoique, en 1807, la méthode des espaliers ne fût pas même connue dans tout le département de Vaucluse, l’art du jardinage, développé par l’introduetion des puits à roue, y a fait, depuis lors, des progrès très-remarquables, ('ela est surtout vrai de la ram|>agne de Cavaillon, qui produit des légumes abondants et variés, entre autres des artichauds et des melons excellenis, et des abricots, des pèches, des ligues et des amandes du goût le plus savoureux.

Ixs quatre principales cultures des deux comtats et de la prim ipaiité d’Orange sont la garance, la vigne, le mûrier blanc et l’olivier. L’imimrlation de In garance, due, comme on sait, à Jean Althen, a été un bienfait pour les communes de la partie méridionale, auxquelles elle a procuré une aisance inespérée. Le rapport des oliviers est également très-productif; mais cet arbre a cruellement souffert du déboisement successif des montagnes : on ne peut comparer le commerce actuel des huiles d’olive à ce qu’il était sous l’ancien régime. I.cs vignobles rouvrent à peu près un septième de la surface du sol : on en distingue de plusieurs qualités, désignées sous le nom de ;/reaache», lerrine, couno»ge.t, etc. I.C nombre des inùriei’s monte à plus d’un million, et l’élève des vers à soie o<-cupe iHMUcoup de monde ; mais la soie qu’on en tire n’atteint Jamais un degn- notable de flnes.se, et, quand on la mouline, elle subit un déchet considérable. Hans certains cantons, on récolte du safran en très-petite quantité. Quelques rultivatenrs ont entrepris de faire pousser le cotonnier herbacé dans des terrains sers, sablonneux, et abrités des vents du nord. On rencontre enfin, sur le Mont-Ventoux, sur la montagne de Vaucluse, de Vagueyras et de Malaucène, et sur les rives du Rhône et de la Durance, beaucoup de plantes des contrées méridionales, [wrmi lesquelles il en est plusieurs qu’on n’avait obsenées jusqu’ici qu’en Espagne nu en Portugal.

Les prairies artiflcielles , d’un usage aujourd’hui plus général qu’il ne l’était encore au commencement de ce siècle, suppléent nu petit nombre des prairies naturelles. Cependant leur insuiflsancc nuit h l'éducation de l’espèce chevaline et des bestiaux : aussi, les bœufs, les chevaux et les mulets sont-ils presque tous étrangers. L’ône s’est assez bien acclimaté dans les montagnes; race de taille médiocre, mais non chétive comme celle des chevaux. Les bœufs et les bêtes à laine , mal nourris et mal soignés, ne donnent, reiix-là, qu’une nourriture maigiv, celle-ci qu’une toison grossière. On comprend que la destruction des forêts n chassé du pays le gros gibier ; par compensation, les rivièrt‘s extrêmement poissonneuses foisonnent de carpes , de brochets, de tanches, d’esturgeons, d’aloses, de lamproies et d’écrevises.

L’Avignonnais, le Venaissin et la principauté d’Orange ne contiennent en réalité aucunes richesses raéhdiiques; car il existe à peine du sulfate de fer aux environs de Mourmoiron, et çà et là, dans le reste de la province et de ses enclaves , quelques pyrites martiales, un peu de mine de plomb et de mine de fer hépatique,

ISO COMTAT D'AVIGNON, ETC

limoneuse, en grenaille et en rognon. Les tourbières et les houillères, moins rares, sont négligées ou mal exploitées; le charbon, d'ailleurs, pèche par la qualité, comme celui de toutes les régions calcaires. Le commerce d'importation roule sur les grains, le plomb, le cuivre et le fer, les draps lins, les toiles de lin et de coton , les chevaux , les mulets et les hétes à cornes ; celui d'exportation , sur les soies, 1a garance , les plombs laminés , les fers battus, les cuivres martelés et laminés , les vins , les huiles d'olive , les essences de lavande et de thym , le miel, la cire jaune, les étoffes de soie, dites florcnces, dcmi-llorenees , serges, satiiiades et buratins. L'industrie a pour objet, la bijouterie commune, la papeterie , la rdatnre du coton et de la soie ; la fabrique de la bougie , la blanchisserie du cuivre, la maro<|uinerie, etc. , etc.

Le caractère des habitants du conitat Venaissin, du comté d'Avignon et du la principauté d'ürange, rv^semble à celui de tous les peuples du midi de la France; on y saisit cependant quelques nuances «qui veulent être marquées», observe M. .Maxime l’azzis dans son .Vfmoire statisliqiK- ilu di-paririiiéiil de fauchise. Ce caractère est, en effet, « moins brusque , mais moins franc ipi'au delà de la Du- rance, moins présomptueux , mais moins gai que de l'autre uAté du Khône, moins subtil , mais moins liant que sur les bords de l'Isère. » L'idiome charmant du Venaissin .se rapproche beaucoup de celui d'Avignon. Dans la montagne, il a quelque rudesse; dans la plaine, en se débarrassant des aspirations gutturales, il prend un tour vif et clair. Ij! peuple, avide d'émotions et de plaisirs, se passionne avec la même fougue pour un artiste ou un lutteur, |X>ui' la gueriv ou pour les turbulentes fiirandalts , ainsi que les vuirs où il va courir, les j'des. Les fêles publiques lui sont pourtant bien moins chères encore que les fêtes de famille. C'est une race active, sobra, [lersislanle, douée de merveilleuses aptitudes qu'elle porte en tout, et partout : Inculte ingenvi , dit Suarez, inijetiioti, nubiles, mercalores , artifices, et rustici umnes, betli, pneisve uriibus , guibus excellueie pturimi, addicli umnes.

On con^'oit qnc dans un pays aussi profondément transformé par les Itomains que l'ont l'té le Venaissin, l'.tvignonnais et la principauté d'Orange, il ne reste plus aujourd'hui aucune trace de la civilisation celtique. i.e8 monuments romains ont opposé plus de résistance aux invasions et aux ravages des barbares; plusieurs sont encore debout, et quoique mutilés en partie, ils n'en excitent pas moins notre admiration par l'imposante majesté de leur structure. Nous en avonspailé avec quelque détail dans les notices sur .Vvignon , Orange , Carpentras , Vaison et Cavaillon. Nous ajouterons, en terminant, que >'énasque possède aussi un temple |>a'ien, qu'on a cru longtemps consiveré à Vénus: de là, assurait-on, était dérivé le nom mt'me de Vénasque; mais cette opinion, qui ne s'appuie que sur des conjectures parait décidément abandonnée par les savants comtadius. '

1. Siiaroa, Descriplion de la ville d’Aviijnon et du eomtat Venaitsin. — Maxinii; ru/.7.îs. Mémoire statittique du département de Kaur(u#f. — Bà-r-Migor , Soirèei provençaleê. üe»^ cription topographique et ttutistique de la France, |4r IVudiel el Cliaiilaîrc.

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