ISSOUDUN
gncurialps. Les châteaux furent transfornuis en autant de places fortes, et le pays reprit et garda sa physionomie du moyen âge jusqu'à l'abjuration de Henri IV.
Pendant les troubles de la Fronde, la garnison du château de Ilommiàres, qui tenait pour le prince de rondé, fit des incursions sur le territoire d'Issoudun et répandit l'alarme jusque dans ses faubourgs. Le comte de Saint-Aignan, gouverneur du llerry, cédant aux adresses réitérées des habitants , parut avec dia forces imposantes et les délivra. Néanmoins, les frondeurs ne se découragèrent point : en 1651 , ils attaquèrent Issoudun même. L'ennemi venait de mouler à l'a.ssaut avec fureur, et les bourgeois étaient oa'upés à le repousser : un violent incendie éclate tout à coup dans la ville ; la vue des (lammcs ne peut décider pourtant ces courageux bourgeois à abandonner leurs remparts; les assiégeants, culbutés, sont réduits à battre en retraite. Mais le feu, pendant la lutte, avait pris une intensité effrayante : il consuma douze cents maisons et fit plus de six cents victimes, femmes, enfants et vieillards. La cour fut curieuse de visiter une ville capable de tels actes de dévouement. Louis XIV s’y rendit, peu de temps après, et quand on lui oITrit les clefs de la ville, il dit, en les rendant : «Que les habitants savaient trop bien garder leurs portes et lui avaient donné trop de preuves de leur fidélité , pour ne pas trouver ces clefs fort bien entre leurs mains. » L’orateur du clergé s'éeria que ceux de son corps • portaient dans le cœur les fleurs de lys , sans barre : » cette allusion aux armoiries barrées des Condé enleva lous les suffrages. i.e roi témoigna sa satisfaction en allant à la messe, à cheval , pour être mieux vu de la foule. Le lendemain il déjeuna en public, au milieu d'une gi'ande afilucncc de peuple. Il accorda ensuite à la ville le droit de choisir son maire, lequel devait être anobli par le seul fait de son élection; mais les habitants refusèrent cette grâce, mieux avisés en cela que ne l'avaient été ceux de Bourges, et comprenant fort bien qu’un pareil privilège ne servirait qu'à exciter des rivalités jalouses et à priver le commerce des hommes les plus capables de le faire prospérer. Plus tard, Louis XIV, oubliant les services de scs fidèles sujets d'Issoudun, consommait froidement la ruine de leur cité, en forçant, par In révocation de l'édit de Nantes, les calvinistes, propriétaires des principaux établissements industriels, à se réfugier en pays étranger (1085).
Issoudun, autrefois siège d'une justice royale, à laquelle rcssnrtissait In moitié du Berry, est aujourd'hui le chef-lieu du premier arrondissement du département de l'Indre. La population de la ville atteint le chiffre de 12,000 âmes; l’arrondissement en compte plus de 47,000. Les vins de ce territoire n’ont plus la réputation dont ils jouissaient encore au moyen âge. Un auteur du xii* siècle mettant en scène les vins du Bordelais, de la Saintonge, de l’Angoumois et du Poitou, leur faisait disputer tour à tour le privilège de fournir la table de Philippe-Auguste; mais Issoudun, Châteauroux et Saneerre les arrêtant, soutenaient l’honneur des vins français. (Leurs adversaires sortaient du duché de Guyenne, appartenant à l’Angleterre.) «Si vous avez plus de force que nous, disaient-ils, nous avons en récompense une finesse et une sève qui vous manquent, et jamais on n’entend ni les yeux ni la tète nous faire de reproches. » Celle dernière assertion est coniredite par Guillaume le Breton : il affirme que le vin d'Issoudun enivre ceux qui « dédaignant associer Thélis a Bacchus,» cnlvoivcnt témérairement. Ix;s IV. 27
vignobles ne constUuent pas, du reste, les seules ressources de cette ville ; on distingue ses laines entre les laines renommées du Berry, mais sa physionomie se ressent des principales propriétés de son territoire. Vous ne rencontrez dans ses faubourgs, qui sout considérables, que des vignerons, presque tous courbés par le maniement de la houe. Iji Théols, petite rivière, bordée de blanchisseries de laine et de parcheminerics , la traverse et la divise en ville haute et basse. Issoudun oifre, d'ailleurs, un aspect agréable : c’est la plus jolie ville de tout le Berry ; ses rues sont larges, propres, bien alignées, avantage que la génération présente doit aux incendies, dont les ravages ont fait disparaître toutes les anciennes ronstruetions. Quelques débris de l'ancienne forteresse , restaurés en 1836, sont tout ce (|ui reste de ses monuments historiques. Quoique la préparation du par> chemin ait perdu beaucoup de son ancienne importance , cette industrie alimente encore une des branches les plus riches du commerce local. Iji chapellerie, si florissante sous Louis XIV, est bien plus déchue. Là se fabriquaient, Jadis, les tricornes de tous nos soldats; les laines d'agneau qu'on employait à leur confection ont pris le chemin de la Normandie. Les avantages actuels dont jouit r.luUcauroux , permettront difllcilcment au commerce d'Issoudun de se relever.
Issuudun compte quelques illustrations ; entre autres, le grand tragédien llaron, surnommé le Rnscius français; le jésuite tterlhier, l’un des directeurs du journal de Trévoux, et qui a écrit six volumes de l'Histoire de l'Église gallicane , commencée par le père Brumoy; Jact/uet Corliin, fameux avocat du xiv' siècle; l'raiiniis Habert, dit le Banny de Liesse, poëte du xvi» siècle; haac Habert , auteur d'un ouvrage curieux, intitulé tes. Météores; Habert, évêque de Vabres, docteur en Sorbonne , antagoniste du célèbre Arnaud dans la querelle du jansénisme et du molinisme ; Luneau île Duisgermain , commentateur de Racine , critique estimé ; Marion Dumersan , agent général du gouvernement français dans le Dcckhan, père du spirituel vaudevilliste du même nom, lequel est aussi un savant numismate; et le ailèbre Renaudon, tour à tour capucin et soldat, page d'une marquise, instituteur, grefller et garde-magasin, à qui l'on doit une histoire des droits seigneuriaux. '
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