‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 39 sur 120 · ISSOUDUN · texte numérisé non relu

ISSOUDUN

marnes, ni sur les événements contcmpornins. En 1018, Eudes, dit i’Aneien, baron de ('Mteauroux, possédait la seigneurie d'Issoudun. Son lils puîné , également nommé Eudes, la reçut en partage, et fut la tige d’une famille nouvelle de seigneurs particuliers. I.a vie de Geoffroy, fils de Eudes II, fut marquée par là fondation de l’abbaye de Chezal-Itenoît , œuvre d'un moine italien, le bienheureux André de Vallombreuse (I098|. Cette maison adopta, en 1095, la réforme de sainte Justine de Padouc et devint chef d'une congrégation remarquable, qui comptait, au nombre de ses établissements, la célébré nl)bayc de Saint-Gcrmain-dcs-l’rés et celle de Saint-Sulpice de Bourges; plus lard, elle se fondit dans la congrégation de Saint-MaUr. I.c baron de Cbftleauroux devint lui-même le bienfaiteur de cette maison naissante; il tira de chacune de scs terres un serf et lui en fit présent.

Issoudun n'a pas d'bisloire, à proprement parler, pendant les x' et xi' siècles; la seule circonstance digiK" d’ititérét que nous puissions mentionner, est la tenue dans cette ville d’un concile, présidé i>ar Hugues de Die, Amé d’OIéron, légat du saint-siège, et Uichard, archevêque de Bourges. Les clercs d'Issoudun prétendaient, avec raison, qu'il n'appartenait nullement à un simple délégué du pape de convoquer des conciles dans le royaume : ils furent excommuniés, pour n’avoir pas reçu processionnellement ,\mé d’OIéron ; mais le roi, dont ils invoquèrent l’appui, les releva des censures, sans les condamner même à faire des excuses. Au XII' siècle, la France et l’Angleterre se disputèrent la possession d’Issoudun avec acharnement. Philippe -Auguste l’enieva une première fois, en 1177, à Henri II ; il la prit de nouveau, dix ans plus lard, et s’en fit confirmer la possession, avant son départ pour la Palestine, par Hichard-Cœur-de-I.ion , qui la lai donna et guilla pei-prliiellemeiit En 1 191, Mercadère , chef des Cotlercaux , brûla les faubourgs et s’empara de la citadelle, où il arbora l’étendard du roi d'Angleterre. L’année suivante, Philippe -Auguste abandonna la terre d'Issoudun à Richard , par le traité de Villeray; mais en 1200, Jean-sans-Terre l’ayant donnée en dot à sa nièce. Blanche de Castille, qu'il maria au fils aîné du roi de France, cette princes.se la céda à sou fils, Louis IX, et te fief fut annexé de nouveau au domaine de la couronne.

Peu de temps avant la bataille de Crécy, les Anglais, qui avaient déjà brûlé les faubourgs de Bourges, se portèrent sur Issoudun : Froissart nous apprend qu’ils ne purent y pénétrer, malgré un furieux assaut. Loi-sque Charles VII, dépouillé de la plus belle moitié de son royaume, se réfugia dans le Berry, il habita alternativement Bourges, Meheung - sur - Yèvre et Issoudun. Ce fut dans le château de cette dernière vilte, et non à Beuvron, comme le prétend un des rédacteurs de la Biographie universelle, que le connétable de Richemont mit la main sur Pierre de Giac. On conduisit le favori à Bourges, puis à Dun-lc-Roi , où il fut examiné par un homme de justice sur lc*s malversations dont il était accusé. Les tortures lui arrachèrent de surprenants aveux ; il confessa qu’il avait voué un de scs bras au diable et supplia ses bourreaux de le lui couper avant de le faire mourir, afin que le malin, en s’en saisissant, ne prît pas le reste.

Depuis Louis IX, la seigneurie d’Issoudun était en partie échue par héritage aux sires de CulanI, desquels Philipi>c-le-Bel l’avait achetée pour mille livres

parisis. Ensuite, comme nous l’apprend une charte inconnue aux historiens du Berry, o Charles-le-Bel avait baillé Issoudun à son cousin le comte de Clennonl, en échange de son comté (1327). Plus tard , ce fief ayant encore fait retour à la coaronne, les rois de France dotèrent Issoudun de plusieurs pri\iléges. Charles VIII affranchit scs habitants de la taille et de la mortailic, en .sorte qu'ils furent depuis exempts des impôts e.\traordinaires levés sur la prov ince ; mais la population des faubourgs ne partagea pas leur franchise. Les serfs, hommes et femmes, qui la composaient, ne devenaient francs et bourgeois du roi qu'en payant un seticr d'avoine, chaque année, au chapitre de la chapelle Taillefer. Charles VIII accorda de plus à la ville le droit de commune et celui d'élire quatre gruiverncurs réunissant les attributions des premiers magistrats des cités gallo-romaines. Sous le régne de son successeur, Issoudun faillit passer sous la domination d'un prince étranger : Louis XII en investit César Borgia, en U98; mais .s'étant brouillé avec la cour de Home, il reprit au neveu du pape ce qu'il lui avait donné. I.a jouissance des libertés municipales inspira aux habitants d'Issoudun un grand attachement pour la royauté et un esprit d’indépendance qu’on peut remarquer encore de nos jours. Ils en donnèrent de remarquables preuves , pendant les troubles de la Ligue : tolérants envers les calvinistes, ils se montrèrent toujours disposés à soutenir les intérêts de la royauté. La Chdtre ne négligea rien pour s'emparer d'Issoudun, qui, par sa position, commandait i la moitié de la province, lai force ouverte ne lui ayant pas réussi , il eut recours à la ruse, è la corruption , et parvint enfin ii .s'introduire dans la place ; mais il lui fallut employer les moyens les plus violents pour s’y maintenir. Ceux des principaux bourgeois qu’il savait royalistes dans le cœur, furent bannis ou conduits prisonniers à Bourges. Il en resta cependant encore asseï dans la ville pour que ses ennends secrets reprissent courage.

A leur tète était Jacques Marandé, échevin, qui correspondait avec les exilés et le seigneur de lîamaches, chef des royalistes du Bas -Berry, t^lui-ci s'avança nuitamment avec sa compagnie, afin de prêter main -forte aux conjurés; mais l'échevin impatient donna le signal avant qu’il ne fiU arrivé et, secondé par quelques amis appelés du dehors, contraignit la garnison i se rendre (H juillet l.'>89]. Le commandant ligueur, nommé Matefion , ayant voulu faire résistance, fut tué d’un coup de pistolet. On chns.sa de la ville, par forme de représailles, quelques-uns des bourgeois les plus compromis , et l’on institua une fête en commémoration de cette délivrance. Gamnrhes voulut profiter du premier moment d’enthousiasme inspiré par la victoire : il fit d’abord sur Vierzon une tentative qui eut pour lui la plus fâcheuse issue; cette défaite ne le rebuta point, et réunissant deux cents soldats armés de toutes pièces, avec un pareil nombre d’arquebusiers, il vint assiéger l'abbaye de La Prcc, à deux lieues d’Issoudun. C’était une propriété privée de l.a Châtre, dont le lieutenant, Uesbarres-Neuvy, se porta sur le point menatx^ et engagea une lutte terrible. Après avoir vu tomber deux cents de ses compagnons, Gamaches mit bas les armes, ainsi que vingt-cinq gentilshommes et trente soldats de son parti ; les autres, poursuivis jusque dans les faubourgs d'Issoudun , rentrèrent tout sanglants dans la ville. I.a guerre continuant, les gentilshommes des environs, tour à tour attaqués ou assaillants, obligèrent leurs vassaux à relever les fortincations des habitations sei-

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