‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 36 sur 120 · IV. 3i · texte numérisé non relu

IV. 3i

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BOURBONNAIS.'- BERRY. — NIVERNAIS, détruite par les Barbares. Les sources de Néris sont peut-être les plus abondantes de toute la France ; trés-rréquentées tous les ans, elles sont surtout efficaces pour guérir les paralysies, les névralgies, les rhumatismes, et toute espèce de blessures. L'établissement thermal, dirigé par an habile médecin, M. de Montluc, et construit sur une très-grande échelle, pourrait compter, s'il était terminé, au nombre des plus beaux que nous possédions; mais il lui manquera toujours les riants environs et les points de vue pittoresques qui font le charme do Mont-d’or ou de Vichy

Bourges, au moment de l’invasion romaine, était une des cités les plus llorissantes des Oaules. ('onstruite sur le plateau, puis sur le flanc du large monticule recouvert aujourd'hui par la ville moderne , et entourée de marais et d'eau, elle devait .son nom d’Avaric aux accidents du terrain sur lequel elle était bâtie. Il y avait, comme on sait, dans les Gaules, deux nations du nom de lliluriges ; les uns nommés Vivitei, en commémoration du culte qu’ils rendaient au guy, et les autres Cubi , à cause de la forme de leurs habitations. A cette éivoquc reculée, les Bituriges-Gubi , dont Avarie était la métropole, frappaient déjà monnaie. Nous possédons un grand nombre de leurs pièces monétaires ; les unes portent le nom d’Avaric, soit en entier, soit en abrégé ; d’autres olTrent, sans légendes, les emblèmes de la nation, tantèt isolés, tantèt unis à ceux des peuples avec lesquels ils étaient confédérés. Compris dans les conquêtes de César, les Bituriges ces.sérent de battre monnaie et ne reprirent ce droit qu'aprés la chute de l’empire romain.

Iji première lueur historique jetée sur Avarie , est celle des Commentaires de C^sar. Us nous apprennent qu’en un seul jour les Bituriges -Cubi sacrifièrent plus de vingt de leurs villes, dans l'espoir de sauver l'indépendance de toutes les nations gauloises, et qu'au moment où, en plein conseil, on allait décider si l'on brillerait aussi Avarie, les Bituriges se jetèrent aux pieds de Vercingétorix, en lui criant ; « Ne nous forcez point à incendier de nos propres mains celte ville, la plus belle presque de toutes les Gaules, ornement et rempart de notre cité. La rivière et les marais l’entoui'eiit et la protègent; une seule issue très -étroite y donne accès; douteriez -vous, qu’ainsi favorisée, nous ne pussions la défendre ? » Vercingétorix se laissa malheureusement attendrir, et, après avoir fait entrer dix mille hommes de renfort dans la place, il alla camper auprès de Solimara (àlaubranches) , a seize milles environ d’Avaric. Protégée

1 . M. Iti^N‘uw Sainl'Hibint est Pauteiir (te ce inivail si exact , si élégant et si com|»lel sur les villes <hi Boiirlionnaiâ. Nous regrtHlons tic ne (toiivoir insérer ici ses coiisitléniiions générales sur r:»grtciilt(irt' , rindnslrie el le commerce de i’Allier. Elles trotiveronl Unir place dans notn> résium^. On suit 1411e les uirot'Uons de rundlle cl Us syiii|>albies itersoonclU*» du suvant pruresseur l'ont |>orté à fui re une étude afiitrofondie de tout ce (4111 intéresse rtiistoiri' civiUMrt polilii4n(*, et la situation éeimoni4(4«e el mora|i* lie (’O dé|iortement.

DI JACgUIIj-üûiU^

]‘ubii«* p*t f'uiTir Kournicr IViioUn

ËOtlRGËS. I6d

p6r ses retranchemenU naturels, l’Aui-on, l’Yèvre, le Mouton, l'Yerrette et les marais , la capitale des Bitnriges n'était accessible que par le point où se trouve aujourd'hui la porte Bourbounous. César plaça donc son camp sur l'étroit terrain qui bordait la rivière et les marais. En vingt-cinq jours, il éleva une terrastse de trois cent vingt toises de base sur quatre-vingts de hauteur, laquelle dominait les murailles de la. ville, si bien décrites par le général romain. Les légions demandèrent enfin le signal de l’attaque; mais, dit Napoléon , la Ville était trop bien rortiflée par la nature et par l'art. Le siège pourtant est commencé, et les Gaulois font des prodiges de valeur. Partout ils opposèrent aux as.siégeants les ressources multipliées d'un esprit ingénieux et habile à tout imiter, à tout prévoir. Ils détournèrent les Taux à l'aide de noeuds coulants et les attirèrent è eux avec des machines faites exprès ; ils détruisirent les terrassements par des travaux souterrains, mettant le feu aux ouvrages, remplissant les mines ouvertes avec des pierres durcies au feu et de la poix liquide.

César, selon son habitude, assistait aux travaux, même pendant la nuit, malgré les rigueurs de la saison et les pluies continuelles : vers la troisième veille , il vit de la fumée s'élever de 1a terrasse. Les Gaulois venaient d'y mettre le feu et elle sautait. Aussitôt des cris effrayants partent de leurs murailles , et tandis que les uns opèrent une double sortie , d'autres , restés sur les remparts , lancent aux assiégeants des torches embrasées, de la poix bouillante, du Jwis et toutes sortes de matières combustibles. Surpris un moment, les assiégeants reprennent enfin l'olfensive, repoussent les Gaulois, retirent leurs tours, coupent la terrasse, et, durant toute la nuit, soutiennent un combat acharné, l'n Gaulois chargé d’alimenter le feu qui consumait une tour romaine , y jetait continuellement des masses de suif et de poix qu'on lui faisait passer de main en main. Frappé d’un trait au sein droit , il est aussitôt remplacé par un soldat non moins courageux , qui, atteint lui-méme, cède sa place à un troisième ; et ainsi de suite jusqu’à ce que l'ennemi se soit emparé du poste qu'ils occupaient.

Les Gaulois découragés, cédant d'ailleurs aux ordres de Vercingétorix, abandonnèrent la ville, au milieu de la nuit, et dans le plus grand silence Déjà ils s'acheminaient vers les portes, lorsque tout à coup les femmes échevelées, éperdues, tenant leurs enfants entre leurs bras, se précipitent aux pieds des soldats, les conjurant de ne pas les abandonner aux outrages du vainqueur. Ces cris sont entendus des Romains , et l'évacuation de la place devient impossible. Favorisé par une pluie battante qui forçait les assiégés à se mettre à l’abri , Gésar fait approcher une tour mobile, réunit secrètement les légions derrière les palissades et donne le signal de l'assaut. Les Bituriges surpris, chassés de leurs murailles et de leurs tours, se rangent en forme de coin sur la place publique et se préparent à combattre avec acharnement. Mais le général romain fait aussitôt investir tonte la circonférence des remparts. A l'instant les Gaulois jetant bas leurs armes, s’enfuient du côté des marais : là , au fur et à mesure qu'ils tentent de passer la porte, ils sont, ou massacrés par les fantassins ou poursuivis par la cavalerie. Alors commença une horrible boucherie ; le délire du carnage fut tel , que pas un soldat romain ne songea au pillage tant qu'un Gaulois respira dans la ville. Des quarante mille personnes bloquées dans celte vaste cité, il reste tout au

plus huit cents hommes ou femmes qui allèrent porter à Vercingétorix la nouvelle de cet aifreux désastre. Le pillage eut aussi son tour : on pourra s'en faire une idée en se rappelant que le butin qu’y firent les Romains passa parmi eni en proverbe. César demeura quelques jours dans la ville démantelée, où il trouva des magasins de blé et de vivres : c’est là que son armée se ravitailla et se reposa des fatigues du siège. Il y reçut une députation éduenne qui venait le prier de mettre un terme aux discussions occasionnées dans leur cité par l'élection d’iin vergobret.

Les Romains avaient, à ce qu’il parait, versé tout le sang généreux des habitants d’A varie, car la dégradation de ce peuple ne se borna point à participer, sous Auguste , à l'érection d'un autel que soixante nations de la Gaule consacrèrent au divin empereur, au confluent du Rhône et de la Saône. Plus tard, vers le milieu du iir siècle, nous voyons un certain Gagileius Primus, servir augustal, élever à scs frais un autel votif à perpétuité pour la santé des Césais, celle de Minerva et de la divine Drusille. C’est grôce à de semblables turpitudes qu’A varie redevint une ville considérable; elle eut un vaste amphithéâtre, de beaux et larges aqueducs, par le canal desquels arrivaient dans la ville les eaux limpides et pures , que les Romains avaient détournées pendant le siège. De l’amphithéâtre complètement détruit en 1619, il ne reste plus que le nom donné à l'une des rues de Bourges; les aqueducs, abandonnés, sont probablement enfouis dans les terres.

Dès le II* siècle de l'ère chrétienne , Avarie prit le nom de sa population et fut nommé BUurrica ; mais , nsalgré ses flatteries nombreuses , elle n’eut point l’honnenrde figurer parmi les villes autonomes des Gaules, qui seules obtinrent le privilège de battre monnaie à l'effigie des empereurs romains. Il parait cependant, d'après une découverte archéologique faite le 22 juin 18'»2, qu'elle fut alors le centre d'un faux monnayage extraordinairement actif. Les Bituriges, à cette époque, étaient célèbres par leur industrie variée; ils tissaient les voiles de navire, exploitaient les mines de plomb, de minium, d'étain, etc. ; la métallurgie avait, en outre, pris un essor remarquable parmi eux : des bnnbariearii damasquinaient déjà les armes et la vaisselle, en y introduisant des filets d'or ou d'argent. Ce ne fut toutefois qu’au iv* siècle que Biturrica vit relever ses remparts , dont une partie existe encore. En 408, l’énergie gauloise, violemment comprimée, réagit dans cette ville, capitale de la première Aquitaine; elle se déclara indépendante de l'empire. Si l’on en croit Zoxime, les habitants chassèrent les officiers romains et se constituèrent en république. En 412, Bourges fut pillée successivement par les Goths et les Huns. La présence des conquérants germains favorisant leurs projets, les bagaudes se montrèrent de nouveau, en 435; Bourges menacée alors, tantôt par les Romains, tantôt par les Wisigoths, envoya alternativement aux uns et aux autres des députations composées de ses plus illustres citoyens. Simplicius, qui plus tard fut évêque de cette ville, et qui appartenait à l'une de ses plus nobles familles, fut ainsi tour à tour député vers l'un et l’autre des dominateurs.

Dans le courant de l'année 469, tandis que le sénat romain et l’empereur Anthémins condamnaient à mort Serenat et Amande, oes intrépides chefs des

bouvelles baf(audcs, le roi wùügotb Euric s'appriUail à les veoger et à imiter leur exemple. Il commença la guerre par une campagne contre les Bretons ledér*^ , chargés alors de la défense du pays des Bituriges. Il marcha sur Bourges avec des forces considérables, et s'en empara, non sans quelque résistance de la part des habitants et du clergé, tant les uns et les autres avaient horreur de maîtres ariens ! -Sous la domination franque, Bourges devint l'une des vingt-quatre métropoles de la Gaule; à la mort de Cblodwig, elle fut comprise, ainsi que son terriloire, dans le royaume d'Orléans , qui échut en partage à Chlodomir, jusqu'à l'époque où ce royaume fut lui-méme fondu dans les États de Chlotaire II. Les habitants du Poitou , de la Touraine et de l'Anjou s’emparèrent de Bourges , en 58à, et la détruisirent presque entièrement. L'année suivante apparaît déjà un comte de Bourges, nommé Ollon, dont Grégoire de Tours nous a transmis le souvenir. Mélé dans l'intérêt du roi Gontran, son maître, aux singulières aventures du prétendant Gondebaiid , ce fut lui qui le reçut au sortir de la ville de Comminges, ou plutôt qui l’assassina. Bourges, sous la race mérovingienne, recouvra le droit de battre monnaie. Pépin-le-Bref , en 762, après un siège qui traîna en longueur, prit cette ville, et rendit à la liberté les soldats aquitains et saxons que le dur 'Waïfre y avait réunis pour garder la place. Quant au comte de Bourges, Humbert, et a ses hommes faits prisonniers , Pépin se contenta d'exiger d'eux le serment de soumission et les emmena avec lui ; il avait fait conduire leurs femmes et leurs enfants dans ses possessions au delà de la Loire. Ensuite, il releva 1rs remparts de la ville, et y plaça un comte et une garnison pour la défendre. Cinq ans après, le roi frank fit de Bourges son quartier général et sa résidence; il y vint avec Bertrade et y tiàlit un palais. Dans un champ de mai convoqué, au inois d’avril dans une vaste plaine, sous les murs de la ville, il fut décidé que Bertrade resterait à Bourges avec une partie des fidèles et des soldats de Pépin , taudis que son mari, avec le reste de l'armée , poursuivrait le duc Waïfre. N’ayant pu l’atteindre, Pépin rentra à Bourges aux approches de la mauvaise saison et s'occupa activement de l’érection des nouveaux remparts.

Nous ignorons complètement le rôle que joua Bourges sous le règne de Charlemagne et celui de Louis-le-Débonnaire ; ce que nous savons seulement, c’est que le premier comprit cette ville dans ses largesses posthumes et que le second y fit battre monnaie. Dès 817, la ville ne fut plus gouvernée que par des vicomtes, connus sans doute, mais dont il ne reste aucun monument même monétaire. Vers le milieu du ix'siède, l’illustre comte Gérard de Roussillon, véritablement maire du palais sous Cbarles-le-Chauve , dans sa lutte avec ce prince pour la possession du comté de Bourges, mit à feu et à sang le pays des Bituriges, pendant deux années consécutives. Il est vivement à regretter qu'il ne nous soit resté sur cette guerre affreuse d'autre document que la copie d'un poërae incomplet, la plus ancienne des chansons de gestes écrites dans les dialectes méridionaux , oeuvre probablement d'un poète des environs de Montpellier. Copié au XIII* siècle par un manuscripteur italien , qui le mutila sous le rapport du mètre et de l’idiôme, ce poème n’a pas été respecté davantage par M. Rayiiouard ; le temps en a fait perdre le commencement et la fin , et ne nous a laissé que neuf mille trois cents vers.

<66 BOURBONNAIS. —»ÉRRY— NIVERNAIS.

Charies-le-Chauve , en 8A.9, lorsqu’il alla prendre possession du royaume d'Aquitaine, d’où son frère Pépin avait été récemment eipulsé, vint à Bourges au mois d'aodt; il y retourna au mois de décembre, après le siège de Toulouse ; il y était encore au mois de juillet 863. I,es monnaies de ce monarque , frappées dans cette ville, sont nombreuses. I^e 29 septembre 866, Charles, roi d’Aquitaine et (ils de Charles-le-Chanve, étant mort à Buzancais, ses restes mortels furent transportés à Bourges par l’archevêque Wulfad et Carloman , son frère, abbé de Saint-Médard de Soissons. Un tombeau lui fut élevé dans l'église du monastère de Saint-Sulpiee. En 868 , Bourges fut prise par les Normands, qui rompirent aussi tous les aqueducs gaulois ou romains, et brûlèrent et pillèrent la ville pendant ptnsieurs jours de suite. En 873, eut lieu une autre invasion non moins désastreuse pour le pays et pour sa capitale. Eudes, comte de Paris, remporta des avantages signalés sur les Normands, en 892, et enleva le comté de Bourges à (îuillaume-le-Pieux , comte d'Auvergne. Celui-ci prit bientdt sa revanche : partisan de Charles-ie-Simple , il continua de soutenir ses intérêts. Enfin, (luillaume étant mort en 919, (iuillaurae-leJeune, son neveu , s'empara de son héritage par surprise, au moins quant à Bourges ; mais les habitants qui avaient une répugnance invincible & se trouver dans le parti des Carlovingiens, se soulevèrent et le chassèrent. Vers 922, Guillaume obtint du futur roi Raoul la restitution de Bourges et du Berry, en récompense de l'hommage qu’irtni en avait fait. Bourges a frappé un certain nombre de monnaies d’argent, au nom de Charles-le-Simple. Depuis 918, le pays des Bituriges avait été tenu héréditairement ; à compter de 929 il est réuni à la couronne, et la dignité de comte de Berry est abolie par le roi Raoul, dont II nous reste une monnaie d’argent frappée è Bourges. Les arrière-flefs , tels que la vicomté de Bourges et la seigneurie de Bourbon, relevèrent immédiatement de la couronne. Ce Rit une circonstance heureuse que la mort, sans postérité, en 927, du comte Guillaume-le-Jeune , car personne ne se présenta pour revendiquer son héritage. Noos avons aussi des monnaies d’argent de ce comte, et un grand nombre du roi Lothaire et de Philippe-le-Hardi , qui ne marquent pas autrement dansThistoire de Bourges. Au carême de 1031, ie roi Robert vint dans la capitale du Berry, où il fut reçu par le vicomte Gcoffniy-le-Noble , son vassal; après une excursion jusqu’à Toulouse , il rentra dans son royaume et revint à Bourges où il passa le jour des Rameaux.

Lorsque la croisade fut prêchée à Clermont, en 109&, par le pape Urbain II , Eudes ou Harpin, vicomte de Bourges, ne put rester étranger à l'enthousiasme général ; il vendit sa vicomté au roi de France Philippe l" pour la somme de soixante mille sous d’or. A ce sujet, l'auleur du roman de OuUinume au Court- Nés, nous apprend que Lainbien de Bcorges (Landberth de Déob) , avait donné l’exemple au vicomte. Quoi qu’il en soit, Harpin partit en 1096, avec Pierrel’Ermite, lui huitième chevalier de l’illustre association des enfahtsdu Berry, parmi lesquels les Homères de l'époque nomment positivement Renaud de Baugy, Anjorrant, Amaury de Beorges, Garnier de Brenne, etc. Le rôle que joua le vicomte dans cette sainte guerre fut digne de l’épopée, bien qu'il n'ait pas été toujours honorable. Echappé à la déroute d'Héraclée, par la fuite, puis fait prisonnier avec le roi Baudouin et réclamé par Alexis, empereur de Cxmstanti-

nople, Harpin revint enfin dans sa chère patrie, où il se fit moine et mourut postérieurement à l'année 1121.

Au mois d'octobre 1102, Philippe I**, dont nous |iossédoos plusieurs monnaies d'argent frappées à Bourges, vint dans cette ville, et les chevaliers de la vicomté nouvelle se pressèrent autour de lui. Son fils , Louis VI , dit le Gros , qui fit aussi frapper à Bourges des monnaies d'argent, y vint également en 1108 et surtout en 1121 , pour marcher de là contre Clermont dont les habitants avaient chassé leur évéque Aimery. Il se trouvait encore à Bourges, en 1122, avec son fils aîné , qui mourut avant lui , et il y réunit une nouvelle armée au milieu de l'été ^ en 1126. Le duc de Guyenne , devenu roi de France sous le nom de Louis VU, SC fit couronner a Bourges , le jour de Noël 1137. Les fêtes forent brillantes et attirèrent un grand concours de monde. Aux fêtes de Noël 1145, Louis-lc-Jeune y tint cour plénière et y fut couronné une seconde fois ; mais c'était principalement pour faire prêcher la croisade, qu'il s'élail rendu à Bourges et qu'il y avait convoqué celte grande réunifin. Comme à Clermont, il s'y trouva des prélats en grand nombre, non du Midi mais du Nord. L'évêque de Langres, Godefroy, prêcha la guerre sainte et arracha des larmes à tous les auditeurs , lorsqu'il parla des malheurs d'Kdcsse et des chrétiens de l'Orient. Malgré ces larmes, les cnrèle- UHMits furent peu nombreux. Après le départ de Louis pour l'Orient, au mois de juin 1147, Bourges devint le centre d'une vaste conspiration. I^es conjurés étaient déjà maîtres de la grosse tour, mais la vigilance et l'habileté du ministre Suger déjouèrent leurs plans. On apprit enfin le retour du roi et tout rentra dons l'ordre. En 1159, Louis VII se trouvait encore è Bourges ; c'est alors qu'il affranchit complètement les biens de l'archevêque et qu'il lui permit, ainsi qu’à ses successeurs, d'en disposer, malgré son droit de régale, l'année de leur mort. Le 11 juin 1163, immédiatement après la clèture du concile de Tours, te pape Alexandre III écrivit au roi de France qu'il comptait se rendre prochainement dans la ville de Bourges, où il arriva en effet le 1" août suivant.

En 1170, la guerre faillit éclater entre la France et l'Angleterre. Henri II prétendit, en sa qualité de duc de Guienne, que l’archevêché de Bourges dépendait du duché d’Aquitaine et non de la France. Ce motif était peu solide ; mais le roi d'.lngleterre voulait se venger de Thomas Bccket, que l'archevêque de Bourges avait reçu avec toutes sortes d'égards , en 1 1 65. Le roi de France s’opposa naturellement aux exigences inouïes de son compétiteur. Henri s’avança alors vers Montluçon, se croyant bien sûr de s’emparer de la ville de Bourges, ou il s’était ménagé des intelligeni es. Mai* Louis VII marclia contre lui , et il fut contraint de conclure presque immédiatement une trêve. Ce prince, disent les historiens anglais, avait promis à l'époux de sa fille Marguerite, Henri-au-Couj*t-.Mantel , fils de Henri II , tout le Vexin français; et sa lillc puînée, Alix , devait apporter en dot à Richard, second fils du roi d’Angleterre , la ville de Bourges avec toutes scs dépendances, t^es promesses, un peu légèi'es, furent forcément rétractées à Tory, ce qui n’empêcha pas la conclusion d'un traité : les deux rois s’obligèrent è faire ensemble le voyage de la Terre-Sainte, engagement que tinrent leurs fils. En 1162 et 1 178, le roi vint encore à Bourges. En 1180, l’archevêque de cette ville, Ricurd, ligure à la cour de Guillaume-le-Bàtard avec Warmond , arche-

. jû^y.CiÉOoale

168 BOURBONNAIS. —BERRV. — NIVERNAIS.

vCqae de Vienne, et des gentilshommes normands, romme juges dans on plaid,

au sujet d'une Ile de la Seine que l^véque d'Ëvreui voulait prendre à Tabbaye

de la Sainte-Trinité, comme l'atteste une charte extrêmement curieuse de cette

époque.

Philippe-Auguste ayant atteint sa majorité vers le temps où la trêve de Nonaneourt venait d'expirer, convoqua à Bourges tous ceux qui lui devaient le service féodal. Il connaissait parfaitement l'esprit de la ville où il avait déjà fait différents séjours , d'abord en 1186, puis en 1187. Quelques jours avant la Saint-Jean-Baptiste de cette dernière année, époque de l'expiration de la trêve, il avait quitté Bourges , pénétré dans le Berry et mis le siège devant ChAteauroux ; mais une nouvelle trêve de deux années fut signée. I.a guerre n'en recommenfa pas naoins en 1188. Philippe rassembla è la hâte une armée près de Bourges; il surprit, le 18 mai , la forteresse de ChAteauroux , et contraignit les bourgeois à lui jurer fidélité. En 1202 , le roi fit constniire une nouvelle tour à Bourges. Le même prince, en 1212, mit Simon de Sully, archevêque de celte ville , avec Hugues de Lusignan, comte de La Marche, à la tête de deux cents cavaliers et de dix mille fantassins qu’il envoyait au secours d’Amaury de Montfort. Ce fut encore cet archevêque qui, en 122A, fut chargé par Ilonorius III de remettre à Louis VIII une lettre dans laquelle il l'engageait fortement à entreprendre enfin l’extirpation de l'hérésie des Albigeois. On voit dans les cabinets de médailles des pièces de ce monarque, frappéw à Bourges. .

Peu de temps après la mort de son père , arrivée au mois de septembre 1223 , Louis VIII, dont la ]irincipale alTaire était cette guerre dc-s Albigeois, vint A Bourges, où , en 1225 , le légat du pape convoijua encore un concile qui s’ouvrit le .30 novembre. Afin de mettre un terme aux disputes de préséance entre les dignitaires de l'Eglise, on résolut de siéger non comme en concile, mais comme en conseil. Raymond ,' comte de Toulouse, et Amaury de Montfort comparurent en pereoime , et même furent entendus , mais on ne décida rien à leur égard. En 1226 , le parlement de Paris se réunit nu mois de janvier : le roi obtint de ses principaux borons lé serment de l'aider et de le secourir comme leur seigneur-lige dans cette guerre sainte. Ensuite on se rendit à Bouiges, où tout le monde se trouva rassemblé le 17 mai; le roi et le légat étaient aussi présents. On d^ibéra longuement sur la prochaine croisade. Presque tous les assistants s'engagèrent à y prendre part ; mais, moyennant des sommes considérables, le légat releva de leurs vœtix les femmes , les vieillards et les enfants. Le noyau de la nouvelle croisade partit enfin, se rendit successivement à la Charité, IfNevers, i ChAlons-sur-Saêne, à Lyon, à Avignon : toutefois, la peste et la guerre se réunirent bientôt pour rendre inutile cet armement, et le roi vint mourir en Auvergne, le 8 novembre 1226. Dans cette croisade figuraient beaucoup de chevaliers appartenant au Berry, mais parmi ceux-là il en est un surtout que nous ne pouvons passer sous silence ; c'est Thibaut de Blazon, parce qu'il mérite une place distinguée dans l'histoire littéraire de la France. Cet élégant trouvère est né dans un hameau de la commune de Suint-Martin-d’Auxigny, et c’est à tort que quelques écrivains l'olit confondu avec 3'hibaud, comte de Blois et de (2iampagne. Dans cette guerre se signalèi-eiit , en nuire, le cnmlc de Brcmies, Roger de Linières et Allard de Kucé,

BOUKGES.

En 1234, Grégoire IX désigna d'oUlce Philippe Bermycr, évéque d’Orléans, pour succéder à Simon de Sully, archevêque de Bourges. Ce prélat était surtout remarquable par une douce charité qui réellement ne connaissait point de bornes; ainsi trente pauvres qu'il entretenait, couchaient dans la même rhambre que lui. Tous les jours une aumône générale eut lieu au palais archiépiscopal, et trois fois par semaine, dans les résidences de Comusse, de Turly et de Maurepas. Philippe répondit à son économe, effrayé de ce que, pendant une famine, il avait élevé ses charités quotidiennes jusqu’à quatorze setiers de blé : «Si les revenus de l’église s’épuisent, tu prendras les miens ». Il avait pour habitude de donner audience aux pauvres, avant d’entendre les riches. Un jour, une vieille femme, placée à côté du seigneur de Châteauroux , entouré de ses nobles , et qui insistait pour que l’archevêque expédiât ses affaires , fut appelée par l’illustre prélat, quoiqu’elle fût couverte de haillons. L’archevêque prit sa requête, lui rendit immédiatement justice, car il tenait alors sa cour, et se tournant du côté du seigneur : « Ne vous étonnez point, lui dit-il, de ce que cette malheureuse passe avant tous ; elle n’aura encore que trop de peine à regagner à pied son village, tandis que vous, escorté de vos nombreux serviteurs, et monté sur un bon clieval, vous arriverez bientôt à votre château». Ce fut pourtant contre ce vertueux prélat qu’éclata , peu de temps après, dans son propre palais , en présence du légat du pape, une violente émeute. Les portes furent enfoncées par la populace qui, pénétrant dans scs appartements, accabla de pierres Philippe et son hôte. Louis IX fit aussitôt arrêter les principaux citoyens de fa ville, pour garantir l’amende à laquelle elle fut condamnée pour ce sacrilège. .\u mois d’aodt 1248, le saint roi s’embarqua pour la croisade. Ici flgurent encore plusieurs noms illustres appartenant au Berry, et, entre antres, le seigneur de Meheung qui était à la croisade en 1239 , et qui y mourut l’année suivante ; son Dis, Pierre 1", accompagna Louis IX et fut tué, le 8 février 1250, à l’attaque de Mansourah.

En 1251, les pastoureaux marchèrent sur Bourges, dévastant tous les pays qu'ils traversaient. Les habitants les reçurent, et à peine furent-ils entrés dans la ville, qnc leur premier acte fut le pillage de la synagogue, ainsi que la destruction des livres sacrés des juifs. Le jour de la réaction arriva, et, privés de leur chef assassiné , ils se retirèrent précipitamment ; les habitants suivirent Icui's traces , les attaquèrent et les déOrent aux environs de Villeneuve-sur-Cher.

A la septième et deimièrc ci'oisade de 1269, on compta peu de chevaliers du Berry ; échappé aux périls«de celle de 1249, le seigneur de Châteauroux périt dans celle de 1270. A l’une ou l’autre de ces croisades appartiennent les deux Lion de Bourges , trouvères qui Ogurent honorablement aussi dans Thistoire littéraire de la France et sur lesquels nous savons très-peu de chose. Ce qu’il y a de certain, c’est que de leur temps ils marchaietit de pair avec ce que la noblesse, I» littérature et l’art militaire avaient de plus illustre, ainsi que l’atteste un passage de la chronique en vers de Bertrand Du Guesclin. Furent-ils trouvères l’un et l’autre? n’y en eut-il qu'un? l’un seulement est-il l’auteur de la chanson de geste intitulée : leWoaian rfu duc Lion de Bourges? %\ leur existence même n’est point fabuleuse, étaient-ils les fils inconnus aussi du comte Odon IV. 22

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Harpin? Ce sont lè autant de questions encore insolubles aujourd’hui. Philippele -Hardi ne visita la capitale du Berry que le U novembre l'285,et escorté d'un funèbre cortège qu’ao-ompagnait à son tour son jeune fds Philippc-lc- Bcl. Philippe-le-l.ong [Mirta le titre de comte palatin de Poitiers et de Bourges. Pour la première fois , oette denijère ville faisait partie de l'apanage d'un prince du sang. Philippedc-Long venait souvent à Bourges, et il y passa toutes les fêtes de Piques de l’année 1317. Vers la même époque, il y convoqua les députés des bonnes villes, et surtout ceux du Languedoc, pour leur demonder des subsides. En novembre 1318, il y revint encore dans le but secret d’en obtenir de nouveau de l’argent pour la ruineuse guerre des Flandres. Tous les nobles hommes du Berry y furent donc convoqués. Charles-le-Bel ne vint dans cette province qu'une fois, et ce fut pour y perdre un fils, au mois de mars 1324. Le roi et la reine, Marie de Luxembourg, revenaient de Toulouse; la fatigue du voyage contraignit Marie à s'arrêter au château d'Issoudun , et c'est M , qu'avant terme , elle mit au monde un enfant mile qui mourut immédiatement et que sa mère suivit bientôt. L'un et l’autre furent inhumés dans l’église de l'abbaye de Notre-Dame d'Issoudun.

Le 5 mai de la même année, l’archevêque de Bourges dédia la nouvelle cathédrale qui venait d’être achevée, et qui avait été commencée dans le xiii* siècle. L'achèvement de la nef datait de la première moitié du xiv*. Il nous serait impossible, avec trois fois plus d’espace que nous n’en pouvons accorder è l'histoiro même de la ville, d'esquisser une description architectonique de ce somptueux monument , dans lequel on ne sait ce que l’on doit le plus admirer, de la hardiesse de son élévation ou de la richesse et de la profusion des détails de sculpture. Pour donner une faible idée de ces travaux considérables, nous nous bornerons seulement i dire que le grand porche forme une véritable épopée on ' milieu de tous ces travaux inoui's. C'est une immense représentation en trois actes, des derniers mystères de la vie humaine : la résurrection , le jugement et son exécution. Au premier acte, le sommeil éternel a cessé, les morts se lèvent, et trente-trois personnages, pas moins, concourent au, but général. Il n'en est pas de même du second; ici, nécessairement, il y a plusieurs scènes; c’est le jugement dernier : à chacun selon ses rouvres. Au centre, l’ange de l'éternité pèse impassiblement les actions d’un jeune homme que le diable repousse,* parce que le bien l'emporte sur le mal. A la droite du peseiir céleste, est Abraham , paisiblement assis dans le paradis; il tient des Ames plein son giron. Plus loin , saint Pierre ouvre la porte aux bienheureux , dont les figures habilement travaillées expriment la béatitude. Enfin, un ange apporte un tout petit enfant, tandis que d'autres descendent avec des couronnes. Du côté opposé la scène change ; ce sont des actes do désolation ; ce sont les réprouvés. Quel contraste entre ces figures et ces corps et ceux de l’acte précédent! Quelle transition effroyable et subite! Des démons hideux précipitent les méchants désespérés dans une chaudière immense où les flammes et les animaux immondes dévorent leurs chairs. Au lieu du calme des scènes précédentes, ici tout est agitation, désordre et pêle-mêle d’exécuteurs et d’exécutés. .Vu-<lessus de cette Divine Comédie est assis le Christ, entouré d'anges, portant les instruments de sa mort : à sa droite est

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la Hère -Vierge, dans l'attitude de la piété rêveuse; à sa gauche saint Jean-Baptiste agenouillé, priant et suppliant le Dieu vengeur, par l'intercession de son fils unique. Au-dessus, des anges soutiennent encore la lune et le soleil. Puis régnent six cordons où s'étalent, dans la voussure, tous les personnages de la cour céleste. Les clochetons qui les dominent, comme les corbeaux qu'ils supportent, tout est du plus beau travail.

Au moisd’aoüt 1353, les habitants de Bourges obtinrent de la justice de Jean qu'à l'avenir ils ne seraient plus séparés du domaine immédiat de la couronne ; mais cct engagement solennel ne fut pas respecté : lorsque le roi eut abandonné aux Anglais 1rs comtés de Poitiers et de Mâcon, il donna, à titre de dédommagement, le duché de Berry à sou troisième Qls, le comte d’Auvergne. Né le 30 novembre 1340, le duc Jean de Berry n’avait pas enA>re atteint sa vingtième année le jour où son père, encore prisonnier, ratlQa à Calais le traité de Brétigny ; il avait assisté à la bataille de Poitiers, d'où il s’était enfui avec huit cents lances. En 1356, le prince de Galles vint mettre le siège devant la capitale même du duc de Berry, à la tête de deux raille hommes d’armes et de six raille archers, laissant partout derrière lui la famine et la désolation. Il fit brûler les faubourgs. Au moment où il pénétrait dans la ville, grâce à la pcrQdie d’un nommé Perrot Menais, qu'il avait gagné, une vive escarmouche s'engagea; le prince anglais fut contraint de renoncer à ses projets, et se retira à Issoudun. Le traître eut la tête tranchée.

En 1359, le duc Jean était lieutenant du roi en I.anguedoc, et le 24 juin de l’année suivante il reçut cent raille florins d’or de Jean I", comte d’Armagnac , dont il venait d'épouser la fllle à Carcassonne. Créé pair de l'rance, duc de Berry çt comte d’Auvergne , sans que ces immenses terres fussent distraites du domaine royal , il passa le détroit avec les nombreux otages promis à l'Angleterre. Le G mars 1361 , il obtint d'Édouard III un sauf-conduit qui ne s'étendait que jus- ^ qu'à la fête de l'Assomption ; cependant il se trouvait encore à Bourges au mois d’avril 1362. Vers les premiers jours de janvier 1364, lu roi Jean, son père, retourna à Londres, où il mourut le 8 avril suivant Les ducs d’Orléans et de Berry , qui n’avaient point quitté ce malheureux prince dans ses derniers moments , se bâtèrent de communiquer cette grande nouvelle au duc de Normandie, leur fçère. Sous le règne de Charles Y, la guerre désola surtout la province de Ben')' ; les Anglais et les Français y étaient sans cesse aux prises. Dans la crainte de voir sa capitale exposée à,nn nouveau siège, le duc fit augmenter les fortifications et les dépendances de la grosse tour (1374). Toutefois, il jouit paisiblement de ses vastes apanages jusqu’à la mort du roi (1380). Le duc Jean, malgré le luxe vraiment royal de sa propre maison, les dépen.scs énormes de la guerre ut de son séjour en Angleterre , malgré ses acquisitions con-^ sidérables et scs fréquents voyages, avait entrepris à Bourges, ou dans scs environs, de» constructions immenses, parmi lesquelles nous nous bornerons à désigner son magnifique palais, monument gigantesque dont il ne reste plus que d'immenses ruines; le cbàtcau de Meheung, en partie détruit également depuis une trentaine d'années, et la somptueuse Sainte-Chapelle de Bourges, qui a disparu entièrement. Le premier de ces monuments, c'est-à-dire le palais

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royal, possédait une salle de cinquante-deux mètres de longueur sur vingt de hauteur et de largeur. Il en est souvent fait mention dans l'histoire locale. Cest li que se réunissaient la noblesse , ban et arrière-ban ; que furent transportés , après le funeste incendie de 1U7, toutes les juridictions de la ville; que, plus tard , la coutume du Berry fut discutée (1539) ; et que les protestants, dès 1562, tinrent leurs premières réunions.

Par lettres-patentes, en date du 19 novembre 1380, le duc Jean fut nommé lieutenant du roi dans la province de Guyenne. C'était en quelque sorte une souveraineté absolue que venait de lui créer la minorité si désastreuse ou peut-être la folie du nouveau roi. Avant de se rendre à ce nouveau poste, le duc vint à Bourges au mois de février de l'année suivante, aDn d'aviser è la pleine sécurité de ses terres de Berry, d'Auvergne et de Poitou ; il en conOa la garde au marérbal de Sancerre, et partit ensuite avec des troupes nombreuses qui furent défaites par le comte de Foix, auquel Charles V avait antérieurement confié le gouvernement de la province. Lorsque le duc de Berry fut éloigné des affaires publiques et vit son prodigieux crédit lui échapper, il se livra è son goût si vif et si délicat pour les lettres et les constructions. Le 16 septembre li02, il résigna scs grands fiefs entre les mains du roi, en s'en réservant seulement l'usufruit : Charles VI avait assuré au second de ses fils la survivance du duché de Berry. Cependant le vieux duc ne pouvait pardonner à Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, son neveu, de s'étre emparé exclusivement de la direction des affaires du royaume. Sa jalousie était partagée, du reste, par les autres princes du sang, avec lesquels il signa la ligue de Gicn, en lilO. La rébellion du duc de Berry étant flagrante , le conseil de Charles VI résolut de porter la guerre , au printemps de l'année 1U2, sur les domaines de Jean de Berry. Du Uaillan raconte que, cette même année, un Brichauteau , sieur de Linières, et un Richelieu, eurent un combat singulier, vers les piliers de la justice de Bourges , pour décider du sort des combattants, et que le sire de Linières, qui tenait pour les princes, tua son adversaire. Le bruit courut alors qu'un moine était allé traiter, à Londres, avec le roi d'Angleterre; peu de temps après (18 mai lil2), les envoyées de ce monarque concluaient à Bourges même l'alliance par laquelle il promettait aux princes aide et protection, à condition qu'ils reconnaîtraient ses droits sur la Guyenne, et qu'ils se proclameraient ses vassaux, quant à ceux de leurs domaines situés dans cette province, et s'engageraient en outre à le soutenir dans toutes ses querelles avec le roi de France. A ces conditions, Henri IV leur envoya une armée de huit mille hommes pour faire la guerre au duc de Bourgogne. Charles VI alla prendre incontinent l'oriflamme à Saint-Denis, et partit pour la Charité. L'armée se préparait à marcher sur Bourges, quand, tout à coup, un horrible ouragan vint y semer le désordre. Arrivé devant la ville, le roi la fit sommer de se rendre : « Je suis, » répondit le duc, « parent du roi et son sci'viteur ; je lui garderai sa vilic de Bourges, parce qu'il a auprès de lui des gens qui ne devraient point y être. » Une seconde sommation n'ayant pas mieux réussi, un sc prépara à faire le siège. Dans la ville, se trouvaient les princes de Berry, d'Orléans, de Bourbon, d'Armagnac, tous leurs nombreux adhérents, ainsi qu'un grand nombre de prélats et de seigneurs, qui s'étaient retirés

auprès du chef nominal du parti d'Orléans. Le 11 juin, l’armée royale vint prendre ses positions : quelques hommes d’armes , commandi’-s par les durs de Berry et d’Orléans, se jetèrent sur les éclaireurs, en criant: Uire /e roi.' Enfin, le siège fut commencé. Pendant les deux premiers jours, les Armagnacs restèrent inactifs; les assiégés échangèrent avec les assiégeants quelques projectiles et quelques injures. Le 13, le bruit fut habilement répandu dans le camp qu’une trêve avait été conclue : les soldats ayant quitté leurs armes, les princes, à l'instant même, firent sortir un millier de soldats par les portes non gardées, avec ordre d’aller par derrière surprendre les Bourguignons et les Picards , qui composaient l’avant-garde; mais le hasard les fit apercevoir, et la nouvelle en fut aussitôt donnée au camp : on s’arma à la hâte, et la mêlée fut terrible. I.a cavalerie, abandonnée par les fantassins, rentra dans la ville, ayant perdu deux cents hommes.

Le 18, l’armée royale fut obligée de changer de position. Les assiégés, qui avaient considérablement souffert , crurent qu’elle se retirait dans la crainte des Anglais, dont on annonçait l’arrivée prochaine ; mais ils furent cruellement désabusés lorsqu’ils la virent , dès le lendemain matin , venir camper au nord de la ville. Alors ils n’hésitèrent point et mirent encore une fois le feu aux vastes faubourgs de ce côté. En vain le roi demandait de l’argent partout ; il ne lui en arrivait pas , et l’armée murmurait hautement. Le doc de Berry était aussi â la veille de voir ses finances épuisées. D’un autre côté, les assiégés assistaient avec douleur à la destruction de leurs plus beaux monuments par les projectiles de l’ennemi. Tout le monde désirait la paix, surtout le Douphin, Louis, duc de Guyenne, qui prit sur lui de faire cesser le feu de l’armée royale. Sur ces entrefaites, un ambassadeur d’Amédée VIII de Savoie, petit-fils du duc Jean et beau-frère du duc de Bourgogne, ofi’rit sa médiation. Le roi l’accepta, et, après plusieurs conférences secrètes, on vit sortir de la ville les députés du duc : c’étaient le vieil archevêque de Bourges et plusieurs grands personnages. Le roi les admit en sa présence, assis sur un trône , entouré des ducs de Guyenne et de Bourgogne et de Louis , roi de Sicile, arrivé le jour même. L’archevêque offrit ses hommages au roi et à tout son conseil , le duc de Bourgogne excepté ; puis il excusa très-longuement les princes , et affirma que jamais ils n’avaient commis d’attentat contre l’autorité du monarque ; il termina en demandant formellement l’arrestation de leurs calomniateurs. Le Suc Jean consentit enfin à entrer en pourparler avec Jean-sans- Peur ; et , deux heures après , ils se donnaient les témoignages de la meilleure intelligence. Le 14 juillet, une nouvelle entrevue eut lieu entre les durs de Berry et de Bourgogne : tous deux , au retour, manifestèrent une grande joie. Le 10 , le Vieux duc et les princes, portant leurs écharpes , escortés de nombreux chevaliers, se rendirent dans la tente du duc de Guyenne; car le roi était en proie à un nouvel accès de folie. Là se trouvèrent les chefs du parti bourguignon : un traité fut conclu , et l’on s’embrassa ; le doc de Berry pleura en baisant son neveu. Le festin fut ensuite servi, et, dès qo’U fut terminé, le duc Jean présenta au jeune prince les clefs de la ville ; dès ce moment , il fut sévèrement défendu aux deux factions de se servir des qualifications d’itraia^nac ou de Bourguigrum. Un dimanche, le 18, le roi de Sicile, le comte de Penthièvre, le

m BOURBONNAIS.— BERRY. — NIVERNAIS.

duc de Bar, ainsi qu’un grand nombre de chevaliers, dînèrent au palais royal:

et , le 20 , l'arnièc plia scs tentes.

En le duc de Berry donna le château de Meheung à son neveu, le Dauphin Louis ; ceiui-ci se rendit à Bourges le jour de la Toussaint, et y cesta Jusqu'au 7 décembre. Ou sait que le prince Louis mourut à la fin de fannée suivante. Quant au duc de Berry, sa fin approchait. Il tomba gravement malade en son hOtel de Nesie, à Paris, au mois de mai, et, le 15 juin 1416, au soir, il expira. Le 21, immédiatement après 1e service funèbre, le corps de Jean fut placé sur un chariot couvert d'un drap noir, orné d'accessoires aux armes de France et de Berry et d'une grande croix rouge ; le cortège s'achemina lentement vers Bourges, stationnant toutes les nuits dans les églises de chaque ville importante. Il arriva à sa destination le 27. De somptueux préparatifs avaient été faits dans la Sainter.hapelle, où les funérailles du duc furent célébrées le 28. Charles Vil éleva plus tard un tombeau au duc Jean, au milieu du chœur de cette chapelle. Sur un socle en pierre, environné de quarante niches surmontées de dais ou clochetons à jour, en marbre blanc, reposaient autant de statuettes de moines mendiants dans l'attitude de l'aflliction. Huit seulement de ces charmantes statuettes ont été présences de la destruction ; on les conserve dans le musée du Cher. Quant è la superbe statue de Jean, on la voit aujourd'hui dans le crypte de Saint-Etienne ; elle est en marbre blanc et repose sur une table en marbre noir ; le prince tient dans ses mains un sceptre; à ses pieds est une petite ourse enchaînée et muselée. Sur les Iwrds du manteau ducal, on lit la devise du duc : -Oursine le temps venra; allusion de tendresse conjugale adressée à sa seconde femme, Jeanne de Boulogne.

Jcan-le-Magniüque ne fut pas seulement un ami éclairé des beaux-arts, il aima aussi passionnément les lettres , et surtout les bons et beaux livres. Sous le premier de ces rapports, il nous reste de lui des monuments qui ne dépareraient point le recueil de Charles d'Orléans avec lequel il lutta si heureusement dans re genre de poésie nommé alors jeu mi-parti. Une chose inou'ie enfin était la somptueuse et riche librairie réunie par ses soins soit au château de Meheung , soit à la Sainte-Chapelle, et dont le catalogue a été publié dans un volume de Barroia intitulé : Bibliothèque prolotypograpUique. Sous ce dernier point de vue, il existait à Bourges un catalogue intitulé : Livres qui furent du roi, lequel constate également que son amour éclairé des livres ne connaissait ni bornes ni ol stades. Il est assez diflicile du savoir, cependant, si ce catalogue fut dressé pour les livres dont le duc s’empara au moment de la mort de Charles V, son frère, ou bien pour ceux qu'il fut obligé de restituer lors de sa disgrâce momentanée sons Charles VI . La majeure partie des manuscrits faits par les ordres du duc ou recueillis à sen frais, existent à la Bibliothèque du roi, dont elle forme pour ainsi dire le noyau; et très-certainement le plus somptueux , le plus beau des otanuscrits de cette bibliothèque est encore le livre d’heures que le prince fit exécuter; ici l'on ne peut élever aucun doute alors même qu'on n'aurait pas pour témoignage la signature de Nicolas Flamel. Ce qui démontrerait au besoin que ce manuscrit inestimable fut peint pour le duc et réellement par ses ordres, c’est que dans scs admirables encadrements figurent à chaque page l'ourse et le cygne ainsi que les iuitiales V. E. enlacées, qui désignent Ursineou son nom en rébus, de méioe

qu’Henri IV ornait les cadeaux qu’il luisait h Gabriellc d’un S avec un trait qui le barrait. Nous possédons une seule monnaie en or frappée au nom du duc Jean.

En 1419, Charles Vil, alors Dauphin, partit du Berry pour assister aux conférenies de Montereau , d’où il revint à Bourges après l’assassiimt de Jean-sans- Peur. Il y passa tout l'hiver de 1422 dans un état pour ainsi dire voisin de la pauvreté. Malgré le traité de Bourges, ratifié par le roi, Philipi)c-le-Bon, duc de Bourgogne, réunit encore une armée et demanda des troupes au roi d’Angleterre, alors à Paris, qui lui répondit qu'il viendrait en personne, mais mourut en route le 31 août, le duc de Bedfort rejoignit, à sa place , le duc de Bourgogne à Vézelay ; de là, ils se rendirent à Cosne le 15 août. Le lendemain, cette ville devait être assiégré, mais le Dauphin, effrayé des forces ameutées contre lui, leva le camp, et se retira à Bourges, vigoureusement poursuivi par les ducs de Bourgogne et de Bedfort.

Charles Vil était à Meheung lorsqu’on vint lui annoncer la mort du roi son père, arrivée le 20 octobre 1422. Aussitôt il convoqua les états-généraux dans la capitale, de fait, de son royaume. Toutes les cours du roi siégèrent dés lors à Bourges, qu’il ne quitta guère, ni cette année ni une grande partie de l'année suivante, si ce n’est cependant pour aller à son château de Meheung. Le 3 juillet 1423, un Dauphin naquit à Bourges. Cet enfant, qui devait être l’un des plus grands rois de la monarchie, fut baptisé à Saiut-Ëtienne , et mis immédiatement en nourrice chez une pauvre femme de la ville nommée Jeanne Pompoime. Le 16 janvier 1424, afin de mettre un terme aux désolations continuelles dont le Berry était accablé depuis si longtemps, le roi conclut un traité avec le Dauphin d’Auvergne, pour tenir garnison dans les places qu’il avait héritées des comtes lie Sancerre. Des tentatives aussi vaines que multipliées furent faites ensuite auprès de lui, dans le but de l’arracher à l’influence des .Armagnacs : sa fatale amitié pour eux finit par lui aliéner jusqu’aux sentiments des habitants de Bourges, où il n’alla pas une seule fois pendant les années 1425 et 1426. Aussi, lorsqu’il convoqua les états-généraux , en novembre 1425, ce fut dans son château de Meheung qu’il les réunit, et non à Bourges qui était hostile aux Armagnacs. Dans les premiers mois de 1428, les comtes de Clermont et de Perdriac. ainsi que le maréchal de Boussac, marchèrent sur Bourges, où les sires de Prie et de Bonnay commandaient au nom du roi. Les habitants leur ouvrirent les portes, et les di.ssidents se réfugièrent dans la grosse tour, où ils soutinrent un siège. Charles VU, alors à Poitiers, accourut aussitôt avec une troupe de gens d’armes, et vers la fin de juillet il campa devant sa capitale réelle. Il commença par sommer les comtes de Clermont et de Perdriac, ainsi que le maréchal, d’avoir à évacuer la place. Ceux-ci s’y refusèrent : cependant, après de longues négociations, le roi finit par leur accorder des lettres d’abolition, et rentra dans Bourges le 17 juillet 1428. Vers la fin de l'année , les affaires du roi , qu’il fallait toujours senir malgré lui, étaient en si mauvais état, qu’en échange , d’un nouveau secours il livrait , par un traité daté du 10 novembre, la province même du BeiTy. ,

Le 11 janvier 1429, les habitants de Bourges avaient envoyé des vivres et de la poudre aux assiégés d’Orléans, commandés par Jeanne d’Arc. La reine, qui était

venue rejoindre le roi, vers la lin de juin, dans l’espoir de le suivre, avec cette armée, fut contrainte de retourner à Bourf^es; le 25 septembre, Charles VU y revint accompagné de la vierge de Domrémy, qui venait de le faire sacrer au inaitrcautel4e fteims. De lé, on se rendit à Melieung, où il fut décidé que la Pucolle irait assiéger 8aiq^Pierre-le-Moatier et in Charité. Le 21 norembre 1429, les habitants de Bourges envoyèrent encore à Jeanne, sur sa demande expresse, treize cents écus d'or, pour senir an siège de cette dernière xille , dont elle était alors occupée. Malgré ce secours, livré jnstantanéraeut, elle fut obligée de lever le siège, après avoir perdu toute son artillerie, et ce ne fut qu'en 1440 que le roi s'empara de cette place en revenant à Bourges , après avoir mis On à la guerre de la Praguerie.

C'est de cette époque que date la fortune prodigieuse de Jacques Cœur. Fils d'un marchand de pelleteries, et né dans le petit village de Polusan, près de Montpellier, il s'était clabli de bonne heure è Bourges, où, dès l’année 1427, il se trouva mêlé à quelques agiotages sur les monnaies et les métaux. Vers la lin de 1429, un certain Ravau, étranger également au Ben’y, vint trouver le roi au chéleau de Meheung afin d'obtenir des lettres de rémission pour les abus qu’il avait commis « au faict des monnoies. « Jacques Cœur était au nombre de scs associés. Il avait alTermé et géré, au nom de Ravau, la motinaie de Bourges. On l'accusa formellement d'avoir fait ouvrer à part monnaie d'or et d'argent de moindre poids et aloi, que ne le portait l'ordonnance, et réalisé, en outre, des bénéflees immenses et tout aussi peu licites sur l'affinage de l’argent. Charles VII, que les dépenses de la guerre obligeaient de ménager les gens de Bnances, « convertit CCS cas criminels en cas civils», et condamna seulement les délitiquants à une amende de mille écus d’or. Cette sentence n'amena point la dissolution de la société formée par Ravau et Jacques Cœur, qui s’étaient adjoint les frères Godard du Bourges. Elle était d'ailleurs constituée pour «tout faict de marchandises et mesmement du faict du roy, de monseigneur Je Dauphin et d'autres seigneurs, cl pour toutes choses dont elle pouv oit faire son profit. » Elle continua donc ses opérations de banque de toute nature jusqu'à la mort des frères Godard , c'est-àdire jusqu'en 14.99.

Jacques Cœur possédait déjà d'immenses richesses en Provence et en l.anguedoc, lorsqu’il épousa .Marie Léodepart, Bile d'un valet de chambre du duc Jean, et pctitc-iillc de Jean Roussard, maître de la monnaie de Bourges (1419). Il prêta, comme on sait, des sommes considérables au roi , qui le nomma son argentier. Pendant le séjour de Charles VII à Bourges, au château de Meheung, son argentier s’éleva un magnifique hétcl du produit de scs béué&;es journaliers ( 1443) ; et quand ce prince rentra dans la capitale de son royaume, ces mêmes bénéfices lui suffirent pour en élever un autre non moins splendide à Paris (14.50). Son titre d’argentier ne l’empêcha point de continuer ses opérations commerciales.

Il faisait vendre, dans l'hétel des monnaies de Bourges, et souvent dans le palais même du roi , toutes les marchandises que lui envoyaient ses facteurs, réiiandus, comme nous l'apprend du Clerq , dans tout le royaume. Ses services lui firent accorder par le roi des lettres de noblesse. En 1444 il fut chargé, avec Jean d’Estampes, son ami, d'installer à Toulouse le nouveau parlement, et dans cette mis-

sion, il trouva' mbHi^ 4c' moyeu de s’occuper de négoce. J)cpuis lors , jusqu'en 1^, il Dgucv ou nombre des conseillers qui , tous les ans, allaient assjstcr, au nqnt^r^iuv états de la province et solliciter le don gratuit que celte assem- 1>lb««^àla couronne. Jean Cœur, son Tds, nommé au siège archiépiscopal devtMurgaés lit son entrée dans celle ville, le 5 septembre 1^50, sous les yeui de son de ses nombreux amis. En I IV7, il construisit la superbe sacristie

de Saint-Etienne et obtint l'autorisation de convertir l'ancienne en une chapelle sépulcrale pour lui et sa famille : c’est aujqprd’hui la chapelle de Sainl-Ursin; Nicolas Csuur, évéque de l.u{on, y fut enseveli.

A son retour d'une double mission diplomatique en Italie, Jacques Coeur prêta cncoie deux cent mille écus au roi pour chasser les Anglais de la Normandie : aussi, lorsque le monarque lit son entrée triomphale dans celte province, l'argentier marchait-il immédiatement et de pair après le sire de Culan, grand maître’ d’hAtcl, et le siix: de Grammont, premier chambidlan ; il portait exactement le. même costume que le lier comte de Dunois et le sénéchal de Poitou , lesqiie's venaient derrière lui. Marié à Bourges, c'est dans cette ville que Jacques r.ii‘ur laissa toujours sa femme et. scs enfants; <’'est toujours là qu'il était rappelé par ses alTcctions de famille. En iM^^aoheta le fief de la Chaussée, appuyé sur les vieux remparts et comprenant deux tours, pour y bâtir le magnifique hôtel dont nous avons déjà parlé. Cet édifice des^M un parallélogramme irrégulier, dans lequel ou pénètre par deux portes d]inéÿ^ dimension, et, sur le derrière, par une porte donnant dans un passage élioit et voûté. Dans la cour surtout sont prodigués les ornements. Au rez-de-chaussée régnait une galerie couverte; an premier, au-dessus de la grand’porte d'entrée, se trouvait la chapelle avec scs beaux anges aux cheveux -blonds , aux ailes vertes, sur un fond d'azur semé d'étoiles d’or, où, sur des banderoles, on lisait des passages du Cantique des cantiques. Au-dessus des dilTérentes portes qui coroinnuiquent avec la cour, on voit encore aujourd’hui des bav-reliefs rappelant la destination première des pièces auxquelles elles aboutissent : un prêtre avec un enfant de chœur et un mendiant annoncent cette élégante chapelle flanquée de deux balcons d'un style délicieux ; des arbres fruitiers, la salle à manger; une vaste cheminée entourée de cuisiniers à l'oeuvre, la cuisine. Du côté de la rue, au-dessus du portail, sur l'un des balcons, figurait une statue équestre de Charles VH , qu'on a détiuito pendant la Révolution; à droite et à gaucJie, dans l'embrasure d'une fenêtre, des personnages faisaient le guet ; partout se reproduisaient les emblèmes de l'argentier,. des cœurs et des coquilles, $u milieu des sculptures des [portes, des fenêtres, des galeries, des frises; et jusque sur les feuilles de plomb des toitures et les têtes de clous des vitraux.

Nous ne rapporterons point ici les causes qui amenèrent la disgrâce et la ruine de Jacques Cœur, parce qu'elles sont étrangères à l'histoire de Bourges. .\(cusé d'avoir empoisonné Agnès SurcI, la maltiesse de Charles VII, il fut arrêté, le 31 juillet 1%51. Ses biens furent immédiatement saisis, et le roi, toujours nécessiteux, préleva sur ces dépouilles cent mille éens pour soutenir sa guerre de Guycnuc. La procédure dura, longtemps. Du château de Taillebourg, l'ancien argentier de la coni'onne fut transfé-ré dans celui do Lusignan, où on l’interrogea,

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ns BOURBONNAIS. — BERRY. -NIVERNAIS,

le 10 si'ptembre I '»31 , sans pouvoir obtenir le moindre aveu de sa part. Soumis à la question, in veiiic du dimnnuiie des Rameaux Ii53, il se confessa coupable de tout ce qu’oti voulut. Vers ce temps-là mourut à Bourses Marie Léode|)ard , sa femme, dont il avait eu cinq enfants qui ne Inissàrent point de lignée masculine. Le 2!) mai, Guiilaume-Juvénal des Ursins prononça, au château de Lusi- (.'iian , où SC trouvait le roi , l'arrêt qui privait C.œür de tous oHices royaux et l'en déi'larait à jamais incapable, ie condamnait à faire amende honorable et au bannissement perpétuci, etc. (Le parlement de Toulouse enregistra l'arrêt, le 15 aoàt làS’r). On reconduisit te condamné au l'bàteau de Poitiers où, le à juin, le cliani'elier, suivi des commissaires , lui donna lecture de l’arrêt. Puis un échafaud fut dressé sur ta place publique, et il fut contraint d'y faire amende honorable, sans chaperon ni ceinture , ayant une torche de dix livres au poing, et de crier merci à Dieu, au roi et à ta justice. On se hâta ensuite d’exécuter ta sentence de conlisililion. Si’S palais de Bourges, de Sancerre, de Paris, de Montpellier, de Lyon, de Heatiraire, de .Marseille, de Béziers, de Toulouse, de Saint-Pourçain ; ses seigneuries de Menetou-Salon, de 1-avau, de ta Coudre, de Champignelles, de .Merillc, de La Bruyère, de Saint-Germain, de Meauné, de Saint-Aour, de Boissy' en Kouennais, de Saint-Géran, de Vaux, de La Palisse, d'Angerville , de Ijirivière, de Saint-Maurice sur l'Aveyron , de Boulancour, de Gironvillc, de La Frenoy, de Mclleroy , de Villeneuve, de Marmagne, de Maubranches, de Barlieu, d’Ainay-lc-Vicl et de l’Ids Saint-Georges; lu baronnie de Toucy, la châtellenie de Saint-Fargeau , presque tout le pays de Puisaye, et enOn scs marchandises, se# galères, celles du moins qui se trouvaient dans les ports de France, tout ce qu’il possédait fût mis sous la main du roi , sans nul égard pour les justes réclamations des tiers. Dans les premiers mois de l’année 1V53, avait eu lieu, à Bourges, la vente de son mohilier. Deux de scs ennemis les plus acharnés, Antoine de Ohabanties , comte de Dammartin , et Guillaume GoulBer, se firent donner la plus grande partie de scs dépouilles.

Jusqu’en IV53, on ignore complètement le sort de Jacques Geeur : alors seulement on le voit dans le couvent des cordeliers.de Beaucaire. I.’époux de sa nièce, le principal de scs facteurs, qui avait sauvé quelquc's-unes de scs galères, reçut une lettre de lui, par l’entremise d’un cordelier venu à Marseille : cette ville apjiartenait alors au bon roi Réné ; il paitit à l’instant pour Tarascon, se logea dans h' couvent des Cordeliers, et, peu de jours après , Jacques Gœur, rendu à la libellé, arriva à Marseille, où il trouva une de scs galères sur laquelle il s’embarqua jioiir aller à Rome. Le pape Nicolas V, auprès duquel l’argentier du roi avait été amliassadeur en ll'vB, l’arcueillit dans son palais avec beaucoup de distinction, (irilce à lout ce qu’il possédait hors de France, Ca-ur se trouvait encore maître d’une brillante fortune. Il fut invi>sti par le pape Calixte III d’une haute mission dans le I.evant, où il mourut, le 2.5 novembre 11.56 Iæ loi restitua, en 1V57, aux deux fils séculiers de Cœur les maisons de Bourges et les biens du BciTy qui n’avaiciit point été vendus, deux maisons de Lyon, des mines d'argent, de plomb et de cuivre, ainsi que toutes les créances non encore soldées, mais sous la condition expresse qu’ils l eiioiicei’oient à toute réclamation ultérieure sur la fortune de leur père : ce qui ne les empi'clia pas , après la mort du roi , de commencer des

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poursuites devant le parlement de Paris, pour obtenir la révision du procès de Ja('ques ('.ceur. Oetle alTaire ne fut terminée que sous (’liarles VIH , par une traiisaction entre la veuve de Ocoiïroy Eœur et le fils d'Antoine de ('.habannes, comte de Hainmartin. La maison de Bourses fut vendue, en 1501 , par le petit-fils du grand argentier, et passa successivement dans les familles Turpin, Lliainbellan et de l'Aubépine, pour arriver h Colbert, qui la vendit, en 1082, à In ville de Boui'gcs. Celle-ci y logea son conseil municipal, lequel a depuis fait place à la cour royale, au tribunal de première instaiu?e et a la justice de paix.

Après le siège de lai Charité, l'tiéiinque Jeanne d'Arc était revenue ,i Bourges : le 29 décembre M29, le roi lui donna , au clulteau de Meliung des lettres de noblesse, lesquelles furent enregistrées à la cour des comptes, le 1 G janvier l'CIO. La Pucelle habitait à Bourges la maison de l'ancien ret:cveur général des llnances, où accouraient chaque jour des femmes qui la priaient de toucher leurs croix, leurs chnpeleLs, etc. : Tvuehez-tes à ma place, disait alors Jeanne à l'épouse du feu receveur général, ils seront aussi bons. On sait qu'en mémoire de son martyre, féglise de Bourges institua, à perpétuité, la procession de la Pucelle. Le 15 mai 1Ï3G, le roi, étant dans cette ville, prescrivit, par une ordotinance, la clôture des cours anglaises, et bientôt furent établies à Paris toutes les grandes juridictions qui avaient si longtemps siégé dans la capitale du Berry. Le 5 mai de l'année suivante, Charles Vil accorda aux habitants le privilège d'acquérir et de-possésier des biens nobles, sans pouvoir être jamais assujettis à payer aux nOiciers royaux aucune finance ni indemnité. En juin H3G, Louis, dauphin de France, avait épousé à Bourges la tille aînée de Jacques Stuart, roi d'Ecosse. Quatre ans après, trompant la surveillance active du comte de La .Marche, il ralliait à sa couse tous les mécontents faits par l'ordonnance de licenciement des compagnies, et livrait ainsi à une rude guerre les habitants du Beri’y et du ebeflieu de In province. De son côté, le roi s'était attiré, par cette même ordonnance, l'amour des communes; aussi, ses succès furent-ils décisifs et rapides. Il OAnit. d'ailleurs, le 6 septembre l't^O, et h Bourges même, pris à sa solde les routiers de (iuyenne et de Languedoc, commandés par Jean de Snlaiar. Plus d'une fois, durant cette [vériode, les Anglais pénétrèrent, non-seulement dans le Berry, mais encoi-e aux portés de Bourges : ils continuèrent depuis à giuu'royer dans le pays, quoique loin de la ville. A la suite de la paix, conclue à Cusset, le roi revint dans la ca|>itale du Ih'rry.

En février l!v32, il y eut à Bourges une as.semblée des évêques français qui ■ prirent fait et cause pour le concile de IMle, contre le pape lui-même; en l'olS, le roi y coilvo<|ua une autre assemblée, afin de porter remède aux maux dont gémissait l'Église : le pape et le concile y envoyèrent leurs députés. Les premières conférences eurent lieu dans la salle capitulaire de la Sainte-Chapelle; à partir du 5 juin seulement, les séances, présidées par le roi, furent publiques, et l'archevêque de Bourges s'assit à su droite , malgré lés vives réclamations île l'archevêiiue de Bordeaux. Les orateurs du pape et du concile furent entendus, lu) 7 juillet, le roi arrêta, en conseil, la pragmatique sanction , grande charte des lilMTtés de l'Église gallicane; enfin, le 1'' septembre IHO, dans une troisièmu assemblée, Martin Gouge, évêque de GlerinuiU, réfuta les attaques des

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oratniii's du pape et du concile contre celte ocmre de sagesse et d'indépendance

que le roi ordonna d’observer dans tout le royaume.

Accablé de chagrins cuisants par l'incessante hostilité de son fils, Charles ^■|| ne quitta presque plus le Berry. Au mois d'aotU 1455, Pierre II, duc de Bretagne, vint le visiter à Bourges, ainsi que dans son château de Bois-sire- .\mé où virent encore de nombreux souvenirs de la belle Agnès. Le 14 août 1459 le Ilaiiphin eut la hardiesse de signifier, par lettres closes, aux habitants de Bourges qu'il venait de lui naître un lils; procédé si étrange et si suspect, que ceux-ci le portèrent immédiatement à ta connaissance du roi. En septembre 1460, le dur de Bretagne, François II, envoya plusieurs officiers de sa maison pour assister à des jodtes que le rpi faisait exécuter à Bourges. Ce fut dans le palais royal de cette ville que, le 10 janvier 1461, le vieux roi, environné de son conseil, répondit au héraut d'armes du Dauphin ces paroles nobles et déchirantes , si pleines de tristesse et d'amertume, que rop|)orte Duclosdans son Histoire de Louis \/. En 1458 la |H'ste força Charles VII à s’éloigner de Bourges. Au mois de juillet 1461 le bruit se répandit qu'on voulait empoisonner le roi, retiré alors à Mehung ■ aussitôt ce prince prit la résolution de se priver de toute nourriture , et refusa même de se confier à son plus jeune fils, Charles, lequel était toujours auprès de lui et goûtait de tous les plats mis sur la table. Cependant le malheureux roi finit par suivre les conseils de ses physiciens et de ses amis, mais trop tard è ce qu'il (Mirait, puisqu'il expira le 22 juillet. Nous avons plusieurs monnaies d'argent de Charles VII, frappées à Bourges. A dater de son règne, elles ii’offrent plus le nom de la ville, mais seulement l'initiale B. Telles sont aussi les monnaies de Charles VIII, de Louis Xll et de François l".

Di-s le mois de novembre 1401, Louis XI reconstitua le duché de Berry en faveur de son frère Charles, Agé de quinze ans, le même qui obtint du roi l’érection de l’université de Bourges, par lettres-patentes données à Mareuil, au mois de décembre 14G.1. Dans ces lettres il était dit qu’oii enseignerait A Bourges le droit divin, canonique et humain, la médecine et les arts. Le pape Paul II, un an après, accorda les bulles nécessaires A I Tnivcrsité (aux ides de décembre 1464) ; l’inauguration eut lieu solennellement dans l’église cathédrale, le 9 mars 1466 et, le 30 niai-s 1409, malgré les vives réclamations des autres Universités du royaume, le parlement enregistra les lettres-patentes. Des noms célèbres A juste titre attirèrent, dit-on, à l’Université de Bourges un concours de six mille élèves ; c’est IA que le grand Condé et beaucoup de princes allemands vinrent terminer leura études. IA brillèrent successivement Alciat , dont Erasme disait, comme Cicéron de .Mutius Siœvola, qu’il était le plus grand jurisconsulte parmi les orateurs et le plus grand orateur parmi les jurisconsultes ; les fri>res Mercier de Bourges; lÆContc; Baron; le protestant Duaren, le plus habile légiste après Alciat, et auteur des commentaires sur le Digeste, du traité Pro libertate Erclesitp (jatliem contra romanam drfensio Parisiensis curia- et d'un manuscrit intiliilé : Scholœ vespertino-, possédé par la bibliothèque de Bourgogne A Bruxelles- Baudouin, dont les commentaires sur les Institutes de Justinien jouissent encore d’une réputation méritée ; Cujas, l’un des professeurs de l’Université de Bourges jusqu’en 1.590, époque de sa mort; lloffmann , qui , dans sa Franco-Gailia , prouva

avrc autant d'érudition que de philosophie les plus belles thèses politiques sorties plus tard des assemblées politiques de la révolution française , et dont Mably et J.-i. Rousseau ne firent que développer les principes et les théories; François Ragueau, dont le nom seul est un éloge, etc., etc.

A la fin de IMIA, le Jeune duc de Berry se jeta dans la ligue du bien public ; il s’échappa de Poitiers, où était le roi, et alla rejoindre le duc de Bretagne, l'un des chefs du complot. La ville de Bourges, insurgée, refusa de se soumettre, ainsi que l'atteste une lettre de Louis XI, au duc de Nevers, écrite au château de Linières et en date du 9 mai U6A. Cette guerre désastreuse avait tellement agité la province, que, le 18 avril de ta même année, deux marchands de Bourges , Martin le Roy et Martin Aujorant s'adressèrent aux ofllciers de la chambre des comptes , afin de leur annoncer qu'il leur était impossible de quitter Bourges, où ils avaient à surveiller et défendre eux-mémes leurs propriétés. Pour la première fois depuis la mort de son père , l.ouis XI se rendit dans cette ville, vers la lin de 1^66, après avoir préalablement exigé le serment de fidélité des communautés. Son entrée fut solennelle ; il y eut joiltes, grandes réjouissances, nominations nombreuses dans l'ordie de Saint-Mirhel. Le roi accepta de fort bonne grâce le don que hii firent les habitants. Il était encore é Bourges, dans le mois de janvier, et il n'en partit que dans la première quinzaine de février. Au commencement de 1167, le chapitre de Saint-Étienne se vit forcé de hii prêter deux cents écus d'or; pour les trouver incontinent, on mk en gage tes joyaux de l'égKse. Peu de temps après le départ du monarque , un incendie horrible dévora encore une fois la capitale du Berry. En 1172, la province eut un nouveau dur : Charlotte de Savoie venait de mettre au monde , à Tours , le duc François , dont la mort (juillet même année) affligea profondément Louis XL Au mois de juin, des commissaires du roi vinrent demander en son nom, aux clercs et aux séculiers de Bourges, du blé pour ses troupes.

En I47A, I.ouis XI tendant toujours è la réalisation de son idée favorite, l'unité nationale sous l'autorité du pouvoir royal , avait plus que jamais peutêtre besoin d'argent Depuis la mort de Charles VII , les taxes avaient été triplées; car il achetait les consciences, non pas ce qu'elles valaient, mais ce qu'on voulait les vendre. Au mois d'avril , le méi-ontentement général éclata. La trêve avec le duc de Bourgogne allait cesser, à la fin du mois suivant. Les foulons, les vignerons , les boulangers , etc. , indignés de la taxe nouvelle du barrage , ou autrement dit des subsides des fossés de la ville,' se révoltèrent contre celui qui était chargé de la percevoir. Enfin l'émeute grossit et lieaucoup de gens du roi furent tués ou mutilés. Le lendemain , S7 avril, le substitut du procureur du roi voulut informer; mais il fut violemment maltraité, blessé même, et force restai l'émeute. Le 26, les officiers royaux et les nobles se réunirent dans Kenceinte du Clottre. Les uns penchaient pour la douceur, les autres pour la sévérité. Ces derniers virent leur opinion prévaloir. Le roi fut instruit de l'événement à Sentis ettrouva les mesures prises beaucoup trop douces. Cette éitaeute toute particulière lui parut une véritable insurrection contre son autorité. Se rappelant que Bourges avait épousé le parti du duc de Guyenne, il craignit que ce parti n’y fut pas entièrement éteint. Dès le 29, il nomma des commissaires investis de pouvoi»

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immenses, pour instrumenter et rendre prompte et sévère justice sans appd. r.cii\-ri se rendirent à Rourges, oreompagnés de troupes sufTisantes, et en arrivant s'cinparércni, de la (irosse-Tow, dont ils doiimVcnt le eommandcment îi Olivier (luérin. I.e 1!) mai, on pendit un grand nombre d'habitants devant leurs portes, où leurs cadavres restèrent e\pos«'-s durant toute une journée ; les libertés municipales Turent immédiatement anéanties, et le maire et ses douze l’-chevins installés , le 8 juin, par les commissaii'cs royaux qui partirent enfln vers le milieu de ce mois.

D'octobre tl7i à janvier 1475, la peste sévit eiu'ore une fois àdtourges; puis clic disparut et revint au mois d'août. Cette annéc-là, Louis XI demanda dix mille livres tournois pour réparation des excès commis pendant la guerrt; du bienpnbKc, non compris les deux mille livres employées à l'inTormation de ces excès si sévèrement punis. Des députés furent envoyés au roi iwur lui prouver l'innocence de l'Église et de ses adhérents, mais la ville paya. Cette même année aussi , Antoine de Luxembourg fut emprisontvé dans la liros.sc-'rour, où avait été reiiferiné déjà le cardinal Ijt Balu(-. En février 1470, le roi se rendit à Bourges. Deux ans après, la réforme des gabelles produisit de nouvelles émeutes. En 1484, Chai'lcs VIII qui, ptuidant sa minorité, parnourut, comme on saitcunc grande partie de scs États, escorté de six pièces d'artillerie, vint dans cet équipage de Beaugency à (ùléans,et d'.Vinboise à Mehung, Uindis que les états-généraux étaient convoqués à Tours. I.C8 députés de Bourges, à ci*s mêmes états se plaignirent (|uc les gages du capitaine de ht tirosse-Tour fussent aussi élevés que ceux du garde de la Bastille Ils demandèrent, en outre, et obtinrent, pour cinq années, la translation des foires de Lyon à Bourges : deux foires de cette ville, celle de la quinzaine de Pâques cl celle de la mi-août, y furent transférées, en effet, par le roi , en 1485; mais elles n'y suhsislèrent que deux anni’es, à cause d'un grand incendie arrivé le jour delà Madeleine, dans le temps dres vêpres, ( 22 juillet 1487). Charles VllI , en 1 485, vint à Bourges avec une arrm'-e, IKHii' mettre un terme aux exclusions qiw ne cessait de faire en Br-rry h; siie <kv Boiu'bon, ligué avec le duc d'Orléans contre la régente : il n'y eut point d'engagement dans le cours de cette année , et il retourna à Bourges, le 12 octobre. I.e 2 novembre, il y signa un traité de paix avec le duc de Ih'etagne; son séjour se prolongea ju.squ'au 11 : il partit ensuite pour l)un-le-Boi.

Nous inlercnllerons, ici, un fait d'un ordre secondaire. Au mois de nvii I48(>, un Lyonnais nommé Jean de Caicharmois, marchaml littérateur, fonda à Bourges Tordre de Noti’c-Dame de. la Table ronde, dont il- fut tout naturellement élu roi , c'est-à-dire directeur; en I'v88, on réforma h'S statuts, et le titre de gouverneur de Tordre remplaça celui de roi. Ia‘ lieu désassemblées était en l'église de Notre- Dame de Sales ou des Carmint : on. y voyait, |>eu d'années avant la révolution, un vitrail repré.senlant les armes des chevaliei's. Cet m’di'e, dont on connaît presque . tous les membres, ainsi que les armoiries, existait encore en 1545. Un incendie terrible anéaulit, eji 1487, plus de la moitié de la ville Les magistrats achetèrent, pour y bâtir une Maison-Commune, l'emplacement de Thôtel des anciens

1. IMusU'Hrs inri'niliiN; .-ivniiMil «IV'jà raiiipromU IV\islonoo ilc Boupjie^ .i illveret's ôpoinus: en , tXU. 1M7, Ii63 iM tUH.

BOüRr.ES.

comtes : c'était tout cc qui en restait, puis(iue lencendic n’avait respecté qu'une toureilcct une ciieminée. I.a Maison ('ommune conserva, à cause de cesdé bris même, qui subsistent encore, au milieu de l’onslructions d’époques diflrérentes, le nom de la (.'.omtale ob la Conitau.

I.e 13 avril 1488, la régente fit sa première entrée solennelle à Bourges; la ville lui offrit un magnirique cabaret dont le prix dépassait treize cents livres. ,4u mois de juillet de l’année suivante, le duc d'Orléans, fait prisonnier à la bataille de Saint-.\ubin du (’.ormier, fut emprisonné à la (îrossc-Tour, par ordre même de la régente. Jêhanne de France, qu’il avait épousée en U76, et qui l'aimait INissionnément, le visita plusieui's fois dans sa prison. Chaque jour elle voyait ou la régente ou le roi , et l'objet unique de ses coniinneiles sollicitations était ta liberté de son mari. Enfin, au mois de mai 1491, le roi étant parti dans la soirée de Plessis-lez -Tours, sous prétexte d’aller à la chasse, manda monseigneur d’Aubignj à la (ii-osse-Tour de Bourges, pour y atier chercher le duc : celui-ci vint le trouver au pont de llarangton ; puis tous deux retounièrcnt a Bourges, où ils l>arlagèrent la même table , et dés le lendemain ils repartirent ensemble pour la ville de Tours. A la Ihi de l’année 1493, Charles VIII se rendit encore une fois a Bourges, où la régente le précéda de quelques jours seulement. Dès le 8 janvier, une assemblée municipale avait décidé qu’oii irait au-devant d’elle et qu'on lui oITrimit mille livres touniois, non compris ce que l'on dépenserait pour les fêtes solennelles de son entrée et les mystères représentés par les rues, etc. Vers la lin de mars, le roi rejoignit la régente ; il visita les restes immenses de l'amphithéâtre, dont il ne reste plus mênae "aujourd’hui (le vestiges. A la lin de 1496, après les Irrillantes et désastreuses campagnes d’Italie, il vint de nouveau dans la capitale du Berry, où, pour lui plaire, on joua un joyeux mystère. Enfin, au mois de mars 1498, il y fit un dernier voyage; car il mourut à Amboisc, Ic7 du mois suivant.

1.C traité de Langeais obligeait le successeur de Charles VIII è épouser sa veuve, afin de con.sener la Bretagne à la couronne : Louis XII, d'après l'avis de ses conseillci-s, résolut, pour olnür aux intérêts cte l'État, d'avoir recours nu 'divorce. I,a dissolution de son mariage fut prononcée, le 17 décembre 1408, dans l’église d'Aroboise , et, le 7 janvier 1499, le roi convola à de secondes noces. Paè lettres-patentes du 36 décembre 1498, I,ouis XII avait abandonné à sa veuve le pays et duché de Berry : elle fut mise en possession de ce vaste apanage, dès le 16 février. Igj nouvelle duchesse de Berry alla s’enfermer aussitét dans le palais royal de Bourges ; le 19, elle prêta foi et hommage au roi , entre les mains du marédial de Oié. Jeanne de Valois n’a laissé dans le Berry aucun souvenir de son gouvernement; mais sa bonté , ses vertus y sont encore populaires. Elle soignait les malheureux et les malades, ramenait les filles égarées et les femmes perdues. Elle coopéra delà manière la plusefBcacc àJa réforme des religieuses de Saint-Laurent, fonda l’oi-dre des Annonciades et bâtit le collège Sainte-Marie , aujourd'hui le collège Royal, qu’elle dota de dix bourses pour les enfanU pauvres. Son immense charité la flt bénir de tous les habitants, durant la |>este qui désola la ville, en 1499 et 1500. A sa mort (4 février 1505i, on eut soin de prendre l'empreinte de sa ligure , précieuse relique conservée dans le trésor de la cathédrale, et d’après laquelle l'auteur ilc cetle noti't' a fait frapper une médaille, Iji mémoire de la

Diuiii.-'-rd bii-Cooglf

18k BOURBONNAIS. -BERRY. -NIVERNAIS,

duchesse Jeanne est encore, à Bourges, l'ubjct d'un culte public, quoiqu'elle n'ait été que béatifiée. Les dépouilles mortelles de cette suinte femme füreiit profanées par les protestants, en 1562.

Le corps de Jeanne était à peine déposée dans le sépulcre, que le roi arriva a Bourges (23 mars]; la reine f; rejoignit, le lendemain, c'est-à-dire vingt-huit jours juste après ta mort de celle qu'elle avait arrachée du tréne. La ville lit à Louis XII une réception magniflque et lui offrit une médaille en or, pesant huit ou neuf marcs ; on ignore complètement ce qu'elle est devenue, à moins que ce ne soit celle qu'on peut voir au cabinet des médailles de la Bibliothèque du roi. La reine reçut, de son cAté, une riche salière, en or ma.ssif, du poids de quatre marcs et cinq gros. Un prétend que , durant son séjour à Bourges , Louis XII des-

• rendit secrètement dans le caveau de la duc|)esse Jeanne. La même année, il donna pour successeur au vénérable archevêque, (Juillaume de Cambrai, décédé le 30 août, son Ois naturel, le jeune Michel de Bucy, alors élève à l'Université d'Orléans; celui-ci Ut son entrée solennelle à Hoiirgcs, le 22 février 1507, non comme archevêque , mais seulement en qualité d'adiniuislraleur du diocèse. En février et mars 1.508, le roi était encore dans la capitale du Berry ; il y régla, le 16 de ce dernier mois, les dépenses de Micliel de Bucy. L'année suivante, il se reudit encore à Bourges, et jura dans la Sainte-Chapelle le traité connu sous le nom de Liguc-de-( 'ombrai , signé le tO novembre 1508, par son ministre le cardinal d'Amboise.

Au mois de mars 1515, le nouveau roi , François I*', étant à Paris, assura . par un traité, an prince qui devait être un jour Charles-Quint , lu duché de Berry, dans le cas où il épouserait sa belle-sœur, seconde Olle de Louis XII et d'Anne de Bretagne : ce traité , fort heureusement , ne fut jamais exécuté. Dès le 5 juillet , le roi se trouvait à Bourges, et il y touchait les é-crouellos dans la Sainte-Clwpcilo. Son séjour fut, d'ailleurs, honoré d'une représentation magnifique du Mystère de la Passion ; elle eut lieu dans le fossé des Arines. Le 1 1 octobre 1516, François I" céda le duché de Berry à Marguerite d'Angoulême, sa sœur, déjà duchesse d'Orléans et d'Alençon. C'est à Marguerite que le Berry doit la rédaction de sa coutume. Cette princesse resta en possession de son apanage, même après son union avec le roi de Navarre, ce qui fut cause qu'elle n'habitn presque point la province. En 1517 fut importé d'Espagne à Bourges, oit s'opéra son acclimatement , l'oiseau délicat que Franklin regrettait plus tard de ne point voir figurer sur les drapeaux des Etats-Unis, en place de l'aigle chauve; le précieux volatile prit de là son vol pour se répandre dans toute la France, et passer la Manche, en 152k.

Parmi les monuments les plus élégants élevés en France, sous le règne de François 1", il n'en est peut-être pas un, même à Rouen, qui soit supérieur à celui que le peuple nomme, à Bourges, la Maison de Louis XL I.a façade, percée de deux portes, est très-modeste, quoique décorée d'arabesques. Dans la cour surtout, dont la moitié est en terrasse, sont prodigués les ornements les plus délicats ;

• aux deux angles opposés de cette moitié de la cour, s'élève une tourelle : celle du ri5té de la rue contient un escalier en hélice très-remarquable, par lequel on monte au premier étage, et qui alioutit ù un belvéder exirêmement gracieux et

BUUKUES.

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d'une légèreté inouïe. Au-dessus de la porte d'entrée se trouve un buste de Priam, environné d'une inscription gothique, dont 4a date est de 1518. L’autre tonrellc, construite en encorbellcraent, -s'appuie sur une &gurc bizarre représentant peutêtre bien le dieu Momus; au rez-dc-cliaussée on voit une somptueuse cheminée dont les arabesques, pleins de délicatesse et d’un Uni également irréprochable, ne le cèdent en rien à ceux des deux portes ouvertes sur les deux cours^ Sur le manteau sont sculptés, à gauche le porc-épic de Louis 4UI , à droite la salamandre de François 1". Mais la partie la plus gracieuse et la plus achevée de cet édiiice est l’oratoire , véritable bijou monumental. Son plafond se compose de trois grandes dalles divisées en trente caissons contenant chacun des bas-reliefs-rébus, si admirablement exécutés qu'ils feraient désirer une boite de diamant pour la conservation de,ce chef-d'œuvre, comme Mansard en voulait une en or pour garantir la Maison-Carrée de Mmes. La maison de Louis \I n'est certainement pas antérieure à l'année 1526, quoique le buste de Priam dont nous avons parlé porte le millésime de 1518. On n'ignore point qu'à cette époque il était d'usage d'antidater les monuments, par un amour exagéré de l'antiquité, ainsi qn'«n en a la preuve dans Phétel de la chambre des comptes bâti sous Louis XII, et qui porte néanmoins la date delàSà. Ce buste de Priam [racheté] ne serait-il point une allusion à la captivKé et à la rançon de François I” ; ufte flatterie artistique en l’honneur du restaurateur dos lettres et des éludes classiques, que le roi chevalier protégea, en effet, après son retour de Madrid? En 1520, François I" accorda à Bourges, pour sept années, la somme de sept mille cent soixante-deux livres, afin de rendre sa rivièçe navigable; la ville, reconnaissante de cette générosité, fit hommage au roi d'une magnifique médaille en or, représentant d'un cété les moutons du Berry, de l'autre la salamandre de François I" au milieu des flammes ; cette médaille fait partie aujourd'hui de la collection du cabinet du roi.

Le protestantisme eut, de bonne heure, des prosélytes à Bourges. Dès l'année t525, l’auménier de la duchesse de Berry, auquel l'archevêque avait défendu de prêcher, deux années auparavant, abjura le catholicisme et fit ouvertement l'éloge des doctrines de Luther. En 1528, les religionnaires professèrent publique- .ment leur foi dans la grande salle du palais royal. C'est alors qu'un concile provincial ayant été réuni par le cardinal de Toumon , de nombreuses mesures de répression furent arrêtées contre les opinions nouvelles (21 mars); L'üniversHé tout entière adopta la réforme ; preuve irrécusable de l'influence extraordinaire que peut exercer la jeunesse sur l'àge mûr, l'enthousiasme sur le savoir et la réflexion; car ce fut précisément cette portion d'étudiants qu'on nommait la nation allenaande, qui importa le luthéranisme au centre de la France. Les élèves de cette nation séduisirent d’abord leurs camarades, dont l’exemple réagit sur les professeurs et leur fit prêter l’appui de leur autorité aux doctrines anti-catholiques. L’ardeur des convictions devint telle, enfin, chez ces hommes graves eux-mémes, que la satyre de Mélanchton contre la Sorbonne arracha des larmes de plaisir au Milanais Alciat, l’une des plus grandes lumières de l'Université de Bourges. La contagion se propageait : Pierre RebuCTy, 51. A. Caimo, Antonio de àlédicis, Melchior Wolmaer, en étaient pénétrés ; elle s'étendait jusque dans les cloîtres , dans l'abbaye.de Stiint-Amliroise, alors dirigée par un lecteur du roi, ou point que scs

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moines osèrent prêcher l’hérésie. En 15St , le mouvement religieux commencé par rUnhersité de Bourges, attira dans cette ville un élève de Noyon âgé de vinglHleux ans et déjà curé de Pont-l'Ëvéque : les maîtres de prédilection de Jean Chauvin (il n'avait pas encore pris le nom de Calvin), lurent le jurisconsulte Akiat et l'helléniste Wolmaer; c’est sur ce jeune homme doué d'une inleltigence si haute et si puissante, que les professeurs luthériens fondèrent leurs plus grandes espérances. Jean Chauvin se lia d'une vive amitié avec Théodore de Bèze, un de ses condisciples. En 1535, parut le fameux livre de \ Institution ehrilienn», conçu et en partie exécuté à Bourges. La capitale du Berry devint , dès lors , le foyer des révolutions religieuses do XVI* siècle. Le nombre des sectaires s'accrut, de jour en jour, grâce à la dévorante activité de cet esprit infatigable qui allait partout répandant ses doctrines, et principalement à Bourges, où l'on voit encore aujourd'hui la chaire en pierre du couvent des Augnstins, du haut de laquelle il a si souvent tonné. Vers la lin de 1532, Chauvin quitta rilniversité; mais sa parole avait été féconde ; bientôt le clergé régulier, la faculté de théologie elle-même, donnèrent l'exemple de l'apostasie. Aussi , dès la fliv du règne de François I", les bdchers furent-ils dressés à Bourges. Un jeune étudiant y périt d'abord dans les flammes; puis eut lieu la dégradation, comme hérétique, de Jean Michel, docteur en théologie, ancien bénédictin , prédicateur célèbre et savant hébrai'sant ( octobre i.'>.‘)9) i et ensuite son supplice, en face de la Grosse-Tour, la veille de Noël de la même année.

En 1.524 , François l** visitant la province de Berry était venu coucher, au mois de juillet, dans le château de llois Sire-Aroé ; le 23, âlarguerite sa sœur, avec la reine-mère, duchesse d’Angoulême, et le Dauphin, firent leur entrée solennelle à Bourges. On joua des mystères en leur présence , et le roi rejoignit les princes, auxquels les magistrats offrirent de somptueux cadeaux. A peine la duchesse Marguerite eut-elle quitté Bourges, que le dernier prince d'Orange, Philibert, de la maison de Châlons, dévoué à Charles-Quint, et vaincu dans un combat naval par le vice-amiral de Lafayctte et André Doria, fut enfermé dans la Grosse-Tour, sous la garde de Gabrielle de La Châtre (19 août). vJe vous supplie, madame, écrivait-il à la princesse d’Orange, sa mère, de bien sollyciter ma deslivrance, car je suis dans un lieu assez fasdieux , etc. » Il n'en sortit, néanmoins, qu’après avoir payé une rançon de quarante mille écus; En 1527, un comdle provincial fut de nouveau convoqué -par le cardinal de Toumon dans la capitale du Berry. Au commencement de janvier 1528, le roi de Navarre, Henri d'Albret, se rendit -dans cette ville , afin de contraindre la noblesse récalcitrante à fournir, pour la rançon du roi , le don gratuit qu'elle avait refusé. La peste qui , depuis la première année du xvi* siècle, s’y était montrée six fois'; y sévit encore cruellement en 1532. An mois de se|)tembre de l'année suivante, les habitants de Bourges’ virent dans leurs murs Ëléonore d'Autriche, nouvelle épouse de François I*'; elle était accompagnée du Dauphin et du chancelier Duprat. On représenta un mystère à la porte Saint-Sulpice , |>ar laquelle arriva la reine, -et de beaux joyaux, ornés de perles et de rubis, lui furent offerts; le cardinal deTournon, archevêque de Bourges,

1. L> pcsic trait ravagé Boiirgea dans les années ISIS, 1SIT, ISSS. ISM, tSSS et ISSI.

imtRâËS. 18Ï

qui, peu de temps auparavant, avait béni sa royaie union, la reçut à l’entrée de la ville.

Marguerite de Valois avait on penchant secret pour le calvinisme : c’est auprès d'elle , dans la capitale même de son duché de Berry, que se réfugièrent , dès l.53i , les savants, chassés de Paris ou des autres villes du royaume, sûrs d’y être bien accueillis et protégés par la duchesse. Parmi eux nous trouvons Jacques Amyot, alors âgé de vingt ans, et plus tard successeur deWolmaer comme professeur de langue grecque : il resta douze ans è Bourges. Deux années après eut lieu , dans la fosse des Arènes, une représentation du Mystère des Saints Actes des apAtres, par Amoult et Simon Greben; elle dura plus de quarante jours : cinq cents personnes y figurèrent comme acteurs; et plus de trente mille spectateurs l’applaudirent. Le Ifiavril 1539, à sept heures du matin, se fit l’ouverture de l’Cniversité, par le célèbre Alciat, auquel furent assignées mHIe livres d’honoraires. Le i octobre, les trois ordres se réunirent dans la grande salle du Palais pour rédiger les coutumes du Berry. En 1542, 1e chancelier Poyet, ardent persécuteur deS huguenots, fut enfermé dans la Grosse -Tour, par suite des ressentiments de la reine de Navarre et de là duchesse d’Etampes. Vers cette même époque, la Heur de la poésie n’avait point encore disparu de la terre du Berry ; comme aux beaux jours dtf la chevalerie, elle y brillait encore d’une douce clarté. Quelle province ne se glorifierait, en effet, d’avoir donné le jour an banni de Liesse, ce fabuliste élégant, auquel La Foirtaine emprunta plus d’un sujet! Le Berry ne doit-il pas s’enorgueillir d'avoir vu naître le poète qui. le premier, eut l’idée des Animaux maladm de la peste , petit chef-d’œuvre où l’on admire un trait que tout le génie du grand fablicr n'a même pas senti? Dans Fixinçois Habert, l'ane s’accuse, non pas précisément d’avoir tondu l’herbe d’un pré, ce qui était on ne peut plus naturel , mais , ce qui l’est beaucoup moins , d'avoir mangé ia paille que son maître avait mise dans ses souliers; le loup s’écrie alors :

Comment ! la paille au soulier demeurée De sou seigneur, ma»gt‘r à dents!

Et si le piet! edt été là dedans,

Iji tendre chaire e(U été dévorée!

Avant d’aborder le récit des luttes religieuses dent la capitale du Berry fut le théâtre, qu’on nous permette de grouper quelques faits assez curieux pour mériter une place dans cette notice. En 1545, Georges d'Amboise reçut à Bourges le chapeau de cardinal, dans l'église de Saint-Étienne, des mains du cardinal de Valence, fils du pape Alexandre VI. Deux ans après, la rivière d’Auron fut enfin rendue navigable, mais elle ne porta bateau que sous Henri II (1553) ; ia IJguc et la Fronde ne permirent même de l'utiliser que beaucoup plus tard. Le dernier jour de septembre 1555, le plus grand des jurisconsultes modernes, celui qui eut l’honneur de régler Pothier dans la codification des lois françaises, Cujas arriva à Bourges, en qualité de professeur; tes maîtres de l’Université l'accueitlirent aussi mal que les élèves, et il fut obligé de quitter son poste. A la fin d’août 1586, il revint à Bourges pour la troisième fois; le 30 juillet, il avait acheté, au prix de dix-huit cents écus d’or au soleil, le bel Mtel Saivi, construit, au xvp siècle.

par (lUillanroe Pelvoisin, cl qui sel't actuellement de ejise.rne A la geodarmrrie.. Cujas refusa noblement d’écrire en faveur du cardinal de l.orralnc contre Henri IV ; il mourut, le k octobre 159J, Agé de soixante-huit ans, et pas une pierre ne'fiit posée sur ses dépouilles mortelles, dans cette cliapelle de Saint-Denys, A Saint- Picrre-le-Gaillard, que le peuple désigne encore. sous le nom de chapelle de Cujas. .Avec cet illustre professeur périt l'éclat de l'Université dont il était la gloire : en I6A7 seulement, on mit dans cette chapelle son portrait , placé depuis à la mairie, dans la Salie des hommes illustres. Le 23 janvier suivant, sa fille, Suzanne, expirait à l'hôpital! En lbâ6, mourut l'un des meilleurs peintres sur verre de cette époque, Jean Lcscuyer, dont le dessin offre une pureté trop souvent négligée après lui, et auquel plusieurs des quarante églises de Bourges durent des verrières qui existent encore en partie. Cette même année, la ville frappa deux .médailles en l'honneur d'Henri II et de Diane de Poitiers.

Ix>s troubles causés par la différence de religion commencèrent A Bourges dès lôCl. Le II janvier, les protestants firent leur cène, en la salle du palais royal, et. le 17 août, ils excitèrent une grande sédition. En,15fi2, étant commandés par le comte de Monigommery, le même qui avait tué Henri II dans un tournoi, ils s'emparèrent de la ville, et s'y livrèrent A tou.tes sortes d'excès et de crimes ('22 mai). Lesstatues, les tableaux, ete., tout fut détruit ou mutilé. Dans leur fureur sacrilège ils saccagèrent un profanèrent les magnifiques tombeaux de Saint-Ursin, du duc Jean , et de saint Guillaume , prédicateur de la première croisade. Le pilbige enfin fut tel, que Montgommery eut, pour sa part seulement, six cent cinquante et un marcs d'or ou d'argent, provenant des reliquaires des couvents et des églises qu'il avait eu le temps de dévaster pendant trois mois entiers. Trois ou quatre de ces bandits, appartenant A la compagnie du capitaine Miregrand , et guidés par Jacob Trouillet, peigneur de laine, descendirent dans le. caveau de la maison-mère des Annonciades. LA, ds ouvrirent le cercueil en plomb de la sainte fille de I.ouis XI, virent son corps intact, crurent l’entendre se plaindre et le percèrent de coups de dague; l’ayant ensuite arraché du tombeau, au milieu de cris et de chants obscènes, ils le réunirent aux dépouilles mortelles de saint Guillaume, et soumirent ces deux vénérables reliques, liées ensemble, au mariage du feu, devant l’église de Montermoyen. Chassés de la ville, les calvinistes portèrent le désordre, la ruine et la mort , dans le reste de la province; ils se rendirent encore une fois maîtres de Bourges , en 1565; et y renouvelèrent ces horribles scènes de meurtre et de pillage. Dans l'inten aile , Charles IX ayant fait un voyage en Berry (15631, était venu à Bourges , au mois de septembre, et avait logé A l'hôtel de ville; les monceaux de ruines qu'ibeut sous les yeux excitèrent son indignation : ce spectacle n’élail pas fait pour le réconcilier avec les protestants.

Le 18 mai 1568, l'archevêque et deux cent trente-six habitants s'engagèrent, dans une convention tardive , A n'avoir qu’une seule et môme volonté , dans le but de défendre et de maintenir la religion catholique, apostolique et romaine : l’assemblée se tint en la grande salle de l'archevêché. Cette même année, on répara la brèche par laquelle les catholiques-s’élaienl introduits dans la ville et en avaient chassé les protestants. A la fin du mois d'aodt 1572, un illustre professeur de l'Université, le même qui, dans son Franeo^atlia, prouva, avec autant de

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philosophie que d'érudition, les plus belles thèses politiques, auvqiielles nos assemblées révolutionnaires devaient, deux siéelcs plus tard, donner la vie, Hottinan, adoptant les idées nouvelles, quitta Bourges pour la seconde fois, dés qu'il, apprit que l'amiral de Coligny avait été blessé par Mauievert. Il fut suivi par son collègue Iktnneau , liemme, comme lui , d'un mérite supérieur, et refusa obstinément, quoi qu'on pût faire, de rester ou de r''venir en France. Tous deux avaient été bien inspirés; car, peu de temps après leur départ, le 24 août, jour de la Saint -Bartliélemy, le maire et les é^hevins firent garder les. portes. Iji veille, pendant la nuit, plusieurs gens de néant.s'étaicnt assemblés et avaient pris les armes, sous les ordres d'un vinaigrier, d'un fourbisseur, d'un cordonnier, et d'un boucher, nommé Thibaut. Ils avaient fait sonner le tocsin, et, se séparant ensuite en plusieurs bandes, avaient forcé et piHé les boutiques et les maisons. Les assassinats furent nombreux, nonobstant les. rançons; le maire et les échcvins, ne recevant aucune nouvelle de ('.harles IX, arrêtèrent enfin ce carnage épouvantable. l.es piassacres se renouvelèrent encore pourtant, les 8, 9 et 10 septembre, malgré la défense expresse du roi; le 11 , ces misérables coururent aux prisons qui étaient pleines de huguenots , et les égorgèrent impitoyablement Les cadavres des victimes furent jetés dans les fossés de la ville , du côté de Bourbounotix. La rage des assassins était tellement aveugle, qu'ils tuèrent jusqu'à un malheureux prêtre détenu dans les prisons de l'archevêché. Ces meurtres furent la source des ridiesses de plus d'une famille. Ü'Argenson dit, dans ses Mélange», qu'après Paris, Bourges fut la ville qù périrent le plus de huguenots pendant la nuit de la Saint-Barthélemy.

Cette même année, profitant de rclfervesccncc des catholiques et de la terreur des protestants, te jésuite Jean Xicquet se fit céder, pour les religieux de son ordre, le collège de Sainte-.Marie : marché approuvé par le pape, dans des bulles qui furent expédiées le 10 juillet 1594. Dès 1575, les jésuites réussirent ég<> lement à pénétrer dans la faculté des arts de l'Université, et, en 1627, ils s'emparèrent de la faculté de théologie qu'il; consenèreut jusqu'à l'arrêt du parlement de 1762. Bourges, en 1575, frappa une médaille, en l'honneur du frère de Henri III, François d’Alençon, qui , Icl5jiiin.de l’année suivante, fit son enfrée ^solennclle.à Bourges, eu qualité de duc de Berry. Dans le cours de l'année 1583, cette ville fut encore une fois décimée par lu peste, et plus de cinq mille personnes succombèrent à l'intensité du fléau. Au mois de septembre 1584, l’archevêque tint un concile provincial , où furent faits des règlements sur la discipline et sur la foi. Trois ans après, le samedi 14 novembre, un joueur de luth, frère Jacques Albert! , dit le moine de la Tour, et Ulivier Colas-, sergent royal . convaincus d'avoir comploté de livrer la vjlle et la Grosse-Tour au roi de Navarre, furent pendus et étranglés, par sentence du lieutenant-criminel, et l’on exposa leurs têtes devant cette prison. La bulle d'excommunication fulminée contre Henri IV ayant été publiée à Bourges, en 1588, |e jeune duc de Guise y fut proclamé roi. Ce fut l'archevêque de cette ville , Renaud de Beaune , grand aumônier de France , qui reçut, à Saint-Denis, l'abjuration de Henri IV, et lui donna l'absolution. Cette même année, les royalistes firent le siège de la Grosse-Tour, laquelle était encore au pouvoir de la Ligue ; mais ce ne fut qu'en 1594 que le seigneur de La Châtre,

Di'IÜirrr: ! . C'oOglc

190 bourbonnais. - BERRY. -NIVERNAIS,

gouverneur de la pro\ incc , et ligueur fbrcené , reconnut enfin l’autorité do roi et lui remit la ville, avec cette fortei'esse. En 1506, les protestants se virent une seconde lois maîtres de Bourges; le maréchal de Montigny la leur reprit, l’année suivante.

ijt fin du règne de Henri IV ne nous fournit aucun grand événement relatif à l'histoire particulière de la capitale du Ren*)'; les règnes de Lobis XIII, de Loili,sXIY et de Louis XV, ne marquent non plus, dans ses annales, que par quelques faits secondaires dont nous allons indiquer les principaux sommairement. En ICH, le baitlinge de Bourges se plaignit ab roi de ce que la plupart des habitants de celte ville, ayant des prétentions é la noblesse, se refusaient de concourir au paiement de l’impôt; la cour ne répondit à d'aussi justes doléances qu'en vendant encore des lettres d’anoblissement. En 1626, eut lieu, dans l'église de Saint-Etienne , le baptême du duc d’Enghien, flls du prince déCondé, gouverneur de la province. Le duc fut tenu sur les fonts par monseigneur de Montmorency, pour le roi , et par madame la princesse pour la reine-mère ; il reçut le nom de Louis 1 5 juin ) . nix ou doute ans après , la peste désola deux ftiis encore la ville. Pendant la régence d'Anne d’Autriche les habitants ne se laissèrent point séduire par le prince de Condé, élètc du collège de Bourges Claude Biet, leur maire, donna des preuves d’un grand courage civil ; il fut emprisonné , d'abord . Il la Grosse-Tour, ensuite au chAteau-fort de Mnntrond. Louis XIV le délivra, en 1651 ; ce prince étant venu à Bourges, le 7 octobre , logea à l’iiôtel-de-ville , destitua les échevins et conlirma Biet dans ses fonctions. En 16A5 , dans la nuit du samedi au dimanche , lA février, lus pyramides de la Sainte-ChapeHe avaient été abattues par un terrible ouragan ; un effroyable incendie détruisit ce monument, ainsi que le palais royal, le 31 juillet 1693. Les flammes dévorèrent, en 1730, le quartier d’Auron ; leur progrès ne put être arrêté, disent les archives de la ville, que par les religieux de Saint-Eulgent. Au commencement du xviii» siècle, le gouvernement , comprenant que le Berry devait ouvrer ses laines, avait établi A Bourges une fabrique de draps Ans (1700). Il la concéda à des négociants anglais, auxquels succédèrent, en 17A0 , des capitalistes français , qui la convertirent en une fabrique d'indiennes, laquelle ne fonctionna pas longtemps, malgré une allocation annuelle de quinze mille francs. L'industrie n'en essaya pas moins de s'acclimater A Bourges , car, en 176V, un négociant présenta A la Société d'agriculture de beaux échantillons de soie filée , obtenus dans cette ville.

En 1778, Louis XVI créa dans la capitale du Berry une administration provinciale modèle , composée de seize membres , qui se réunirent , te 5 octobre , dans la grande salle du palais épiscopal : cette assemblée supprima entièrement la corvée, après l’avoir beaucoup adoucie (1780i. Du reste, le même mode de représentation provinciale fUt, sur ta demande des Notables, momentanément étendu, eh 1789, A toute la France.

La Révolution devait avoir de mauvais jours A Bourges : la mort de Louis XVI y déchaîna les passions populaires, et bientôt le terrorisme y déploya toutes sesrigueurs. Parmi les victimes les plus célèbres de cette époque , nous citerons MAI. de Cadonel et de Gamaches, fe dernier surtout, digne rejeton d'nne illustre fbraille. Le représentant du peuple, La Planche, envoyé en mission dans le Ciier,

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