‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 31 sur 120 · IV · texte numérisé non relu

IV

m BOURBONNAIS. — BERRY. — NIVERNAIS.

Une tradition assez vague place du temps de César l'origine de la petite ville de Souvigny, peuplée par lui d'une colonie de Boiens, et connu d’abord sous le nom d i’mbravallis. Une autre tradition . plus vague encore, attribue l'origine de cetlc ville à une colonie de Vénètes, qui, chassés par les Huns des bords de l’Adriatique, vers l'an 400, retournèrent, quarante ans après, en Italie fonder Venise, tout en conservant d’étroites relations avec leurs frères des boi-ds de l’Ailier. Nous ne discuterons point la valeur de ces assertions : il suffit de savoir que Souvigny faisait partie de la donation faite, en 913, par Charles-lc-Simple à Aimar, premier sire de Bourbon. Quant à la fondation du célèbre prieuré de Souvigny, elle remonte certainement à l’an 916 et au berceau même de la famille de Bourlmn, qui y établit sa première résidence, et en fit h la fois son Reims et son Saint-Denis. I.e comte Aimar donna à Pierrc-le-Vénérable , abbé de Cluny, ^(■•glise de .'^aint-I'ierre de Sowigny, et dévastés domaines pour y instituer ce monastère. Souvigny se trouva bientêt, par sa richesse, l’étendue de son ressort et ses nombreux privilèges, le second prieuré de l’ordre des Bénédictins, et la file ainre de Cluny. Saint Mayeul et saint Odile, abbés de Cluny, et , en cette qualité, gouverneurs directs de tous les monastères de leur règle, moururent tous les deux à Souvigny, où ils furent enterrés, le premier en 994, le seond en 1049. I,eur mémoire y resta longtemps en grande vénération.

Iliigiies-Capet vint chercher, en 995, la santé sur le tombeau de saint .Mayeul, et l'ayant retrouvée, il témoigna sa reconnaissance au prieuré en lui accordant le droit de battre monnaie. Le roi Robert y accomplit, en 1031 , le même pèlerinage. Quant aux sires de Bourbon , malgré les largesses qu'ils ne cessèrent de faire au monastère de Souvigny , l'histoire est pleine de leurs querelles avec les moines, dont la juridiction toujours envahissante s’était constituée en lutte ouverte avec la justice seigneuriale. I.e pape Urbain II, en 1096, ne dédaigna pas d'intervenir dans ces différends, que deux conciles avaiimten vain eberebé .à concilier, et de se rendre lui-même à Souvigny pour les apaiser. Une sorte de cour de justice y fut tenue par lui, et le sire de Bourbon, Archambault V, y ayant été convoqué avec tous ses grands vassaux, les différends furent arrangés il l'amiable. On y reconnut aux prienrs de Souvigny, outre le droit de justice baille et basse sur 1a ville, celui de nomination à un grand nombre de cures, avec un siège de chanoines dans l’église de Notre-Dame de .Moulins, qui dépendait de leur ressort, et dont le doyen était élu par eux. Les querelles entre le monastère et les sires de Bourbon semblent avoir cessé depuis lors , et le monastère de Souv igny , devenu le lieu de sépulture le plus habituel de cette famille , fut constamment comblé de scs dons. Lors de l’érection du Bourbonnais en duché , Souvigny devint l'une de scs dix-sept châtellenies. La justice des prieurs s’étendant sur la ville, celle des officiers du chilleau ne s’exerçait que dans son enceinte; mais ce tribunal de prieurs ne |K>uvait condamner à mort sans appeler à siéger avec lui les juges de la cluUellenic. Celle-ci ne comptait , en 1572, que sept cent dix-neuf feux ; la ville, d'une médiocre importance, ne renferme anjourd liui que 2,777 habitants. Une verrerie très-considérable y occupe plus de cent cinquante ouvriers.

Quant au prieuré, cette puissante congrégation, qui avait si longtemps fait

iS5 .

LA PALtSSË.

p(^r Sot) joug sur le poys, ne pouvait échapper aux réactions vengeresses de notre révolution : les moines ont été dispersés, le prieuré détruit, mais l'église a survécu , comme un des plus beaux et des derniers monuments de rarchitccture chrétienne du moyen 4ge. Trop étroit pour sa longueur, cet édifice, composé des styles de toutes les époques , frappe par un ensemble grandiose. La partie supérieure de la grande nef et les chapelles latérales datent du xv siècle; les bas-cétés sont romans, et l'abside byzantin. L’église primitive, construite dans ce dernier style, a presque complètement disparu. A droite et à gauche du choeur, on aperçoit deux chapelles toutes flamboyantes de dentelures gothiques du goût le plus exquis. Dans la première se trouve le tombeau du bon duc Louis II et de sa femme Anne Dauphine. Les deux statues en marbre blanc reposent sur un socle de marbre blanc, les mains jointes, la tète abritée sous une niche déiicieusement ciselée, et les pieds appuyés sur un chien. Ce noble monument de la sculpture du xv* siècle a été mutilé dans la révolution , et l'on a fait disparaître les fleurs-de-lys et les ceintures emblématiques qui l'ornaient. La seconde chapelle renferme la tombe en marbre noir du duc Charles I" et de sa femme , Agnès de Bourgogne , avec deux livres à leurs pieds. Les deux statues , ainsi que les gracieuses figurines sculptées dans des niches sur les côtés du socle, ont subi les mêmes mutilations. Les restes de ces princes et de plusieurs autres de la même famille , enterrés à Souvigny , reposent encore au sein de leurs cercueils oxydés , dans une chapelle souterraine , ou la révolution a dédaigné de les détruire.

Entre Souvigny et Bourbon, on trouve è Sainte-Menoux , à côté d'un couvent de Bénédictines , fondé en l'an 1000, et aujourd'hui détruit, une église moins vaste, mais presque aussi curieuse que celle de Souvigny, et qui, comme elle, offre l'alliage de trois styles différents. Ou admire surtout le chœur et l'apside , bel échantillon de l’arcbilecture du xiii* siècle : les figures bizarres du chapileau rappellent les hypogées de Thèbes et de l’Égypte. Cette église , qui tombait en ruines, est maintenant en réparation, sur les instances du comité des monuments historiques; mais il est è craindre qu’on n’ait attendu trop tard. '

Page 1